Ce fut dans une ambiance électrique que Jacob et Leah se quittèrent pour Washington, sans savoir qu'ils se rendaient au même endroit.
Leah avait préféré prendre sa voiture afin de se rendre à son rendez-vous et avait calculé son trajet de manière à ce que son arrivée dans la ville coïncide avec le moment où elle était censée atterrir à Miami, au cas où Jacob voudrait vérifier son alibi. Le jeune homme, lui, avait prétexté qu'il partirait rejoindre un de ses amis à Philadelphie où se déroulait une course de Nascar le lendemain.
Aucun des deux n'avait reparlé de ce qui s'était produit la veille. En fait, ils s'étaient à peine adressés la parole, tous deux trop blessés par l'attitude de leur moitié et trop fiers pour envisager de mettre leur différends de côté, même en sachant qu'ils ne se reverraient peut-être jamais. L'un comme l'autre avait le sentiment que leur mariage ne tiendrait pas le coup après leur mission et aucun des deux ne souhaitait faire d'effort inutiles, même si, intérieurement, ils ne pouvaient que se sentir mal pour toutes les mauvaises décisions qu'ils avaient pris au cours de ces six années.
Le seul réconfort qu'ils avaient, alors qu'ils faisaient tous deux le deuil de leur relation, était le fait qu'ils reprenaient du service avec des personnes à qui ils tenaient et qui les aideraient à surmonter leur chagrin. Pour Jacob, c'était Embry, son meilleur ami, celui qui était venu le chercher et lui avait donné une échappatoire. Pour Leah, c'était Seth, son petit frère, qui l'avait appelé aussitôt qu'il avait su qu'elle avait accepté la mission pour l'informer qu'il en ferait également partie en tant que support logistique.
Le fait de pouvoir travailler avec Seth soulageait grandement la jeune femme, car elle savait qu'elle pouvait compter sur lui pour lui donner tout ce dont elle avait besoin. Elle n'avait même pas eu à faire de demande particulière lorsque l'agent de liaison l'avait téléphoné, car son frère s'était déjà chargé de commander tout son attirail.
Alors qu'elle approchait de l'État de New York, à moitié concentrée sur la route, elle entendit son téléphone sonner et déclencha son kit mains libres.
– J'espère que tu as une bonne raison de me téléphoner, frangin… gronda-t-elle. Tu sais bien que j'ai horreur qu'on me dérange quand je conduis.
– Je sais, je sais, mais on a un problème. Tu ne devineras jamais sur qui je suis tombé à l'aéroport.
– J'ai aussi horreur des devinettes… s'impatienta-t-elle.
– Quel rabat-joie tu fais, parfois… soupira son petit frère.
– Seth… Si tu ne veux pas que je te trucide quand j'arrive à Washington, t'as intérêt à te dépêcher de dire ce que tu as à dire…
– C'est bon, calme toi… C'était Jake, voilà t'es contente ? T'as gâché tout mon effet… ronchonna-t-il.
Leah se raidit et resserra ses mains autour du volant.
– Tu peux répéter ? le pria-t-elle, mâchoires serrées.
– Jacob… Tu sais, le mec que t'as épousé y'a quelques années… Moi qui pensais que tu t'en rappellerais ! railla-t-il.
Le cœur de Leah se comprima violemment dans sa poitrine, à un point tel qu'elle ne put se concentrer sur sa conduite et qu'elle faillit causer un accident.
– Il était censé être à Philadelphie… souffla-t-elle après repris ses esprits.
– Oh… Ben, peut-être qu'il a fait un petit détour ? tenta Seth, conscient l'état dans lequel la nouvelle mettait sa sœur.
– Qu'est-ce qu'il t'a dit ? Est-ce qu'il t'a vu ? Il était seul ? demanda-t-elle, hystérique.
– Doucement, doucement… Oui, il m'a vu et oui, il était seul, mais on a juste eu le temps de se saluer. Pourquoi toutes ces questions ? Quelque chose ne va pas ? s'enquit-il, intrigué par son attitude.
