Dans l'histoire qui va suivre, si le cheminement de FFXII n'y est pas vraiment important, il est tout de même mentionné. Malheureusement, il y a longtemps que j'ai joué à ce jeu. J'ai imaginé cette histoire avant de me demander si Ashe faisait partie du groupe à ce moment là, ce dont je ne suis pas sûre du tout maintenant !
J'espère que les puristes ne m'en tiendront pas rigueur, car, sans Ashe, il n'y a plus d'histoire.
La récolte d'herbes sèches et de laine miteuse
Une fois par an, à la fin de la saison sèche, Le Sillage prenait la direction des plaines de Giza et se posait au sud, dans la région la plus chaude. Cette année aussi, en dépit de la présence de ses invités, Balthier avait bien l'intention de respecter cette tradition que lui et Fran avaient instaurée.
« Mais que voulez-vous donc faire là-bas ? s'écriait la princesse Ashe en s'époumonant derrière lui, il n'y a plus de temps à perdre ! Emmenez-nous à Bhujerba comme convenu.
— Princesse, je vais vous y emmener comme promis, n'ayez crainte, répondit le pirate tout en continuant son chemin à grandes enjambées.
— Mais nous pourrions y aller après avoir délivré Pénélo, insistait-elle.
— Impossible. C'est le moment ou jamais. Après, ce sera la saison des pluies. »
Balthier disparut de la vue de Ashe à l'angle de la coursive. Elle accéléra le pas et le rejoignit, essoufflée :
« La saison des pluies ? Quel rapport ? Je ne vous comprends pas. Je croyais que vous appréciez cette jeune fille.
— Ne mélangez pas tout. Ce ne sera l'affaire que d'une demi-journée, et nous précipiter sans crier gare à Bhujerba ne ferait qu'alerter vos ennemis.
— Vaan, dis-lui quelque chose toi ! »
Ils étaient arrivés dans ce qui tenait lieu de carré : une salle commune où pouvaient se réunir et manger les passagers du vaisseau. Moins imposant qu'un navire de pirate traditionnel mais beaucoup plus rapide, le pirate du ciel était fier du Sillage. L'intérieur avait été complètement réagencé de façon à aménager les soutes où des cargaisons diverses et plus ou moins légales étaient transportées. L'espace manquait donc pour l'habitat, et Vaan avait pris place dans le carré sitôt ses affaires installées dans l'étroite cabine qu'il partageait avec Bach. Il avait hâte de se mettre en route et attendait avec impatience qu'on l'appelât à l'avant, pour voir enfin les commandes.
« Lui dire quoi ? fit-il en haussant les épaules, étonné de la virulence de la jeune femme.
— Il veut s'arrêter à Giza ! jeta-t-elle en exprimant son désaccord et son mépris pour un tel comportement.
— Pourquoi ? se renseigna calmement Vaan, en se tournant vers son aîné.
— La récolte annuelle d'herbes sèches et de laine miteuse, dit Balthier en posant les deux mains sur ses hanches, l'air de dire que rien ni personne ne pourrait lui faire changer d'avis.
— QUOI ? » hurlèrent dans un bel ensemble Vaan et Ashe, tout aussi surpris l'un que l'autre.
Mais il était dit qu'ils devraient revenir d'eux-même de leur stupéfaction : Balthier tourna les talons et quitta la pièce, vite suivi par Vaan qui ne voulait manquer pour rien au monde le décollage du Sillage.
Quant à Ashe, elle se glissa entre la table et le banc adossé à l'un des murs et s'y assit lourdement. Puis elle posa ses deux coudes sur la table et se prit le menton entre les mains, dans l'attitude d'une personne profondément perplexe et pensive.
Dans une plaine roussie de soleil et battue par les vents, trois personnes écoutaient, éberluées, Balthier distribuer les rôles de chacun :
« Nous allons nous séparer en deux groupes : Fran, Ashe et Vaan, pour l'un, et Bach et moi-même, pour l'autre. Fran, tu dirigeras le premier et je dirigerai le second.
— Et je suppose que nous n'avons pas notre mot à dire ? s'enquit Ashe, bien que la réponse lui sembla évidente.
— Ma foi, cette composition me paraît la plus efficace pour ce que nous allons faire.
