J'ignore si pour vous Noël rime avec famille, vacances, farniente au coin du feu ou repas copieux matin midi et soir, mais personnellement, entre mon mémoire de fin d'études, les cours qui n'en finissent pas de s'amonceler et les gardes en hôpital toujours plus éprouvantes, pour moi les vacances sont bien tristes cette année…
Mais quelle n'a pas été ma joie que de constater un raz-de-marée de reviews encore plus enthousiastes que le précédent ! 12commentaires ! Pour l'auteure amateur que je suis, ce fut Noël avant l'heure… Merci beaucoup ! (et n'hésitez pas à recommencer, le vrai Noël c'est dimanche !)
Un énorme merci en particulier à L'Angedemoniaque (et pour pallier l'attente du prochaine épisode, voilà au moins la suite de The Secret ! Bonne lecture et à bientôt !), PurpleInMyBrokenHeart (un petit chapitre pour nous consoler de notre fin d'année plus ou moins catastrophique ? Allez, savoure sans modération ! Bisous et à très bientôt !), Tootouts (j'attends avec grand plaisir ton avis ! Par MP et/ou review… A bientôt !), Manooon (et voilaaaaa la suiiiiite merciiii !), Squilla (je crois que tu vas m'en vouloir en lisant la fin… Mais tant pis ! Merci encore et à très bientôt !), Ayahne (pour reprendre ta jolie métaphore, ta review m'a fait l'effet d'un petit verre dans le nez : j'ai vu des étoiles et je rigolais pour un rien… Merci encore ! A bientôt !), Lily164 (Ravie d'apprendre que tu lis toujours. Rappelle-toi que pour nous auteurs, la review est un des seuls véritables indicateurs de succès ! Merci et à bientôt !), Adrian009 (La suite ? Eh bien la voilà ! Bonne lecture ! A bientôt !), Chouckett (Oh chère Chouckett anonyme, moi j'ai peut-être des facilités pour écrire, mais toi tu as un don pour les commentaires qui me redonnent la pêche ! Je suis heureuse de constater que la robe en particulier t'ait plu. Elle existe réellement mais j'en ai sillonné des sites de vente avant de trouver celle qui me convenait ! J'attends ta réaction pour ce nouveau chapitre avec impatience. Au fait si tu t'inscris je pourrai te répondre en direct… A très bientôt !), Mel (Merci beaucoup ! Et voilà la suite… Te plaira-t-elle ? A bientôt !), bethceu (ce fut un plaisir d'échanger ces quelques messages. J'espère que la suite vous transportera pareillement ! Bonne lecture et à bientôt !), et lala (merci merci ! J'espère ne pas te décevoir avec ce nouveau chapitre ! A bientôt !)
Et un salut à ceux qui m'ont ajoutée à leurs listes telle que MissBlackie (Ton profil m'a fait hurler de rire ! Mais j'étais ravie aussi de constater que « The Secret » remplissait plutôt bien tes critères d'appréciation… A bientôt dans une review ?)
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Toutes mes excuses si les fautes sont un peu plus nombreuses que d'habitude, ce chapitre a été écrit dans sa totalité entre hier 20h, et aujourd'hui 18h… Quand Dame Inspiration nous rend visite, on ne la fait pas attendre !
(Edit du 23/12/2011 : UNGRANDMERCI à ma toute nouvelle bêta-readeuse, Tootouts, qui a veillé tard simplement pour corriger mes fautes ! Merci de m'avoir fait profiter de ta science, à très bientôt !)
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Caskett en force une nouvelle fois dans ce chapitre, j'espère avoir respecté la limite traîtresse entre du bon Caskett et de la guimauve écœurante… Dur pour moi de savoir quand on connait un peu mon côté « fleur bleue ». L'enquête présente aussi quelques rebondissements... Et comme je l'ai dit dans le résumé : çanefaitquecommencer !
Et maintenant, bonne lecture…
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Esposito entra quelques paramètres supplémentaires dans l'ordinateur de bord. Sur les écrans s'afficha un vaste hall aux sols et colonnes de marbre. Les gigantesques escaliers qui menaient au comptoir de l'accueil étaient recouverts d'un somptueux tapis rouge, qu'arpentaient déjà des couples en riches atours. Son regard se posa sur l'homme en costume noir accompagné d'une jeune femme en robe de taffetas vert.
- Ils sont entrés.
Ryan quitta ses propres écrans des yeux et activa leurs micro-casques.
- Test de la liaison radio. Beckett, vous m'entendez ?
Arrivée au sommet des marches, la femme retira avec grâce son manteau noir et le tendit à un portier qui s'avançait à leur rencontre. Elle eut un geste anodin comme pour remettre une mèche de cheveux en place, et à l'écran ses lèvres bougèrent à peine.
- 5 sur 5, Ryan.
- Pour nous aussi. Esposito s'est connecté sur le système de vidéosurveillance, il vous suivra et vous donnera des infos en temps réel.
- Bien. Espo, localise d'abord Sun Nashburn. Je vais essayer de l'interroger.
- Ça roule.
- Je continue le visionnage des images de surveillance des derniers jours, ajouta Ryan. Nashburn a peut-être eu une conduite étrange récemment.
- Bien. On reste en contact.
Ryan revint à ses écrans et fit défiler les images en semi-accéléré, à la recherche du moindre geste, de la plus simple discussion pouvant relier leur première victime Sofia Volivera, son ex-mari Ted Jackson et sa présumée petite amie cachée Sun Nashburn. Mais l'hôtel était vaste, et le Congrès durait depuis déjà deux jours quand Volivera avait été retrouvée morte… Et il n'était pas exclu qu'ils se soient vus hors de l'enceinte de l'hôtel.
De son côté, Esposito compilait toutes les données en leur possession sur la fameuse Sun Nashburn. Une photographie apparut à l'écran : une jeune femme au visage lunaire et à la carnation de lait, les traits nettement asiatiques, de longs cheveux noirs de jais. Esposito afficha toutes les caméras de surveillance de l'étage où avait lieu le gala, puis commença sa lente recherche parmi la foule de gens en tenue de soirée.
- C'est parti, Bro.
Dans un geste mécanique et familier, sans même quitter leurs écrans des yeux, les deux compères tendirent le bras et se frappèrent le poing, un sourire concentré aux lèvres.
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L'air de rien, Beckett baissa le bras, porteur d'un bracelet dans lequel était dissimulé un minuscule micro. Jusque-là silencieux, Castle eut un soupir déçu.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi je n'ai pas eu droit à un micro moi aussi ?
Beckett lui adressa un regard incrédule.
- Vous voulez qu'on reparle de la fois où vous avez joué avec la radio de ma voiture de fonction ?
- Beckett, ça remonte à des siècles !
- Eh bien, la standardiste du Central m'en parle encore, du lieutenant Castle qui a monopolisé les ondes pendant cinq bonnes minutes avec ses messages débiles.
Castle se renfrogna.
- Au moins une oreillette, bougonna-t-il, que je sache de quoi vous parlez avec Esposito et Ryan…
- Vous n'arriveriez pas à rester naturel avec quelqu'un qui vous souffle des infos en temps réel. Je n'avais pas envie que vous vous figiez en plein milieu d'une phrase pour écouter les gars, les autres convives se seraient vite méfiés.
Elle remercia d'un sourire le portier qui lui tendait le ticket d'échange pour son manteau, puis se tourna vers Castle, eut un vague recul.
- Quoi, vous boudez ?
Castle détourna les yeux et fit la moue.
- Peut-être… Je suis votre coéquipier, non ? Vous auriez pu me faire confiance.
Elle resta interdite une brève seconde, puis eut un sourire charmeur. Doucement elle s'approcha.
- Monsieur l'écrivain, c'est justement parce que je vous fais confiance que vous n'avez pas d'oreillette. Vous êtes le roi de l'improvisation, un vrai poisson dans l'eau pendant ces soirées.
