Bonjour :)
Voici le dernier chapitre avant l'épilogue !
Merci pour les reviews :)
Bonne lecture :)
Disclaimer : Rien ne m'appartient.
Chapitre 8
Ne lâche pas ma main
Des centaines de gens murmuraient, se demandant ce qu'il se passait. Des stewards distribuaient des gilets de sauvetage et des boissons aux passagers. Je vis soudainement Monsieur Andrews passer devant moi, l'air inquiet.
− Mr. Andrews ! l'interpelai-je en saisissant un pan de son manteau. Mr. Andrews… J'ai vu l'iceberg, s'il-vous-plaît… Dîtes-moi la vérité.
Il me jeta un regard terrifié, hésitant pendant une seconde, puis me tira à l'écart.
− Le paquebot va couler − je portai ma main à ma bouche, choqué − dans… Une heure, environ. S'il-vous-plaît, dîtes-le au moins de gens possible, je ne veux pas être responsable d'un mouvement de panique, murmura-t-il en m'implorant du regard.
J'acquiesçai silencieusement. Nous allions couler. Nous allions mourir.
− Dès que les canots de sauvetage seront prêts, montez dedans. Vous vous souvenez de ce que j'ai dit sur les canots ?
« Il en manque la moitié ». La moitié des passagers du Titanic allait mourir. J'acquiesçai à nouveau, interdit. Monsieur Andrews quitta le salon en courant dans l'escalier. Molly Brown s'approcha de moi et commença à me parler, mais je n'écoutais pas. Je ne voulais pas mourir. Je n'avais pas réalisé toutes les choses que je devais faire avant de mourir et j'étais trop jeune pour disparaitre. Mais surtout, j'avais peur de la mort. Et mourir noyé dans l'Atlantique glacial n'était pas ce que j'avais imaginé comme fin, même si j'avais essayé de m'y jeter il y a deux jours.
− Kurt ! Kurt, mon garçon !
Je tournai mon regard vide vers Molly.
− Il faut monter sur le pont. Venez, mon garçon.
Elle me prit le bras et me guida dans l'escalier. Le bruit à l'extérieur était insupportable et je tremblais de froid malgré mon manteau de fourrure. J'entendis un des officiers demander aux femmes et aux enfants d'avancer pour commencer à embarquer dans les canots de sauvetage. A ma droite, des feux de détresse furent tirés, illuminant le ciel comme un feu d'artifice. Cela aurait pu être magnifique si la situation n'était pas aussi grave.
− Avec votre tête de petit garçon, vous devriez aisément passer, Kurt, dit Rachel ironiquement.
Molly monta dans le canot et tendit sa main à Rachel.
− Nous sommes bien placés selon la classe, n'est-ce pas ? J'espère qu'il n'y aura pas trop de monde, dit-elle d'un ton joyeux.
Ce fut la goutte de trop. Pris d'un accès de colère, j'attrapai le bras de Rachel et la forçai à me regarder.
− La ferme, Rachel ! criai-je. Vous ne comprenez pas ? Il n'y a pas assez de canots pour tout le monde ! La moitié des passagers de ce bateau va mourir.
− Pas la meilleure moitié, en tout cas, intervint mon père.
Je le dévisageai. Pas la meilleure moitié… Blaine. Comment avais-je pu ne pas penser à lui pendant tout ce temps ?
Je regardai Rachel monter dans le canot. Père me poussa pour monter à mon tour, sûrement dans l'espoir que l'officier me laisse monter même si je n'avais pas le droit, mais mes pieds restèrent paralysés là où j'étais.
− Venez, Kurt, montez dans le canot ! dit Molly en me tendant sa main.
Je l'observai comme une étrangère. Qu'est-ce que je faisais ici ? Il fallait absolument que j'aille retrouver Blaine. Il m'attendait pour le sauver. Je fis volte-face et commençai à partir dans l'autre direction en courant.
− Kurt !
Mon père m'attrapa par le bras et me tira vers lui, m'empêchant de m'enfuir.
− Où vas-tu ? Le retrouver, c'est ça ? Tant que je serai là, tu ne verras plus ce garçon !
− Laissez-moi, Père ! criai-je en me débattant comme un diable.
− Non, non, non !
