Après trois semaines de silence contraint, voilà enfin le chapitre 8… Dur de vous satisfaire dans ces conditions, très chers lecteurs, mais merci de votre patience. Vos commentaires sont une véritable source de motivation et d'inspiration !

Mes salutations à Squilla (Première revieweuse qui devait veiller bien tard, tout comme moi ! Kate passe à l'action dans ce chapitre…. A sa manière ! J'espère que ça te plaira. A bientôt et merci encore de tes compliments !), sonia (c'est toujours un plaisir que de te retrouver parmi mes revieweur ! J'espère que ce chapitre te rendra plus fan encore, en tout cas je fais tout pour y arriver ! A bientôt !), Marine (Bonjour ! Merci d'avoir pris le temps de commenter, je sais que beaucoup de lecteurs sont comme toi fidèles à mes parutions sans pour autant se manifester… J'espère pouvoir te relire très bientôt ! En attendant, bonne lecture !), ciliega (Merci merci ! J'espère que ce chapitre te plaira tout autant. A bientôt ?), L'angedémoniaque (Vous laisser sur votre faim est un objectif récurrent, comme ça je suis sûre que vous allez revenir ! Merci et à bientôt !), Manooon (voilà la suiiiiiite ! Te plaira-t-elle ? A bientôt !), Ayahne (Merci ! Lis le chapitre, tu pourras me trucider après… A bientôt !), Skelette (Encore merci d'avoir lu cette fic qui je le conçois, paraît bien imposante avec ces chapitres à rallonge, et merci plus encore d'avoir reviewé ! A bientôt !), Niennaju (Mes fins TBC sont à leur manière une forme de chantage, alors je ne vais pas te jeter la pierre ! Passage plus ou moins bisounours dans ce début de chapitre, tu me diras ce que tu en penses ? A bientôt !), MissA0805 (Certes, Sun Nashburn va ajouter son grain de sel dans l'histoire. Mais j'ai quand même trouvé le moyen de contenter les fans de Caskett… transitoirement. Chut, je n'en dis pas plus ! Bonne lecture et à bientôt !) Tootouts (un énorme merci à toi qui me gâte toujours plus entre tes corrections soignées et tes reviews si flatteuses. J'espère que notre tandem durera longtemps ! A très bientôt, ma très chère bêta !), bisounours1998 (Voilà la suite ! Un peu tard il est vrai, mais boulot oblige… Merci de ta review, et à très bientôt ?), PurpleInMyBrokenHeart (et moi je suis juste trop contente de te retrouver à chaque chapitre ! Bisous !), fandehand (Ravie que ça t'ait plu, et plus encore que tu aies reviewé ! Comme les autres, n'hésite pas prochainement à me faire part de ce qui tu as aimé ou moins apprécié dans l'évolution de l'histoire. En attendant, bonne lecture !)

Et un salut tout spécial à Jo, dont j'ai suivi en quasi-direct la lecture de mon histoire ! Merci à toi pour tes commentaires si pointus et si gratifiants. Faire carrière dans l'écriture a toujours été un de mes rêves d'enfant mais je dois bien avouer que j'ai encore beaucoup à apprendre, sans compter que je manque un peu de confiance en mes capacités. De plus, « The Secret » est ma première enquête policière, et de surcroît ma première fic se déroulant dans un univers non fantastique. Une sorte de révélation pour moi, mais j'ai encore des progrès à faire ! En attendant j'écris pour le fun et pour mes lecteurs, et tes reviews m'ont fait énormément plaisir. J'espère que ce prochain chapitre te plaira et ne laissera pas trop sur ta faim… Encore merci et bonne lecture ! A bientôt !

Et évidemment, merci encore à Tootouts ma bêta-readeuse qui corrige et commente mes écrits avec toujours autant de talent et de passion en coulisses !

Et maintenant, bonne lecture…

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2011. June.

L'infirmière venait de partir, sa dernière visite à domicile accomplie. Seule dans sa salle de bains, Kate hésita puis doucement, déboutonna sa chemise blanche qu'elle avait remise en hâte une fois ses derniers pansements retirés. Le tissu glissa sur ses épaules, caressa ses longs cheveux bruns avant de se poser sur sa taille frêle. Face au miroir, elle déglutit avec peine, la gorge serrée. Enfin, après quelques semaines à les sentir dans ses os, dans sa chair, elle osait les regarder. Ses cicatrices.

Celle de l'entrée de la balle, lovée entre ses deux seins. Cette balle qui toutes les nuits dans ses cauchemars fusait à nouveau droit vers elle, creusait son sternum, broyait une côte, perçait un poumon, réduisait tout en charpie sur son passage avant de se loger près de son cœur.

Et celle du scalpel de Josh, qui en l'attente de son remplaçant, avait remis en hâte sa casaque de chirurgien, avait incisé le torse de sa propre petite amie pour en extraire le sang qui lentement l'étouffait, et ainsi lui sauver la vie.

Elles étaient là, ces traces rosâtres, encore boursouflées et extrêmement sensibles, qui la picotaient bizarrement ainsi exposées à l'air libre, sous son regard partagé entre l'horreur et la stupéfaction. Enfin elle réalisait qu'elle ne pourrait jamais oublier, comme son corps ainsi tatoué porterait toujours la marque de l'homme qui avait voulu la tuer. Telle une menace muette à chaque fois qu'elle s'exposerait à la lumière et aux regards, plus vulnérable que jamais. Telle une épée de Damoclès retenue par un unique et fragile cheveu au-dessus de sa tête.

Kate sentit les larmes lui monter aux yeux, et choquée, elle ne songea même pas à les effacer alors qu'elles glissaient sur ses joues. Elle était marquée, à vie. Ça n'avait rien à voir avec un viol, et pourtant elle se sentait brusquement fragile, touchée par un intrus qui avait tenu sa vie entre ses mains. Meurtrie dans son corps, dans sa tête. Dans son âme. A jamais une proie.

Le souffle court, ses yeux embués de pleurs rivés sur son reflet, elle n'entendit pas la porte d'entrée claquer, ni la voix qui l'appelait tendrement. Elle sursauta quand Josh poussa la porte de la salle de bains et se retourna vivement vers lui, oublieuse de sa tenue, la chemise baissée ceignant ses reins. Elle eut une brusque inspiration nerveuse, chargée de sanglots incontrôlés tandis qu'elle croisait ses yeux rieurs, et la douleur qui vrilla en réponse ses côtes manqua de la faire défaillir.

Lorsqu'elle rouvrit les paupières la seconde suivante, ce fut pour voir l'expression joyeuse et tendre de Josh se décomposer. Son sac de courses tomba au sol dans un bruit mat. Les yeux rivés sur sa poitrine, son visage se ferma, et il serra les mâchoires, les lèvres plissées. La tristesse, la pitié mais surtout le dégoût, la colère qu'elle lut dans ses prunelles la frappèrent au cœur, et cela fut plus poignant, plus douloureux et plus violent que tous les spasmes qu'elle avait pu ressentir jusque là.

En elle, quelque chose se brisa. Après son corps, après son esprit, après son âme, quelque chose de plus. Quelque chose de trop.

Elle remonta sa chemise et en croisa les pans sur sa poitrine, s'entoura de ses bras. Sans un mot, elle quitta la salle de bains alors qu'il s'effaçait prestement sur son passage, comme pour éviter de la toucher. La gorge nouée de retenir ses sanglots, elle s'enferma dans sa chambre, se jeta sur son lit défait et s'enfouit sous la couette, oublieuse de la température estivale.

Et recroquevillée sur elle-même, indifférente à la douleur qui ne cessait de vriller ses côtes à chaque sanglot, elle pleura toutes les larmes de son corps. Si fort qu'elle n'entendit pas la porte de l'appartement claquer une deuxième fois.

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2011. November. The morning before.

- Je vois… Beckett est-elle au courant ?

Castle n'eut pas à répondre : Gates comprit à son regard qui depuis qu'il était entré dans son bureau, se baissait pour la première fois. Le visage grave et impassible du capitaine se crispa un bref instant, interloqué, puis elle eut un coup d'œil au-delà des stores en direction du lieutenant en question, plongée dans ses recherches. L'écrivain demeura silencieux : de la part de leur supérieure hiérarchique, il s'attendait à une remarque bien sentie, comme toujours. Mais Victoria Gates eut un simple soupir exaspéré tandis qu'elle retirait ses lunettes et croisait les bras. Confortablement assise dans son fauteuil, elle scruta par en-dessous l'écrivain, qui avait préféré rester debout comme dans le souhait inavoué que cette conversation ne s'éternise pas.

- D'abord vous m'imposez ce gala qui soyons clairs, me semble être tout autant une occasion de faire avancer vos investigations que celle de sortir avec ma meilleure enquêtrice. Et maintenant, cette histoire de départ…

Elle plissa les yeux dans une variante du Regard de Beckett qu'il connaissait si bien, mais plus froide, plus retenue… et tout aussi inquiétante.

- Je ne comprends pas à quoi vous jouez, Castle. Mais j'espère que vous savez ce que vous faites, pour votre bien comme pour le sien. Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.

D'un signe, elle congédia Castle, qui la salua d'un sourire insondable avant de quitter le bureau. Gates le suivit des yeux alors qu'il allait reprendre place aux côtés de sa muse comme si de rien n'était, puis elle secoua la tête, eut un autre soupir.

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Chapter 8

Can't judge a book by its cover

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2011. November.

