N/A : Bonne année et bonne lecture !
Les rôles entre Jacob et Leah se trouvaient inversés et la jeune femme ne supportait pas cela. Elle était celle qui, selon elle, devait être la plus à même d'ignorer l'autre. Certes, elle n'avait pas été tendre avec Jacob en refusant de lui adresser la parole la veille, mais elle estimait avoir le droit d'être remontée contre lui. Après tout, il l'avait plus d'une fois dénigrée devant toutes l'équipe et montrait un manque flagrant de confiance en elle depuis qu'il avait appris une partie de son passé. Il n'avait retenu que le côté négatif de ses missions d'infiltration et ne s'était focalisé que sur la partie la moins gratifiante de sa profession.
Travailler pour la branche paramilitaire de la CIA requérait d'adopter la mentalité d'un membre de la CIA et d'être prêt à tout pour parvenir à ses fins. C'était l'une des principales différences entre le SAD et les autres forces spéciales, et ce qui faisait que le groupe avait mauvaise réputation.
Cependant, même si elle avait toujours du mal à digérer les qualificatifs qu'il lui avait attribué, d'autant plus qu'elle était une féministe reconnue, ce n'était pas ce qui préoccupait la jeune femme, à cet instant.
En plus de ne pas avoir pu discuter avec son mari, suite au refus de ce dernier, Leah avait, pour la première fois en deux jours, eut une nuit mouvementée. Ses remords et ses angoisses lui avaient laissé entrevoir ce qui risquait de se produire s'ils s'entêtaient tous deux à faire subir leurs dilemmes et leurs état d'âme à leur nouvelle équipe.
Elle avait déjà rêvé de ce genre de choses avant une infiltration, mais la perspective de voir Jacob se faire tuer à cause de son orgueil mal placé l'avait immédiatement alertée. Malgré les frictions qui existaient entre eux et les doutes qui pesaient sur leur avenir commun, elle ne pouvait pas nier qu'elle était toujours profondément amoureuse de son époux, et l'idée même qu'il lui arrive quelque chose l'empêchait littéralement de respirer. Plusieurs fois, au cours de la nuit, elle avait eu envie d'aller frapper à son baraquement et de le supplier de rentrer aux États-Unis, mais elle craignait qu'il ne veuille pas l'écouter après tout ce qui s'était passé les jours précédents, chose qu'elle comprenait aisément vu la manière dont elle l'avait traité.
Désespérée, elle avait alors opté pour la solution qui lui avait semblé la plus radicale, mais aussi la plus efficace. Elle avait été frapper à la porte d'Embry Call afin d'exiger le départ de Jacob.
– Pourquoi on est là ? demanda Jacob au bout d'un moment, même s'il soupçonnait que ça avait un rapport avec sa femme.
– Vous êtes là parce que Miss Clearwater estime que l'un de vous est de trop dans cette mission, répondit Embry, mal à l'aise.
– Et ce n'est certainement pas moi... ajouta froidement Leah.
– Tu veux me faire éjecter de cette mission ? C'est une blague j'espère ? s'offusqua Jacob en regardant Leah.
Cette dernière de mordit l'intérieur de la bouche afin de ne pas céder à la tentation de se tourner vers lui. Elle pouvait sentir le poids de son regard accusateur sur elle et une boule se forma dans la gorge en songeant qu'il la détesterait sûrement plus après cela, mais elle était réellement prête à tout pour qu'il soit loin du champ de bataille.
– Je dis simplement que tout le monde se porterait bien mieux si tu n'étais pas là. Et puis, je doute que tu aies la qualification nécessaire pour exercer cette mission, expliqua-t-elle le plus calmement possible.
– Tu doutes que j'ai... Il secoua la tête, n'arrivant pas à croire ce qu'il entendait. Premièrement, tout le monde se porterait mieux si TOI tu n'étais pas là et deuxièmement, tu ne sais STRICTEMENT RIEN de mes qualifications, c'est clair ? rétorqua-t-il les mâchoires serrées.