Il avait une force impressionnante. J'avais beau me débattre comme un fou, je n'arrivais pas à le faire lâcher prise.
− C'est ça que tu veux ? Te faire rejeter de la société et passer pour un malade mental ?
− Je préfère être un malade mental qu'épouser Rachel, affirmai-je d'un ton sec en lui jetant un regard noir.
Je tirai d'un coup sec sur mon bras et réussis à me libérer. Je couru du plus vite que je pus à l'intérieur du bateau, entendant mon père m'appeler et tenter de me rattraper. Monsieur Andrews. Il fallait que je trouve Monsieur Andrews. Lui seul pouvait savoir où était Blaine. Je couru dans les innombrables couloirs, criant son nom. Je commençai à paniquer et à désespérer quand je le vis, marchant précipitamment.
− Mr. Andrews ! Dieu merci vous êtes là ! J'ai… J'ai besoin de vous… vite.
J'étais à bout de souffle, ma tête tournait dangereusement.
− Que faîtes-vous ici, Kurt ? Vous devez absolument monter dans un canot !
− NON ! S'il-vous-plaît… J'ai besoin de vous. Où le capitaine d'armes enfermerait-il un homme qui a été arrêté ?
− Kurt, montez…
− S'il-vous-plaît, le coupai-je, le ton implorant, de plus en plus paniqué. Je le ferai avec ou sans votre aide, mais ce sera plus facile avec.
Il me fixa puis je vis ses traits se détendre. Il m'expliqua rapidement où était Blaine. Je ne comprenais rien. Juste que je devais descendre au pont E et prendre le couloir de l'équipage. Je le remerciai rapidement et repris ma course dans les couloirs. Les ascenseurs. Je me précipitai sur le steward.
− Je suis désolé, Monsieur, mais les ascenseurs sont condamnés, dit-il en me barrant le passage.
Je le dévisageai, sentant une bouffée de panique s'emparer de moi.
− J'en ai rien à foutre ! Faîtes-moi descendre ! hurlai-je, angoissé et en colère.
Je poussai le steward dans la cage d'ascenseur et le forçai à descendre au pont E. Je poussai un cri quand nous fûmes surpris par l'eau. Elle était glaciale, pire que ce que j'avais imaginé. Le steward me hurla quelque chose, comme quoi il devait remonter, mais je l'ignorai. J'ouvris les portes de l'ascenseur et m'engouffrai dans le couloir inondé. J'avais de l'eau jusqu'aux genoux et je commençai déjà à ne plus sentir mes pieds. J'avais si froid. Couloir de l'équipage, couloir de l'équipage… Là.
Je courus tant bien que mal dans l'eau et hurlai le nom de Blaine, espérant qu'il m'entende. Je perdais peu à peu espoir, n'entendant aucune réponse. Je courus du plus vite que je le pouvais dans le couloir, criant le plus fort possible.
− Kurt ! Je suis ici ! entendis-je faiblement au bout de quelques instants.
J'entendis en même temps des coups frappés contre du métal. Je me précipitai vers la source du bruit et ouvrit la porte de la cabine à la volée. Il était là, menotté à une canalisation, hissé sur le bureau pour éviter l'eau.
− Blaine ! criai-je, en pleurs, me précipitant sur lui. Pardon, pardon, pardon, pardon !
Je l'embrassai à plusieurs reprises, comme si ma vie en dépendait.
− Je suis tellement désolé, je t'aime, je t'aime… Pardon…
− C'est Finn qui l'a mis dans ma poche !
− Je sais, je sais… Pardon, répétai-je inlassablement, embrassant chaque partie de son visage que je pouvais atteindre.
− Ecoute, Kurt. Il faut que tu trouves le double de la clef, regarde dans le placard. C'est une petite clef en argent.
J'acquiesçai et me précipitai sur le placard, arrachant presque les portes. Je cherchai fébrilement, mais la panique me faisait trembler de plus en plus violemment et se renforçait quand je réalisai qu'il n'y avait aucune clef en argent dans ce placard.
− Rien, toutes en cuivre ! dis-je, la voix tremblante.
− Très bien, alors regarde dans les tiroirs.
J'arrachai le tiroir du bureau et fouillai sans relâche, jetant divers papiers dans l'eau. Toujours rien.