– Je… Je lui ai dit que j'allais à une convention à Miami… Je voulais pas qu'il sache pour la mission, et lui… Il… Il m'a dit qu'il en profiterait pour voir ses amis a Philadelphie… Je crois qu'il me trompe, Seth… confessa-t-elle, au bord des larmes.
– Enfin, Lee… C'est de Jake dont on parle là… Ce mec est raide dingue de toi depuis que vos regards se sont croisés…
– Et ce mec m'a menti trois fois trois jours de suite… D'abord il a séché le boulot et il a eu le culot de me dire qu'il y était, ensuite il s'est acheté un nouveau portable et il m'a regardé droit dans les yeux en me disant que c'était parce que l'autre avait un problème alors qu'il n'a pas fait de transfert de numéro, et maintenant ça ! s'emporta-t-elle, faisant tourner son volant un peu trop vers la gauche et manquant de peu une collision.
– Tu devrais te garer qu'on en discute calmement… proposa-t-il, redoutant la réaction de sa sœur. Je suis sûr qu'il y a une explication logique à tout ça…
Pour seule réponse, il entendit le bruit caractéristique d'une accélération brutale et des klaxons de plus en plus insistants. Leah n'avait qu'une envie alors qu'elle conduisait comme une malade en direction de Washington : retrouver Jacob et le tuer lentement après lui avoir fait avouer son infidélité. Elle était consciente que le déclin de leur mariage était de sa faute, mais jamais elle ne se serait permis de le tromper de cette manière. Même pendant les heures les plus sombres de son mariage, celles où ils avaient décidé de faire chambre à part parce qu'ils ne s'adressaient quasiment plus la parole, après avoir commencé la thérapie, elle n'avait jamais envisagé la possibilité de le tromper.
Les larmes de la jeune femme obstruaient son champ de vision et elle entendait à peine les avertissements et les supplications de son frère. Elle imaginait Jacob avec toutes les femmes possibles. Dans tous les films à l'eau de rose où la femme bafouée reprenait sa vie en main, elle avait pu constater que la maîtresse du mari volage faisait partie de leur connaissances.
Ça ne pourrait pas être Lauren… Elle était au bureau quand Jacob s'est fait porter pâle… Angela est bien trop gentille pour cela, mais sa gentillesse peut aussi être une couverture… Peut-être la stagiaire de son boulot, ou une de nos voisines… Mais pourquoi il irait se terrer à Washington alors qu'il savait que je m'en irais, dans ce cas ?
Elle fut sortie de ses spéculations par la sonnerie de son téléphone.
– Pas maintenant, Seth ! clama-t-elle en décrochant, épuisée nerveusement. J'ai encore de la route à faire et…
– C'est moi… dit timidement Jacob.
Toute la frustration et la colère de Leah resurgit d'un coup lorsqu'elle entendit la voix de Jacob, se mêlant ainsi à son chagrin et formant une énorme boule dans sa gorge qui lui donna l'impression de ne plus pouvoir respirer. Consciente qu'elle n'arriverait pas à conduire plus longtemps dans cet état, elle se rangea sur le bas côté et tenta de calmer les larmes traîtresses qui n'avaient pas cessé de couler. Jacob pouvait entendre les sanglots de plus en plus intenses de son épouse, qui semblait en pleine crise de panique.
– Ma puce, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que tu as ? s'inquiéta-t-il.
– Pourquoi, Jacob ? parvint-elle à dire entre deux sanglots. Je… Je sais que je suis pas… Parfaite… Mais… Pourquoi ?
– Pourquoi quoi ? demanda-t-il, perdu.
Leah allait lui répondre qu'elle était au courant de son escapade à Washington, mais se ravisa en songeant rapidement à un autre plan. Puisqu'il ignorait qu'elle était au courant, elle se débrouillerait pour aller à son rendez-vous et le chercher par la suite dans la ville avec l'aide de son frère. Ainsi, elle serait fixée une fois pour toutes quant à la fidélité de son mari et à l'avenir de leur mariage avant de partir en mission. Étrangement, elle parvint à se maîtriser une fois sa stratégie montée dans sa tête.
– Désolée… C'est juste que… On ne s'est pas dit au revoir comme il fallait… On ne s'est même pas dit qu'on s'aimait, et… J'avoue que ça me travaille… répondit-elle en guise de demie vérité.
