A/N: Pour tous ceux et celles qui ont lu/reviewé les permiers chapitres, désolée pour l'absence prolongée (université et examens exigent). J'espère que ce chapitre compensera un petit peu pour cette longue attente! x

My Name is Sophie.

Chapitre 5
Décisions.

Hermione revint tard dans la soirée. Tout était calme dans la maison. J'étais toujours seule dans la bibliothèque, Draco ayant refusé de quitter sa chambre de peur d'être de nouveau assailli par une crise de larmes involontaire. Ma tête bourdonnait, pleine à craquer d'informations qui m'offraient de nouvelles perspectives sur le monde dans lequel je vivais.

« Je n'arrive pas à m'arrêter de lire. C'est comme si on m'expliquait des choses que j'avais toujours sues mais jamais réellement comprises, racontai-je à Hermione au cours du dîner. »

Draco avait préféré manger dans sa chambre. Hermione et moi étions donc de nouveau toutes les deux face à face, attablées dans sa cuisine.

« Je vois tout à fait ce que tu veux dire. Ca m'a fait exactement la même chose lorsque j'ai découvert ce monde. Un peu comme si je voyais les choses pour la première fois. »

Je hochai la tête.

« Ca ne te dérange pas trop de rester ici un peu, non ? C'est juste que j'ai peur que tu ne sois pas entièrement en sécurité chez toi en ce moment… Les Mangemorts sont partout et il se peut qu'ils aient senti que quelque chose d'anormal s'était produit dans ton appartement. »

« Non, non, ça fait rien, je comprends. Merci de m'héberger, c'est gentil ! »

Hermione hocha la tête et reprit la parole.

« Autre chose aussi – vu que tu es là, ça te dirait de m'aider un peu ces quelques prochains jours ? »

« Pas de problème. Qu'est-ce que je vais devoir faire ? »

« Je ne suis pas encore sûre des détails, mais dès que c'est fixé, je te tiendrai au courant ! »

Pendant les quelques jours de répit avant le début de ma véritable entrée dans le monde des sorciers, j'eus eu l'occasion de me familiariser avec de nombreux livres de la bibliothèque d'Hermione – ma lecture de L'histoire de Poudlard, notamment, servit de prélude à une discussion extrêmement animée au cours d'un de nos dîners en tête-à-tête. Les histoires qu'Hermione me raconta sur le château et ses professeurs m'avaient fait tour à tour pleurer de rire et mourir de jalousie.

Draco, de son côté, refusait toujours de sortir de sa chambre, ce qui ne semblait ni surprendre, ni gêner Hermione le moins du monde. Pour ma part, j'étais à ce point submergée par mes nouvelles découvertes dans les grimoires d'Hermione que je remarquai à peine cette mise en quarantaine volontaire au cours des premiers jours. Ce n'est que lorsque, un beau matin, je me trouvai face à un texte particulièrement épineux sur d'anciens enchantements que je me souvins de sa présence – ou plutôt de son absence. Bien décidée à enfin comprendre toutes les subtilités promises par l'auteur du manuscrit que j'étudiais, je me dirigeai, le livre sous le bras, vers la chambre du grand malade. Arrivée devant la porte, j'eus un instant d'hésitation ('et s'il dormait ?') mais frappai néanmoins avec résolution.

Un grognement mécontent m'appris que Draco n'était certes pas particulièrement réjoui par ma visite, mais probablement réveillé et habillé. Je poussai le battant de la porte avec un grand sourire.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

Sans tenir compte du ton grincheux ni des regards noirs que me lança Draco, je m'installai sur une chaise près du fauteuil où il était assis.

« Je suis en train de lire ce livre, et j'ai un peu de mal à comprendre... Je me suis dit que tu pourrais sûrement m'aider – alors voilà, c'est ce bout-là qui me pose problème. »

Draco jeta un coup d'œil dégoûté au livre que je lui tendais.

« Non, mais tu crois que j'ai que ça à faire ? »

« Ecoute, je me rends bien compte que tu es très occupé en ce moment, commençai-je avec une note de sarcasme dans ma voix, mais je te demande juste de m'accorder deux petites minutes de ton précieux temps pour m'expliquer ce détail-là. Tiens, regarde ! »

Malgré lui, Draco se vit donc contraint à lire le texte que je lui présentais – ce qu'il fit avec force grimaces et simagrées. Mais au fil de la lecture, je vis son intérêt augmenter et il finit par me prendre le livre des mains pour mieux voir.

« Eh ! T'étais juste supposé regarder ce passage et m'aider ! »

Il se tourna vers moi avec agacement.