− Pas de clef… Pas de clef !
− Bon, très bien, écoute-moi, Kurt. Va chercher de l'aide. Tu vas y arriver.
Tel un automate, j'acquiesçai et me précipitai sur lui.
− Je fais vite, lui promis-je en l'embrassant. Je ne te dirai jamais adieu, Blaine. Jamais.
− J'ai confiance en toi, Kurt.
Je l'embrassai une dernière fois et le quittai précipitamment. Je remontai au pont supérieur et criai à l'aide. Personne. Les larmes me revenaient aux yeux et je tremblais de tout mon corps. J'étais gelé. Gelé et complètement paniqué. Non. Blaine avait besoin de moi, je devais être courageux. Je passai en courant devant une hachette et m'arrêtai net devant. Si personne ne pouvait nous aider, alors j'allais le faire moi-même. Je cassai la vitre avec la lance à incendie et m'emparai de la hache. Ainsi armé, je fis demi-tour et me figeai d'horreur en voyant le niveau d'eau au pont inférieur. Je serai sûrement immergé jusqu'au cou. Avec une grande inspiration, j'avançai doucement dans l'eau et ne pus retenir une exclamation quand l'eau arriva au niveau de ma poitrine. J'eus l'impression que des centaines de lames de couteaux m'écorchaient vif, exactement comme l'avait dit Blaine le soir de notre rencontre. J'abandonnai mon manteau, devenu gênant et lourd à cause de l'eau, et mon gilet de sauvetage et m'enfonçai dans le couloir, transi de froid. L'électricité explosa dans une gerbe d'étincelle près de moi, me faisant crier de surprise.
Je retrouvai rapidement Blaine, toujours attaché à son tuyau.
− Blaine ! Ça, ça va marcher ? lui demandai-je en montrant la hache.
Il eut l'air un peu inquiet mais hocha la tête.
− Fais quelques essais avant de me couper la main, quand même, dit-il en rigolant.
J'esquissai un sourire et me tournai vers un placard. Je pris une grande inspiration et frappai dedans, laissant une entaille profonde dans le bois.
− Essaye de frapper au même endroit, maintenant.
Je me concentrai et frappai à nouveau. Je perdis toute contenance en voyant qu'une vingtaine de centimètres séparaient les deux entailles.
− Bon, euh… Ça suffit pour les essais. Viens là, Kurt.
Peu rassuré par mon exploit, je me frayai un chemin jusqu'à lui en poussant les meubles qui flottaient devant moi. Blaine écarta les mains le plus possible.
− Ecoute, Kurt. Frappe très fort, et frappe très vite. Tu peux le faire. J'ai confiance en toi.
Je saisis fermement le manche de la hache et me préparai à frapper, tremblant de tout mon corps.
− Attends ! Ecarte un peu plus les mains… Voilà.
J'ajustai la position de mes mains et regardai Blaine. Il hocha la tête.
− Je t'aime, Blaine, dis-je la voix tremblante.
− Ne fais pas celui qui me dit adieu. Allez, Kurt !
Bien que ne croyant pas en Dieu, je priai dans ma tête pour ne pas lui couper une main. Je levai la hache au-dessus de ma tête et, rassemblant tout mon courage et ma concentration, je frappai violemment. Blaine n'hurla pas de douleur. J'avais réussi ! Je m'exclamai de soulagement et le pris dans mes bras, jetant la hache dans l'eau.
− Allez, allons-nous en ! dit-il précipitamment. Oh mon Dieu, c'est gelé !
Je lui attrapai la main et l'entrainai avec moi. Le couloir était totalement inondé, je n'avais plus pied, et la sortie bouchée.
− Il va falloir trouver une autre sortie, fit Blaine. Viens !
Je le suivis avec peine, mes vêtements me collant à la peau et me gelant encore plus.
− Là ! dit-il en montrant un escalier.
Malheureusement, c'était un cul-de-sac. Je recommençai à paniquer.
− Qu'est-ce qu'on va faire, Blaine ? m'écriai-je en éclatant en sanglots.
Blaine me prit dans ses bras et m'embrassa le front pour me rassurer.