– Je sais que tu es incapable de gérer tes émotions et c'est néfaste pour l'ensemble de la mission, rétorqua-t-elle.
– Oh, alors c'est ça ? Parce que j'ai mis une droite à ton ex ? Moi qui croyais que tu voulais me faire virer pour ne plus m'avoir dans les pattes à cause de tes projets de divorce... Mais tu sais, te gêne pas si t'as envie de remettre ça avec lui, t'as qu'à faire comme si j'étais pas là, après tout, t'as pas eu ce problème dans l'avion, pas vrai ? railla-t-il, contenant tant bien que mal la colère qu'avait suscitée cette scène.
Leah hoqueta et serra les poings, blessée par la réplique de son mari, surtout en sachant qu'elle s'était retrouvée dans cette position inconfortable en le défendant et qu'elle demandait son départ pour le protéger.
– Bon, ça va trop loin, là... intervint Embry en voyant que son meilleur ami recommençait à dérailler. Je suis désolé de te dire ça, Jacob, mais ta femme a raison. Tu es loin d'être un élément fiable pour l'instant.
– Tu es de son côté maintenant ?
– Je ne suis du côté de personne. Je m'en remets aux faits, martela Embry.
– Merci ! soupira Leah, soulagée.
– Mais ça ne veut pas dire qu'il faille l'écarter pour autant de cette mission, ajouta Embry. D'autant plus que vous n'êtes pas étrangère à son manque de lucidité, Clearwater !
– Vous plaisantez ? s'insurgea Leah. Je ne l'ai pas poussé à se conduire comme un homme de Néandertal non plus !
– En flirtant avec ce type juste sous mes yeux, tu m'y as pas poussé peut-être ?
– Mais t'es complètement parano, ma parole ! Je n'ai pas... Elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration avant de poursuivre. Je n'ai pas flirté avec Sam. Sauf si tu estimes que mettre un couteau sous la gorge d'un mec pour qu'il arrête de dénigrer son mari, c'est du flirt. Alors là, oui, c'en est.
Jacob n'avait rien vu de la scène dans l'avion, mais les échos qu'il avait reçu de ses compagnons d'armes lui avait laissé comprendre qu'elle s'était mal comportée vis-à-vis de lui. Il fronça les sourcils, étonné qu'elle ait menacé Sam avec une arme blanche. Il n'en oublia pas pour autant ce qu'il avait entendu.
– Mais tu n'as rien dit quand il t'a proposé de coucher avec toi, rétorqua-t-il en essayant de cacher à quel point la phrase de Sam et surtout le manque de réaction de sa femme l'avaient blessé.
– Vous voyez, Call ? C'est exactement de ça dont je vous parlais. J'en ai ras-le-bol qu'on me traite comme si j'étais une Marie couche toi là... Maintenant, il faut que je surveille tous mes faits et gestes parce que Monsieur Black se sent tellement en danger qu'il pense que je vais me faire sauter par le premier homme venu ! Je serai incapable de faire correctement mon boulot avec lui dans les parages, alors si vous voulez que cette mission soit un succès, vous avez intérêt à faire quelque chose, et vite ! s'emporta Leah.
– Tu n'as qu'à aller retrouver tes compositions florales si je t'empêche de te concentrer. Ah ! J'oubliais que tu détestes les fleurs... Enfin, oublier n'est pas vraiment le terme, puisque je ne l'ai appris que récemment.
– Oh, pauvre, pauvre Jacob ! ironisa-t-elle. C'est vrai que ça a dû te faire un choc de savoir que ta gentille petite femme aurait facilement pu te trancher la gorge pendant ton sommeil si elle l'avait voulu ! Imagine ce que j'ai ressenti quand j'ai découvert que l'homme que j'aimais était en fait un macho intolérant qui était incapable de me faire confiance !
