Disclaimer : Univers et personnages appartiennent à Keiichi Sato et le studio Sunrise.
Notes : Se déroule après l'anime. Les spoilers sont donc au rendez-vous, sans compter quelques hypothèses qui ne tiennent qu'à moi et peuvent donc être discutables.


Karina relut une nouvelle fois l'adresse marquée sur le papier. Elle se trouvait bien au bon endroit. Les nerfs à vif, sa main tremblait. La jeune femme la serra pour atténuer les tremblements, inspirant profondément. Elle adressa un remerciement muet à Antonio qui avait bien voulu lui indiquer où habitait Kotetsu.

Il y a trois jours pratiquement Fire Emblem était venu aux nouvelles, voulant savoir si oui ou non elle et Kotetsu sortaient officiellement ensemble. Karina s'était attendue à une telle scène ; Nathan sentait les histoires d'amour à plus de vingt mètres et telle une femme avide de ragots il jouait les entremetteurs. Ne pouvait rien lui cacher, elle lui avait tout avouer, recevant en réponse une moue déçue.

— Ma chérie, tu dois aller plus loin ! Si tu attends qu'il se décide, ce sera bien trop tard. Bouge-le ce Wild Tiger, montre-lui ce qu'est la volonté d'une femme !

Les paroles de Fire Emblem l'avaient motivé plus qu'elle ne l'aurait cru. Dans la foulée elle avait pris Antonio à part pour lui demander l'adresse de Tiger sous prétexte de lui rendre visite. Et c'est ainsi que le lendemain elle se retrouvait devant la maison de Kotetsu.

Ce n'était pas en demeurant devant le portail que les choses allaient changer. Se redressant, la jeune femme traversa la courte allée et frappa à la porte d'entrée. Quelques secondes suffirent pour que celle-ci soit ouverte, découvrant un Kotetsu en caleçon à moitié réveillé. Karina eut un sursaut devant une telle vision, et le rouge lui monta aux joues. En face d'elle le Héros se frotta les yeux, encore à moitié assoupi.

— J'prends pas d'encyclopéd... (Kotetsu enleva la main de son visage, reconnut la personne qui lui faisait face) Ka... Karina ! Je... je t'avais pas... Deux minutes !

La porte fut brutalement refermée laissant Karina les oreilles bourdonnantes, l'imagination en feu. Elle avait toujours soupçonné que Kotetsu cachait un peu de graisse malgré ses séances de musculature quotidienne, mais de ce qu'elle avait vu, ce n'était absolument pas le cas. Pour quelqu'un se considérant comme « vieux », il était très bien conservé. La jeune femme tenta de bien chasser la vision de son esprit, mais elle ne pouvait pas nier qu'elle venait de faire là une découverte des plus agréables.

Quand la porte se rouvrit, la jeune femme tâcha de reprendre une attitude plus normale. La tenue de Kotetsu était bien plus réglementaire que le caleçon, et bien plus distinguée. Une chemise, ça vous habille un homme. L'homme en question se recoiffait du mieux qu'il pouvait, une expression gênée sur le visage.

— C'est que c'était pas prévu Karina... Je... Je m'excuse mais...
— C'est le but des surprises d'être imprévues !

Puis pour ce qu'elle avait vue, l'effet de surprise était réussi. La jeune femme suivit Kotetsu qui l'invitait à entrer. On sentait bien là la maison de célibataire. Des bouteilles jonchaient le sol, des vêtements étaient déposés sur des meubles, des chaises et la vaisselle s'accumulait dans le lavabo. Ce n'était pas sale, mais l'endroit demandait du rangement. La jeune femme dut sautiller jusqu'au divan pour ne pas marcher sur une bouteille. Le maître des lieux était déjà parti dans la cuisine, cherchant de quoi boire dans le frigo.

— Je peux te faire un thé si tu préfères. Sinon j'ai encore un jus de fruit... Je sais même pas s'il est encore en date...
— J'ai pas soif. Dis, tu veux pas t'asseoir qu'on parle un peu ?
— Sinon j'ai du Pepsi. Enfin t'en bois peut-être déjà trop, ça doit te...
— Kotetsu !

Karina s'était levée pour faire entendre sa voix qui claqua comme un coup de fouet. Elle remarqua après coup que c'était la première fois qu'elle s'adressait à l'homme en le nommant par son prénom. Habituellement elle disait simplement « tu », mais jamais de façon aussi intime. Entendre son nom ainsi avait fait bondir l'homme qui se retournait, bras en l'air.

— Je suis innocent, Madame la juge ! N'appelez pas Lunatic pour ma mise à mort ! … D'accord, j'arrive. Cesse ce regard, s'il te plaît. On dirait que tu vas me tuer sur place.

La jeune femme bredouilla une excuse et patienta. Le divan s'enfonça légèrement lorsque Kotetsu prit place lui tendant une canette de jus de fruits. Karina l'ouvrit et en but le contenu d'un air distrait. Elle attendit voir si l'homme allait cette fois lancer la discussion. Ce qui fut le cas.

