My Name is Sophie
Chapitre 2
Explications.
Draco n'était pas du genre loquace. Son état avait beau s'être amélioré, je n'étais toujours pas parvenue à lui arracher le moindre mot sur qui il était et sur ce qui lui était arrivé. Je n'avais encore jamais osé lui poser de question directe. Au moindre sous-entendu, à la moindre note de curiosité dans ma voix, il me regardait d'un air soupçonneux et se refermait comme une huître. Au bout de trois jours de conversations badines, je n'étais pas plus avancée qu'au jour de son réveil.
Dans l'ensemble, il allait beaucoup mieux. Seule sa jambe nous préoccupait encore. Loin de s'améliorer, les plaies avaient commencé à puruler, malgré tous mes efforts pour les désinfecter. Draco n'avait plus de fièvre mais ne parvenait toujours pas à se déplacer à cause de sa jambe. Je savais qu'il lui tardait de s'en aller et se voir coincé chez moi semblait peu à peu le rendre malade de frustration. J'avais plusieurs fois suggéré de l'aider à aller jusqu'à chez lui mais il avait à chaque fois refusé mon offre d'un brusque mouvement de tête.
Le quatrième jour après son réveil, sa jambe commença à prendre une teinte grise et sa fièvre remonta. Il n'était plus temps de tourner autour du problème.
« Ecoute, ça peut plus continuer comme ça… Tu peux toujours faire comme si tu m'entendais pas, mais n'empêche que si on ne fait rien, tu vas perdre ta jambe – si tu te retrouves pas avec un empoisonnement du sang avant… »
Toujours aucune réaction.
« Il va falloir que tu m'expliques ce qui s'est réellement passé. Et qu'on cherche quelqu'un de compétent pour t'aider ! »
Draco se retourna lentement.
« Tu ferais mieux de te taire. Tu n'as aucune idée de ce que tu me demandes de faire. »
« Non ! Et justement, c'est pour ça qu'il te faut quelqu'un d'autre que moi ! Je peux pas te regarder mourir à petit feu comme ça sans faire quelque chose ! »
« Et pourquoi donc ? répliqua-t-il avec mépris. Parce que tu crains les conséquences que cela pourrait avoir pour toi ? »
Prise au dépourvu par l'acidité de son ton, je dus me faire violence pour ne pas me récrier et tenter de me justifier.
« Bon, fis-je finalement. J'en ai assez. J'appelle l'hôpital. Ils se débrouilleront bien avec toi, là-bas. »
« Comme tu veux. De toute façon, je ne resterai pas ici à les attendre, tes médecins. Et puis, ils ne pourront rien faire. »
« Comment tu le sais, ça ? »
« Parce que cette blessure n'a rien à voir avec ce qu'ils ont l'habitude de soigner. Elle n'est pas uniquement physique. Ils ne pourront rien faire pour me guérir. »
« Donc quoi ? Donc t'es condamné, c'est ça ? Résigné à ton sort ? Hein ? … Et pourquoi tu m'as demandé de l'aide, hein ? Si tu savais déjà que t'étais fichu ? »
Mes mots restèrent un instant suspendu entre nous, dans l'air de la chambre.
« Ecoute, repris-je plus doucement, tu devais bien te dire qu'il y avait un peu d'espoir, non ? Il doit bien y avoir quelque chose que je puisse faire. Ou quelqu'un qui puisse t'aider… ? »
« Si c'était aussi simple, tu ne crois pas que je l'aurais déjà fait au lieu de rester ici à grelotter de fièvre ? me jeta-t-il avec hauteur. »
C'était si… inattendu de l'entendre me parler comme ça. Je ne parvenais pas à concilier cette arrogance, cette dureté avec la douceur de ses traits lorsqu'il dormait, avec la lueur implorante que j'avais vue dans ses yeux le jour où je l'avais trouvé, à demi-mort, à côté de ma porte.
Forçant ma voix à adopter le même ton hautain que le sien, je poursuivis la bataille.
« J'ai l'impression que c'est surtout que tu me crois pas à la hauteur. »
« Peut-être bien. Et en quoi cela change-t-il le problème ? »
« Donne-moi une chance. Laisse-moi essayer de t'aider et si ça ne marche pas, je te promets que je te laisse tranquille. »
« Comme je te l'ai déjà dit, ce n'est pas si simple… »
« Et pourquoi ça ? C'est quoi le problème ? Un grand secret que tu ne peux pas divulguer sous peine de mort, ou quoi ? »
« C'est à peu près ça, oui ? »
'Genre… Qu'est-ce qu'il va pas inventer pour que je le laisse tranquille…' Mais malgré mes doutes, je ne pus m'empêcher de songer à l'étrange baguette en bois, et à ce tatouage bizarre qu'il avait sur le bras.