– On se demande bien pourquoi !
– ÇA SUFFIT ! intervint fermement Embry. Dois-je vous rappeler que vous êtes tous les deux coupables, dans cette histoire ?
Jacob frémit devant le coup d'éclat et la véracité des paroles de son meilleur ami. Fatigué de ces disputes à répétions qui lui donnaient l'impression de tourner en rond avec sa femme, il décida de recentrer la discussion sur ce pourquoi ils étaient là.
– Je veux en être, Embry, et tu sais mieux qui quiconque de quoi je suis capable, dit-il d'un air déterminé.
– Et vous ne seriez pas venu me chercher si je n'étais pas la meilleure dans les missions d'infiltration, renchérit Leah. Vous ne trouverez pas mieux pour pister les Montoya et vous le savez.
– C'est vrai... soupira Embry. Vous avez avancé de très bons arguments, tous les deux... Mais vos prises de bec incessantes sont effectivement un problème...
– Alors il faut nous départager, proposa Jacob.
Leah dévisagea son mari un instant, soudain hésitante.
– Quand tu dis "départager"... Tu penses à... Un combat ? bredouilla-t-elle, décontenancée.
– Je pense à des défis. Tir, lancer de couteaux, combat au corps à corps. Tout ce qui pourrait aider Embry à choisir le meilleur d'entre nous, répondit-il sans la regarder.
– C'est une excellente idée... approuva Embry.
– Tu veux vraiment te mesurer à moi ? sourcilla Leah.
– Je veux me mesurer à Nefertiri, rectifia Jacob.
L'air suffisant de son mari agaça la jeune femme, et le sourire en coin d'Embry ne fit que renforcer son énervement.
– Très bien. Je suis prête quand tu l'es... "The Rock"... céda-t-elle d'un ton méprisant.
– Parfait. Rendez-vous dans une demie heure sur le terrain de tir, annonça-t-il avant de sortir, sans un regard pour celle qu'il aimait, espérant au fond de lui qu'il la battrait afin de l'éloigner le plus possible des Montoya et des risques que cette mission impliquait.
– Vous êtes sûr que c'est une bonne idée ? demanda Leah, une fois que Jacob fut hors de la pièce.
– Vous voulez qu'il s'en aille, oui ou non ? questionna Embry.
– Oui, mais...
– Je connais Jacob depuis plus de quinze ans, l'interrompit-il, et je suis certain que vous savez qu'il ne partira pas s'il n'est pas certain que vous ne courrez aucun risques, tout comme vous... Alors ne le ménagez pas et montrez-lui ce que vous valez réellement.
Leah tressaillit et hocha la tête, redoutant déjà le moment où ils devraient combattre au corps à corps.
Exactement une demie heure plus tard, Jacob arriva sur le champ de tir, accompagné du reste de la Delta Force. Leah était déjà présente, arme au poing, prête à défendre sa place et la vie de son mari.
– Je vois que tu es ponctuel... Ça change... pouffa-t-elle cyniquement.
– J'aime bien me défouler au stand de tir après le boulot, histoire de rentrer à la maison de meilleure humeur... Même si ça me met en retard, mais on est pas là pour parler de ma ponctualité. Tu es prête ?
Le cœur de Leah se serra alors qu'elle comprenait enfin à quoi il passait son temps pendant qu'elle s'inquiétait chez eux. Cette révélation, loin de la soulager, lui donna encore plus envie de le battre.
– Prête, répondit-elle froidement. Temps imparti ?
– 60 secondes, déclara Jacob en chargeant son 9mm.
– J'y vais la première, décréta-t-elle, fébrile.
– A toi l'honneur... dit-il en esquissant un sourire, sachant pertinemment qu'elle mettait les pieds dans sa spécialité.
