Hello, déjà le deuxième chapitre, bande de chanceux. ^^
Dans ce chapitre, l'histoire suit son cours, mais vous avez droit à un peu plus d'interactions entre Luxus et Kirin. Même si pour l'instant ça ne semble mener nulle part.
Merci Vampire942 et à Aschen pour leurs commentaires. J'espère que la suite ne vous décevra pas.
Bisous! ^^
Chapitre 2:
Thunder God.
Les jours suivants, comme promis, Kirin vint prêter main forte à Mirajane, s'occupant du bar et de la cuisine, tour à tour. Ayant grandi dans une auberge, la jeune femme se sentait parfaitement à l'aise dans ces deux occupations, toutefois la cuisine était de loin celle qu'elle préférait. Sa mère avait toujours veillé à lui inculquer de quoi faire d'elle une épouse accomplie et une bonne mère, comme il seyait à une jeune femme bien éduquée. Évidemment, n'ayant aucune intention de devenir l'une ou l'autre, Kirin avait pris de cette éducation ce qui l'intéressait et s'était empressée d'oublier le reste. Il n'en demeurait pas moins qu'elle était une excellente cuisinière. Grâce à sa connaissance des plantes et de leurs vertus, curative ou gustative, elle parvenait à créer des plats surprenants ou les innovations étonnantes se mêlaient aux recettes traditionnelles. Sa fameuse omelette provinciale était d'ailleurs unanimement appréciée.
En dehors de la surprise de voir Kirin derrière le bar, un tablier blanc autour de la taille et un foulard dans les cheveux, la guilde vivait son train-train habituel, les membres se succédant dans la salle commune, partant en mission ou revenant en un flux quasiment ininterrompu. La petite Lucy semblait avoir accepté de former une équipe avec Natsu et Happy, équipe qui faisait déjà bien parler d'elle au sein de la guilde. Après le sauvetage de Macao, qui n'en sembla particulièrement fâché, contrairement à ce que certains avaient prédit, la blonde avait réussi à mener à bien sa première mission officielle en compagnie du dragon rose et du chat bleu. Bien que ladite mission ne leur rapporta absolument rien, faute de récompense, les membres de la guilde en avaient profité pour organiser une fête en son honneur. La blonde n'avait d'ailleurs pas mis de temps avant de comprendre que toutes les occasions étaient bonnes pour faire la fête.
La jeune fille commençait à prendre ses marques et à s'habituer à la guilde et à son cortège de cas désespérés, aux bagarres incessantes, aux défis débiles et autres stupidités qui ne manquaient pas se produire autour de Fairy Tail. Elle avait rapidement trouvé sa place parmi eux, sa nature souriante, aimable et amicale l'y aidant beaucoup. Tout le monde semblait d'ailleurs l'apprécier, et pas uniquement pour sa plastique avantageuse. Elle était agréable avec tout le monde, riante et polie, sans toutefois se laisser marcher sur les pieds. On sentait que sous ses dehors plaisants, elle avait un caractère bien trempé. Kirin ne pouvait qu'admirer sa décontraction et la rapidité avec laquelle elle avait su gagner le coeur des autres. Elle même avait mis des semaines à parvenir à s'ouvrir de la sorte et à se laisser gagner par l'amitié.
Justement, la nouvelle recrue de la guilde était plantée devant le tableau d'affichage des requêtes, seule pour une fois, un air de profonde réflexion sur le visage. Ses lèvres délicates remuaient tandis qu'elle lisait les intitulés des missions, à mi-voix. Aucune cependant ne semblait trouver grâce à ses yeux.
— Si tu en trouves une qui t'intéresse, n'hésite pas à me le faire savoir, fit Mirajane, son doux sourire sur le visage. Je m'occupe des missions, en l'absence du Maître.
Kirin vit la blonde se tourner vers le bar et jeter un regard interrogateur à la place qu'occupait habituellement Makarov sur le comptoir.
— Tiens c'est vrai, je n'avais pas fais attention, fit la jeune fille visiblement surprise. Où est-il?
— Il s'est rendu à une réunion ordinaire.
— Une réunion ordinaire?
— C'est un rassemblement de maîtres de guilde, indiqua Kirin en vidant une pleine poêlée de légumes sautés dans une assiette.
Lucy cependant semblait complètement perdue.
— Je vais t'expliquer, fit Mirajane, toujours prête à apporter son aide.
A l'aide d'un stylo magique, elle traça au dessus du bar l'organigramme hiérarchique auxquels les guildes de Fiore étaient soumises. Comprenant qu'elle était occupée à autre chose Kirin plaça assiettes et boissons sur un plateau et les livra tranquillement à leur destinataires tandis que la barmaid expliquait à Lucy le fonctionnement du monde magique. Les yeux écarquillés, la jeune fille n'en perdait pas une miette, voulant visiblement assimiler le plus d'informations possible.
La serveuse improvisée revint vers le bar juste au moment où Natsu se glissait derrière Lucy pour lui faire peur, parvenant effectivement à la faire sursauter en criant. Elle se tourna vers lui, une main pressée sur le coeur tandis que sa bêtise le faisait hurler de rire.
— Quelle trouillarde tu fais! Commenta-t-il en s'essuyant les yeux d'une main.
— C'est pas drôle, s'écria la blonde, visiblement furieuse.
Kirin contourna le bar pour regagner sa place tandis que Natsu et Mirajane entreprenaient d'expliquer à la blonde ce qu'étaient une guilde clandestine. La brunette les écouta tranquillement tout en nettoyant le comptoir à l'aide d'un chiffon humide. L'explication s'arrêta là, mais la discussion continua de plus belle alors que Lucy refusait de faire de nouveaux équipe avec le dragon et son chat, visiblement vexée qu'ils l'aient emmené dans leur dernière mission simplement parce qu'ils avait besoin d'une blonde.
Tandis que les deux adolescents se chamaillaient, bientôt rejoint par Grey et Loki, Mirajane revint derrière le bar, un sourire satisfait aux lèvres. Kirin la connaissait assez pour savoir que, bien qu'il fut tout à fait charmant, ce sourire n'annonçait rien de bon.
— Ils sont mignons tous les deux, tu ne trouves pas? Demanda-t-elle avec sur le visage un air trop angélique pour être honnête.
Quelque chose dans l'esprit de Kirin se mit à hurler "attention danger!".
— Hein? ... Ouais, possible, j'en sais rien, se contenta-t-elle de répondre en essayant de rester le plus neutre possible.
Se laisser entraîner dans ce genre de conversation par la barmaid n'était jamais innocent.
— Je trouve qu'ils s'entendent drôlement bien, continua la jeune femme.
— Elle ne le connaît pas depuis assez longtemps pour savoir quel idiot il est, trancha Kirin en plongeant les mains dans l'évier afin d'achever la vaisselle.
Pendant un instant, elle fit semblant de ne pas se rendre compte que Mirajane la fixait avec son horrible petit sourire de comploteur.
— Ils me rappellent quelqu'un, tous les deux, insista-t-elle en s'emparant d'un torchon sec afin d'essuyer les verres que Kirin déposait dans l'égouttoir.
Impossible de se dépêtrer d'elle quand elle était lancée! Kirin poussa un soupir intérieur et, sachant parfaitement qu'elle allait le regretter, se résigna à demander:
— A qui?
— Luxus en toi, pardi!
Et elle avait réussi à dire ça sans perdre son air angélique? Trop forte!
— Luxus et ... Mais y'a pas de Luxus et moi! Protesta Kirin, incrédule. C'est un sale con, arrogant et intolérant, je le supporte pas! Sans compter qu'il ne me voit que comme un insecte à écraser. Je vois pas ce que je pourrais trouver à un type pareil.
"Oui, mais quand même, qu'est-ce qu'il est bien foutu!" remarqua perfidement la partie de son esprit qui se laissait mener par les sentiments. "Ta gueule!" répliqua aussitôt l'autre partie, celle qui était capable de raisonner. Kirin résista à grands peines à l'envie de se masser les tempes, sentant déjà une grosse migraine pointer le bout de son nez.
