Chapter 11
Endless Night - Part Three
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« …Them… ? »
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Il avait chaud, manquait d'air. La douleur irradiait dans toute sa nuque, sourde, mais il était si ailleurs qu'il ne la sentait même plus. Il s'éjecta de l'ascenseur, traversa le hall au pas de course et sortit dans la rue. L'air glacé de la nuit lui fit l'effet d'une gifle, et il resta quelques instants debout sur le trottoir désert, hébété, la respiration sifflante. Le cœur battant à tout rompre.
La fusillade. Pendant des semaines, des mois entiers, il avait ressassé chaque seconde passée là-bas penché sur elle, à la tenir entre ses bras tremblants et impuissants face à son martyre. À chercher son regard, à murmurer des supplications sans aucun sens, comme pour lui fournir un nouvel appui, un autre lien avec le monde réel qu'elle quittait inexorablement. Ses nuits avaient été habitées des moindres détails de son agonie : sa peau qui pâlissait et tiédissait un peu plus à chaque instant, ses épais vêtements d'apparat qui s'imbibaient de sang, encore et encore. Ses lèvres entrouvertes sur une respiration irrégulière, laborieuse, plaintive alors que sa poitrine se soulevait spasmodiquement, comme pour vainement inspirer un oxygène qui ne lui suffisait plus.
Ses larmes, perles cristallines qui avaient marbré ses tempes comme en un ultime aveu muet de sa douleur et de sa panique. Ses yeux de jade qui s'étaient accrochés aux siens, une dernière fois, et avaient paru s'adoucir alors qu'il lui murmurait ces mots qu'il retenait depuis si longtemps.
« Je t'aime, Kate… Je t'aime… »
Ses inspirations forcées et sifflantes qui s'étaient calmées en quelques secondes, la terreur dans son regard qui avait paru se voiler. Un léger spasme sur ses lèvres, sa tête qui doucement s'était abandonnée à sa main glissée sous sa nuque. Ses paupières qui s'étaient baissées, chassant de ses cils de nouvelles larmes épuisées.
Et enfin sereine, elle avait simplement cessé de respirer.
À cette réminiscence, Castle eut une violente nausée, se laissa aller contre le mur de son immeuble, les yeux fermés sur une grimace de douleur pure. Combien de fois avait-il fait ce cauchemar, combien de fois s'était-il rejoué la scène dans les moindres détails, encore et encore ? Au point qu'il en avait souhaité par instants d'oublier à son tour, pour enfin vivre en paix !
Mais il avait été le simple spectateur horrifié de son agonie : il se souvenait de tout, absolument tout.
Et elle aussi. Bon sang, elleaussi!
Elle lui avait menti, s'était tue pendant tout ce temps. Elle avait tout entendu, elle savait pour lui, elle savait pour tout ! Et elle n'avait rien dit… rien… Pourquoi ?
Pourquoi… ? Alors qu'il entrevoyait la réponse – cette pénible et décevante réponse – il sentait venir ses propres larmes. Ils étaient partenaires. Ils étaient amis. Ils avaient bravé la mort ensemble plusieurs fois. Lorsqu'elle s'était révélée amnésique, il lui avait fait confiance. Alors même si elle ne l'aimait pas, même s'il l'avait gênée avec cette déclaration absurde, comment avait-elle pu le laisser aussi longtemps se bercer d'illusions… ?
- Castle. Ça va ?
Dans un sursaut de stupeur, l'interpellé rouvrit les yeux et se détacha aussitôt du mur, contempla d'un air interdit l'homme qui lui faisait face. Celui-ci eut un léger recul devant sa réaction, mais n'ajouta rien.
- Es… Esposito ?
- Yo. Café ?
Il baissa les yeux sur le gobelet étanche qu'on lui tendait, s'en saisit par réflexe, puis Esposito s'éloigna d'une démarche nonchalante. Eberlué, Castle suivit l'hispanique du regard, puis lui emboîta le pas alors qu'il traversait l'avenue déserte en direction d'un banc – sur le dossier duquel il prit place, en parfait gosse new-yorkais.
- Je ne pensais pas tomber sur vous, annonça Esposito de sa voix basse et traînante avant de porter son propre gobelet à ses lèvres.