– Je suis désolé, j'étais fâché après ce qui s'est passé hier, j'aurais pas dû réagir comme ça…
– Moi non plus, mais… On ne peut pas changer le passé, hein… répliqua-t-elle amèrement.
– C'est vrai… Je ne voulais pas te faire de peine tu sais…
Alors tu n'aurais pas dû te trouver une poule à Washington, se dit-elle en son for intérieur.
– Je sais… reprit-elle à voix haute. Et moi je ne voulais pas te blesser… J'avais envie qu'on passe un bon moment, hier, mais…
Le bruit d'un énorme klaxon retentit près de Leah, la faisant sursauter au passage et lui faisant perdre le fil de ses pensées.
– C'était quoi ça ? sourcilla Jacob.
Leah jura intérieurement en se rendant compte qu'elle avait fait un énorme faux pas en répondant au téléphone.
– Euh.. C'est… Un film qu'on passe. Fast and Furious 5… C'est ça ? C'est ça ! mentit-elle maladroitement.
– Mais comment ça se fait que tu répondes au téléphone en plein vol ?
– Je… C'est permis, maintenant, sur cette ligne… Tu sais, les progrès de la technologie… Maintenant, ça ne fait plus d'interférences… Enfin je crois… conclut-elle à voix basse.
– Oh… C'est super… dit-il, pas du tout convaincu.
– Je… Je vais te laisser, Jake… Je voudrais voir le film et… Je te rappelle quand j'atterris, OK ? s'empressa-t-elle de dire, de plus en plus mal à l'aise.
– D'accord… Je t'aime, tu le sais, hein ?
Le cœur de Leah fit un bond dans sa poitrine et elle s'en voulut d'être aussi faible face à un homme qui, semblait-il, la trompait sans vergogne.
– Ça faisait longtemps que tu ne me l'avais pas dit, mon amour… souffla-t-elle tristement. Moi aussi, je t'aime…
Jacob ferma les yeux, savourant ces trois petits mots, mais son plaisir fut de courte durée quand il pensa à son mensonge. Il savait qu'elle n'était pas en avion et il se demandait pourquoi elle lui avait menti et surtout si elle se rendait effectivement à une convention. Le cœur serré, il réussit cependant à se reprendre.
– Tu n'imagines pas à quel point ça me fait plaisir de te l'entendre dire…
– Et j'espère pouvoir te le dire encore longtemps… renchérit-elle. A plus tard, et amuse-toi bien à… Philadelphie…
– À plus tard… dit-il tristement avant de raccrocher, la mort dans l'âme.
– Ça n'a pas l'air d'aller… remarqua Embry en voyant son meilleur ami revenir vers lui, la mine sombre.
– Pas vraiment, non…
– Qu'est-ce qui se passe ? Un problème avec ton épouse ?
– Je crois qu'elle me trompe, Embry…
Embry offrit à son ami un regard empreint de compassion.
– Je suis désolé, vieux… Mais ce ne sont que des suppositions, enfin… Tu veux qu'on en parle ? demanda-t-il, ne sachant que dire d'autre.
– Non, je préfère me concentrer sur la mission, trancha-t-il en se renfermant comme une huître.
– Jake… soupira Embry. Tu n'es pas en mission, là… Et je ne suis pas sûr que dans ton état, tu puisses te concentrer sur quoi que ce soit. Si tu veux qu'on la repère ou qu'on la fasse suivre, tu n'as qu'un mot à dire… Je peux brancher un des hommes du SAD sur le coup en attendant…
– Tu ferais ça ?
Embry sortit son téléphone et commença à composer un message.
– T'es mon pote, à la vie à la mort, Jake. Quand t'es pas bien, je suis pas bien ! Tu n'as qu'un mot à dire, et Jane s'occupe de te faire les recherches que tu veux…
Jacob hésita un instant, n'aimant pas l'idée de faire suivre son épouse, mais il devait en avoir le cœur net.
– C'est d'accord.
Embry lui sourit et pressa sur la touche "envoi" de son téléphone. Quelques instants plus tard, un message apparut sur le téléphone de Jacob.