— C'est bien ce que je dis, continua la barmaid sans perdre son sourire. Vous vous chamaillez aussi, tous les deux. Comme Natsu et Lucy.
— On ne se chamaille pas, rectifia la Rêveuse. On s'engueule comme deux cons parce qu'on peut pas se voir, c'est tout!
— Pourtant, il est plus calme avec toi qu'avez d'autres, remarqua Mirajane, en posant un long index parfaitement manucuré sur son menton, en signe d'étonnement.
Elle était douée la garce! Réussir à dire ça avec une innocence ingénue aussi criante de vérité, c'était pas donné à tout le monde!
— Et puis, reprit-elle sans laisser à Kirin le temps de répliquer. Vous arrivez quand même à vous supporter, quand vous êtes seuls!
CLANG!
— AAAAAOUCH!
Une douleur cuisante traversa son avant-bras tandis que l'eau de vaisselle se tintait d'écarlate. La retirant de l'eau, Kirin vit une profonde entaille sur la paume de sa main gauche, juste à la base du pouce. Un flot soutenu de sang s'en écoulait.
— Oh, mon dieu! s'écria Mirajane en se précipitant vers elle. Qu'est-ce qui c'est passé.
— C'est pas grave, j'ai cassé un verre, je crois.
La barmaid s'empara du poignet de la Rêveuse et s'empressa de faire couler de l'eau froide sur la blessure pour rincer le sang. Mirajane tira d'un placard un torchon propre avec lequel elle enveloppa la main de Kirin, tandis que les regards des tables les plus proches étaient rivés sur elles.
— Il faut aller voir un médecin tout de suite.
— Ça va aller, assura Kirin en serrant sa main blessée avec l'autre.
Mirajane n'eut pas le temps de protester, Loki se précipita dans la salle en criant:
— MEERDE! Natsu, Grey, Erza est revenue!
Les deux jeunes hommes cessèrent aussitôt de se rouler par terre en échangeant des coups. Un vent de panique s'empara aussitôt de la guilde, et chacun voulu soudain se faire le plus petit possible. Même Kirin en oublia sa main blessée. Dans le silence qui s'était abattu dur la salle, des pas raisonnèrent juste à l'extérieur du bâtiment.
— Je ... je crois que je vais rentrer, balbutia Loki, mal à l'aise.
Mais avant qu'il ai pu faire le moindre geste, la rouquine fit son entrée, son armure habituelle sur le dos, une chose énorme semblable, à une espèce de corne, en équilibre sur l'épaule. Alors que la plupart des résidents semblaient vouloir disparaître sous le parquet, Erza déposa sa charge en plein milieu de la salle.
— Je suis rentrée, annonça-t-elle. Le maître est là?
— Bon retour, lança Mirajane avec un grand sourire. Non, il n'est pas là, il est parti à une réunion de maîtres de guilde.
Ça sembla contrarier la jeune femme à l'armure.
— C'est quoi, ça, Erza? Osa demander l'un des mage présent, désignant la chose que la rouquine avait ramené.
— Ça? C'est une des cornes du démon que j'ai vaincu. Mes clients l'ont décoré avant de me l'offrir. Comme ça me plaisait je l'ai ramené.
La corne en question était à peu près trois fois haute comme Erza et sa large base était décorée de multiples gravures et incrustations de pierres précieuses.
— Ça pose un problème? Lança-t-elle d'un air pincé.
Courageux mais pas téméraire, le curieux recula en plaçant ses mains en bouclier devant lui au cas où la rouquine aurait la soudaine idée de lui faire tâter de ses multiples épées.
— Non, non, pas du tout! Couina-t-il.
Ça sembla suffire à la jeune femme qui se détourna pour poser un regard acéré sur les fauteurs de troubles, alias Grey et Natsu, qui se soutenaient mutuellement en tremblant, puis pour embrasser la salle d'un regard circulaire qui n'augurait rien de bon.
— J'ai entendu dire que vous aviez causé encore pas mal de problèmes, lança la rouquine d'un ton chargé de reproches. Le Maître vous pardonne trop facilement, moi pas!
Elle se mit alors à lancer des remontrances à plusieurs membres sous le regard effaré de Lucy qui ne comprenait visiblement rien à ce qui se passait.
— Je crois que vais allez faire soigner ça, annonça Kirin à Mirajane avant de retirer de sa main indemne son tablier tâché de sang.
La barmaid hocha la tête, son sempiternel sourire bienveillant sur le visage.
Kirin n'avait rien à reprocher à Erza, elle savait parfaitement que sans elle, le chaos se serait emparé de la guilde depuis longtemps. Erza faisait peur à pas mal de membres, parmi lesquels Natsu et Grey, et elle en impressionnait un plus grand nombre encore. Quand elle était dans les parages, tout le monde faisait attention à ne pas provoquer trop de vague afin de ne pas attirer son attention. Kirin n'avait rien à craindre de la rouquine. Elle faisait partie des membres qui causaient le moins de dégâts et savaient se tenir correctement. Toutefois la tension que le retour d'Erza avait provoqué n'était pas confortable et elle préférait aller voir ailleurs un moment. Elle avait justement une excuse toute trouvée, autant en profiter.
Alors qu'elle passait à sa hauteur, la Rêveuse s'entendit appeler par son nom. Haussant un sourcil, elle se tourna vers Erza.
— C'est quoi tout ce sang? Questionna la chevalière avec suspicion.
— Oh rien, j'ai cassé un verre en faisant la vaisselle. J'allais justement faire soigner ça.
La brune n'était pas connue pour être une bagarreuse, ainsi Erza accepta l'explication sans poser d'avantage de questions. Après l'avoir saluer d'un sourire, Kirin gagna la sortie. Elle invoqua Fear au moment où la voix d'Erza appelait Natsu et Grey. Sans se soucier des ennuis dans lesquels les deux idiots venaient encore de se fourrer, Kirin se mit en selle et, de sa main libre, s'empara des rênes pour faire faire demi-tour à sa monture.
Polyussica, la guérisseuse attitrée de la guilde, vivait en recluse dans la forêt à l'est de Magnolia. Kirin savait parfaitement que la vieille femme détestait être dérangée dans sa retraite et que ses visiteurs risquaient d'être accueillis à coup de balais, sinon pire, mais elle avait la main ouverte, ce qui justifiait une visite, que la vieille le veuille ou non. Sans compter que la jeune femme avait de toute façon l'intention d'aller chez l'ermite pour savoir si elle comptait s'occuper de renflouer la pharmacie de la guilde elle même ou si elle préférait que Kirin s'en occupe.
Le trajet ne lui prit pas énormément de temps mais la tâche rouge sur le torchon entourant sa main blessée s'élargissait dangereusement. Elle se sentait déjà étourdie quand elle arriva dans la clairière ou vivait Polyussica. Heureusement que Fear avait compris ce qu'il avait à faire, sinon, tous les deux seraient encore en train de tourner en rond dans la foret. Mettant pied à terre, Kirin tituba vers la maison creusée dans le tronc d'un arbre vivant, essayant de ne pas rouler sur l'une des pommes qui jonchaient le sol. Arrivée devant la porte, elle frappa. Pas de réponse, ce qui n'avait rien d'étonnant, connaissant la maîtresse des lieux.
— Polyussica-san? C'est Kirin, ouvrez, s'il vous plaît!
Il y eut un instant de silence, puis la porte s'ouvrit à la volée sur une guérisseuse très mécontente.
— Qu'est-ce que tu veux? Aboya-t-elle.
Après deux ans, il y restait peu de membres de la guilde encore capable d'intimider Kirin, mais assurément la vieille femme en faisait parti.
— Un petit peu d'aide? Demanda timidement la jeune femme en montrant sa main enrobée dans le torchon ensanglanté.
Le visage de la vieille femme resta de marbre. Le temps de cligner des paupière et la porte se reclaqua sous le nez de Kirin. La jeune femme en resta bouche-bée.
— Cette vieille pie est vraiment un chameau, fit remarquer Fear en s'approchant.
Il fourra ses naseaux dans le cou de sa créatrice pour lui signifier son soutient.
— Viens, je te ramène en ville avant que tu ne finisses par t'évanouir sur le paillasson.
