– Tu n'imagines pas à quel point je suis heureux que tu aies changé d'avis ! s'exclama Embry en faisant s'entrechoquer bruyamment sa chope de bière avec celle de Jacob.
Ce dernier avait longuement hésité à lui téléphoner après sa discussion avec Leah, sachant que sa femme lui en voulait probablement beaucoup de lui avoir menti, mais il la connaissait aussi assez pour savoir qu'il ne valait mieux pas qu'il se présente tout de suite devant elle.
– Tu vas voir, tu ne le regretteras pas ! On pliera cette mission en moins de deux, avec toi dans les parages ! reprit Embry avec tout autant d'enthousiasme.
– Y'a intérêt, parce que je n'aime pas mentir à ma femme… ronchonna Jacob.
– Le gros chèque que tu lui rapporteras en fin de mission calmera ses ardeurs ! rétorqua Embry avant de prendre un gorgée de sa bière. En tout cas, mon vieux, quand tu reviendras, je t'accompagnerai sûrement !
– Comment ça ?
– Tu te rappelles la deuxième recrue potentielle que je devais rencontrer aujourd'hui ?
– Oui, et alors ?
– Bon sang, Jake, cette Nefertiri, c'est vraiment une bombe dans tous les sens du terme ! soupira rêveusement Embry. Figure-toi qu'elle m'a attaqué dès que je lui ai montré mon badge ! Malgré sa retraite, elle n'a pas perdu ses réflexes, loin de là…
– J'ai entendu parlé d'elle… Aussi sournoise et vive qu'un serpent à ce qu'on dit… Attends, ne me dis pas que le grand Embry Call pense enfin à se poser ? s'enquit Jacob en esquissant un sourire.
– Moi ? Tu plaisantes ? pouffa nerveusement l'intéressé. Non. En plus, elle est mariée… Mais ça n'a pas l'air de très bien aller avec son mari, alors s'il y a moyen de moyenner…
Jacob sentit la colère monter en lui comme lors de sa discussion avec Mike Newton. Il ne supportait pas l'idée qu'un homme puisse profiter de quelques problèmes de couple pour séduire la femme d'un autre.
– Tu ne vas rien moyenner du tout, Embry, claqua-t-il durement.
– Je ne vais pas laisser passer ma chance de passer un moment agréable sous prétexte qu'elle a dit oui à un homme qui, visiblement, ne la satisfait pas autant qu'il le devrait… rétorqua nonchalamment Embry. Et puis, si elle dit oui, c'est qu'elle en aurait aussi envie, et là, ça signifierait que leur histoire n'est pas du tout solide, si tu veux mon avis.
Sans même s'en rendre compte, Jacob fit le parallèle entre l'histoire de cette femme et ce qu'il vivait avec Leah, et l'idée que sa femme puisse aller voir ailleurs parce qu'il ne la satisfaisait plus dans bien des domaines lui tenaillait le cœur. Piqué au vif, il se leva et l'empoigna brusquement par le col.
– Tu ne sais rien de leur mariage, rien de ce qu'ils ressentent l'un pour l'autre, c'est clair ? Alors tu vas me faire le plaisir de te tenir loin d'elle ! cracha-t-il, hors de lui.
– Doucement, Jake ! s'écria Embry, surpris par le coup d'éclat de son ami. Tu parles d'elle comme si c'était… Oh… Alors pour toi aussi, c'est le rififi au paradis…
Jacob relâcha sa prise en se rendant compte que sa réaction était exagérée. Il se tourna vers le bar pour éviter de croiser le regard d'Embry et pour seule réponse, s'empara de sa chope dont il vida d'une traite le contenu.
– Je suis désolé, mon pote… s'excusa Embry, honteux. Je… Je ne voulais pas… C'est pour ça que tu acceptes la mission ? Pour t'éloigner d'elle ?
– Je fais ça parce qu'elle mérite mieux… rectifia Jacob.
– Mieux qu'un homme qui n'hésite pas à sacrifier sa carrière pour vivre avec elle ? J'en doute fort…
Avant que Jacob ne puisse répondre, le portable d'Embry retint son attention. Ce dernier s'excusa et alla un peu plus loin afin de répondre à l'appel.