Nom de la cible ? Numéro de téléphone ? Renseignement désiré ?
Jacob fournit tous les renseignements nécessaires, précisant qu'il souhaitait tout savoir au sujet de ses derniers déplacements.
– J'espère que je ne vais pas le regretter…
– Tu vas faire quoi, si elle ne se trouve pas a l'endroit où elle devrait être ? questionna Embry.
– Tu veux dire, à part trucider le mec avec qui elle est ? railla-t-il.
– Rien ne dit que c'est un mec… Ça peut aussi être une Amazone ! plaisanta Embry.
Jacob lui lança un regard lui signifiant qu'il n'était pas d'humeur à rire.
– OK, je retire… Désolé… s'excusa Embry.
Le portable de Jacob vibra sur la table, affichant un message provenant d'un destinataire inconnu.
Localisation du téléphone de la cible à 17h30 : New-York, NY.
– Qu'est-ce qu'elle fait à New-York… souffla-t-il, alors que ses méninges tournaient à cent à l'heure, imaginant tous les scénarios possibles.
– New-York ? s'étonna Embry. Elle ne devait pas être en Floride ?
– Je le sens pas Em… Elle ne m'avait jamais menti…
– Je suis désolé, vieux… compatit Embry en lui tapotant l'épaule. Écoute, demain on a quartier libre. On demandera a Jane l'endroit où elle est exactement et on fera un petit tour là-bas, histoire de savoir ce qu'elle fait… Et avec qui…
Jacob hocha faiblement la tête, encore anesthésié par ce qu'il avait lu. Il espérait que ce soit faux, mais il savait que les renseignements fournis étaient d'une fiabilité à toute épreuve.
Embry l'invita à boire un verre au bar de l'hôtel en attendant leur rendez-vous avec le reste de l'équipe. Afin de lui changer les idées, il téléphona à leur ancien chef d'escadron, qui vint les rejoindre accompagné de sa femme et sa fille. Malheureusement, la vue de cette famille unie, loin de remonter le moral de Jacob, eut l'effet contraire.
Tandis que Jacob broyait du noir dans son coin, Leah, elle, avait le sentiment de devenir folle. Elle avait chargé Seth de suivre son mari et attendait anxieusement son appel. Son petit frère ne tarda pas à le faire, après avoir tenté de trouver les bons mots afin ne pas envenimer les choses, même s'il savait que cela ne changerait rien au fond de l'affaire.
– Alors ? grogna-t-elle après avoir vérifié l'identité de l'appelant.
– Je l'ai suivi comme tu me l'as demandé… Et y'avait une fille…
Le cœur de Leah se comprima de nouveau, mais contrairement a l'idée qu'elle s'était fait sur la manière dont elle réagirait une fois que ses doutes seraient confirmés, elle n'éprouva pas le besoin de pleurer. Elle se sentait vide de toute émotion, comme si l'infidélité de Jacob l'avait rendue amorphe.
– D'accord… Et cette fille, elle est comment ?
– Leah, ils n'étaient pas vraiment en tête à tête… Si ça se trouve, ils venaient de se rencontrer…
– Ils avaient l'air complices ou pas ?
– Pas spécialement… Aucun geste tendre ou sourire amoureux, si c'est à ça que tu penses…
Leah soupira lourdement, agacée.
– Dis-moi au moins quelque chose d'utile ! Tu sais à quel hôtel il réside ?
– Il a pris une chambre au Crown Plaza, c'est tout ce que je sais… Tu compte aller le voir ?
– Et comment que je vais y aller ! Je vais fouiller sa chambre de fond en combles !
– Lee… T'es sûre que c'est une bonne idée ? Tu préférerais pas lui parler avant ? Je veux dire, t'es peut-être entrain de te monter la tête pour rien…
– Il n'a pas réagi quand je lui ai dit de bien profiter de Philadelphie, alors qu'il sait pertinemment que tu l'as vu. Il aurait pu me dire qu'il avait changé ses projets, mais il a préféré me prendre pour une demeurée ! s'énerva-t-elle.
– Et s'il te préparait une surprise ? Ça expliquerait qu'il t'ait menti ? proposa Seth, ne sachant trop quoi répondre.