Sans répondre, Kirin frappa à nouveau. Une seconde fois la porte s'ouvrit.
— Quoi encore?
— Je ne suis pas venu jusqu'ici pour le plaisir de vous ennuyer, Polyussica-san, assura Kirin. j'ai vraiment besoin de votre aide.
Encore une fois, la vieille la scruta d'un regard dur.
— Il y a des médecins plein la ville, fit-elle remarquer.
— C'est vrai, admit Kirin, mais aucun d'eux ne peut faire disparaître ça en quelques jours!
Un instant de silence, puis:
— Entre, j'ai pas que ça à faire.
Kirin passa devant la sorcière qui en profita pour lancer un regard peu amène vers Fear:
— Et dit à ton canasson que s'il touche à mes pommes, je le transforme en porcelet.
La vieille claqua la porte derrière elle tandis que Fear se contentait de fouetter l'air de sa queue.
Sans perdre de temps en parole superflues, Polyussica fit asseoir Kirin sur une espèce de tronc débité qui servait de tabouret. Elle déballa ensuite la main blessée de la jeune femme et examina la plaie. Le silence se prolongea tandis que la vieille femme inspectait les dégâts sans faire part de ses découvertes à la plus jeune guérisseuse. Kirin avait appris qu'il était inutile d'essayer de faire la conversation sans y être invité.
— Un peu plus et tu ne te ratais pas, commenta la femme aux cheveux roses en se levant. Heureusement, le tendon n'est pas touché.
Sans poser de questions, Kirin la regarda fouiller parmi les fioles et pot posés sur une étagère.
— Tu as bien fait de venir, admit la sorcière à mi-voix.
Après quelques instants, Polyussica revint plusieurs pots dans les bras. Elle déposa son chargement sur la table à coté de Kirin et versa une copieuse rasade d'un liquide transparent sur un morceau de tissus propre.
— Une décoction de feuilles d'argol, lança la vieille femme en appliquant le morceau de tissus directement sur la blessure.
— Oui, j'ai reconnu l'odeur, répondit Kirin.
Un semblant de sourire passa sur le visage de Polyussica. L'ermite semblait apprécier de discuter de ses potions et remèdes avec la jeune femme, sans toutefois prendre la peine de lui révéler ses secrets. La raison pour laquelle Polyussica acceptait Kirin plus facilement que les autres était peut-être parce qu'elle avait trouvé quelqu'un avec qui partager ses connaissances. Quelqu'un capable de comprendre la différence entre un baume de Fleurlys et une simple purée de chou vert.
Après de longues minutes de soin, Kirin ressortit de la cabane, un pansement propre autour de la main. Bien que ce ne soit pas du tout dans ses habitudes, Polyussica fit l'effort de la raccompagner jusqu'à la porte, lui donnant les dernières instructions quand aux soins à apporter à sa coupure. Instructions dont la brune n'avait pas vraiment besoin, mais mieux valait prévenir que guérir, comme on disait. La vieille femme lui assura ensuite qu'elle viendrait en ville dans les prochains jours afin de s'occuper de la pharmacie de la guilde, une corvée en moins pour Kirin. La brunette allait la remercier pour son aide quand l'ermite lui claqua la porte au nez sans même un au revoir. Soupirant, Kirin se tourna vers Fear qui n'avait pas bougé de sa place.
— Pourquoi est-ce que je m'acharne tellement à me compliquer la vie? soupira-t-elle.
— Pour ne pas t'ennuyer, je suppose, répondit le cheval tandis qu'elle se mettait en selle. Vois le bon coté des choses, au moins tu ne saignes plus partout sur mon encolure.
Un grognement las fut la seule réponse qu'il obtint.
Monture et cavalière reprirent le chemin de la ville, plongées dans le silence. Mine de rien la visite à la vieille guérisseuse leur avait pris du temps et le soleil commençait à disparaître au dessus de la cime des arbres. Les ombres s'allongeaient sur le sol et la lumière déclinait lentement. Pourtant ni cavalière ni monture ne s'inquiétèrent de l'heure tardive. Fear connaissait le chemin, et même dans la nuit la plus profonde, il ne pouvait se perdre. Quand à Kirin, ayant grandi dans une région montagneuse à la réputation douteuse, il lui en fallait plus que quelques ombres pour la terrifier. Sans compter qu'elle était une mage de Fairy Tail quoiqu'un certain blond puisse en dire.
Tandis qu'ils cheminaient tous deux entre les arbres, loin de tout sentier tracé, Kirin tira sur la bride pour faire stopper son cheval. Un instant, elle se tourna de droite et de gauche sur sa selle, reniflant l'air ambiant, comme un limier à la recherche d'une piste. Une senteur étrange rappelant celle du tabac s'élevait dans l'air autour d'eux.
— Tu sens ça, Fear?
— Mouais!
— Ce sont des Belles de Nuit. Elles ne fleurissent qu'au couché du soleil.
Elle sauta à terre et se dirigea vers un petit par terre de fleur colorée au pied d'un gros arbre. Les fleurs aux couleurs vives n'avaient rien d'exceptionnel. Elles s'ouvraient à peine et avait un air un peu fripé, comme les ailes d'un papillon sortant de sa chrysalide. Kirin s'accroupit devant les fleurs, les bras autour des genoux, afin de mieux pouvoir les admirer.
— C'était la fleur préférée de Kim, fit-elle d'un air pensif. Je ne me souviens plus du nombre de fois ou on s'est échappé après le dîner pour aller en cueillir hors du village. A chaque fois, on se faisait passer un de ces savons par nos parents, mais ça nous ne empêchait pas de recommencer!
Tendant sa main indemne, elle caressa la corolle de l'une des fleurs du bout des doigts.
— Par moment, je me demande ...
Elle n'acheva pas sa phrase, perdue dans ses souvenirs. De toutes façons, elle n'avait aucune idée de la façon d'exprimer ce qu'elle ressentait avec de simples mots.
— Tu te demandes? Questionna soudain une voix derrière elle.
— KYYAAAAH!
BLAM! Elle se retrouva les fesses dans les fleurs qu'elle admirait une seconde plus tôt, le dos contre l'arbre, une main pressée sur son coeur battant la chamade, les yeux fixés sur le sourire arrogant qui lui était adressé.
— Non mais ça ne va pas de me faire une peur pareille! s'écria-t-elle, furieuse.
Pour toute réaction, Luxus se contenta de croiser les bras sur son torse.
— Si j'avais été un ennemi tu serais morte, fit-il remarquer, sans prendre la peine de masquer son ton méprisant.
— Si tu avais été un ennemi je t'aurais senti venir, répliqua la Rêveuse en se redressant.
Pour se donner une contenance, elle épousseta son pantalon du plat de la main.
— Avec le nez plongé dans les fleurs? Railla le blond, haussant un sourcil coupé en deux par sa cicatrice.
La jeune femme sentit ses joues s'empourprer et espéra qu'il faisait assez sombre pour le cacher aux yeux du blond.
— Et qu'est-ce que tu fous ici d'ailleurs? Lança-t-elle pour changer de sujet.
— Je te retourne la question.
Pourquoi discuter avec lui donnait toujours l'impression de ne mener nulle part?
— J'étais chez Polyussica, fit-elle simplement, sans prendre la peine de préciser pourquoi.
Le blond quand à lui ne trouva pas utile de justifier sa présence dans la forêt à cette heure, mais le bandage enrobant son avant bras droit tendait à prouver que la vieille guérisseuse n'avait pas reçu qu'une seule visite ce soir là!
Soupirant, Kirin tendit la main vers Fear qui revenait vers elle, attiré par son cri. Le cheval plongea aussitôt ses naseaux au creux de sa paume, comme s'il voulait y trouver un sucre. Avoir le cheval près d'elle la rassurait un peu. Non que le blond soit menaçant, mais elle devait avouer qu'il était quand même impressionnant, la dépassant largement de la tête et des épaules, avec une musculature bien dessinée, sa cicatrice qui lui donnait un air encore plus redoutable et ce regard hautain, glacial. Luxus avait tout pour attirer le regard, surtout celui des femmes, dommage qu'il soit un tel monstre d'arrogance et de mépris.