– Embry Call, j'écoute.
– C'est Leah Clearwater, dit froidement la jeune femme. Vous avez toujours besoin de quelqu'un comme moi pour votre mission ?
– Pas de quelqu'un comme vous, Miss Clearwater. J'ai besoin de vous.
– Très bien. J'en suis.
Embry ne put s'empêcher d'arborer un large sourire en entendant la nouvelle.
– Vous m'en voyez ravi, reprit-il. Puis-je me permettre de vous demander ce qui vous a fait changer d'avis ?
– Ce ne sont pas vos affaires. J'en suis, c'est tout. Dites-moi seulement quand et où nous devons nous retrouver, et j'en fais mon affaire, répondit froidement Leah.
Embry s'exécuta, légèrement troublé, et rejoignit Jacob après avoir raccroché.
– Elle a accepté… souffla-t-il à l'intention de son ami.
– Super, répondit Jacob sans enthousiasme en se levant. Je vais rentrer. Tiens moi au courant…
– Attends, Jake… Peut-être que tu ne devrais pas… Tu sais… Partir comme ça…
– Je me sens bien Em, pas besoin de me materner.
– Je ne te parle pas de maintenant, mais de la mission… Si ça risque de causer davantage de problèmes entre ta femme et toi, il vaudrait peut-être mieux… Renoncer…
– Non. Je vais faire cette mission, un point c'est tout. Je crois que… Qu'on en a tous les deux besoin… confia difficilement Jacob en parlant de l'éloignement.
Embry lui tapota l'épaule en lui offrant un sourire contrit.
– Si t'en es sûr… On a rendez-vous dans deux jours à Washington afin de présenter l'équipe, et on partira le lendemain pour le Venezuela, où nos indics nous diront tout ce qu'on a à savoir sur les Montoya. D'ici là, profites-en pour essayer d'arranger les choses avec elle, au cas où…
Jacob hocha la tête, sachant pertinemment ce qu'il voulait dire.
– A dans deux jours alors… répondit-t-il sans plus de cérémonie avant de sortir du bar pour aller retrouver sa femme.
...
Sur le trajet qu'il emprunta pour rentrer chez lui, Jacob cherchait le moyen de se justifier auprès de Leah pour sa conduite des plus étranges et surtout pour son absence à venir. Il savait que son mensonge serait des plus durs à expliquer, mais il ne pouvait décemment pas lui dire la vérité alors que leur couple battait déjà de l'aile.
Il ouvrit la porte d'entrée, le cœur lourd, et fut surpris de ne pas la trouver à l'attendre, comme à chaque fois qu'elle était en colère après lui. Son cœur se mit à battre à un rythme effréné et il se demanda si elle n'avait pas profité de son absence pour le quitter définitivement. Non pas qu'il la blâmerait, après ce qui s'était passé, mais il espérait quand même qu'elle lui laisse le temps de lui prouver qu'il était toujours aussi fou amoureux d'elle avant de partir. Il fut néanmoins soulagé de la retrouver dans leur chambre, allongée sur leur lit, visiblement endormie.
Jacob s'appuya contre le chambranle de la porte et resta à la contempler un moment. Il la trouvait aussi belle que le premier jour et alors qu'un sourire se dessinait sur son visage face à ce spectacle, il fronça les sourcils en la regardant avec plus d'attention. Son cœur manqua un battement quand il remarqua qu'elle arborait à présent la même coupe que lorsqu'ils s'étaient rencontrés pour la première fois. Il avait toujours adoré cette frange, mais n'avait rien répliqué quand elle avait décidé de se laisser pousser les cheveux. Il se demanda alors à quoi était dû ce brusque changement après tant d'années. Était-ce par nostalgie ? Ou peut-être pour lui plaire ? Il frémit en pensant à sa dernière hypothèse : plaire à un autre homme. Son cœur lui fit mal et il détourna le regard et entreprit de se déshabiller avant de la rejoindre dans le lit.