— Et peut-on savoir ce que le groupe de Fran va faire ?
— Attraper les lapins du bonheur.
— Oh ! s'exclama Ashe, les joues rosissantes, prête à pardonner à Balthier alors qu'elle se disait qu'un animal porteur d'un tel nom devait être bien mignon.
— Euh... Balthier, hésita Bach, es-tu vraiment sûr que je serai à ma place à récolter des brindilles ?
— Ha ha ha ! Ne t'inquiètes pas, Bach, tu te rendras très vite compte qu'aucun autre que toi ne convient mieux pour assurer cette tâche. »
Le soldat se contenta alors d'avancer son menton d'un air dubitatif, puis se campa sur ses deux jambes, dans l'attente du signal du départ.
Après avoir cheminé quelques temps tous les cinq et affronté sans peine quelques exemplaires de la faune des plaines, ils se séparèrent.
Fran fit traverser son groupe sur un pont de bois enjambant la Giza et tous les trois s'enfoncèrent dans la petite vallée qui s'offrait à leurs yeux. Balthier et son coéquipier, quant à eux, parcoururent sur la rive opposée le dédale des sentiers tortueux qui suivaient le cours de la rivière.
« En voilà un ! s'écria Ashe, toute heureuse d'être la première à avoir trouvé un lapin qu'elle supposait être un lapin du bonheur.
— Non ! » la mit en garde Fran, lorsque la princesse s'approcha imprudemment de l'animal à la queue pelucheuse et aux immenses oreilles.
Il était si mignon, comme elle l'avait pensé ! Il ne s'effarouchait pas à son approche et continuait de grignoter, en remuant en tous sens ses oreilles en forme de plume. Il la fixait de ses petits yeux rouges, brillants comme des rubis, et de ses si petites pattes avant qui s'agitaient devant lui, il avait l'air de l'inviter à le caresser. Son col de fourrure blanche et duveteuse donnait envie d'y plonger les doigts. Elle avança la main...
L'instant d'après, Ashe hurla d'effroi et retira sa main. La charmante créature avait, dans un grognement terrifiant pour une bête de cette taille, ouvert largement sa gueule sur une dentition bien fournie et failli refermer ses mâchoires sur la main de la princesse. La jeune femme, de surprise, avait basculé en arrière, chu sur les fesses, tandis que la petite boule de poil, ou plutôt l'horrible monstre, se préparait à lui sauter à la gorge sans qu'elle puisse l'éviter.
Heureusement, Fran était là. D'un bond et d'un coup de son arbalète, elle assomma le lapin en plein saut qui retomba, inerte, sur Ashe.
« Aaah ! Enlève-le ! Enlève-le, hurla-t-elle. Quelle horreur ! Comment peut-on appeler une pareille monstruosité un lapin du bonheur ?
— Ils sont très craintifs et deviennent extrèmement agressifs lorsqu'on s'approche trop près d'eux. Mais si l'on reste à distance raisonnable, ils sont très doux et ne s'occupent de rien d'autre que de leur fourrure et de leur repas.
— Il va m'entendre parler, Balthier, bougonna la princesse en se relevant. Merci, Fran.
— Pas de quoi. Vaan ! »
Vaan, qui était resté à l'arrière pour affronter un hibours, haleta, entre deux coups d'épée :
« J'ar...rive, une... une seconde... ».
Entre temps, Fran expliquait la marche à suivre à Ashe :
« Nous, on va assommer les lapins du bonheur et Vaan les tondra.
— Les les... assommer ? Mais comment ?
— Par exemple, je tire un carreau avec mon arbalète pour les faire fuir vers moi, et ensuite, j'accoure et vlan, un coup avec le fût de mon arme sur leur front.
— Euh... La magie, c'est possible ?
— C'est fatiguant, mais c'est possible.
— Alors j'opte pour la magie. Plus je serais loin d'eux, mieux je me porterais.
— Essaie de ne pas les tuer quand même, et fais en sorte qu'ils ne te voient pas, sinon c'est fichu, ils se sauveront.
— C'est le cadet de mes soucis.
— Fran ? s'enquit Vaan, de retour après sa victoire sur l'hibours.
— Prends ça, dit Fran en lui mettant un appareil dans une main, et tonds-le, ajouta-t-elle, en lui remettant le lapin assommé dans l'autre.