Leah inspira profondément afin de calmer son anxiété. Elle n'était pas à l'aise avec les armes à feu, même si elle avait suivi un entraînement intensif avec le SAD, et le fait qu'elle sache que Jacob n'avait pas arrêté de s'entraîner la mettait mal à l'aise. Elle fit signe à Embry, qui tenait le chronomètre, de faire partir le compte à rebours et avança d'un pas mal assuré sur le parcours.
Les premières cibles furent facile à atteindre pour elle, mais son manque de confiance en elle ne disparut pas complètement, lui faisant faire une erreur au milieu du parcours.
Voir sa femme sur ce parcours, aussi inoffensif soit-il, fit frémir Jacob et sa peur qu'il ne lui arrive quelque chose une fois les choses sérieuses commencées redoubla quand elle fit un erreur. Il devrait à tout prix réussir à faire mieux afin de la renvoyer chez eux, là où elle serait en sécurité.
Elle finit le parcours avec trois erreurs et tenta de masquer son énervement en arrivant près de Jacob, en vain.
– Ton tour... grogna-t-elle en se maudissant intérieurement de ne pas avoir réussi un parcours sans faute.
Jacob s'élança quand Embry donna le top départ. C'est sans aucune difficulté qu'il effectua un parcours parfait, atteignant chaque cible en pleine tête et finissant même avec une avance de douze secondes comparé à Leah.
– Pas trop déçue, j'espère ? sourit-il en arrivant à sa hauteur.
– Pas du tout, mentit-elle. Je sais reconnaître quand un soldat est bon. Mais ça ne veut pas dire que ta place est assurée...
– C'est ce qu'on verra, mais en attendant, je n'ai toujours pas vu les talents de Nefertiri...
– Eh bien, mon chéri, tu verras ça dans les prochaines épreuves ! lui assura Leah. Au fait, qu'est-ce que tu as choisi, comme arme de jet ?
– J'ai toujours adoré les shuriken...
La jeune femme ancra son regard au sien, clairement intriguée, et s'approcha de lui sans même s'en rendre compte.
– Rassure-moi, tu parles des vrais shuriken, pas de ces étoiles de ninja toutes pourries qui ne font de mal à personne ? murmura-t-elle.
Le regard de Leah, ajouté au fait de sentir son souffle chaud sur sa peau, le fit frémir.
– Tu crois vraiment que j'aime m'amuser avec des armes inoffensives ? répondit-il sur le même ton.
– J'avoue que tu me surprends... Je n'aurai jamais cru que tu puisses apprécier les armes blanches... Ça te dirait de voir ma collection ? minauda-t-elle en posant sa main sur le torse de son époux.
Jacob se sentit encore frissonner au contact de sa main et ses yeux descendirent instinctivement au niveau de ses lèvres qui l'attiraient depuis une éternité.
– Tu as une collection ?
Leah se mordilla la lèvre inférieure. La proximité de Jacob faisait battre son cœur plus vite que la normale. Secouant la tête pour se sortir de sa torpeur, elle se tourna vers son frère, qui veillait jalousement sur une caisse assez volumineuse.
– Couteaux de combat, à lancer, Bô shuriken, kunaï, poignards, hachette de jet, dagues, javelines, tanto gata... J'adore tout ce qui a une lame, en fait... lança-t-elle sensuellement.
– C'est bon à savoir... déglutit Jacob, troublé par sa voix et impressionné par sa collection.
Il se sentit tout à coup terriblement désavantagé, étant loin de maîtriser comme il fallait ce type d'armes.
– Tu veux peut-être que je te prête mes shuriken ? le taquina-t-elle. J'ai peur que tu n'en aies pas assez pour tes lancers ratés...
– Si c'est le cas, au moins on sera à égalité pour tes tirs ratés... rétorqua-t-il en lui faisant un clin d'œil.
L'attitude de Leah changea du tout au tout. Irritée qu'il lui rappelle qu'elle avait perdu face à lui, elle se renfrogna et lui lança un regard noir.