− Kurt… Kurt, calme-toi ! Calme-toi ! Ecoute, il doit y avoir quelque chose derrière cette cloison, dit-il en frappant dessus avec son poing, la cloison sonnait creux. Je vais l'enfoncer, recule.
Essuyant mes larmes, je fis ce qu'il me dit. Je devais absolument me calmer. Et être courageux. Comme Blaine. Il enfonça la cloison en quelques coups d'épaule et nous nous retrouvâmes dans un autre couloir, beaucoup moins vide. Un steward nous dévisagea et commença à nous hurler dessus.
− Il va falloir payer les dégâts, vous deux ! C'est la propriété de la White Star Line…
− La ferme ! cria-t-on à l'unisson.
Blaine me prit la main et nous nous retrouvions coincés derrière les grilles, empêchant les passagers de troisième classe de monter sur le pont.
− Blaine !
Je vis un jeune homme blond, que je reconnu comme un des ses amis, se précipiter sur Blaine et le serrer dans ses bras.
− Jeff ! s'écria Blaine. Nick ! ajouta-t-il alors que son autre ami aux cheveux noirs se jetait sur lui. On peut sortir ?
− Par là, c'est sans espoir ! dit Jeff. Il faut trouver une autre sortie.
− Quoi qu'on fasse, il faut le faire vite. Le bateau prend l'eau de toute part et il faut absolument qu'on sorte d'ici.
Je vis les deux garçons me regarder puis sourire à Blaine. Je me demandais ce qu'ils avaient pu se dire à voix basse.
− Allez, il faut qu'on parte. Venez, par là !
Je m'élançai à sa suite, suivi des deux amis de Blaine. Il y avait des grilles partout, comme dans une prison. Je fis de mon mieux pour ne pas paniquer à nouveau, sans grand succès. Je chassai rapidement mes larmes. Je devais être fort.
− Par là !
C'était le même problème. Les stewards refusaient d'ouvrir les grilles, mais il y avait déjà moins de monde. Blaine se faufila devant les grilles.
− Ouvres ces grilles ! intima-t-il aux stewards.
− Retournez à l'escalier principal, Monsieur, répéta plusieurs fois le steward.
J'eus très peur en voyant Blaine s'énerver et jurer contre le steward. Lui, toujours si calme… Je le vis commencer à arracher du sol un banc avec ses amis et compris qu'ils aillaient s'en servir comme bélier.
− Ecartez-vous ! Ecartez-vous ! criai-je aux gens en les poussant contre le mur.
Les trois garçons enfoncèrent la grille rapidement et je me précipitai à leur suite.
− Viens, Kurt ! dit Blaine en m'aidant à sortir sur le pont.
− Il n'y a plus de canots ici, Blaine ! cria Nick.
− C'est pas grave, il doit y en avoir autre part. Jeff, Nick, allez voir de l'autre côté !
Les deux garçons nous quittèrent précipitamment. Je remarquai qu'ils se tenaient la main, ce qui me fit sourire. Je pris celle de Blaine et posai mes lèvres dessus.
− Ne lâche pas ma main, lui dis-je.
Il me répondit par un sourire et m'entraîna avec lui à la recherche d'un canot.
− Blaine… Attend.
Je m'arrêtai net. A une dizaine de mètres de nous, je vis mon père monter dans un canot. Nos regards se croisèrent, et je restai figer sur place. Je vis du coin de l'œil Blaine qui suivait mon regard. La pression de sa main sur la mienne augmenta et il me tira vers lui.
− Allez, viens, Kurt.
Nous passâmes devant mon père. Je crus l'entendre m'appeler, mais je fis la sourde oreille. J'avais du mal à courir. Tout le surplus d'émotions que j'avais vécu en l'espace de quelques heures m'avait incroyablement fatigué, et couplé avec l'heure tardive, j'étais complètement exténué. Seule la main et la présence de Blaine auprès de moi me forçait à rester debout.
− Là, au bout !
Blaine se mit à courir et je le suivis, ne lâchant pas sa main. Le canot était presque plein, et plus personne n'attendait pour embarquer.
− Attendez ! hurla Blaine en courant plus vite. Dépêche-toi, Kurt !
L'officier nous étudia rapidement du regard puis s'écarta, nous laissant monter.