Les portes dorées de l'ascenseur s'ouvrirent dans un tintement discret. Beckett déglutit, le cœur battant malgré elle, et jeta un coup d'œil à Castle qui n'avait pas bronché. Sentant ce regard interrogateur posé sur lui, il eut un sourire contenu, légèrement malicieux, puis il s'effaça, invita d'un geste sa coéquipière à quitter la cabine. Elle eut une inspiration pour se reprendre et s'avança.

Bien que confiante, Beckett s'était attendue à tout. Quand on connaissait l'écrivain et son goût pour le démesuré, on pouvait légitimement avoir quelques appréhensions – d'après les conseils qu'il avait donnés à Ryan quelques mois plus tôt, une demande en mariage à bord d'un hélicoptère était concernant Castle le summum du romantisme. Le lieutenant s'était remémoré la réputation de playboy de son partenaire – certes un peu tombée en désuétude désormais –et au fur et à mesure que l'ascenseur s'élevait, son esprit pragmatique avait peu à peu repris le dessus. Comment avait-il interprété sa réponse lorsqu'il lui avait proposé de trouver « un endroit plus calme » ? Elle-même ne savait plus trop ce qui lui était passé par la tête. La proposition avait semblé anodine, et pourtant lorsqu'elle avait accepté et lui avait pris le bras, tout s'était soudain passé comme si leur décision avait changé la donne…

Elle se secoua mentalement : ils n'étaient plus des adolescents, à la fin ! Mais des personnes adultes et consentantes – l'expression manquait franchement de subtilité – qui se connaissaient et se tournaient autour depuis longtemps déjà. Il fallait qu'elle aborde le sujet avec plus de légèreté…

Mais la question était claire : s'il profitait de cette occasion pour lui sortir le grand jeu, jusqu'où accepterait-elle de le suivre ? Et même si ça promettait d'être intéressant, ne serait-elle d'ailleurs pas un peu déçue s'il grillait les étapes ? Lui dont la patience avait été exemplaire, peut-être y voyait-il la chance de sa vie ?

Alors qu'elle quittait l'ascenseur, elle analysa ses propres questionnements avec un regain de perplexité et de mépris. Pourquoi fallait-il toujours que Castle la mette dans des états pareils ? Elle n'avait pas souvenir de se morfondre ainsi avec Josh ou Demming… Mais n'était-ce pas aussi ce qui faisait le charme de leur étrange relation ?

Toute à ses pensées, elle ne songea à observer ce qui l'entourait qu'une fois arrivée au milieu de la pièce, qui se révéla être un gigantesque salon aux murs de bois laqué. Les lustres en or blanc diffusaient une lumière tamisée sur les canapés de cuir crème et les étagères chargées de livres et de bibelots. Dans un angle trônait, imposant et racé dans sa robe noir de jais, un piano demi-queue. Mais ce qui attira son attention fut la petite véranda en forme de coupole, et dans un claquement discret de ses talons sur le parquet vernis, elle s'avança jusqu'aux immenses fenêtres pour se plonger, émerveillée, dans la contemplation de New-York à la nuit tombée. A leurs pieds, la ville brillait de tous ses feux.

Elle avait toujours aimé observer sa ville pendant ses soirées solitaires. Elle qui avait travaillé pendant de nombreuses années dans les équipes de nuit de la police, elle savait que cette ambiance chatoyante et lumineuse au creux de l'obscurité n'était qu'apparences. Passé une certaine heure, bien peu de rues étaient sûres à New-York. De se le remémorer ainsi depuis une fenêtre, protégée, avait malgré tout une tonalité rassurante, apaisante…

- Je crois me souvenir que si vous regrettez votre ancien appartement, c'est parce que vous aviez une vue similaire depuis le toit de votre immeuble, non ?

Beckett se retourna et lui adressa un regard étonné : son habituel sourire aux lèvres, il s'approcha, un verre de cocktail miraculeusement apparu dans chaque main.

- C'est vrai, oui… Sauf que New-York paraît encore plus vaste vue d'ici.

Elle eut un petit sourire rêveur au souvenir de cette terrasse balayée par le froid et les vents d'hiver, où elle aimait pourtant se tenir le soir, un déca à la main, les yeux partagés entre les lumières envoûtantes des rares étoiles et celles fascinantes, innombrables de la ville. Puis Beckett fronça les sourcils.

- C'est drôle, je ne me rappelle pas vous avoir parlé de ça.

- Vous n'aviez fait que le mentionner, mais je crois que c'était l'an dernier…

Beckett acquiesça dans un sourire un peu surpris, mais accepta le verre qu'il lui tendait avec nonchalance. Elle le scruta du coin de l'œil tandis qu'il contemplait à son tour la ville illuminée. Oui, maintenant qu'il en parlait, elle avait une vague réminiscence de cette conversation, qu'ils avaient très probablement eue à l'époque où elle cherchait un nouvel appartement après qu'un tueur en série ait fait exploser l'ancien. Ce détail était-il une exception, ou se rappelait-il avec précision d'autres informations qu'elle croyait complètement anodines ?

Faisant face elle aussi à la baie vitrée, elle huma le cocktail qui s'avéra d'une douceur toute particulière, sucrée et légèrement relevée. Nectar indéfinissable mais très probablement traître. Elle eut un léger sourire.

- C'est magnifique… On dirait que vous aviez tout prévu.

Castle esquissa une petite grimace.

- J'avais demandé à ce brave Garet Thompson de nous prévoir un endroit plus calme et peu fréquenté au cas où vous décideriez d'interroger un suspect sur place, mais il faut croire qu'il a mal interprété ma volonté…

Souriant, il lui adressa cependant un regard interrogateur, comme quêtant son approbation, ce à quoi elle répliqua avec son habituelle petite moue aussi désillusionnée qu'amusée.

- Castle, si je ne suis pas la première femme que vous invitez dans cette superbe suite, soyez honnête, hasarda-t-elle d'une voix indifférente, se sentant en réalité bien plus concernée par sa réponse qu'elle ne l'aurait dû.

- D'accord, vous n'êtes pas la première.

Elle ne releva pas, mais cligna des yeux peut-être une fraction de seconde plus longtemps que nécessaire, les lèvres pincées. Encore une vérité qu'elle aurait préféré ne pas entendre, mais ne l'avait-elle pas un peu cherchée ?

- Alexis adore cet endroit depuis qu'elle a huit ans. Habituellement elle n'a pas le goût du grand luxe, mais à chaque fois que Black Pawn fait organiser une soirée de lancement ici au Four Seasons, elle n'attend toujours qu'une chose : pouvoir monter dans cette suite, jouer de ce piano digne des plus grands concertistes et bouquiner sans fin tout en profitant tranquillement de la vue…

Beckett leva des yeux surpris vers lui, et elle comprit à la lueur malicieuse dans ses prunelles qu'il avait senti sa désapprobation et s'en amusait, comme toujours. Elle secoua doucement la tête et lui répondit d'un sourire : il la connaissait décidément très – trop ? – bien…

- Ma fille a des goûts très simples, mais il faut malgré tout qu'elle les exerce dans la suite Penthouse d'un hôtel cinq étoiles.

- Etonnant. Elle a peut-être hérité de vous en fin de compte ?

- Touché, lieutenant…

Il leva son verre et ils trinquèrent en échangeant un regard entendu.

- Félicitations, Beckett, encore une enquête résolue.

- Allons, Castle, sans ce portable, on n'en serait probablement pas là. Bravo à vous.

- Mais je l'ai retrouvé dans son sac, et Wood lorsqu'elle l'a revu a feint de ne pas comprendre pourquoi il y était. Un avocat ne risquerait-il pas de se servir de ce détail pour rejeter cette preuve ?

- Si, probablement… Et sans ce portable, tout notre dossier d'accusation s'effondre.

Beckett baissa un court instant la tête, songeuse, puis eut un soupir.

- Mais je connais l'un des plus grands points faibles d'Helena Wood désormais. Si elle se rétracte, j'aurai ses aveux complets en interrogatoire. D'une manière ou d'une autre.

Elle intercepta le regard à la fois fier et facétieux de son partenaire, plissa le front.

- Quoi ?

- Non… J'admire juste votre abnégation. Cette manière que vous avez de partir en guerre dès qu'un interrogatoire se profile.

- « Partir en guerre » ?

Le sourire de Castle s'élargit tandis qu'elle relevait l'expression avec un mélange d'étonnement et de déception.

- Dès l'instant où vous passez la porte de la salle d'interrogatoire, vous n'êtes plus la même. Votre façon de parler, de vous tenir, de sourire même… Tout change. N'importe qui sent immédiatement que c'est vous la maîtresse des lieux. Et inconsciemment, chaque suspect comprend que s'opposer à vous risque de lui coûter cher. Mesurée dans vos paroles, subtile dans vos gestes et vos raisonnements… Sexy mais intraitable : une combinaison efficace.

Beckett se crispa légèrement, mais eut un mince sourire narquois tandis qu'elle faisait un pas vers lui.

- On jurerait que vous décrivez Nikki Heat. « Une tigresse en salle d'interrogatoire », ce sont vos propres mots.

- Et vous ne lui ressemblez jamais autant que lorsque vous cuisinez un suspect, répliqua Castle dans un murmure.

- N'est-ce pas plutôt Nikki Heat qui me ressemble ? souffla Beckett avec ironie.

- Si, évidemment. Et j'aurai beau faire, jamais elle ne vous rendra pleinement justice…

Jusque là concentré sur leur échange, Castle parut soudain se rendre compte qu'ils étaient dangereusement proches. Il eut un léger tressaillement, et Beckett vit ses iris bleus s'assombrir avant de se défiler. Il eut un discret raclement de gorge, posa son verre sur le rebord de la fenêtre à sa gauche et lui refit face, les yeux étrangement brillants. Il parut chercher ses mots, prit une grande inspiration comme pour se donner du courage.

