Bonjour à tous !
Et toutes mes excuses pour ce mois de silence… Je ne vous ferai pas l'affront d'énumérer le nombre de péripéties, partiels, gardes à dormir debout qui se sont écoulés depuis le dernier chapitre, et vous dresserai encore moins la liste des choses qui me restent à faire pour conclure mon année.
Ce retard est cependant loin d'avoir été improductif car je dispose d'une suite extrêmementdensemaisaussiexagérémentlongue… C'est pourquoi je vais exceptionnellement la fractionner et publier 3sous-partiesàquelquesjoursd'intervalle (l'intervalle dépendant de ma beta-readeuse mais aussi et surtout de vous !).
Avant tout, un salut à Caskett1428 (merci ! Puisse cette suite te plaire tout autant ! Un conseil, ne prévois pas de sortie entre filles juste après, car ta lecture risque de prendre pas mal de temps ! A bientôt !), Sonia (ce fut un plaisir que d'échanger quelques mp. J'attends ton avis avec impatience ! A très bientôt, bisous !), ciliega (ma chère ciliega, sais-tu que je n'aurais jamais dû lire ta review pendant ma pause au boulot ? J'étais tellement heureuse/flattée/émerveillée/sens-dessus-dessous suite à tes compliments que j'en pleurais presque ! J'espère que ce chapitre t'enthousiasmera tout autant ! A bientôt et mille mercis !), Niennaju (bon on l'a notre cri de ralliement, hein ? Merci pour la vidéo du Paley Center ! Mais en attendant cette fameuse fin de saison que nous vantait Beckett, je te propose une toute autre version de la confrontation que nous attendons tous… J'attends ton avis avec impatience ! Merci et bisous !), Norya (pluie de reviews de ta part, quel plaisir ! Pour les quiproquos, tu vas être servie dans ce chapitre. Je galérais tellement à ne pas me mélanger les pinceaux entre qui sais quoi et qui cache quoi, que j'ai même dû me faire un tableau récapitulatif… Merci et à bientôt ?), bisounours1998 (mon imagination va-t-elle te transporter également dans ce chapitre haut en couleurs ? A bientôt, et merci !), MissBlackie (Encore une fois, merci de tout cœur pour ton commentaire qui m'a mis les larmes aux yeux. J'avais bien capté ton message subliminal, mais que veux-tu, entre le boulot et l'inspiration qui se fait parfois désirer… Je te souhaite une excellente lecture en tout cas. Promis j'essaierai de faire plus vite pour le prochain ! A bientôt !), Madwine (1. Oui je suis méchante et j'aaaaimeuh ! 2. Une torture, pour de vrai ? 3. La scène chaude… Ah… et imagine un peu que quand j'en ai eu l'idée, j'étais au boulot… oups… 4. MERCI ! A bientôt !), Duby34 (Encore merci ! Moments phare en pagaille dans ce chapitre, apprécieras-tu ? Accroche-toi, bisous !), Manooon (Merciii ! J'espère que ce chapitre te plaira autant !), Schmette (Encore merci d'avoir partagé ton vécu avec tout un train ! N'hésite jamais à relire mes fics (lol), car là j'envoie du lourd dans les quiproquos et il vaut mieux savoir de quoi je parle pour suivre. A bientôt et merci !), madoka (merci beaucoup ! Pour les 3000 ans, j'ai fait comme j'ai pu… désolée ! A bientôt !), EllaSanderCastle-Fey (J'espère que ce chapitre constituera la coupure idéale dans tes probables révsions. Bon courage à toi ! Have a nice chapter, see you soon, dear !), Jomeapleflower (ma très chère Jo, ma beta adorée et moi te remercions encore. J'espère sincèrement que ce chapitre te plaira ! Bonne lecture, et à très bientôt !), fandehand (N'hésite pas à te réserver au moins une heure pour ce chapitre haut en couleurs. J'espère que le mélo te plaira malgré tout. Merci encore, et à très vite !) Sofia (Le verbe « ahaner »… eh bien, il y a des mots comme ça qui vous parlent, hein ) Ce chapitre ne reflètera peut-être pas toutes tes attentes, mais j'y viens, j'y viens… Merci et à bientôt !), Bethceu (Merci encore ! Beaucoup de surprises également dans ce chapitre qui est à mon avis encore plus psychologique et même carrément dramatique. J'espère que ça te plaira ! A bientôt !), Squilla (Beaucoup de gens ont râlé en lisant le nom de Nikki au dernier chapitre, je me demande bien pourquoi… lol En attendant, ça risque de râler aussi pour ce chapitre-là. Mais accroche-toi, car ça en vaut la peine… A bientôt, et merci !), Iuliaa (ma chère Iulaa, je ne te remercierai jamais assez pour l'aide que tu m'as apporté. Ce chapitre ne serait pas sorti aussi rapidement sans toi ! J'espère que tu en apprécieras la suite et fin que tu ne connais pas encore… J'attends ton avis avec impatience ! Bisous !), MissA0805 (Merci beaucoup ! Encore du palpitant au menu de ce chapitre… J'espère que ça te plaira tout autant ! A bientôt !), cil (cil pour ciliega ? Ou cil tout court ? Dans tout les cas, voilà la suite comme demandé. Bonne lecture !)
