Chapitre 5.
Je poussai la porte de la pièce insonorisée en étant la moins bruyante possible. J'étais peureuse d'une part de la personne qui pouvait se trouver dans la salle de musique à cette heure-là, et paradoxalement euphorique à l'idée de qui pourrait s'y trouver justement alors que j'entendais les notes de piano s'élever doucement.
Les battements de mon cœur semblèrent se stopper un instant quand je vis la silhouette élancée à la chevelure de cuivre courbée au-dessus du piano, et ses bras voluptueux qui se déchaînaient autour de l'instrument.
Je déglutis difficilement. Même à plusieurs mètres de lui, je pouvais voir les muscles de son dos rouler sous les mouvements qu'il effectuait.
Bam.
Je fermai les yeux devant ma stupidité. La porte, bien sûr. Evidemment je ne fus pas surprise que la musique s'arrête la seconde d'après. Je soupirai et ouvris les yeux.
Edward s'était retourné et me regardait surpris.
_ Bella ? S'enquit-il en me jaugeant, alors que j'étais sans nul doute rouge au possible, à l'heure actuelle. Je me donnai du courage intérieurement et avançai vers lui. Quand je fus assez proche, je souris maladroitement et désignai mon instrument.
_ Je n'arrivais pas à dormir alors… Il regarda alternativement le violoncelle et moi avant de me lancer son rictus en coin. _ Alors tu as décidé de venir t'échauffer un peu les phalanges ?
_ C'est ce qui se fait à ce qui parait dans une salle de répétition. Confirmai-je sarcastique.
_ Mauvaise, en plus de ça. Reprit-il amusé en se tournant vers le piano.
_ Mais écouter, ça me va. Reprends. Lui demandai-je en désignant les touches ivoire alors qu'il me regardait en secouant la tête.
_ J'aurai plutôt voulu vous écoutez Miss Swan. Je sentis mes joues s'enflammer.
_ Je t'ai demandé en premier. Affirmai-je, sûre de moi. Bravo Bella, tu n'as pas plus enfantin sous la main ?
_ Si tu l'as demandé en premier alors. Se moqua-t-il. Il se racla la gorge.
Devrai-je être effrayée de trouver un raclement de gorge sexy ?
Le son des notes me coupa dans mes pensées.
Les premiers sons seulement, me permirent de désigner la musique comme le « Clair de Lune » de Debussy. Cette mélodie avait un pouvoir particulier. Ce morceau transpirait la mélancolie, la nostalgie et paradoxalement l'espoir, et la joie.
_ Clair de Lune. Murmurai-je pour moi-même. Il me jeta un coup d'œil appréciateur.
_ Je ne suis pas étonné que tu connaisses.
Il continua. La manière dont Edward maniait les notes était particulière. Il arrivait à dégager une telle émotion de son instrument que c'était à s'interroger sur son véritable âge. Les profs de musique et certains musiciens avaient coutume de dire que la musique d'un musicien dépend de son âge et des expériences que celui-ci a traversées au long de son existence.
Puisque la musique est émotion, il est normal qu'une personne plus âgée en mesure mieux l'intensité et soit capable de retranscrire de manière plus authentique la mélancolie, la tristesse, la joie, ou l'euphorie.
Ainsi, vous ne pouviez devenir un bon musicien ou chanteur de Blues qu'à partir d'un certains nombre d'épreuves difficiles dans votre vie, puisque ce genre n'a été crée que pour permettre à l'auteur d'exprimer sa tristesse. Il est vrai qu'il paraissait dur de chanter ou jouer un sentiment dont on ignore tout.
Et que connaît un gosse de 20 ans de la vie et de ses difficultés ? Or la musique d'Edward, si vous ne faisiez que l'écouter, ressemblait plus à celle d'un papy ayant vécu une longue vie remplie de toutes sortes de choses, qu'à un étudiant en musique de 20 ans et quelques.
C'était peut-être la raison pour laquelle, il semblait si célèbre auprès des professeurs et des élèves ici, en dehors de son physique hors norme.