- Je… Je sais que ces derniers mois n'ont pas été faciles pour vous. J'ai bien vu que vous… enfin, que vous faisiez des efforts. J'imagine qu'on ne peut pas oublier une telle chose… mais…

Toute trace de son sourire envolé, elle eut un recul, et même s'il s'y était probablement attendu, cela le mit mal à l'aise.

- J'aurais aimé pouvoir vous aider, Beckett.

Il baissa la tête. Elle resta figée quelques instants, stupéfaite de sa franchise. Après une hésitation, elle acquiesça.

- Vous ne pouviez rien y faire, Castle, souffla-t-elle. C'était à moi de m'en sortir, et je pensais que vous l'aviez compris.

Il osa affronter à nouveau son regard, et elle vit sans peine qu'il était sincèrement désolé. Alors que la discussion approchait des abords vraiment intimes et douloureux, elle ne se sentait pas nerveuse. Au contraire…

- Vous n'avez pas cherché à me secouer comme d'autres l'ont fait. Vous m'avez laissé du temps.

- Pourtant, en tant que partenaire, je ne suis pas sûr que…

- Vous étiez là, Castle. Juste là, avec moi.

Elle se perdit dans son regard bleu nuit, chercha à lui communiquer toute sa certitude quant à sa présence ces derniers mois. Il n'avait pas voulu tout savoir, tout diriger : ça, c'était le rôle de son thérapeute. Malgré les revers, malgré la distance qu'elle avait presque consciemment creusée entre eux, il était revenu chaque jour, souriant, chaleureux, présent. Il avait constitué l'une des seules raisons qui la poussaient à se lever le matin. Elle croyait qu'il l'avait compris, mais visiblement il ne s'était même pas rendu compte du rôle qu'il avait joué ces derniers temps, le seul que dans son état elle pouvait accepter venant de lui. Pas l'image d'un psy fouineur mais objectif et donc salvateur, et pas non plus celle d'un petit ami envahissant qui n'aurait réussi qu'à la faire fuir plus vite encore.

Castle avait tenu le rôle d'un repère, d'une étoile fixe dans les ténèbres de son désespoir. Une présence, un sourire. Un partenaire et un ami. Quelqu'un en qui elle pouvait mettre toute sa confiance, les yeux fermés, sans craindre qu'il en demande quelque chose en retour. Dire qu'elle ne le comprenait réellement que maintenant !

Dire que si elle avait si peur que les choses évoluent entre eux, c'était par appréhension de perdre un jour cette confiance, cette attache au monde réel qu'il avait fini par symboliser à ses yeux…

- Croyez-moi, c'était ce dont j'avais besoin, murmura-t-elle sans plus d'hésitation. Tout simplement.

Elle le contempla un bref instant, avant d'esquisser un sourire extraordinairement doux et conciliant.

- Et je crois que… que ça s'arrange, maintenant. Petit à petit. Grâce à vous.

A son étonnement, Castle ne parut pas heureux, ni même satisfait d'un tel aveu. Il rompit leur échange de regards et refit face à la fenêtre, les lèvres plissées. Il baissa les paupières et eut une inspiration résignée.

- …Je m'en vais.

Elle ne comprit pas tout d'abord le sens de ses paroles, mais le regard qu'il eut pour elle, troublant, désolé, la fit revenir à la réalité. Elle murmura d'une voix étranglée.

- Quoi ?

- Les dirigeants de Black Pawn savent quel rôle j'ai joué dans la prise d'otages à la banque, et ils sont persuadés que c'est à cause de vous, que la police avait des soupçons sur un futur braquage et que j'étais placé là en observateur ou que sais-je encore. Comme je représente leurs meilleures ventes actuellement, ils voulaient que notre partenariat cesse. J'ai pu m'arranger avec eux, mais à certaines conditions. Je pars la semaine prochaine pour une campagne de promotion à travers le pays.

Beckett l'écoutait sans mot dire, la gorge nouée. Finalement elle ne put retenir cette question qui lui brûlait les lèvres.

- Vous allez revenir ?

Castle parut s'étonner d'une telle demande, eut un rire soulagé.

- Bien sûr que oui ! Ce n'est que l'affaire d'un mois ou deux, et je serai de passage pour Noël. Chez Black Pawn on peut négliger mes travaux d'investigation, mais au moins on y respecte ma famille.

Beckett rit à son tour, effarée d'avoir pu ressentir une telle panique à l'idée qu'il ne revienne pas. Comparé à cela, un mois ou deux, ce n'était rien ! Ils l'avaient déjà fait…

- Eh bien, j'ai intérêt à ne pas redoubler d'efforts en votre absence, s'entendit-elle dire. Si les enquêtes marchent mieux sans vous, Gates aura une nouvelle raison de vous jeter dehors…

Il lui répondit d'un sourire, et elle le perçut comme infiniment soulagé. A quoi s'était-il donc attendu ? Il n'était pas non plus indispensable à l'équipe au point qu'une absence de quelques semaines devienne affaire d'état !

Mais un mois ou deux, quand même, c'était… long. Beckett déglutit. Un vide étrange se fit soudain sentir en elle à l'idée que dès la semaine prochaine, elle se tiendrait devant son tableau blanc sans aucun commentaire bizarre ou futile pour la déranger ou l'orienter dans ses réflexions. Elle irait chercher son café elle-même et le savourerait en silence. Elle se rendrait à la morgue ou en investigation, parfois accompagnée, la plupart du temps seule tandis qu'Esposito et Ryan suivraient leurs propres pistes. Après tout, ce serait comme avant, n'est-ce pas ?

Comme avant… Comme quand elle rendait un à un les dossiers d'éventuels futurs coéquipiers à Montgomery, prétextant – à juste titre – qu'elle bossait bien mieux en solo. Quand elle roulait seule en voiture en direction du domicile d'un suspect ou de la famille de la victime, goûtant au silence de ses pensées, bercée par le ronronnement du moteur. Quand elle rentrait tard le soir et se prélassait des heures durant dans un bon bain chaud, l'esprit explorant les innombrables pistes de son affaire du moment. Des mystères à éclaircir, des meurtriers à coffrer. Le quotidien pour lequel elle était faite.

- Mince, vous ne serez plus là pour m'apporter mon café le matin, alors ? souffla-t-elle sur le ton de la plaisanterie, mais le cœur n'y était plus.

Renouer avec la Beckett d'avant, fière et indépendante… Le temps de quelques semaines, elle en était capable. N'est-ce pas ?

…N'est-ce pas ?

Castle s'esclaffa.

- Non, il faudra vous débrouiller toute seule…

Beckett posa son verre à son tour et s'approcha de lui, silencieuse, la tête pleine de souvenirs d'un temps lointain où sa liberté lui était ce qu'il y avait de plus cher. Interpelé par son attitude, Castle se sentit obligé de lui faire face. Elle leva les yeux et se plongea dans ceux bleus de son partenaire, s'y emprisonna d'elle-même.

- …Beckett ?

A en croire sa voix murmurante et déstabilisée, Castle avait senti son trouble. Elle leva une main, effleura sa bouche, lui indiquant tacitement de se taire, puis sans le quitter des yeux, fit glisser ses doigts sur sa joue, lui arracha un frisson.

Et portée par un élan intérieur, elle posa doucement ses lèvres sur les siennes.

Elle ferma les yeux, goûtant enfin à son contact de son plein gré. Elle sentit les lèvres de l'écrivain, d'abord figées sur un soupir étonné, s'animer sous les siennes, chaudes, attentives, encore vaguement surprises mais déjà envoûtées. Lentement elle noua ses bras autour de son cou, tandis qu'il posait avec hésitation ses mains sur ses hanches.

Elle voulait plus. Plus que cette indépendance et cette excellence au travail qu'elle défendait farouchement il y avait quelques années encore. Plus que quelques histoires d'un soir pour assouvir ses désirs et sa recherche inavouée de tendresse et d'attention. Plus qu'une vie normale et banale, sous contrôle et sans surprise, ennuyeuse à en mourir.

Avec une timidité qu'elle ne lui connaissait pas, il approfondit le baiser et elle le suivit dans un soupir. Les bras de l'écrivain se resserrèrent sur sa taille, la plaquant contre lui. En elle quelque chose s'éveilla, une sensation familière et étrange, aussi douloureuse qu'impétueuse. Depuis la fusillade, ni Josh ni aucun autre homme n'avait pu l'approcher, la toucher, et elle qui autrefois était d'une nature solitaire mais certainement pas chaste, cette absence d'émotions et même d'envie lui apparut soudain comme étrangère, incompréhensible. D'un autre côté, l'idée même de se dévoiler lui soulevait l'estomac : dans le miroir, elle ne voyait que ces deux cicatrices, celle de la balle et celle de l'intervention, rosâtres, sensibles, symboles de honte, de douleur, d'agonie.

Et le regard de Josh la seule fois où il avait vu ces marques, était tout aussi sûrement gravé en elle. Pour rien au monde elle n'endurerait une telle déception une seconde fois !

Et surtout pas avec Castle. S'il la considérait un jour avec la même pitié que Josh l'avait fait, elle ne s'en relèverait pas…

Elle s'accrocha à lui, s'efforçant de ne pas lui communiquer sa panique sourde mais grandissante. Elle frémit lorsque ses mains quittèrent ses hanches, au risque de la laisser s'éloigner, et se posèrent sur ses joues, caressèrent ses boucles brunes avec une extraordinaire douceur. Elle se détendit, mais avait toujours peur.