– Pour ça, il aurait fallu qu'il sache que je me rendais à Washington, et ça, il n'avait aucun moyen de le savoir ! contra-t-elle sèchement.
– OK, je déclare forfait, mais s'il te plaît Leah, ne fais rien que tu pourrais regretter. Je voudrais pas que t'emballes en tirant des conclusions sous le coup de l'émotion…
– J'aimerais savoir, Ô merveilleux frère qui vit dans un monde tout aussi merveilleux, ce que tu ferais à ma place… rétorqua-t-elle tandis qu'elle accélérait.
– J'en sais rien, mais je pense que j'attendrais d'avoir des preuves suffisamment solides avant de prendre une quelconque décision…
– Très bien, alors donne m'en, des preuves…
– Je vais le faire placer sur surveillance, on saura très vite ce qu'il trafique ici et je suis sûr qu'après tu me remercieras de t'avoir freiné ! claironna-t-il, priant pour avoir raison.
– Merci, frangin, t'es le meilleur… J'en ai encore pour une heure de trajet… Est-ce que tu pourrais prévenir les autres que j'aurai un peu de retard ? J'aurai besoin d'aller me doucher avant de vous rejoindre, parce que là, je ressemble à une momie défraîchie…
– Pas de problème, sois prudente…
– Tu me connais… tenta-t-elle de plaisanter.
– Justement ! ronchonna son frère avant de raccrocher.
– Seth ! Décidément, le monde est vraiment petit ! s'écria Jacob qui avait fait localiser le portable de son beau-frère également et qui avait découvert que, comme par hasard, ce dernier se trouvait à ce moment même dans l'hôtel où il séjournait.
Seth blêmit en face de la carrure imposante du mari de sa sœur. Contrairement à Leah, il n'était absolument pas formé au combat, bien qu'ayant appris quelques petites astuces par son père et sa sœur afin de se défendre, et avait intégré le SAD pour ses incroyables facultés au niveau piratage et désinformation. Il n'avait donc pas été formé à mentir et commençait sérieusement à le regretter.
– Oh, salut Jake ! déglutit-il péniblement. Dis-donc, deux fois dans la même journée, c'est un peu beaucoup pour quelqu'un que je n'ai l'habitude de voir qu'une fois dans l'année !
– Je me faisais exactement la même réflexion ! sourit Jacob en le fixant comme s'il pouvait lire en lui.
Seth détourna le regard et commença à se triturer les mains.
– Alors, tu fais quoi de bon dans le coin ? Sans ma sœur, qui plus est ?
Jacob se raidit et son regard s'assombrit.
– Leah est à une convention à Miami, alors j'ai décidé de prendre quelques jours de vacances moi aussi… Je devais me rendre à Philadelphie avec des potes, mais on a finalement choisi de faire un petit détour… Et toi ?
– Oh, eh bien… J'ai une réunion dans le coin pour le boulot… Je dois rencontrer un grand programmateur de jeux vidéos… Enfin, je vais pas t'embêter avec tous les détails… Donc tu es venu avec tes potes ? C'est chouette, ça… fit Seth en regardant derrière Jacob. Et ils sont où ?
– Pas très loin. Tu as eu des nouvelles de Leah dernièrement ?
– Euh… En fait… Hum… Oui ? grimaça craintivement Seth.
– Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
Seth hésita avant de répondre, tiraillé entre sa loyauté pour sa sœur et la peur incitée par Jacob qui l'envahissait.
– Écoute, t'es un chic type, enfin je crois que tu l'es, parce que Leah a sérieusement l'air d'en douter ces derniers temps, alors je vais te donner un conseil avant qu'il ne soit trop tard… Quoi que tu sois venu faire ici, que ce soit une sortie avec tes potes ou une rencontre avec ta maîtresse, oublie ça. Rentre chez toi, attends le retour de Leah et fais en sorte que plus jamais je n'entende ma sœur pleurer au téléphone, finit-il par dire.
– C'est pour ça qu'elle pleurait ? Elle croit que je la trompe ? s'étonna Jacob en perdant tout air menaçant.
