My Name is Sophie.
Chapitre 6
La dernière opération.
Dimanche 10 octobre. 16h. Tout était prêt pour notre dernière opération.
Je n'avais jamais réellement pris la décision de donner mon accord au déroulement du plan. Je m'étais juste contentée de ne pas refuser, et c'était tout l'accord dont Hermione avait eu besoin. J'avais passé la journée précédente et la nuit à tenter d'éviter de penser aux éventuelles conséquences que pourraient avoir les événements. Je complétai avec assiduité les dernières vérifications avant la mise en route de l'opération, mangeai, lus, fis tout pour ne pas y songer. La seule chose que je m'étais autorisé à faire était écrire une lettre adressée à ma famille et à mes quelques amis les plus proches, juste au cas où… L'important, pour le moment, était cependant de ne pas trop réfléchir. Assise dans un coin du Département, je me forçais à ne pas prêter attention à l'atmosphère fébrile qui régnait autour de moi. Je répétais les exercices de concentration que j'avais appris à maîtriser ces dernières semaines, rejouais le déroulement théorique du plan dans ma tête.
Il me restait encore une heure avant que tout ne commence…
…
Sans trop savoir comment, je me retrouvai aux côtés de Snape – vêtue d'une simple robe de sorcier noire. Je ne ressentais plus aucune peur, j'étais plutôt comme engourdie. Je ne parvenais pas à comprendre ce qui était sur le point de se passer. Hermione m'accabla de recommandations de dernière minute jusqu'à ce que Snape, n'en pouvant plus, lui ordonne de se taire.
Le moment venu, Snape m'agrippa brusquement le bras et les visages pâles et inquiets qui nous entouraient disparurent. Je me sentis compressée de tous côtés et transportée sur des centaines de kilomètres. A l'arrivée, je ne vis d'abord rien. Une fois que mes yeux se furent un peu habitués à l'obscurité, je remarquai que nous avions atterris devant une porte. Snape leva le poing et frappa trois coups. Une ouverture semblable à une boîte aux lettres apparût. Snape y glissa sa baguette magique et me fit signe de faire de même avec la baguette qu'on m'avait procurée pour l'occasion.
On nous fit entrer. Un homme, l'air hagard, nous fit un signe de tête en nous rendant nos baguettes. Relâchant un instant la prise qu'il avait sur mon bras, Snape marmonna quelques mots à l'adresse de l'homme qui hocha la tête et nous fit signe de prendre le couloir de gauche. Je cessai dès lors de prêter attention à ce qui m'entourait. Rassemblant toute mon énergie, je psalmodiai les litanies qu'Hermione m'avait apprises et laissai Snape me guider à travers le dédale de couloirs souterrains dans lequel nous nous trouvions. Je levai à peine les yeux lorsque que, faisant reculer les sorciers qui gardaient la salle principale d'un ton autoritaire, Snape poussa l'énorme battant d'une porte et me fit pénétrer dans ce qui était la salle du trône.
Le spectacle qui s'offrait à nous coupa court à toutes mes tentatives de concentration. Nous nous trouvions dans une salle sombre aux dimensions extraordinaires. Elle semblait creusée dans la roche, éclairée par endroits par des blocs de cristal incrustés dans les murs. Un froid glacial y régnait. Loin de nous, tout au fond de la pièce, assis sur un grand trône noir, se trouvait Voldemort. Je frissonnai. Il ne ressemblait plus en rien à un être humain. Je dus me faire violence pour supprimer la vague de dégoût qui me submergea et détachai mes yeux de ce corps pâle et difforme.
Réaffirmant sa poigne d'acier sur mon bras, Snape me traîna de plus en plus profondément dans la salle, de plus en plus près du trône. Ce n'est qu'alors que je remarquai la forme qui s'agitait spasmodiquement sur le sol. Ses cheveux blonds étaient tâchés de sang, son visage déformé par la douleur. Je dus me mordre la langue pour m'empêcher de crier.
