Voici une petite histoire à partir d'une question d'un de mes jeunes auditeurs : "Comment l'équipe de FFXII prennent-ils leur repas lorsqu'ils sont en voyage entre deux villes ? Qui fait la cuisine ? "


Pénélo cuisine !

La journée avait été longue. Leur errance à travers les plaines d'Ozmone avait été ponctuée de nombreux combats éreintants. Van et Pénélo, les plus jeunes, faisaient très souvent preuve d'imprudence, et ne devaient leur salut qu'aux plus expérimentés qui arrivaient pour les soutenir. À ce point là de leur voyage, ces deux-là devaient certes acquérir de l'expérience mais ils avaient également besoin d'acquérir du bon sens et d'apprendre à éviter des combats inutiles.

Le jour touchait donc à sa fin, sur un énième sermon de Balthier :

« Tu n'apprendras donc jamais, Vaan ! Combattre ainsi de front sans avoir auparavant inspecté les alentours, est non seulement idiot mais met en danger tout le groupe ! ».

Effectivement, le jeune garçon jouissant de son combat contre un Mesménir n'avait pas vu les deux Vipères ondulant au loin, qui s'étaient rapprochées au son de la bataille et menaçaient de l'encercler. Basch se porta à son secours, Ashe haussa les épaules et dégaina son épée, Pénélo se prépara à soigner son ami, la viéra banda son arc et Balthier... continua ses remontrances, désespéré de voir qu'ils n'avaient avancé que très peu aujourd'hui. Tant bien que mal, l'adolescent s'en sortit indemne et tous reprirent la route, cherchant un refuge pour la nuit.

Le campement est finalement dressé sous le couvert d'une anfractuosité rocheuse qui formait un surplomb. Tous sont fatigués et leurs estomacs grondent : un bon repas leur ferait du bien.

Fran s'avance vers leur cantine lorsqu'elle est arrêtée dans son élan par Pénélo, qui désire se faire pardonner les incidents qu'elle et Vaan avaient provoqués dans la journée :

« Non, repose-toi Fran, je me charge du repas ».

Un vent de terreur s'abat sur le camp. La cuisine de Pénélo est plus qu'une arme, c'est une malédiction pour tous.

« Certainement pas ! s'écrie Balthier abruptement, Fran cuisinera.

— Mais pourquoi ? demande Pénélo surprise, car elle croyait rendre service à tous.

— Parce qu-

— Parce que toi aussi tu es fatiguée, n'est-ce-pas, Balthier ? » interrompt Vaan de justesse en lançant un regard de reproche au pirate, certain qu'avec son franc parler il n'aurait pas ménagé la fierté innocente de la jeune fille.

Balthier hausse les épaules :

« Je n'ai pas faim de toute façon ! » lance-t-il en s'éloignant, doublement irrité. S'ils avaient été seuls, lui et Fran auraient déjà rejoint la prochaine ville. Il se languissait du confort d'un lit au matelas souple et aux draps fins ainsi que de l'amertume d'un café bien noir, dégusté nonchalamment à la terrasse d'un bistrot.

Sous les regards atterrés de ceux qui restent, Pénélo commence à réunir les ingrédients et ustensiles qu'elle juge indispensables à la préparation du dîner.

« Laisse-moi t'aider, propose Vaan.

— Pas question » s'entête fièrement Pénélo, heureuse de cette mission qui la change agréablement des combats.

Vaan laisse échapper une grimace, qu'on peut croire due au refus de la demoiselle. Mais, de la marmite s'élève une drôle d'odeur, et Vaan observe l'avancée des "travaux culinaires" d'un air de plus en plus anxieux.

« C'est prêt » annonce Pénélo, enjouée.

Dans l'assiette creuse qu'elle tend à chacun, glougloute encore un épais liquide saumâtre où quelques morceaux de viande, qui furent auparavant tendres, s'entrechoquent mollement.

Elle est toute contente, Pénélo, d'avoir réussi son plat. Et elle regarde assidûment les réactions de chacun des convives, avec la mine d'un enfant s'attendant à recevoir des compliments après avoir correctement récité ses tables de multiplications.

Ashe, princesse en exil d'un pays naguère florissant et par privilège première servie, porte délicatement une cuillerée à sa bouche :

« C'est... nouveau, réussit-elle à dire sans tousser, en faisant appel à toute la sophistication de sa royale condition.

— N'est-ce pas ? renchérit Pénélo, toute contente.

— C'était chaud, ça fait du bien, déclare Basch à son tour, en toute sincérité.

— Heu... oui » acquiesce Pénélo, quelque peu perplexe.
Basch, en bon soldat qui en a vu d'autres, s'était tout enfilé sans goûter et sans mâcher plus qu'il n'était nécessaire, sous les yeux éberlués de la cuisinière !

Profitant de ce que l'attention s'était momentanément détournée d'elle, la princesse Ashe avait abandonné ses manières délicates de gente dame et terminé son assiette d'un coup : il faut comprendre par là qu'elle en avait jeté le contenu au loin, en remerciant secrètement les manières frustres de son autoproclamé protecteur, lequel venait de prouver qu'il l'était à plus d'un titre.

« Oh ! Tu as déjà fini, Ashe ! Je te ressers ? demande Pénélo, pleine d'espoir.

