Merci, Sukhii, Yaoi No Yume, vous êtes les meilleures !

Chapitre deux : le lézard

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Une pièce s'envola et atterrit devant moi. Je fis un signe de tête à celui qui me l'avait envoyé et replongeait dans mes pensées.

« Moldus », « Oubliettes », « Lumos », ces mots n'avaient aucun sens. Ou autant de sens que deux femmes sortant d'une cheminée ou qu'un éclair qui vient de nulle part pour frapper des enfants innocents.

Aujourd'hui, je me suis aperçu de choses que je ne voyais pas avant. Une envolée d'hiboux en plein jour, par exemple. Ou le passage rapide et qui se voulait discret de plusieurs hommes aux chapeaux pointus –exactement comme ceux des deux femmes d'hier. Mais je ne me suis pas levé, je ne les ai pas suivi. Je n'ai pas voulu. Mes jambes me faisaient atrocement mal, et ma tête était en feu. Plus que jamais j'ai voulu disparaitre une bonne fois pour toute.

Quand les premiers nuages orangés se sont pointés derrière les buildings, je suis reparti vers mon quartier. Après dix minutes de marche, je suis arrivé dans la rue où j'habitais. Et là, je les ai vus. A quelques mètres, jouant dans leur jardin. La petite fille tirait sans grande conviction dans un ballon de football, et aucun de ses frères ne firent de geste pour l'arrêter. Leurs yeux étaient vides. Ils étaient indifférents. Pas comme moi, qui le suis par habitude, mais comme si on leur avait enlevé quelque chose d'important.

Cela faisait des années que je ne prêtais plus attention à rien, que tous mes actes et mes gestes et ceux des autres me semblaient fades et incolores. Pourtant, voir ces gamins ainsi m'a troublé.

« Exc…Excusez-moi, monsieur ? »

J'ai fait volte-face et suis tombé sur leur père, un petit homme barbu qui semblait effrayé. Peut-être était-ce à cause de mes longs cheveux et de mes cicatrices sur le visage, qui me faisaient ressembler à un fauve, ou à cause de mes yeux noirs et fatigués, comme brulés à vif.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » J'ai demandé d'une voix rauque.

« Excusez-moi de vous déranger… Mais hier soir, mes enfants ont…sont sortis de la maison, » balbutia l'homme, apparemment pressé de terminer cette conversation. « Sans notre permission, et quand ils sont revenus, ils avaient l'air…enfin, nous ne savons pas ce qu'il c'est passé. Et on se demandait…puisque vous êtes…je veux dire…si vous aviez vu quelque chose…n'importe quoi… »

« Je n'ai rien vu du tout » j'ai répondu.

Ses épaules se sont affaissées.

« Vous êtes sûr ? Parce que…je…nous ne savons plus quoi faire… » Son regard empli de tristesse s'est porté sur ses enfants. « On les a amené voir un docteur. Ils n'ont rien physiquement mais…vous pouvez le voir comme moi. On dirait…qu'ils ne savent plus ce qu'ils font… qui ils sont…»

Je devais être vraiment épuisé, malade ou je ne sais quoi, et j'avais vraiment envie de m'en aller, mais il me faisait de la peine. Ironie du sort quand on est le plus à plaindre. Mais il y avait quelque chose de différent cette fois. J'étais concerné, même si je le refusais. J'étais détaché de tout, mais pas aujourd'hui. Pas hier.

« Ok, écoutez, je ne sais pas ce qu'il c'est passé » dis-je en l'interrompant. « Mais je crois comme vous qu'ils ont vécu quelque chose, même si on ne peut pas savoir quoi. Quelque chose de si important que ça les a beaucoup perturbés. Mais je crois aussi qu'ils l'ont oublié. »

Ce dernier mot est arrivé de nulle part, et j'ai été moi-même surpris de l'utiliser.

« Oublié ? Que voulez-vous dire ? » Demanda le père, méfiant et curieux à la fois.