Il termina, me laissant apprécier les dernières notes aiguës, pendant lesquelles j'avais fermé mes yeux pour mieux en profiter. Je souris en les rouvrant, le surprenant en train de m'observer.
_ Tu as un don. Lui dis-je, encore soufflée. Il leva les sourcils, surpris et passa sa main dans sa tignasse, gêné.
_ Hum, merci. Il fut étonné de ma remarque, je pouvais le voir. Il passa à nouveau une main dans ses cheveux, l'air embarrassé. J'imaginais un monde où Edward Cullen pouvait être gêné de quelque chose.
Je supposai que sa modestie était là juste pour rendre son existence un peu plus injuste pour le commun des mortels.
Stupide, certes.
_ Que dirais-tu de jouer ensemble ? Celle-là, je ne l'attendais pas, pour le coup.
Paradoxalement, à la peur de me ridiculiser qui me prit, monta aussi la curiosité de savoir si jouer ensemble serait aussi réussi que la fois précédente.
_ Pourquoi pas. Ma voix était timide. Il sourit et feuilleta ses partitions.
_ Alors tu serais plutôt Vivaldi ? Rit-il. Velvet Underground, Les Ramones… ?
Mes yeux tombèrent sur ses partitions, parmi lesquelles je pouvais reconnaître les mots « The Smiths » sur l'une d'elles.
_ Laquelle c'est des Smiths ? Demandai-je alors qu'il m'interrogeait du regard. Je lui désignai la partition.
_ Oh, c'est there is a light that never goes out. Il s'en saisit et je souris en prenant mon archet dans une main.
_ T'es partant ? Le défiai-je. Il parut interloqué.
_ Tu la connais ? J'hochai la tête, trop heureuse de jouer à nouveau avec lui, la peur ayant totalement disparue. Surtout ce morceau-là. Il ajusta son siège.
_ Prête ? Souffla-t-il.
En réponse je débutai l'intro. Les paroles résonnèrent dans ma tête en même temps.
Puis, Edward mêla son piano à l'équation.
Une sensation de chaud envahit mes entrailles et remonta lentement le long de ma colonne. Une sensation de puissance indescriptible.
J'avais envie de crier les paroles. D'oublier le reste et de jouer des heures entières.
J'avais l'impression que les deux instruments ne faisaient qu'un, provoquant un unique son d'une même énergie. A ce moment, j'aurai presque pu entendre Edward chanter les paroles aussi. Il avait l'air si concentré, tellement dans la musique. Je pouvais pressentir quand son index allait entrer en collision avec un La, ou un Do et faire entendre mon violoncelle à l'unisson. Je ne pus m'empêcher de chanter quelques phrases et Edward releva les yeux à ce moment-là et l'intensité de son regard me déstabilisa.
Il chanta si doucement que je devais tendre l'oreille mais, mon Dieu, sa voix ! J'avais juste à plonger dans ses pupilles et laisser la musique et sa voix me guider.
J'aurais pu le suivre là maintenant, juste parce qu'il l'aurait demandé car ses yeux étaient foutrement plus puissants que l'arme atomique niveau persuasion.
Le morceau toucha à sa fin et c'est avec regret que j'achevai ma dernière note. Le piano continua encore quelques secondes et prit fin.
Le silence nous entoura entièrement. Quand je le regardai, Edward observait mon instrument d'un air distrait, les yeux dans le vague. Il se passa plusieurs secondes avant qu'il ne revienne à lui.
Il émergea finalement et cligna des yeux avant de me faire un très léger sourire – vraiment peu convainquant.
_ Merci, Bella, c'était très bien. Il se leva. Il est l'heure que j'y aille, bonne soirée.
Et sans plus de cérémonie il fut dehors en quelques enjambées.
Je fronçai les sourcils, perplexe et étonnée me demandant d'où venait ce changement radical de comportement.
Un étrange personnage qu'Edward Cullen…
Le dimanche passa lentement, et tous les étudiants profitèrent bien évidemment comme il fallait de leurs dernières heures de repos avant la reprise de la semaine qui s'annonçait… Dure.
