Maddie était couchée dans son petit lit, les bras croisés derrière la tête. Elle réfléchissait. Le vaisseau faisait présentement cap vers Tutchanka, où l'équipe devrait mettre le remède du génophage dans le Voile, permettant de guérir tous les Krogan de la planète. Au sein de l'équipage, les avis différaient grandement à savoir s'il fallait ou non guérir cette plaie. Après tout, si on le guérissait, on risquait de se retrouver avec d'autres guerres Krogans… mais on avait alors une chance de sauver Palaven et la Terre, et peut-être même la galaxie. À travers tout cela, Maddie ne savait que penser… Elle retournait dans son esprit tous les arguments qu'on lui avait présentés, mais aucun ne le convainquit. Elle se rappela alors la Krogan qu'elle avait vu à l'infirmerie, Ève. Elle lui avait semblé sage et calme pour une Krogan. Peut-être que si la race Krogan tombait entre ses mains elle pourrait l'unir et la contenir… Maddie détestait se battre pour quelque chose qu'elle ne comprenait pas! Décidée, elle se leva d'un bond, enfila ses chausson et sortit de sa chambre sans même fermer la porte.


La porte de l'infirmerie s'ouvrit, personne ne s'y trouvait à part Ève et Mordin ; on était en plein service de nuit.

- Oui je crois que je pourrais synthétiser cela comme ça…, chuchotait Mordin dans son coin.

Il leva les yeux de son microscope quand Maddie passa le cadre de porte.

- Je voudrais voir Ève, dit cette dernière en pointant la Krogan.

Mordin parut surpris.

- Ève est faible. Mieux vaut ne pas la déranger.

- Je vais assez bien pour tenir une conversation petit Galarien, grogna Ève avec ce qui semblait être un sourire à travers son voile.

Mordin leva les yeux au ciel et fit signe à Maddie qu'elle pouvait y aller avant de se pencher sur son microscope de nouveau.

- Il semble vous protéger comme une maman protège ses petits, rigola Maddie à l'intention d'Ève, une fois assise sur une chaise près de la Krogan.

- C'est un excellent scientifique, mais aussi un être avec un grand cœur qui ne souhaite que mon bien et celui de mon peuple, souffla Ève.

Maddie sentait dans sa voix que la Krogan n'allait pas bien.

- Vous semblez fatiguée, s'inquiéta-t-elle. Je n'aurais peut-être pas dû vous déranger…

- Ça va très bien, la coupa-t-elle. Vous n'allez pas vous mettre à me couver vous aussi. Vous savez j'ai résisté à de nombreuses épreuves…

- Oui, j'ai entendu dire que vous étiez chamane… et que les rites d'initiation étaient plutôt durs.

La Krogan hocha doucement la tête avec un léger grognement d'affirmation.

- Il faut avoir de la persévérance. Et la persévérance est une des qualités de Krogan.

Maddie resta pensive un instant. Ève avait tant souffert et pourtant elle ne semblait pas amère ou vengeresse. Il lui semblait que cette Krogan était peut-être plus sage et plus réfléchie que la majorité des humains même.

- Une fois le génophage guéri, vous comptez faire quoi?, demanda Maddie d'une toute petite voix.

Ève rigola doucement, surement parce qu'elle se doutait que Maddie n'était venue que pour lui poser cette question.

- Vous vous demandez si c'est la bonne chose à faire que de guérir cette tare?

La jeune femme hocha doucement la tête.

- Je ne me bats que pour des causes qui me tiennent à cœur et pour lesquels je sais dans quel camp je me positionne. Et dans ce cas précis, je n'ai aucune idée de quoi penser…

La Krogan fit alors un geste qui surprit Maddie. Elle posa une main sur son épaule et se pencha gentiment vers elle.

- Je ne peux pas faire le choix pour vous. Mais je peux vous dire que vous avez raison de chercher à savoir le pourquoi et le comment de ce pour quoi vous vous battez. Je peux vous dire que je me bats pour mon peuple. Je me bats pour ne pas avoir à mettre au monde un enfant mort-né. Je me bats pour qu'aucune Krogan n'ait à passer à travers cette épreuve impossible. Je me bats pour restaurer la fierté de mon peuple et pour que ce dernier se rachète et regagne le respect et la confiance des autres. Je me bats pour mes raisons qui sont sacré à mes yeux. Et je me battrais jusqu'au bout. Vous voyez, je sais pourquoi je me bats et je sais ce qui a de l'importance à mes yeux; la dignité de toute une race.