Un merci tout particulier à Tootouts, ma fidèle correctrice, pour sa bonne humeur et sa passion castlelienne ! Et merci également à Iuliaa, qui non contente de me noyer sous les reviews, a accepté au pied levé de jouer les lecteurs cobayes alors que j'étais dans une impasse…
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A LIRE IMPERATIVEMENT
Une nouvelle fois je vous remercie pour toutes vos reviews et les gentils messages d'encouragement que je recevais encore il y a tout juste quelques jours. Je m'excuse d'avoir été aussi longue… Pour – essayer de – me faire pardonner de cette attente, j'ai préparé un résumé du chapitre précédent… Un résumé un peu spécial. Comme ces trailers video qui régulièrement nous font saliver, ce résumé fonctionne non pas comme un récit, mais comme un enchaînement d'images et de paroles issues du chapitre précédent, qui en guise de fil conducteur retracent l'intrigue principale…
J'espère que ce procédé fonctionnera, et qu'en dépit du temps écoulé depuis le chapitre 10 « Holding On and Letting Go », l'intrigue va vous happer comme si vous veniez tout juste de le terminer…
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Et maintenant, bonne lecture… !
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Previously on "Castle"…
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« On s'est trompés de suspect. L'assassin nous manipulait depuis le début… ! »
Beckett en état de choc auprès d'un corps inerte.
Esposito qui la regarde suivre en vacillant les ambulanciers.
Castle inconscient sur un brancard, pâle comme la mort.
« Castle est encore au bloc. Je n'en sais pas plus… »
Beckett en larmes sous le jet brûlant d'une douche, les mains encore souillées de sang.
« Qu'est-ce qu'il lui a pris ? Pourquoi il ne m'a pas attendue ? »
Un couloir d'hôpital. Lanie qui tente en vain de rassurer son amie.
« Ce n'est pas ta faute, Kate… »
« Bien sûr que non, mais j'aurais dû prévoir… ! »
Castle et Jared qui se battent au bord d'une piscine, roulent au sol avant de basculer dans l'eau. Là où le crâne de l'un d'eux a violemment heurté le carrelage, une estafilade de sang.
« J'aurais dû être là… Avec lui ! Commetoujours! »
Castle et son regard séducteur. Beckett qui lui sourit en réponse, narquoise, amusée. Tendre.
« Je lui ai dit que je l'aimais. »
« Tu as quoi ? »
Un couple au bord de l'eau. Un baiser, une étreinte, la Vie, la Passion à l'état pur.
Beckett faisant les cent pas dans le couloir sous les yeux inquiets de Lanie.
« Il part en tournée la semaine prochaine. Il s'en va… Peut-être pour de bon. »
« Alors raison de plus pour enfin vous asseoir et en discuter. Trois ans d'hésitation, ça suffit, Kate. »
Une autre femme. Une confrontation.
« Rendez-vous compte, Kate, un jour ou l'autre, ce grand enfant qu'est Richard Castle va y rester. Pour ses bouquins, et pour vos beaux yeux. »
La voix suppliante de Gina. Son regard vibrant de hargne et de larmes.
« Laissez-le partir, Kate… »
« Je suis sa muse, et c'est tout… »
« Sa muse ? Saperte, oui! La semaine dernière il a tenu tête à des preneurs d'otage, et ce soir, il est entre la vie et la mort suite à une arrestation… Si vous avez ne serait-ce qu'un peu de respect et d'amitié pour lui et pour Alexis, vous devez le ramener à la réalité ! »
Une chambre d'hôpital. Beckett auprès de Castle endormi.
« Elle a raison. C'était une erreur… »
Beckett qui quitte l'hôpital les larmes aux yeux, sans un regard en arrière.
« Au revoir, Castle. »
La main jusque-là inerte de Rick, qui soudain se crispe à l'extrême.
Beckett seule dans son appartement vide. Un verre d'alcool. Puis deux. Le téléphone sonne…
« C'est à propos de votre collègue, Richard Castle… Il est sorti contre avis médical. Il a quitté l'hôpital il y a un quart d'heure. »
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Castle assis devant son ordinateur, les yeux dans le vague. La porte du loft qui s'ouvre…
« Bonsoir Mère. Je ne t'attendais pas avant deux ou trois bonnes heures… »
Le silence en réponse. Il jette un coup d'œil par-dessus son épaule, et son cœur fait un bond en avant, soudain palpitant.
Debout au milieu de son salon, muette et troublée, elle lui rend son regard…
Beckett est là.
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2008.
Il broyait du noir.
Longtemps ce genre de réception avait constitué le symbole par excellence de ses songes les plus fous : des dizaines de fans parmi les plus passionnés, une ambiance feutrée et chaleureuse, tous les regards braqués sur lui. L'ultime accomplissement, la concrétisation d'un rêve d'enfant : sa plume après tant d'efforts et de sacrifices lui permettait enfin de mener la grande vie. Quoi de plus grisant que de pouvoir puiser sans limites dans son imagination fertile, d'exercer un « métier » qui n'en était pas réellement un et ne lui inspirait donc aucune contrainte ? Quoi de plus jubilatoire que d'user d'un sens pour ainsi dire « inné », pour des créations qui en finalité étaient chaque fois un peu plus acclamées ?
Il était né pour écrire, il l'avait toujours su au fond de lui. Les longues et harassantes heures à boucler un manuscrit, le frisson de voir approcher la deadline à grands pas et de soudain sentir l'inspiration le posséder, le porter jusqu'au bout de la nuit. La satisfaction de sentir sous ses doigts les lourds volumes fraîchement imprimés, pure matérialisation de ses pensées, l'exaltation à connaître chaque commentaire, chaque critique élogieuse, et à l'entente d'un avis négatif et méprisant, l'envie de faire encore mieux au volume suivant.
Une flamme artistique qu'il tenait très probablement de sa mère et que comme elle, il ne se lasserait certainement jamais d'exprimer, de magnifier, de perfectionner.
Du moins, il l'avait cru. Mais quand donc s'asseoir devant son écran était-il devenu une tâche rebutante et ennuyeuse ? Quand donc les deadlines avaient-elles mué en cette menace invisible et tenace qui au lieu de le pousser à donner le meilleur de lui-même, le condamnait au redoutable syndrome de la page blanche ? Quand donc ses personnages avaient-ils perdu de leur saveur, de leur réalité, quand est-ce que leur prêter sa voix, ses pensées était-il devenu difficile et comme sans intérêt ?