Resté debout, Castle haussa les sourcils.
- Vous êtes en bas de chez moi, Esposito, fit-il remarquer, son aplomb retrouvé. Même s'il est trois heures du matin passées, ce n'est pas si surprenant.
- Je pensais plutôt que ce serait Beckett qui partirait, répliqua l'autre tout en scrutant les alentours d'un œil neutre.
D'abord étonné, Castle se renfrogna.
- Et… comment vous saviez qu'elle était là ?
- Lanie s'inquiétait pour elle, alors elle a fini par essayer de la joindre. Le portable de Beckett est H.S., et elle ne répondait pas sur son fixe. Lanie s'apprêtait à faire un saut à son appartement quand le boulot l'a appelée sur une scène de crime. Du coup je suis allé me renseigner pour elle, chez Beckett, puis à l'hôpital. Là ils m'ont dit que vous étiez sorti. J'ai supposé que Beckett vous avait rejoint pour vous le reprocher.
Si Castle n'avait pas été d'une humeur aussi massacrante, il aurait souri du rapport d'Esposito, relaté de son accent monocorde si particulier.
- Lanie ne se serait pas contentée d'une hypothèse, alors je suis monté jusqu'à votre étage pour m'assurer qu'elle était bien avec vous.
Sur ces mots il eut un petit coup d'œil embarrassé vers Castle. L'écrivain saisit sans peine la raison de sa gêne : il avait entendu leur dispute, ou du moins une partie.
- Je n'ai pas voulu frapper, j'ai préféré attendre ici… au cas où.
Il eut cette moue interrogatrice, presque enfantine, un peu étrange pour un homme de sa trempe. Castle eut un signe de tête entendu : depuis plus de six ans que Beckett travaillait avec Ryan et Esposito, ils entretenaient avec elle et malgré leur vouvoiement une relation très proche d'un lien frère-sœur. Même sans l'insistance de Lanie, Esposito aurait très certainement choisi de « camper » en bas de l'immeuble, au cas où sa supérieure déjà sérieusement éprouvée aurait eu un ultime clash avec son écrivain…
Dans un profond soupir, Castle s'assit de l'autre côté du banc.
- Vous voulez en parler ? hasarda Esposito après un court silence.
Castle lui décocha un regard amer en guise de réponse. Esposito fixa à nouveau droit devant lui.
- Ok, c'est vous qui voyez.
Le silence – relatif dans une ville comme New-York – revint et s'appesantit. Plongé dans d'obscures pensées, Castle finit malgré tout par reprendre la parole.
- Je vous envie avec Lanie. En près d'un an, vous avez eu le temps de former un couple, de vous séparer sur un coup de tête puis de vous remettre ensemble.
Esposito lui lança un coup d'œil désabusé.
- Sacré résumé, Castle, mais ça n'est pas aussi facile que ça entre nous. Pour voir la vie en rose, c'est plutôt Ryan et Jenny qu'il faut consulter.
- Mais au moins c'est une relation qui évolue, répliqua l'écrivain avec fatigue. Vous vous parlez. Vous avancez…
Esposito prit une gorgée de café, eut une grimace.
- Ne mélangez pas tout. La mère de Lanie n'a pas été assassinée en pleine rue, et sa fille ne s'est pas pris une balle en essayant d'élucider son meurtre. Beckett ne s'en sort pas si mal… Et puisqu'on y est, ne le lui répétez pas mais elle a fait de sacrés progrès depuis qu'elle vous a dans les pattes. Vous ne pouvez pas vous en rendre compte, c'est tout.
Castle fronça les sourcils mais n'ajouta rien. Le silence s'installa à nouveau, troublé le temps qu'une voiture passe, puis une autre. Si l'écrivain ne parut même pas les remarquer, le lieutenant les suivit par réflexe d'un regard scrutateur.
- Beckett a menti à propos de la fusillade. Elle se souvient de tout.
Esposito cilla un court instant, prit une autre gorgée de café le temps de réfléchir.
- Je m'en doutais un peu.
Castle le considéra avec stupeur, et le lieutenant haussa les épaules, très sérieux et avec malgré tout la désinvolture qui lui était propre.