« Les enfants ont beaucoup d'imagination, surtout à leur âges…Dans le noir, seuls, ils ont peut-être vus quelque chose qui les a effrayé, tellement effrayé qu'ils ont décidés de l'oublier...sans le savoir. Du coup, ce qu'il s'est vraiment passé est enfermé dans leur subconscient, ils ont l'impression d'avoir raté quelque chose, et leur comportement étrange s'explique ainsi. Vous n'avez jamais entendu cette histoire où un gamin qui avait été violé avait tout oublié et croyait s'être fait enlevé par les extraterrestres ? Ca s'appelle l'amnésie psychogène. C'est la même idée. »

Je n'avais jamais fait un aussi long discours depuis un siècle environ. J'étais aussi impressionné que l'homme en face de moi, carrément choqué.

« Comment…savez-vous tout ça ? Je…vous êtes psychiatre ? » Demanda t-il.

« Je l'étais » j'ai répondu, ce qui était un énorme mensonge.

Je n'avais jamais touché à un seul papier qui concernait la psychiatrie. Ally, elle, était psychiatre. Diplômé de la meilleure université du pays et récompensée deux fois pour ses recherches sur l'esprit humain. Je me souviens l'avoir écouté distraitement pendant des heures quand nous habitions ensemble. Elle avait même fait une étude de huit cent pages sur une patiente qu'elle connaissait depuis la naissance. Elle-même.

J'ai tourné les talons et suis reparti vers mon « chez-moi ». J'en avais trop dit, mais sur quoi, je n'en avais aucune idée. Il n'a pas essayé de me rattraper.

Après être rentré, je me suis écroulé dans le canapé. Mes pensées me donnaient le tournis. J'avais envie de vomir. J'ai fais des cauchemars toute la nuit. Je voyais des femmes encapuchonnées, des flammes vertes et des enfants aux yeux vides.

Les prochains jours, j'évitai les voisins, leurs enfants et tout le monde en général. Je ne suis même pas sorti me chercher à manger. Je suis resté à la maison, buvant un reste de bière, essayant de me convaincre que tout ce que j'avais pu voir n'étais qu'une illusion. Facile à admettre, étant donné que j'avais une fièvre de cheval. « Tu n'avais pas cette fièvre il y a deux jours » me souffla ma conscience, mais je l'ignorais.

Ce fut le quatrième soir suivant qu'il se déroula quelque chose de nouveau. Comme d'habitude, j'étais à la maison, assis dos au canapé, somnolant à moitié. J'allais mieux, ma fièvre avait baissé, dieu seul sait pourquoi. Il devait être minuit, ou quelque chose approchant, et la pleine lune laissait passer ses rayons à travers les rideaux déchirés, éclairant le salon.

D'abord j'ai entendu du bruit. Un éclat de dispute, plus exactement. Puis la porte d'entrée a grincée. Des pas dans le corridor.

« Christina, aide-moi à porter celui-là » dis une voix de femme.

J'ai immédiatement reconnu la voix de la femme qui avait mon âge, qui était apparue dans la cheminée il y a quelques jours. Je me suis levé d'un bond. Deux formes sombres allaient bientôt arriver vers moi.

Je me suis déplacé jusqu'aux escaliers, et j'ai grimpé jusqu'à l'avant-dernière marche. D'ici, je pouvais tout voir, sans qu'on ne puisse me remarquer.

C'étaient bien les deux femmes que j'avais vu. Elles avaient encore leurs capes noires mais plus leurs chapeaux. Pour la première fois, je pus bien les détailler. L'adolescente était blonde, environ seize ans, et portait deux grosses cages, d'où fourmillaient des gros lézards de toutes les couleurs. Ils poussaient des petits cris qui ressemblaient à des gémissements. L'autre femme avait de longs cheveux noirs et portait aussi deux autres cages.

« Dépêchons-nous, » dis la plus âgée. « Tu as la poudre de cheminette ? »

« Oui, tout de suite » bredouilla la blonde.

