Disclaimer : Univers et personnages appartiennent à Keiichi Sato et le studio Sunrise.
Notes : Se déroule après l'anime. Les spoilers sont donc au rendez-vous, sans compter quelques hypothèses qui ne tiennent qu'à moi et peuvent donc être discutables.


Karina faisait tinter ses ongles sur la table, nerveuse. Chaque seconde qui passait la rapprochait de la scène fatidique. Elle n'avait jamais connu un tel stress même lorsqu'elle devait mener un concert devant une foule en délire, et sous la pression de son sponsor. Dans ce café ce n'est pas sa réputation d'Héros qu'elle jouait, mais quelque chose de bien plus important. La jeune femme s'enfonça dans le divan, laissant sa boisson intacte. Heureusement qu'elle avait pris un chocolat glacé, sans quoi il serait devenu imbuvable à force.

Elle entendit arriver Kotetsu avant même de le voir. L'homme saluait à grands éclats de voix l'employée au comptoir. Karina sentit une pointe de jalousie lui chatouiller les entrailles. Elle n'aimait pas le ton qu'employait Kotetsu envers cette femme ; on aurait presque dit qu'il la séduisait.

« Calme-toi, tu te fais des idées. Il est comme ça avec tout le monde... »

Pour cacher sa colère, la jeune femme se jeta sur sa boisson, la buvant avec une grande inspiration. Elle vit Kotetsu quitter le comptoir avec son éternel sourire, une boisson à la main, un sachet dans l'autre. En quelques secondes il prit place à sa table, sortit le donut de son sachet pour le lui tendre.

— T'en veux un bout ?

Karina regarda la sucrerie, penchant entre le oui et le non. L'attente sembla être trop longue pour Kotetsu qui lui tendit d'office une moitié du donut. La jeune femme ne put qu'accepter et croquer dans le gâteau. De son côté Kotetsu avait déjà avalé le tout.

— Ils font toujours d'aussi bons donuts dans ce café ! Bon alors, de quoi tu voulais me parler ?

En disant cela, Kotetsu avait ôté sa casquette, et s'était passé la main dans les cheveux pour les ébouriffer. Ce geste anodin avait eu un certain effet sur Karina. Elle n'avait pas pu s'empêcher de trouver l'expression de Kotetsu craquante à ce moment précis. Elle eut donc du mal à avaler sa part, faisant de son mieux pour garder un minimum de contenance.

— Tu as besoin d'aide pour un de tes concerts ? J'ai fais des progrès, j'ai appris les nouveaux pas de danse des jeunes, tu sais !
— Euh... non... J'ai... besoin de toi... dans un cadre... plus intime...

Karina piqua un fard en se rendant compte combien ses propos pouvaient être mal compris. On aurait dit une accroche lancée par une prostituée voulant attirer le client ! Ne pouvait-elle pas dire les choses plus simplement ? La jeune femme avait piqué du nez, cherchant à rattraper son erreur. Il allait la prendre pour une fille facile, c'était certain. Karina se crispa quand elle sentit une main posée sur sa tête. La petite tape dans la nuque lui fit rouvrir les yeux et relever la tête. Le visage de Kotetsu lui fit face, bien trop près pour qu'elle demeure stoïque. Elle eut donc le réflexe de bondir en arrière, son dos heurtant le dossier du divan. L'homme ne sembla pas relever ce geste.

— C'est si grave que ça ?

La voix de Kotetsu était plus grave que d'ordinaire, et son air bien plus sérieux. Pensait-il que quelque chose de grave était arrivé à la demoiselle et que celle-ci voulait se confier ? D'un côté ce n'était pas totalement faux, mais de l'autre, c'était un brin exagéré. Karina devait mettre fin à ce quiproquo. Puis voir le Wild Tiger si sérieux était déconcertant, inhabituel.

— Oui. En fait, non ! C'est... compliqué.

Kotetsu leva un sourcil, se gratta le menton. Karina s'attendit à ce qu'il lance une vanne comme il avait l'habitude de le faire pour détendre l'atmosphère. Mais l'homme préféra prendre place à côté d'elle et lui passer un bras autour des épaules. Le contact fit frémir la jeune femme ; elle savait Kotetsu du genre tactile, mais jamais jusqu'alors il ne l'avait touché.