— Ah non ! ne peut s'empêcher de s'exclamer l'ex-dauphine, je veux dire, ce serait mauvais pour ma ligne, se reprend-elle en affichant un regard plein d'inquiétude à l'idée d'avoir froissé sa jeune amie. Mais c'est vrai qu'en plus du goût abject de la préparation, le gras qui surnageait dans la marmite ne pouvait qu'être indigeste et fort peu diététique.

— Ha ha ha ! Je ne savais pas que tu étais aussi gourmande. Est-ce tellement bon que tu as peur de ne plus pouvoir t'arrêter ?

— Euh... Voilà, c'est çà, je suis découverte... murmure Ashe en baissant la tête, embarrassée par la lâcheté de ce mensonge. Décidément, plus cela allait, plus elle s'apercevait qu'elle pouvait être aussi perfide que le pirate.

— Et toi Vaan, comment trouves-tu mon plat ? interroge Pénélo en se tournant vers son ami, lequel n'avait pas encore eu le courage de commencer.

— J'attends que cela refroidisse un peu » dit-il.

Il espérait qu'une fois le met refroidi, le fumet en serait moins fort et le goût moins prononcé. Mais sous le regard plein d'espoir de Pénélo, il se rend compte qu'il ne s'en sortira pas comme ça, et entame son long chemin vers l'enfer. Car pour lui, point de salut. Pénélo ne le quitte pas des yeux, avec ses pupilles pleines d'étoiles auxquelles il ne peut pas résister. Une cuillerée après l'autre, il arrive difficilement à vider sa platée, son visage changeant de couleur au fur et à mesure qu'il avale l'infâme ragoût.

Se sentant pâlir, puis verdir, il réussit à cacher ses traits derrière son assiette penchée et se dépêche de finir. La viande est la plus pénible à manger. Il mastique laborieusement les morceaux épars trop cuits et caoutchouteux. Il en a plein la bouche et hésite à déglutir, car son estomac résiste. Pourtant il le faut bien et les larmes qui montent à ses yeux font briller ses iris bleutés. En apparence, il a tout l'air de quelqu'un qui se régale. Pénélo est comblée d'aise, Ashe et Bach sont stupéfaits, Fran se lève et s'éloigne du campement discrètement.

Finalement il survit à cette torture domestique que seul son amour pour Pénélo lui a imposé. Et il redresse la tête en tendant son assiette.

« Mmm, je me suis régalé, Pénélo. Encore un peu, s'il-te-plaît » réclame-t-il sans sourciller, défiant l'expression horrifiée des deux adultes présents.

Qu'elle est heureuse, notre Pénélo si ingénue ! Les joues rosies de plaisir, elle verse deux bonnes louches à l'intention de son fidèle ami.

Entre temps, la viéra est revenue. Assise en tailleur, son assiette au creux de ses genoux, elle en retire délicatement chacun des morceaux de viande qu'elle jette dans les buissons au loin, d'un geste vif et puissant. Rien n'est gâché dans l'univers de Fran, et déjà de petits rongeurs partent à l'assaut de cette manne providentielle. Pénélo, intriguée, l'observe avec attention, sans s'offusquer le moins du monde du traitement dont son plat fait l'objet. Chacun sait que la viéra est difficile à contenter question nourriture, et que la viande n'est pas un de ses aliments préférés.

Son tri terminé, Fran goûte le liquide épais exempt de toute substance animale et fait la grimace. Elle ouvre alors une large bourse de cuir et en extrait quelques herbes parmi celles qu'elle vient de se procurer. À l'aide de son poignard, elle les hache finement sur une pierre plate placée devant elle, puis elle en parsème la sauce et la mélange. Elle hume de son nez délicat l'arôme qui se dégage. Pas encore satisfaite, elle va chercher dans sa cantine une épice à la vive couleur orange et en saupoudre le tout. Puis elle goûte à nouveau et soupire : c'est le mieux qu'elle puisse faire... Alors, parce qu'une guerrière viéra doit manger quand elle en a l'occasion, Fran consomme elle aussi son plat jusqu'à la dernière goutte.

Devant ce spectacle, Pénélo s'écrie :

« Quel dommage que Balthier n'ait pas eu faim ! Mais il en reste, je devrais peut-être le mettre de côté ? questionne-t-elle pour la forme, commençant déjà à verser dans un pot le fond de la cocotte.

— NON ! » hurlent-ils tous en la faisant sursauter.

Et le reliquat de la cuisine de Pénélo se répandit sur le sol...

« Oh zut ! Enfin tant pis, ça n'est pas grave... Puisque cela vous a plu, j'en referai demain ».

fin de chapitre


Comment avez-vous trouvé cette histoire ? Elle vous a plu ?

La curiosité de ce même auditeur l'avait poussé a demander ensuite : Et si c'est Ashe qui cuisine, et si c'est Vaan, et si c'est Balthier, etc... Enfin, vous voyez. J'ai donc en réserve un autre chapitre sur ce thème, que je publierai un jour lorsque j'aurai transcrit l'histoire sur papier ( ou plutôt sur ordi).

Il y a peu d'activité sur cette fic, mais tant pis, du moment que cela plait à quelques uns. Et, si vous aussi aviez une question précise concernant la vie de nos héros, j'avais envie de vous proposer de me la soumettre (PM ou review). Je veillerai à en faire quelque chose de sympathique, dans la mesure de mes possibilités.

A bientôt peut-être.