Elle déposa ses cages et trifouilla sa poche. Je commençais à me demander s'il fallait que j'intervienne quand un cri plus fort que les autres déchira la nuit. Un des lézards avait réussi à s'échapper et fonçait vers l'escalier.

« Rattrape-le ! » Hurla la brune, sans bouger d'un pouce.

Christina, paniquée, plongea sa main gauche dans sa poche et en sorti une fine baguette. Pendant ce temps, le lézard avait escaladé les marches et était arrivé pile devant mes genoux. Je n'ai hésité qu'une seconde et lui ai tendu mes deux mains, paumes ouvertes. Le lézard s'y jeta et je l'enfermais entre mes doigts.

« Acio dragon » s'exclama Christina.

Ca n'avait aucun sens, mais j'ai senti une force invisible qui me faisait entrouvrir les doigts. J'ai résisté, et la force a disparu.

« Il a du aller à l'étage, » balbutia Christina, surprise.

« Monte le chercher » ordonna l'autre femme.

Christina se mis à courir vers moi. J'ai fais demi-tour et j'ai ouvert la porte de la chambre la plus proche. Je l'ai refermée et me suis caché derrière des vieux cartons remplis de poussière.

Christina a ouvert la porte et s'est écrié « Lumos ! » Une lumière bleue a éclairé la pièce.

J'ai senti le petit lézard s'agiter dans mes mains, et j'ai aussi senti autre chose. Une déformation sur son corps. Il avait deux grosses cicatrices sur le dos. Des cicatrices à peine refermées. Malgré ma surprise et mon incompréhension, j'ai su qu'il avait énormément souffert. Brusquement en colère, je me suis levé et fais face à la lumière bleue. Christina, stupéfaite de me voir apparaitre comme ça, ne bougea pas. J'en ai profité pour lever les bras et montrer le lézard.

« Il a été torturé » j'ai dit. « C'est vous qui avez fait ça ? »

Christina ne me répondit pas.

« C'est vous qui avez fait ça ? » J'ai répété, plus fort.

« Je… » Bredouilla la fille.

« Christina ! Les gens du Ministère ! » S'exclama alors la femme en bas. « Reviens tout de suite ! »

Christina hésita une seconde, leva sa baguette, puis la rabaissa et couru en bas. Je l'ai pourchassé. Je suis arrivé à temps pour la voir se jeter dans la cheminée, où l'attendais l'autre femme. Cette dernière me vit et son visage afficha un rictus. Elle me jeta un regard haineux, mais elle n'avait plus le temps de faire quoi que ce soit d'autre. Elle leva une main, avant de crier « Chemin de Traverse ! » Et elles s'évanouirent dans des flammes vertes.

Je ne pus pas assimiler ce que je venais de voir et déjà d'autres personnes se firent entendre. Je suis remonté dans l'escalier et vu une dizaine d'hommes en capes et en chapeaux pointus débarquer dans le salon. Le premier d'entre eux, un vieux barbu qui tenait aussi une baguette dans sa main, se précipita vers la cheminée, et constatant qu'elle était vide, s'écria :

« Elles nous ont échappé ! »

« Ce n'est pas possible ! » S'écria un autre, jetant son chapeau à terre. « C'est la troisième fois ce mois-ci ! »

« Du calme, nous pouvons toujours réutiliser la cheminée et aller à la dernière destination demandée » proposa un jeune adulte, si proche de l'escalier que je remontais encore quelques marches pour me dissimuler dans les ténèbres.

« Impossible, » répliqua un gros homme à sa gauche. « Elles ont lancé un sort de dispersion avant de partir. Ne voyez-vous pas les étincelles au sol ? »

Tous regardèrent par terre. Effectivement, des zébrures orange parcouraient le carrelage.

« Vite, retournons au ministère. » Ordonna le barbu. « Si nous y arrivons assez tôt, nous pourrons lancer les harpies.»

