Je me réveillai.
En sueur, nauséeuse et sans force. Le pompon, quoi !
Bon, après tout, je n'étais qu'au début de ma grossesse. Les petits désagréments finiraient par disparaître.

Quant à Loki, je fus surprise de le trouver à mes côtés, profondément endormi.
Qu'est-ce que c'était rare !
Vu la journée d'hier, c'était clair qu'il avait besoin de se reposer…

Je le contemplai un moment.

Il était tellement serein… incroyable… et beau aussi
Sa peau pâle si douce tranchait agréablement avec ses cheveux ébène. Cheveux qui demeuraient toujours impeccablement plaqués en arrière.
Ses biceps étaient dessinés juste comme il fallait.

Personne n'aurait pensé que Loki avait un tant soit peu de muscles.
Les apparences étaient si trompeuses.

Ses pectoraux étaient également bien développés.
J'adorais particulièrement m'y blottir pour trouver le sommeil ou encore après nos longues étreintes.

Il n'était pas parfait. Mais c'était mon futur mari.
A mes yeux, il était un joyau étincelant de la Cour d'Asgard.

Je m'extirpai en prenant soin de rabattre les draps sur lui.
Les Asgardiens aimaient dormir trsè peu vêtus ou pas du tout. La dernière option était de loin celle que préférait le frère de Thor… frère adoptif plutôt… bref !
Actuellement, il était nu comme un nouveau-né.

Et ce n'était pas pour me déplaire.
J'aimais sentir contre le mien.

J'avais l'impression d'être unique, d'être invincible quand nous étions l'un contre l'autre.

Je me sentais comme dans un cocon douillet à son contact. Sa magie m'entourait tel un écrin.

Le monde ne pouvait nous atteindre.

Je déposai un baiser dans son cou et partis vers la salle de bains.
Oh ! La tête !
Ma peau ! Mes cheveux !
J'avais l'air si fatiguée…

Et pourtant, jamais je n'avais été aussi heureuse.
Un mari, un bébé.
Le petit grandirait dans une famille où les parents ne font qu'un. Et ça, c'était vachement important.
J'étais véritablement pressée de tenir ce petit bout dans mes bras.
Moitié Loki, moitié moi. Un mélange des plus explosifs.

Cheveux ébène ou cuivre ?
Yeux émeraude ou marron ?
Guerrier ou magicien ?
Asgardien ou Jotun ?
D'étranges combinaisons en perspective.

J'enfilai un pantalon en lin noir et un corset vert. Aucune envie de mettre une robe… envie juste de manger des fraises. Quelle grande originalité !
Sans bruit, je sortis de nos appartements.
Loki n'avait pas bougé d'un iota.
Il avait réellement besoin de se reposer.


Je marchai vers les cuisines du palais. Espérons qu'ils en avaient des fraises ! Vu que mes hormones s'affolaient de plus en plus… je craignais une mauvaise réaction de ma part si tel n'était pas le cas.
- Honohra !
Sif…
- Je te cherchais. Il faut que l'on parle.
Volstagg, Hogun et Fandrall nous rejoignirent. Tous sans exception me demandèrent comment je me portais.
- Oh, fatiguée… quoi de plus normal.
- Tu as les traits très tirés tout de même. Faut arrêter les galipettes avec ton prince, se moqua Volstagg.
Un sourire s'épanouit sur son visage.
- D'ailleurs, on ne l'a pas vu ce matin. Lui qui aime rôder dans les couloirs, s'isoler dans la bibliothèque…
- Il dort encore.
Ses yeux s'agrandirent d'étonnement.
Je n'étais pas la seule à être surprise par la situation.
- Fallait s'y attendre vu sa faible constitution. Il doit être cloué au lit avec quarante de fièvre suite à notre petite escapade sur Jotunheim, continua-t-il.
- Arrêtez de penser qu'il a la peau sur les os, merde ! m'emportai-je. Il n'est pas fragile ! Il n'est pas malade ! Il se porte comme un charme !
- Ne gaspille pas ta salive, Honohra. Une démonstration sera plus convaincante.

Nous nous retournâmes.