- J'ai déjà vu ce genre de cas quand j'étais dans les Forces Spéciales. Frôler la mort de cette manière vous changerait n'importe qui, mais Beckett avait un comportement qui ne cadrait pas avec sa prétendue amnésie totale des faits. J'ai supposé qu'elle avait caché tout ça par fierté… Ou alors qu'elle avait peu à peu retrouvé la mémoire, mais qu'elle voulait réellement tout oublier. Qu'est-ce que ça change pour vous, Castle ?
L'écrivain, qui l'écoutait attentivement les yeux rivés au sol, cilla à son tour.
- Beaucoup de choses, répliqua-t-il simplement.
Il fronça les sourcils, déglutit avec anxiété, et hésita tout d'abord à reprendre la parole.
- Tout à l'heure au Four Seasons… Combien de temps s'est écoulé avant que les secours ne nous rejoignent près de la piscine ?
- Je ne sais pas… Beckett avait appelé le 911 en arrivant à l'hôtel, ils étaient déjà en route quand elle vous a retrouvé. C'est Helena Wood qui m'a conduit avec les ambulanciers jusqu'à vous. Vous êtes restés seuls… quoi, quelques minutes ?
Il interrogea Castle d'un coup d'œil, avisa sa mine inquiète.
- C'est important ?
- Aucune idée… Je ne m'en souviens pas. Je suis tombé, Jared m'a entraîné dans l'eau… Et puis plus rien. Je me réveille au bloc.
Il se pencha en avant, les coudes en travers des genoux, l'air soucieux.
- Elle croit que moi aussi je mens en disant ça. Ce n'est pas étonnant…
Esposito laissa planer le silence quelques secondes.
- Et… elle a raison ?
- Où serait mon intérêt dans tout ça ?
Le lieutenant acquiesça d'un grognement, se replongea dans sa contemplation songeuse du vide. L'écrivain déglutit faiblement, en proie aux souvenirs de leur dispute toute récente. Jamais il n'avait vu Beckett dans un tel état. Elle en qui il avait toujours vu une étrange fragilité – probablement due à son passé, elle lui était soudain apparue comme… brisée. Littéralement.
- Lorsqu'elle a compris que je ne me rappelais de rien, elle… Elle s'est mise dans une colère noire. Je ne sais pas ce qui lui a pris…
- Ce soir, Beckett a été obligée de descendre un homme pour vous sauver. Et elle en a vu mourir un autre. Elle a connu des jours meilleurs, fit remarquer Esposito en défense pour sa supérieure et amie. N'importe qui aurait craqué.
Castle se redressa, un peu plus alerte.
- Qui d'autre est mort ?
- Elle ne vous a rien dit ?
- …je ne lui en ai peut-être pas laissé le temps.
Esposito cessa de siroter son café et se redressa à son tour, parut chercher ses mots.
- Dans sa folie pour retrouver Wood, Jared Wagner a tué plusieurs vigiles… Et l'Intendant, Garet Thompson. Je suis désolé pour votre ami, Castle, ajouta-t-il, sincère.
L'écrivain resta un long moment sans bouger, puis baissa la tête, choqué. Avant le gala, il n'avait pas vu Thompson depuis de nombreuses années. D'apprendre sa mort l'attristait malgré tout : il avait grandement apprécié leurs discussions de l'époque où il collectait des infos pour son roman Season Storm. Pour le remercier, il se rappelait lui avoir offert en avant-première un volume d'édition collector, accompagné d'une longue dédicace personnalisée. Thompson avait été si flatté – heureux – qu'il avait fait en sorte que la fête de lancement donnée au Four Seasons soit inoubliable…
- Alors ? Vous allez faire quoi ?
A contrecœur, Castle s'arracha à ses pensées. La gorge un peu nouée par tous ces lointains souvenirs, il haussa les épaules, s'efforçant d'avoir l'air détaché.
- Ce qu'on fait de mieux, j'imagine. Ne pas en parler.
- Et ça vous a réussi jusque-là ?
Castle ne chercha même pas à répondre. Après quelques secondes, Esposito qui jusque-là jouait l'indifférent parut se décider à intervenir.