Il daigna enfin lui accorder un regard, capta l'œillade vaguement moqueuse de sa coéquipière et resta quelques instants prisonnier de ses yeux verts. Haussant les sourcils, il lui tendit un bras qu'elle prit avec un naturel confondant.
- Joliment dit, lieutenant. Vous n'étiez pas si diplomate la dernière fois. Vous vous améliorez.
Elle accusa le compliment d'un charmant sourire.
- J'ai été à bonne école, répliqua-t-elle tandis qu'ils se mêlaient aux quelques autres couples qui partaient en direction d'une des salles de réception. Et puis, je crois que ça vaut mieux si vous n'entendez pas les commentaires d'Esposito.
- Pourquoi ? Qu'a-t-il dit ?
- De vous détendre un peu, vous ressemblez encore plus à un pingouin quand vous êtes crispé.
- Quoi, il nous observe ?
- Il s'est connecté aux caméras de vidéosurveillance pour nous aider à distance.
Castle leva la tête et chercha l'un des objets en question, avant d'articuler discrètement à son intention un « Très drôle » silencieux.
- M. Castle ?
L'interpellé cessa de fusiller la caméra du regard et avisa un homme en chemise blanche et complet noir, dont le gilet arborait le symbole du Four Seasons brodé de fils d'or. Un franc sourire illumina le visage jusque-là bougon de l'écrivain qui s'avança aussitôt à sa rencontre.
- Garet Thompson, quel plaisir de vous revoir !
Comme surpris qu'il le reconnaisse aussi vite, l'homme à l'allure austère mais impeccable parut flatté de cette spontanéité, et serra avec gratitude la main que lui tendait Castle.
- Non Monsieur, tout le plaisir est pour moi. Toutes mes félicitations pour votre dernier succès.
- Merci, mais vous savez bien que je ne pourrais rien écrire d'authentique sans l'aide d'informateurs et de contacts aussi fidèles que vous l'aviez été. D'ailleurs…
Castle fit un pas de côté et invita Beckett à s'approcher. Thompson, à nouveau très digne, la regarda s'avancer avec un air légèrement curieux, presque émerveillé.
-…Je vous présente M. Garet Thompson, aujourd'hui Deuxième Intendant dans ce si prestigieux hôtel qu'est le Four Seasons, et accessoirement un de mes plus grands fans, annonça Castle à l'attention de sa coéquipière. Garet, voici la personne dont je vous ai parlé ce matin au téléphone.
Les yeux bleus brillant d'intelligence de l'homme croisèrent d'un air entendu ceux de Castle, puis il serra poliment la main de Beckett, exécutant même un petit salut, simple mais avec une pointe d'élégance qui seyait parfaitement au personnel d'un cinq étoiles comme le Four Seasons. Probablement parce qu'il était en leur compagnie et que Castle l'avait mis dans la confidence, il s'autorisa un mince sourire.
- C'est un honneur que de vous rencontrer, madame… ?
- Stana Katic, compléta Beckett avec un sourire tout naturel. Je suis la nouvelle attachée de presse de M. Castle et, entre autres, sa belle-sœur.
Sous-entendu : voilà ce qu'il faudrait dire si l'on vous posait des questions. Ce que Thompson, au deuxième petit signe de tête qu'il eut, comprit sans peine. De son côté, Castle réprima un sursaut et fixa sa coéquipière avec incompréhension.
- Permettez-moi de vous dire que je suis un grand admirateur du travail que vous menez avec M. Castle.
- Merci. Enfin, vous savez, ce n'est pas facile tous les jours avec ce genre de personnage…
Elle eut un regard lourd de sens vers son cavalier, insensible au fait qu'il la foudroyait des yeux. Thompson les observa quelques instants d'un air insondable, puis pour cacher le petit sourire qui traitre, tiraillait le coin de ses lèvres, tourna la tête et interpella quelqu'un d'un geste. Un jeune homme s'approcha d'un pas rapide et un peu raide, vint se poster aux côtés de Thompson : il portait le même complet à gilet noir, hormis le symbole du Four Seasons qui était brodé d'argent tout comme son nom sous-jacent.
- Permettez-moi de vous présenter Jared. Il sera le serveur et l'hôte assigné à votre table ce soir. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à lui en faire part.
Le jeune homme, qui ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans, les salua avec politesse.
- Veuillez m'excuser mais le devoir m'appelle, déclara Thompson. Jared va vous conduire à votre table, mais n'hésitez pas à profiter du buffet apéritif avant de vous asseoir. Notre chef français a fait des merveilles ce soir. M. Castle, ce fut un plaisir. Mme Katic…
L'Intendant s'inclina profondément puis s'éclipsa. D'un sourire tout commercial, le dénommé Jared les invita à le suivre.
- Franchement ? marmonna Castle à l'attention de Beckett qui machinalement avait repris son bras.
- Quoi, « Stana », ça ne vous plait pas ?
- Hein ?…Si, ça vous donne un petit côté européen, mais… mais ce n'est pas la question ! « Ma belle-sœur » ? Qu'est-ce qui vous a pris ? Je croyais qu'on incarnait un couple ?
- Eh bien ? Comme ça, si je dois faire du charme à un suspect ce soir, je ne vous ferai pas honte.
- Vous êtes sûre que c'est la seule raison ?
- Vous y teniez tant que ça, à cette histoire de couple ?
D'une œillade, Beckett l'examina des pieds à la tête, et cela couplé à ses paroles eut le don de le stopper net. Elle continua d'avancer à la suite de Jared, mais lui accorda un coup d'œil par delà son épaule. Son sourire se fit défiant, mais étrangement il y avait aussi quelque chose d'hésitant… et de tendre.
- Vous venez, Castle ? Une attachée de presse sans celui qu'elle représente, ça va leur paraître bizarre.
Castle eut une courte inspiration, leva les yeux au ciel en secouant vaguement la tête. Puis il s'élança à sa suite, et ni l'un ni l'autre ne surent qu'ils avaient le même sourire, mince mais triomphant.
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- Hey, Bro, regarde un peu.
- Quoi ?
Ryan se détourna des images enregistrées et avisa Esposito, qui avait une main refermée sur son propre micro pour l'étouffer. Il pointa un de ses écrans, sur lequel on voyait la salle de réception du gala. Son collègue avait zoomé sur l'un des convives.
- Regarde sur qui je tombe en cherchant Sun Nashburn. T'étais au courant ?
- Ben oui… Pas toi ?
- Non. C'est toi qui as analysé la première partie de la liste des invités.
Ryan haussa les épaules et se remit au travail.
- Beckett le sait ? chuchota Esposito comme s'il craignait d'être entendu malgré toutes ses précautions.
- Je suppose… Elle a lu la liste, non ?
- En détail ? T'es sûr ?
Soudain très raide, Ryan le fixa sans mot dire. Tous deux eurent le même regard catastrophé.
- Tu crois que ça va nous retomber dessus ?
- Tu veux dire, sur toi ?
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Qu'est-ce qui avait attiré son attention ? Sa démarche ? Le son de sa voix, pourtant à peine perceptible dans cette foule ? Quelle qu'en soit la raison, il avait noté sa présence dès qu'elle était entrée. Elle qui n'avait jamais aimé les soirées mondaines, il s'étonnait de la trouver là.
En silence, peu soucieux de ce que ses collègues et amis en penseraient, il l'observa de loin. Malgré le temps passé, elle était toujours plus maigre, d'allure plus nerveuse que dans ses souvenirs. Elle avait cependant très bien choisi sa tenue, qui masquait cette minceur et soulignait la cambrure de ses reins. Une robe de soirée vert émeraude qui faisait écho à ses yeux…
L'homme qui l'accompagnait – il crispa les mâchoires en le reconnaissant – lui glissa quelques mots puis s'éclipsa, probablement parti leur chercher quelque chose à boire. Seule, elle se retourna et promena un regard neutre sur l'assemblée, comme à l'affut d'un visage connu. Il sentit sa gorge se serrer. Pour lui, la page était tournée depuis longtemps. Il n'empêche qu'elle était toujours aussi belle… Mais à peine reconnaissable sous cette merveille de maquillage. Il ne la savait pas aussi douée.