Loki nous avait suivi avec une discrétion hors-norme. Et comme de bien entendu, il n'était vêtu que d'un pantalon de cuir vert sombre… qui au passant lui moulait superbement le fessier.
Le fourbe ! Il avait simulé son sommeil !
Fandrall et Hogun se jetèrent un coup d'œil en biais, stupéfaits de leur découverte.
Volstagg perdit sa langue.
Sif s'étouffa.

Loki ne ressemblait absolument pas à la description qu'ils faisaient de lui.
Qui avait pensé qu'un magicien puisse autant cultiver son corps ?
A part la famille royale, personne.

Je ricanai devant les visages ahuris de mes compagnons d'armes.
- Mes amis… votre prince se porte à merveille. Vous pouvez vous-même le constater, se vanta l'intéressé.
- Encore une illusion, répliqua la guerrière.
- Et bien, viens vérifier…
Un sourire carnassier étira ses lèvres.
- Loki ! m'écriai, outrée. Prenez une chambre tant que vous y êtes !
Ses iris émeraude se posèrent sur moi.
L'amusement se mua vite en inquiétude.
- Honohra, est-ce que ça va ?
- Parfaitement, pourquoi ?
- Non, tu mens… je convoque les guérisseurs.
- Quoi ?! Mais Loki ! T'es cinglé, protestai-je vivement.
Il me tira en direction de notre chambre.
Sif et les hommes m'incitèrent à l'écouter.
Ils étaient maintenant dans le même camp ?!
C'était quoi ce complot ?!


- Que puis-je pour vous, mon prince ?
- Je crains que ma compagne ne fasse une fausse couche, expliqua-t-il calmement.
Pardon ?! Comment ?!
- Qu'est-ce qui vous fait penser cela ?
- J'ai ressenti une perturbation au niveau de son utérus… le bébé risque de mourir si vous n'agissez pas…
La jeune femme lui fit signe de poursuivre.
J'étais mortifiée.
- Ce teint cireux, cette lourde fatigue…
Son regard se posa sur moi.
- Nous l'avons déjà vécu. Deux fois. Honohra a perdu deux bébés. Voulez-vous vraiment qu'elle fasse une troisième fausse couche ?!
Son ton se fit plus agressif, menaçant.
Des larmes perlèrent au coin de mes yeux. Et moi qui croyais avoir enterré ces douloureux souvenirs.


Oui… Loki et moi avions déjà perdu deux enfants. Deux garçons plus exactement.
A cette époque-là, je m'étais demandée ce que j'avais fait de mal pour que le destin nous frappe ainsi.

J'étais au fond du gouffre.
Combien avait-il fallu de temps à Loki pour me ramener vers la lumière ?

Des mois et des mois…

Je ne mangeais plus.
Je restais prostrée dans mon coin et refusais pertinemment que mon compagnon me touche.
Quelle femme étais-je pour priver un prince d'Asgard de sa descendance ?

Une moins que rien. Une femme misérable qui ne méritait pas l'amour d'un sang royal.

Je pris alors une décision radical.

Quitter Asgard !

M'exiler sur une autre planète, loin de lui… pour éviter de le faire souffrir encore et encore.
Heimdall l'avait immédiatement averti de mon départ.
Le prince cadet m'avait retrouvée sur Midgard. A Paris.
Ne voulant retourner de suite chez nous, nous demeurâmes quelques temps en France.
Entourée de son amour inconditionnel, je commençais le long processus de guérison.
De chambres à part, nous passâmes à une chambre à deux lits.

Le plus dur fut d'accepter de revenir à une couche et d'avoir à nouveau des relations sexuelles.
- Pourquoi ne m'abandonnes-tu pas ? avais-je demandé à Loki.
- On n'abandonne pas son âme sœur. Surtout dans une mauvaise passe. Nous resterons sur Midgard tant que tu ne te sentiras pas mieux.
Il avait voulu me caresser le bras.
J'avais tressaillis et m'étais écartée.

Notre couple allait en pâtir, j'en étais consciente.
Mais c'était plus fort que moi.
Loki savait pertinemment que je l'aimais.
Mais je ne supportais plus le contact physique.

Quand je voyais des enfants, les larmes coulaient.
C'était plus fort que moi.