– Et si on pimentait un peu la partie ? proposa-t-elle.
Jacob fronça les sourcils, loin d'être rassuré.
– Je t'écoute...
– Temps illimité, deux lancers par cible, de la même main... Celui qui plante toutes les cibles deux fois le plus rapidement possible gagne la manche...
– Deux, rien que ça... ironisa Jacob.
– Ça veut dire que t'es partant ? insista Leah.
– Je suis toujours partant... murmura-t-il en l'effleurant volontairement pour aller récupérer les shuriken de sa femme.
Leah tressaillit en fermant involontairement les yeux alors que l'odeur envoûtante de son mari l'entourait et son cœur manqua un battement.
– Bon sang... laissa-t-elle échapper malgré elle.
– Tu as dit quelque chose ? s'enquit Jacob.
– Quoi ? Euh... Non... A toi de commencer... s'empressa-t-elle de répondre.
Jacob hocha la tête et prit quelques secondes pour se concentrer. Il commença donc le parcours quelque peu mal à l'aise, en attaquant les cibles avec deux shurikens à la fois. Déjà avec un, ce n'était pas simple, mais deux, sur des cibles en mouvements qui plus est... Comme Leah la première fois, même s'il réussit à toucher la plupart des cibles, il fit des erreurs qui ne lui laissait pas de grands espoirs de victoire face à une expertes en la matière.
Leah se garda bien de lui dire qu'il l'avait cependant impressionné. Le seul autre homme qu'elle ait vu terminer ce genre de défi en aussi peu de temps était son père, celui qui lui avait quasiment tout appris. Elle finit néanmoins le parcours en moitié moins de temps que lui, démontrant son aisance en plantant ses lames du premier coup sur les cibles en mouvement, sous les acclamations de ses anciens compagnons d'armes.
– Ça m'avait manqué, de la voir faire ça... avoua Seth à Jacob pendant qu'elle rangeait ses armes.
Jacob écoutait son beau-frère d'une oreille distraite, trop occupé à la contemplation de sa femme. On aurait dit une amazone dont les couteaux étaient une extension de ses bras. Il n'aurait jamais imaginé qu'elle soit capable d'une pareille aisance avec des armes et il devait bien avouer que ce côté dangereux la rendait encore plus sexy à ses yeux.
La jeune femme se tourna vers lui avec un sourire éclatant et il se demanda depuis combien de temps il ne l'avait pas vu aussi rayonnante. Cela se voyait qu'elle aimait ce genre d'épreuves et qu'elle était fière d'avoir pu montrer ce dont elle était capable à l'homme qu'elle aimait.
– Alors ? Tu doutes encore du talent de Nefertiti ? demanda-t-elle, les yeux brillants.
Jacob afficha un sourire en coin.
– Je reconnais que tu es très douée, mais j'ai surtout hâte de voir comment tu débrouilles au corps à corps...
– Pourtant, je suis sûre que tu le sais déjà, mon cœur... plaisanta-t-elle.
– C'est moi ou la tension a complètement disparu entre ces deux-là ? souffla Embry.
– Chut ! Vous allez leur porter malheur... marmonna Seth en lui faisant signe de se taire.
Le sourire de Jacob s'élargit.
– Si tu débrouilles aussi bien en sport de combat qu'en sport de chambre, alors j'ai du soucis à me faire, en effet...
– Je pourrai te retourner le compliment, tu sais... répliqua-t-elle en s'empourprant.
Jacob songea alors qu'ils n'avaient pas fait l'amour depuis une éternité et son sourire se fana aussitôt tandis qu'il mettait de la distance entre eux.
– Je vais m'échauffer, on se retrouve dans un quart d'heure, annonça-t-il tout à coup avant de s'éloigner.