Il s'excusa auprès de ses amis et attrapant une coupe de champagne sur le plateau d'un serveur qui passait, s'approcha d'elle. Le sourire qu'elle avait avant que l'autre ne disparaisse ne le quittait pas : un sourire franc, un peu hésitant, comme sur la défensive. Comme ceux – charmants – qu'elle avait lors de leurs premiers rendez-vous, il y avait plus d'un an de cela. Le sourire qui signifiait qu'elle n'avait pas encore pris de décision sur le destinataire.
Bizarre, depuis le temps, il aurait cru qu'elle l'avait enfin eu, son andouille d'écrivain. N'y avait-il donc qu'avec ce gars qu'elle ne voulait pas jouer les lieutenants fonceurs et péremptoires ?
- Bonsoir, Kate.
Avec un mélange de satisfaction et de regret, il la vit sursauter, ses épaules nues sous l'écharpe de soie se relever de crispation. Elle se retourna vivement, et ses yeux verts le vrillèrent avec stupeur. Sans s'en rendre compte, elle se mordit la lèvre.
- Josh ?
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Chapter 6
Crossfire
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2011. July.
Les bras croisés, frissonnante dans son T-Shirt malgré le soleil de plomb, elle fixait le bout de ses baskets. Ses longs cheveux bruns et fins ondulaient sur ses épaules frêles, soulevés par la brise d'un début d'été. Le cœur lourd, les oreilles encore sifflantes de ce qu'elle venait de lui avouer, il ne résista pas à l'envie de lever une main pour lui caresser la joue. Il l'avait à peine effleurée qu'elle détourna la tête, se dérobant vivement à sa caresse. Elle posa enfin sur lui son regard cerné, et il sentit sa gorge se nouer en le voyant aussi amer, aussi décisif.
Elle avait raison. Tout était dit. Les traits durcis par une sourde déception, il s'inclina enfin.
- Très bien.
Il saisit son sac à dos posé à ses pieds et fit volte-face, s'éloigna d'un pas pesant vers sa moto qu'il enfourcha. Au moment de faire démarrer le moteur, il hésita et une dernière fois, la scruta.
Droite et raide, les mains dans les poches arrière de son jean, elle se tenait là, muette et insondable devant la maison de campagne de son père où convalescente, elle avait trouvé refuge. Son visage osseux sans expression fit enfler son cœur d'une amertume trop longtemps retenue.
- Tu vas certainement penser que c'est très cliché, Kate, mais j'espère que tu trouveras ce que tu cherches. Moi, j'en avais assez de constamment te courir après.
La moto démarra dans un vrombissement de moteur, et Josh s'en alla. Longtemps Kate resta debout à l'ombre de l'unique arbre présent dans les alentours, environnée du chant lancinant des criquets qui infestaient le jardin. Quand un bruit de pas se fit entendre derrière elle, elle baissa la tête.
- …Katie ?
Elle sentit le bras de son père entourer ses épaules avec autant de soulagement que de honte.
- Ça va, s'entendit-elle souffler d'une voix atone. Ne m'attends pas pour dîner.
L'espace d'un instant, elle se crut revenue aux temps de son adolescence. Ces quelques jours où son père, lorsqu'il était sobre, sortait à la recherche de sa fille unique et la trouvait en pleurs dans le jardin, la rue, n'importe où tant qu'il n'y avait personne pour l'entendre. Ces jours où après le meurtre de sa mère, elle avait le cœur et l'esprit en mille morceaux.
Elle n'était pas en larmes aujourd'hui. Du moins, pas encore. Tout doucement elle quitta l'étreinte paternelle, qui ne la réconfortait plus depuis longtemps, puis s'éloigna, sans autre but que celui d'être seule.
Seule. Simplement.
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2011. November.
- Deux vodka-martini, je vous prie.
- Bien, monsieur.
Le barman en gilet noir s'exécutait tandis que Castle, un coude nonchalamment posé sur le comptoir, promenait un regard attentif sur la salle aux murs lambrissés et aux fenêtres encadrées de lourdes tentures bordeaux. La foule était de plus en plus dense, quelques couples évoluaient déjà en rythme sur le fond de musique qu'un orchestre de chambre jouait en sourdine. Il réprima un sourire en songeant à la tête que ferait Beckett s'il l'invitait à danser. Son excuse serait probablement que cela ne ferait avancer en rien l'enquête, et elle aurait raison, pour changer. Mais qui sait, il aurait peut-être une occasion comme la fois précédente ? Après tout, dans ce genre de soirées, il n'y avait que sur la piste que les paroles d'un couple pouvaient passer inaperçues…
- Bonsoir.
Tiré de ses pensées, Castle tourna la tête. Non loin de là, assise au comptoir, une femme le dévisageait avec un brin de curiosité.
- Il me semble vous avoir déjà vu… Vous n'auriez pas publié dans le dernier Cardiology ?
Sa voix était profonde, onctueuse. Elle pencha la tête sur le côté, faisant ainsi osciller ses épais cheveux blonds bouclés qui cascadaient sur ses épaules nues, et plissa ses paupières ourlés de mascara. Castle baissa machinalement les yeux pour chercher ses mots et les releva presque aussitôt : que ce soit de par son décolleté outrageusement sensuel, ou sa robe fourreau noire dont la fente montait jusqu'à mi-cuisse, elle était splendide. Magnifique, dans le genre vénéneux…
- Eh bien, j'écris, en effet, admit-il avec un sourire de façade, mais mes publications sont un peu moins sérieuses que vous ne le croyez.
Elle eut un geste gracieux de la main, dévoilant ses ongles parfaits et récemment manucurés. Un mince sourire victorieux étira ses lèvres charnues.
- Monsieur Derrick Storm, n'est-ce pas ?
- Tout à fait. Richard Castle, enchanté, madame… ?
- Appelez-moi Karen.
Elle eut un sourire mystérieux qui dévoila furtivement ses dents parfaitement blanches.
- Que fait un auteur de best-sellers dans une telle soirée ?
- J'ai vu un reportage sur le quotidien des enfants malades en attente de greffe, déclara Castle, espérant que son discours tout préparé – et franchement superficiel – conviendrait. Très poignant. Le travail de cette association pour leur faciliter l'existence m'a paru être une bonne œuvre dans laquelle investir en cette fin d'année.
La dénommée Karen eut un simple acquiescement, et Castle crut – espéra – que leur discussion s'arrêterait là. Si Beckett le surprenait à faire causette avec une telle femme – une créature comme l'aurait dénommée Martha son excentrique de mère – le lieutenant allait encore se faire des idées…
- Et vous êtes venu seul, M. Castle ?
Ravi qu'elle mette spontanément la question sur le tapis, Castle allait répondre tout de go, puis hésita au rappel des paroles de Beckett.
- À vrai dire… Oui et non. Mon attachée de presse m'accompagne. Elle m'attend.
- Vraiment ?
Elle ne souriait plus, mais la voix de Karen se fit velours sur ce simple mot, tandis que ses yeux noisette le fixaient par en dessous comme un chat qui aurait ferré une souris. Castle approuva d'un simple mais digne signe de tête. L'air sourd à la discussion, le barman garnit les vodka-martini de deux belles olives vertes et les posa sur le comptoir.
- Voilà, Monsieur.