« Tu permets ? J'essaye de comprendre pour pouvoir t'expliquer… Bon, je vois de quoi il s'agit – alors tu vois, ce que l'auteur oublie de dire, ici, c'est que… »

Ce fut le début d'une longue matinée de discussions théoriques sur la valeur de différents sortilèges de protection – principalement menées par Draco, mais ses explications me permettaient de le suivre sans trop de mal dans ses raisonnements. Au cours du repas de midi, la conversation prit un tour plus créatif – petites divagations sur des sortilèges de protection farfelus et foireux – pour enfin mener, au cours de l'après-midi, à des réminiscences de Draco sur ses années à Poudlard. Ce n'est qu'en entendant la porte qui se refermait sur Hermione, de retour de sa journée au laboratoire, que Draco prit conscience, avec horreur et stupéfaction, du temps qu'il venait de passer en ma compagnie et des anecdotes qu'il avait partagées avec moi. Ce constat l'irrita tant qu'il refusa de desserrer les dents, même pour répondre aux questions d'Hermione sur l'état de sa jambe.

Plus tard dans la soirée, je ne pus m'empêcher de sourire en repensant à nos sujets de discussion. Je ne savais pas si Draco avait toujours été aussi communicatif ou si cette tendance avait à voir avec la récente extraction de la griffe de rachermann de sa côte, mais je m'étais vraiment bien amusée à écouter ses histoires. Et j'espérais secrètement que je n'étais pas la seule à avoir apprécié cette journée… 'Il faudrait que je réessaye ça demain,' me dis-je, juste avant de m'endormir.

Au cours des trois jours qui me restaient avant d'avoir à me soumettre à ma promesse d'aider Hermione, je m'efforçai, chaque matin, de trouver un prétexte pour frapper à la porte de Draco. Le premier jour, il me regarda l'air circonspect et resta relativement peu loquace jusqu'à l'heure du déjeuner, mais sembla ensuite se résoudre à ma présence.

Il parlait toujours avec arrogance et affectation, mais il avait perdu toute la froideur qui m'avait auparavant frappée. Malgré sa réticence initiale, il s'était graduellement mis à répondre à mes anecdotes en me racontant des histoires variées et plus ou moins véridique sur ses exploits depuis sa plus tendre enfance, se récriant lorsque je prétendais ne pas le croire.

Ces journées en compagnie de Draco furent comme le calme avant la tempête. Fidèle à sa parole, Hermione m'annonça un peu plus d'une semaine après mon arrivée que tout était prêt pour que je l'accompagne à son travail – « si tu veux toujours m'aider bien sûr ». Je lui dis que oui et marquai ainsi la fin de ma vie tranquille dans la petite maison de Linnell Road.

Elle commença par me faire découvrir son laboratoire – une pièce remplie d'éprouvettes en tout genre crachant des volutes de fumée multicolores, située au beau milieu du Département de Recherches Expérimentales. Je rencontrai ses collègues, May Chang et Ginny Weasley.

« Alors voilà, m'expliqua Hermione, on travaille sur un projet commun entre plusieurs branches du Département. On teste la possibilité de développer, chez certaines personnes, une résistance à quelques uns des sortilèges les plus basiques – expelliarmus, le sort de désarmement, stupefix, un sort permettant de figer son adversaire… Je pense qu'il serait intéressant de voir le degré de résistance qu'on peut obtenir chez les moldus qui ont déjà une certaine prédisposition pour la magie comme tu sembles en avoir. »

Je décidai de laisser de côté pour le moment la question de ma supposée 'prédisposition'.

« Et ça consiste en quoi exactement, ces tests ? demandai-je, prudente. »

« Rien de bien compliqué. Il s'agit surtout d'exercices de concentration : nous voulons mesurer l'effet qu'ils auront sur ta perception de la magie ambiante, sur l'éventuelle possibilité de te permettre d'influencer cette magie... Nous te soumettrons aussi à certains des sorts dont je te parlais tout à l'heure – ne t'inquiète pas, c'est sans danger, aucun ne laisse de séquelles. »

Après réflexion, elle ajouta :

« Et, bien entendu, tu pourras arrêter dès que tu ne te sens plus de continuer ! »

Au soulagement visible d'Hermione, j'acceptai de me prêter à ces expériences.

Pendant les jours qui suivirent, elle m'emmena partout avec elle, me trimballant d'un bout à l'autre du Département, d'un bout à l'autre du pays. Je dus serrer la main de nombreux illustres personnages qui m'étaient parfaitement inconnus. J'appris à 'entrer en contact avec mes forces profondes', à les maîtriser et à les utiliser à 'projeter mon esprit hors de mon être', à le fermer faces aux intrusions extérieures, à 'renforcer mes barrières mentales' et à 'contrôler' les sorts qu'on me jetait. J'avais l'impression de me trouver en plein délire paranormal. Et pourtant cet entraînement paraissait apporter les résultats espérés, si j'en croyais les réactions des chercheurs du Département.