Pourtant Mirajane avait tout de même raison sur deux points: le blond se montrait effectivement moins dur avec elle qu'avec certains autres et quand il n'y avait personne autour d'eux, donc aucune raison de se voler dans les plumes, tous les deux parvenaient à se supporter. Kirin n'était pas particulièrement agressive, ainsi quand il ne disait rien pour provoquer sa colère, elle le laissait tranquille, sans chercher à le confronter. Le problème, c'est qu'il restait rarement sans rien dire.
— Je retourne à la guilde, annonça-t-elle. Et toi?
Un simple signe de tête et il se mit en route sans rien dire. Kirin le regarda s'éloigner en soupirant, se demandant encore une fois pourquoi il était aussi indifférent. Reportant son attention sur les fleurs à moitié écrasées, elle se baissa et en cueillit une qu'elle prit le temps de placer entre deux pages de son carnet noir avant de le remettre dans sa veste. Quand elle se redressa, elle sentit le souffle de Fear dans son cou.
— Tu es sûre de vouloir rentrer avec lui? Demanda le cheval, visiblement inquiet.
— Ça va aller, assura-t-elle en le gratifiant d'une caresse.
— Je ne comprend décidément pas la confiance que tu lui voues, vu son comportement.
Un coup d'oeil par dessus son épaule lui assura que Luxus était hors de portée.
— Je sais, mais il fait quand même partie de la guilde et si je ne peux pas faire confiance à mes camarades alors à qui je pourrais le faire?
Elle laissa passer un instant avant de se mettre en route, tandis que Fear marchait près d'elle, la bride sur l'encolure.
— Ne me dis que tu espères le faire changer? Questionna le cheval, un accent incrédule dans la voix.
— Je crains n'avoir pas assez d'influence sur lui pour ça.
Un instant, un soupir, puis:
— Il n'a confiance en personne et il n'accorde d'importance à personne. Je ne pense pas qu'il puisse changer. Il est trop solitaire et indifférent pour ça. Comme si rien ne pouvait le toucher!
Et il était inutile de compter sur sa fameuse équipe, ils étaient comme lui. Irrécupérables, tous!
— Qui se ressemble s'assemble, murmura-t-elle.
Fear ne répondit pas. Il venait d'apercevoir Luxus qui semblait les attendre un peu plus loin. Kirin sentait parfaitement la méfiance de son Rêve envers le blond. Elle ne s'en étonnait pas, quelque part c'était une partie de son propre esprit qui s'exprimait dans le comportement du cheval noir.
Kirin était elle-même partagée. Une partie d'elle, celle qui avait tendance à se fier à ses sentiments, espérait malgré tout qu'il finirait par comprendre qu'il fallait de tout pour faire une guilde et pas uniquement de force. Elle voulait lui faire confiance et obtenir sa confiance en retour, elle voulait qu'il lui accorde une chance d'entrer dans son monde et de briser sa solitude, car elle savait parfaitement qu'en dépit de ses bravades et de ses fanfaronnades, le blond était profondément seul. L'autre partie, en revanche, lui hurlait d'être prudente, de ne pas s'approcher de lui sous peine d'être blessée, qu'il était un cas perdu et qu'elle n'obtiendrait rien de lui que de la souffrance et des larmes. Même si elle savait parfaitement que c'était vrai, elle ne pouvait pas s'empêcher de vouloir croire qu'elle avait une chance de le toucher. C'était plus fort qu'elle. Elle n'arrivait pas à rester raisonnable quand Luxus était impliqué.
Soupirant, Kirin rejoignit le jeune homme et marcha près de lui en silence. Et voilà à quoi se résumaient leurs rencontres: le silence et l'indifférence ou les cris et les insultes, c'était tout ce qu'ils étaient capable d'échanger. Le moral à zéro, elle n'osa pas lever les yeux vers la haute stature du mage et se contenta de regarder droit devant elle, les yeux perdus dans le vague, plongée dans ses mornes pensées. Pas un mot ne fut échangé durant le trajet, seuls le souffle du vent, les bruissements de la forêt et les échos de la ville venaient briser le silence. Heureusement, les lumières de Magnolia les accueillirent bientôt et le silence fut comblé par les rumeurs montant des rues encore fréquentées à cette heure.
Quand Kirin entra dans le hall de la guilde, après avoir renvoyé Fear, elle fut surprise du calme qui y régnait. Le choc du retour d'Erza ne pouvait, à lui seul, expliquer pourquoi la salle était presque silencieuse. Elle s'avança vers le bar sans se rendre compte que Luxus ne l'avait pas suivi. Mirajane l'accueillit de son habituel sourire.
— Ça va mieux, demanda-t-elle en essuyant une assiette.
— Ouais, on peut dire ça, répondit la brune en jetant un rapide coup d'oeil à sa main.
Elle se tourna vers la salle presque silencieuse et se rendit soudain compte de l'absence de Luxus. Gardant pour elle la déception que ça lui causa, elle se tourna vers Mirajane.
— Qu'est-ce qui se passe? Quelqu'un est mort?
La barmaid posa l'assiette sur une pile qui attendait d'être rangée.
— Ils sont tous sous le choc, je crois, fit-elle simplement. Erza a demandé à Natsu et à Grey de faire équipe avec elle.
Kirin en resta un instant bouche bée.
— Faire équipe ... avec elle?
— Oui, je ne sais pas ce qui se passe mais ça avait l'air grave.
— Ça doit l'être assurément.
Erza, Natsu et Grey? Personne n'avait encore eu l'idée de regrouper ces trois là dans la même équipe. Il devait assurément se passer quelque chose de très grave pour en arriver à une telle extrémité. Kirin était curieuse de savoir quoi, tout en redoutant ce que ce pouvait être.
— J'ai écrit au Maître pour le lui annoncer, assura la barmaid.
La brune ne put s'empêcher de penser qu'elle avait bien fait. Ça éviterait à Makarov de faire une crise cardiaque devant la liste des dégâts que provoqueraient immanquablement ces trois là.
— Tu n'as pas l'air d'aller très bien, constata Mirajane, un peu inquiète.
— Je suis claquée. Et j'ai mal.
— Tu devrais aller te reposer, conseilla la barmaid. Je te fais un petit truc à grignoter avant.
Kirin s'assit sur l'un des tabouret et la regarda préparer une salade, l'esprit ailleurs.
Tandis que la barmaid s'affairait à la préparation de l'en-cas, les conversations tenues à mi-voix se turent totalement dans la salle, laissant des pas raisonner sur le parquet. Kirin n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui venait de faire son entrée, le silence pesant parlait de lui même, tout comme son pas reconnaissable et la musique qui filtrait en sourdine des écouteurs éternellement rivés à ses oreilles. Mirajane posa une assiette généreusement garnie devant Kirin et accueillit le nouveau venu d'un sourire.
— Bon retour, Luxus, lança-t-elle de son ton enjoué habituel. Ta mission c'est bien passée?
Un grognement fut la seule réponse qu'elle obtint du blond. Sans se démonter, la barmaid posa un verre de thé glacé devant Kirin et servit une bière au jeune homme accoudé au comptoir à deux ou trois tabourets de la Rêveuse. Chacun fit comme si l'autre n'existait pas, ce qui n'empêcha pas un sourire de connivence d'apparaître sur les lèvres de Mirajane tandis qu'elle allait de l'un à l'autre en faisant semblant de nettoyer le bar.
Petit à petit, comme il semblait que Luxus n'avait pas l'intention de piquer une de ses crises de supériorité dont il avait le secret, les convives se détendirent et les conversations reprirent, mais toujours à mi-voix. Kirin faisait semblant de trouver sa salade passionnante, n'osant pas lancer le moindre regard en direction du blond, qui en retour l'ignorait froidement. Essayant d'oublier à la fois la douleur lancinante dans sa poitrine et le sourire de la barmaid, la jeune femme posa ses couverts sur le bar et se laissa glisser de son tabouret.
— Je rentre, annonça-t-elle, mais tu peux compter sur moi demain.
— Mais, tu as à peine touché à ton repas, protesta Mirajane, perplexe.