Les nuits, des cauchemars me tourmentaient.
Des crises d'angoisse se rajoutaient à ce lot de souffrances.
Loki tentait tant bien que mal de me réconforter.
Cependant, les mots ne suffisaient plus.
- Je ne peux plus continuer comme cela. Je n'ai plus le droit de t'imposer mon mal-être.
- Honohra, je pense avoir une solution.
Nous étions tombés d'accord.
Nous avons eu la même idée.
J'allais débuter une thérapie.

- C'est la meilleure thérapeute de toute la ville. Tu n'as rien à craindre. Elle est là pour t'écouter et non te juger.
Le prince me reboutonnait correctement mon haut.
Qu'il était étrange de porter un tailleur. De surcroît, un Chanel.

Ce n'était pas la première fois que nous venions à Paris.
Loki possédait son propre appartement dans le seizième arrondissement.
Loki possédait un compte en banque assez bien garni.
Nous étions aux yeux des Midgardiens des jeunes mariés et nouveaux riches.
D'où mon tailleur et son costume Christian Dior.
- Mme Odinson ?
Une femme d'environ une trentaine d'années m'invita à entrer.
Un dernier regard vers lui et je franchis le pas.


- Princesse ?
Je sursautai.
Mon esprit était parti vraiment loin.
- Voulez-vous bien vous allonger ? Je vais vous osculter.
Je fixai mon compagnon, en retrait.
Ses yeux verts exprimaient une anxiété bien familière. La même qu'il y a une année en arrière, lors de ma chute, de ma lente et longue auto-destruction.

Si je perdais l'enfant, je ne le supporterais pas. Mais lui non plus.
Il n'était pas Asgardien de naissance.
Il avait été abandonné par son père biologique.
Il pensait avaoir été utilisé par Odin.
Thor avait été banni…

Il ne supporterait pas une troisième fausse couche.

Si, malheureusement, c'était le cas, Loki déchaînerait les enfers. Sa souffrance prendrait le dessus, comme dans l'armurerie. Sans pour autant faire de victime.
Je ne serais pas en état de l'aider.

Loki n'était pas mauvais. C'était une certitude.

Comment réagirions-nous de notre côté si notre vie devenait ainsi chaotique que la sienne ?
Mal… mais jamais sans dépasser les limites.
Il ne les franchirait jamais.

- Mon prince.
- Je vous laisse.
C'était à contrecœur qu'il me laissa aux bons soins de la guérisseuse.
- Prête ?
J'hochai la tête.
Elle apposa les mains sur mon ventre.


- Votre mari m'a expliquée brièvement votre situation.
Je me rétractai au fond du fauteuil.
- J'aimerais que vous me l'expliquiez avec vos propres mots, Honohra.
J'inspirai profondément et me lançai dans de longues explications. Aucun détail ne fut omis. A part peut-être nos véritables identités.
- Donc vous n'arrivez plus à avoir de contacts physiques avec votre mari ?
- C'est exact.
- Vous avez l'impression d'être indigne de lui parce que vous avez perdu deux bébés.
- Je ne le mérite pas. Je ne suis pas une femme, vu que je suis incapable de mener une grossesse à terme.
Un silence s'instaura suite à cette dernière tirade.

Elle m'observait attentivement.

Je baissai les yeux.

- Votre perte totale de confiance vous détruit, Honohra. Si votre mari est toujours à vos côtés suite à ces tragédies, c'est que vous n'êtes ce que vous décrivez. Le fait d'être venue ici prouve votre volonté à vouloir vous en sortir. Que vous savez vous assumer.
Elle se leva et alla ouvrir la porte.

- Monsieur, s'il vous plaît.
Loki entra et s'installa dans le fauteuil à côté du mien.
- Votre diagnostic ? l'interrogea-t-il.
- Votre femme a vécu un grave traumatisme. Traumatisme entraînant une dégradation de sa propre image et malheureusement pour vous, une totale répulsion de votre physique. Un engrenage très vicieux, monsieur Odinson, puisqu'il a également engendré des phobies. Les enfants, le sexe et vous-même êtes les objets de ses phobies.
- Que préconisez-vous alors ?

Ses iris se plantèrent dans les miens.