Leah le regarda partir, déboussolée, et sentit un énorme vide en elle lorsqu'il ne fut plus près d'elle. Elle avait cru qu'ils s'étaient rapprochés durant la dernière épreuve et un brin d'espoir avait germé dans son cœur quand il l'avait complimentée, mais force était de constater qu'elle s'était trompée. Elle baissa la tête, le cœur lourd, en se promettant de ne plus se faire d'illusions.
Un quart d'heure plus tard, ils se retrouvèrent sur le petit tatami prévu spécialement pour les entraînements au corps à corps. Jacob avait délaissé son t-shirt et était à présent simplement vêtu d'un bas de jogging, beaucoup plus pratique pour bouger.
Leah se figea quand elle le vit arriver et eut un mal fou à détacher ses yeux du corps de rêve de son mari. Elle savait que cela serait dur de se concentrer face à lui, mais son torse nu et et ses muscles saillants étaient un appel à la luxure. Elle ne pouvait que l'imaginer pressé contre elle dans une situation bien différente de celle-là et, tandis que son bas-ventre se réveillait en même temps que ses idées folles, elle dut se forcer à penser à son objectif final pour se motiver.
Le cœur de Jacob manqua un battement en apercevant la tenue de son épouse. Elle était vêtue en tout et pour tout, d'une brassière de sport et d'un petit short qu'il trouva terriblement sexy et il devait bien avouer que si ça ne tenait qu'à lui, il les lui arracherait sur le champs. Il secoua la tête pour se remettre les idées en place et se focaliser sur le combat qui devrait les départager.
– Tu es sûr de vouloir te battre contre moi ? s'enquit-il, mal à l'aise à l'idée de devoir se battre contre une femme, et pas n'importe laquelle : la sienne.
– Je crois qu'on n'a pas trop le choix, vu qu'on est à égalité... répondit-elle péniblement.
– Si tu renonces à vouloir me voir partir, on n'aura pas à le faire...
En guise de réponse, Leah s'avança vers le tatami et se mis en position. Jacob soupira et en la suivant.
– J'ai pas envie de te faire mal, Leah... insista-t-il.
– T'inquiète pas, tu ne me feras pas plus mal physiquement que tu ne l'as déjà fait moralement... répliqua-t-elle, la gorge nouée.
Jacob sentit son cœur se serrer et les remords qu'il tentait de terrer au fond de lui refirent leur apparition. Il se mit en position de combat, même s'il savait qu'il ne la frapperait pas mais qu'il essaierait surtout de la maîtriser, et attendit le feu vert d'Embry qui faisait l'arbitre.
Avant même qu'il n'ait le temps de réagir, il se retrouva plaqué au sol par Leah, qui avait utilisé la même technique que lors de sa rencontre avec le meilleur ami de son ami. Les membres du SAD applaudirent la jeune femme alors qu'Embry éclatait de rire en reconnaissant la prise.
– Et tu te moquais de moi quand je te disais que je m'étais fait battre par elle ! se moqua ce dernier.
– Voilà pourquoi tu ne dois pas rester ici, souffla Leah à l'oreille de son mari. Tu manques clairement de concentration...
Jacob frémit devant sa proximité, mais se ressaisit rapidement en entendant sa phrase. D'un geste habile, il reprit le dessus et c'est elle qui se retrouva contre le sol alors qu'il lui bloquait les mains.
– Je peux faire preuve d'autant de concentration que toi...
La tête de Leah avait lourdement buté contre le sol, l'étourdissant un instant, et lorsqu'elle recouvra ses esprits, elle tressaillit en se rendant compte de la position dans laquelle elle se trouvait. Des milliers d'images défilèrent dans sa tête alors qu'elle sentait le membre de Jacob se durcir contre elle.
– On dirait que je te fais encore de l'effet... murmura-t-elle en faisant glisser une de ses jambes entre les siennes afin d'augmenter la friction et de le déconcentrer de nouveau.
Jacob frémit de bien être et ferma un instant les yeux en savourant le contact entre eux.