— J'ai pas très faim, fut tout ce que la Rêveuse trouva à dire tandis qu'elle déposait le montant de sa note à coté de son assiette. Merci!
Mirajane la regarda s'éloigner, un peu inquiète. Mais son inquiétude fut de courte durée et un nouveau sourire, le genre de petit sourire qui indiquait qu'elle pensait avoir compris quelque chose que les autres ignoraient encore, apparut sur ses lèvres lorsqu'elle surpris le regard que Luxus lançait à la brune, par dessus son épaule.
* * * One of Us * * *
Kirin n'invoqua pas Fear pour rentrer à Fairy Hills. Elle préféra marcher seule en compagnie de ses idées noires. Elle ne comprenait rien. Rien du tout. Il était vrai qu'elle n'avait pas vraiment été élevée pour comprendre les hommes mais plutôt pour les servir. Enfin pour en servir un: celui que ses parents voulaient lui faire épouser et qu'elle avait éconduit sans ménagement. D'ailleurs, il fallait avouer que la plupart du temps elle se moquait grandement de ne pas les comprendre, mais là, c'était différent.
C'était différent parce que là où les mots des autres ne lui faisaient ni chaud ni froid, ceux de Luxus parvenaient toujours à la faire sortir de ses gonds. C'était différent parce, contrairement aux autres, l'attitude du blond pouvait la blesser, cruellement parfois. C'était différent parce qu'elle voulait son attention et qu'il refusait de la lui accorder. Avec lui, tout était différent, tout simplement. Mais elle se refusait à laisser quiconque s'en rendre compte. Elle refusait de laisser voir son coeur meurtri, son âme blessée. C'était son fardeau à elle et à elle seule. Alors, elle faisait comme si de rien n'était et elle souffrait en silence.
Personne ne profiterait de sa faiblesse pour ajouter à sa douleur, et surtout pas Luxus.
Une fois à Fairy Hills, elle prétexta ne pas se sentir bien pour esquiver une invitation à une soirée pyjamas lancée par Reby, et elle s'enferma aussitôt dans sa chambre, bloquant les rires et les conversations joyeuses que ses camarades partageaient dans le salon commun. Elle n'avait pas envie de rire, pas envie de discuter, pas envie de faire comme si tout allait bien alors qu'elle ne pensait qu'à une chose, dormir et oublier cette foutue douleur dans sa poitrine.
Mais elle n'alla pas se coucher. Elle se débarrassa de ses vêtements tâchés de sang et enfila un pyjama avant de se laisser tomber sur sa chaise, devant le bureau, la tête entre les mains. La douleur était pire à chaque fois, comme si son coeur mourrait un peu plus à chaque fois qu'elle voyait Luxus et qu'il se comportait comme si elle n'était qu'un ver de terre se tortillant à ses pieds. Et quelque part, c'est ce qu'elle était. Elle savait parfaitement que la différence de potentiel entre eux était colossale et qu'elle ne pouvait même pas rêver pouvoir l'égaler un jour. Elle savait qu'il n'y avait rien de commun entre eux, rien qui aurait pu les rapprocher, à part leur appartenance à Fairy Tail. Mais même ça n'était pas suffisant pour lui. Lui ne voyait que la puissance et c'était quelque chose qu'elle ne possédait pas. Quelque chose qu'elle ne posséderait jamais.
Vouloir faire parti de son monde était une cause perdue d'avance!
Machinalement, elle ouvrit un tiroir et en retira la fameuse chemise verte contenant son journal. Elle n'en déboucla pas la sangle, cependant, se contentant de la poser sur un coin du bureau. Le tas de feuilles qu'elle avait utilisé la veille était toujours sur sa table, devant elle, elle n'eut qu'à sortir encre et plume avant de se mettre à écrire, d'une main tremblante.
Ma très chère Kim,
je ne me sens pas très bien, ce soir. J'ai le moral dans les chaussettes et je ne sais plus très bien où j'en suis. Je suis un peu perdue, je crois. Je ne sais plus quoi faire avec Lui. Parfois tout se passe bien pendant un moment, on parvient à échanger quelques mots sans se sauter au nez, et puis, BAM! Tout d'un coup, plus personne, il se contente de m'ignorer, comme si je n'existais pas. Je ne comprends pas. Mira disait qu'il a du mal à s'ouvrir aux autres, mais je crois qu'elle se trompe. En réalité, il refuse de le faire. J'ignore pourquoi, mais je me demande si tout ce bordel autour de son père n'y est pas pour quelque chose.
Je pense qu'il rumine trop de sombres choses sous sa tignasse blonde.
Je sais qu'il rend Maître Makarov responsable de ce qui est arrivé avec son père, et peut-être a-t-il raison, mais je peux m'empêcher de penser que le Vieux avait de bonnes raisons d'exclure Ivan comme il l'a fait. Il est aussi persuadé que les gens l'admire uniquement parce qu'il est le petit-fils de Makarov et non pour ses propres talents. Bien sûr il y aura toujours des abrutis pour l'idolâtrer parce qu'il est le petit fils du Vieux, mais ici dans la guilde, il n'a plus rien à prouver à personne. Pourquoi il ne veut pas le comprendre?
La fierté a-t-elle tellement d'importance pour lui?
Si seulement il savait a quel point il a de la chance d'être né dans une famille qui comprend la magie. Même si je devine que tout n'a pas toujours été rose pour lui, je ne peux m'empêcher de l'envier. Comme j'aurai aimé que mes parents me comprennent et qu'ils m'acceptent, qu'ils acceptent que je suive ma propre voie. Luxus ne connaît pas sa chance. Il n'a jamais eu à se cacher pour pratiquer sa magie, il a toujours été entouré, conseillé, guidé par de grands mages. Moi, tout ce que j'avais, c'était Hama. Et je ne pourrais jamais assez la remercier pour tout ce qu'elle a fait pour moi. Mais j'ai toujours eu ce regret de ne pas avoir eu l'approbation de mes parents. De ne jamais avoir pu voir leurs regards étinceler de fierté devant mes progrès. De ne jamais avoir pu leur confier mes doutes et mes peurs. Simplement de ne jamais avoir pu leur parler de ce qui comptait tant pour moi.
J'aurai aimé avoir un grand père pour me tenir la main et me guider et m'encourager.
Peut-être est-ce là la principale différence entre lui et moi. Il a toujours été entouré, et pourtant, il se croit seul. Et moi, j'ai toujours été seule mais aujourd'hui je me sens mieux entourée que jamais. Peut-être grandir au sein de la guilde lui a fait perdre de vue tout ce qu'elle peut représenter pour les autres, tout le bien qu'elle leur apporte. Toutes ces petites choses sans intérêt, ces instants de joie, ces moments de doutes, ces petites disputes et grandes réconciliations, tout ce qu'on partage avec une famille. Toutes ces choses auxquelles il ne prête pas d'intérêt et qu'il refuse de partager avec nous. J'aimerai les lui faire redécouvrir!
Mais pourquoi je n'ai aucune influence sur lui?
Il préfère s'isoler, rester dans son coin, avec ses écouteurs sur les oreilles comme un bouclier entre les autres et lui. Ça m'énerve tellement que, par moment, j'ai envie de les lui arracher pour les piétiner. De l'attraper par le col et de le secouer pour l'obliger à ouvrir les yeux, à me regarder et à regarder le monde. Mais je ne fais rien de tout ça. Je ne sais que rester en arrière et le regarder se détruire et me détruire en même temps. Je ne sais
...
La plume s'arrêta net sur ce dernier mot et Kirin haussa un sourcils en relisant les dernières lignes que sa main semblait avoir tracé de son propre accord, sans en recevoir l'ordre de son cerveau. Secouant la tête, elle soupira et posa la plume sur le bureau.
— Seigneur, voilà que tu vires complètement dans le mélo, ma pauvre vieille! Commenta-t-elle pour elle même.
Sans cérémonie, elle fourra la feuille dans la chemise verte et rangea celle-ci dans le tiroir, le plus vite possible, comme pour éloigner d'elle cette prose infamante. Jamais jusque là elle n'avait osé nommer ouvertement Luxus dans son journal l'appelant "Il", "Lui" ou encore "le blond". Elle devait vraiment aller encore plus mal qu'elle le pensait pour en arriver là.