Peur de ce qui pourrait advenir, peur de l'inconnu. Terrifiée à l'idée qu'un jour il voit tout, sache tout d'elle et cesse enfin de l'idéaliser comme il le faisait dans tous ses bouquins.

Mais plus encore, elle craignait qu'il s'en aille, pour de bon. A cette seule idée, elle était paralysée d'effroi…

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2011… ?

Son souffle qui se bloque, s'affaiblit. Ses paupières qui se font pesantes, brûlantes. Sa vue se brouille, s'éteint. A ses oreilles, un sifflement peu à peu étouffé, assourdi.

Son cœur qui ralentit, ralentit…

Un étrange bien-être l'envahit, familier. Son corps s'abandonne, s'alourdit, chaque cellule une à une déconnectée. Elle se laisse glisser, glisser…

Les battements sourds qui s'espacent. Dans un sursaut de conscience elle tressaille, de terreur pure, d'horreur. Car elle sait, elle sent que ça va trop loin. Qu'elle décroche. Qu'elle s'enfonce.

Et qu'elle ne reviendra pas cette fois.

Le gouffre la happe. Au loin un claquement de porte. Le silence. Elle tombe, tombe…

Le néant.

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A contrecœur leurs lèvres se séparèrent, et le souffle court il la contempla, l'esprit fonctionnant au ralenti. Légèrement haletante elle aussi, elle posa une main sur la sienne qui glissait sur sa joue, et leva les paupières, le dévora du regard. Il manqua de défaillir alors qu'il se plongeait sans retour dans ses prunelles. Il avait beau lui avoir dit dès leur première rencontre qu'elle avait des yeux magnifiques, elle n'avait jamais semblé y croire. Tout comme il n'avait jamais su définir leur couleur exacte, à mi-chemin entre le vert et le gris cendré, rehaussée par instants d'éclats bruns et d'or en fonction de son humeur. D'ordinaire son regard rappelait la teinte songeuse et opaline du jade.

Ce soir, sous la lueur tamisée des lustres conjuguée à celle laiteuse de la lune, ses prunelles étincelaient comme deux émeraudes. Lumineuses, changeantes, captivantes, miroir d'une âme aux abois qui ne pouvait encore s'exprimer par des mots, futiles de toute manière. Ils n'avaient pas besoin de parler, pas dans ces instants-là…

Il se grisa encore quelques instants de son image, de ses yeux qui le lui rendaient comme si plus rien n'existait alentours. Puis un regard à ses lèvres, entrouvertes sur son souffle léger, comme dans l'expectative, et il se prit d'une envie d'y goûter à nouveau, d'apprécier leur douceur, de renouveler cette expérience attendue si longtemps et qui pourtant dépassait tout ce qu'il avait pu imaginer. En lui un curieux sentiment d'urgence et de triomphe monta, encore incrédule. Il se pencha sur elle, retint un sourire lorsqu'elle se haussa d'elle-même à sa rencontre.

Leurs lèvres s'effleurèrent, renouvelant déjà au centuple l'exquise sensation…

Une sonnerie s'éleva, stridente, insistante. Castle fronça les sourcils, prêt à l'ignorer, mais Beckett se recula, juste assez pour murmurer. Encore sous le charme, il sentit son souffle chaud sur ses lèvres, à la saveur délicate et sucrée du cocktail.

- Tu devrais répondre…

- Ce n'est pas moi…

- Je n'ai pas pris mon portable … Alors qui ?

Ils se reculèrent à regret. Beckett dénoua ses bras autour de son cou et baissa des yeux agacés en direction de la sonnerie. Castle suivit son regard, avisa la poche de sa veste d'où un éclat lumineux s'échappait. Il y plongea une main – tout en glissant l'autre dans le dos de Beckett au cas – et ressortit un portable qu'il ne reconnut pas tout de suite, contrairement à sa muse.

- Mais… C'est celui de Wood ! Vous ne l'avez pas donné à la sécurité quand ils sont venus l'embarquer ?

Castle se mordit la joue, pris de court.

- Avec cette arrestation, je l'avais oublié…

Beckett leva les yeux au ciel et soupira. La preuve que symbolisaient le téléphone et son texto fautif était de plus en plus compromise…

Castle fronça les sourcils en avisant l'écran, alors que sa coéquipière se pressait contre lui pour voir qui était l'appelant.

- Ce numéro… Ce n'est pas celui de…

- D'Esposito ? Si !

Ils s'interrogèrent d'un coup d'œil, puis Castle décrocha.

- Euh… Allô ?

- CASTLE ? Castle, c'est vous ? Mais vous êtes où ? Et où est Beckett ? Est-ce qu'elle va bien ? Elle ne répond plus !

L'écrivain grimaça tout en éloignant le téléphone de son oreille le temps qu'Esposito baisse le ton. Ayant parfaitement entendu les propos de son collègue, Beckett se détacha de Castle – qui la laissa aller avec une discrète petite moue déçue – se saisit de son oreillette rangée avec son insigne et la remit en place. Elle tiqua à son tour quand la voix paniquée de Ryan retentit dans le minuscule appareil.

- Beckett ? Beckett, vous m'entendez ? Répondez !

- Je suis là, Ryan, dit Beckett après avoir réactivé son bracelet-micro. Qu'est-ce qui se passe ?

- J'ai pensé à vous appeler sur le téléphone de Wood quand je me suis rendu compte que vous l'aviez gardé, repritEspositoautéléphone. Ryan essaie de joindre Beckett sans résultat, est-ce qu'elle va bien ?

- Oui, lui répondit Castle, elle est en face de moi, elle avait juste éteint son oreillette…

- Beckett, on s'est trompés ! s'écriaRyan. Ce n'est pas Wood qui a commis les deux meurtres, c'est l'anesthésiste et petite amie de Jackson, Sun Nashburn ! Elle savait depuis le début qu'il allait la quitter, elle s'est vengée sur lui et sur Volivera ! Tout concorde sur la vidéosurveillance !

Beckett poussa un juron et stupéfia Castle, qui n'entendait pas ce que lui révélait Ryan.

- Où est-elle maintenant ? s'enquit le lieutenant.

- Probablement dans sa chambre. Et elle est armée !

Vive comme l'éclair, Beckett se pencha pour saisir les pans de sa robe et sous les yeux médusés de Castle, les releva sans ménagements jusqu'à hauteur de sa cuisse.

- Wowowowoowooow qu'est-ce qui vous prend ?

Elle eut un semblant d'hésitation puis lui décocha un regard noir. Pétrifié, il avisa enfin le holster fixé à sa cuisse – elle avait vraiment de très jolies jambes – et la contempla avec stupéfaction tandis qu'elle attrapait son Glock et l'armait d'un geste aussi impressionnant qu'habitué.

- Ryan, quel étage ?

- Vingt-neuvième !

- Fais envoyer des renforts !

- Espo est déjà en route avec la sécurité !

Beckett partit en trombe, et après une courte hésitation Castle la suivit, de plus en plus perdu – Esposito peu prolixe en informations avait raccroché depuis plusieurs secondes déjà. Ils s'engouffrèrent dans l'ascenseur par lequel ils étaient arrivés, et Beckett appuya frénétiquement sur le bouton du vingt-neuvième étage. Les portes dorées se refermèrent sur l'élégante suite Penthouse, et la cabine commença de descendre. Bien qu'elle avait déjà minutieusement vérifié son Glock avant de partir pour le Four Seasons, Beckett sortit le magasin, s'assura qu'il était chargé et le remit en place, réarma le percuteur avec une rapidité foudroyante. Puis un silence édifiant s'installa alors qu'ils attendaient que l'ascenseur s'immobilise. Son souffle retenu, Castle se mordait nerveusement la joue, n'osant croiser le regard de sa muse et fixant résolument – tout comme elle – l'affichage des étages. Il déglutit péniblement.

- …On court après qui ?

- Sun Nashburn.

Nouveau silence.

- Ehm… Vous voulez qu'on en parle ?

- Plus tard.

- D'accord.

Craignant de l'irriter davantage, Castle se fit tout petit. L'ascenseur se stoppa, les portes s'ouvrirent dans leur sempiternel tintement, et apparut un couloir vide tapissé d'une moquette blanche impeccable.

- Suite 1123, compléta Ryan à l'oreillette de sa supérieure. À vingt mètres sur votre droite.

Beckett leva son arme devant elle, sécurisa du regard les alentours puis sortit de la cabine d'un pas souple et rapide malgré sa robe que la situation rendait encombrante. Aux aguets, Castle la talonna. Un silence pesant régnait dans le couloir désert, et bien vite ils arrivèrent à la suite 1123. Par mesure de sécurité, Beckett se plaça d'un côté de la porte et frappa avec force.

- Sun Nashburn ? NYPD ! Ouvrez cette porte et sortez les mains bien en évidence !

Mais sous ses coups, la porte mal enclenchée s'ouvrit sans un bruit. Interloquée, Beckett prit une inspiration puis repoussa avec force le battant, s'introduisit dans la chambre, l'arme tendue devant elle prête à tirer à la moindre menace.

Le petit salon était vide : elle le traversa rapidement et jeta un coup d'œil prudent dans la chambre à coucher. Castle vit son dos frémir.

- Et merde… !

Elle s'engouffra dans la pièce voisine, alla sécuriser la salle de bain tandis que Castle restait figé sur le pas de la porte de la chambre, effaré.