« Snape ! »
La voix froide de Voldemort résonna dans la salle, se réverbérant contre les parois caverneuses.
« Mon Seigneur. »
Snape m'entraîna avec lui, me forçant à m'incliner jusqu'au sol devant le Seigneur des Ténèbres. Lorsqu'il me laissa enfin me relever, je fus soulagée de remarquer que Draco, la respiration sifflante, ne semblait plus être sous l'emprise du sortilège auquel Voldemort l'avait soumis. La présence sinistre du Seigneur des Ténèbres, qui s'était levé de son siège dans l'intervalle, me rappela à la réalité. J'eus l'impression d'être enveloppée par une vague d'air froid à couper le souffle. De petits tentacules discrets tentèrent de pénétrer dans mon esprit, de s'infiltrer dans mon être, mais je les repoussai prudemment. Sans paraître autrement perturbé par cet échec, Voldemort se tourna vers le Maître de Potions.
« Snape, tu sais pourtant que je n'aime pas être interrompu quand je suis… occupé. Je prenais justement des nouvelles du jeune Draco, ici présent. Son absence prolongée m'a tellement préoccupé… Il me racontait justement qu'il ignorait la cause de la récente arrestation de son père, commença Voldemort d'un ton mielleux. Que m'amènes-tu là ? »
« Une nouvelle recrue, Mon Seigneur, venue tout droit de Russie – la fille d'une de mes cousines qui… »
Mais Snape ne put aller plus loin. Pendant l'échange, Draco s'était redressé et avait jeté un sort silencieux dans la direction de Voldemort. Je vis les yeux du sorcier s'agrandir, mais il parvint à dévier le sort. Furieux, il répliqua par un sortilège qui manqua Draco de justesse. Les sorts se mirent à fuser, arrachant des pans entiers des murs et du plafond. Les paroles d'Hermione en tête, je m'accroupis et tentai de me faire oublier. Rien ne semblait pouvoir atteindre Draco – les sortilèges qu'il n'évitait pas ricochaient sur lui. Les recherches d'Hermione paraissaient avoir porté leurs fruits...
Snape, forcé de se battre aux côtés de son 'Maître', profita d'un instant d'inattention de celui-ci pour jeter discrètement un sort en direction des portes – les gardes, alertés par le fracas de la bataille, ne purent que tambouriner contre les battants qui refusaient à présent de s'ouvrir. Se retournant alors vers le combat, il jeta un sortilège silencieux qui atteignit Voldemort au milieu du dos. Le temps parût s'arrêter un instant comme si le monde entier retenait son souffle.
Lentement, presque gracieusement, le long corps du sorcier se courba vers le sol.
« C'est MAINTENANT, Potter, hurla Snape. »
Draco farfouilla dans ses poches. C'est alors que je remarquai que quelque chose d'étrange était en train de se produire avec son visage. Il semblait bouillonner, se déformer, ses cheveux prirent une teinte sombre, sa robe parût soudain trop grande pour lui.
« … Harry ? »
J'aurais dû m'y attendre. Après tout, Hermione m'avait expliqué son plan dans les moindres détails, mais je ne pus pas m'empêcher d'être prise au dépourvu.
Ayant trouvé ce qu'il cherchait, le jeune homme plaça une paire de lunettes rondes sur son nez et sortit une fiole de liquide rougeâtre de sa poche. Snape me poussa alors vers la forme prostrée de Voldemort. Ses yeux rouge sang roulaient follement dans leurs orbites et il semblait faire tous les efforts possibles pour s'éloigner de Snape et Harry.
« Alors, on se retrouve ? lança Harry avec un sourire cruel que je ne lui avais encore jamais vu. »
Surmontant son dégoût visible, il se força à s'approcher du sorcier et à lui faire avaler le contenu de la fiole jusqu'à la dernière goutte. Puis il saisit sa baguette magique et, après un instant d'hésitation, murmura : « Avada Kedavra. »
Cela paraissait presque trop facile…
Le corps de Voldemort s'affaissa et Snape me poussa une nouvelle fois en avant :
« C'est à toi de jouer maintenant ! »
Les mains moites, je sortis une grande bouteille en verre de ma poche et me concentrai, tous les sens en éveil. Les minutes passèrent, à côté de moi Snape et Harry retenaient leur souffle. Mon cœur battait à la chamade. Et s'il ne se passait rien ?