- Ecoutez, je ne sais pas ce qui vient de se dire entre vous, et ça ne me concerne pas. Mais j'ai vu Beckett quand vous étiez coincé dans cette banque avec les preneurs d'otages, et j'étais avec elle pendant qu'on vous embarquait dans l'ambulance tout à l'heure. Franchement Castle, n'allez pas me dire que vous n'êtes que partenaires. Il n'y a plus que vous deux pour croire à un truc pareil.
- … En ce qui me concerne, je n'y crois plus non plus, souffla l'autre. Elle veut que notre partenariat cesse. Et dans l'état actuel des choses, je ne vois pas pourquoi je m'y opposerai.
Esposito accueillit la nouvelle avec une stupeur non feinte. Pinçant les lèvres comme pour retenir une parole irréfléchie, il parut ensuite jeter sa prudence aux oubliettes.
- Beckett a croisé Gina pendant que vous étiez au bloc. Lanie m'a dit que ça avait failli tourner à la bataille rangée.
L'écrivain eut un petit rire amer.
- J'ai raté ça ? J'imagine très bien la scène… C'est pour ça que Gina était d'une humeur massacrante quand elle est venue me voir. Beckett doit certainement être la seule femme de cette ville à pouvoir lui tenir tête.
Le silence dubitatif d'Esposito, ajouté à son regard insistant, eut le don d'attirer son attention. Il plissa le front, interrogateur.
- Quoi ?
- D'après ce que m'a dit Lanie, Gina a été très persuasive quant aux risques que Beckett vous faisait courir. Suffisamment pour que Beckett ne sache plus quoi dire. Elle devait être encore sous le choc… La soirée a été longue pour tout le monde.
« Elle a raison, c'était une erreur… »
Les paroles de Beckett prononcées à son chevet prirent soudain un tout autre sens. Il cilla, coupable. Sa partenaire avait de l'aplomb, mais il savait à quel point son ex-femme pouvait être retorse et pointue dans ses arguments… Que ce soit dans un contexte professionnel ou plus personnel, Gina était une remarquable oratrice, œuvrant via une combinaison toujours plus efficace de raisonnements en béton et d'émotionnel pur. On ne parvenait pas à un poste comme le sien par chance, encore moins en étant pistonné. Dans une autre vie, Gina aurait pu être avocate ou juriste que ça ne l'aurait pas étonné…
En soupirant, il leva la tête et contempla le ciel noir d'encre. Quelques heures seulement auparavant, il admirait ce même ciel aux côtés de Beckett, dans cette suite plongée dans la pénombre, au sommet du Four Seasons. Il s'était passé tellement de choses entre temps… Leur situation déjà bien difficile s'était compliquée au-delà de l'imaginable.
- Je n'en reviens toujours pas. Comment est-ce qu'elle a pu se taire… tout ce temps ?
- Aucune idée, Castle. C'est votre histoire, et j'ai déjà assez à faire avec Lanie. Ce doit être ça, que de sortir avec une femme qui fait un boulot d'homme…
Pensif, l'écrivain acquiesça en silence. Esposito termina son café d'un trait.
- Mais quoi qu'il ait pu se passer il y a deux heures ou il y a six mois… Ce n'est pas ça le plus important. La seule question que vous devez vous poser, c'est ce que vous voulez faire, maintenant.
Il quitta le banc, jeta son gobelet vide dans une poubelle voisine.
- Quand on y réfléchit bien, au final, c'est la seule chose qui compte.
Castle eut un léger froncement de sourcils. Une façon assez carrée – simpliste ? – de voir la situation. Et pourtant… N'avaient-ils pas justement besoin de faire simple ? Pour une fois ?
- Je vais aller rassurer Lanie. Ça la stresse de ne pas pouvoir joindre Beckett. Elle s'imagine tellement de trucs lorsqu'elle fait une autopsie…
Esposito allait s'éloigner, les mains dans les poches de sa veste, mais s'arrêta au bout de quelques pas.
- Une dernière chose, Castle. Pas un mot de cette discussion à Beckett. Si Lanie apprend que je vous ai raconté tout ça, elle me descend.
Castle ne put retenir un mince sourire. C'était toujours intéressant de constater à quel point quelqu'un comme Esposito, ancien militaire, flic un peu roublard mais au cœur d'or, se laissait mener par le bout du nez par sa petite amie.