— Euh...
— Tu lui tonds la laine de la queue.
— La laine de la queue.
— Oui.
— De ce lapin.
— Oui.
— Et, j'en fais quoi ensuite ?
— Un tas, et puis tu le mets dans un sac.
— Le tas de lapins ?
— Mais non, le tas de laine.
— Ah ! D'accord. Mais, et le lapin ?
— Tu le laisses repartir, bien sûr. La laine repoussera, et l'an prochain, nous reviendrons pour les tondre encore.
— Je vois.
— Et bien moi, pas du tout ! Franchement, à quoi va vous servir cette laine ? Elle a tant de valeur que ça ?
— Aucune. Nous ne la récoltons pas pour sa val... Ashe, regarde, en voilà un de ton côté, s'interrompit Fran en montrant du doigt une masse pelucheuse qui débouchait d'un fourré. Allez, fini la parlotte. Au travail ! »
Et sur cette admonestation de Fran, tous trois se firent un devoir de capturer et tondre autant de lapins que possible avec autant de bonheur que possible.
Pendant ce temps-là, leurs deux autres compagnons vivaient des aventures plus pastorales.
Au centre d'un pré doré par le soleil, Bach de sa grande épée à deux mains, fauchait l'herbe sèche qui ondulait légèrement au vent. Il faisait un pas et balançait son arme en vastes mouvements réguliers, et l'espace autour de lui s'élargissait. Lorsqu'il avait fini une rangée, il rassemblait en bottes serrées le foin ainsi récolté.
Et Balthier ? Que faisait-il ?
Se protégeait-il du soleil à l'ombre d'un arbre en indiquant nonchalant ses directives ?
Avait-il sorti de son sac un thermos de café et en dégustait-il l'amertume d'une tasse ?
Non, bien sûr !
Balthier surveillait, éloignant les indésirables qui s'approchaient trop près. L'herbe qui poussait dans ce terrain encaissé au creux d'un méandre de la Giza était appréciée de beaucoup parmi les animaux de ces plaines. C'est pourquoi il veillait, posté à couvert, et de loin en loin, retentissait au milieu du silence environnant la détonation caractéristique de son fusil, effrayant un quelconque représentant de la faune locale par un coup de feu tiré en l'air.
À la fin de l'après-midi, chacun avait rempli son dû. Laine et herbes furent embarquées dans le Sillage.
Ce soir-là, dans le carré, la conversation tourna autour de la chasse et de la récolte.
Vaan n'en pouvait plus de rire en décrivant l'allure des lapins du bonheur après qu'il leur eût tondu la laine de la queue. Ashe s'était trouvée suffisamment vengée dans son amour propre à la vue de ces lapins sautillants et prenant la fuite, leur air mignon complètement mit à mal par cette queue dénudée qui ressemblait maintenant à celle d'un rat des égouts de Garamsythe.
Bach s'estimait satisfait : il avait eu son content d'exercice physique et les quelques heures qu'il allait devoir passer dans l'étroitesse du navire ne le gênaient plus autant. Il râlait cependant, devant le traitement que Balthier avait réservé à sa précieuse épée et disait à qui voulait l'entendre qu'il faudrait plusieurs heures d'un aiguisage laborieux pour que le fil de son arme retrouve son tranchant.
La nuit venue, lorsque Ashe se coucha, bien qu'elle trouva son matelas confortable, il lui parut étrange. Lorsqu'elle bougeait, il bruissait !
« Ah ! s'écria-t-elle soudain, je sais !
— Qu'y-a-t-il ? l'interrogea Fran, allongée sur la couchette du dessus.
— Nos matelas sont bourrés avec de l'herbe sèche.
— Oui. Tu ne l'avais pas encore compris ?
— Non. Je viens juste de m'en apercevoir. Et je suppose que nos oreillers...
— Remplis de laine miteuse, compléta Fran.
— Mon dieu, gémit Ashe, je vais en avoir des cauchemars.
— Tout de même pas », assura Fran.
Tout de même, songeait la princesse alors qu'elle s'endormait, les gens du commun ont d'incroyables ressources et sont capables d'incroyables prodiges !
fin de La récolte d'herbes sèches et de laine miteuse