Derrick Storm était mort, et avec lui ses derniers sursauts d'inspiration. En dépit de cette somptueuse réception minutieusement orchestrée à la gloire de Richard Castle, Black Pawn commençait à douter de son auteur fétiche. Mais après plus de quinze ans de bons et loyaux services – et plusieurs millions de profits générés, ne pouvait-il pas faire une pause sans que son ex-femme éditrice, son attaché de presse, son agent ou ses fans ne poussent de hauts cris ?
Qu'importe que tous ces gens soient là soi-disant pour lui, il en avait plus qu'assez de leurs flatteries et de leurs paroles vides de sens. Les sourires sonnaient faux, les compliments – toujours les mêmes ! – le laissaient de marbre. Depuis des mois il multipliait les relations sans lendemain, cherchant en ces femmes l'étincelle qui lui redonnerait le goût à l'existence et à l'écriture, celle qui comme pour beaucoup de ses précédents livres, constituerait avec le héros le personnage-clé de son histoire. Tout comme Sophia – qui pouvait savoir où elle était aujourd'hui ? – avait constitué l'élément féminin applaudi de ses derniers tomes, au travers du personnage romancé et réinventé de Clara Strike.
Tous ces héros, qu'il percevait depuis des mois comme prévisibles, monotones, élimés jusqu'à la trame, il avait tiré un trait dessus avec la conclusion retentissante de Storm Fall. Le monde du thriller ne l'attirait plus, mais pour son malheur c'était dans ce domaine qu'il était toujours le mieux accueilli. Il voulait changer d'air, donner un nouveau souffle à sa plume blasée. Mais rien ne lui venait…
Bref, il broyait du noir. Il rêvait désormais de quitter pour quelques temps ce sempiternel enchaînement de deadlines, de publications, de séances de dédicaces et d'interviews, et cela aurait pu être aussi simple que de tirer une balle dans la tête de son personnage phare. Mais il était aussi un père – pas forcément modèle, et parfois même loin d'être responsable – et il ne pouvait se permettre de tout plaquer du jour au lendemain. Alexis, ce petit bout de femme en devenir qui ne cessait de le rendre fier et qui venait réviser jusqu'au comptoir d'une soirée cocktail, méritait tellement mieux qu'un paternel immature…
- Monsieur Castle ?
Aussi, lorsqu'il entendit une voix suave, féminine – et vaguement autoritaire – dans son dos, il exécuta une tranquille volte-face, tout en glissant la main dans la poche de sa veste à la recherche de son stylo-feutre. Déjà son regard se faisait hardi, son sourire séducteur.
- Où dois-je signer ? lança-t-il d'un ton guilleret qui ne l'était qu'en apparence.
En lieu et place d'une énième jeune femme en beaux atours, la bouche en cœur et la poitrine opulente offerte, il trouva une paire d'yeux verts, pétillants d'intelligence, dont il resta immanquablement prisonnier. Soudain le murmure indistinct mais incessant de la foule parut s'estomper devant un silence édifiant, que seule cette voix claire et déterminée semblait pouvoir troubler.
- Kate Beckett, NYPD. Je voudrais vous poser quelques questions sur un meurtre qui a eu lieu plus tôt dans la soirée.
Elle conclut sa phrase sur un très léger sourire, neutre et détaché, et déjà la raison de son apparition lui échappait. Alexis lui tira le stylo des mains et lui murmura quelque chose à l'oreille, qu'il saisit à peine. Il se libéra avec difficultés de ces prunelles étincelantes, à la couleur verte indéfinissable mais envoûtante, et contempla ahuri le badge que l'inconnue lui présentait. Son regard stupéfait revint ensuite sur elle, et lorsqu'elle ajouta du même ton indifférent qu'elle souhaitait l'interroger dans un endroit un peu plus tranquille, aucune plaisanterie galante – et un peu vaseuse – ne lui vint : foudroyé, il la suivit presque docilement.
Quelques minutes plus tard, il aurait recouvré ses esprits, examinerait la nouvelle venue d'un œil critique, hausserait les sourcils devant le manque d'apprêts de sa tenue – aisément compensée par sa prestance naturelle – et apprécierait avec une stupeur grandissante la manière dont son léger sourire transformait son visage intransigeant de flic. Sa répartie retrouvée, il se délecterait des petites piques et des reproches à peine voilés qu'elle lancerait en réponse à ses tirades aguicheuses, à ses sourires charmeurs.
Mais pour le moment, Rick Castle, célibataire endurci et écrivain renommé, était tout simplement sans mots devant une femme lieutenant de police surgie sans crier gare. Personne, ni elle ni lui, ne pouvait se douter de l'importance qu'aurait cette rencontre fortuite.
Pour le meilleur comme pour le pire, ils étaient à la croisée d'une destinée commune…
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2011. November…
Sans mots. Comme cette nuit-là.
A l'identique de leur première rencontre, le silence parut s'imposer, mais se fit cette fois lourd, expectatif. Presque menaçant.
Le cœur battant, il posa l'ordinateur sur la table basse et se leva avec lenteur, abasourdi. Les lèvres entrouvertes sur un souffle inaudible mais précipité, elle le fixait sans ciller, ses grands yeux verts écarquillés, exempts de maquillage et très légèrement cernés.
Ils restèrent ainsi pendant un long moment, sans parler, sans bouger. Complice, le temps semblait s'être suspendu.
Trois ans à s'observer et à se taire, trois années à se détester, à se jauger, à s'apprécier en secret… Mais ce temps-là était terminé. Tous deux le savaient : quelle que puisse en être l'issue, la nuit était loin d'être terminée.