- C'est compris.
- Ça vaudrait mieux pour vous, commenta Esposito en plissant les yeux. Lanie est rapide avec un scalpel, mais j'aurai toujours le temps de vous coller une balle avant d'y passer. C'est clair ?
- Très clair. Esposito… Merci.
Le lieutenant lui lança un dernier regard, qu'il accompagna d'un petit sourire désinvolte… et en même temps compréhensif.
- …De rien, Bro. Bon courage.
Castle le regarda s'éloigner de son pas souple et rapide, s'engouffrer dans sa voiture garée sur le bas-côté et disparaître au coin de la rue. Puis il voulut lever les yeux vers le ciel noir d'encre mais s'arrêta à mi-chemin, sur le seul étage de son immeuble encore éclairé malgré l'heure tardive. Son sourire effacé, il quitta le banc, guettant sans trop s'en rendre compte un signe, un mouvement derrière les fenêtres de son loft. Son attention erra ensuite vers le bout de l'avenue, plus fréquentée, où comme pour appuyer ses pensées, passait un yellow cab dans un ronronnement discret de moteur. Suite à sa brusque décision de partir dans les Hamptons, il avait déjà son passeport sur lui et de l'argent en liquide, un compte en banque aux réserves plus que suffisantes… Et Alexis était en voyage avec le lycée. Il pouvait héler un taxi, rejoindre l'aéroport, et simplement disparaître pour quelques jours. Il enverrait un message à Black Pawn pour leur signifier de ne pas le chercher, qu'il serait de retour à temps pour la première séance de dédicaces à Boston, la semaine suivante.
Il pouvait partir. Aller n'importe où. Dans douze heures, se retrouver à l'autre bout du monde, loin de tous, loin de tout. Loin d'elle…
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Castle pouvait partir. N'importe quand.
Il l'avait déjà fait un an et demi auparavant, lorsqu'elle-même était encore avec Demming. Probablement parce qu'il ne supportait pas à l'époque de la savoir avec un autre. Peut-être, peut-être pas. Et avec cette histoire de tournée imminente, il aurait une excuse parfaite pour ne pas revenir à New-York avant un bon mois. Dans le meilleur des cas.
Beckett s'était donc résolue à l'attendre, quitte à provoquer une nouvelle dispute, à ce qu'ils s'entredéchirent un peu plus. Ils n'étaient plus à ça près… Et elle n'aurait de toute manière pas supporté de retrouver le silence et le désert de son appartement, sans avoir tout tenté une dernière fois.
D'une main lasse, elle effaça les larmes muettes qui continuellement glissaient sur ses joues. La douleur sur son sternum était toujours là, sourde, lancinante à chacune de ses inspirations. Epuisée, elle s'attachait à rester aussi calme et détendue que possible, pour ne pas souffrir davantage… Facile à dire, certainement pas à faire dans son état de nerfs.
Elle ne regrettait pas de s'être trahie. Du moins, pas autant qu'elle l'avait craint. Le secret la rongeait depuis trop longtemps, avait pris tant d'ampleur qu'il avait fini par la paralyser tout entière. Qui sait jusqu'à quand elle l'aurait supporté avant de s'écrouler ? Désormais l'abcès était crevé, la vérité s'était faite au grand jour… Et advienne que pourra.
Elle ne voulait plus fuir. Elle ne pouvait plus de toute manière… Qu'aurait-elle fait ensuite ? Tous les évènements de cette interminable nuit, les bons comme les moins bons, lui avaient fait comprendre à quel point Castle lui était cher : elle ne voulait pas risquer de le perdre une fois de plus. Alors qu'importe qu'il lui en veuille au point de ne plus la revoir, elle essaierait de le convaincre de lui laisser une dernière chance. Qu'importe qu'il ait menti et joue les amnésiques pour se venger d'elle et de la souffrance qu'elle lui avait causée. Etait-elle prête à tout faire, tout accepter, si seulement cela pouvait le garder auprès d'elle ?