Secrètement soulagé, Castle se saisit des deux boissons et allait prendre congé d'un sourire amical mais sans appel, quand une main fine voleta jusqu'au premier verre et s'empara délicatement d'un des pics à olive. Pris de court, Castle suivit l'olive des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse entre les lèvres parfaites de Karen. Tout en soutenant le regard médusé de l'écrivain, la jeune femme savoura le fruit, déglutit puis eut un sourire enjôleur.
- Elle peut attendre encore un peu, n'est-ce pas ?
Elle croisa les jambes et s'accouda avec une lenteur calculée au comptoir, passa une main dans son épaisse chevelure bouclée qui coulait comme de l'or liquide entre ses doigts. Cette fois, ce fut Castle qui déglutit. Bien moins élégamment. Maudite robe.
- Alors M. Rick Castle, souffla-t-elle de sa voix de velours. Si vous me parliez de cette fameuse Nikki Heat ? D'où vous vient l'idée d'une telle femme ?
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- Ca faisait longtemps, Kate. Je ne pensais pas te trouver ici.
Comme dans un état second, cette dernière l'avait entrainé dans un coin de la salle. Désormais revenue de sa surprise, elle prit une courte inspiration.
- Moi non plus, à vrai dire, marmonna-t-elle.
Elle eut – sans qu'il puisse l'expliquer – un regard incendiaire pour le plafond.
- Mais avec le Congrès de Chirurgie dans le même hôtel… C'était pourtant logique, soupira-t-elle.
Josh remarqua avec une certaine peine qu'elle évitait son regard. Mais après tout, quoi de plus normal quand on savait dans quelles conditions ils s'étaient quittés…
- Ça a l'air d'aller pour toi. Tu es très belle ce soir, ajouta-t-il sans arrière-pensée.
Kate hésita encore quelques secondes, puis osa enfin le regarder en face. D'extérieur, Josh resta neutre. Dieu, ses yeux n'avaient pas changé… C'était pour eux qu'il était tombé amoureux. Pour ces deux prunelles impénétrables et changeantes au fil de son humeur, comme un esprit feu follet, hypnotique et brillant à quelques pas, mais toujours méfiant et hors d'atteinte…
Josh détourna la tête avant de dire ou faire – ou même songer à – quelque chose de stupide. Comme percevant son trouble, elle en fit de même, sonda la foule sans la voir.
- …Merci.
Elle parut chercher ses mots.
- Ce soir, je m'appelle Stana. Je suis en mission sous couverture.
- Avec Castle, donc ?
Elle eut un acquiescement de la tête. Josh fronça les sourcils.
- C'est à propos de Sofia Volivera et Ted Jackson ?
Kate plissa le front à son tour, lui fit face à nouveau.
- Tu es au courant de quelque chose ?
- Rien de plus que les autres congressistes. Les organisateurs ont prétexté qu'ils avaient été chacun appelés pour une intervention en urgence concernant un de leurs patients. Pour Jackson qui travaille au Presbyterian ici à New-York, c'est plausible. Pour Volivera qui bosse en Arizona, un peu moins, d'autant qu'elle avait un exposé prévu cette après-midi. Du coup les autres se posent quelques questions…
- De quel genre ?
- Ces deux-là sont reconnus pour ne pas se supporter, mais pour avoir aussi la même passion pour leur travail. Et ce ne serait pas la première fois que deux ex finissent ensemble…
Kate fit la moue, cherchant si elle devait voir un double-sens à une telle phrase. A sa réaction, Josh parut prendre conscience de ce qu'il venait de dire et se prit soudain d'intérêt pour le fond de son verre.
- Enfin bref. Si toi tu es là… C'est que ça a dû mal se terminer pour au moins l'un d'entre eux. Très mal.
Kate eut un long soupir tout en approuvant d'un signe de tête.
- Pour l'instant, cela doit rester secret. Tu as… Tu as entendu des choses sur eux qui auraient pu leur attirer des ennuis ? Un problème d'argent, ou une liaison ?
- Je ne connais pas personnellement Volivera, mais elle a une très bonne réputation dans le milieu. Quant à Jackson, ça m'est déjà arrivé de le croiser pendant le staff multidisciplinaire. Un gars sympa. La rumeur dit que c'est un joueur compulsif, qu'il jette l'argent par les fenêtres, mais je n'ai jamais rien vu qui le prouverait.
- Des problèmes d'alcool ou de drogue ? Il aurait pu tremper dans des affaires louches pour se refaire, selon toi ?
Le chirurgien cardiaque eut un sourire étonné.
- Même si c'était le cas, vous me demanderiez de dénoncer un collègue, Lieutenant ?
Kate se renfrogna, ce qui lui arracha un petit rire.
- Non… Non, Stana, je ne sais rien. À part cette vieille histoire avec une anesthésiste, Sun Nashburn : quand son père Walter Nashburn en a entendu parler, il a fait pression sur Jackson. Même un chirurgien ne doit pas constituer un parti suffisamment correct pour sa fille chérie. Ils ont rompu en grande fanfare en pleine salle de garde.
- C'était quand ?
- Il y a… quoi, trois, quatre mois ? Nashburn a de gros moyens, il a dû se montrer persuasif.
Kate acquiesça en silence, pensive. Pourtant, les comptes des deux présumés tourtereaux présentaient des similitudes dans leurs dépenses ce mois-ci encore… Leur rupture ostentatoire n'avait peut-être été que de la poudre aux yeux pour plaire au patriarche Nashburn. Encore une piste à explorer…
- Bon, tu es en plein boulot… Je vais te laisser.
Elle revint brusquement à elle alors qu'il commençait à s'éloigner.
- Ah… Josh, je peux compter sur ta discrétion ?
Le médecin la fixa d'abord sans mot dire, neutre comme jamais. Puis un mince sourire étira ses lèvres.
- Évidemment. Tu as trouvé ce que tu cherchais ?
Elle tiqua, visiblement stupéfaite qu'il change ainsi de sujet.
- Non…
Elle baissa les yeux, eut une inspiration légère, comme hésitante. Les mots parurent franchir ses lèves sans qu'elle ne l'ait souhaité.
- Mais… bientôt, peut-être.
Josh l'observa quelques secondes sans mot dire, et bien que vaguement honteuse, elle ne cilla pas. Il leva finalement son verre comme pour la saluer, puis se fondit dans la foule.
Les joues cuisantes, Beckett eut un profond soupir.
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Le bras levé, Esposito exécutait un compte à rebours silencieux de ses doigts.
« 3, 2, 1… »
- D'accord. Premièrement, quel est l'imbécile qui n'a pas jugé bon de m'avertir que Josh participait à ce foutu Congrès ?
L'air exagérément chagriné, Esposito tendit une main vers Ryan, qui eut une grimace muette. Tout en passant un billet d'un dollar – pari symbolique – à son collègue, il réactiva son micro et se jeta à l'eau.
- Moi, patron. Vu votre réticence ce matin quand Castle a suggéré d'infiltrer le gala, j'ai cru que c'était parce que vous aviez lu son nom dans la liste des invités…
Beckett eut un grognement indistinct.
- D'ailleurs il est où, cet écrivain d'opérette ?
- Euh…
- J'espère qu'il n'est pas encore en train de draguer l'autre, souffla Esposito qui avait par précaution désactivé son micro. Sinon ça va barder…
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Beckett baissa la main et entreprit de se calmer avant qu'un convive ne s'interroge sur son attitude étrange. Elle s'enfonça à son tour dans la foule et attendit d'avoir retrouvé son sang-froid, avant de remettre en place une boucle d'oreille pour donner le change.
- Bon, vous avez entendu ce qu'a dit Josh ? souffla-t-elle à son bracelet. La famille Nashburn voyait d'un mauvais œil que Sun sorte avec Jackson. Creusez aussi dans ce sens.
- Ca marche. Je vais fouiller un peu du côté de Walter Nashburn. S'il était réticent à ce point, c'est peut-être parce qu'il avait appris quelque chose de pas clair sur Jackson.