– Tu m'en as toujours fait... souffla-t-il sans même se rendre compte qu'il avait légèrement relâché sa prise autour de ses poignets.
Le cœur de Leah manqua un battement, mais elle n'en perdit pas non plus son objectif. Elle se servit de sa jambe comme levier et retourna Jacob avant de le chevaucher, sachant pertinemment qu'elle ne pourrait pas le maîtriser de cette manière. Elle avait besoin de profiter de ce moment intime, bien que crucial pour l'avenir de son mari, et elle ne se priva pas de s'allonger sur lui, posant sa tête sur le torse du jeune homme afin d'entendre les battements de son cœur.
– Six mois, trois semaines et deux jours... dit-elle soudain.
Jacob qui était prêt à tenter une riposte aussitôt, fut désarçonné par la tendresse de son geste.
– Qu-Quoi ? balbutia-t-il, perdu.
Elle releva la tête et ancra son regard au sien, tout en faisant glisser ses mains juste qu'à ses hanches, préparant ainsi sa riposte à un éventuel mouvement de la part de Jacob.
– Six mois, trois semaines et deux jours... répéta-t-elle. C'est le temps que j'ai pris avant de me rendre compte que je ne pouvais pas vivre sans toi...
Déjà complètement hypnotisé par le regard de la femme qu'il aimait, son cœur bondit si fort dans sa poitrine qu'il ne sut même plus comment former des phrases compréhensibles pendant plusieurs secondes.
– Qu'est-ce qui s'est passé ce jour là ? Pourquoi ? Pourquoi six mois, trois semaines et deux jours ? demanda-t-il alors qu'il contenait difficilement une folle envie de l'embrasser.
– C'était le jour de l'accouchement de Claire... Quand j'ai vu son petit garçon et que je l'ai pris dans mes bras, je... Je me suis vue avec ton enfant, notre enfant... expliqua-t-elle. J'ai rêvé de notre mariage, de notre vie à deux et de la naissance de nos nombreux enfants... Et j'ai su que c'était avec toi que je voulais finir mes jours, seulement... J'ai flippé... Ça faisait six mois que je te répétais que j'étais fleuriste, et j'ai eu peur de te perdre si tu apprenais que je t'avais menti... Et j'avais raison... déplora-t-elle en agrippant fermement les hanches de Jacob.
– Tu ne m'aurais pas perdu, Leah... J'étais déjà fou amoureux de toi à ce moment là... Et puis, moi aussi je me tannais pour te dire la vérité...
– De quoi avais-tu peur ? questionna-t-elle.
– De te perdre... Déjà que tu refusais toutes mes demandes en mariage, je me suis dit que si tu apprenais que je t'avais menti sur qui j'étais vraiment, tu ne voudrais plus jamais entendre parler de moi...
– J'ai refusé tes demandes en mariage parce que je ne voulais pas faire de peine à mon père... Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, le SAD, c'est une histoire de famille... Mon grand-père, mon père, mon frère... J'étais prête à abandonner dès notre rencontre, mais là aussi, j'ai flippé...
– Oh... Et moi qui ai cru tout ce temps que c'est parce que tu n'étais pas sûre de tes sentiments pour moi...
– Faut croire qu'on est partis sur de mauvaises bases, tous les deux... C'est dommage, ça aurait pu être merveilleux, nous deux, si on avait été francs depuis le départ...
– Tu parles comme si tout était fini... constata-t-il le cœur serré.
– Parce que rien ne sera comme avant entre nous... répliqua-t-elle, les larmes aux yeux. Pas après que tu aies montré à quel point tu ne me respectais pas. Et certainement pas après ça...
Elle enfonça ses ongles dans les hanches de Jacob et le força à se retourner avant de lui faire une clé de bras.
– Je suis désolée, Jacob... Mais j'ai gagné...