Elle ferma les yeux, épuisée par le manque de sommeil, les larmes et la douleur constante. Oui… C'était son tour de prendre des risques, de lui courir après. Ça n'avait jamais été son genre de s'accrocher ainsi à un homme, mais au diable son orgueil ! Pour lui, elle était prête à tout…
Elle l'aimait à ce point.
- Beckett ?
Alors elle rouvrit les paupières, inconsciente des larmes qui roulèrent à nouveau sur ses joues, et levant les yeux le dévisagea sans surprise, lui qui était entré d'un pas feutré et qu'elle avait fait semblant de ne pas entendre venir. Assise et très raide au bord du canapé, elle murmura d'une voix rauque ce que blessée dans sa fierté, elle n'avait pas même songé à lui dire la fois précédente.
- …Je suis désolée.
Elle était sincère. Réalité ou pure machination, elle pouvait désormais comprendre ce que Castle avait enduré pendant plus de six mois. Et elle s'étonnait presque qu'il accepte encore de lui parler.
Il la contempla un long moment, d'un air froid mais malgré tout empreint de douleur et de rancune. Il parut tergiverser, comme troublé par l'attitude de Beckett, puis s'humecta les lèvres et prit la parole.
- Je peux imaginer pourquoi vous m'avez menti. Mais ce n'est pas pour ça que je vous pardonne. Pas tout de suite en tout cas… Je crois qu'il me faudra un peu de temps.
Elle baissa la tête alors qu'il détournait les yeux, et se mordit la lèvre. Pas de surprise, et pourtant…
- Je… comprends, souffla-t-elle avec douceur. Vous en avez le droit.
Elle gardait les yeux obstinément baissés, incapable de soutenir son regard.
- Cela dit, Beckett, j'ai déjà essayé une fois de vous rayer de ma vie…
Il se revoyait partir avec Gina, pensant laisser une Beckett indifférente en pleine idylle avec Demming. À la base, ces congés dans les Hamptons auraient dû être la première étape vers une cessation définitive de leur partenariat.
- Et… ?
Mais dès son retour à New-York, il n'avait plus eu qu'une seule envie : la revoir…
- Ça n'a servi à rien.
Elle hésita, puis s'autorisa à le regarder de nouveau. Les yeux perdus dans le vide, il avait un sourire étrange, doux et amer. Beckett sentit son cœur s'emballer, partagée entre la culpabilité, l'inquiétude et la curiosité.
- Et encore maintenant, j'en suis incapable. Tant que je ne saurai pas de source sûre que ça ne peut pas marcher, je ne pourrai pas avancer.
Lorsqu'il osa enfin se tourner vers elle, leurs regards s'accrochèrent, ne se lâchèrent plus. Elle lui répondit d'un même sourire, triste et doux, et pour la première fois depuis ce qui semblait être une éternité, ils se sentirent comme habités de la même pensée.
Tout ça pour en arriver là… Pourquoi était-ce toujours si compliqué entre eux ?
Elle se décala sur le canapé, en une invitation hésitante et muette. Il finit par s'asseoir, encore vêtu de sa veste, et croisa les mains devant lui d'un air songeur. Rassérénée par son retour, elle se détendit un peu, supportant tant bien que mal la douleur qui la taraudait toujours.
- Je suis désolé pour cette histoire d'amnésie, reprit-il après un long silence, les yeux rivés au sol. Ce qui s'est passé là-bas, c'était… important ?
Elle eut un frisson, prise de court, et sa gorge se noua au souvenir évoqué, images transcendées d'une passion et d'un renoncement qui maintenant semblaient irréels et infondés. Malgré ses résolutions elle lui jeta un regard meurtri alors qu'il fixait le sol, et avisa alors son expression affligée, presque torturée. Ses mains larges étaient si contractées l'une sur l'autre qu'elles en blanchissaient. Elle se mordit la joue, troublée.
- …Vous ne vous souvenez vraiment de rien ? souffla-t-elle d'une voix atone, qui s'efforçait de dissimuler l'urgence d'une telle question.
« Vous êtes un grand malade, monsieur l'écrivain… »
Il eut un simple hochement de tête, mais dans ses yeux baissés, elle devinait enfin la vérité. Ou bien était-ce qu'elle avait tout simplement envie d'y croire ?