- Du nouveau, Ryan ?
- Non, pas encore, tempéra d'une voix presque penaude l'interpelé.
- Tenez-moi au courant, je…
Beckett s'arrêta net au milieu des convives, baissa lentement le poignet avant de plisser les yeux d'agacement. Accoudé au bar à quelques dizaines de pas, Castle discutait avec une autre femme à l'audacieuse robe fendue, qui révélait ses jambes bronzées et parfaitement galbées. Si elle ignorait de quoi ils pouvaient parler, ne lui échappèrent ni le plaisir évident de Castle – il rayonnait littéralement – ni le décolleté franchement provoquant de son interlocutrice. Prête à foncer tête baissée pour lui rappeler vertement – et à demi-mot bien entendu – qu'ils étaient en mission, elle réalisa soudain que le bustier de la robe de la séductrice – pour ne pas la nommer autrement – ressemblait beaucoup à celui que lui avait offert Castle. La robe qu'il avait choisie pour elle. Celle qu'elle ne pouvait décemment plus porter…
Malgré elle, elle déglutit faiblement, la gorge nouée. Comme réveillée par ses pensées, la cicatrice au creux de sa poitrine fit jouer sa note brûlante, et elle tressaillit, effrayée à l'idée que la douleur soit aussi forte qu'un peu plus tôt dans sa salle de bains. Mais la crise resta modérée, et elle accusa le choc sans rien laisser paraître de plus qu'un vertige, vite dépassé. D'un regard blessé, elle contempla l'écrivain en grand conciliabule avec l'inconnue. Il semblait si absorbé par leur conversation que plus rien ne devait exister autour d'eux. Elle eut un coup d'œil réticent vers l'autre, s'efforçant d'être objective, et se mordit la lèvre. A n'en pas douter, elle était belle. Tout à fait son style.
Elle avait besoin d'un remontant. Peut-être même deux. Et tant pis si elle était en service.
Mue d'une curiosité probablement très mal placée – et franchement masochiste – elle s'approcha du bar et s'accouda à quelques pas derrière Castle, commanda d'un murmure à peine audible puis malgré elle, tendit l'oreille. Elle s'énerva de l'entendre aussi à l'aise et volubile.
- …une femme comme il y en a peu. Charismatique. Et incroyablement sexy…
Formidable, au moins il y en avait un qui s'amusait ce soir. Elle, elle venait de revivre une des seules ruptures de son existence. Chacun son truc. Lorsqu'elle perçut le rire charmant et incrédule de l'inconnue, elle leva les yeux au ciel.
- Mais intelligente aussi. Surprenante. Qui cache bien son jeu.
- Eh bien, murmura l'inconnue d'une voix enjôleuse qui donnait presque la nausée à Beckett. C'est le coup de foudre, dites-moi ?
Oh, pitié…
- En tant qu'écrivain, oui.
- Et en tant qu'homme ?
Castle ne répondit pas, et elle n'osait imaginer ce qu'il faisait durant un tel silence. Beckett se frottait les tempes quand enfin le barman déposa devant elle le daiquiri demandé. Elle se saisit de la coupe et avala une longue gorgée du cocktail, décidée à reprendre les choses en main juste après.
- Mais elle existe vraiment, cette femme flic ? hasarda l'autre d'un ton où l'incrédulité se disputait à l'espoir. Ou bien n'est-ce que votre fantasme de la femme parfaite ?
- Je travaille tous les jours avec elle. Nikki Heat n'est encore qu'une pâle copie très romancée.
Beckett manqua recracher son cocktail, se fit violence pour ne pas se faire remarquer et – en plus – avoir l'air ridicule.
- Je vois. Une vraie source d'inspiration, dites-moi ?
- Je préfère le terme de muse, mais… oui.
Silencieuse, la gorge en feu, Beckett écoutait de toutes ses oreilles. Comme aurait dit Josh, qu'est-ce que ça faisait cliché… Mais pour rien au monde elle n'aurait quitté sa place.
- Et… pour les scènes de sexe ? Là aussi elle vous inspire ?
Cette fois ce fut Castle qui au bruit qu'il émit, s'étouffait dans son verre. Prudente, Beckett reposa le sien sans y avoir touché et curieuse, attendit. À leur rencontre, elle avait pris l'écrivain pour un grand fanfaron… C'était l'occasion de voir si toutes ces rumeurs que les tabloïds avaient colportées sur leur partenariat étaient de leur entière responsabilité… ou si Castle les avait un peu aidés. Depuis trois ans qu'ils travaillaient ensemble, elle était presque sûre que ce n'était pas son genre de diffuser des racontars, mais après tout… si elle pouvait en être certaine…
- Ehm, non, non. Ce n'est que mon imagination, je donne aux lecteurs ce qu'ils veulent. Il ne s'est jamais rien passé entre nous, ce n'est que… qu'amical. Purement platonique.
Au son de sa voix, il était plutôt gêné. Elle retint un sourire.
- Oh ?
- Et elle était en couple encore récemment… Et moi aussi… il y a un moment, déjà.
- Tiens donc ?
L'espoir renaissait dans la voix de la charmeuse, en même temps que la combattivité de Beckett. Elle leur jeta un coup d'œil, réfléchit quelques instants, puis s'éloigna de quelques pas du comptoir. À son tour de s'amuser un peu.
- Rick ?
Castle se releva de son siège de bar et avant qu'il ait pu dire un seul mot, elle fut près de lui, glissa un bras autour du sien et lui dédia son plus charmant sourire – celui qu'elle trouvait vaguement cruche mais qui bizarrement faisait balbutier tous les hommes à qui elle avait osé l'adresser… Castle en premier.
- On commençait à s'inquiéter de ton absence, dit-elle d'une voix tendre en se collant juste assez contre lui pour le faire frémir. Bonsoir ? Stana Katic, je suis son attachée de presse.
Elle tendit une main que l'inconnue, dans un sourire encore plus éclatant, serra sans hésiter. Un peu plus fort que nécessaire, ce à quoi elle répondit sans rien laisser paraître.
- Karen Bishop, enchantée. Nous parlions de son dernier personnage à succès, Nikki Heat, et de la personne qui l'avait inspirée.
- Ah oui ? fit Beckett en reportant un regard faussement surpris sur Castle, qui ne savait visiblement pas comment prendre ce changement radical de conduite. C'est un sacré caractère, ce lieutenant. Un peu instable parfois, elle devient dangereuse quand certains suspects ne lui reviennent pas.
Castle écarquilla les yeux avant de les baisser, confus. Intérieurement ravie, Beckett enlaça son bras un peu plus étroitement puis l'air serein, reporta son attention sur la dénommée Karen. La dernière fois, c'était Gina qui lui avait fait un numéro pareil… Elle n'était pas prête d'oublier la gêne qu'elle en avait ressentie. À en croire l'attitude un rien crispée de Karen, elle aussi ne savait pas trop quoi en penser. Un court instant, Beckett laissa se fissurer le masque de la petite attachée de presse et d'un bref plissement d'yeux, lui décocha un regard d'avertissement. Le message était clair.
Mais l'enjôleuse ne se laissa pas faire aussi facilement.
- Simple question, demanda-t-elle plus à Castle qu'à sa compagne, entre vous c'est aussi platonique qu'avec la fliquette ?
À nouveau dans son rôle de l'attachée de presse, Beckett adressa un regard interrogateur à Castle, qui parut étonné qu'elle lui rende la parole. Pris de court, il chercha ses mots avec difficultés.
- Ehm… eh bien… Oui ?... Oui, on va dire ça comme ça.
Il scruta d'abord Beckett, qui resta de marbre, puis Karen qui n'avait pas vraiment l'air convaincu.
- Du platonique. Voilà.
Il esquissa un sourire peu sûr, et Beckett se retint de ne pas s'esclaffer. Karen les observa un court instant puis contre toute attente, sa voix se fit plus langoureuse que jamais.