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Chapter 11
Endless Night – Part One
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« Her »
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- Qu'est-ce que… Qu'est-ce que vous faites là ?
Arrachée à ses pensées, Beckett eut un frémissement, baissa les yeux tout en esquissant un mouvement de recul.
- Je…
Elle pinça les lèvres puis se contraignit à le regarder en face, et son cœur fit un bond dans sa poitrine. Parce qu'il était encore inconscient lorsqu'elle était passée en réanimation, c'était la première fois qu'ils se revoyaient depuis l'incident de la piscine.
Un sourire soulagé lui vint malgré elle. Il était vivant… !
- …J'avais demandé à l'hôpital de m'appeler en cas de problème, s'entendit-elle dire. Ils m'ont prévenue que vous étiez sorti contre avis médical. Je…
Elle allait ajouter qu'elle s'était inquiétée pour lui, que dès l'instant où l'infirmière Hayley lui avait annoncé la nouvelle, toutes ses résolutions quant à son partenaire – qui ne devait justement plus en être un – avaient volé en éclats. Elle aurait pu dire qu'elle était partie en trombe de chez elle, avait roulé à tombeau ouvert jusqu'à son appartement, et ne s'était inquiétée du bien-fondé de sa présence qu'une fois chez lui, le cœur battant et un rien essoufflée au beau milieu de son salon, statufiée alors qu'il lui rendait son regard stupéfait.
Un regard qui maintenant se faisait neutre et même distant, alors qu'il la contemplait sans mot dire. Troublée, elle sentit son sourire se faner.
- …Qu'est-ce qui vous a pris ? Est-ce que tout va bien ? souffla-t-elle en s'efforçant de se reprendre.
Il resta un temps sans réaction, puis eut un haussement d'épaules, promena un œil vague et indifférent sur son ordinateur et son verre vide, posés non loin de lui sur la table basse.
- Oui… Tout va bien, affirma-t-il comme en un écho avant de glisser ses mains dans ses poches. Aucun souci. Et vous ?
- Ehm… Oui. Pareil…
Et le silence revint. Elle l'observa quelques instants, perplexe devant cette attitude nonchalante mais qu'elle trouvait forcée. Hésitante, elle s'avança de quelques pas, cherchant à accrocher son regard.
- Ecoutez, je… Vous étiez encore inconscient il n'y a pas deux heures suite à votre accident. L'hôpital a été très clair quant aux précautions à prendre, si vous voulez je peux…
- Ça ira, Beckett. Je n'ai besoin de rien.
Il eut enfin une ombre de sourire, mais ses yeux restèrent inexpressifs, quoique qu'étrangement brillants. Sans pouvoir se l'expliquer, Beckett sentit sa gorge se nouer.
- Désolé que vous ayez fait le déplacement pour rien. Vous pouvez rentrer chez vous, la journée a été longue.
Elle resta muette, l'esprit comme figé net. Il venait de lui lancer le même regard qu'au Four Seasons, lorsqu'il était parti en toute précipitation après la fausse tentative de suicide de Nashburn. Un simple coup d'œil, où sous cette neutralité lisse et sans défaut, s'affichait soudaines et brèves la fierté blessée, la rancœur… la douleur.
« Au revoir, Beckett. »
Elle déglutit péniblement, désorientée. Elle baissa les paupières un court instant, s'éclaircit la gorge. A quoi s'était-elle attendue ?
Avec ce qui s'était passé près de la piscine, certainement pas à ça… Brusquement et atrocement honteuse, elle murmura d'une voix atone.
- D'accord.
Elle osa lui lancer un dernier regard, vaincue pour ce soir par la fatigue, l'inquiétude et l'incompréhension.
- À demain ?
Il évitait à nouveau de lui faire face, et il eut seulement un léger rictus amer qui la prit au cœur. L'estomac noué, nauséeuse, elle fit volte-face et s'éloigna en direction de la porte d'un pas très légèrement chancelant.
Au moment de saisir la poignée, un détail la frappa enfin : à nouveau lucide, elle s'arrêta.
- Castle ? Martha est ici, n'est-ce pas ?
N'obtenant pas de réponse, elle l'interrogea d'un coup d'œil par-delà son épaule. Etonné il haussa les sourcils, les mains toujours dans les poches.
- Elle est sortie avec des amis, éluda-t-il.
- Et Alexis est en voyage scolaire, non ?
A en juger sa voix désormais incisive et exaspérée, ça n'était pas réellement une question. Parce qu'il en était parfaitement conscient, Castle se contenta de l'interroger en silence alors qu'elle revenait vers lui d'un pas lent.
- Alors ça veut dire que tout juste sorti de l'hôpital après un trauma crânien et des convulsions, vous n'avez personne ici pour s'assurer que vous ne faites pas un nouveau malaise… ?
Ses prunelles inquisitrices se posèrent à nouveau sur la bouteille, jusque là passée inaperçue et qui pourtant trônait près de son ordinateur portable.
- …et qu'en plus vous faites passer vos antalgiques à grand renfort de scotch ? Le danger de l'alcool ajouté aux médocs, ça ne vous rappelle rien ?
Pour la première fois depuis qu'elle était entrée, Castle soutint sans faillir son regard scrutateur, plus neutre que jamais. Puis un sourire caustique se dessina sur ses lèvres.
- Le docteur en a peut-être parlé quand il a lu la liste de tout ce que je devais éviter de faire pendant les 12 prochaines heures, mais j'avoue ne plus avoir toute ma tête en ce moment.
Beckett plissa les paupières, esquissant un léger signe négatif et désapprobateur. Sans un mot elle enleva son manteau et le jeta sur une chaise avant de commencer à contourner le canapé qui les séparait. Castle leva les yeux au ciel et soupira, tout en s'avançant vers elle pour la reconduire vers la porte.