Elle se passa les mains sur le visage, puis dans les cheveux, faisant tomber le foulard rouge qui les retenait encore. Après avoir rebouché et rangé l'encre, elle se leva et se dirigea vers son établi, près de la porte. Elle ouvrit l'un des placards muraux et en sortit une petite fiole bleue fermée par un bouchon d'agent. Sans même prendre la peine de lire l'étiquette, elle déboucha la fiole, renifla son contenu puis en avala une petite gorgée. Le jus extrait de la tige du striva, excellent pour calmer les nerfs et aider à dormir, mais aussi extrêmement dangereux à haute dose car il avait un effet négatif non négligeable: la dépendance. Kirin savait cependant comment s'en servir et ce qu'elle risquait si elle en abusait, ce qui la poussait à se montrer particulièrement prudente avec cette potion.
Remettant la fiole dans le placard, elle revint vers le bureau, éteignit la lampe et se laissa tomber dans le lit. La drogue la plongea bientôt dans un profond sommeil dépourvu de douleur, de rêves et surtout d'un certain blond.
* * * One of Us * * *
La nouvelle arriva à la guilde plus vite qu'une tempête d'automne, prouvant encore une fois à quel point les mauvaises nouvelles voyageaient plus vite que les bonnes. L'équipe formée par Erza la veille avait déjà eu le temps de frapper, provoquant de gros dégâts à la gare de Oshibana, détruisant dans la foulée le viaduc ferroviaire permettant d'accéder Clover Town, ainsi que le lieux de réunion des maîtres de guilde. Le tout en raison d'une sombre histoire de flûte maudite et de démon ressuscité à ce que Kirin put comprendre.
Heureusement pour tout le monde, la flûte maudite fut rapidement récupérée par le Conseil et scellée afin que personne ne puisse l'utiliser à nouveau. Beaucoup de questions restèrent en suspend cependant, et il était probable qu'elles ne trouveraient jamais de réponse. La tentative d'assassinat manquée dont la guilde clandestine d'Eisenwald se rendit coupable contre les maîtres de guilde fit rapidement le tour du pays, les journaux en faisant leur première page pendant des jours. Le Conseil fit rapidement savoir que tous les membres de cette guilde avait été arrêtés et qu'un procès se tiendrait bientôt. Cependant, le nom de leur leader, un certain Eligor, ne figurait pas sur la liste communiquée par le Conseil et personne ne semblait capable de dire ce qu'il était advenu de lui à la suite de sa défaite. Le mystère complet!
C'est dans cette ambiance que l'équipe d'Erza revint à Magnolia, en compagnie d'un Makarov passablement agacé à la pensée de ce que les dégâts causés par ses jeunes allaient encore coûter à la guilde. Et tandis que le vieil homme se lamentait en silence sur son infortune, une autre nouvelle se répandit comme une traînée de poudre au sein de la guilde: Natsu avait défié Erza en duel, laquelle, à la surprise générale, semblait avoir accepté de l'affronter. Toute la guilde s'invita donc pour assister à l'évènement.
Quand elle arriva au hall de la guilde, ce matin là, Kirin fut à peine surprise de trouver là tout un rassemblement de curieux attendant déjà le début du duel. Il y avait là les habitués de la taverne, ceux qui passaient plus de temps à regarder le panneau d'affichage des requêtes qu'à travailler, et d'autres qui ne restaient jamais longtemps sur place et dont la brune se demanda comment ils avaient eu vent de l'événement. Sûrement les rumeurs voyageaient encore plus vite que les mauvaises nouvelles. Enfin, elle n'allait pas se plaindre, tout ce remue-ménage l'aidait à penser à autre chose qu'à la cause de son tourment. Lequel ne s'était plus montré depuis le soir où elle l'avait rencontré dans la forêt. Difficile de dire s'il était toujours en ville ou s'il était reparti en mission, et de toutes façons, elle ne tenait pas à le savoir. Plus il était loin et mieux elle respirait.
Mirajane l'accueillit d'un sourire alors qu'elle passait derrière le bar en enfilant son tablier blanc. Depuis combien de temps s'amusait-elle à faire la barmaid intérimaire en compagnie de la jeune femme aux cheveux blancs? Une semaine? Un peu plus, peut-être. Elle avait un peu perdu le compte mais ça n'avait pas d'importance. Elle n'avait pas envie de retourner en mission tout de suite, de toutes façons.
— Beaucoup de monde ce matin, remarqua-t-elle en nouant son tablier dans son dos.
— Oui, c'est amusant, tu ne trouves pas?
— Pas vraiment. Ça nous fait d'avantage de boulot.
Un sourire amusé aux lèvres, Mirajane s'en fut livrer les boissons qu'elle portait sur un plateau.
L'effervescence montait dans la salle commune tandis que les membres présents, de plus en plus nombreux, attendaient que l'un des duellistes se montre enfin. Dans un coin, Kirin put même voir Kana prendre des paris et, inutile de le dire, la cote d'Erza la donnait largement favorite. Macao, son acolyte Wakaba, Volen, Max et même les inséparable admirateur de Reby: Jet et Droy, se tenaient autour de la brune, pariant sans doute sur la victoire d'Erza. Kirin secoua la tête sans cacher son agacement et ouvrit le garde-manger pour voir ce qu'elle allait pouvoir mettre au menu.
L'attente fiévreuse, comme avant une importance compétition, se prolongea pendant une heure environ, puis un cri parvenant de l'extérieur prévint tout le monde que Erza venait d'arriver. Aussitôt la salle entière se vida, comme si quelqu'un avait tiré un signal d'alarme. Kirin tira deux des poêles du gaz pour que leur contenu ne brûle pas pendant qu'elle était ailleurs et ouvrit le four afin de vérifier la cuisson de ses tartelette aux légumes avant de convenir qu'elle pouvait les laisser un moment sans surveillance. Elle ôta son tablier et quitta le bâtiment pour se joindre à la cohue qui attendait au dehors.
Un cercle de spectateur s'était formé autour de Erza et Natsu qui se faisaient face, à quelque mètres de l'entrée du bâtiment. Les cris et les encouragement raisonnaient déjà alors que le duel n'avait même pas encore commencé. Les habitants des maisons voisines et les clients des magasins proche de la guilde regardaient par les vitres sans oser sortir, par peur de ce que ces hurluberlus bruyants et destructeurs avaient encore bien pu inventer. Kirin joua un instant des coudes pour rejoindre Mirajane, et son frère Elfman, qui se tenaient aux première loges.
— Eeeeeeeh! Attendez, s'écria une voix.
Lucy se précipita sur eux, bousculant Volen.
— Vous n'êtes pas sérieux, quand même.
— Ils sont très sérieux, au contraire, répliqua Elfman. Si ce n'était pas le cas, ce ne serait pas des hommes!
— Erza est une femme, objecta Mirajane avec un petit sourire indulgent.
Kirin leva simplement les yeux au ciel, reportant son attention sur les duellistes qui se mesuraient toujours du regard en silence. Elle ne suivit pas la conversation qui s'engagea entre Lucy et les autres, mais elle ne put s'empêcher de sursauter quand Jet prononça le nom de Luxus. Tandis qu'elle foudroyait le rouquin et son stupide chapeau du regard, elle ne remarqua pas l'air satisfait de Mirajane qui se remit drôlement vite de la déception que venait de lui causer Grey.
Au centre du cercle, les adversaires échangèrent quelques mots, faisant soudain taire la foule qui les entourait de toute part. Une remarque, une bravade et le duel commença avec Erza équipant l'une de ses armures. Laquelle provoqua un vent de murmures parmi les spectateurs.
— Waaaaah, l'armure de l'Impératrice des Flammes, commenta quelqu'un dans la foule. Elle divise la puissance des flammes par deux!
— Erza, tu prends ça trop au sérieux! Fit un autre.
— Natsu n'a plus aucune chance! Renchérit un troisième.
