J'ai été assez occupée ces derniers jours, alors je mets le chapitre 5 avec plus de délai que d'habitude :( Mais le voici ! =D
J'ai de plus en plus de reviews, d'alertes et de favoris au fil des chapitres, alors merci =D
Bonne lecture =)
Disclaimer : Rien ne m'appartient.
Chapitre 5
Tu as fait le bon choix
Le lendemain matin, je m'étais réveillé plus fatigué que jamais, avec en prime un bon mal de tête. Je n'aurais vraiment pas dû boire autant. Je n'avais aucune idée de l'heure à laquelle je m'étais couché et à vrai dire, peu m'importait. Hier soir était le moment où je me suis senti le plus vivant de toute mon existence. Passer la soirée à danser avec Blaine, sans me soucier une seule fois qu'on puisse me juger parce que je dansais avec un garçon, qui de plus m'a chanté la sérénade devant une bonne centaine de personnes… C'était magique.
L'arrivée de Rachel à table me ramena vers la dure réalité.
− Bonjour, Kurt, dit-elle d'un ton peu chaleureux.
Je décidai de ne pas prêter attention à son attitude et lui adressai un signe de tête en guise de salut. Les sautes d'humeur de Rachel ne me surprenaient plus, désormais. Elle s'assit en face de moi, le visage fermé, et commença à prendre son petit-déjeuner dans le silence. Je me sentis bientôt oppressé par ce silence. Rachel savait décidément bien installer les moments de gêne. Ne pouvait-elle pas me laisser tranquillement penser à Blaine ?
− Vous n'êtes pas rentré à la cabine, hier, dit-elle finalement au bout de quelques minutes.
Mon sang ne fit qu'un tour et je la fixai comme si elle venait de me poser une question absurde.
− Je suis allé me promener, dis-je d'un ton que je voulais décontracté.
Ce n'était pas tout à fait faux, à vrai dire.
− En troisième classe ? Oh, ne niez pas, ma femme de chambre vous a vu. Vous… et cette vermine.
− Ne l'appelez pas comme ça !
Les mots étaient sortis tous seuls. Je vis le visage de Rachel s'illuminer, pour une raison qui m'était inconnue. Et ça commençait sérieusement à me faire peur.
− Je n'ai pas aimé votre comportement, hier soir, poursuivis-je, peu assuré. Vous avez été odieuse avec lui.
− Dans l'unique but de lui rappeler qu'il n'est pas le bienvenu ici, dit-elle d'une voix doucereuse, avec son sourire suffisant.
− C'est vous qui l'avez invité à dîner !
− Je me répète : histoire de lui rappeler quelle place il occupe dans le monde.
J'ouvris la bouche, stupéfait. Cette fille était vraiment la pire.
− Ça vous amuse d'humilier les gens ? m'écriai-je, en colère. En l'humiliant lui, vous m'humiliez moi, et ça je ne le tolèrerai pas.
− Je ne crois pas que vous soyez le mieux placé pour parler d'humiliation, Kurt.
− Je vous demande pardon ? dis-je, incrédule.
− Vous m'avez très bien comprise. De nous trois, je dois bien être celle qui a été la plus humiliée. J'ai découvert quelque chose que je soupçonnais depuis longtemps. Vous n'avez fait que confirmer mes soupçons et, croyez-moi, votre père est au courant.
Un sourire satisfait et méprisant s'étalait sur son visage. Elle avait réussi à prendre le dessus de la conversation, j'étais complètement tétanisé. Je fixai Rachel comme si c'était la première fois que je la voyais. J'espérais encore une fois que tout cela n'était qu'un quiproquo, mais le fait que Blaine l'ait découvert en me connaissant si peu ne me laissait pas trop de doutes.
− Vous me dégoûtez, lâcha Rachel en posant violemment sa serviette sur la table.
− Ne me parlez pas sur ce ton, réussis-je à dire. Je suis votre fiancé !
− Exactement ! s'écria-t-elle en se levant brusquement, projetant une partie de la vaisselle par terre qui se brisa dans un grand bruit d'éclat de porcelaine. Mon fiancé, mon époux ! Nous les femmes devons faire honneur à nos époux, à condition d'avoir un minimum de respect de leur part ! Je ne vous laisserai pas vous moquer de moi, Kurt. Pas de cette façon. Si vous ne m'aimez pas, traitez-moi au moins avec honneur. Je ne tiens pas à n'être qu'une couverture, mon rôle n'est pas de vous servir de protection pour sauver votre honneur. C'est pourquoi vous allez redevenir normal, n'est-ce pas ?