Jacob sentit un vive douleur au niveau de l'épaule alors que l'étau autour de son cœur se resserrait un peu plus face aux paroles de la jeune femme.
– C'est déloyal... grimaça-t-il.
– Peut-être, mais c'est pour ton bien... répliqua-t-elle en essayant d'étouffer ses sanglots.
– Si tu crois que je vais rentrer tranquillement et te laisser ici, tu te fais des illusions.
Leah relâcha Jacob et se releva, incapable de lui faire mal plus longtemps. Sans un mot, elle se tourna vers la sortie et s'y dirigea.
Jacob se tint l'épaule un instant, mais se rappela rapidement du but même de ces épreuves. Il devait à tout prix gagner pour éviter à Leah de se mettre en danger inutilement. Elle avait triché, et bien il n'allait pas se gêner. Sans qu'elle n'ait le temps de voir venir, il lui fit un croche-pied, mais la rattrapa avant qu'elle ne touche le sol et la bascula dans la foulée, de manière à se retrouver à nouveau au-dessus d'elle.
– Ce n'est pas fini... dit-il en espérant qu'elle saisirait le double sens de sa phrase.
Leah hoqueta, surprise du mouvement de Jacob, et son cœur se réchauffa lorsqu'elle croisa son regard empli de détermination. Elle le connaissait assez pour savoir qu'il ne parlait pas seulement de leur combat et elle esquissa un sourire triste.
– Tu as triché et tu as utilisé ma seule faiblesse pour me battre... lui fit-elle remarquer. Tu ferais une excellente recrue pour le SAD...
– Tu as triché aussi, je te rappelle. Et en ce qui concerne le SAD, plutôt mourir que de travailler pour eux.
– Si tu n'acceptes pas leur mentalité, tu ne m'accepteras pas non plus... Parce que j'ai été élevée par un membre du SAD, que j'ai vécu avec eux une grande partie de ma vie... Ils sont ma famille, Jacob...
A contrecœur, elle lui donna un coup de genou dans les parties intimes.
– Et je n'ai plus l'intention de renier ce que je suis... finit-elle en reprenant le dessus.
Jacob eut le souffle coupé et s'écroula au sol, terrassé par ce coup sournois, si bien qu'alors qu'il aurait voulu lui dire qu'il l'acceptait telle qu'elle était, il n'en eut malheureusement pas la force, bien trop sonné pour le faire.
Leah n'attendit pas qu'il puisse la rattraper, cette fois, et profita du fait qu'il se tortillait de douleur pour quitter la salle d'entraînement. Embry s'agenouilla auprès de Jacob, grimaçant en songeant à la douleur de son ami.
– Bon, je pense que t'as compris la leçon, cette fois ? ricana-t-il.
– Je ne partirai pas, Embry... réussit-il à dire malgré tout.
– Je n'ai jamais dit que tu partirais... Vous avez conclu que j'étais d'accord pour virer l'un de vous, je vous ai laissé faire, c'est tout !
– Tu nous as fait faire tout ce cirque pour rien ? grogna Jacob.
– Pas pour rien... contredit son ami en affichant un sourire en coin. Vous avez parlé, non ? Et je ne sais pas ce que vous vous êtes dit, mais ça avait l'air assez torride, je dois dire...
Jacob ne put retenir un petit sourire en repensant aux aveux qu'ils s'étaient fait et surtout aux gestes tentateurs de sa femme.
– Aide moi à me relever au lieu de dire des bêtises...
– Ça va aller ? s'enquit Embry en s'exécutant.
– J'ai connu pire, t'en fait pas... assura Jacob en se tenant néanmoins l'entre-jambe.
– Tant mieux, parce qu'on a un petit changement de programme et que tu voudras probablement prendre part à ce qui va suivre...
Jacob fronça les sourcils, intrigué.
– Et qu'est-ce que c'est au juste ?
– Nahuel Montoya est au Venezuela, et on va lui présenter ta femme ce soir...