Etendue à même le sol, Sun Nashburn, les yeux entrouverts, la peau d'un blanc de craie. Un garrot dénoué sous un bras grêlé comme l'autre de cicatrices, et une seringue vide tombée de sa main inerte.

- Ryan, pousse mon micro au max et transfère-moi sur le 911 !

Les lieux sécurisés, Beckett revint s'agenouiller auprès de Nashburn, jeta au loin la seringue pour ne pas se blesser, posa deux doigts sur la carotide de la jeune femme.

- Elle est encore tiède… Pas de pouls !

Elle plaqua ses deux mains nouées sur le sternum de la femme et commença un massage cardiaque.

- 1, 2, 3, 4, 5…

Statufié, incapable de réagir, Castle la regarda se démener tandis qu'elle alternait le massage cardiaque et le bouche-à-bouche. A son oreillette dut répondre le service d'urgence, car elle reprit d'une voix forte et aiguë.

- Ici le lieutenant Beckett, je suis à l'hôtel Four Seasons au 57 East Street à Manhattan, 29e étage, chambre 1123. J'ai une femme de 35 ans en arrêt cardio-respiratoire, une seringue inconnue près d'elle et de multiples marques d'injection aux plis des coudes. J'ai commencé la réanimation…

Un silence, puis elle eut un acquiescement alors qu'elle continuait le massage. Après quelques longues minutes, la voix d'Esposito retentit dans le couloir, tandis qu'il sortait probablement de l'ascenseur accompagné des membres de la sécurité. Haletant, Castle réalisa que lui et Beckett auraient pu arriver plus tôt, bien plus tôt encore. S'ils avaient été disponibles.

S'il ne l'avait pas distraite de ses fonctions. Maintenant, ils avaient peut-être une autre mort sur les bras. Et quand cela se saurait, ses supérieurs n'allaient certainement pas hésiter à leur faire remarquer leur erreur.

Comme en écho à ses pensées, Beckett leva un bref instant la tête vers lui, et il vit malgré son apparente maitrise de la situation qu'elle était morte d'angoisse.

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Atone, Castle regarda les secouristes charger le corps de Sun Nashburn perfusée et intubée sur leur brancard. Dans la suite, il y avait toujours plus de gens, mais il ne fit même pas l'effort de les identifier. Quelqu'un – de la Police Scientifique, comprit-il – plaça dans un sachet le pistolet de calibre .22 qu'il venait de trouver dans le sac à main de Nashburn. Un autre examinait la lettre maintenant scellée sous plastique que Nashburn avait laissée près d'elle.

Esposito leur avait fait un rapport concis de leurs toutes récentes découvertes, et tout était clair désormais. Sun Nashburn, toxicomane, dérobait régulièrement des stupéfiants sur son lieu de travail, à des doses si infimes que cela était passé inaperçu pendant plus d'un an. Folle amoureuse de Ted Jackson qui avait fini par découvrir son manège, elle lui avait prêté de l'argent prélevé sur l'extraordinaire fortune que sa famille lui laissait à disposition, d'où le style de vie outrageusement dépensier du chirurgien en dépit de la vacuité de ses comptes. Mais elle avait eu vent la veille même de l'intention de Jackson de changer de vie, voire de partir en Arizona pour retrouver Sofia Volivera, son ex-femme et ancienne collègue de travail, prête à lui fournir un poste. Consumée par la jalousie, Nashburn que la consommation de stupéfiants avait rendu instable au fil des années, avait d'abord assassiné la cause de son malheur, Volivera, en l'attirant auprès de la piscine grâce au portable dérobé à son amie, Helena Wood. Puis elle s'était approprié le pistolet de sa victime et avait suivi Jackson dans le Bronx alors qu'il se rendait dans un de ses tripots favoris. Elle l'expliquait ainsi dans sa courte lettre : elle l'avait « abattu comme le chien qu'il était ». Mais le remords l'avait envahie ensuite, et se sentant prise au piège depuis que l'enquête au Presbyterian Hospital ne cessait de se resserrer autour d'elle, elle avait préféré se donner la mort, refusant d'endurer une nouvelle fois le calvaire d'une désintoxication imposée par sa famille.

Castle eut un long soupir résigné. Deux meurtres et un suicide, avec pour mobiles l'argent, la drogue et la jalousie. Scénario on ne pouvait plus vénal. C'en était déprimant…

- M. Castle ? Puis-je faire quelque chose pour vous ?

Tiré de ces sombres pensées, il avisa Garet Thompson. Très digne, l'Intendant semblait cependant sincèrement affecté par les évènements. Castle se força à sourire.

- Non Thompson, merci. Mais mes collègues Ryan et Esposito souhaiteront peut-être vous interroger pour boucler leur dossier. Après tout, vous êtes l'un des Intendants de cet hôtel…

- Ils l'ont déjà fait, monsieur, déclina Thompson dans un acquiescement. En ce moment même ils interrogent Jared et mes autres subordonnés qui avaient en charge le room-service de cet étage. Mais ils n'ont rien vu, monsieur, sinon ils me l'auraient dit…

Pris de court, Castle opina du chef et devant le regard toujours plus inquiet de Thompson, lui tapota l'épaule en remerciement avant de s'éloigner. Morose, l'écrivain chercha du regard la seule personne qui pouvait encore embellir cette soirée. Il la trouva en grande conversation avec des agents du NYPD et de la Police Scientifique, étrange et rafraichissante apparition en robe du soir au milieu de ces hommes en uniforme ou en civil. Il eut un sourire un peu douloureux au souvenir de ce qui s'était passé moins d'une demi-heure auparavant, quelques étages plus haut.

Quoi qu'il arrive désormais, il fallait qu'ils en parlent. Que ce soit après avoir manqué mourir gelés, failli périr sous les feux d'une bombe, ou à l'hôpital après la fusillade, à chaque fois ils avaient feint l'ignorance de leurs sentiments. Il ne laisserait pas passer cette nouvelle – et peut-être dernière – chance de mettre les choses au clair avec elle.

Galvanisé par sa décision, il allait la rejoindre quand Esposito le devança, son portable à la main. Il tendit l'objet à sa supérieure, l'air grave, murmura quelques mots, et toute émotion déserta le visage de Beckett. Elle se saisit du portable et sortit dans le couloir, suivie d'Esposito et de Ryan, tous deux la mine sombre. Interloqué, Castle traversa la suite et passa dans le couloir, les avisa qui tournaient au coin. Il s'approchait quand une voix familière mais à la tonalité métallique retentit.

- …Je ne suis pas sûre que vous compreniez tous la situation dans son ensemble. En vous laissant infiltrer cette soirée j'ai pris de gros risques ! Et pour quel résultat ?

Castle s'arrêta, encore hors de vue des autres, l'oreille tendue. Victoria Gates leur supérieure était au téléphone, mise sur haut-parleur. Et de mauvaise humeur apparemment…

- Capitaine, je…

- Non, Beckett, vous m'écoutez. Je me contrefous du fait qu'il soit un ami du maire, qu'ils boivent une bière tous les dimanches ou qu'ils jouent au poker ensemble ! Dans cette affaire chacun doit prendre ses responsabilités et vous laisser faire votre boulot ! Cette mascarade a assez duré !

Castle sentit son estomac se retourner sous la surprise. Gates était déjà au courant.

- Suis-je claire, lieutenant ?

- Très claire, capitaine.

La voix de Beckett était plus neutre, plus glaciale que jamais.

- Puis-je compter sur vous pour régler cette histoire avec lui, ou faut-il que j'intervienne ?

- Non, capitaine, je m'en occuperai personnellement.

- Ce soir, lieutenant. Je ne veux plus entendre parler de lui.

Et le capitaine raccrocha. Ryan eut un soupir désabusé, tandis que Beckett remerciait d'un murmure Esposito, probablement en lui rendant son portable.

Figé, Castle accusait lentement le choc. Dès le premier jour, il avait su que Gates ne l'aimerait pas. Méfiante, elle cherchait depuis des mois une raison imparable de l'éjecter de sa chère 12e Division, lui, un civil, le symbole de l'incongru dans son commissariat. Et elle l'avait enfin : il avait entravé le bon déroulement d'une enquête pour homicide, et au final quelqu'un d'autre était mort. On allait probablement demander des comptes à Beckett, qui avait rompu toute communication avec son équipe sous prétexte qu'ils avaient coffré le suspect idéal – mais pas le bon. Tout partait en vrille…

Et dire que c'était désormais à Beckett de lui annoncer que leur partenariat était fini. Pire, elle qui ne ratait jamais une occasion d'aller contre la volonté de Gates, elle s'était pliée à ses ordres sans la moindre réticence. Elle avait eu raison, elle était déjà en assez mauvais posture pour ne pas en rajouter en le protégeant…

Mais ce fut cette obéissance qui lui fit le plus mal. Ainsi donc, leur partenariat, leur relation, tout ce qui les liait ne tenait qu'à un « Je m'en occupe ».

Il fit volte-face et sans réfléchir, remonta le couloir en direction de l'ascenseur. Il fallait qu'il réfléchisse, qu'il trouve une parade, une explication plausible au manquement de Beckett. Il était écrivain, bon dieu, il était le roi des excuses tangibles ! Une fois chez lui, il bosserait toute la nuit s'il le fallait, mais il trouverait un moyen d'arranger les choses.

- Castle ?

Il appuyait sur le bouton du rez-de-chaussée quand il vit Beckett qui remontait le couloir à son tour. A contrecœur il retint l'ascenseur, et elle lui fit un sourire de remerciement alors qu'elle entrait dans la cabine dans un froissement de tissu.