Son accès de colère m'avait terrifié. Coincé dans le fond de mon fauteuil, j'avais peur de ce qu'elle allait dire par la suite. Le mot « normal » ne me plaisait déjà pas.
− Je n'arrive pas à croire que vous, si bien élevé, soyez homosexuel. Alors, Kurt… Vous savez de quoi je suis capable. Vous allez me faire le plaisir de me porter l'affection que vous me devez et, en tant que bonne épouse, je vais vous aider à guérir de votre maladie, auquel cas je ferai de votre vie un enfer. Et croyez-moi, ce sera un plaisir si vous ne répondez pas à mes attentes. Me suis-je bien fait comprendre ?
Ses mots m'avaient profondément blessé. Une maladie… Oui, c'était comme ça qu'on appelait l'homosexualité. Une maladie mentale. Je dus me retenir à grand peine pour ne pas fondre en larmes. J'hochai rapidement la tête et son sourire suffisant étira à nouveau ses lèvres.
− Bien. Excusez-moi, dit-elle en se redressant.
Elle sortit de la pièce au moment où Finn entrait. Je me laissai tomber par terre, dévasté. Mon majordome se précipita à mes côtés.
− Monsieur Kurt, tout va bien, me réconforta-t-il en me prenant dans ses bras.
Ne pouvant plus me retenir, je fondai en larmes dans ses bras, m'accrochant comme un enfant désespéré à ses vêtements.
− Tu avais raison, Finn, dis-je entre deux sanglots. J'aurai dû t'écouter.
− Chut, Monsieur, ce n'est pas grave…
Il me berça tel un nourrisson pendant plusieurs minutes, me caressant les cheveux. Et dire qu'hier encore je pensais que tout allait bien. Je m'étais une nouvelle fois trompé.
− Que dois-je faire ? sanglotai-je.
J'étais complètement perdu. Je voulais courir le plus loin possible d'ici, de ma famille. Retrouver Blaine et m'enfuir avec lui, lui avouer mes sentiments, même s'ils n'étaient pas réciproques. Je voulais juste fuir cette société qui me rejetait, qui me traitait comme un monstre.
Mon père entra avant que Finn ne puisse me répondre et le chassa d'un signe de tête. Père s'approcha de moi et me releva, avant de me regarder dans les yeux. Puis il me gifla. Avec une force impressionnante. Je portai la main à ma joue en feu, évitant le regard de mon père.
− Tu ne reverras jamais ce garçon. Tu m'entends, Kurt ? Je te l'interdis.
Mon cœur se serra. C'était bien la pire des punitions qu'il aurait pu m'infliger. Père avait beau parlé d'une voix douce, je sentais qu'il contenait sa rage.
− Je vous en prie, Père…, gémis-je, menaçant de fondre en larmes à nouveau.
Il m'attrapa par le col et m'attira à lui. Je croisai son regard qui me pétrifia sur place. Dire qu'il était en colère était un euphémisme. Rien qu'à ses yeux, je savais qu'il bouillonnait de rage. Ne pouvant me résoudre à confronter son regard, je baissai les yeux.
− Ce n'est pas un jeu, Kurt ! Je ne sais pas ce que ta mère ou moi avons raté dans ton éducation, ou si c'est de la faute de ton valet, pour que tu sois le monstre que je vois.
Je me remis à pleurer, ne pouvant pas supporter la haine de ses mots, la violence avec laquelle il me faisait me sentir tel un moins que rien. J'essayai de mettre mes mains sur mes oreilles pour ne pas entendre la suite de ce que Père allait me dire. Sans grand succès. Il me jeta sans ménagement sur la première chaise et se pencha sur moi, m'empêchant de fuir.