Mais même la vue de l'armure rouge et or ne semblait pas avoir affecté la détermination du chasseur de dragon, alors que même Happy allait parier contre lui chez Kana.
Makarov donna le signal de départ et Natsu fondit sur Erza, les poings auréolés de flammes. Les deux adversaires échangèrent coups pour coups sans se faire le moindre cadeau, chacun bien résolu à gagner ce duel. Les spectateurs reculèrent, impressionnés par leur démonstration et craignant visiblement de prendre un coup perdu, pourtant ça ne les dissuada pas de hurler, d'encourager les combattants. Parmi eux, Lucy observait le duel, blanche comme un linge, mais il était impossible de dire si c'était par peur que l'un d'eux se blesse ou si elle était impressionnée par ce qu'elle voyait.
Le duel durait depuis de longues minutes maintenant, sans que ni Erza, ni Natsu ne parvienne prendre l'avantage, quand il fut brusquement interrompu par l'intervention d'un messager du conseil. La créature batracienne s'infiltra entre les rangs de spectateurs, les faisant reculer autour de lui comme la peste.
— Personne ne bouge, ordonna-t-elle, je suis un envoyé du Conseil.
Tous les mages présents semblaient à la fois stupéfaits et affolés par son apparition. Le fait qu'elle arborait une allure condescendante, comme si elle préparait un mauvais coup, n'aidait pas.
— Sur ordres du conseil, Erza Scarlet est en état d'arrestation.
Cette annonce sembla donner un grand coup de masse sur la tête de toutes les personnes présentes. Seul Natsu sembla en mesure de réagir obligeant Makarov à intervenir pour l'empêcher de sauter sur le messager du conseil.
Pour dire la vérité, ce qui se passa ensuite resta un peu brumeux pour Kirin. Elle se souvenait des gardes du Conseil prêts à faire usage de leurs armes contre Natsu, de Makarov prenant une taille démesurée pour maîtriser le chasseur de dragon, et du regard hagard de ses compagnons tandis que les gardes emmenaient Erza, les menottes aux poignets, comme une vulgaire criminelle. Choqués, ébranlés, complètement abasourdis, les mages présents se contentèrent de regarder la rouquine partir, figés d'horreur. Le reste de la journée semblait, lui, définitivement perdu dans les brumes de sa mémoire.
Les jours qui suivirent ne brillèrent guère par leur gaieté à Fairy Tail. Un vent de désespoir, d'inquiétude et de tristesse semblait souffler sur toute la guilde. Personne n'avait pris de mission depuis l'arrestation d'Erza, et tout le monde se contentait de rester cloîtré dans le hall de la guilde, attendant en silence des nouvelles en provenance du Conseil. L'injustice de la situation avait provoquée quelques mouvements d'humeur, essentiellement chez les jeunes mâles au sang chaud, mais à présent c'était la résignation et l'abattement qui régnaient dans la salle commune. Seul Natsu ne semblait pas avoir baissé les bras. Il tempêtait, vitupérait et cognait contre la parois du verre qui le maintenait prisonnier. Kirin n'avait d'ailleurs toujours pas compris comment il avait pu se retrouvé changé en lézard, mais elle n'avait pas eu envie de poser de question. Elle se contentait de l'observer s'agiter dans sa cage de verre, accoudée au comptoir. Voir le dragon transformé en lézard aurait pu avoir quelque chose d'amusant, si la situation avait été toute autre. Mais là, Kirin, comme le reste de la guilde n'avait ni envie de rire, ni même celle de parler.
Les heures défilaient, lentes et fastidieuses, monotones, vides, mortes. Personne ne parlait. Personne ne bougeait. Sauf Natsu toujours prisonnier de son verre, suppliant pour qu'on le laisse sortir. Que ce soit par ce qu'il en avait assez de l'entendre lui casser les oreilles ou pour quelque autre raison connue de lui seul, Makarov finit par se tourner vers lui.
— Tu es sûr que tu veux vraiment sortir de là, Natsu? Interrogea-t-il, sans prendre la peine de cacher la suspicion raisonnant dans sa voix.
Et là stupéfaction, le lézard cessa de s'agiter comme un démon tombé dans un bénitier et se tint coi, l'air soudain gêné.
— Qu'est-ce qui t'arrives? railla le vieil homme. Tu as perdu ta langue?
Sans crier gare, Makarov dégagea le verre d'un sort bien placé, envoyant voler le lézard à l'autre bout de la pièce. Il y eut une légère explosion, un peu de fumée et soudain, sous les yeux abasourdis de l'assemblée apparut:
— Macao?
En chair et en os! Le mage aux cheveux noirs se frotta la nuque d'une main, un peu gêné par la mise en scène qu'il avait préparé.
— Désolé, fit-il. J'avais une dette envers Natsu. Je me suis transformé en lézard pour pouvoir prétendre être lui.
Cet aveu déclencha un souffle de panique sur la salle.
— Mais .. mais ... balbutia Lucy, les yeux lui sortant littéralement de la tête. Où est Natsu?
— Ne me dites pas que ce crétin est allé aider Erza? s'écria Gray.
— Quelque chose comme ça, répondit simplement Macao.
— Cet imbécile va probablement s'attaquer aux membres du conseil, déplora Elfman.
Makarov était le seul qui semblait avoir gardé son calme.
— Asseyez vous et taisez-vous, tous, ordonna-t-il. Attendez le dénouement.
Et tous furent bien obligés de lui obéir. De toutes façons que pouvait-ils faire d'autre? Natsu avait certainement des heures d'avances sur eux. Il était peut-être même déjà arrivé au siège du Conseil et en train de faire des siennes. Ils n'avaient aucun moyen de l'en empêcher maintenant.
* * * One of Us * * *
Finalement, il s'avéra que la fuite et l'intervention de Natsu n'eut aucune incidence sur la décision du Conseil, l'arrestation d'Erza n'étant rien de plus qu'une formalité. Les membres du Conseil essayant en effet d'avoir l'air de garder la situation en main après le fiasco de Clover Town et la révélation que n'importe quel abruti venu était capable d'utiliser d'ancien artefact créé par le mage noir Zeref pour invoquer des démons. Ils avaient eu besoin de montrer leur autorité au pays et Erza n'était que le moyen de le faire. Même si jugée coupable, la rouquine fut tout de même libérée et rendue à sa guilde dans les jours suivant son arrestation.
Autant dire que la manoeuvre ne remonta pas la côte de popularité du Conseil parmi les membres de Fairy Tail.
Le retour de Natsu et Erza à la guilde donna lieu à une fête comme seule Fairy Tail savait en organiser. Fêtes qui s'acheva tard dans la nuit avec des membres complètement saouls, étalés sur le parquet ou sur les tables, certains complètement nus, d'autres dans des positions compromettantes, d'autre encore simplement lovés sur le sol, comme dans un lit. Il fallut deux jours aux participants pour s'en remettre totalement.
Et deux jours ne furent pas suffisant pour calmer Natsu! Le chasseur de dragon faisait à lui tout seul plus de bruit que toute la guilde réunie, courant dans toute la salle, une chope à la main et des flammes aux lèvres, en criant à qui voulait l'entendre que la liberté était la plus belle des choses. Les autres se contentait de le regarder depuis leurs sièges, fatigués rien qu'à le voir s'agiter tout seul. Il ne manquait décidément jamais d'énergie! Agacés, certains convives essayèrent de le convaincre de se calmer, peine perdue. Abritée derrière le bar, Kirin débattait silencieusement de l'utilité de lui faire absorber un peu de jus de striva pour le calmer quand l'impensable se produisit. quelqu'un commit l'erreur de mentionner son duel avorté avec Erza. Et la réaction ne se fit pas attendre.
— Bats toi contre moi, Erza, s'écria-t-il, remonté comme une pendule.
— Pas question, je suis fatiguée, répliqua la rouquine sans le regarder.