Leah se tourna vers lui, faussement ensommeillée, et se blottit contre lui afin de vérifier, sans trop le montrer, si l'odeur d'une autre femme était imprégnée sur lui. Elle fut soulagée lorsqu'elle huma son parfum si envoûtant et qu'elle ne décela que quelque relans d'alcool. Elle songea, l'espace d'un instant, qu'elle l'avait échappé belle, mais combien de temps faudrait-il a son époux avant qu'il ne cède a la tentation ?
Comblé par son geste, Jacob la serra un peu plus contre lui en lui embrassant le sommet de la tête, de peur qu'elle ne lui échappe. Il redoutait le jour ou elle se lasserait de lui au point de le quitter et le fait de devoir s'éloigner d'elle pendant plusieurs jours ne le rassurait pas du tout à ce sujet.
Elle se laissa faire, heureuse sur le moment qu'il s'autorise ce geste empreint de tendresse, et laissa promener ses doigts le long du torse de son époux. Elle craignit subitement d'avoir fait le mauvais choix en acceptant la proposition d'Embry. L'idée d'avoir à séduire un autre homme que Jacob lui retournait l'estomac et, malgré les doutes qu'elle pouvait avoir quant a la fidélité de son mari, elle se posa une limite à ne pas franchir avec ses prochaines cibles.
Jacob frissonna sous ses doigts et ferma les yeux alors qu'une vague de bien-être l'envahissait. L'avoir contre lui, en plus du fait qu'elle le caresse, lui donnait l'impression de revivre. Il se demanda alors si elle se montrerait aussi tendre avec un autre homme que lui et se raidit à cette idée.
Prenant le changement d'attitude de Jacob pour un rejet, Leah se décolla de lui et lui tourna le dos, blessée. Elle se mordit l'intérieur de la bouche pour ne pas pleurer, refusant de verser une larme devant lui.
Jacob tourna la tête vers elle, surpris qu'elle se décolle de lui. Pensant lui aussi qu'elle le repoussait une nouvelle fois, son cœur se serra, l'obligeant à lui tourner le dos tant sa peine était grande. Il ferma les yeux, même s'il savait qu'il ne trouverait pas le sommeil de sitôt, en espérant qu'ils finissent par trouver des solutions à leurs problèmes.
Le lendemain, Leah fut réveillée par une odeur de bacon grillé. Sa nuit avait été ponctuée par une série de cauchemars dans lesquels Jacob lui annonçait à chaque fois qu'il demandait le divorce. Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait ce genre de rêves, mais son prochain départ rendait ces derniers bien trop vivaces. Encore chamboulée par sa nuit horrible, elle ne prit même pas la peine de revêtir sa robe de chambre tandis qu'elle partait rejoindre Jacob dans la cuisine.
– Ça fait longtemps que tu n'as pas préparé le petit déjeuner… fit-elle remarquer.
Jacob releva la tête vers elle et prit un instant pour répondre, troublé par sa tenue.
– J'arrivais plus à dormir, alors j'ai préféré me rendre utile…
Elle lui sourit faiblement et lui déposa un baiser sur la joue avec une lenteur exagérée.
– Mauvais rêves ? s'enquit-elle, intriguée.
– On peut dire ça… souffla-t-il alors qu'il se remettait à peine de ce contact. Et toi ? Bien dormi ?
– Pas vraiment… admit-elle. Tu t'es bien amusé, hier soir ?
– Pas vraiment… Je suppose que j'empestais l'alcool… C'est pour ça que tu t'es décollée de moi ? ne put-il s'empêcher de dire.
– Je… Je croyais que tu n'avais pas envie que… bredouilla-t-elle, déboussolée par le ton accusateur employé par ce dernier.
– Que je n'avais pas envie de t'avoir dans mes bras ? C'est vraiment l'impression que je t'ai donné ?
Leah acquiesça en baissant la tête.
– Qu'est-ce qui nous arrive, Jake ? se désola-t-elle. Depuis quand sommes-nous devenus des étrangers au point de ne plus savoir quand on a envie l'un de l'autre ?