− Arrêtez, Père, s'il-vous-plaît…
− Ecoute-moi quand je te parle, Kurt ! A la mort de ta mère, j'ai fait tout mon possible pour t'élever correctement. Je n'aurai jamais pu penser que toi, mon propre fils, puisse me faire honte à ce point. Ce n'est même pas le fait que tu sois… homosexuel qui me dégoûte. C'est surtout que tu t'autorises à flirter avec ce pouilleux. Imagine si le père de Rachel faisait le voyage avec nous ! De quoi aurais-je l'air, avec un fils qui va voir ailleurs, chez un garçon de l'entrepont qui plus est ?
Je me recroquevillai sur moi-même tandis que mon père s'éloignait de moi.
− Je ne te comprends pas…, reprit-il plus doucement. Ton… homosexualité nous déshonore tous les deux. C'est cela que tu veux ? Qu'on me regarde avec pitié à cause de la maladie de mon fils ? Ne brise pas tout ce que j'ai réussi à construire toute ma vie.
− Comment osez-vous dire tout cela ? m'écriai-je, reprenant contenance, blessé par ses mots.
− Et toi, comment peux-tu être aussi égoïste ? dit-il en haussant à nouveau le ton.
− C'est moi qui suis égoïste ?
J'étais littéralement offusqué. Il ne pensait qu'à sa réputation et c'était moi l'égoïste ?
− Ecoute…, dit Père d'une voix plus douce. Il faut que tu oublies ce garçon. Et tu te marieras à Rachel. Je te laisserai faire ce que tu veux pour ce mariage, mais d'ici deux ans, Rachel sera ton épouse, même si tu ne l'aimes pas. C'est la seule solution si tu veux garder ta place, ici. C'est la seule solution si tu ne veux pas nous voir perdre tout ce que nous avons. Perdre l'entreprise, vendre toutes nos belles choses… Compris ?
J'acquiesçai silencieusement. Perdre l'entreprise signifiait beaucoup, et pas que pour mon père. C'était la base de la fortune de ma famille. Il avait passé la moitié de sa vie à bâtir sa compagnie, et c'était grâce à cela que nous avions le droit de nous accorder ce train de vie plus que confortable. Et même si pour cela je devais perdre Blaine, je devais faire honneur à mon père et rester tel que je l'avais toujours été, pour le bien de ma famille.
− C'est compris, Père. Je ne l'approcherai plus, dis-je à contrecœur, voyant qu'il attendait une réponse orale.
− Bien. Monsieur Andrews nous attend à dix heures pour visiter le paquebot. Tu viens avec moi au fumoir, en attendant ?
Sans grande conviction, je suivis mon père. Au moins, il serait content de m'avoir à l'œil.
J'essayai tant bien que mal de suivre la conversation plus qu'ennuyante de mon père et de ses amis. Je ne savais même pas s'il s'agissait de politique ou d'économie. A cette heure-ci, j'étais censé avoir déjà retrouvé Blaine sur le pont pour passer la journée ensemble, comme hier. Je lui avais dit qu'on se verrait aujourd'hui, et je n'étais pas capable de tenir ma promesse. Je me sentais encore plus triste qu'avant de le connaître.
Cherchant à m'occuper, je demandai à Finn de jouer aux cartes avec moi, mais mon père l'en empêcha et lui désigna la porte. Je suivis Finn du regard et trouvai Blaine encadré par deux stewards, aux portes du fumoir. Le cœur serré, je ne pus me résoudre à le quitter du regard. La douleur s'intensifia quand je compris que Finn achetait les stewards pour renvoyer Blaine hors des lieux de première classe, et un sentiment d'injustice s'empara de moi quand je vis la manière dont Blaine se faisait emmener, tel un vulgaire déchet. Oui, c'était tellement injuste que l'on nous sépare.
Et si Blaine était riche, comme moi ? Père m'aurait-il interdit de le voir ? Malgré les mots horribles qu'il m'avait dits ce matin, j'espérais encore qu'il ne me renie pas pour aimer les garçons. Pour aimer Blaine. Je ne voulais pas qu'il me considère ainsi… En quoi le fait d'aimer les garçons au lieu des filles faisait d'une personne un monstre ? Pourquoi qualifiait-on l'homosexualité de maladie ? Je ne voulais pas que Père me voit comme ça, je ne voulais pas qu'il soit homophobe. J'espérais qu'il m'avait dit tout cela pour me faire comprendre que, dans le monde, je me ferai rejeter pour être homosexuel, pour me faire comprendre que je devais rester conforme à l'image du petit garçon parfait que j'étais censé reflété. Je savais déjà tout ça, je voyais comment les personnes qui m'entouraient agissaient envers les gens comme moi. J'entendais leurs insultes, leurs moqueries. Et rien que le fait de les entendre faire des remarques blessantes sur les homosexuels me tuait, car je savais que s'ils venaient à savoir que je l'étais, leurs insultes me seraient directement adressées. Je ne voulais pas que mon père agisse comme ces personnes. J'espérais juste qu'il ne pensait pas personnellement ce qu'il avait dit. C'était tellement injuste.