Maddie resta sous le choc de cette tirade enflammée. Elle eut un élan d'admiration pour cette Krogan qui savait ce qu'elle voulait et qui savait comment l'avoir. Elle avait un but et s'y tenait. Et puis ses arguments tenaient la route. Ce débat sur la guérison ou non du génophage était d'abord une affaire de principe. Ou on condamnait une race sur une éventualité de révolte, ou on lui laissait une seconde chance. Même si les risques étaient grands, Maddie voulait croire en la possibilité de changer, en la possibilité de Krogans qui coopèrent.

- Merci Ève, vous avez éclairé mon esprit. Vous êtes une femme sage, et je suis sure qu'entre vos mains les Krogans ont un grand avenir dans cette galaxie.

- J'espère être encore là pour le voir, toussota la Krogan avec une esquisse de sourire.

Maddie lui offrit un sourire compatissant.

- Je l'espère aussi.


Maintenant que Maddie savait pourquoi elle se battait, elle voulait en être. Le seul problème : Shepard avait décidé d'emmener Garrus et Vega sur Tutchanka, laissant les autres sur le Normandy.

- Mais Commandant, je veux me battre!, s'écria Maddie, alors qu'elle tentait de plaider sa cause au près de Shepard, dans la salle de réunion, où le Commandant terminait ses préparatifs.

Alice Shepard secoua la tête.

- Vous êtes blessée et j'ai déjà deux excellents hommes sur le coup. Vous restez à bord. C'est un ordre.

Maddie voulut ajouter quelque chose, mais Shepard la coupa avant qu'elle puisse dire un mot.

- Maintenant allez donc à la passerelle, on aura besoin de tout le monde là-haut.

La jeune femme serra la mâchoire et sortit de la salle, en furie. Le Commandant ne voulait pas la laisser aller sur Tutchanka? Eh bien elle ferait sans l'avis du Commandant. Elle fonça vers sa chambre, pestant contre l'ascenseur qui allait trop lentement et s'équipa rageusement de tout ce dont elle aurait besoin. Arme de poing, fusil à pompe et générateur de boucliers. Parfait. Il ne lui restait plus qu'à se trouver une place dans la navette qui partirait… Un endroit discret. Elle fit rapidement l'inventaire de ce qu'elle emmenait, question d'être sure de ne rien oublier, puis retourna vers l'ascenseur, toujours au pas de course. Une fois à la baie d'amarrage, elle repéra la navette que l'on préparait. Bon. Comment allait-elle s'y glisser maintenant? Elle ne pouvait pas simplement entrer, tout le monde savait que c'était Garrus et Vega qui partaient avec Shepard, Mordin et les deux Krogans. Il lui fallait un plan, et vite. Elle aperçut alors un énorme fusil de précision qui restait sur la table d'armement. C'était le dernier modèle que Shepard avait commandé et elle savait que James avait pour tâche de le calibrer. Elle remercia le ciel d'avoir fait Vega traînard et prit le gros fusil dans ses bras, l'emmenant vers la navette. Comme elle s'y attendait, on l'arrêta à l'entrée.

- Maddie, désolé, mais t'es pas sur ce coup là. Et puis j'ai plein de travail… Peux-tu bouger de là?

- Relax, Shepard m'a seulement demandé d'amener dans le vaisseau l'arme qu'elle m'a demandé de calibrer… Le dernier fusil de précision, tu sais?

L'homme sembla perplexe, mais haussa les épaules alors qu'on l'appelait à grands cris au fond de la soute.

- Bon et puis après tout j'ai pas que ça à gérer moi les entrées et sorties.

Puis il partit en courant, répondant à l'appel. Maddie, jubilante, entra dans la navette, posa le fusil dans le caisson à armement, puis chercha un endroit où se cacher. Pourquoi pas le placard à armure? Parce que les toilettes, c'était vraiment nul comme endroit. Elle prit donc place dans le placard exigu, qu'elle prit soin de refermer, contente de son choix.


Elle sentit lorsque la navette décolla, alors qu'elle se faisait valdinguer dans tous les sens à chaque secousse. Elle entendait les voix de Shepard, Wreav, Ève, Garrus et Vega de l'autre côté de la porte mince du placard où elle était planquée.

- Une fois à terre, on montera dans les tanks Krogan pour lancer la frappe au sol et mener Ève et Mordin jusqu'au Voile, exposa Shepard, probablement debout, derrière le siège du pilote, accrochée à un passant au plafond, sa position favorite pour expliquer une mission.