- Très bien. Alors, M. Castle, si jamais vous souhaitiez créer un jour un personnage chirurgien pour faire de l'ombre à Nikki, je serai ravie de vous fournir quelques pistes… Par une discussion purement platonique, bien entendu.
Elle ponctua sa tirade d'un sourire enjôleur, et avec élégance descendit de son siège.
- Stana, souffla-t-elle d'un ton froid.
- Karen, répliqua Beckett, plus glaciale encore.
Et l'aguicheuse s'éloigna dans un splendide déhanché que sa robe noire moulante ne faisait qu'accentuer. Beckett la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle ait disparu, puis revint vers Castle qui probablement à la recherche de répartie, engloutissait son verre d'une traite. Il reposa sa coupe et comme à contrecœur, affronta le regard de sa coéquipière.
- Si je vous disais qu'on n'a parlé que de vous ?
Elle plissa les yeux et doucement se détacha de lui, l'observa en silence, un poing sur la hanche. Puis au moment où elle le sentit prêt à baisser la tête, elle eut un mince sourire qui illumina ses traits. Il déglutit discrètement.
- Je répondrais que ce n'est pas suffisant.
« …une femme comme il y en a peu. Charismatique. Et incroyablement sexy… »
- Oui… j'imagine.
Il eut une mimique d'excuse, puis se plongea dans son regard, comme dans l'expectative. Prisonnière de ses yeux bleu nuit, elle perdit peu à peu son sourire, le cœur soudain battant d'une douleur sourde. Sa cicatrice la tirailla brièvement, mais le souvenir soudain évoqué par les lieux n'avait rien d'horrible ou de sanguinolent. Juste une promesse enfuie.
La fugace sensation de luxe. L'ambiance feutrée d'un début de soirée. La lumière tamisée, la fragrance à peine perceptible d'une nourriture raffinée. La fugitive et brulante texture de l'alcool sur sa langue, sur ses lèvres, dans ses veines. Sa présence, à lui, si proche, si tentante. Son regard, hésitant, offert, incertain…
Los Angeles. La soirée où tout aurait pu basculer.
« Malgré tout ce temps passé avec vous, je suis encore surpris… par la profondeur de votre détermination, de votre cœur… »
Lorsqu'elle put chasser la poignante nostalgie de ses sens, elle avait déjà fait quelques pas en arrière. Interdit, il la fixait sans mot dire. Elle eut une lente inspiration – tremblée – pour reprendre contenance.
Elle était célibataire. Elle n'en était pas à sa première histoire. Elle était seule depuis trop longtemps et elle avait beau dire, beau vouloir y croire, parfois ça la rendait folle. Elle avait failli mourir. Elle avait survécu au pire. Elle s'efforçait d'avancer, de tirer un trait sur le passé. Il avait déjà prouvé – une dizaine de fois au moins – qu'il en valait peut-être la peine. N'importe qui d'autre aurait déjà foncé les yeux fermés.
Alors pourquoi lui accorder toute sa confiance, pourquoi enfin lâcher prise lui faisait-il aussi peur ?
- On y va, Castle, s'entendit-elle murmurer avec un semblant d'aplomb. La table des suspects nous attend.
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Castle n'en revenait toujours pas. Beckett qui jouait les chasses gardées, ça avait été impressionnant, profondément déstabilisant, et… plutôt excitant. Sentir son corps de liane se presser une trop brève seconde contre lui, percevoir la chaleur de sa peau au travers de leurs vêtements avec une telle intensité qu'il soupçonnait son imagination d'avoir encore galopé, le naturel ahurissant avec lequel elle avait enlacé son bras, d'une manière possessive, presque jalouse… Mais illusoire, comme toujours.
- En gros, vous n'êtes ma belle-sœur que quand ça vous arrange, hein ? lui avait-il soufflé quelques minutes après le départ de Karen Bishop, juste avant qu'ils ne rejoignent leur table.
- Ne racontez pas n'importe quoi, Castle, avait-elle répondu du tac au tac, avec ce sourire distant et désapprobateur qu'elle lui réservait depuis toujours. Elle aurait pu nous gêner dans la suite de l'enquête.
Dure avait été la chute. Malgré un entrainement long de trois années, elle avait – encore – réussi à lui faire croire qu'elle était sincère. Bon sang, cette femme s'était trompée de carrière : elle méritait un Oscar pour sa performance, ou alors il ne s'appelait plus Richard !
Discrètement il coula un regard vers sa coéquipière, qui pleinement à l'écoute de la conversation, dégustait en toute innocence le plat de Saint-Jacques que leur hôte Jared venait de leur apporter. Son petit haussement de sourcils agréablement surpris quand elle avait gouté au mets n'avait pas échappé à l'écrivain. Elle semblait si à l'aise dans un tel milieu qu'il en avait oublié ses origines modestes. Si lui, devenu millionnaire grâce à sa plume, ne trouvait plus rien de mirobolant aux plats d'un chef français étoilé, ça n'était probablement pas le cas de Beckett, lieutenant de police.
Une autre piste à creuser…
Tout à ses pensées, il continua de l'observer du coin de l'œil alors qu'elle plantait sa fourchette dans la chair tendre d'une Saint-Jacques et la portait à ses lèvres. Ses paupières fardées papillonnaient de son assiette à un convive, puis un autre tandis qu'elle recevait probablement en temps réel les informations de Ryan et Esposito. Ses longs cils projetaient une ombre délicate sur ses joues que chatouillaient quelques mèches auburn et bouclées, échappées de sa barrette. Comment cette Karen et son numéro avec l'olive avaient-ils pu – ne serait-ce qu'un instant – le clouer sur place de saisissement ? Beckett, elle, n'avait pas besoin de jouer – ni même d'y penser – pour avoir l'air sexy. La grâce, l'élégance innocente en toute occasion, ça ne s'inventait pas. On naissait avec, ou pas.
Ooook, il était temps de redescendre sur Terre avant qu'elle ne se rende compte de quelque chose et le remercie d'un splendide regard noir…
- Alors, et vous, M. Castle ? La fin de Heat Rises était particulièrement haletante. Et très héroïque. Vous avez le syndrome du Chevalier Blanc ?
D'ailleurs, quand on parlait de Karen…
Il eut une inspiration, sourire commercial de mise, et affronta les prunelles ambrées de la belle rencontrée un peu plus tôt. Il avait manqué s'étrangler quand au moment de s'asseoir à leur table, Jared leur hôte avait fait les présentations entre les différents convives : Karen Bishop – qui coïncidence leur tiendrait compagnie pour le repas aussi – n'était autre que l'épouse du directeur du New-York Presbyterian Hospital, un brave homme qui faisait moitié plus âgé et qui était assis juste à côté d'elle. Castle n'osait imaginer l'ambiance à cette table si la séductrice était parvenue à ses fins avec lui.
- J'ai pour habitude de ne pas commenter en public la fin de mes enquêtes, éluda-t-il. Il faut préserver le mystère pour les futurs lecteurs.
- Sottises, répliqua Karen dans un sourire narquois. Il me semble que tous les gens susceptibles de le lire à cette table l'ont déjà fait.
Une des convives, une brunette au visage doux, leva le nez de son assiette et eut un pauvre sourire. Helena Wood, l'amie et collègue de Volivera, pédopsychiatre. La seule parmi les congressistes à connaître la vérité sur la chirurgienne depuis son interrogatoire avec Esposito et Ryan le matin même. Elle avait fait des efforts visibles sur son apparence – sa robe bleu de nuit était parfaitement accordée à ses yeux, et ses cheveux nattés avec soin – mais son visage était pâle et chiffonné sous le maquillage. On ne pouvait l'en blâmer…
- Personnellement, j'aime beaucoup les réflexions que vous prêtez à cette femme lieutenant, Nikki, dit Wood avec sincérité. C'est une personnalité profonde et très recherchée. On dit que vous vous inspirez d'une personne qui existe réellement ?