« Comme la dernière fois ? Ce sera inutile, » soupira le gros homme. « Elles sont déjà loin. La seule solution, c'est d'obliger le département des enquêtes criminelles à condamner les cheminées abandonnées comme celles-ci. Nous savons tous que c'est le moyen de transport préféré des voleurs de ce genre. »

Tout le groupe se tut pendant que le vieil homme réfléchissait. Finalement, il se tourna vers la sortie et dit avec colère :

« Très bien. Formidable. On rentre. Immédiatement. »

Les autres le suivirent, déconfits. C'est là que j'ai immergé. Apparemment, ces hommes étaient à la poursuite des deux femmes de tout à l'heure. Parce que les cages qu'elles portaient contenaient des animaux volés. J'en avais un exemplaire entre mes mains.

Il fallait les suivre. Je voulais comprendre qui ils étaient. Comment ils faisaient pour faire de la lumière avec des bouts de bois. Comment deux femmes pouvaient s'enfuir avec des flammes vertes. Le ministère pour lequel ils travaillaient n'était surement pas celui que je connaissais.

Je suis descendu à pas de loups et les ai suivis à une distance respectable. Il faisait toujours nuit. Je ne pouvais pas les voir mais j'entendais leur conversation. Certains se plaignaient de ce nouvel échec d'autres, plus optimistes, juraient d'envoyer des lettres pour faire condamner cette cheminée. Les deux personnes en arrière, celles que j'entendais le mieux, se trouvaient être le gros homme et un autre plus jeune.

« Alors Robert » dit celui de gauche, « quand allons-nous nous revoir? Il faut absolument que je vous présente ma femme. »

« Après cette nuit, vous voulez dire ? » Demanda l'autre type. « Je ne sais pas. Mais j'imagine que nous nous retrouverons à King Cross le 1er septembre. »

« Vous aussi, vous emmenez vos enfants à Londres ? »

« Mon fils va entrer à Poudlard pour la première fois. Il est tout excité, mais il a peur de se perdre dans la gare. »

« Ne vous inquiétez pas, ma fille aussi était stressée la première année » rassura l'autre. « Tout ce passera bien. »

Après une filature de cinq minutes dans les rues sombres du quartier, ils s'arrêtèrent devant un parc. Trois hommes s'enfoncèrent dans l'obscurité, et les autres attendirent en silence.

Je me suis arrêté avec eux et réfléchissais à toute vitesse, le lézard se tortillant entre mes doigts. J'étais au bord de quelque chose. De quelque chose d'énorme. Je le pressentais. C'est par hasard que je suis tombé sur eux, mais je ne voulais pas les voir disparaitre. C'était la chose la plus étrange et la plus intéressante qu'il m'était arrivé de toute ma vie. Je voulais en savoir plus. Mais je ne pouvais pas non plus m'approcher et leur demander « excusez-moi, mais bordel, de quel monde êtes-vous ? » Je n'avais pas confiance en eux. Ils pouvaient être dangereux, même si ils ressemblaient à des types normaux.

A moins que je ne leur donne le lézard. Et le nom d'une des filles, Christina. Et une description physique. En échange d'autres informations. La réponse à toutes mes questions. Ce que j'allais en faire, de ces informations, je ne savais pas, mais de toute façon, je n'avais rien d'autre de prévu ce week-end.

J'allais sortir de la ruelle où j'étais caché pour leur parler quand les hommes revinrent, armés de balais. Chacun en pris un et ils les enfourchèrent. La scène était complètement irréaliste. Que pouvaient faire tous ces hommes adultes, matures et en bonne santé mentales, sur des vieux balais usés jusqu'au poil ? Tout d'un coup, ils tapèrent tous du pied et ils s'envolèrent.

Complètement ahuri, je les vis s'élever dans les airs, de plus en plus haut. Je me suis précipité vers eux, mais c'était inutile. Ils se sont échappés sur des putains de balais volants.

Je suis resté comme un con sous ce lampadaire qui éclairait cette place minuscule, les regardant s'en aller comme une nuée de corbeaux, avant de m'évanouir.