– Jake, il faut qu'on y aille, sinon on va être en retard… intervint Embry en attrapant l'avant-bras de son ami.
– Réponds-moi, Seth… Est-ce qu'elle croit réellement que j'ai une maîtresse ? insista Jacob en ignorant l'invitation de son ami.
– Moi aussi, je dois y aller… Mais pour répondre à ta question, je ne serais pas devant toi à l'heure qu'il est si ce n'était pas le cas… lança Seth en se dirigeant vers la sortie, non sans lui avoir adressé un regard d'avertissement.
Jacob resta interdit un moment. Il n'arrivait pas à croire qu'elle doutait de lui au point de le soupçonner de la tromper. Certes, ses mensonges pouvaient prêter à confusion, mais qu'elle puisse aller jusqu'à douter de sa fidélité et de son amour pour elle…
– C'était qui, lui ? sourcilla Embry, sortant de nouveau Jacob de ses pensées.
– Le frère de ma femme…
– Mais c'est pas vrai ! Ta vie est pire que les feux de l'amour ! s'exclama Embry. Maintenant ta femme va savoir que t'es à Washington… Ça risque de nous poser problème…
– Elle le sait déjà et maintenant elle croit que je vois une autre femme… J'aurai de la chance si elle ne demande pas le divorce à son retour…
Embry laissa échapper un juron des plus virulents et se gratta la nuque.
– OK, hum… Il y a forcément une solution à tout ça, et on la trouvera en temps voulu. Pour l'instant, il nous reste à peine un quart d'heure pour nous rendre à notre rendez-vous, alors… C'est le moment de se concentrer sur la mission…
Jacob soupira avant de secouer le tête pour se remettre les idées en place.
– Tu as raison. D'abord la mission, ensuite mes problèmes de couple, acquiesça-t-il, comme pour se convaincre.
Après être monté dans sa chambre afin de se rafraîchir, Jacob et Embry partirent en direction du Hangar 21, dans une zone industrielle à la limite de la ville. Jacob n'avait pas réussi à se focaliser sur autre chose que sa discussion avec Seth et n'avait pas décroché un mot depuis qu'ils avaient quitté l'hôtel. Il se demandait si son attitude n'avait pas poussé Leah à aller voir ailleurs, et ces suppositions lui faisaient mal au cœur. Ils pénétrèrent dans le hangar, où se trouvaient déjà une cinquantaine de personnes, et furent accueillis par deux de leurs anciens compagnons d'armes.
– Bon sang ! "The Rock" et "Casanova" ! Qu'est-ce que ça fait plaisir de vous voir ! s'exclama Jared Cameron en faisant une accolade amicale à ses amis.
– On avait l'impression d'être en sous-effectif, sans vous… ajouta Collin Littlesea en faisant un signe de la tête vers les membres du SAD. Ça grouille de faux soldats, dans le coin…
– Je vois ça… Mais bon, c'est nous les meilleurs les gars, alors faites pas attention à eux… répondit Embry.
Jacob lui, était toujours ailleurs, cherchant sans cesse à savoir depuis quand et surtout avec qui Leah pouvait bien le tromper. Un voisin ? Un client qui l'aurait dragué alors qu'il achetait des fleurs pour sa propre femme ?
– Alors c'est vous, les bleus qu'on nous a collés dans les pattes ? demanda un homme en tenue civile, un peu plus grand et un peu moins costaud que Jacob.
– Premièrement, JE les ai choisis avec le plus grand soin et deuxièmement, s'il y a bien des types capables de mener cette opération avec succès, ce sont eux, alors un peu de respect, OK ? rétorqua Embry.
L'homme fronça les sourcils tandis que Jared et Collin se retenaient pour ne pas éclater de rire.
– Peu importe… Au final, le succès de cette mission dépendra en grande partie de l'une des nôtres, non ?
– Si c'était le cas, je n'aurais pas pris la peine de les faire venir, répondit Embry du tac au tac, refusant de céder face à ton interlocuteur.
– On verra si vous continuerez à faire le malin devant Nefertiri ! ricana le membre du SAD.
– Quelqu'un a parlé de la Veuve Noire ? s'enquit un autre homme en s'approchant d'eux.