— Je sais que je suis pas le meilleur des confidents, ni même de père, même si Kaede me trouve cool. (En mentionnant sa fille, Kotetsu avait eu un sourire) Mais Karina, même si on ne travaille plus dans la même équipe, je peux t'aider. Un souci avec tes parents ?

Cet air si sérieux la perturbait. Karina pouvait à peine soutenir le regard de son interlocuteur, comme si elle avait peur qu'il lise en elle. Elle ne pouvait que poser ses yeux sur ses mains, timide.

— Non, non... Je... je suis amoureuse...
— Sérieux ? C'est qui l'heureux élu ? Non attends... (Kotetsu plaça ses mains, paume en avant, face à Karina pour l'empêcher de parler) Il a pas voulu de toi ? Dis-moi son nom et je vais lui démontrer qu'il a eu tort.
— Non c'est que... il sait pas encore...
— Oh.

Kotetsu avait posé son coude sur la table, mis son menton dans sa paume, fronçant les sourcils. Karina se doutait déjà de ce qu'il faisait. Il devait chercher quels conseils lui donner, ou identifier l'homme sur lequel elle avait jeté son dévolu. Mais elle ne pouvait pas le laisser se lancer dans un questionnaire qui durerait des heures. Comme lui avait dit Nathan, loin d'être dupe question sentimental, Kotetsu était du genre aveugle en amour. Le type même à ne pas voir qu'une femme le séduisait, alors que tout le monde autour de lui l'avait remarqué. Karina ne pouvait donc pas se contenter de sous-entendus. Elle devait attaquer de front. Serrant les poings, la jeune femme se lança à l'eau.

— En fait c'est...
— Un de tes fans ! Il est venu te voir dans les coulisses d'un de tes concerts, tu as craqué sur lui et...
— Mais non !

La voix de Karina avait pris un ton bien plus dur que prévu. Kotetsu s'était enfoncé dans son coin, lançant un regard de chien battu. En voyant cela, la jeune femme se radoucit.

— Excuse-moi, c'est pas un sujet facile pour moi.

Kotetsu se contenta d'hocher la tête, lui laissant toute liberté de parole. Karina en profita pour se calmer. Elle ne devait pas louper un seul mot qu'elle allait prononcer. Tout se jouait maintenant. La jeune femme fixa sa boisson du regard, tactique qu'elle avait trouvé pour ne pas perdre ses moyens.

— Au début je l'appréciais pas tellement. Maladroit, un peu idiot sur les bords, complètement irresponsable... Le plus vieux de l'équipe et en même temps le plus jeune niveau mentalité. Mais je sais pas, peut-être parce qu'il m'a aidé, qu'il m'a permis de trouver ma place, je me suis attachée à lui. Au début parce que j'étais perdue, j'avais besoin d'un modèle. Et petit à petit... Je voulais simplement le savoir près de moi. Wild Tiger n'était plus pour moi un simple collègue.

La confession était venue toute seule, coulant de source. Tout ce que Karina retenait avait fini par sortir, et elle s'était mise à parler comme si elle était seule avec elle-même. Le retour à la réalité fut donc difficile. Karina avait l'impression de descendre d'un nuage, et de faire face au jugement dernier. Elle n'arrivait pas à déceler quoi que ce soit dans l'attitude de Tiger. Elle faillit même s'énerver en le voyant détourner la tête. Le fuyait-elle ? Mais l'homme se retourna bien vite vers elle avec la figure d'un homme devant prendre une décision importante. Figure qui se modifia bien vite avec le sourire presque benêt qu'afficha Tiger.

— Wouah, je savais pas que j'avais autant de succès ! T'es pas trop jeune pour un vieux comme moi ? Y a Bunny de libre.
— Je suis sérieuse !
— C'est bien ce qui m'embête...

Karina ne s'était pas attendue à ça. Pas à ce que Kotetsu la prenne au sérieux, lui qui avait tendance à rire de tout. Ni à ce qu'il lui prenne la main. Là son cœur fit un looping. Ce qui ne s'arrangea pas lorsqu'elle vit le visage de Kotetsu prendre un air mélancolique.

— Je suis très touché Karina, c'est même flatteur. Mais... Depuis la mort de Tomoe, je me suis jamais approché d'une femme...