Je n'y croyais plus. Etait-il possible que la chance nous sourie enfin ? Je m'agrippai à Blaine et grimpai dans le canot. L'officier l'aida à monter à mes côtés, au moment même où on entendit des coups de feu de l'autre côté du navire, suivis de cris de peur.
− Jeff, Nick ! s'exclama Blaine en essayant de partir du canot pour retrouver ses amis.
− NON !
Je m'accrochai de toutes mes forces à son corps, le ramenant avec moi, le forçant à rester assis. Il se débattit comme un diable, mais je ne pouvais pas me permettre de lâcher ma prise, au risque de le perdre une nouvelle fois.
− Tiens toi tranquille ! Vous n'étiez pas censé monter, alors estimez-vous heureux ! cria l'officier en pointa sa lampe sur nous, nous aveuglant. Je tolère votre présence uniquement car il n'y avait plus personne autour de moi.
J'enserrai la main de Blaine des miennes et posai ma tête sur son épaule. Je regardai vaguement les autres personnes installées dans le canot autour de nous. Essentiellement des femmes et des enfants, mais je vis un ou deux hommes avec nous. Le canot commença à descendre, doucement, trop doucement. A tribord, les coups de feu avaient cessé, et un certain silence morbide s'était installé. Je sentis Blaine cacher son visage dans mes cheveux et se mettre à pleurer silencieusement. Mon cœur se serra en sentant ses larmes tomber sur mon épaule et rouler sur ma peau. Je caressai son dos doucement pour le réconforter, dans l'espoir de le distraire et de ne pas le faire penser à ses amis. J'augmentai la pression de ma main pour le rassurer.
Les minutes passèrent lentement. Plongé dans une sorte de transe, regardant sans voir le paysage funèbre qui se dressait devant moi, je fus sorti de ma torpeur en sentant quelqu'un recouvrir Blaine et moi d'une couverture. J'entendis mon petit-ami remercier la femme, tandis que j'observais le naufrage du Titanic d'un regard choqué, tandis que nous nous en éloignions progressivement. La scène était effrayante et spectaculaire. Je ne l'avais pas remarqué quand nous étions dessus, mais le paquebot s'inclinait par l'avant, la proue complètement submergée par les flots, incliné de plusieurs degrés. Des centaines de gens sautaient du bateau en espérant survivre, mais rien que la chute les tuait. Pendant de longues minutes, les seules images et les seuls sons qui nous parvenaient étaient cette vision macabre du paquebot qui plongeait peu à peu sous l'eau, les gens qui sautaient dans l'eau pour se sauver, les hurlements de panique des passagers qui se poussaient pour avoir une place dans un canot de sauvetage. J'étais recroquevillé sur moi-même, les mains sur les oreilles, la tête entre les genoux pour ne pas voir la scène. Malgré tout, les cris des passagers désespérés raisonnaient sans cesse dans mes oreilles, les images du naufrage défilaient devant mes yeux. Blaine me tenait serré contre lui pour me rassurer, mais je ne pouvais pas m'arrêter de trembler violemment, à la fois de froid et de peur. A un moment, de nouveaux coups de feu retentirent et Blaine releva la tête, avant de se remettre à pleurer. Comme lui, j'avais cru entendre quelqu'un crier « Jeff ! » très faiblement. Un nouveau coup de feu retentit accompagnés de hurlements de terreur. Blaine ramena la couverture sur son visage et se cacha dedans, dissimulant ses larmes. Je portai sa main à mes lèvres et l'embrassai, avant de le serrer contre moi et de lui caresser le dos et les cheveux, lui murmurant des paroles rassurantes. Quelques minutes plus tard, des claquements de fouet retentirent autour de nous, et je vis la première cheminée se tordre et tomber dans l'eau, écrasant des centaines de passagers. Je poussai une exclamation choquée, imité par quelques femmes, et plaquai mes mains sur ma bouche. Derrière moi, un enfant se mit à pleurer, appelant sa mère. L'électricité se coupa définitivement sur le paquebot, faisant hurler des centaines de personnes, alors que la poupe du bateau s'élevait maintenant à une bonne dizaine de mètres au-dessus de l'eau. Puis, dans un craquement assourdissant, le navire se brisa en deux, et les hurlements des passagers encore à bord accompagnèrent la retombée de la poupe dans l'eau. La scène était choquante. Des gens continuaient de se jeter du navire. Les cheminées restantes se cassèrent, puis le bateau recommença à s'incliner, plus rapidement cette fois. Il flotta comme un bouchon pendant une ou deux minutes, puis sombra définitivement dans l'Atlantique, entraînant les dernières personnes qui étaient dessus dans les flots. Il n'y avait plus rien à voir. Juste à supporter les cris et les hurlements des gens tombés à la mer, coulant ou mourant de froid.