« …Un grand malade. Et c'est pour ça que… »
Vaguement embarrassée, elle chercha ses mots, en vain. Finalement elle hésita quelques secondes puis frôla son bras crispé, et il se détendit aussitôt. Il leva un regard étonné vers elle, tandis que silencieuse elle glissait sa main dans la sienne, la serrait avec force. Comme ce fameux soir où par miracle le tueur en série surnommé 3XK l'avait épargné, elle éprouvait le besoin de le toucher, de s'assurer qu'il était bien là…
Elle eut une inspiration, puis ses prunelles couleur de jade osèrent enfin croiser celles interrogatrices de Castle. Elle déglutit discrètement alors qu'il la contemplait sans mot dire. Et négligeant de longues et hasardeuses explications, elle fit confiance à son instinct.
- …Je t'ai dit que je t'aimais.
Foudroyé, il eut un léger recul et cligna plusieurs fois des yeux, donnant comme l'impression de s'éveiller d'un songe. Puis lentement il retira sa main, laissant celle de Beckett retomber sur le canapé. Peu à peu le visage de Castle se fit neutre, imperturbable.
Elle sentit son cœur se serrer devant si peu d'émotions, et baissa la tête avec une indifférence feinte, en réalité mortifiée. Elle aurait dû s'y attendre. Elle aurait dû se douter qu'après tant de déceptions, il ne répondrait pas à une telle spontanéité. Il avait trop souffert…
Honteuse, elle allait se lever quand une main effleura sa joue. Figée elle se laissa faire, ne put retenir un frisson de surprise. Lentement elle lui fit à nouveau face, et resta prisonnière de ces iris bleus assombris, scrutateurs, attentifs tandis qu'il effaçait ses larmes d'une même caresse. Doucement il glissa ses doigts dans sa chevelure brune, lui soutirant un imperceptible soupir.
Rick eut alors ce sourire hésitant mais rayonnant qui l'avait déjà troublée tant de fois par le passé, et ses yeux jusque-là impénétrables parurent soudain s'illuminer. Elle ferma les siens tandis que d'un même ensemble ils franchissaient leurs dernières défenses.
Et une nouvelle fois, avec une passion qui les sidéra tous deux, leurs lèvres se retrouvèrent…
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Trois ans à s'observer, à se taire. Trois années à se détester, se jauger, s'apprécier en secret.
À se décevoir et à se chercher mutuellement. À s'imaginer ce qui pourrait être. En dépit de tout, peut-être les trois plus belles années de leur vie.
Et dire que ça ne faisait que commencer…
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2011. November. Atthesametime…
Colère. Haine.
Désespoir. Le souffle heurté, l'assassin écrasa dans ses poings serrés la photo vieillie mais si chère à son cœur. Des larmes de rage roulèrent sur ses joues crispées.
Jared avait échoué. Leur plan était pourtant parfait… Mais ce sombre petit crétin était mort, et la dernière cible était toujours vivante. Helena Wood était toujours vivante.
Plus pour longtemps, se jura l'assassin. Plus pour longtemps…
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L'assassin se l'était promis il y a 15 ans : ils mourraient, tous.
Demain, Marina serait enfin vengée.
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Endless Night
To Be Continued…
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Rester fidèle à leur caractère est une chose, décrire ce genre de scène encore jamais réalisée à ce jour dans la série en est une autre…Vos réactions ?
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N'hésitez pas à venir faire un tour sur ma page FB, j'y ai entre autres posté un dossier sur « The Secret » et les sources qui m'ont inspirée. Mes études terminées, j'envisage de me faire connaître en tant qu'auteur, mais pour cela j'ai aussi besoin de vous !
www. face book pages / Elenthya/295640977174321
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Un salut aux inscrits Madwine, MissA0805, Ciliega, Schmette, Norya, Niennaju, Duby34 à qui j'ai récemment répondu en reply, et merci à bisounours1998 (une scénariste chez Castle, moi ? héhé…), Manooon (tes reviews chaque fois un peu plus étoffées m'en disent long sur ma réussite, merci !), nelly (j'espère avoir posté à temps ?), Caskett1428(alors, contente de ce 2e 20 minutes ?)
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Merci d'avoir lu, à bientôt pour le prochain chapitre !
Elenthya