- Cette robe est un calvaire, souffla-t-elle en rassemblant ses jupes, vivement que je puisse me changer… Où allez-vous ?

- Je rentre. Je ne vois pas ce que je peux faire de plus.

Elle releva la tête et le fixa avec une légère surprise, son sourire disparu.

- Ah… Bien.

Il déglutit mais se refusa à la regarder, persuadé que si la conversation commençait, elle serait amenée à exécuter les ordres de Gates. Et la simple idée que leur duo était fini lui donnait la nausée. Pas ce soir, non, pas ce soir… Il voulait avoir le temps de retomber sur ses pieds, de se reprendre…

À son soulagement, Beckett demeura muette, mais ne lui échappèrent guère les quelques regards en coin qu'elle lui lança, nerveuse. Enfin l'ascenseur s'ouvrit sur le grand hall du rez-de-chaussée. Il quitta la cabine au pas de course, faisant sursauter Beckett, et s'éloigna vers la sortie.

- Castle ? Castle, attendez !

Il ralentit puis s'arrêta, ferma les yeux un long moment, les lèvres pincées. Lentement il se retourna, et retint son souffle en la voyant telle qu'elle était apparue sur le pas de sa porte, plus tôt dans la soirée. Sa silhouette délicate et malgré tout athlétique, le corset dont le décolleté pouvait être qualifié de très sage, mais qui en contrepartie habillait tout en soulignant avec grâce la finesse de son buste et de sa taille, sa longue jupe dont les plis bruissaient à chacun de ses pas. Quelques boucles brunes échappées de la barrette retombaient sur son front et ses tempes, lui donnaient ainsi un petit air sauvage. Elle était si belle ce soir qu'il en eut la gorge serrée.

Il croisa son regard, lumineux et interrogateur, brillant non plus de douce excitation mais d'inquiétude. Elle cilla brièvement, tritura son badge qu'elle avait accroché à sa taille, bien en évidence pour pouvoir circuler sur la scène du suicide sans être inquiétée.

- Ecoutez, je… Je crois qu'on devrait parler de… de ce qui s'est passé.

Castle crut qu'on l'avait plongé dans un bain d'eau glacée. Le cœur battant, il eut une courte respiration. On y était…

- Non, ce ne sera pas nécessaire. J'ai compris.

Elle parut surprise par son ton neutre, presque acide.

- Je suis désolé d'avoir été une gêne. J'en prends toute la responsabilité. Ça ne se reproduira pas.

Il vit le visage de Beckett lentement se décomposer, et ne put en supporter plus. Il baissa la tête.

- J'appellerai Gates dès demain pour la prévenir. Au revoir, Beckett.

Et honteux de sa propre lâcheté, il quitta les lieux. Mais c'était ça ou il ne répondait plus de rien…

- Castle !

Beckett le regarda disparaître avec une incrédulité grandissante. « Au revoir » ? Mais ça voulait dire quoi, ça ? Il allait revenir le lendemain, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qui lui prenait d'abord ?

Durant toute la dernière demi-heure, la seule chose qui l'avait poussée à garder la tête haute était sa présence, encore une fois. Le savoir non loin de là était tout ce dont elle avait eu besoin pour ne pas craquer. Sa patience, sa tendresse, son hésitation presque inattendue quand enfin elle avait franchi le pas…

Un simple baiser et elle avait été grisée au-delà de l'entendement. Plus que le contact, c'était le fait qu'ils soient enfin sur la même longueur d'onde qui l'avait transportée. Elle avait cru qu'il vivait la même chose… Avait-il pourtant été déçu ? Mais qu'est-ce qu'il aurait voulu de plus ? Qu'elle laisse tomber Ryan et Esposito pour continuer leur entrevue ? Il n'était pas égoïste à ce point, ni aussi bête ! N'est-ce pas ?

Debout et seule au milieu du grand hall, là où ils avaient fait une entrée plus que remarquée deux heures plus tôt, elle crut entendre le rugissement de moteur de la Lamborghini. Elle serra lentement les poings, la gorge nouée. Peut-être s'était-elle trompée ? Peut-être n'était-il pas aussi compréhensif qu'elle le croyait ?

Elle baissa les paupières, ravalant par habitude les larmes qui lui montaient aux yeux. Il serait toujours temps d'y penser quand cette foutue enquête serait bouclée, quand elle serait enfin rentrée. Elle devait s'accrocher encore un peu... juste un peu…

Dire que quelques minutes encore auparavant, il était la raison qui la faisait tenir ! À quoi bon, maintenant ?

- Excusez-moi… Lieutenant Beckett ?

Elle retint un soupir, prit une lente inspiration et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Près d'elle se tenait un serveur en gilet noir brodé d'argent. Après quelques secondes elle reconnut le responsable de leur table, Jared. Probablement troublé par la mine sombre de la jeune femme, il baissa les yeux, et s'inclina avec politesse.

- Quelqu'un désire vous parler, lieutenant…

- C'est vous le flic responsable de tout ce foutoir ? gronda une voix rauque derrière le jeune serveur.

Le ton était hautain et amer, à peine supportable tant il était méprisant. Lentement Beckett se retourna, et elle ne mit pas longtemps à reconnaître Walter Nashburn, un des illustres copropriétaires de la société internationale d'import-export du même nom, et accessoirement le père richissime de sa victime. Comme tous les autres convives, il avait vu avec stupeur les secours débarquer au Four Seasons, suivis de près de la Police Scientifique et du NYPD. Il n'avait guère tardé à apprendre la tentative de suicide de sa fille et les accusations qui pesaient sur elle, et depuis il remuait ciel et terre, contactait toutes ses relations haut placées pour que l'affaire ne s'ébruite pas. A cause de lui, Gates venait d'être vertement réprimandée par ses supérieurs, qui l'avaient jointe à son propre domicile pour la circonstance, et c'était probablement pour un tel affront qu'elle avait passé un savon monumental à Beckett et son équipe.

Le sexagénaire, engoncé dans un costume qui valait probablement plus que sa propre paye de flic, la fixait avec dédain et une rage toute contrôlée. Castle avait parlé de lui plus tôt dans la soirée : ami du maire comme lui, l'écrivain l'avait déjà croisé une fois lors d'une partie de poker et avait gardé un souvenir peu agréable de Walter Nashburn.

« Un type hautain et calculateur, qui passe son temps à jeter l'argent par les fenêtres parce qu'il en aura gagné deux fois plus en Bourse le lendemain… »

Sa patience émoussée, Beckett carra ses épaules nues et toisa l'homme avec la même suffisance, son badge bien en vue. Espérait-il pouvoir protéger sa fille une deuxième fois, l'exonérer de toute justice en signant des chèques à tour de bras ? Tout d'abord, il n'était plus question d'héroïne achetée à la sauvette et consommée par bêtise jusque devant les paparazzis, mais bien de deux meurtres et d'un trafic de stupéfiants réservés à un usage médical : aussi haut placées que puissent être ses relations, elles ne se risqueraient pas à l'aider cette fois-ci. Ensuite, elle n'était guère d'humeur à arrondir les angles ce soir, et au diable les conséquences. La faute à qui ?

Gates lui avait ordonné de régler cette histoire avec Nashburn dès ce soir, et elle lui avait implicitement recommandé de ne pas prendre de gants. Ça tombait bien, Beckett ne comptait pas faire dans la dentelle avec ce type.

« Cette manière que vous avez de partir en guerre… »

Elle chassa de son esprit la voix admirative, presque tendre et qui manqua lui arracher des larmes. Les yeux brillants, elle s'avança vers Nashburn. Tigresse ou pas, il allait regretter de s'être mis à dos le lieutenant Kate Beckett après une soirée pareille.

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La porte se referma dans un claquement sourd derrière lui, et le silence l'enveloppa. D'un œil hâve il explora le loft plongé dans l'obscurité : Alexis était en voyage avec le lycée, et Martha n'était pas encore rentrée de sa soirée. Il eut un long soupir vaincu. Il était à peine 22h00, et il était seul.

Par habitude il appuya sur le bouton clignotant du répondeur, qui égrena d'une voix mécanique les messages laissés dans la journée. L'un était de son attachée de presse – la vraie – qui lui annonçait quelques changements dans le planning de la campagne de promotion toute proche. Il eut un grognement exaspéré tout en retirant sa veste : il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle qu'il allait quitter New-York pour un mois, peut-être même plus si ces interminables séances de dédicaces et ces conférences « questions-réponses » avec les fans avaient du succès.

Ce qui ne faisait pas l'ombre d'un doute, à son désarroi…

Il abandonna sa veste sur le canapé et d'un pas confiant malgré l'obscurité, alla jusqu'au frigo qui l'accueillit de sa lumière laiteuse. Il en contemplait l'intérieur d'un œil absent quand la voix de Martha se fit entendre dans le dernier message, couverte par une musique entraînante typiquement music-hall. Il ne comprit pas grand-chose si ce n'est que sa diva de mère ne rentrerait pas de la nuit.

Le répondeur émit un dernier tintement strident puis se tut. Après un long moment de réflexion qui n'avait rien à voir avec le contenu du réfrigérateur, Castle en referma la porte et se rendit dans son bureau. Il sortit d'un placard une bouteille de Scotch, vida un premier verre d'une traite avant de s'en verser un second. Dans un soupir fatigué, il défit son nœud papillon et se laissa tomber dans son fauteuil, se perdit dans la contemplation de l'écran de veille de son portable, des arabesques colorées qui semblaient pouvoir tourner, virer et s'étirer sans fin. Tandis que ses yeux suivaient leur danse éternelle et paresseuse, son esprit se mit à vagabonder.