– J'en sais rien… soupira-t-il.
– Tu n'as même pas remarqué que j'avais changé de tête…
Jacob esquissa un sourire.
– Tu crois réellement que ça m'a échappé ?
– J'en sais rien, vu que tu ne parles pas… Est-ce que ça te plaît, au moins ?
Il s'approcha et passa ses doigts dans ses cheveux.
– Évidemment que ça me plaît… C'est avec cette coupe que tu as fait chavirer mon cœur… souffla-t-il en la dévisageant amoureusement.
Leah tressaillit et ne put s'empêcher de sourire.
– Contente de voir que tu ne l'as pas oubliée… minauda-t-elle en déposant ses lèvres sur celles de son mari.
Jacob frémit, plus du tout habitué à autant de sensualité de sa part et lui rendit son baiser le cœur battant en rapprochant un peu plus leur bassins. La langueur avec laquelle il l'embrassait rappelait à Leah leur premier baiser, échangé alors qu'ils étaient censés pleurer la mort de Quil. Ils avaient tous deux eu besoin de réconfort et l'avaient trouvé d'une manière peu conventionnelle, dans les toilettes des Ateara, en pleine veillée. Inconsciemment, elle enroula ses jambes autour de la taille de son mari et approfondit leur échange.
Ce dernier gémit tandis que son corps réagissait déjà à son contact. Lui aussi se rappelait de cette fameuse première fois et le fait qu'elle lui fasse sentir qu'elle le voulait autant que lui, comme il y a quelques années, réveilla son désir avec plus de force. Il pensa en la déposant sur le plan de travail et en commençant à glisser ses mains sous sa nuisette, que tout espoir de retrouver le lien qui les unissait n'était peut-être pas totalement perdu.
Leah était clairement dans le même état d'esprit et était bien décidée à le lui faire comprendre. Elle agrippa fermement une mèche des cheveux de Jacob et lui suçota sensuellement la lèvre inférieure, sachant à quel point ce geste faisait de l'effet à sa moitié. Alors que leur langues se frôlaient de nouveau avec passion et que Jacob s'apprêtait à enlever la nuisette de sa femme afin de profiter comme il se devait de son corps qui lui manquait tant, le téléphone que le jeune homme avait acheté exprès pour sa mission sonna.
– Ne répond pas… l'implora-t-il en parsemant son cou de petits baisers.
Leah se raidit et fronça les sourcils en se détachant de lui.
– C'est pas mon portable… répliqua-t-elle en le dévisageant avec suspicion.
Jacob fronça à son tour les sourcils avant de se rappeler de son dernier achat.
– C'est vrai, j'avais complètement oublié. J'ai dû en acheter un autre, le mien commençait à déconner… Ne bouge pas, je reviens dans deux minutes…
Il s'éloigna en souriant maladroitement et se réfugia dans la pièce à côté afin de répondre à l'appel.
– J'écoute…
– Monsieur Black, ici Jane Volturi, agent de la CIA. Je suis en charge de la logistique en ce qui concerne votre mission et j'appelais pour confirmer votre participation afin de procéder au virement d'une partie du règlement de vos frais de déplacement. Êtes-vous toujours volontaire pour l'opération "Aigle furtif" ?
– Je confirme.
– Bien. La somme de 50 000 $ va être virée sur votre compte et votre billet électronique vous sera envoyé d'ici une dizaine de minutes sur votre portable. Désirez-vous autre chose ? Une arme particulière que vous souhaiteriez trouver à votre arrivée au Venezuela ?
– J'y réfléchirai et je vous avertirai en temps voulu, répondit-il après un coup d'œil furtif vers sa femme.
– Très bien. Votre vol à destination de Washington est donc à 12h07 demain, avec une escale à Philadelphie. Je vous souhaite une agréable journée, Monsieur Black.
– Merci, vous aussi, dit-il avant de raccrocher et de retourner à la cuisine. Désolé, on peut reprendre…
Il s'arrêta, étonné de ne pas trouver sa femme là ou il l'avait laissé.