- Ecoutez, Beckett, je n'ai pas besoin que vous…
Un doigt impérieux s'enfonça entre ses pectoraux, l'arrêtant net. Sa muse eut un regard perçant qui ne souffrait aucune réplique.
- Que les choses soient claires, Castle, je reste jusqu'au retour de Martha. Pas de discussion.
Et ramassant d'un geste vif le verre vide et la bouteille de Scotch, elle le planta là sans autre forme de procès, ses talons claquant avec détermination alors qu'elle rejoignait la cuisine. Castle ferma les paupières d'un air à la fois amusé et douloureux, puis eut un autre profond soupir. Après quelques instants il l'entendit revenir au salon.
- Castle ?
Il se retourna à son appel et rattrapa au vol une canette de soda. Elle lui dédia un sourire approbateur.
- Bien, au moins vos réflexes sont encore là. Je vous aurais bien fait un café, mais je doute qu'un excitant soit recommandé dans votre état.
Alors qu'elle ouvrait sa propre canette, il la remercia d'un sourire terne et se laissa tomber dans le canapé – lui tournant incidemment le dos. Le regard de Beckett se posa sur le pansement qui couvrait l'arrière de son crâne, et elle pâlit quelques secondes, sa mine enjouée peu à peu défaite par l'inquiétude. Se mordillant la lèvre avec nervosité, elle leva sa canette puis s'arrêta, avisant ses mains propres et nettes. Elle croyait pourtant encore sentir le contact gluant et tiède du sang sur sa peau, l'odeur métallique et écœurante avec une violence qui faillit lui donner la nausée. Elle baissa un bref instant les paupières, se concentrant sur sa respiration dans l'espoir de se calmer.
Mais depuis cet instant de profonde panique au bord de l'eau, lorsqu'elle croyait sentir la vie de son partenaire lui glisser entre les doigts, la douleur ne l'avait plus quittée. Elle était là, lovée au creux de sa poitrine, cuisante, acérée telle une lame chauffée à blanc qui sournoise, pouvait s'accentuer au moindre de ses mouvements, toujours lorsqu'elle s'y attendait le moins. Dans d'autres circonstances, une telle aggravation l'aurait alertée. Mais ce soir plus qu'un autre, elle ne voulait pas y penser.
Qu'importe ce qu'avait pu dire Gina. Aussi lucides pouvaient être ses paroles, sa place était ici, avec lui… S'ils se défilaient encore une fois, Beckett était certaine que jamais plus ils ne pourraient s'entendre. Trop de silences, trop de non-dits…
Elle rouvrit les paupières, enfin décidée, et le contempla alors qu'il sauvegardait d'une main distraite quelques fichiers sur son ordinateur. Le souvenir de leur baiser lui revint soudain avec force, et de le voir si proche, si accessible, lui fit comme un baume sur son âme épuisée. Il l'aimait, elle le savait, le sentait depuis des mois : jusque-là, elle n'avait tout simplement pas été prête à l'accepter. Sa présence strictement amicale mais indéfectible et chaleureuse l'avait soutenue dans son combat pour retrouver une vie normale. C'était lui qui avait reçu son premier vrai sourire après son réveil à l'hôpital, lui qui avait occupé toutes ses pensées durant l'été, lui encore qui l'avait persuadée de faire une pause dans la course effrénée et destructrice pour élucider le meurtre de sa mère et sa propre tentative d'assassinat. Parce qu'il était le « salaud égoïste et inconscient » qui avait rouvert le dossier de Johanna Beckett, parce qu'il l'avait maintes fois déçue – le plus douloureux avait été son départ au bras de Gina – Castle était ce qui lui était arrivé de pire.
Mais il était aussi ce qui lui était arrivé de meilleur.
Par tout ce qu'il avait éveillé – et réveillé – en elle. Les joies de l'existence même parmi les plus anodines – une partie de poker entre amis, une discussion animée à la fin d'une enquête, un excellent café accompagné d'un sourire tous les matins. Le goût de vivre. La chance de vivre.
Vivre aux côtés de quelqu'un qui compte. Ainsi avait-elle parlé au lendemain de la mort de Montgomery, pendant ce funeste discours qui avait failli constituer son propre adieu.
« Le mieux que l'on puisse espérer est de trouver notre place en ce monde. Et avec beaucoup de chance, de rencontrer quelqu'un qui veuille rester à nos côtés. »
Dire qu'il lui avait fallu plus de six mois, quelques enquêtes, une prise d'otages et plusieurs peurs bleues pour renouer avec un tel raisonnement… Mais plus que jamais, elle avait envie d'y croire. Croire en son regard émerveillé, qu'il avait levé vers elle alors qu'elle se déclarait enfin. Après des mois de solitude, sentir une nouvelle fois cette simple étreinte, possessive mais si précautionneuse, sécurisante, qui l'avait accompagnée alors qu'elle basculait, blessée à mort mais sereine, dans l'inconscience au cimetière.
Elle appréciait ces enquêtes qu'ils menaient de front, mais plus encore c'était lui qu'elle voulait. Tant pis pour leur tandem devenu légendaire : si pour le protéger elle devait renoncer à tout ça, alors elle n'hésiterait pas. S'il l'aimait, réellement et aussi fort que ce qu'elle se surprenait à éprouver pour lui, leur lien résisterait à la fin de leur partenariat, elle devait s'en persuader.
Alors la peur au ventre, le cœur battant à tout rompre, elle contourna le canapé, son regard intense rivé sur lui, et avec lenteur s'assit sur l'accoudoir à la gauche de l'écrivain. Peu représentative de sa détermination intérieure, sa voix était enrouée, lui vint avec difficultés. Elle s'éclaircit discrètement la gorge, espérant par là même attirer son attention alors qu'il scrutait obstinément son écran vide. Elle ne comprenait pas son attitude curieusement distante. Du moins pas encore, mais elle avait bien l'intention d'y remédier.