Apprendre qu'il était un facteur déclencheur de mes phobies le bouleversait.
Qu'est-ce que j'étais cruelle !

- Le meilleur moyen qu'elle parvienne à les vaincre, c'est de les affronter directement. Honohra, à partir d'aujourd'hui, vous allez renouer un contact physique avec votre mari. Fini la fuite ! Vous devez vous forcer à accepter cette communication tactile.
- En l'état actuel des choses –je déglutis- je ne pourrais avoir de relations sexuelles.
La thérapeute me fixa, un petit sourire en coin.
- Qui vous parle de sexualité ? Il faut procéder étape par étape ! Par exemple… laisser… euh… votre prénom, monsieur ?
La façon dont elle avait posé la question me fit glousser.
C'était du direct.
- Loki.
- Oh ! Ce n'est pas courant. De quelle origine est-ce ?
- A priori, c'est norvégien, répondit-il, amusé.
- Très intéressant. J'adore la Norvège ! Ces hommes surtout… enfin bref ! Vous devriez laisser Loki vous prendre la main, vous embrasser sur la joue. Des petites choses banales ! Au fur et à mesure des séances, nous augmenterons les difficultés, afin de réinstaurer petit à petit une intimité dans votre couple. Loki est une des clés qui vous aidera à passer des ténèbres à la lumière.

J'hochai la tête. L'anxiété m'envahissait.
- En ce qui concerne votre second problème, il va falloir également que vous vous obligiez à passer du temps avec des enfants.
Je déglutis.
- Plus précisément, des bébés.
Je me levai brusquement, la respiration saccadée.
La crise d'angoisse n'était pas loin.
Les mauvais souvenirs remontèrent à la surface. Notamment les morts de mes deux fils.
- Il le faut, Honohra ! renchérit Loki. Tu dois passer par là, ma belle. Ne crains rien, je serais toujours à tes côtés.


Tu seras toujours à mes côtés.
Et tu l'es encore aujourd'hui.

Une sensation désagréable m'envahit le bas-ventre.
Je grimaçai.
- Le prince a vu juste. Votre anxiété et votre hyperactivité auront raison de votre bébé…
- Il n'y a-t-il donc rien que l'on puisse faire ?
Ma voix mourut.

Non, non et non ! Pas encore !
Nous étions véritablement maudits…

- Une solution. Vous devez rester aliter, princesse. Jusqu'à ce que je juge que tout danger est écarté.
J'acquiesçai.
J'étais prête à tout pour ce petit être.
- Je passerai tous les jours pour surveiller l'évolution de la grossesse, Majesté.
Elle tapota gentiment mon bras afin de me réconforter.
- La magie ne peut-elle rien faire dans ce cas ?
- La magie a ses limites. Reposez-vous maintenant.
Sur cette dernière parole, elle quitta la chambre.
Je replongeai dans mes pensées.

Comment Loki pouvait-il avoir encore envie de moi ?


J'écoutai attentivement les conclusions de la guérisseuse.
La rage, la peur, le désespoir… je n'étais qu'une boule d'émotions qui menaçait d'éclater à tout moment.
Honohra était en passe de perdre le troisième. Une seule lueur d'espoir… qu'elle reste aliter pendant des mois.
Une solution qui ne me satisfaisait guère.
Même allongée, l'anxiété serait toujours là.

Parce que j'étais à l'origine de son mal-être.
Parce que je ne savais contrôler quoi que ce soit dans mon existence.
Parce que j'étais un faible.
Parce que je n'étais qu'un pantin dont les ficelles étaient tenues par Odin.
Parce que j'étais un Jotun !
Un monstre, une vile créature !

Il était temps que les choses prennent une autre tournure.

Je ne ferais plus partie du décor d'Asgard.
Odin, Thor… j'allais leur prouver de quoi j'étais capable.
L'ombre ne me sied guère.
Tous allaient sans rendre compte…
Tous me respecteraient.
Plus jamais personne ne me piétinera.

J'allais mener une véritable révolution.
Pour moi.
Pour Honohra.

- Je vous remercie.
- Majesté.
La guérisseuse s'inclina et s'éloigna.
- Loki !
Je serrai les dents.
Que me voulait-elle cette misérable femelle ?
Les pensées de ma compagne n'étaient pas hermétiques pour mon esprit. J'avais pu aisément admirer l'étendu du mépris qu'éprouvait Sif envers moi.