C'est sans surprise que le jour maudit du lundi arriva et que nous reprîmes le rythme effréné de l'école.
Au programme aujourd'hui ? De l'orchestre, de l'orchestre et … De l'orchestre. Etant pour la plupart des premières années, le résultat avait été peu convainquant et nous suions littéralement sous les crises d'Adamson qui nous jugeait trop médiocres.
Heureusement sa nouvelle apprentie était là pour tempérer sa personnalité de feu. Angela.
Une jolie brune aux aspects assez timides, mais qui dégageait une bonté rare. Elle tentait de nous aider, et m'avait à de nombreuses reprises appuyée dans des passages délicats. Je lui en étais très reconnaissante.
La journée continua à défiler, obligeant Adamson à nous lâcher au bout de plusieurs heures d'acharnements.
_ Journée d'échauffement. Préparez-vous, à demain. Laissa-t-il échapper avant de disparaître, décourageant tout le monde.
Je baissai la tête en soufflant, sentant les courbatures arriver, étant restée toute la journée assise.
_ Ne t'inquiètes pas, tu va y arriver. Je levai la tête vers le sourire bien veillant d'Angela. Il peut paraître mesquin mais ce n'est pas si désespéré qu'il le prétend.
Je lui renvoyai un sourire de gratitude.
_ Je l'espère. Quand tous les étudiants ou presque furent en dehors de la salle, elle entreprit de ranger les instruments. Je la remerciai et la saluai, finalement.
J'inspirai l'air au maximum en jaugeant les couloirs de la section musique. La plupart des couloirs étaient occupés par des étudiants qui stagnaient en bandes. La plupart profitait de leur pause, d'autres attendaient patiemment de pouvoir se rendre à leur prochain cours.
Je décidai de me rendre vers le hall et prendre une boisson au distributeur, pour faire passer le temps. La secrétaire mégère me lança un regard peu amène quand elle me vit traverser. Je me retins de lui faire un bras d'honneur et m'empressai de boire mon jus d'orange tranquillement.
Des rires résonnèrent non loin et quelques secondes plus tard, Rosalie et Kate apparurent dans mon champ de vision. Les deux blondes ne passaient pas inaperçues.
_ Tiens, Bella. S'étonna Rose. Le tyran t'a enfin lâchée ? Kate m'envoya un sourire poli.
_ A l'instant. Confiai-je. Vous avez terminé aussi ?
_ Oui mais nous allions voir les troisièmes et quatrièmes années jouer. Expliqua Rosalie qui lançait, par-dessus mon épaule, de brefs coups d'œil en direction de la secrétaire dont je pouvais sentir le regard amer me vriller le dos.
La vision d'une Rosalie furieuse jetant son dévolu sur la mégère me fit rire.
_ Tu nous accompagnes ?
J'envisageai sa proposition. Après tout, je n'avais rien à faire.
Nous fûmes vite arrivées au petit amphi Sud. Celui-ci était loin d'être rempli et le petit groupe d'étudiants présents était réuni vers le devant de la salle, observant deux autres personnes sur l'estrade visiblement en plein jeu.
Une troisième personne était assise sur les sièges pourpres, en retrait par rapport au reste et je le désignai comme étant le prof.
_ Silence ! Réclama-t-il à la foule un peu bruyante alors que nous prenions le plus discrètement possible place à l'écart. Il fit signe aux deux élèves de reprendre.
Ils continuèrent alors, enchaînant les rôles, passant du rire à la folie. Je restai assez subjuguée. Le bruit d'une porte qui se claque violemment retentit, obligeant les comédiens à s'arrêter et aux autres de se retourner.
Vu l'expression du prof, je plaignais l'intrus.
Un garçon apparut progressivement dans notre champ de vision. Même d'ici, sa taille semblait impressionnante et sa carrure correspondait plus à celle d'un déménageur qu'un étudiant en art de la scène.
Il s'approcha encore et son visage devint visible. Il avait des cheveux courts munis de légères boucles brunes. Son sourire s'agrandit lorsqu'il constata l'énervement général ce qui dévoila deux petites fossettes sur ses joues, et deux yeux ocres brillants d'excitation.