– Leah ? l'appela-t-il.
La jeune femme apparut devant lui, vêtue de sa robe de chambre, et le fusilla du regard en déposant son portable bien en évidence devant lui.
– Si ton portable avait réellement un problème, pourquoi n'as-tu pas acheté le téléphone seul ? demanda-t-elle, mécontente.
– Je… J'en sais rien… balbutia-t-il.
– Tu n'en sais rien… Mais bien sûr… Et comme par hasard, quelqu'un se trouve avoir ton numéro alors que j'ignorais encore l'existence de ce deuxième téléphone ? sourcilla-t-elle, de plus en plus irritée.
– C'était pour le boulot, mon amour, rien de plus…
– Tu te fous de moi ? s'emporta-t-elle. D'abord tu dis que ton portable déconne, et maintenant, tu oses me dire que tu as un autre téléphone pour le boulot ? Comme si l'IRS prendrait la peine de te joindre sur ton portable secret alors qu'ils peuvent le faire sur ton fixe et ton autre portable ! C'est la deuxième fois en deux jours que tu me mens, Jacob… Et tu étais bien la dernière personne que je croyais capable de ça… conclut-elle, la gorge nouée.
– Leah, je… C'est…
– Épargne-moi tes explications, Jacob, cracha-t-elle. C'est bon, je crois que j'en ai assez entendu pour aujourd'hui. Je vais prendre une douche et me préparer pour aller travailler.
– Chérie, attends…
– NON ! s'époumona-t-elle, à bout de nerfs. Je… Je ne sais plus sur quel pied danser avec toi… On était bien, tout à l'heure, et il suffit d'un coup de fil pour que tout foire à nouveau ! Tu me suppliais de ne pas répondre, mais tu n'as pas hésité à le faire quand je t'ai fait remarquer que c'était ton téléphone. Je… Je veux bien faire des efforts pour que tout redevienne comme avant, mais il faudrait aussi qu'on soit sur la même longueur d'onde, et ça, je ne crois pas que ce soit encore le cas…
– Je suis désolé… souffla-t-il en baissant la tête, malheureux de ne pas pouvoir la rassurer.
– Je pense qu'un peu d'éloignement nous fera du bien à tous les deux… murmura-t-elle, le cœur serré.
Jacob releva brusquement la tête, la regardant d'un air affolé.
– Non ! Ne me quitte pas, je t'en prie… la supplia-t-il, interprétant mal ses paroles.
Leah hoqueta, décontenancée par la réaction de Jacob, et son cœur fit un bond dans sa poitrine en se rendant compte qu'il ne voulait pas qu'ils se séparent. Elle s'approcha de lui et lui caressa tendrement le visage, tout en lui souriant tristement.
– Je ne parle pas de séparation, gros bêta… Juste… De vacances chacun de son côté… C'est de ça dont je voulais te parler hier soir… mentit-elle. J'ai une amie fleuriste qui m'a contactée pour m'inviter à une convention avec un concours qui pourrait rapporter une petite somme qui fera du bien à nos finances… Et j'ai accepté d'y aller… Je pense que j'en profiterai pour rester une semaine ou deux dans le coin, histoire de te laisser… Réfléchir…
– Oh… souffla-t-il, rassuré.
Il n'aimait pas trop l'idée qu'elle s'éloigne, mais son départ l'arrangeait fortement, compte tenu du travail qu'il avait à faire.
– Tu as raison… On en a besoin… D'ailleurs, je vais en profiter pour faire la virée dont on rêvait, mes potes et moi… Tu sais, aller voir différentes courses un peu partout dans le pays, comme ça je ne serai pas complètement seul… mentit-il.
Leah fut surprise qu'il n'émette pas plus de résistance, et la suspicion qu'elle avait augmenta.
– Très bien… Tu comptes partir quand ? s'enquit-elle.
– Le temps de voir avec eux et de m'arranger avec le boss… Demain peut-être… Et toi ?
– Demain soir… Mais ça ne va pas être trop court, pour vous organiser ?
