Note de l'auteur : Hourra, enfin le troisième chapitre en ligne, youhou. Je dois bien l'avouer, j'ai bien cru que je n'arriverai jamais à le publier ce week-end tellement j'ai eu de travail, mais voilà ! Enfin ! Je crains par contre qu'il n'y ai encore des coquilles, mais disons qu'à la troisième relecture hier soir j'ai cru que j'allais perdre un œil, donc je me suis arrêtée. J'ai regardé à nouveau aujourd'hui, ai retravaillé certaines choses, alors maintenant... je vous laisse lire !
Un millier de merci à ceux qui m'ont laissé des commentaires, vous n'avez pas idée du plaisir que c'est de les lire et d'y répondre.
Pour les personnes qui étaient restées sur leur faim, j'espère que vous serez content(e)s, car j'ai rallongé cette partie en revoyant mon découpage par chapitre. Du coup, vous en avez plus ! D'ailleurs, va falloir que je continue à écrire, moi...
Allez, assez de blabla.
Bonne lecture !
III
Son père fut le premier à surmonter sa surprise, et s'empressa de venir se présenter devant le nain en faisant une révérence aussi basse que ridicule. Maurina n'avait jamais vu quelqu'un faire un salut à une Main du Roi auparavant, pourtant son instinct lui soufflait qu'on ne devait sûrement pas s'y prendre comme cela. Elle réprima un léger sentiment de honte en le voyant faire.
« _Mon seigneur Lannister, c'est un honneur de vous recevoir dans notre humble boutique. »
Le nain sembla l'étudier un instant, puis avec un sourire énigmatique, jeta un regard autour de lui.
« _Cet honneur vous le devez tout entier à votre fille, Maître Roderick. Elle a eut le courage de prévenir un coup qui m'était destiné en le recevant elle-même. »
L'assistance hocha la tête en chuchotant. La jeune femme, embarrassée, aurait voulu disparaître dans un trou, malgré la fierté qu'elle éprouvait en entendant quelqu'un louer une chose qu'elle avait faite. Elle tâcha de s'appuyer sur ce sentiment inhabituel pour trouver la force de venir se présenter.
« _Ah, voici la jolie jouvencelle, » s'exclama Tyrion en la voyant venir.
« _Monseigneur, » dit-elle en s'inclinant avec application.
« _Ma chère Maurina. Je vois que vous avez tout à fait récupéré de votre exploit passé, » dit-il obligeamment en la saluant.
« _Tout à fait, votre grâce, je vous en remercie. »
Tyrion fit un signe à son homme de main.
« Et comme promis, je vous ai apporté un présent en gage de ma reconnaissance. Bronn? »
La jeune femme leva alors les yeux vers ce dernier et croisa son regard. Il semblait n'avoir qu'une hâte, en finir avec toutes ces simagrées le plus vite possible. Et quelque part, elle ne pouvait pas le blâmer. Elle remarqua alors la boîte qu'il tenait négligemment dans les mains. Il s'avança vers elle, aussi Maurina garda les yeux baissés sur ce qu'il lui apportait.
« _Ouvrez-la donc. Je brûle de savoir si mon cadeau vous plaît, » encouragea Tyrion.
Elle lui jeta un regard furtif. Comme Maurina aurait voulu qu'il n'y ait personne dans la boutique pour épier ses moindres faits et gestes ! Qu'il lui plaise ou non, dans aucun cas de figure elle ne pouvait s'imaginer déclarer à la Main du Roi que son cadeau ne lui plaisait guère.
Lentement, elle souleva le couvercle... et y découvrit un livre très ancien. De toute évidence, il n'était plus de la première jeunesse car sa couverture était lustrée par le temps et avait souffert aux coins ; son cuir était craquelé çà et là.
« _Un livre, mon seigneur ? » dit-elle en essayant de ne pas laisser pointer la déception dans sa voix. Au contraire, elle arqua un sourcil vers le Lannister, lui quémandant implicitement quelques explications.
« _J'espère au moins que vous aimez la lecture, Maurina, » répondit Tyrion sans perdre son ton affable.
Son masque de convenances était si parfait qu'il en énerva presque la jeune femme. Elle prit le livre délicatement et referma la boîte. Bronn, qui tenait la pose depuis tout ce temps, ne fut que trop heureux d'aller poser son fardeau à la hâte sur les étoffes de prix. Mais personnes n'y prit garde, trop curieux de suivre la suite de l'échange.
« _J'apprécie la lecture, mais mon travail me laisse peu de temps pour m'y consacrer, » dit-elle.
« _J'espère dans ce cas que les récits des guerres de Westeros saura susciter votre intérêt. Ce livre m'est très cher. »
Nouveaux murmures. Maurina trouve le moyen de sourire, tout en se demandant s'il se payait sa tête en lui donnant un livre au titre aussi peu palpitant.
« _J'en prendrai grand soin, mon seigneur, » assura-t-elle aussitôt.
En voyant l'air satisfait que cette réponse provoqua chez le Lannister, l'ombre d'une pensée traversa son esprit. Y avait-il une raison particulière pour laquelle il lui donnait ce livre ? Mais cette assomption disparut aussi vite qu'elle était venue quand sa belle-mère se posta devant elle, semblant sortir de nulle part.
« _Monseigneur, » dit-elle en s'inclinant bien bas, ce qui fit remarquer avec horreur à la jeune femme qu'elle portait une robe très décolletée. « Quelle honneur de vous recevoir chez nous. J'étais un peu souffrante, mais le plaisir de venir vous saluer était trop grand. »
La curiosité et l'envie de se faire voir, surtout.