- On se séparera, Garrus et James dans un tank et Wreav, Ève, Mordin et moi dans un autre. Les Turiens attaqueront le Moissonneurs qui garde le Voile à partir des airs et les tanks Krogan lanceront l'offensive au sol. Nous, on essaie de se faufiler à travers ce combat pour emmener Ève et Mordin au centre de contrôle du Voile. Compris?

Maddie entendit l'approbation de tout le monde. Elle se prit même à hocher la tête pour approuver les ordres de Shepard, même s'ils ne lui étaient pas destinés… du moins, pas encore.

Soudainement, une secousse plus violente que les autres secoua la navette, faisant perdre l'équilibre à ceux qui était debout… et ouvrant en trombe la porte du placard dans lequel Maddie était cachée. Elle s'effondra de tout son long aux pieds du Commandant, comprenant violemment la stupidité de ce qu'elle venait de faire.

- Tiens, tiens, un passager clandestin, fit remarquer Wreav avec sa voix rauque.

- Mademoiselle Young, que faites vous ici?, s'exclama Shepard, apparemment hors d'elle.

- Je…, commença-t-elle avant que le Commandant ne la coupe.

- Je vous avais demandé de rester à bord du Normandy! Et vous osez défier mes ordres?

Maddie se releva, reprenant un peu da sa dignité et de son assurance.

- Je suis ici parce que je veux me battre pour ce en quoi je crois. Ève et Mordin on besoin d'aide et je pense pouvoir la leur fournir!

Shepard semblait sur le point d'exploser, mais elle fit un effort considérable pour se contrôler.

- Nous reparlerons de ça plus tard. Pour l'instant, vu que vous êtes là, vous embarquerez avec Garrus et James dans les tanks Krogan. Et vous êtes mieux de faire profil bas…

Maddie hocha la tête en signe d'approbation, comme elle l'avait déjà fait dans le placard, puis alla prendre place au fond de la navette. Elle avait quand même fait une sacré gaffe. Comment avait-elle pu penser s'immiscer ainsi dans cette mission? Elle maudit son entêtement et pria pour que le Commandant ne la renvoie pas dès la mission terminée.


Elle était maintenant embarquée dans le tank Krogan, assise en face de Garrus et Vega. Vu que le machin tenait mal la route cahoteuse et que les amortisseurs devaient être à plat, Maddie se battait pour rester assise à la même place, se faisant secouer de tous bords tous côtés.

- Vous n'auriez pas dû défier les ordres de Shepard, la sermonna Garrus. Elle sait ce qu'elle fait et si elle vous voulait à bord du Normandy, c'est qu'elle avait de bonnes raisons.

- Ce qui est fait est fait, siffla Maddie entre ses dents, un peu mécontente de se faire gronder de nouveau.

Elle sentait qu'elle allait en pâtir encore un bout de temps.

- Moi, je trouve ça plutôt comique. On dirait un enfant qui se cache dans le coffre de la voiture de ses parents quand ces derniers partent pour une soirée en tête à tête, rigola Vega, allégeant le ton de la conversation.

- Ouais à part que mes parents partent combattre un Moissonneur, rétorqua Maddie.

- Justement, c'est un détail auquel vous auriez dû penser plus tôt, dit Garrus, encore sévère.

Maddie en avait plus qu'assez de ces reproches.

- J'y avais pensé justement! Si je suis là, c'est parce que je sens qu'on a besoin de tous les bras que l'on peut et que je veux me battre pour défendre mes idées. Ce n'est pas juste de me demander de rester en arrière!

Elle voulut continuer son discours virulent, mais le tank s'arrêta soudainement.

- Qu'est-ce que c'est?, demanda Garrus au Krogan qui conduisait l'engin.

- Aucune idée, grogna celui-ci.

- On devrait aller jeter un coup d'œil, proposa Vega en se levant.

Garrus ouvrit la porte du tank et en sauta, atterrissant sur le sol poussiéreux de Tutchanka. Maddie allait le suivre, mais Vega la retint par le bras.

- Je voulais te dire… Tu m'impressionnes sur ce coup là. Défier le Commandant… et venir alors que tu es blessée…

- Je peux très bien me défendre, même avec une légère égratignure, se défendit Maddie.

James eut un petit rire et rétorqua :

- Ça j'en suis sûr, chiquita. Tu es tout un morceau de femme… mais soit prudente quand même, veux-tu?

- Monsieur Vega, vous inquiéteriez-vous pour moi?, demanda Maddie avec un ton séducteur qui l'étonna elle-même.

Ce dernier lui offrit un sourire similaire et répondit avant de sauter au sol :

- Disons simplement que ça serait moins marrant sans toi…

(À suivre!)