Une pression sur mon bras me ramena parmi le groupe d'hommes. Je me tournai vers mon père, posant un regard vide sur lui.
− Tu as fait le bon choix, Kurt, dit Père en souriant, appuyé par le hochement de tête de Finn.
J'évitai le regard de mon majordome le reste du temps. Je lui en voulais. De ne pas me soutenir, d'appuyer la décision de Père, mais surtout d'avoir fait partir Blaine avec de l'argent. Oh, il obéissait sûrement aux ordres de Père, mais ça ne changeait rien à mes sentiments. Finn était mon valet, c'était à moi qu'il devait obéir, pas à Père. Je me sentais trahi par la seule personne qui m'avait vraiment compris et soutenu jusqu'alors.
Je n'écoutais qu'à moitié le discours de Monsieur Andrews sur le Titanic, repensant à la scène de tout à l'heure dans le fumoir. J'avais promis à Père de ne plus approcher Blaine. A cet instant, j'aurai tout donné pour le voir, lui parler… même si ce n'était que pour un « bonjour ». Non. Je ne devais pas m'apitoyer sur mon sort, refuser de voir Blaine était une bonne décision. Je l'avais prise pour le bien de mon père. Je devais arrêter d'être égoïste et de ne penser qu'à moi-même.
Je reportai mon attention sur Monsieur Andrews qui, après tout, parlait des canots de sauvetage, ça pouvait être intéressant et utile.
− Il y a au total vingt canots sur le Titanic, expliqua Monsieur Andrews. Quatorze de ces canots peuvent accueillir soixante-cinq personnes, deux autres quarante personnes. Enfin, nous avons aussi quatre radeaux d'une capacité de quarante-sept personnes.
Tout de suite, mon cerveau fit le calcul. Les canots ne pouvaient pas accueillir tout le monde. Je fis part de ma remarque à Monsieur Andrews.
− En effet, il en manque la moitié. Rien ne vous échappe, dîtes-moi, Kurt.
− N'est-ce pas problématique ? Je veux dire, en cas de naufrage…
− Ne vous inquiétez pas, assura-t-il. J'ai construit un navire solide et fiable, il y aura toujours un canot de sauvetage pour vous. Continuez tout droit, direction la salle des machines, ajouta-t-il à l'intention du groupe.
Je me retrouvai à fermer la marche, perdu dans mes pensées, inquiet au sujet du nombre insuffisant que canots de sauvetage malgré ce qu'avait pu dire Monsieur Andrews. Je fus interrompu brusquement lorsqu'une main m'attrapa le bras et se posa sur ma bouche avant que je ne crie de surprise, m'entrainant en arrière. Je me retrouvai enfermé dans le gymnase avec Blaine qui enleva le chapeau qui lui dissimulait partiellement le visage. Moi qui voulais le voir à tout prix, j'aurai dû être heureux de le voir braver des interdits pour monter jusqu'à moi, mais je ne sentis qu'une profonde douleur dans ma poitrine.
− Je ne peux pas vous voir, je suis désolé, fis-je le cœur serré en essayant de partir.
− Non ! s'écria-t-il en posant sa main sur la porte pour m'empêcher de fuir. Kurt, il fallait… J'ai besoin de vous parler.
J'évitai son regard et me retrouvai coincé entre le mur et lui. Je voulais vraiment le voir, mais je ne pouvais pas. Après l'accès de rage que m'avaient fait Père et Rachel ce matin, je ne pouvais pas me risquer à briser la promesse que je leur avais fait. Et je ne devais pas abandonner mon père.
− Blaine, écoutez… Je suis fiancé… Je vais épouser Rachel.
− Mais vous ne l'aimez pas.