– Les gars me tannaient depuis un moment, et puis j'ai pas pris de congé depuis plusieurs mois, alors je pense pas, mais je verrai bien…
Leah acquiesça silencieusement, pas du tout convaincue par sa réponse, mais elle n'avait plus la force d'insister. Les disputes avec Jacob la drainaient littéralement de son énergie vitale et elle espérait sincèrement que la distance qui les séparerait leur permettrait de faire le point sur leur histoire. Sans un mot, elle fit demi-tour et se dirigea vers la salle de bains.
Jacob soupira, affligé de voir que ses mensonges avaient envenimé la situation. Le court instant où ils avaient été proches s'était envolé presque aussi vite qu'il était arrivé et il avait l'impression qu'il ne se représenterait pas de si tôt s'il restait les bras croisés à attendre qu'elle veuille bien lui pardonner. D'un pas décidé, il la rejoignit dans la salle de bain en prenant soin d'ouvrir doucement la porte et de se dévêtir sans bruit avant de rentrer dans la douche, où elle se trouvait déjà.
La jeune femme, perdue dans ses pensées, ne remarqua pas tout de suite que son mari se trouvait derrière elle. Elle savourait l'eau chaude qui l'aidait à détendre les muscles qu'elle avait un peu trop sollicité la veille en voulant continuer sa remise en forme intensive pour sa mission, et sursauta en sentant les mains de Jacob lui saisir les hanches. Elle se retourna brusquement et le dévisagea avec incrédulité.
– Qu'est-ce que tu fais là ? parvint-elle à dire, une fois sa surprise passée.
– Je prends une douche avec ma femme et je viens aussi poursuivre ce qu'on a commencé… souffla-t-il en déposant des baisers au creux de son cou.
Une part de Leah se réjouit de voir qu'il faisait des efforts pour la surprendre et raviver la flamme dont elle avait aperçu l'étincelle un peu plus tôt dans la cuisine, et si elle ne s'était pas sentie aussi déçue par l'attitude de son époux, elle aurait probablement cédé à la tentation. Son corps, lui, ne répondait déjà plus et réagissait à chacune des caresses du jeune homme.
– Jacob, non… souffla-t-elle en tentant de le repousser tandis que son cœur hurlait le contraire.
Jacob la plaqua contre la paroi de la douche sans arrêter ses caresses.
– Tu en as envie… Autant… Que moi… haleta-t-il entre deux baisers.
– C'est vrai, mais… Oh bon sang ! s'exclama-t-elle en sentant les doigts de Jacob effleurer son intimité.
Cela faisait bien trop longtemps qu'il ne s'était pas aventuré jusque là, et Leah s'agrippa à ses épaules, sentant ses jambes céder sous le poids des frissons qui lui parcouraient le corps. Jacob sourit contre sa peau, heureux de voir qu'il lui faisait encore de l'effet. Plus confiant, il accentua le mouvement de ses doigts sur son petit bouton de plaisir tandis que son autre main s'occupait de sa poitrine.
Leah se cambra, submergée par un déluge de sensations toutes aussi agréables les unes que les autres. Un éclair de lucidité lui traversa cependant l'esprit et elle repoussa violemment Jacob.
– Tu n'arriveras pas à me faire oublier ce qui s'est passé avec le sexe… grogna-t-elle, haletante.
Jacob la regarda d'un air déboussolé.
– Je voulais… J'espérais juste… Oublie ça, conclut-il finalement en sortant sans demander son reste, blessé par son geste.
L'espace d'un instant, Leah se sentit coupable de l'avoir chassé, sachant qu'elle n'avait pas non plus été honnête avec lui, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de lui en vouloir de se moquer ouvertement d'elle de cette manière. Alors qu'elle finissait de se doucher, elle entendit la porte d'entrée claquer avec fracas. Elle entoura son corps de sa serviette et se précipita à l'extérieur, juste à temps pour apercevoir Jacob quitter l'allée à toutes vitesse. Le cœur lourd, elle retourna à l'intérieur, se maudissant d'avoir sûrement gâché l'un des derniers moments à deux qu'ils auraient pu partager.