Mais il en fallait plus qu'un refus pour dissuader Natsu, qui se lança vers elle, les poings enflammés. Erza laissa échapper un soupir puis, avec une vitesse et une force incroyable fit apparaître un marteau dans sa main. Elle décocha alors au dragon un terrible coup qui l'envoya voler des mètres plus loin et traverser une cloison, au pied de laquelle il s'effondra, assommé. Des hurlement de stupéfactions retentirent dans la salle tandis que la plupart des mages présents regardaient, les yeux exorbités, Natsu affalé sur le sol. Il y eu un instant de silence stupéfait puis toute la salle partit d'un grand éclat de rire, tandis que des commentaires fusaient de tous cotés. Kirin vit même Wakaba et Macao se ruer vers Kana pour savoir si les paris tenaient toujours.
— Elle ne changera jamais, commenta Mirajane avec un sourire amusé.
Kirin se contenta de lever les yeux aux ciel, se tournant à nouveau vers ses fourneaux.
— Que se passe-t-il, Maître, demanda soudain la barmaid inquiète de voir Makarov dodeliner de la tête, assis à sa place habituelle sur le bar.
— Rien, j'ai juste envie de dormir un peu. C'est lui!
La barmaid arqua un sourcil blanc avant de s'affaler comme une masse sur le parquet, endormie. Elle ne fut pas la seule, un a un tous les membres de la guilde présent tombèrent endormis là où ils se tenaient. Kirin tendit une main tremblante vers ses poêles en train de rissoler sur le feu, mais ne put rien faire de plus, tombant endormie, elle aussi, sans avoir pu résister.
Comme si quelqu'un venait de claquer des doigts pour lever une hypnose, tous les endormis se réveillèrent en même temps. Clignant des yeux, bâillant, les mages, encore groggy, se redressèrent, un peu instables sur leurs sièges. Ils avaient la désagréables impression d'avoir été réveillés en sursaut après s'être endormis sans le vouloir.
— Bon sang, cette sensation ... c'était Mistgun! fit Jet, encore étourdi.
— Sa magie de sommeil est vraiment trop puissante, commenta son acolyte Droy.
— Msytgun? Interrogea Lucy.
— C'est l'un des mages les plus puissant de la guilde, fit une voix.
Elle se retourna sur son siège et se retrouva nez à nez avec Loki, qui, réalisant à qui il avait à faire, s'éclipsa en courant.
— Cet espèce d'idiot aurait pu attendre que je tire mon omelette du feu, grogna Kirin en jetant dans l'évier une poêle noircie dont le contenu carbonisé fumait abondamment.
Elle fit couler de l'eau dans l'évier tandis que Grey prenait le relais de Loki et expliquait à Lucy qui était Mystgun. Relevant ses manches, Kirin s'empara d'une brosse pour gratter le contenu brûlé de la poêle et la nettoyer quand une nouvelle voix se joignit à la discussion. Une voix grave et chaude, vibrante malgré son ton méprisant, qui ne manqua pas de faire monter des frissons le long de la colonne vertébrale de la brune.
— Ah tiens, tu es là Luxus, fit quelqu'un dans la salle.
— Voilà qui est inhabituel, commenta un autre.
Avec un soupir résigné, Kirin posa poêle et brosse et coupa l'eau, essuyant ses mains sur son tablier. S'emparant d'une éponge et d'un chiffon, elle contourna le bar sans un mot. Comme elle passait devant elle en silence, Mirajane ne manqua pas de remarquer son visage fermé, ses sourcils froncés, ses lèvres pincés et son teint soudain blafard. Décidément, cette pauvre petite avait vraiment des réactions violentes en présence de Luxus!
Ses mains tremblantes serrées sur la pauvre éponge qui gouttait sur le parquet, Kirin se mit à frotter une table vide, essayant de n'accorder aucune importance au blond qui les toisait tous de l'étage supérieur. Contrairement aux autres, elle refusait de lever les yeux vers lui, refusait de reconnaître sa présence. Malheureusement pour elle, ça devint quasiment impossible quand Natsu sauta sur une table voisine en brandissant le poing.
— Bats toi avec moi, Luxus, hurla l'excité.
— Tu viens de te prendre une raclée par Erza, objecta Volen, assis non loin.
— Il a raison, approuva le blond, un sourire mauvais aux lèvres. Si tu n'es même pas capable de l'emporter contre elle, t'as aucune chance contre moi.
— Ça veut dire quoi, ça? grogna la rouquine, une aura sombre et menaçante l'entourant.
Kirin secoua la tête et soupira, agacée et furieuse, continuant à frotter les tables à mouvement secs et agressifs. Elle sentait déjà son habituelle colère monter en elle.
Et c'était repartit pour un tour: je suis le plus grand, je suis le plus fort, je suis le meilleur et vous, tous autant que vous êtes n'êtes que des insectes indignes. Combien de fois avait-elle entendu cette litanie? Trop souvent pour être compté, malheureusement. Et à chaque fois ça lui faisait le même effet, comme un coup de poignard dans la poitrine. Les dents serrées à s'en faire mal, les mains tremblantes de rage, si serrées sur la pauvre éponge que celle ci était prête à se déchirer, elle se retourna enfin et leva les yeux vers le blond accoudé à la rambarde au dessus d'elle. Natsu venait de se faire étaler par Makarov, mais elle ne s'en rendit même pas compte, focalisée qu'elle était sur la raison de sa rage.
— Et si tu changeais de disque pour une fois, lança-t-elle d'une voix dure, rivant son regard déterminé et brûlant de rage dans celui, glacial et hautain du blond. Le couplet "je suis le plus fort" ça commence à devenir lassant à la longue. Et on t'as déjà dit d'aller fumer cette merde dehors. Si tu veux t'empoisonner ça te regarde, mais laisse les autres respirer.
Elle lui aurait volontiers lancer son éponge au visage mais se ravisa, elle tremblait tellement qu'elle aurait manqué son coup et se serait ridiculisée encore d'avantage. Le sourire condescendant que le blond lui adressa n'eut pour effet que d'alimenter sa rage. Un ricanement se fit entendre tandis qu'il se redressait comme pour la toiser de plus haut encore.
— Tu me blesses, Kirin-chan! Fit-il d'un ton ouvertement moqueur.
Elle tremblait de rage sous son regard scrutateur, et il adorait ça. Il adorait la voir réagir avec cette fougue chaque fois qu'il la provoquait. Oh il n'était pas idiot, il avait bien remarqué qu'il était le seul a avoir cet effet là sur elle. Quand les autres l'offensaient, elle restait de marbre la plupart du temps, mais quand lui la provoquait, elle finissait toujours par y répondre, les yeux luisant de rage, un air farouche et déterminé sur le visage. Magnifique!
Elle avait du cran, cette petite. Elle aurait été bien incapable de tenir cinq secondes face à lui, et elle le savait parfaitement, pourtant ça ne la dissuadait pas d'oser lui tenir tête, de lui renvoyer ses insultes à la face, de lui dire clairement ce qu'elle pensait de lui, là où d'autres, bien plus forts qu'elle, préféraient s'écraser devant lui comme des couards. Cette guilde était remplie de larves sans intérêt mais il devait avouer que quelques un sortaient du lot. Les plus puissants comme Erza, Mystgun, Gildarts ou même Mirajane, avant qu'elle ne renonce à sa magie. A ceux là, il pouvait aussi ajouter ceux qui pouvaient éventuellement devenir intéressants comme Natsu et Grey. Mais parmi les faiblards incapables de se démerder seul, ceux dont il se débarrasserait sans regret à la première occasion, il n'y avait que Kirin qui avait assez de le cran pour pouvoir attirer son attention. Non pour sa force, mais pour son caractère. La fierté, la violence, la rage dont elle faisait preuve chaque fois qu'il la poussait à bout, et qui la rendait fascinante à ses yeux.
— Et toi tu me saoule, répliqua-t-elle à sa bravade, soupirant avec lassitude.
Elle retira son tablier et l'abandonna sur une table avant de se diriger vers la porte.
— Tu renonces déjà, Kirin-chan? Brava-t-il, un peu déçu que le jeu s'arrête si rapidement. Tu ne veux donc pas m'obliger à me taire.
Elle ne daigna même pas répondre. Elle se contenta de franchir la porte, camouflant les larmes de rage et de déception qui coulaient sur son visage.
Mais qu'est-ce qu'elle pouvait donc bien trouver à un type pareil?