− L'amour ne fait pas le mariage, affirmai-je, peu convaincu de ma propre réplique.
Je vis Blaine hausser un sourcil. Il posa sa main sur ma joue et il me fallut toute la volonté du monde pour ne pas me laisser aller face à ce contact. Sa main était si douce et chaude… Je ne voulais pas qu'il arrête de caresser ma joue de son pouce, mais je décidai de conserver un masque froid et indifférent sur mon visage.
− Kurt… Vous n'êtes pas un cadeau. Au contraire, vous n'êtes qu'un gosse pourri gâté qu'on a précipité trop vite dans un monde d'adulte que vous ne comprenez pas. Mais, au fond, vous… Vous êtes la personne la plus incroyable que je connaisse. Je vous cherchais depuis si longtemps… Et quand je vous ai rencontré, j'ai su que c'était vous. Je vous avais enfin trouvé. Mais eux, votre famille… Ils sont en train de détruire cette personne que j'ai eue tant de mal à trouver. Je le vois bien, vous ne cessez de crier de l'aide et de tendre la main afin qu'on vous sauve.
− J'ai réalisé que mon mariage avec Rachel était la meilleure chose à faire et je ne « crie pas à l'aide » comme vous venez de le dire.
C'était bien le pire mensonge que j'avais sorti. Je n'arrivais même pas à me convaincre moi-même. Je m'en voulais atrocement de lui mentir, je n'avais pas le droit de lui mentir, mais je n'avais pas le choix. Intérieurement, je ne cessais de hurler comme un fou à Blaine de me prendre dans ses bras, de me dire que nous serons ensemble pour toute la vie, de me donner une gifle pour me rendre compte de l'erreur que j'étais en train de faire. Mais j'étais obligé de contenir mon désir d'évasion pour le bien de mon père. Blaine posa son autre main contre le mur, m'empêchant encore plus de fuir, et serra le poing. Je savais que je lui faisais mal en lui mentant, et je me détestais d'avoir à faire ça. Je vis Blaine ravaler sa salive et poursuivre.
− Je ne suis pas un idiot. Je sais comment marche le monde. Je n'ai que dix pièces dans ma poche, et je n'ai rien à vous offrir. Nous sommes deux garçons, notre relation n'est pas des plus facile dans ce monde, et je le sais bien. Mais vous ne pouvez pas vous débarrasser de moi de cette façon. Plus maintenant. Je suis trop impliqué.
Je ne dis rien. Je n'avais rien à répondre à ce qu'il me disait, parce qu'il avait complètement raison. Je n'avais pas le droit de m'éloigner de lui ainsi, mais je n'avais pas le choix. Je n'avais jamais le choix.
− Je ne sais pas ce qui s'est passé ce matin pour vous, reprit-il. Mais je sais une chose. Vous avez définitivement décidé d'abandonner vos sentiments car vous avez été pris dans leur piège ! Et ce piège finira par vous détruire si vous ne vous en libérez pas très vite. Vous… et cette flamme qui vous anime, qui vous rend si différent d'eux. Si vous continuez d'abandonner, cette flamme va s'éteindre et vous ne serez plus qu'un automate. C'est cela que vous voulez ? Vous souler chaque fois que vous verrez votre épouse pour ne pas être dégoûté de son corps chaque fois que vous devrez être intime ? Non, je sais que vous ne le voulez pas, c'est pour ça que vous avez voulu sauter ce soir-là.
J'avais la désagréable impression que Blaine lisait en moi comme dans un livre ouvert. Etais-je donc si facile à cerner ? Ou bien Blaine arrivait-il à me comprendre car, malgré le peu de temps que nous avions passé ensemble, il me connaissait très bien ?
− C'est pour ça, qu'aujourd'hui, je veux vous aider, commença-t-il.
− Ce n'est pas à vous de m'aider, Blaine, le coupai-je.
Je m'en voulais terriblement d'être aussi méchant avec lui. Mais il le fallait. Pour ma famille. Je portai ma main à ma joue, par-dessus la sienne, et brisait à mon plus grand regret le contact. Je le repoussai doucement, l'écartant de moi.
− Laissez-moi tranquille, soufflai-je en le quittant précipitamment.