– Je leur disais qu'ils pouvaient toujours se brosser s'ils comptaient la faire obéir… T'es pas d'accord avec moi, Paul ?
– Et comment ! pouffa l'intéressé. Cette femme ne marche qu'à l'instinct. Si elle pense que votre plan est pourri, elle n'en fera qu'à sa tête…
Jacob qui, trop plongé dans ses pensées pour se montrer plus concentré, n'avait entendu que des bribes de discussion, commença à perdre patience.
– Bon, j'ai pas que ça à faire, alors est-ce qu'on pourrait parler de ce pourquoi on est là ?
Tout le monde se tut et dévisagea le jeune homme comme s'il avait perdu l'esprit.
– Il a raison. Notre mission est bien trop importante pour perdre du temps à s'envoyer des piques… rebondit Embry. Prenez tous place, Nous allons commencer le débriefing…
– Attendez ! Nous avons deux membres de l'équipe qui ne sont pas arrivés ! s'écria celui qui avait déclenché les hostilités.
– Eh bien, vous vous chargerez de les mettre à niveau, Monsieur…
– Major Sam Uley, se présenta-t-il enfin.
Jacob fronça les sourcils. Ce nom lui disait quelque chose, mais il ne pouvait dire ni quand ni dans quel contexte il l'avait entendu. Il le jaugea un instant d'un regard glacial avant d'aller finalement prendre place autour de la table, suivi de près par Collin et Jared.
Son portable vibra de nouveau dans sa poche alors qu'Embry commençait son speech.
Localisation du téléphone de la cible à 21h30 : Washington, DC.
Jacob frémit en lisant le message. Des milliers de questions fusèrent dans son esprit en quelques secondes, entraînant à leur tour des milliers d'hypothèses. Trop perturbé pour rester là sans rien faire, il se leva brusquement, décidé à savoir ce que sa femme faisait à plus de 1400 km de l'endroit où elle était censé se trouver.
– Désolé, faut que j'y aille… annonça-t-il en se précipitant vers la porte.
– Jacob ! Attends ! l'interpella Embry en lui courant après. Où tu vas ? Qu'est-ce que tu fous ?
– Elle est à Washington, Embry ! Je dois savoir pourquoi elle m'a menti !
– Quoi, là ? Maintenant ? Tu ne peux pas attendre la fin de la réunion ? insista Embry.
– C'est ma femme ! Tu crois vraiment que je pourrais rester assis là tranquillement alors qu'elle est sûrement avec un autre homme ?
Embry hésita un instant, pas certain que le fait de laisser partir son meilleur ami en plein débriefing soit du plus bel effet et le valorise auprès des hommes du SAD, mais le bien-être de son ami le préoccupait, et il préférait nettement savoir Jacob fixé sur son sort avant de partir en Colombie.
– Vas-y… céda-t-il enfin dans un soupir. Et t'as intérêt à revenir plus concentré que jamais…
– Promis, le rassura-t-il en ouvrant la porte.
Alors qu'il tournait la tête, prêt à se précipiter dehors, Jacob fut comme foudroyé sur place et il mit un moment avant de retrouver ses facultés. Devant lui se tenait la dernière personne qu'il pensait rencontrer à cet endroit précis. Tant il était sous le choc, il se demanda s'il avait un quelconque pouvoir mystique lui permettant de faire apparaître la personne qu'il avait à l'esprit et il dut cligner plusieurs fois des yeux pour vérifier qu'il ne rêvait pas.
En face de lui, Leah était tout aussi tétanisée que lui. Elle n'arrivait pas à croire que son mari se trouvait devant elle et elle pressa la main de son frère pour être certaine qu'elle n'était pas en train de vivre un hallucination. Le juron de ce dernier la conforta sur son état mental.
La voix de Sam derrière Jacob sortit la jeune femme de sa torpeur, bien qu'elle fut incapable de lâcher son mari du regard.
– On croyait que tu t'étais perdue, Nefertiri !
– Tu me connais, Sammy… J'adore me faire désirer… répondit-elle en arborant un sourire en coin alors qu'elle angoissait intérieurement de la réaction de son mari.