Puis ça me frappa. Je l'avais déjà vu, au self. A la table d'Edward. Un grognement à côté de moi me fit réagir. Rosalie fronça les sourcils et se retourna violemment sur son siège.
_ Tu le connais ? Chuchota Kate.
_ Malheureusement. Gronda la blonde.
Le brun qu'elle fusillait du regard était maintenant au niveau de l'estrade et monta dessus à l'aide d'un bras habile.
_ Monsieur Cullen… Vous nous faites l'honneur de votre présence ? Railla l'homme d'âge moyen en retirant ses lunettes.
_ Je ne voulais pas vous priver de ma présence, ce n'est pas décent. Sourit l'intéressé, insolent.
Je déglutis. Cullen ? Comme dans Edward Cullen ?
_ Trop aimable. Peut-être pourriez-vous nous faire profiter de vos dons dans ce cas ? Qu'avez-vous préparé ?
_ Je n'ai rien préparé. Une lueur de colère sembla passer dans les yeux du prof.
_ Vous êtes quoi, un touriste ? Avec une si belle entrée j'imagine que vous allez quand même nous surprendre !
_ Surprendre… Je l'espère. Je comptais improviser. Je jetai un coup d'œil à Rosalie qui levait les yeux au ciel, mais je pouvais voir son air amusé.
_ Alors en scène ! S'exaspéra-t-il. Le comédien seul au milieu sourit et fit mine de réfléchir.
_ Donnez-moi un mot. Lança-t-il enfin sous la grimace du prof.
_ Ce n'est pas une estrade de bateleurs !
_ Un mot. Répéta-t-il. L'autre soupira, vaincu.
_ Que dîtes-vous de Grenade ? Il acquiesça et se tourna vers la foule.
_ Une couleur ?
_ Noir ! Lança une fille.
_ Un instrument ? Poursuivit Cullen.
_ Une guitare. Improvisa l'ancien étudiant qui était sur scène et qui s'était fait volé la place par le brun. Cullen sourit et commença à parler.
Son monologue dura dix minutes. La scène se déroulait à Grenade en Espagne et relatait l'histoire d'une veuve qui aimait venir regarder des heures durant un jeune homme jouer de la guitare sous les arcades de l'Alhambra.
Il interpréta sept rôles différents, multipliant les scènes de duels, d'amour. Je restai stupéfaite, devant tant d'imagination et de talent.
Rosalie restait de marbre mais il brillait une certaine admiration dans son regard. Kate, à l'instar du reste de la foule semblait sous le charme.
Quand il eut fini, le prof sourit.
_ Pas mal. Admit-il, en notant rapidement deux lignes sur sa feuille. Suivant ! Le brun qui avait séduit tout le monde fit un salut militaire désinvolte et descendit de l'estrade, fier.
Il se contenta de marcher en direction de la sortie. Rosalie le suivait des yeux. Je croisai le regard du présumé frère d'Edward. Il nous parcourut des yeux et s'arrêta quand ils tombèrent sur Rosalie. Son sourire s'agrandissait à mesure que les yeux de Rosalie s'assombrissaient.
_ Quelle apparition, mademoiselle. Commenta-t-il appréciateur, en lançant un sourire charmeur à la blonde à ma gauche. Elle lui renvoya un sourire froid.
_ Désolée de ne pas pouvoir te retourner le compliment. Il lança la tête en arrière, rieur.
_ Ca m'avait manqué… Mais tu apprendras que tout vient à point à qui sait attendre. Tu ne me présentes pas ? Il nous désigna et elle soupira.
_ Voici…
_ L'homme, le mythe, la légende… Termina-t-il. Emmett Cullen. Sourit-il en me tendant la main, puis à Kate.
_ Désolée, ça c'est ton frère. Rétorqua sèchement Rosalie. Je sentis mes joues rougir pour une raison obscure.
_ Je lui laisse les groupies volontiers. Rit-il. Et si j'ai bonne mémoire, il n'y a pas si longtemps tu ne pensais pas la même chose. Il accompagna sa réplique d'un clin d'œil. Ses narines se dilatèrent.