Hermione m'emmena aussi assister à plusieurs opérations – un exercice qui était moins à mon goût. Mon rôle était de me placer à la tête du lit, les yeux fermés, suffisamment proche des patients pour pouvoir les toucher et, après l'opération, de rapporter en détail ce que j'avais ressenti. A chaque nouvelle opération, Hermione me faisait m'éloigner du lit d'un pas.

J'étais tellement prise par toutes ces nouvelles expériences que je perdis totalement la notion du temps. Une semaine, puis deux passèrent ainsi. Mes paisibles conversations avec Draco n'étaient qu'un vague souvenir – c'était à peine si je lui disais trois mots lors de nos rares rencontres dans les couloirs de la maison d'Hermione. Je loupai le début de mes cours à l'université, répondais à peine aux appels téléphoniques de ma famille et mes amis… J'avais l'impression à la fois de perdre pied et d'affiner ma perception de tout ce qui m'entourait. C'était fascinant.

Cependant, malgré la gentillesse d'Hermione et l'enthousiasme des personnes qu'elle me faisait rencontrer, j'avais souvent l'impression qu'on ne m'avait pas tout dit. L'attention avec laquelle on suivait mes progrès, l'espoir qu'il me semblait deviner dans le regard des chercheurs – il m'était difficile de croire que tout cela était dû uniquement à une étude de la résistance des moldus aux sortilèges… C'était un peu comme si j'étais prise dans les rouages d'une énorme machine, trop grosse pour que je puisse en distinguer les contours, dépassant les limites du projet expérimental tel qu'Hermione me l'avait présenté…

Toutefois, me sentir l'objet d'une mystérieuse étude était un prix que j'étais préparée à payer, s'il me donnait l'opportunité de passer plus de temps dans ce monde, si nouveau et tellement passionnant. Je passais le peu de temps libre que j'avais à emmagasiner autant de connaissances que possible sur le monde de la sorcellerie. L'étendue du désastre qu'était cette Seconde Guerre m'apparaissait de plus en plus clairement à chaque livre, chaque journal que je lisais, à chaque nouveau jour que je passais au sein de la communauté sorcière. C'était si étrange de se rendre compte qu'une guerre sans pitié se déroulait en parallèle du monde dans lequel je vivais…

Enfin, au bout de trois semaines de folie, Hermione m'emmena à Poudlard. Elle m'entraîna à travers le château, me laissant à peine le temps d'admirer les lieux, d'observer les groupes d'élèves devant les salles de classe. Cependant, après avoir été traînée à travers tous les coins et recoins du monde magique au cours des quelques dernières semaines, je ne me posais pas plus de questions sur ce soudain changement de décors. Cela ne paraissait être qu'une nouvelle étape d'une liste interminable de destinations qu'il me restait à parcourir.

Le directeur de Poudlard, le grand Dumbledore, nous attendait dans son bureau en compagnie de quelques personnes que je connaissais déjà - Harry Potter, un ami d'Hermione, Snape, leur ancien professeur de Potions, et Draco. Ce n'est qu'en le voyant, confortablement installé dans un fauteuil, que je me rendis compte que je ne l'avais pas vu depuis plusieurs jours – voire semaines. A ma connaissance, il habitait toujours chez Hermione, mais nos chemins ne semblaient plus jamais se croiser. Je remarquai qu'il avait repris le poids qu'il avait perdu au cours de son séjour chez moi. Il paraissait calme et détendu.

Hermione prit la parole.

« Je suis désolée pour le retard, Professeur, nous avons été retenues au Département pour quelques vérifications de dernière minute. »

« Ce n'est rien, Miss Granger, nous en avons profité pour avoir une très édifiante conversation avec Professeur Snape, M. Potter et M. Malfoy, répondit le directeur avec un étrange sourire. Bonjour Miss Jordan, continua-t-il en se tournant vers moi. Je suis ravi de faire enfin votre connaissance, j'ai beaucoup entendu parler de vous. »

« Enchantée. »

Je me sentais intimidée par cet homme qui semblait en savoir tellement plus qu'il ne laissait voir, intimidée par son bureau, empli d'instruments qui paraissaient vibrer en cœur.

« Une tasse de thé ? Asseyez-vous, asseyez-vous, je vous en prie. Vous savez tous pourquoi vous êtes ici, je suppose, poursuivit Dumbledore. »

'Non,' me dis-je, mais jusque là, rien d'inhabituel – je n'étais que rarement au courant des détails concernant ma présence.

« C'est-à-dire que… coupa Hermione en me jetant un regard en biais, je n'ai pas vraiment eu l'occasion d'aborder le sujet avec Sophie… »

Je me redressai sur mon siège. Voilà qui était nouveau. Puis Hermione enchaîna très vite.