« Et tu crois pas que, après que je me suis occupé de toi pendant près de deux semaines, sans te poser de questions et sans rien dire à personne, tu peux quand même me faire un minimum confiance ? »
Je craignis un instant qu'il ne dise « Non. » et en reste là. Au lieu de cela, il soupira et se tourna vers la fenêtre.
« Il faut que j'y réfléchisse. »
Draco réfléchit ainsi pendant un jour et demi. Sa jambe continuait à se teinter de gris à un rythme de plus en plus rapide.
Enfin, après le déjeuner du jour suivant notre précédente conversation, il sortit de son mutisme.
« Je veux bien que tu m'aides. »
Au début, je crus que je m'étais trompée – ça n'était pas la première fois que je m'imaginais l'entendre briser le silence monotone qui nous enveloppait. Mais il reprit :
« Je sais que… je n'y arriverai pas seul. C'est pour ça qu'il faut que tu m'aides. »
Je ne pus m'empêcher de me faire la remarque qu'il était gonflé, quand même, d'exiger ainsi mon aide alors qu'il l'avait jusqu'à présent refusée, mais je tins ma langue.
« Ce que je vais te raconter va probablement te paraître bizarre et invraisemblable. Cela ira sûrement à l'encontre de tout ce que l'on t'a enseigné depuis ton plus jeune âge. Je ne peux pas te prouver que je dis la vérité – du moins, pas pour le moment – et c'est pour ça que je vais te demander de me croire sur parole. »
Il me jeta un regard perçant et je m'empressai de hocher mon assentiment.
« Je m'appelle Draco Malfoy et je suis un sorcier. »
Il me fallut quelques instants pour comprendre exactement l'implication de ce qu'il me disait.
« O… ok, fis-je d'un ton incertain. »
« Je suis un sorcier et j'appartiens à une communauté magique qui vit en parallèle de la communauté anglaise telle que tu la connais. Nous faisons tout pour cacher notre existence, c'est pourquoi ce que je suis en train de faire est tabou et va à l'encontre de toutes les lois de mon monde. Il y a cependant eu de nombreuses exceptions à ces lois, surtout au cours de ces dernières années. Notre monde est en guerre. Cela fait maintenant cinq ans qu'un sorcier extrêmement puissant et ses disciples mettent nos mondes à feu et à sang. Tu dois bien te souvenir de tous ces événements inexpliqués qui ont eu lieu récemment… ? L'augmentation des disparitions, des meurtres, des explosions sans causes, et j'en passe. »
Effectivement, il se passait rarement un jour depuis deux ans sans que les médias n'aient quelque histoire mystérieuse à rapporter.
« Ce sont eux. Ils ne sont pas bien nombreux, mais ils parviennent à faire régner un climat de terreur et de méfiance. Personne ne sait exactement qui est impliqué. Et c'est ce qui rend les gens comme moi particulièrement suspects. »
« Comment ça les gens comme toi ? »
Draco me jeta un regard courroucé pour mon intervention.
« Je suis issu d'une famille connue pour son allégeance au sorcier en question et je porte sa marque sur mon bras. »
Il me présenta son bras gauche en guise de preuve. Il n'y avait plus aucun doute là-dessus, la tête du serpent bougeait et ses petits yeux semblaient réellement me regarder avec haine. Je n'en revenais pas.
« Ces quelques faits sont assez pour certaines personnes qui s'empresseraient de me condamner. Il faut cependant savoir que les apparences sont parfois trompeuses, et que s'il est vrai que j'ai d'abord suivi les traces de mon père par choix, j'ai par la suite changé d'avis. J'ai, au cours de ces quelques dernières années, servi d'espion pour le côté de la 'Lumière', comme on les appelle. Tout se passait pour le mieux jusqu'au jour où mon père a découvert mon double jeu, fit-il avec un sourire vaguement dérangeant. Il a tenté par tous les moyens de me faire revenir dans les rangs du 'Seigneur des Ténèbres', et ce que tu vois là, dit-il avec légèreté en désignant sa jambe, n'est que sa plus récente tentative. Les crocs et griffes de l'animal qui m'a attaqué ont cette particularité qu'ils empoisonnent lentement celui qui agit à l'encontre de ce que souhaite son maître au moment de la morsure. Le poison qui se déverse dans mes veines deviendrait inoffensif dès lors que je déciderais d'obéir à mon père. Si, après avoir en apparence renoncé à mes ambitions personnelles, je décidais d'agir de nouveau à mon propre compte, le poison présent me tuerait sur le coup. »
Je ne sus d'abord pas quoi répondre face à son regard insistant. Puis une chose me vint à l'esprit.
« Tu sais que ce n'est pas la première fois qu'on t'a fait ça ? »
« Comment ? »
Sa voix claqua comme un fouet.
« Tu as une de ces… griffes ou je sais pas trop quoi dans une de tes côtes. Là ! fis-je en lui désignant l'endroit. Mais ça a l'air de faire un bout de temps qu'elle est là, celle-là… »
Draco se tâta la côte, abasourdi.