Un coup d'œil à ses mains, larges et masculines, qu'elle devinait chaleureuses, douces et en même temps fermes, et elle se mordit la lèvre, se refusant – pour l'instant – à glisser sa propre paume au creux de la sienne. La dernière fois qu'elle l'avait touché, à son départ en ambulance du Four Seasons, il lui avait paru glacé. Seul un nouveau contact semblait pouvoir chasser un tel souvenir tactile de son esprit…
- Castle… à propos de ce qui s'est passé tout à l'heure au Four Seasons… Je…
- Je sais. C'était une erreur.
Beckett cligna faiblement des yeux. Lui avait fermé les siens, sourcils froncés, poings serrés. Elle déglutit en silence, se raccrochant avec conviction à la passion stupéfiante de leur baiser.
- Je… je ne l'avais pas vraiment envisagé comme ça… mais…
- J'ai entendu ce que disait Gates au téléphone. Venez-en au fait, Beckett.
- Mais de quoi vous parlez ?
Il cessa enfin de fuir son regard, et de nouveau elle entrevit cette peine, cette hargne blessée et incompréhensible qui brûlait au fond de ses prunelles bleues. Sa mâchoire se contracta alors qu'il la fixait avec une intensité presque douloureuse.
- Je ne peux plus travailler avec vous. C'est bien ce que Gates a dit après qu'on ait retrouvé Nashburn dans le coma, non ?
Elle resta sans voix, et il prit son mutisme stupéfait pour un acquiescement. Castle s'assombrit davantage, l'air déçu et malgré tout coupable.
- J'imagine qu'elle n'aura jamais d'aussi belle preuve de mon incompétence. A cause de moi, Jared a eu le temps d'obliger Nashburn à…
Ses paroles moururent sur ses lèvres, et soucieux, l'air dépité et fautif, il baissa la tête. En un éclair Beckett reconstitua l'enchaînement d'évènements qui avait suivi la découverte de Nashburn inanimée. Gates avait sommé Esposito de lui passer sa supérieure : Beckett s'était éclipsée avec ses deux lieutenants pour écouter le sermon cuisant de leur capitaine, furieuse de s'être faite remonter les bretelles par ses propres patrons désireux de minimiser le scandale Nashburn en évitant l'ingérence de la presse. Elle n'en avait que des souvenirs imprécis, mais les paroles de Gates mise sur haut-parleur auraient effectivement pu être trompeuses pour qui n'avait pas suivi la remontrance depuis le début. Soudain tout s'éclairait : la brusque rebuffade de Castle, son comportement glacial dans l'ascenseur, alors qu'elle l'avait rejoint en espérant – bien malgré elle – trouver auprès de lui un rien de réconfort. Son départ précipité du Four Seasons, ses paroles, cinglantes par leur neutralité et par leur déni de ce qui s'était passé dans la suite Penthouse. Il avait cru qu'elle allait le virer sur ordre de Gates, purement et simplement, sans en éprouver le moindre remords, et qu'elle était là cette nuit pour la même raison. Comme si elle en était capable !
Ayant enfin identifié le pourquoi de son attitude distante, elle retint à grand-peine un sourire soulagé, tandis qu'un poids jusque-là ignoré tombait de ses épaules. Il n'avait donc pas quitté le Four Seasons parce qu'il avait peur de s'engager avec elle – ou pire, parce qu'il s'en fichait…
- Gates ne sait rien de tout ça. Ryan et Esposito ont spontanément affirmé que j'avais été joignable dès l'instant où ils avaient tout compris en visualisant la vidéosurveillance. Et les premières expertises prouvent que Nashburn s'était déjà injecté sa double-dose alors même que nous étions en train d'arrêter Wood. Même si nous ne nous étions pas… éclipsés, murmura-t-elle en hésitant, nous ne serions jamais arrivés à temps pour arrêter Jared et sauver Nashburn.
- Mais Gates vous a pourtant ordonné de « régler cette affaire »… Elle parlait d'un ami du maire qui avait dépassé les limites !
- Ce n'était pas de vous qu'il était question, Castle, souffla-t-elle en hochant la tête. Walter Nashburn faisait un scandale pour intimider le NYPD, Gates m'a chargée de lui mettre les points sur les i.
À son bref étonnement, cette révélation parut le consterner. Plissant le front, Beckett glissa de l'accoudoir et s'assit à ses côtés, chercha à capter son regard tandis qu'il fixait le sol avec un désespoir évident.
- Castle… Qu'est-ce que vous vous étiez imaginé ?
À l'entente de sa voix toute proche, l'interpellé tressaillit. Il se détourna vivement.
- Ça n'a pas d'importance… J'ai réfléchi. Tout ça ne nous mènera nulle part, Beckett, inutile de continuer à se mentir.
Et sans lui adresser le moindre coup d'œil, il quitta le canapé et s'éloigna de quelques pas, parut s'abîmer avec résignation dans sa contemplation de la nuit, froide et obscure derrière les fenêtres.
- Il vaut mieux qu'on arrête là.
Le cœur de Beckett fit une brutale embardée, tandis que cruelle la balle tailladait sa chair d'une douleur brûlante et à peine supportable. Elle se crispa de tout son être le temps d'une seconde, et le souffle court, reprit la parole d'une voix mal assurée.
- Comment ça, ça ne mène nulle part ? Que voulez-vous dire ?
- Pour vous non plus, ça n'était visiblement pas grand-chose. Vu la rapidité à laquelle vous y avez renoncé.