« Ecoute, je suis désolée de t'avoir caché la véritable raison qui se trouve derrière toutes ces expériences que nous avons faites ces derniers temps. J'avais peur que tu refuses tout en bloc et que nous ne soyons pas plus avancés que nous ne l'étions avant de te rencontrer… »

Je n'étais qu'à demi surprise par ces aveux. Je me contentai de hocher la tête.

« Tu te souviens de cette conversation que nous avons eue le premier jour, après l'opération de Malfoy ? Celle où je t'ai dit que j'étais finalement arrivée à trouver une potentielle attrapeuse d'âmes mais que je n'avais pas encore étudié son cas… »

« Oui… ? »

Je commençais à comprendre où elle voulait en venir, et ce n'était pas pour me plaire. C'était donc ça, la pièce qui me manquait pour comprendre dans quelles machinations infernales je m'étais involontairement engagée ?

« Cette attrapeuse d'âmes que je venais tout juste de trouver, c'était toi… »

Tiens donc… Quelle agréable surprise…

« Donc tu m'as envoyé Draco, blessé, pour me servir tout un plat de mensonges sur son père ? demandai-je froidement. »

« Non ! se récria Hermione. On ne sait toujours pas comment ça se fait qu'il se soit retrouvé là. J'avais déjà essayé d'entrer en contact avec toi plusieurs fois avant que Draco apparaisse devant ta porte, mais je n'étais pas encore arrivée à te mettre la main dessus. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas pensé à te téléphoner tout simplement, c'est fou ce que la magie nous fait oublier… Mais enfin, toujours est-il que les expériences qui ont été conduites au cours de ces derniers jours sont absolument formelles. Tu es la personne qu'il nous faut. Nous avons besoin de ton aide. »

Décidément, ça commençait à devenir un des thèmes principaux de mon existence…

« Et pour quoi faire, exactement ? »

« Alors voilà… »

Et Hermione nous dévoila les rouages de son plan machiavélique pour mettre fin au règne de Voldemort. Mangemorts, polynectar, intrusion, legilimens, leurre… Tous ces mots se mélangeaient dans mon esprit. Les questions fusèrent, Harry n'était pas sûr de connaître de sortilège adéquat, Snape expliqua le fonctionnement d'une potion compliquée, Dumbledore hochait pensivement la tête dans son coin, Draco haussa les épaules avec une indifférence affectée, et Hermione parlait parlait parlait sans paraître vouloir jamais s'arrêter…

J'écoutais, sceptique d'abord, puis terrifiée… Etait-il seulement possible de refuser ? D'être tenue responsable du meurtre de milliers de personnes, magiques ou non ? De la quasi-extinction du monde de la sorcellerie ?

Lorsque Hermione eut terminé, tous se tournèrent vers moi, tous prêts à m'envoyer comme pâture à l'ennemi sans autre protection que les maigres compétences que j'avais développées au cours des ces quelques dernières semaines d'entraînement. Hermione – pleine d'espoir, Harry – vaguement mal à l'aise, Dumbeldore et Snape – d'une froideur déconcertante. Et Draco qui me fixait intensément de ses yeux gris…

Je me sentis défaillir. Comment pouvaient-ils attendre de moi que je prenne une telle décision ? Moi, qui venais d'un monde en paix, qui n'avais jamais eu à faire aucun des sacrifices qui avaient trop souvent marqué leur vie à eux... ? Moi, qui n'avais rien à voir avec leur réalité jusqu'à il y a quelques semaines… ?

Je pris finalement la parole d'une voix que je voulais ferme.

« Et quand est-ce que ça aura lieu, tout ça ? »

« Demain soir, si tout se passe bien – ils préparent une attaque contre un village où habitent plusieurs familles de sorciers 'impurs'. Il ne devrait pas y avoir trop de monde à la base de Voldemort… »

Je faillis lui lancer quelque chose du genre 'merci de m'avoir prévenue', mais j'étais trop choquée pour pouvoir articuler le moindre son cohérent. Je ne parvenais pas à déterminer si la proximité de l'échéance était une bonne ou une mauvaise chose. Toutes mes pensées se mélangeaient dans mon crâne – une seule ressortait cependant avec plus de clarté que toutes les autres. Même si je ne parvenais pas à m'imaginer mettre le plan d'Hermione à exécution, je ne pensais pas que je pourrais vivre sachant que j'avais fait échouer la seule solution qui se présentait pour sauver le monde magique – et le mien – du désastre…

J'espère que ça vous a plu! Laissez-moi un review pour me dire ce que vous en pensez - tout commentaire est le bienvenu! x