− Nous devons faire demi-tour, dit quelqu'un, derrière moi.
− Non ! refusa l'officier. Ils vont nous faire chavirer, nous n'avons pas assez de place.
C'était comme si mon cerveau s'était déconnecté. Je n'arrivais plus à penser. Les chuchotements et les paroles que j'entendais semblaient venir de loin, comme si j'étais dans une bulle hermétique. Je regardai vaguement autour de moi. Nous étions une cinquantaine. Quinze personnes pouvaient encore embarquer avec nous.
J'avais mal au cœur. Peu à peu, le silence se fit. Je me demandai ce qui était le pire. Entendre les hurlements des gens qui se battaient pour survivre, ou ce silence morbide, synonyme de la mort.
Puis au bout de plusieurs dizaines de minutes, ce fut le silence. Le cauchemar était fini. Mes yeux se fermèrent tout seul, et je glissai sur l'épaule de Blaine, tombant dans les bras de Morphée, mort de fatigue.
Une agréable sensation sur mes lèvres me fit ouvrir les yeux, quelques heures plus tard. Resserrant mes poings sensiblement sur les vêtements de Blaine auxquels je m'étais accroché, je clignai plusieurs fois des paupières avant d'ouvrir totalement les yeux pour voir mon petit-ami s'écarter de moi. Il m'avait embrassé pour me réveiller ? Devant tout le monde ? Je jetai un regard autour de moi, mais personne ne semblait faire attention à nous. Tous avaient le regard rivé sur la figure du Carpathia qui se dressait devant nous. Je me remémorai soudainement le naufrage. Le Titanic et l'iceberg… Je lâchai Blaine pour monter à bord du bateau, les mouvements limités par mes membres engourdis par le froid.
A bord du Carpathia, un officier nous demanda notre nom pour recenser les survivants.
− Kurt Hum…, commençai-je. Anderson. Kurt Anderson.
J'adressai un sourire à Blaine en voyant son regard surpris. Je ne pouvais pas garder mon nom de famille originel, ma famille m'aurait retrouvé. De toute façon, je ne voulais plus porter ce nom qui me rejetait. Blaine prit discrètement ma main tandis qu'il donnait son nom à l'officier à son tour. Il nous lança un regard dérouté en voyant que nous partagions le même nom alors que nous ne nous ressemblions pas assez pour être de la même famille, mais ne dit rien. Je ne pense pas qu'il ait remarqué que nous nous tenions la main.
J'avais formellement insisté auprès de l'équipage pour pouvoir rester en troisième classe avec Blaine, malgré les protestations des stewards qui se bornaient à nous dire que des garçons habillés comme nous l'étions n'étaient pas de l'entrepont. Rester en première classe permettrait à mon père de me retrouver, et ça, je voulais l'éviter à tout prix. Je n'eus pas cette chance, visiblement. L'après-midi même de notre embarquement sur le Carpathia, il était descendu sur le pont réservé aux passagers de troisième classe et m'avait vite trouvé avec Blaine.
− Kurt… Rentre à la maison…, me supplia-t-il après m'être précipité sur moi.
Il tendit les mains comme pour me prendre dans ses bras, mais j'eus un mouvement de recul. Je scrutai son regard, ne sachant pas si le désespoir que j'y lisais était simulé ou non. La veille, il me rejetait et me vouait une haine incomparable, et maintenant qu'il avait tout perdu, il se rendait compte à quel point il avait besoin de moi ? Il avait peur de me perdre, après tout ce qu'il avait osé me dire ? Une vague de colère s'empara de moi et je pris la main de Blaine pour me calmer. Mon père jeta un œil à nos mains entrelacées mais ne dit rien. Il reporta son regard sur moi et esquissa un sourire qu'il semblait vouloir être encourageant. Je me levai, ne lâchant pas la main de Blaine.