— Je suppose que tu viens pas juste pour dire bonjour.
— En effet. Ça va faire presque quatre jours que tu m'évites. Quatre jours que j'essaie de te voir, que tu es toujours absent. Tu sais, je te lance pas une demande de mariage. Je veux juste savoir si oui ou non tu éprouves des sentiments envers moi. Ou si je dois cesser de me faire des illusions.

Étonnamment, depuis qu'elle lui avait fait sa confidence, Karina arrivait plus facilement à mettre des mots sur ce qu'elle ressentait. Le silence de Kotetsu ne lui parut pas de très bon augure. Ce dernier regardait sa canette comme si elle pouvait lui donner la bonne réponse.

— Je ne sais pas... Tu te rends compte de la différence d'âge ?
— C'est ça qui te gêne ?
— Tu imagines me présenter à tes parents ? (Kotetsu posa sa canette, leva les bras et prit une voix aiguë) Bonjour 'pa, bonjour 'man, voici mon copain, il a presque votre âge, et il a même une fille !

Karina grimaça devant la pitoyable imitation. Mais elle avait réussi à relever un détail dans les arguments de Kotetsu. Un argument qu'elle lui mit sous le nez.

— Donc l'âge te gêne. Mais tu nies pas que tu pourrais avoir des sentiments pour moi.

Kotetsu se tourna vers la jeune femme, ouvrit la bouche pour répondre... et finit par la refermer. L'homme prit plusieurs pauses, levant le doigt, fronçant les sourcils, cherchait visiblement à sortir un contre-argument qui ne venait pas. Finalement il abandonna en se rejetant au fond du divan, tête en arrière.

— Je sais pas, Karina... Est-ce que je commence à imaginer suite à ta déclaration, ou celle-ci a-t-elle fait un déclic...

Kotetsu semblait désemparé, tiraillé entre la raison et l'envie. Karina le regardait se débattre, hésitant à lui tendre la main pour l'aider à sortir la tête de l'eau. Elle pouvait mettre fin à cette situation ; après tout elle en était la cause. Plusieurs choix étaient possibles. Elle pouvait faire une croix sur Kotetsu, le laisser reprendre son quotidien. Ou elle tentait d'aller jusqu'au bout, quitte à essuyer un échec.

Constatant que l'homme ne bougeait pas de sa position, Karina se lança tête baissée dans l'idée folle qu'elle venait d'avoir. La jeune femme grimpa sur le divan de façon à s'asseoir sur les cuisses de Kotetsu. Ce dernier sentant un poids sur lui releva la tête. Et fut bien surpris d'y voir Karina qui plus est avec un air résolu.

— Euh... Karina ? Qu'est-ce que...

Il sentit les mains de la jeune femme se poser de chaque côté de son visage, exerçant une légère pression l'obligeant à avancer la tête. Déjà lorsqu'ils étaient dans la même équipe, Kotetsu avait remarqué que Karina avait des lèvres pulpeuses. Souvent bien mises en valeur par le maquillage. Et de près cela se voyait encore plus. Il aurait pu repousser la jeune femme, refuser ce qu'elle allait accomplir. Mais quelque chose en lui d'indéfinissable le laissait jouer le rôle de spectateur.

Comme il s'y attendait, comme un cliché digne d'une scène de romance, les lèvres de Karina étaient douces. Douces et fraîches, agréables à embrasser. Les cheveux de la jeune femme le chatouillaient, des mèches tombant dans son cou, d'autres lui frôlant le visage. Il avait l'impression de redevenir un jeune adolescent recevant son premier baiser. Il n'avait absolument ni la force, ni l'envie, de repousser la jeune femme. Ce fut elle qui se retira, le regard pétillant, les joues rougies. Elle respirait à la fois la fierté et la gêne. Assise ainsi et avec un tel regard, Kotetsu aurait pu croire qu'elle allait se jeter sur lui pour aller plus loin.

Ce ne fut pas le cas. La jeune femme se recoiffa, laissant son cœur reprendre un rythme normal.

— Bon voilà. Désolé mais... depuis le temps... Presque un an que je me retiens. (Devant l'expression de Kotetsu, la jeune femme crut bon de préciser) Au moins depuis que tu m'as aidé à trouver ma place chez les Héros, sans compter les petits faits à côté...
— Dix sept-ans au compteur et t'étais déjà amoureuse d'un trentenaire ?
— Oui bon... (Karina gonfla les joues, un peu vexée) C'est que ça se contrôle pas ce genre de choses...
— T'es mignonne.

Devant ce qui devait être un compliment, Karina ouvrit grand les yeux. Kotetsu la regardait avec comme un soupçon d'amour ; en tout cas son regard attendrissait Karina. Ce n'était pas le regard d'un père voyant sa fille grandir ou réussir dans sa vie, c'était le regard d'un homme touché par le comportement d'une femme. Un homme qui se laissait aller à l'amour. Sentir la main de Kotetsu sur sa joue surprit Karina. Le contact était un peu rude mais chaleureux, et surtout agréable. Bien mieux que lorsqu'elle l'imaginait dans ses rêveries.

Quand Kotetsu la prit dans ses bras, la calant contre lui, elle se sentit redevenir une petite fille. Et en même temps elle avait l'impression de mûrir, de devenir une femme plus mature. A travers les yeux du Wild Tiger, la rose se voyait s'épanouir.