- Mais puisque je vous dis que Gates ne parlait pas de vous au téléphone ! s'exclama-t-elle, exaspérée. Il n'a jamais été question que je vous renvoie, Castle ! Enfin, c'est…
- En attendant, tout ça, c'était « une erreur » !
Sur le point de répliquer, Beckett se figea alors, et peu à peu son sang se glaça dans ses veines.
« Elle a raison. Ça ne peut pas continuer… »
Elle contempla Castle avec effarement. À travers sa réplique vibrante d'une colère mal contenue, elle reconnaissait ses propres paroles, murmurées sans réfléchir à l'hôpital, peu après avoir enduré les arguments si cruellement véridiques de Gina.
« Tout ça… c'était une erreur… »
Elle écarquilla les yeux. Enfin elle comprenait de quoi il était réellement question. C'était donc ça, cette lueur pétrie de rancune et de tristesse – de haine ? – dans le regard perçant de son partenaire. Il l'avait entendue alors qu'à bout de nerfs, se croyant seule et à l'abri des oreilles indiscrètes, elle avait déploré les risques inconsidérés qu'ils avaient pris au cours des dernières années.
D'abord atterrée, elle sentit la colère et la rancœur l'envahir alors qu'elle réalisait qu'il l'avait trahie. Certes lorsqu'elle l'avait rejoint en service de réanimation, elle nourrissait déjà le projet de faire cesser ce partenariat qui avait failli lui coûter la vie. Mais plus que tout, elle avait espéré, du fond de son cœur malmené par la détresse et la douleur, qu'elle pourrait le voir, le rabrouer pour avoir jouer les héros mais surtout lui parler, le toucher, discuter avec lui de cette étreinte au bord de la piscine, comprendre, trouver à deux une solution pour s'en sortir…
Mais lui, il avait fait le mort ? Il l'avait écoutée sans vergogne, avait perçu les larmes dans sa voix affaiblie, et n'avait même pas bronché ?
À son tour elle se leva d'un bond, frémissante de stupeur et de rage.
- Vous étiez conscient ? J'étais morte d'inquiétude et vous, vous n'avez rien dit ?
Il eut un léger recul face à sa véhémence, mais renchérit sans hésiter.
- Qu'est-ce que ça peut bien faire ? Vous aviez déjà décidé que ça devait s'arrêter là !
- Le fait de travailler ensemble, oui ! Vous veniez encore une fois de prouver que mon milieu n'est pas une place pour un civil !
- Mais qu'est-ce qu'il y a entre nous, justement, Beckett ? À part le fait de bosser ensemble ? Rien !
Sa réplique fut si brutale, si mordante, son regard si brûlant d'amertume, que Beckett eut l'impression qu'il l'avait giflée. Leur complicité au quotidien, leurs traits d'esprit et leurs jeux de regards… leur baiser au bord de l'eau… ce n'était donc « rien » pour lui ?
- Après votre blessure, pendant trois longs mois je n'ai pas eu le moindre signe de vous, souffla-t-il. Pas une seule fois vous n'avez essayé de me recontacter. Et cette histoire avec Jared m'a fait réfléchir. J'en ai assez d'attendre, Beckett. Même si on continuait à bosser ensemble, tout ça ne me suffirait plus.
En elle, Beckett sentit quelque chose se briser. Quelque chose qui n'avait strictement rien à voir avec la douleur habituelle.
C'était pire que ça. Bien pire. Dans les yeux de Castle, dans sa voix, dans ses mots, elle reconnaissait soudain ces hommes qui avaient partagé ne serait-ce qu'un fragment de sa vie, et qu'elle avait fini par repousser – ou par perdre. Demming qui au moment de leur rupture, lui avait demandé si au moins elle savait ce qu'elle cherchait. Josh, parti sans se retourner sur une dernière parole blessante, probablement à la mesure de sa propre souffrance.
« J'espère que tu trouveras ce que tu cherches, Kate. Moi, j'en avais assez de constamment te courir après. »
Elle avait gagné. Elle était en train de vivre la même chose face à lui, face à Castle. Face à Rick !
- Vous ne pouvez pas dire ça… !
Ses mots restèrent coincés en travers de sa gorge, et une vive colère mêlée d'angoisse s'empara d'elle. Les larmes lui montaient aux yeux, brûlantes, et soudain sa fierté reprit le dessus, d'une nature sauvage comme jamais. Elle serra les poings tandis que ses yeux verts étincelaient de hargne.
- Je vous interdis de me juger. Un peu plus, et vous seriez mort noyé à l'heure qu'il est, Castle ! Parce que vous n'êtes pas foutu d'analyser une situation en gardant la tête froide !
Alors qu'elle se sentait perdre peu à peu le contrôle, Castle parut au contraire recouvrer son calme, et murmura presque avec indifférence.
- Justement, il est temps d'arrêter les frais.
De le voir aussi maître de lui, aussi inexpressif alors que ses paroles n'avaient jamais été aussi porteuses de sens, ne fit que la révolter davantage. Elle s'avança vers lui, tremblante de rage.
- Vous avez failli mourir, Castle ! Ça n'est pas quelque chose qu'on choisit d'écarter comme ça, ça n'est pas « rien » ! Tout comme ce qui s'est passé près de cette piscine !
A sa mince satisfaction, l'allusion à leur étreinte parut l'ébranler. Face à son regard soudain bien moins déterminé, elle s'obligea à baisser d'un ton, prit une longue inspiration qui manqua de lui arracher un gémissement de douleur. Négligeant le fait qu'il avait très probablement vu sa grimace de souffrance, elle le regarda droit dans les yeux.
- Je sais que je n'ai pas été facile à approcher jusque-là, souffla-t-elle dans un léger sanglot. Et qu'il s'est passé beaucoup de choses l'an dernier sur lesquelles j'ai refusé qu'on revienne. Mais cette fois… Cette fois, je ne veux pas qu'on fasse comme s'il ne s'était rien passé ! Dans quelques jours vous partez en tournée, et je ne veux pas qu'on se quitte comme ça ! Il faut qu'on en parle, une bonne fois pour toutes !