Enfin, je la sentis. Je me forçai à respirer aussi calmement que possible. Une buée rouge se dispersait lentement dans l'air. Les pulsations qui s'échappaient d'elle résonnaient au plus profond de mon être. J'ouvris le couvercle de la boîte, et me mis en devoir de forcer l'âme libérée de son corps à y rentrer. Et, petit à petit, les petits serpents de vapeur s'y glissèrent un à un. Lentement. Il me semblait que plus rien, désormais, ne pouvait mal se passer. Je me sentais calme. Trop calme probablement.
Avec un sursaut d'énergie désespérée, l'âme bondit hors du bocal et se précipita vers moi. Pendant un instant terrifiant, je la sentis prendre le contrôle de mon esprit, envahir mon corps… Je faillis, dans ma panique, me rendre à l'ennemi tout entière sans opposer aucune résistance. Ma vision se troubla. Mon cœur battait à tout rompre. Il semblait tellement plus facile de renoncer à se battre… Mais au dernier moment, mon instinct reprit le dessus. Je rejetai violemment l'âme intrusive dans le bocal, fermai le couvercle et restai là, essoufflée et déboussolée. Je me rendis alors compte que j'étais seule dans la salle du trône. Des bruits de bataille se faisaient entendre de l'autre côté de la porte à demi enfoncée. Je ne pus m'empêcher de frissonner à l'idée de ce qui aurait pu se passer si Voldemort était réellement parvenu à prendre possession de mon esprit…
Sans jeter un regard au cadavre pâle étendu sur le sol, je fouillai dans mes poches pour retrouver le portauloin que m'avait confié Hermione.
…
Je ne me rappelle plus exactement ce qui s'est passé une fois que je suis parvenue à activer le portauloin. Je me souviens d'un atterrissage un peu brutal dans un des labos du centre d'expérimentation de voir Hermione courir vers moi puis s'en aller avec le bocal contenant l'âme de Voldemort. Je ne sais pas combien de temps je suis restée ainsi, assise sur le carrelage, immobile. Autour de moi régnait une agitation chaotique. Des ordres fusaient. Des gens couraient en tout sens. On se criait des nouvelles des combats qui se déroulaient dans les souterrains de la base de Voldemort.
Au bout d'un moment, on me secoua et m'emmena à Sainte-Mangouste pour aider à soigner les blessés qui arrivaient en masse. Je me retrouvai donc, sur le bord de l'évanouissement, à étaler des crèmes apaisantes sur des brûlures, laver des coupures, tenter de calmer les patients. Au bout d'un moment, le flot de nouveaux blessés sembla se tarir et on se remit à attendre l'issue de la bataille.
Le bilan final fut lourd, aussi bien pour le côté de la Lumière que pour ses opposants. Le plan d'Hermione avait fonctionné Voldemort avait bel et bien disparu, et pour toujours cette fois. Mais nombreux étaient ceux qui pleuraient un parent ou ami disparu dans la bataille.
…
Pour la première fois depuis plus d'un mois, je rentrai chez moi. Il faisait froid, remarquai-je, en ouvrant la porte de mon studio. Tout était tel que je l'avais laissé avant d'emmener Draco chez Hermione – les assiettes dans l'évier attendaient d'être lavées, la lessive que j'avais suspendue était sèche sur le fil à linge. J'observais cette pièce, pourtant familière, d'un œil fatigué, d'un regard changé. Qui était donc cette fille qui habitait ici ?
Je me sentais épuisée, vidée. Mais je n'arrivais pas à dormir. C'était donc ça, une guerre ? C'était donc pour cela que Draco, Hermione, toute cette génération, pourtant plus jeune que moi, paraissait sans âge ?
Review? xx