_ Va-t-en Emmett. Siffla-t-elle.
_ Où est passée ta politesse Rose ? Tu ne m'as pas dit qui elles étaient.
_ Kate Brown. Se présenta la blonde, toujours de ce ton jovial et poli. Il se tourna vers moi.
_ Bella Swan. Je souris face à la révérence qu'il exécutait.
_ Enchanté mesdames. Mais je vais devoir vous laisser, malheureusement. Kate, Bella. Salua-t-il. Il attrapa le poignet de Rose avant qu'elle n'ait compris ce qui se passait et baisa sa main. Il déguerpit en s'esclaffant tout aussi vite lorsqu'elle utilisa cette même main pour lui frapper l'épaule.
Son rire résonna quelques secondes et disparut.
_ Quel personnage. Rit Kate en passant une main sur son visage.
_ C'est un emmerdeur qui sait se faire apprécier. Rosalie semblait bouleversée. C'était la première fois que je la voyais si touchée par quelque chose.
_ Sûrement ! En tout cas, vu le morceau je veux absolument rencontrer son frère ! S'esclaffa Kate. Enfin Rosalie sourit.
_C'est vrai qu'Edward est spécial. Oh que oui.
_ Comment les connais-tu ? Demandai-je, essayant de garder mon calme.
_ Quand mon frère est rentré en première année ici, il s'est lié d'amitié avec Edward. Puis avec Emmett qui a un an de plus qu'eux et qui étudiait aussi à la Julliard. L'été venu, ils ont passé deux semaines en Californie, chez nous. D'ailleurs ils y ont vécu quelques mois avec leurs parents avant de déménager à nouveau. Elle sourit à l'évocation d'un souvenir lointain. J'ai beaucoup traîné avec eux…
_ Surtout Emmett. Devina Kate en souriant. Je l'imitai.
_ Oui après mais ça n'a pas duré longtemps. En réalité, j'étais attirée par Edward au début. Elle étouffa un rire. Il était si beau. Mais je ne l'intéressais visiblement pas et j'ai appris plus tard qu'il avait une copine. Et c'est du genre à la vie à la mort. Grimaça-t-elle.
C'était beaucoup d'informations à la fois pour moi.
_Je me suis rapprochée d'Emmett sans le vouloir mais il… Il… Bref. Ca n'aurait jamais pu fonctionner.
Sa mine fermée retomba et on échangea un regard avec Kate. Ni elle ni moi ne lui demandâmes ce qu'il s'était passé. C'était Rosalie, et si j'avais appris quelque chose la concernant c'est qu'elle nous le dirait quand elle le voudrait.
_Mais c'est du passé ! Sourit-elle.
Nous sortîmes et nous dûmes nous séparer car elle avait encore un cours, alors que j'avais fini. Je leur annonçai de ne pas m'attendre pour manger, puisque cela ne me dérangeait pas de le faire seule.
Et je n'avais pas le choix puisqu'Alice finissait dans une heure et demie.
Après avoir déposé mon violoncelle dans la chambre, je m'étais rendue au self. Je mourrais de faim. Je pris un plateau et le remplit de tout ce qui me passait sous la main et qui avait l'air un minimum appétissant.
Quand je me retournai face à l'immense foule, je me demandai si j'aurais la chance de trouver une connaissance qui mangeait seule.
Apparemment, non. J'arpentai les tables et en vit une plus loin sans personne dessus.
_ Bella ? Me héla une voix grave à droite. Je me tournai et rougit au possible en voyant Emmett me sourire, à un mètre de moi. Mais ce n'était pas le plus important.
Non, à sa table était assis Edward qui d'après le regard qu'il me lançait ne savait pas que je connaissais son frère. Bientôt toute la table fut retournée pour voir à qui il faisait signe d'approcher. Je reconnus aussi Jasper qui me lança un sourire aimable et deux autres personnes dont je ne connaissais pas le nom.