Il n'arrivait toujours pas à réaliser combien les quelques heures précédentes avaient été riches en évènements. Même si ça n'avait d'abord été qu'un rôle, il avait adoré jouer les couples mystères avec Beckett, belle et stupéfiante comme jamais ce soir-là. Leur arrivée en grande pompe sur le tapis rouge où gracieuse et fière elle aurait pu en remontrer à n'importe quel mannequin, sa pseudo-crise de jalousie face à Karen Bishop, et enfin le fait qu'elle ait accepté son invitation. Cette mission sous couverture avait été au-delà de ses espérances…

Le contact léger des lèvres de Kate sur les siennes. Le toucher soyeux et tiédi de ses boucles brunes. Sa taille fine et mouvante sous ses mains, sa poitrine soulevée d'une respiration sourde alors qu'elle se blottissait contre lui…

Son regard lumineux et tendre, sa voix murmurante, ses dents parfaites qui brillaient dans la pénombre à l'occasion d'un sourire… Leurs lèvres qui se scellaient à nouveau, leurs battements de cœur et leurs souffles qui inexorablement s'accéléraient…

Il eut un sursaut nerveux et comprit qu'il était sur le point de s'endormir, ses souvenirs bien réels s'effaçant peu à peu devant un rêve un peu plus osé. Il se racla la gorge et reprit une gorgée de Scotch. Les scènes qu'il avait écrites pour Nikki et Jameson étaient certes torrides puisqu'issues de ses propres songeries, mais elles semblaient désormais bien fades devant la réalité d'un simple baiser. En ne faisant que l'embrasser, Kate lui avait donné de quoi fantasmer pour tout un mois…

Leur dernière discussion lui revint soudain, et ses entrailles se nouèrent sous la déception. Il se prit la tête dans les mains, rongé par le remord : pourquoi était-il parti ? Pourquoi ne l'avait-il pas écoutée jusqu'au bout, feint l'ignorance puis la révolte quant à la décision arbitraire de Gates ? Peut-être que Kate n'attendait que ça pour se rebeller contre sa supérieure. Peut-être voulait-elle d'abord être sûre que cela en valait la peine ? Et lui qui avait fui comme un lâche, incapable d'affronter la dure réalité : après une seule mais monumentale erreur, leur partenariat était fini.

D'habitude optimiste, il était pourtant persuadé que cela signerait aussi la fin de toute relation entre eux. Ils ne se voyaient jamais en dehors du travail, pas même pour discuter du prochain Nikki Heat autour d'un café, comme pourraient le faire un écrivain et sa muse. Leur seul lien était le commissariat, les enquêtes, la résolution des mystères les plus abracadabrants. Il n'y avait qu'en tant que consultant que Richard Castle pouvait espérer trouver sa place dans l'univers de Kate Beckett. Sans cela, leur « nous » n'existait pas, n'avait pas lieu d'être…

Un tintement discret de son portable le tira de ses pensées noires, et la tête nichée entre ses bras croisés, il leva un œil sombre vers l'écran qui s'était remis en activité, et affichait désormais une longue liste de documents. Plus tôt dans la journée, Castle avait été grandement inspiré par l'histoire de Marina Wagner, jeune femme cardiaque à qui on avait refusé sa greffe pour état de santé trop précaire : déjà plongée dans le coma, elle était décédée quelques heures après son refus de greffe tandis que le cœur sain avait été donné à quelqu'un d'autre, plus résistant et à même de survivre. Volivera et Jackson étaient les médecins en charge de la jeune femme à l'époque, et quinze ans plus tard leur mort quasi-simultanée avait éveillé les soupçons du côté de l'époux de Marina, Terence Lawmann. Mais un bref interrogatoire le matin même et un alibi en béton – il était dans un avion au moment des meurtres – avaient conduit Beckett et son équipe à innocenter le veuf. Le côté dramatique et injuste de cette histoire avait frappé Castle, qui avait lancé une recherche parmi les journaux de l'époque, dans l'éventualité de s'inspirer de cette anecdote pour un prochain thriller.

Sans grand entrain, Castle se redressa pour se saisir de sa souris et s'apprêta à effacer la liste, mais il hésita. Dans un grognement fatigué, il fit s'afficher les données triées par ses moteurs de recherche. De multiples articles apparurent, issus de la presse médicale pour la plupart. Sofia Volivera était réellement quelqu'un de très connu dans le milieu international de la greffe, à en juger le nombre impressionnant d'articles écrits sur elle ou relatant ses travaux cliniques. Ted Jackson son ex-mari était lui beaucoup plus discret, et il n'apparaissait que de rares fois, dans des articles consacrés de manière générale au service de chirurgie thoracique du New-York Presbyterian Hospital.

Se prenant au jeu – et pour éviter d'aller se servir un troisième verre de Scotch – Castle recadra sa recherche sur des articles parus quinze ans auparavant. Très vite la liste diminua, concentrée sur l'affaire de Marina Wagner et son mari Terence qui fou de chagrin à la mort de son épouse, avait harcelé pendant des mois ceux qu'il tenait pour responsables, Volivera et Jackson.

« Un fou furieux saccage un hôpital et menace deux chirurgiens »

Il passa brièvement sur l'article qui avait conduit Beckett à convoquer Terence Lawmann dans leurs bureaux. Les suivants n'eurent qu'un intérêt très limité, beaucoup étant issus de la presse à sensations : si l'affaire avait ainsi marqué les médias à l'époque, c'était parce que le cœur refusé à Marina pour raisons médicales avait été transplanté à un homme d'affaires notoirement véreux. Un détail qui avait fait coulé pas mal d'encre chez les journalistes de bas étage, avant d'être rapidement oublié au profit de scandales people bien plus juteux.

Castle tomba enfin sur un article fiable, issu du très sérieux Journal of Cardiology. La chronique faisait la description de la toute nouvelle équipe de greffe d'organes en région thoracique du Presbyterian Hospital. Une photographie de ladite équipe était jointe, et après quelques instants Castle y reconnut Sofia Volivera, bien plus jeune et avenante, aux côtés de Ted Jackson, un sourire charmeur aux lèvres. Sur cette image il avait vraiment le profil du chirurgien charismatique et séducteur que colportaient à outrance certaines séries télévisées. Si ses mœurs étaient toutes aussi cavaleuses, Castle comprenait que Volivera ait fini par divorcer…

Un autre visage attira soudain son attention, et Castle plissa les yeux avant de se reporter à la légende.

« De gauche à droite, Vincent Gabble, médecin anesthésiste réanimateur… Sofia Volivera, chirurgien cardiaque chef de clinique… Ted Jackson, chirurgien thoracique titulaire… Morgane Napster, infirmière anesthésiste… et SunNashburn, interne en anesthésie réanimation. »

Abasourdi, Castle revint sur le visage fin aux traits asiatiques, familier malgré sa jeunesse plus qu'évidente. Puis il contempla toute la fine équipe, souriante et qui donnait une impression de confiance et de climat bon enfant. Sur cinq personnes, deux étaient mortes à quelques heures d'intervalle, et une troisième venait de faire une tentative de suicide par overdose. Rien de bien étonnant puisqu'ils formaient un triangle amoureux. Et pourtant…

Castle s'adossa à son fauteuil et tritura son verre, les sourcils froncés. Soudain il se figea, vida le récipient, se remit à son ordinateur et commença de pianoter frénétiquement sur son clavier, une idée en tête.

- Vincent Gabble… anesthésiste… Presbyterian Hospital

Il avait à peine validé sa recherche qu'un article de presse du Times s'afficha, vieux de tout juste quelques semaines.

« Empoisonnement au monoxyde de carbone : une famille entière retrouvée inanimée »

Alerté par le gros titre, Castle lut en diagonale l'article qui faisait état de la mort accidentelle de Vincent Gabble, médecin anesthésiste à la retraite, de sa femme et de leurs deux petits-enfants dans leur maison familiale de Greenwich Village. Les experts avaient invoqué comme cause probable de l'empoisonnement les conduits d'aération, très anciens et bouchés, permettant ainsi l'accumulation du fameux gaz une fois l'hiver venu, quand les chaudières tournaient à plein régime. Dramatique, mais banal.

Castle imprima l'article et lança une nouvelle recherche.

« Morgane Napster… infirmière anesthésiste… Presbyterian Hospital »

Cette fois il n'obtint aucun résultat probant. Après réflexion, il élargit sa recherche à tout l'état puis aux hôpitaux de ceux voisins. Plusieurs Morgane Napster répondirent à l'appel, et aidé de la photographie de l'équipe du Presbyterian, il réussit à isoler celle qui l'intéressait.

« Accident de la route : une mère de famille dans le coma, ses trois enfants brûlés vifs »

Avec peine et une horreur grandissante, il apprit l'histoire tragique de Morgane Napster, infirmière anesthésiste de profession, qui avait perdu le contrôle de son véhicule en emmenant ses enfants à l'école. L'expertise avait mis en avant des freins défectueux car prématurément usés, et le père de famille avait porté plainte contre son garage : le mécanicien avait effectué une vérification de routine de la voiture fautive une semaine avant l'accident, et rien n'avait été décelé. L'affaire remontait à deux mois.

Machinalement Castle fit imprimer la page et contempla d'un œil neuf les articles. Une équipe médicale spécialisée dans la greffe avait été constituée quinze ans auparavant, et chacun de ses membres avait fait carrière de son côté depuis. Etrange coïncidence, tous ceux qui avaient fait partie de l'équipe de départ étaient mourants ou morts, assassinés ou par accident.