- Une certaine « KB », n'est-ce pas ? hasarda un de ses collègues psychiatre. Elle aussi travaille au NYPD, non ?
- En effet. Mais elle préfère rester discrète.
La voisine de Wood reposa son verre de vin et prit la parole. C'était une jeune trentenaire aux traits fins, typés asiatiques, et dont les longs cheveux noirs cascadaient jusqu'à ses reins. Sun Nashburn, médecin anesthésiste. Castle l'avait tout de suite reconnue comme étant l'une des principales suspectes : elle était soupçonnée d'être la petite amie cachée de Jackson… Une relation qui n'aurait guère plu à la grande famille Nashburn.
- Ne le prenez pas mal – vos enquêtes me passionnent – mais je plains un peu cette femme dont vous étalez la vie privée au grand jour, clama l'anesthésiste sans détours. Si le monde de la police est aussi machiste qu'on le dit, ça ne doit pas être facile pour elle sur son lieu de travail.
- Je ne retiens que ses actions au NYPD. Tous les faits personnels la concernant sont purement fictifs.
- Ben tiens, marmonna Karen qui pour une fois, semblait se faire l'écho des pensées de Beckett.
M. Bishop fronça vaguement les sourcils à l'attention de son épouse dont il semblait ignorer les frasques, quand son téléphone sonna. Annonçant un appel de l'hôpital, il fut obligé de s'éclipser.
- Vous, Stana, en temps qu'attachée de presse, vous devez la connaître ? reprit Wood avec cette voix douce, un peu enfantine qui lui seyait. Comment supporte-t-elle le poids de cette célébrité ?
Beckett parut prise de court.
- Euh… Eh bien, je ne l'ai croisée que très rarement, mais…
Elle eut un coup d'œil vers Castle, comme cherchant inconsciemment son soutien.
- Elle… s'en sort bien, je crois, elle n'est pas du genre à… accorder de l'importance à ce genre de choses. Et ses collègues sont compréhensifs.
- Disons qu'ils savent ce qu'il leur en coûterait de se moquer d'elle, compléta Castle en sentant plus qu'il ne capta le regard incendiaire de sa coéquipière.
- Même la couverture de Naked Heat ne l'a pas faite sourciller ? demanda Karen à Beckett, l'air de rien.
- Euh…
Au souvenir de la réaction de sa muse quand elle avait pris connaissance de ladite couverture – qui illustrait parfaitement le titre – Castle retint un rire et vola à son secours.
- On a eu des mots assez sentis, quelques verres ont volé, deux trois échanges de balles… Mais rien de bien méchant. De toute manière, cette couverture avait déjà été validée par l'éditeur. Il voulait quelque chose d'aguicheur.
Un rire parcourut la table. Beckett lui décocha un coup d'œil cinglant, plutôt confus.
« Des verres… ? » articula-t-elle discrètement en silence.
« Métaphore. »
- Mme Bishop, je suis sincèrement désolé, mais je dois vous demander de bien vouloir éteindre votre cigarette. Cette salle est non-fumeur.
L'interpellée exhala une longue bouffée grise puis leva les yeux vers le serveur Jared, qui en effet semblait navré de devoir lui faire ce reproche. Elle porta une deuxième fois sa cigarette à ses lèvres pulpeuses, parcourut le jeune homme d'une œillade provocante, puis eut un éclatant sourire et écrasa l'objet dans le cendrier de cristal qu'il lui tendait avec civilité.
- D'accord… Mais c'est bien pour vous faire plaisir, mon grand, ronronna-t-elle, réitérant son œillade lourde de sens.
Effaré – il ne devait pas être dans le métier depuis bien longtemps – le pauvre Jared eut un salut très raide et s'éloigna un peu plus vite que ne l'aurait souhaité le protocole. Castle eut une bouffée de sympathie à son encontre. Il était trop jeune pour espérer tenir tête aux tigresses comme Karen…
- Quelle subtilité ! lâcha Sun Nashburn en prenant une gorgée de vin blanc. La fidélité est toujours ton leitmotiv, Karen, c'est rassurant.
- La fille à papa, tu feras des commentaires sur ma conduite quand tu seras capable d'assumer tes propres relations, répliqua Karen d'une voix qui n'avait plus rien d'enjôleur.
- Pardon ?
- Chérie, tout ton service est courant. Et moi je ne suis que l'épouse de ton directeur. Si tu savais toutes les histoires sordides qui remontent jusqu'à moi… Tu n'as peut-être pas choisi le bon numéro, d'ailleurs.
Jusque-là très sûre d'elle, Sun croisa les bras et se frotta nerveusement l'intérieur des coudes.
- Ted est quelqu'un de très correct, murmura-t-elle pour donner le change.
Un couvert percuta un peu trop fort son assiette à sa droite. Wood la fixa avec stupéfaction.
- Ted ? Ted Jackson ? dit-elle d'une voix un peu plus aiguë. Tu sortais avec lui ?
- Ne joue pas les saintes-nitouches, Helena, reprit Karen. Tu le voyais toi aussi, depuis ton retour à New-York.
- Quoi ? S'exclamèrent Nashburn et Wood dans un très bel ensemble.
- Un de mes collègues t'a vue hier matin à la terrasse du Think Coffee, Helena. En plein brunch avec Ted Jackson, au lieu d'assister aux conférences.
- Quoi ? Ted m'avait dit qu'il était d'astreinte, que l'hôpital l'avait appelé pour une urgence ! s'exclama Sun Nashburn.
Elle posa un regard consterné sur Wood, qui recula sur sa chaise, l'air paniqué.
- Non, ça n'a rien à voir, c'était purement professionnel, tenta-t-elle d'expliquer. Il voulait avoir mon avis de spécialiste, son frère qui habite dans le Connecticut a des problèmes d'addiction.
- Ted n'a pas de frère, la corrigea Sun avec véhémence. Ni dans le Connecticut ni même ailleurs !
- Mais pourtant je…
- Oh allons, Helena, ça aussi tout le monde le sait, glissa Karen en parfaite fauteuse de troubles. Depuis l'internat tu n'as d'yeux que pour Jackson.
Wood posa sur elle des prunelles écarquillées d'horreur. Comme une araignée au centre de sa toile qui curieuse, tiraillait certains fils pour voir ce qui se passait, Karen lui dédia un sourire carnassier. La réplique cinglante de Wood pour se disculper mourut sur ses lèvres.
- Je le savais ! s'exclama Sun. À l'époque vous trainiez toujours ensemble, tout le temps ! Alors que tu étais interne en psychiatrie !
- Sun, je te promets qu'il n'y a jamais rien eu entre nous ! Karen ne sait pas de quoi elle parle ! Sofia était ma meilleure amie, on se connaissait depuis la première année de fac. C'est pour ça que j'étais toujours avec eux !
Mais la jeune femme aux traits asiatiques restait sourde à ses explications.
- Tu parles ! On ne t'a jamais vue avec un autre homme !
- On nage en plein Grey's Anatomy, là, chuchota avec ravissement Castle à l'attention de Beckett. Moi qui croyais que les scénaristes inventaient tout…
- Chut !
- Il ne voulait pas plutôt te parler de ses projets de quitter New-York, Helena ?
Nouvelle bombe larguée par l'araignée Karen, qui eut le don de stopper net Wood et Nashburn.
- Hein ?
- Jackson a des problèmes d'argent, n'importe qui d'un peu fouineur le sait, ronronna Karen avec assurance. Il voulait changer d'air, repartir à zéro. La semaine dernière encore, il était dans le bureau de mon mari pour discuter d'un éventuel changement de poste, et ils étaient en audioconférence avec Sofia Volivera. Elle lui a proposé une place dans son service de greffe, au Arizona Heart Hospital.