La fille, blonde, au visage de poupon, me regardait, de haut avec ses yeux bleus perçants. Elle me donnait l'impression d'être un insecte dangereux qu'il fallait exterminer tout de suite. Le garçon, brun, me regarda curieux, mais réservé. Il paraissait plus sympathique que l'autre, c'était certain.
Je détestais être confrontée à ce genre de situation.
_ Oh, salut.
_ Qu'est-ce que tu fais toute seule ?
_ Les filles finissent bien plus tard que moi alors… Le regard d'Edward sur moi était à la limite de l'insupportable. Il me brûlait littéralement. Il ne me quittait pas des yeux, je le sentais.
_ Alors viens t'asseoir avec nous. Proposa-t-il, ne voyant visiblement pas le regard indigné que lui lança Jane et celui surpris d'Edward.
Je ne voulais en aucun cas m'imposer à lui. Et vu sa réaction, ma présence n'était pas quelque chose qu'il souhaitait.
_ Mmh non c'est gentil mais… Je captai le regard d'Edward et rougit un peu plus. Je ne veux pas déranger. Le front jusqu'alors plissé d'Edward se lissa aussitôt.
_ Assis-toi Bella, tu ne gênes personne. Assura Jasper. Le raclement de gorge de la petite blonde disait le contraire mais ça aurait été vraiment impoli de refuser.
Je lui souris et pris place à côté du brun réservé qui donnait un léger coup à la blonde.
Pile en face d'Edward.
_ Voici Alec et Jane. Présenta Emmett. Jasper que tu connais et Edward, mon frère.
_ On se connait déjà. Sourit Edward. Ah ? Il n'était plus contrarié ?
Cela sembla étonner tout le monde qu'on puisse se connaître.
_Elle joue du violoncelle.
_ Quelle année ? Siffla Jane qui m'adressa la parole pour la première fois. Loin de me laisser démonter par elle, je relevai la tête.
_ Première. Elle laissa échapper un son méprisant. Oui, excuse-moi j'oubliais que certains élèves entrent directement en troisième année. Continuai-je avec calme. Ses pommettes devinrent rouges et son poing se serra sur la table. J'haussai les épaules et triturai ma nourriture avec ma fourchette.
Les garçons à table tentaient de cacher leur sourire.
_ Et sinon. Reprit Jasper d'une voix dont l'amusement s'entendait. Tu viens d'où ?
_ Au début j'habitais à Phoenix puis à Forks. Une petite ville dans l'état de Washington. Là encore, l'étonnement était au programme.
_ Tu rigoles ? Notre oncle a sa maison secondaire là-bas ! Confia Emmett, excité. Je fus surprise car dans une ville comme la mienne, j'aurai sûrement dû les voir.
Je levai les yeux et vis qu'Edward m'étudiait attentivement.
_ Peut-être que je les ai déjà croisés. Supposai-je.
_ Ils s'appellent Eleazar et Carmen. Répondit la voix grave d'Edward. 3 enfants de notre âge à peu près. Je réfléchissais.
_ Eleazar ne serait-il pas… blond très clair et Carmen avec un petit accent espagnol ? Tentai-je. Emmett eut un grand sourire.
_ C'est eux !
_ Je les ai vus quelques fois quand j'étais petite mais je ne connais pas leurs enfants.
_ Si c'est pas dingue ça !
_ Oui, incroyable ! Ironisa Jane en relevant un sourcil.
_ Qu'y a-t-il, Jane, tu ne peux pas supporter de ne pas être le centre d'attention pendant cinq minutes ? Lança Jasper.
_ Cinq minutes perdues, en effet. Sourit-elle. Il leva les yeux au ciel. D'un certain côté, elle pouvait faire penser à Rosalie.
Alec entoura ses épaules d'un bras, et embrassa sa tempe avant de saisir son visage entre deux doigts et de l'embrasser.
Ils se ressemblaient tellement et en même temps se différenciaient beaucoup. Les yeux tendres, pour une fois, de Jane quittèrent le visage d'Alec et se tournèrent vers l'entrée.
Son expression se durcit, derechef.