Deuxième coïncidence, cette équipe était celle qui avait pris en charge entre autres le dossier sensible et médiatisé à l'excès de Marina Wagner.

Castle se passa une main sur le visage, cligna plusieurs fois des yeux pour recouvrer sa lucidité. Non, ça ne pouvait être que des coïncidences. Nashburn allait être reconnue coupable pour le meurtre passionnel de Jackson et celui prémédité de Volivera – ce qui lui faisait une belle jambe, étant donné que selon les médecins Sun ne se réveillerait probablement jamais de son overdose. Pour l'anesthésiste et son infirmière, ça ne pouvait être que fortuit. Chaque hiver des centaines de gens imprudents ou négligents étaient intoxiqués au monoxyde de carbone. Et si l'on devait chercher une cause criminelle pour chaque accident de la route, on ne s'en sortirait plus : le mécanicien qui avait contrôlé les freins à l'origine du drame allait probablement reconnaître son erreur…

Une équipe de cinq personnes. Deux assassinées par jalousie, deux autres dans le coma, un dernier mort dans son sommeil. Tous frappés par le destin au cours des trois derniers mois. Rien à faire, son radar d'histoires à dormir debout venait de s'activer. Et n'était pas prêt de s'éteindre...

Il avisa sa montre : il était presque minuit. S'il osait, il appellerait Beckett, ou ferait même un saut jusque chez elle pour lui montrer les articles. Puis il se rappela de leur dernière discussion, de son regard blessé, et le désarroi s'appesantit de nouveau sur ses épaules. Après tout ça, elle allait très certainement l'envoyer balader et le traiter de parano…

Autant consolider son dossier avant de lui en parler… Et il savait qui joindre pour ce genre d'informations. Il se saisit de son téléphone et composa un numéro. Une voix rauque, un peu endormie mais familière lui répondit.

- Standard du 12e.

- Bonsoir Maggie, c'est Castle.

- Vous appelez à des heures plutôt incongrues, l'écrivain. C'est pour quoi ?

- Passez-moi l'équipe de nuit je vous prie.

- Ca marche, mon chou. Bravo pour votre enquête, les Nashburn en ont pris un sacré coup.

Castle retint un petit sourire – après vingt ans d'ancienneté dans la police, leur standardiste de nuit était d'un caractère volontairement peu professionnel. Il patienta tandis qu'une nouvelle tonalité retentissait.

- Karpowski.

- Bonsoir, c'est Castle. J'aurais voulu parler à une des personnes en garde-à-vue.

- Bien sûr, acquiesça la collègue de Beckett avec un léger étonnement. Qui ?

- Helena Wood.

Un court silence se fit à l'autre bout du fil, puis Karpowski reprit la communication.

- Helena Wood a quitté le commissariat il y a une heure environ. Elle ne fait plus partie des suspects pour votre enquête, elle avait le droit de partir. Beckett ne vous a pas mis au courant ?

- Non… Elle est ici ?

- Non, elle n'a fait que passer pour remplir quelques papiers. Elle est rentrée chez elle.

Castle eut un soupir discret de soulagement.

- Où est Helena Wood en ce moment ?

- Un de nos hommes l'a raccompagnée au Four Seasons. Elle disait qu'avec Nashburn, elle ne comptait plus le nombre de ses collègues décédés cette année. La pauvre n'a pas cessé de pleurer tout le temps qu'elle a passé ici au commissariat… Allô ? Castle, vous êtes là ?

Mais Castle avait déjà baissé le téléphone, foudroyé. Il promena ensuite un regard effaré sur les articles imprimés, puis se jeta sur son ordinateur, entama une nouvelle recherche.

« Helena Wood… Presbyterian Hospital… Marina Wagner »

Et à sa stupeur, un article annexe provenant du même numéro du Cardiology s'afficha.

« Patients en attente de greffe : une prise en charge psychiatrique élargie aux familles »

Il n'eut pas à lire l'article. Une photographie était jointe, et pour avoir longuement parlé avec Helena Wood, il la reconnut sans peine en compagnie d'une autre jeune femme – une patiente à en juger sa blouse et son visage souriant mais émacié – et de sa famille.

« Helena Wood, psychiatre, et Marina, en attente de greffe depuis l'âge de seize ans »

Helena Wood connaissait Marina. D'ailleurs c'était elle qui avait en premier mentionné cette affaire de refus de greffe, lors de son interrogatoire avec Ryan et Esposito.

Elle faisait partie de ceux qui avaient pris en charge le dossier Marina Wagner peu avant son décès. Et elle était désormais la seule entre tous encore vivante, ce qui selon la loi des probabilités pouvait faire d'elle ou la meurtrière, ou la victime potentielle d'un tueur en série extrêmement patient…

Il se donna des petites claques nerveuses, les dents serrées. Non, tout ça ce n'était que pures spéculations ! On n'était pas dans un de ses bouquins, là ! Cette histoire était beaucoup trop tirée par les cheveux, beaucoup trop…

Castle se pétrifia, les yeux rivés sur la photographie de Wood et Marina. Assis au fond de la pièce, un jeune adolescent au visage lunaire semblait à la fois triste et indifférent à ce qui se passait. Alors que tous les autres fixaient l'objectif en souriant, lui n'avait d'yeux que pour Marina. Des yeux bleus étincelants.

Castle l'imagina avec quinze ans de plus, et la lumière se fit enfin. Il se redressa d'un bond, rechercha avec espoir le nom de l'enfant dans l'article, puis l'entra dans la base de données.

C'était le jeune frère de Marina Wagner. Un enfant déclaré instable et violent très tôt, dont Wood s'était occupé pendant quelques mois avant de s'avouer vaincue. A la mort de sa sœur, l'adolescent avait traversé des épisodes psychotiques graves : après une tentative de suicide – dans les toilettes de son école, histoire qui avait fait coulé pas mal d'encre dans les pages des faits divers – il avait dû être interné. Libéré sous traitement quelques mois auparavant, il avait aussitôt disparu dans la nature et n'avait jamais repris contact avec son thérapeute. Selon un journal local, on était sans nouvelles de lui depuis.

Castle relut le prénom de l'enfant, et son sang ne fit qu'un tour. Helena Wood ne devait pas retourner au Four Seasons, à n'importe quel prix !

Il se saisit de son portable et appela Beckett. La tonalité sonna dans le vide, puis la messagerie s'enclencha. Castle eut un juron, raccrocha et renouvela l'appel.

- Allez, répondez ! Je vous en prie… !

Tout en continuant d'essayer de la joindre, il renfila hâtivement sa veste et quitta le loft sans un regard en arrière.

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Jared finalisait les rapports de compte sur l'ordinateur lorsque la porte du grand hall s'ouvrit. Levant les yeux, il vit avec stupeur une femme aux cheveux bruns et au visage défait, en robe de soie bleu, monter les marches tapissées de rouge qui menaient à l'accueil. Interloqué, il quitta son comptoir et s'avança à sa rencontre.

- Mme Wood ? Bon retour au Four Seasons. Puis-je vous aider ?

L'interpellé leva un regard torve vers lui, réussit à esquisser un pâle sourire.

- Je voudrais ma clé magnétique. La police m'a dit que le personnel l'avait récupérée à mon… départ.

Elle avait probablement failli dire « arrestation », mais Jared ne fit aucun commentaire. Civilement il alla passer un bras par-dessus son comptoir et se saisit de ladite clé, la lui tendit dans une discrète révérence.

- Souhaitez-vous que je fasse monter le room-service dans votre chambre, madame ?

- Non, ça ira… Je vous remercie, murmura la pédopsychiatre.

Obéissant aux règles de bienséance, il se précipita vers les ascenseurs pour en appeler un quand une voix l'arrêta.

- Ça ira, Jared, je m'en occupe.

Garet Thompson émergea d'un couloir adjacent et de ses yeux bleu nuit insistants, parut vouloir congédier son subordonné.

- Vous êtes sûr, monsieur ?

- Tu en as assez fait ce soir, il me semble.

Jared se figea, l'air perdu.

- Excusez-moi ?

L'Intendant lui décocha un regard désapprobateur.

- Mme Karen Bishop s'est plainte de toi. Tu aurais eu une conduite outrageuse envers elle.

Jared eut un soupir confus et révolté, mais son supérieur lui imposa le silence. Le serveur se mordit la lèvre, parut chercher secours auprès d'Helena Wood, qui avait été à la même table de Karen Bishop – aussi belle que provocante – et pouvait attester de sa droiture. Mais la psychiatre baissa les yeux, percluse de chagrin, et se détourna vers les ascenseurs.

- Rentre chez toi, Jared. Nous en parlerons plus tard.

Et après un dernier coup d'œil sans appel, Thompson rattrapa Wood et insista pour la raccompagner à sa chambre malgré ses faibles protestations.

Resté seul dans le hall, Jared serra les poings. Ses yeux d'un bleu de glace se firent plus acérés encore lorsque les portes de l'ascenseur se furent refermées sur Garet Thompson et Helena Wood. Dire qu'elle ne le reconnaissait toujours pas ! Alors que contrairement aux autres médecins de sa sœur qui l'avaient de tout temps ignoré, elle lui avait parlé directement des mois durant !

Sur son gilet noir impeccable, son nom étincelait pourtant, brodé en fil d'argent. « Jared W. ».

Jared Wagner.

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Comme l'a si bien dit ma bêta, « Ah ah ah »… ! Nouveau rebondissement…

Une review avant de partir ?

Au prochain chapitre, on renoue – enfin – avec le Prologue… Soyez au rendez-vous !

A bientôt et merci à tous,

Elenthya