« Je n'arrive pas à y croire… Le salaud… souffla-t-il. »
Etant donné le dommage qu'avaient fait en une semaine celles qui étaient plantées dans sa jambe, je ne voulais pas songer à l'effet qu'avait eu cette griffe-là, plantée si près du cœur.
« C'est pour ça qu'il faut que tu m'aides, poursuivit le jeune homme en se faisant violence. Je ne peux pas me déplacer sans l'aide de ma magie, et cela me rendrait repérable. Mon père me retrouverait à la minute même où j'aurais prononcé le moindre sort. Il n'y a qu'une personne de ma connaissance qui puisse arranger cela sans se compromettre. Il va falloir que tu la trouves pour moi et que tu entres en contact avec elle. Elle s'appelle Hermione Granger et elle habite à Londres. Le problème est que j'ignore où. Et que je n'ai aucun moyen de la contacter. »
« Tu penses qu'en appelant les renseignements… ? »
« Allo, bonjour, je voulais savoir si vous pouviez me donner les coordonnées d'Hermione Granger, s'il vous plaît ? … Oui, bien sûr, H-E-R-M-I-O-N-E G-R-A-N-G-E-R. Sur la liste rouge ? Elle ne souhaite pas que ses coordonnées soient communiquées à une tierce personne sans son accord ? C'est-à-dire que… vous voyez… »
Après toute l'inquiétude de ces dernières semaines et les révélations surprenantes de Draco, me sentir si près du but et ne pas pouvoir l'atteindre fut la dernière goutte qui fit déborder le vase. Je fondis en larmes.
« Mais Madame… fit la voix incertaine à l'autre bout de la ligne téléphonique. Enfin, Madame, calmez-vous, je peux lui faire passer un message… ? »
« C'est que… oh, c'est si dur… je suis la sœur d'Hermione… ça fait cinq ans que nous n'avons plus eu de ses nouvelles et hier soir… papa est… il est… enfin, il voudrait tellement la voir une dernière fois avant que… »
Je reniflai bruyamment en espérant que mon sincère désespoir rendait mes mensonges plus crédibles.
« Je suis désolé mais… la voix hésita un instant. »
« Vous… voulez vraiment être celui qui lui annoncera la nouvelle ? sanglotai-je. J'ai peur qu'elle ne me rappelle pas… vous comprenez, n'est-ce pas ? »
« Je… euh… vous avez un papier et un crayon ? »
Une fois en possession du numéro de téléphone d'Hermione, il me fallut quelques minutes pour reprendre mes esprits.
« Désolée, je sais pas ce qui m'a pris… »
Je gloussai nerveusement, un gloussement qui se transforma en éclat de rire lorsque je vis l'air mal à l'aise de Draco. Celui-ci haussa les épaules et me tendit un mouchoir. Une fois calmée, je repris la parole.
« Je lui dis quoi, moi, à Hermione une fois que je l'ai au bout du fil ? »
« Commence par lui demander… quelle était la pire note qu'elle ait reçue à un examen – la réponse est 99%, en deuxième année, elle avait prêté ses notes d'Histoire de la Magie à son ami Ron qui s'était débrouillé pour les perdre. Une fois que tu t'es assurée que c'est bien elle, dis-lui que tu appelles de ma part. Explique-lui que tu m'as trouvé dans la rue et que tu m'as soigné mais qu'il te faut son aide pour me guérir. Si elle fait des histoires, dis-lui que je me suis fait mordre par un rachermann il y a deux semaines et que ma jambe est presque noire. Donne-lui rendez-vous dès que possible à la station de bus Victoria, sous les panneaux d'affichage. Et surtout, ne lui donne pas ton nom de famille, ni ton adresse. Moins elle en saura, mieux ça sera. »
C'est ainsi qu'une demi-heure après, je me retrouvai en route pour Victoria Coach Station. Je n'étais pas sûre d'avoir pris la bonne décision. Et si Draco m'avait menti ? S'il n'était pas, en fait, du côté de la 'Lumière' et qu'il m'envoyait droit dans la gueule du loup ? Mais cela n'avait pas vraiment de sens, je n'avais rien à voir avec leur guerre… Mais Hermione alors ? Et si c'était un piège pour elle ? Est-ce qu'il serait allé jusqu'à laisser une de ses plaies devenir un danger mortel pour lui mettre la main dessus ? Il y avait sûrement d'autres moyens…
Je décidai donc de faire confiance à Draco. Malgré sa froideur et son ton hautain, il ne m'avait pas, jusqu'à présent, donné de raison de douter de ses paroles. Et il ne faisait aucun doute qu'il avait réellement besoin d'aide. J'allai donc retrouver Hermione et décider d'un plan d'action avec elle.
Voilà le deuxième chapitre! Ca me ferait très plaisir de savoir ce que vous en pensez! (= review please!)
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