Qu'elle me méprise passe encore.
Mais qu'elle ose dire qu'Honohra ne représentait rien d'autre à mes yeux qu'une simple distraction me remplissait le cœur d'une haine sans limite.
Qu'elle prétende que j'allais abandonner la future mère de mon enfant sur un trottoir me mettait hors de moi.
Cependant, elle n'était que le cadet de mes soucis.
De même pour Fandrall, Hogun et Volstagg.
- Que puis-je pour toi, Sif ? sifflai-je doucement.
- Nous voudrions voir Honohra.
- Peut-être a-t-elle besoin de se reposer, tu ne crois pas ?
- Peut-être a-t-elle envie de nous parler, non ? rétorqua-t-elle.
- N'oublie pas à qui tu parles, Sif…

Un jour, ils me respecteront.
Ils ne se permettrons plus de m'adresser la parole ainsi.
Ils comprendront que je ne suis pas un sous-fifre que l'on peut soumettre en un claquement de doigts.
Mais en attendant… le masque était de rigueur.
- Je vous laisse un quart d'heure. Veillez à ne pas trop la fatiguer, concédai-je finalement.
- Merci, Loki…
Etait-ce vraiment Sif qui me remerciait ou étais-je une hallucination auditive ?

Les guerriers pénétrèrent dans notre chambre.
Cette soudaine considération arrivait trop tard.


- Hey ! m'exclamai-je sans grande conviction.
Sif se précipita à mon chevet. Les hommes demeurèrent en retrait.
- Comment te sens-tu ?
- Je suis alitée, ma vieille. Loki a sauvé temporairement notre enfant.
- Je ne comprends pas.
Voyant qu'ils n'avaient guère compris l'allusion, je me hâtai de leur expliquer la situation.

Au fur et à mesure du récit, je constatai un changement d'atmosphère.
Mon amie m'observait avec un mélange d'inquiétude et d'irritation.
Elle ne concevait pas que j'ai pu lui cacher mes fausses couches.
Nous étions amies, certes, cependant certains problèmes ne concernaient que mon couple.
- Jamais je n'aurais pensé que…
Elle fut incapable de terminer sa phrase.
Fandrall s'en chargea.
- Jamais nous n'aurions pensé que tu avais traversé ces épreuves. Et que Loki serait toujours là.
- Alors, prêts à réviser votre jugement, les amis ? en profitai-je.

Volstagg toussa.
Hogun demeura impassible.
Fandrall se passa la main dans les cheveux, visiblement gêné.
Sif eut un maigre sourire.

- Je constate que ce n'est pas pour maintenant. Bon… vous vouliez me parler d'après ce que j'avais cru comprendre…

Je me redressai.
Mon corps semblait peser une tonne.
J'étais à la limite de la rupture.
- Honohra, tu ne devrais pas.
- Je suis seule juge…
Elle n'insista pas.

Une fois assise, je baladai mon regard entre les quatre guerriers. Un regard transperçant à la Loki.
Je pouvais faire preuve d'autant de malice que lui quand je voulais.
- Que ça plaise ou pas, on va se ramener sur Midgard et chercher Thor, lâcha le bourrin.
- Volstagg, s'écria Sif, choquée de cette franchise.
Je pris une grande inspiration.

Thor me manquait également. Son côté « je fonce et je réfléchis après » me manquait.
Il manquait à sa mère.
Il manquait à son frère, même si ce dernier faisait comme si de rien n'était.
Cependant, il avait entraîné Asgard dans une guerre interminable contre Jotunheim.
Des négociations allaient débuter.
Le prince cadet les mènerait d'une main de maître.

Etait-il donc judicieux de ramener Thor chez nous au risque de tout faire échouer ?

La décision ne m'appartenait pas.
Elle appartiendra bientôt à Loki.

- Les quinze minutes sont écoulées…
Nous sursautâmes tous sans exception.
Allait-il un jour cesser de nous prendre par surprise ?!

A croire que mon cœur allait se décrocher.