Quelle idiote ! Elle avait oublié que Tiger était veuf. Preuve en était sa fille mais aussi son alliance qui était toujours présente. Kotetsu ne parlait jamais de sa femme, véritable sujet tabou. Karina avait été au courant de l'existence de cette épouse via Rock Bison qui était le plus à même de connaître Kotetsu, ces deux-là s'étant liés d'amitié sur les bancs du lycée. C'est ainsi que Karina avait su comment le couple s'était formé, et surtout comment Tomoe était morte, confession que Rock Bison lui avait faite en échange de son silence.

— Tout ce qui m'importait c'était le bonheur de Kaede. Je m'en voulais de l'avoir laissé à la charge de ma mère. Elle avait déjà tant fait pour moi et mon frère, elle était en âge de se reposer. Mais Kaede ne pouvait pas vivre avec moi. J'avais bien trop peur qu'un criminel ne s'en prenne à elle. Au final, je n'avais pas le choix.

Karina acquiesça, façon à elle de confirmer les propos de Kotetsu et de l'inviter à continuer s'il le souhaitait. Ce dernier prit une gorgée de sa boisson avant de reprendre.

— J'ai jamais eu le temps, ni l'envie, d'avoir une relation. Je dis pas que tu es un mauvais coup ! Je veux dire... Je m'attendais pas à ça, et je peux pas donner vraiment une réponse...
— Tu sais, tu peux le dire clairement que je ne te plaît pas !

Autant ne pas se bercer d'illusions. Karina préférait un « non » catégorique qu'une indécision qui lui laisserait l'espoir d'un « oui » qui ne viendrait peut-être jamais.

— Ne sois pas stupide ! Il faudrait être un idiot pour ne pas être sensible à tes charmes. Je ne parle pas seulement de quand tu es en Blue... (Se rappelant qu'il était dans un lieu public, Kotetsu continua sur un murmure) en rose épineuse. Tu as de grandes qualités et celui qui ne voudrait pas de toi serait un idiot. Seulement...
— Je suis trop jeune.
— J'aurais peur de trahir ma femme.

Ils avaient parlé en même temps mais avaient distinctement entendu les propos de l'autre. Tous deux se tournèrent vers leur interlocuteur dans un même mouvement, se faisant face. Un clignement de l'oeil et chacun repartit sur sa boisson, tâchant d'oublier la tension qui venait de s'installer. Karina fut la première à briser le silence.

— Tu sais, je peux attendre que tu te décides. Je me doute que c'est pas simple comme situation.

La jeune femme se leva. De toute façon il ne servait à rien de rester davantage. Les choses avaient été dites, elle ne s'était pas attendue de toute façon à sortir du café avec un homme sous le bras. Faisant le tour de la table pour sortir, elle se pencha vers Kotetsu :
— Juste, évite d'être trop lent.

Sur ces dernières paroles Karina quitta le café. Ce n'est qu'au bout de quelques mètres dans la rue qu'elle laissa échapper un profond soupir. Le premier pas avait été accompli, il lui fallait continuer à avancer.


Bras croisés derrière la tête, Kotetsu fixait le plafond. La confession de Karina l'avait touché plus qu'il ne voulait l'admettre. Cela devait bien faire des années que des questions d'ordre sentimentales n'avaient pas perturbé sa vie. Jusqu'ici il n'avait fait que vivre dans le souvenir de Tomoe. Faire entrer une autre femme dans sa vie ne lui avait jamais traversé l'esprit. Antonio avait bien tenté de le mener à des soirées, mais il avait toujours décliné. Il n'avait pas le temps pour ça. Et il ne voulait pas qu'une femme soit victime de son statut de Héros.

Mais qu'en est-il quand cette femme est elle-même un Héros et lui relégué dans la seconde équipe ? Kotetsu se gratta le menton. Depuis quand Karina avait-elle des vues sur lui ? Si ça se trouvait, ce n'était qu'une passion éphémère d'adolescente.

— Elle doit avoir dix-huit ans à tout casser. Dans ce cas ça fait... (Il compta sur ses doigts) Au moins onze ans de différence. Je pourrais être son frère, à défaut d'être son père !

Nombre d'hommes à sa place n'auraient pas dit non à avoir une copine plus jeune qu'eux. Mais Kotetsu était mal à l'aise ; saurait-il rendre heureux Karina ? Et surtout, saurait-il l'aimer ? Ne trouvant pas de réponse à sa question, l'homme poussa un râle de rage qu'il étouffa sous un coussin. Les femmes étaient bien trop compliquées.