Elle n'avait cessé de s'approcher, n'avait qu'à tendre la main pour enfin le toucher. Comme si cette proximité lui était insupportable, Castle croisa fermement les bras, hurlant son refus jusque dans son attitude.
- Il n'y a rien à dire, Beckett… Ce n'était qu'un baiser. C'est tout.
- « C'est tout » ?
A bout de nerfs, Beckett faillit s'étrangler en répétant ses mots. Ce soir elle avait vu mourir un homme, en avait tué un autre, et avait cru le perdre, lui. Bon sang, elle avait eu si peur qu'elle avait enfin avoué à quel point elle l'aimait, elle qui même lors de sa propre agonie n'avait pas su le reconnaître !
- « C'est tout » ?! Et qu'est-ce qu'il vous aurait fallu de plus, monsieur l'écrivain ? Que je vous drague de manière éhontée comme cette allumeuse de Karen Bishop ?
- En tout cas, quand elle s'adressait à moi, elle ne jouait pas la comédie, elle ! gronda Castle.
- Excusez-moi ? Il me semble que le moment était plutôt mal choisi !
Il se rembrunit encore, et finit par se détourner vers une fenêtre, la laissant tremblante et comme vidée de ses forces.
- Peu importe ce qui s'est passé là-bas. J'ai pris ma décision.
Foudroyée, Beckett mit un long moment à retrouver ses esprits. Laborieusement elle reprit son souffle, coupé par la consternation et l'angoisse. Sournoise la douleur salua son retour à la réalité, et son attaque fut si vive, si poignante qu'elle faillit s'écrouler.
- Castle, s'entendit-elle dire dans cet état transitoire de semi-conscience. Après tout ce temps, vous me connaissez suffisamment, vous savez que je n'aurais jamais fait une chose pareille si vous n'étiez « rien » pour moi…
Comment pouvait-il envisager de couper les ponts, maintenant qu'elle s'était enfin livrée à lui ? Comment lui, qui l'avait toujours surprise par sa sensibilité, par ses manières et ses paroles si attentionnées, pouvait-il renier sans hésitation ce qu'elle s'était enfin décidée à lui accorder ?
- Castle… !
L'épuisement, la tension, la douleur et l'émotion, tout ça ne formait plus qu'un brouillard dans son esprit malmené. Sa voix n'était plus que gémissante, mais elle n'y faisait guère plus attention. Les images tant honnies - Castle flottant entre deux eaux, Castle inerte dans ses bras alors qu'elle criait, implorant pour qu'on les aide – lui revinrent avec une netteté terrifiante.
- Vous avez failli mourir, Castle… Sous mes yeux !
Comment pouvait-il croire qu'une telle expérience ne l'avait pas atteinte ? Elle qui aurait donné sa vie pour lui ?
Elle recula de quelques pas, peu à peu anéantie par le trop-plein d'émotions et de douleur. Sans pitié, la balle lui vrillait les côtes à chaque souffle. Contrainte à restreindre sa respiration sous peine de finir par hurler de souffrance, elle eut un léger vertige.
- Beckett, qu'est-ce que vous racontez ?
Le ton stupéfait de Castle l'exaspéra sur l'instant, et elle reprit le dessus sur l'épuisement autant physique que mental qui menaçait de l'emporter.
- Mais qu'est-ce que vous croyez, bon sang ? s'exclama-t-elle avec fatigue. Jared était en train de vous achever, je l'ai descendu pour vous sauver ! Et vous ne respiriez pas…
Elle rouvrit les yeux – sans parvenir à se souvenir depuis quand elle les gardait fermés – et la lumière tamisée des quelques lampes agressa sa vision momentanément trouble.
- Je venais à peine de réaliser à quel point vous m'étiez… important… Et tout ce sang, d'un coup…
- Je ne comprends pas, Beckett… Vous… vous étiez là ?
Soudain le silence lui parut plus lourd que jamais, presque menaçant. Ramenée de force à la réalité, elle inspirait à petits coups, le torse lancinant.
- …Quoi ?
Devant la fenêtre, Castle lui faisait à nouveau face. Sur son visage, elle ne devinait rien d'autre qu'une immense et sincère stupeur. Muet, il parut réfléchir longuement, fronça les sourcils comme si cela lui demandait un effort considérable.
- Wood s'est enfuie, je me suis battu avec Jared, ma tête a heurté le sol… Puis nous sommes tombés à l'eau, et…
Jusque-là rivés au sol, ses yeux s'ancrèrent dans les siens. Inquiets. Troublés.
- Wood est revenue avec des secours, non ?
Interdite, elle plissa le front à son tour. Elle ne voyait pas où il voulait en venir avec cette question. De quoi parlaient-ils depuis toute à l'heure ?
- Oui… bien sûr, bien plus tard, certainement lorsqu'elle m'a entendue appeler à l'aide ! Mais…
Et soudain, la vérité lui apparut. Elle le contempla, mortifiée, tandis qu'il lui renvoyait un regard anxieux. Perdu. Interrogateur.
-Vous… Vous ne vous souvenez pas ? De moi, de la piscine ? De ce… De ce que j'ai dit ?
Et la réponse, sans équivoque, la fit vaciller.
- Mais Beckett… De quoi parlez-vous ?
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Endless Night Part One – To be continued
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La suite d'ici très peu de temps… Vendredi, samedi ?
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Vos réactions sont toujours les bienvenues… Ne frappez pas trop fort, la 2e partie fera près de 20 pages et déchaînera les passions…
Elenthya
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Plus d'infos sur www. face book pages /Elenthya/295640977174321