− Kurt…, souffla-t-il d'un ton plein d'espoir, comme s'il pensait que j'allais me précipiter dans ses bras.
− Adieu, Monsieur Hummel, le coupai-je d'une voix sans émotion, comme si nous ne nous étions jamais connus.
Je jetai un dernier regard à mon père, qui semblait dévasté, et tournai les talons, entraînant Blaine loin de cet homme. Je ne voulais plus avoir affaire à lui. Je ne regrettais pas d'avoir été aussi violent et radical dans mes propos. C'était tout ce qu'il méritait.
Des membres de l'équipage passaient parmi les passagers pour distribuer des couvertures et des boissons chaudes, d'autres avaient une liste des rescapés à la main et demandaient à tout le monde s'ils cherchaient quelqu'un en particulier.
− Nick Duval et Jeff Sterling, demanda Blaine lorsqu'un officier passa près de nous, sa liste de noms à la main.
− Troisième classe ?
Il acquiesça silencieusement, avalant difficilement. L'officier regarda sa liste pendant quelques secondes.
− Je suis désolé, Monsieur, je n'ai rien, dit-il en lui adressant un regard triste.
− Il… Il doit bien y avoir une autre liste, non ? fit Blaine, les mots s'étranglant dans sa gorge, je pouvais voir les larmes lui monter aux yeux. Ou… Un autre bateau ?
− Non, Monsieur, c'est la seule liste. Je suis désolé, Monsieur.
Je n'avais jamais vu Blaine dans cet état. Il éclata violemment en sanglots, ses jambes se dérobant sous lui. Je le rattrapai avant qu'il ne tombe sur le sol et m'agenouillai à côté de lui, caressant son dos pour le réconforter.
− Avez-vous Finn Hudson sur votre liste ? En première classe ? demandai-je à l'officier, sentant Blaine cacher son visage dans ma poitrine, son corps secoué par les sanglots.
− Non, Monsieur, je n'ai rien. Je suis désolé.
− Merci.
Je resserrai mon étreinte sur Blaine et me mis à pleurer à mon tour. Même s'il m'avait abandonné à la toute fin, je ne pouvais m'empêcher de ressentir une déchirure au cœur. Pendant quinze ans, il m'avait élevé et protégé, il m'avait soutenu même quand j'avais tord. Il avait juste décidé de me laisser tomber au moment où j'avais le plus besoin de lui. J'entendis Blaine murmurer quelque chose comme « c'est ma faute » dans mon épaule. Je posai mon regard sur lui et l'écartai de moi, lui maintenant le menton pour qu'il me regarde dans les yeux.
− Non, Blaine, murmurai-je. Rien n'est de la faute…
Je chassai quelques larmes de son visage avec mes pouces et le repris dans mes bras.
− C'est moi qui leur ai dit d'aller de l'autre côté, c'est ma faute, pleura-t-il en s'agrippant à moi. Si je leur avais dit de rester, ils seraient là avec nous… Et je n'ai aucune idée de comment ils sont morts ! Est-ce qu'ils se sont fait tirer dessus ? Est-ce que l'une des cheminées leur ait tombés dessus ? Ou alors sont-ils morts gelés ou noyés ? C'est de ma faute, Kurt, c'est entièrement de ma faute s'ils ne sont plus là !
Il commençait à s'agiter dans mes bras, en proie à une véritable crise.
− Chut, Blaine, calme-toi…, soufflai-je en le berçant comme un enfant. On va surmonter ça ensemble, d'accord ?
Il hocha la tête, reniflant bruyamment. Il s'apaisa un peu, son corps continuant d'être secoué violemment par ses pleurs.
L'arrivée à New York le 18 Avril fut une véritable libération pour moi. Une nouvelle vie pouvait commencer, main dans la main avec l'amour de ma vie, sans personne pour m'empêcher d'aimer.
Et voilà :') C'est la fin mais il reste encore un court épilogue après ce chapitre :')
Je me repéte, mais n'oubliez pas de reviewer dans le petit cadre juste en-dessous, ça me ferait plaisir :D
Mizugachi.