Sun Nashburn s'agitait sur sa chaise, de plus en plus nerveuse et les larmes aux yeux. Helena Wood, elle, semblait avoir été frappée par la foudre. Karen savourait son triomphe comme on savourait un vin de qualité : à petites touches, en prenant son temps.
- Jackson a un certain talent, et ses problèmes sont loin d'être insolubles. Il avait tous les États-Unis à sa disposition pour changer d'air : où qu'il ait envie de postuler, il aurait obtenu une place sans problème, peut-être même un poste de chef de service. Et pourtant, il est prêt à accepter une place de simple titulaire dans le service de son ex-femme.
- Tu te trompes… Tu te trompes ! murmurait Sun en se tordant les bras sous ses longues manches de soie.
- Ah oui ? Regarde qui est absent ce soir à notre table, et tire-en tes propres conclusions, ma chère. Ted et Sofia avaient peut-être plus intéressant à faire.
Sun Nashburn plaqua ses mains sur la table et se leva d'un bond, la respiration sifflante. Indifférente aux regards qui commençaient à émaner des autres tables, elle vrilla avec haine les prunelles d'ambre de Karen, qui affichait un sourire satisfait et sans le moindre remord. Après quelques secondes, l'anesthésiste cilla, puis attrapant son sac accroché à son dossier de chaise, s'éloigna à pas pressés.
- Ce connard… Il va m'entendre ! vociféra-t-elle en manquant de bousculer Jared, qui accourait pour s'enquérir de la situation.
À table, un silence pesant s'était installé entre les convives, et peu à peu tous les regards convergèrent sur Helena Wood. Le psychiatre se pencha vers sa collègue et amie toujours foudroyée, lui tapota la main avec compassion. Karen eut un imperceptible rictus triomphant.
- Helena… Tu n'étais donc pas au courant ?
L'interpellée leva un regard torve vers elle.
- Oh, très chère, je sais bien que si tu as quitté New-York il y a six ans, c'était pour le fuir. Ted Jackson était déjà un vrai coureur, et il adorait les chirurgiennes brillantes et riches comme Volivera… Mais une simple pédopsychiatre, discrète et effacée, qu'en aurait-il fait ? La question est : es-tu partie pour recommencer ta vie toi aussi, ou plutôt parce que tu avais enfin osé te déclarer et qu'il t'avait ri au nez ? Oh, mais attends, peut-être est-ce de ça que tu lui as parlé hier ? Alors, quelle a été sa réponse ?
Helena Wood pinça les lèvres, baissa la tête et papillonna des paupières.
- Je… Je… Veuillez m'excuser, souffla-t-elle d'une voix enrouée.
Et la jeune femme se leva avec maladresse, quitta la salle d'un pas rapide, si bouleversée qu'elle en oublia son sac à main accroché à sa chaise. Castle et Beckett échangèrent un rapide coup d'œil, sur la même longueur d'ondes.
Lors de son interrogatoire avec Esposito et Ryan, Helena avait dit n'avoir que peu de contacts avec Ted Jackson. Et quand elle avait dressé son emploi du temps des derniers jours, elle n'avait pas non plus mentionné son rendez-vous avec le chirurgien. Et à en croire le trouble qu'avaient jeté les paroles vipérines de Karen, elle avait un mobile, le plus basique, le plus instinctif qui puisse être. La jalousie.
- Je vais voir si je peux faire quelque chose, annonça Beckett aux convives restants.
Le lieutenant se leva dans un froissement de robe et d'un frôlement à peine visible sur son épaule, retint Castle qui allait se lever à sa suite. D'un regard, elle lui rappela le pourquoi de leur présence : elle, elle pouvait jouer la carte de la compassion féminine avec Wood. Lui, il n'avait aucune raison valable de quitter la table.
Sourcils froncés mais vaincu, il la regarda s'éloigner sur les traces de Wood. À table, les derniers convives présents échangeaient des propos à voix basse. Le mari de Karen revint à ce moment-là, ses affaires réglées, et s'étonna de trouver tant de places vides. Son épouse leva un regard de chat repu vers lui et lui déblatéra quelques explications de sa voix d'ange. Un téléphone sur vibreur s'activa tout à coup sur la droite de Castle, qui d'abord n'y prit pas garde. Puis il réalisa que les vibrations émanaient du sac oublié par Wood.
Helena Wood, qui avait déclaré le vol de son portable dans la matinée, et qui ainsi avait été innocentée du message ayant conduit Volivera à la mort. Interloqué, Castle promena un regard nerveux sur la tablée, mais les convives restants, presque tous des hommes désormais, étaient à la fois captivés et dégoûtés par le bateau monumental que Karen Bishop était en train de monter à son malheureux mari. Doucement, donnant l'air de s'intéresser lui aussi aux talents oratoires de Karen, Castle glissa une main dans le sac de Wood, trouva sans peine le portable qui avait cessé de sonner. Avait-elle eu le temps de le faire remplacer en tout juste une journée ?
Mû d'une intuition, Castle explora les messages envoyés les plus récents. Le dernier en date s'ouvrit.
« Il faut qu'on parle. C'est urgent. Retrouve-moi à la piscine. »
Castle sentit sa gorge se nouer en reconnaissant le dernier texto qu'avait reçu Sofia Volivera. Son sang ne fit qu'un tour alors que les pièces du puzzle s'assemblaient. Helena Wood se morfondait depuis toujours pour Jackson, un homme qui l'avait peut-être déjà repoussée par le passé. Elle avait cherché à l'oublier en quittant l'état et en redémarrant une nouvelle vie. Des années plus tard, elle retrouvait cet homme, comprenait qu'elle l'aimait encore et décidait alors de le convaincre, une ultime fois. Il refusait, révélait peut-être même dans son égoïsme qu'il allait répondre à la proposition de son ex-femme et retourner travailler avec elle. Peut-être même qu'ils se revoyaient déjà.
Wood ne le supportait pas. Elle essayait de convaincre Volivera de renoncer à embaucher son amour déchu, déterminée à ne pas revivre le même calvaire. Celle qu'elle croyait être son amie refusait, la piétinant comme elle n'avait cessé de la piétiner à New-York durant leur internat. À bout de nerfs, elle tuait Volivera dans un accès de rage, volait son pistolet dans les affaires de son amie et poursuivait Jackson dans le Bronx, l'abattait de sang-froid dans l'espoir d'éradiquer ses sentiments pour lui.
Trois « amis », deux meurtres, un amour ignoré pendant des années. Quelle tragédie… Mais, et l'arme qui avait servi à abattre Jackson, celle qui n'avait jamais été retrouvée ?
Sans plus se soucier d'être discret ou non, il fouilla à nouveau le sac de Wood, mais ne trouva rien. Une brusque sueur froide s'empara de Castle : Beckett s'attendait à trouver une simple suspecte en larmes, pas une meurtrière peut-être armée qui n'avait plus rien à perdre !
Le cœur battant, il se levait d'un bond quand comme pour illustrer ses craintes les plus sombres, une détonation étouffée retentit, faisant sursauter les convives. Castle sentit son estomac se dissoudre sous l'angoisse.
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« Kate ! »
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(C'est méchant ce que je fais là…)
Vos impressions sont toujours les bienvenues !
C'est les vacances, je vais essayer de trouver du temps entre deux séances de révisions pour vous poster la suite au plus vite… Merci et à très (très !) bientôt ! Joyeuses fêtes !
Elenthya
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Edit du 24/12/2011 : un léger avant-goût du prochain chapitre…
« La mission était achevée. Silencieuse, elle le fixait tandis qu'il lui tournait le dos. Puis lentement, elle éteignit son micro, retira son oreillette. Nul autre que Castle n'avait à savoir ce qu'elle allait dire… ou faire. La peur au ventre, elle s'avança. »