J'ouvris la porte à la volée et sortit en courant de la pièce, chaque pas m'éloignant un peu plus de lui. J'entendis le coup de poing qu'il donna sur la vitre et je me mis à courir plus vite pour rattraper ma famille, ravalant les larmes qui menaçaient de couler.
Jamais dans ma vie je ne m'étais senti aussi mal. Je prenais le thé tel un automate avec Rachel, Madeleine Astor et Molly Brown. Un automate, exactement comme l'avait dit Blaine. Jusqu'à quel point avait-il su lire en moi ? Je me sentais nauséeux. Je me haïssais. Moi qui accordais tant d'importance à la confiance, je savais que je l'avais trahi. Insulté. Offensé. Je n'étais qu'un misérable, un bon à rien. Je n'avais pas assez de courage pour faire face à ma famille et suivre mon cœur, me montrer égoïste ne serait-ce qu'une fois. J'en payais le prix fort. Mon cœur était détruit en mille morceaux. J'avais sans doute perdu Blaine à tout jamais, il devait certainement me prendre pour l'un de ces enfants bourgeois, qui ne jurent que par l'argent et les apparences, exactement comme mon père et Rachel. Une boule se logea dans ma gorge, je sentis un espèce de désespoir m'envahir.
En temps normal, j'aurai volontiers voulu participer à la conversation de ces dames, mais le cœur n'y était plus. Parler de mode ou de mariage me semblait tellement futile désormais. Je n'écoutais même pas ce qu'elles disaient. Je ne touchais même pas à mon thé ou à mes biscuits, trop occupés à me dire à quel point je n'étais qu'un petit garçon lâche et prétentieux. Je ne méritais pas que Blaine s'attache à moi de cette manière.
Mes yeux vides se posèrent sur Rachel, qui discutait allègrement avec Madeleine. Elle était vraiment belle, avec ses grands yeux marron et ses longs cheveux bruns. Ses lèvres étaient roses et fines, parfaites, et elle était plutôt petite. Un visage délicat et un corps qu'on pouvait deviner parfait sous les couches de vêtements. Mais rien à faire. J'avais beau me forcer à vouloir la trouver attirante, rien n'y faisait. Rien dans mon monde n'arriverait à me séduire comme Blaine m'avait séduit. Blaine. Mes pensées me ramenaient constamment à lui.
Je détournai mon regard de ma fiancée, scrutant la salle autour de moi. A quelques mètres de moi, une jeune fille se tenait assise, droite comme un i, agitant un éventail dans le faible espoir de capter un peu plus d'air tant son corsage était serré. Aussi étroit que la surveillance qu'exerçaient ses parents sur elle, couvant d'un œil admiratif l'homme d'une bonne trentaine d'année qui était assis avec eux. Cette fille, à peine plus âgée que moi visiblement, devait sûrement être présentée à celui qu'avaient choisi ses parents pour être son futur mari. J'eus un regard dégoûté en voyant l'homme regarder la jeune fille comme une conquête, un objet. J'étais dans le même cas que cette fille, tous deux condamnés à épouser quelqu'un que nous n'aimions pas. Elle comme moi n'avions aucun choix.
Plus loin, un petit garçon tiré à quatre épingles mettait en pratique l'enseignement de sa mère sur la bonne conduite à table. Je me revis à ce même âge, identique à ce petit garçon, ma mère m'apprenant à bien me tenir, à bien mettre ma serviette sur mes genoux. Je fus presque bouleversé par cette scène, sûrement parce que dans mon esprit, cet enfant c'était moi et cette femme ma mère. Mais… Ce petit garçon était-il vraiment heureux avec toutes ces restrictions sur son éducation ? Le serait-il un jour ? Et moi, le serais-je un jour ? L'avais-je même été une seule fois ? Qui, dans mon monde, avait su me rendre heureux ? La réponse était juste devant mes yeux, je n'avais qu'à la saisir. Je savais où elle m'attendait, je l'avais toujours su.
Je m'excusai auprès des dames, prétextant aller au fumoir. Je pris le chemin opposé.
Pauvre Kurt ;o; C'était un chapitre dur à écrire, à cause de toute la remise en question de Kurt...
Comme d'habitude, les reviews sont les bienvenues, qu'elles soient constructives ou non, positives ou non, longues ou non =D
Mizugachi.