Ses yeux inquisiteurs parcoururent l'assemblée.
- Sortez…
Sa voix était autoritaire.
Sa décision était sans appel.
Nos compagnons d'armes s'exécutèrent.
- Honohra, tout va bien ? s'empressa-t-il de me demander.
Son visage se détendait progressivement.
Sa voix redevenait aussi douce que du velours.

Je lui souris avec tendresse.
Il me rejoignit sur le lit.
Sa main effleura la mienne.
Un contact d'une infinie tendresse.
Un contact qui me ramena un an en arrière.


- Respire, Honohra, respire.
J'étais pétrifiée.
Loki mettait en pratique les exercices de la thérapeute.
Ses doigts effleurèrent doucement mon bras.
Cette caresse eut pour effet de provoquer un profond sentiment de mal-être. Ma gorge était littéralement nouée.
J'avais une furieuse envie de pleurer.

Cela ne lui échappa pas.
- Ne crains rien, ma belle. Tu vas y arriver.
Il me saisit lentement la main.
Ses iris émeraude scrutaient la moindre de mes réactions.
- Je ne t'abandonne pas, trésor.

Il avait choisi comme théâtre d'action les Champs-Elysées.
La foule me ferait oublier mon malaise.
D'éventuelles rivales m'obligeraient à me cramponner à lui.

Avoir un homme tel que lui comme compagnon exigeait une vigilance quasi-permanente.
Les mortelles ne l'intéressaient pas.
Par contre, l'inverse n'était pas forcément vrai.
Sa beauté hypnotisante faisait tomber bien des cœurs.

- Allez…

Nous marchâmes le long de l'avenue.
Il me tenait doucement la main.

Une boule obstruait mon estomac.
Je paniquai.
L'air me manquait.
- Loki… lâche-moi, je t'en prie, le suppliai-je.
Des sanglots se mêlèrent à mes paroles.
- Honohra…
Aucun sentiment n'était décelable sur son visage.
- Je t'en conjure…
- Si tu arrêtes maintenant, c'est fichu. Et tu le sais !
Il était glacial.

L'air me manquait.
Il fallait que je me domine !

Nous parvînmes à la place de l'Etoile.
Loki s'était détourné de moi et admirait l'Arc de Triomphe.

Je n'en pouvais plus.
J'étais incapable de réfléchir…
- Loki, aide-moi…
Il ignora totalement mon appel.
Ce fut un déclic pour moi.

Le prince m'obligeait à me dépasser.
Il savait que m'ignorer m'obligerait à me canaliser toute seule.
Je me concentrai sur les battements de mon cœur.

Le rythme baissait…

Sa peau était si douce.
Comment pouvais-je ressentir du dégoût à son contact ?

L'oxygène revenait dans mes poumons.
Mon estomac se décontracta.

Ses doigts frottaient doucement les miens.
C'était plutôt agréable…

Ma gorge se desserra.
Je serrai plus fortement la main de mon homme.
- C'est bon…
Loki se planta face à moi, un petit sourire en coin.
- Des regrets ?
- Absolument pas !
- Tu as fait un grand pas. Tu quittes enfin l'ombre.
Il déposa un baiser sur ma joue.
Le sentiment de malaise n'avait pas duré plus d'une fraction de seconde.


Je souriai.
Loki me souria.
Il avait visualisé le souvenir dans mon esprit.
- J'espère un jour te rendre la pareille…
- Tu ne m'es redevable de rien, Honohra. Il n'y aurait aucun honneur à délaisser sa compagne en pleine difficulté.

Aujourd'hui, il était en difficulté.
La vérité avait éclaté.
Son cœur s'était brisé en partie.
A mon tour de le ramener vers la lumière.

- Pour le meilleur et le pire ? N'ets-ce pas ?
Il acquiesça.
- Une promesse que nous allons sceller. Maintenant.
Frigga pénétra dans notre chambre, suivie de près par un homme. A la façon dont celui était vêtu, il ne pouvait s'agir que d'un prêtre.

- Tu es sûr que…
- Je te veux pour l'éternité. L'éternité, c'est maintenant.
Ses iris brillaient de mille feux.
Je me calai dans ses bras.

L'aventure du mariage pouvait commencer.


Merci à tous ceux qui me suivent...
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