_ Oh non… Nous suivîmes son regard et j'aperçus Angéline, la copine d'Edward. Celui-ci la vit approcher à l'instar de tout le monde. Il se tourna vers Jane avec un visage dur.
_ Jane, tu n'as pas intérêt à la provoquer.
_ Ou sinon ? Il fronça les sourcils dans sa direction. Il semblait que Jane n'appréciait pas sa petite amie.
_ Bonjour tout le monde. C'était Angéline qui envoya un signe à l'ensemble de la table. Elle semblait toujours aussi parfaite depuis la fois dernière. Toujours aussi blonde, aussi souriante, et aussi…
Elle prit une chaise et s'assit à côté d'Edward avant de quémander un baiser de sa part. Bonjour toi. Lui susurra-t-elle. Je détournai les yeux.
Je tombai sur Jane qui fit une grimace.
_Oh tiens, Bella c'est ça ? Je levai les yeux vers la blonde parfaite devant moi. J'acquiesçai ne pouvant empêcher mes yeux de jeter des coups d'œil au bras d'Edward autour de sa taille. Comment tu vas ?
_ Bien, merci. Elle sourit.
Emmett me donnait envie de rire avec ses bras croisés sur sa poitrine, observant la scène. Jasper était à cheval sur deux chaises, confortablement installé.
_ Alors Angie, comment ça se passe les cours ? Pas trop dur la notoriété ? Interrogea Jane en la gratifiant d'un regard amical en façade, mais reflétant tout l'agacement qu'Angéline semblait lui inspirer. Edward lança un regard lourd de sens à celle-ci qu'elle ignora. Angéline n'avait pas semblé avoir compris le sarcasme ou du moins ne le releva pas et lui répondit d'un ton jovial, heureuse que la petite blonde lui demande des nouvelles.
_ Un peu en ce moment, c'est vrai. Je suis en train de préparer des concours mais ça va. Et toi alors ?
_ Eh bien, un peu dur d'être actrice. Mais je suis sur le point d'entamer une carrière fulgurante à Hollywood. Bien que son ton paraisse sincère et sympathique, le sarcasme n'échappa à personne cette fois-ci.
Jane sembla très fière de sa réplique, et se réinstalla confortablement dans les bras de son amant en jaugeant son ennemie.
Jasper plissa les yeux comme pour attendre que la bombe explose et Emmett regarda alternativement les deux blondes, un peu amusé.
Edward lui, soupira et tenta de calmer Angéline d'une caresse sur le bras. Celle-ci semblait hésiter entre jeter un verre d'eau à la tête de Jane ou garder le silence.
_ Je te le souhaite. Lâcha-t-elle Angéline froidement.
Froide c'était exactement l'ambiance que l'altercation avait jetée sur la table.
Au bout de quelques secondes, je décidai d'essayer de détendre l'atmosphère à la Bella Swan.
_ Emmett, lui, a tenté sa chance au Crazy Horse de Paris… Refusé. Dis-je piteusement.
Le concerné éclata d'un rire tonitruant et les autre suivirent.
_ Bien joué Bellissima ! Je me sentis rougir mais lui rendit son accolade quand il me tendit le poing. Quand je tournai les yeux, Edward me fixait avec son éternel sourire en coin. Je me sentis fondre.
Les conversations reprirent finalement. Je me sentais mal face aux démonstrations d'affections du couple en face. Pourquoi, c'était ça, la vraie question.
Edward n'était pas à moi, bon sang !
Mon portable vibra dans ma poche. Je sursautai sous le regard curieux des autres. Il fallait dire que je n'avais ni l'habitude d'avoir un portable, ni celle de recevoir des appels dessus. Je le sortis et découvrais un message d'Alice qui me demandait où j'étais. Quand je lui dis que j'étais au self, elle rétorqua rapidement qu'elles arrivaient, elle et Rose.
Je relevai les yeux en observant Emmett et Jasper. Je retenais mal mon sourire quand je pensai à la tête qu'elles allaient faire quand elles découvriraient avec qui je mangeais et au dîner qui s'annonçait… Mouvementé.