Maurina dû se mordre l'intérieur de la joue en se retenant de lever les yeux au ciel. Mais désormais Magda avait capté l'attention en échangeant des platitudes avec Tyrion, et la jeune femme ne savait si elle devait se sentir soulagée ou désespérée. Elle croisa à nouveau le regard de Bronn. Ce dernier l'observait avec une insistance et un air désinvolte qui ne lui plaisait pas du tout. On aurait dit un loup qui regardait sa proie. Il ne manquait plus qu'il se pourlèche les babines. Elle fronça légèrement les sourcils pour lui indiquer que son attitude était déplacée, mais cela lui soutira au contraire un sourire amusé qui la fit bouillir de rage. Bon sang, pour un homme qui semblait avoir un bon nombre d'années de plus qu'elle, il était bien rustre. Pour lui apprendre, elle décida de reporter son attention sur le Lutin ; pour se faire, elle dû se déplacer et contourner sa belle-mère. Magda jeta un regard dédaigneux sur le livre qu'elle tenait pressé contre sa poitrine.
Au moins quelque chose qu'elle ne voudra sûrement pas me prendre…
« _Avant que je parte, je tenais à personnellement vous informer que j'ai choisi votre maison pour fournir mes appartements au palais à compter de ce jour. Qu'on se le dise, les actions méritoires d'une personne ont toujours des répercussions sur sa famille. Il en va de même pour les mauvaises. »
De nouveaux murmures excités remplirent la boutique, et Maurina remarqua du coin de l'œil que son père et Magda en avaient tous deux perdu la voix. Cela la fit rire en son for intérieur. Avant qu'ils ne tournent les talons, la jeune femme trouva la présence d'esprit de remercier Tyrion d'un tel honneur et proposa de les raccompagner à la porte, tandis que la clientèle s'empressait de féliciter son père. Elle laissa sortir le Lutin en inclinant la tête, puis Bronn, qui passa tout en la fixant de son air insolent.
« _Merci encore monseigneur, pour ma famille et pour moi-même, » dit alors Maurina dans l'encadrement de la porte.
« _Adieu, Maurina. Et garde bien ton cadeau précieusement. J'enverrai Bronn de temps à autre pour savoir comment vous vous portez tous les deux. »
Maurina tiqua. Tâchant de cacher sa perplexité, la jeune femme sourit en le saluant.
Mais quand ce fut Bronn qui lui rendit son salut, elle le foudroya du regard.
Pas découragé pour deux sous, ce dernier lui fit un clin d'œil suggestif par dessus son épaule, sourire en coin tandis qu'ils s'éloignaient, flanqués de gardes qui les avaient apparemment attendus dehors.
Maurina n'y résista plus et lui tira la langue. Elle le vit alors lâcher un rire.
« _Nous nous reverrons bien assez tôt, petiote ! » lança-t-il tout en continuant de marcher.
La jeune femme rentra en secouant la tête, pensant que ce Bronn était vraiment un mufle de la pire espèce.
Le calme mit plusieurs jours à revenir dans la maisonnée de Maurina. Tout d'abord la jeune femme trouva autant de plaisir que de soulagement à voir que personne ne s'intéressait à son livre hormis sa sœur, qui voulait qu'elle lui apprenne à mieux lire. A vrai dire, elle ne voyait pas comment ce livre pouvait posséder une valeur autre que sentimentale ; en le feuilletant elle avait découvert qu'un Maester au nom imprononçable l'avait écrit, et que son style était des plus rébarbatifs. Elle aurait peu de moments exaltants à passer avec une telle lecture ! Mais Tyrion Lannister avait semblé accorder une grande importance au fait qu'elle le garde, sans vouloir trop le montrer. L'idée qu'une intention était cachée derrière ce geste restait tapie dans un recoin de son esprit. Elle avait même examiné le volume sous toutes les coutures pour voir s'il y avait quelque chose de différent. En vain. Puis elle finit par ne plus y prendre garde et le rangea dans un linge de son côté sous le lit.
Sa belle-mère s'était appropriée la boîte ouvragée et Maurina ne savait déjà plus si elle l'avait gardée ou si elle l'avait vendue.
A cette contrariété s'ajouta le fait que Magda ne se faisait pas à l'idée que Tyrion ne voulait pas d'elle, et les deux femmes s'étaient violemment querellées à ce sujet. Forcément, Maurina finit par dire quelque chose de plus déplacé que sa belle-mère, qui lui asséna une paire de claques et la priva de souper. Vinrent ensuite les brutales réprimandes paternelles, car Magda avait dans l'habitude d'aller se plaindre à Roderick du comportement 'dérangé et insolent' de sa fille.
Toute fois, un calme relatif revint, et la boutique entra dans une nouvelle ère de prospérité. Et ce, grâce à Maurina. Puisque personne ne le lui disait, elle trouvait un secret plaisir à se le dire de temps à autre. Etait-ce de la vanité si cela était vrai ? Elle s'en moquait bien finalement. Désormais, elle commençait à s'imaginer aspirer à de plus grandes choses. La jeune femme n'avait après tout jamais songé à ce qu'elle ferait dans le futur. Voulait-elle simplement rester chez son père à servir de deuxième servante ? Non, lui criait désormais une voix dans sa tête. Non, elle voulait... plus. Sans vraiment savoir ce que cela voulait dire.
Malgré l'affluence qui prenait désormais la boutique, Maurina trouva tout de même le moyen de s'échapper avec Greyce pour faire le marché. Combien même elle était contente de voir le commerce si bien tourner, l'envie de sortir marcher dans les rues de Port Réal était plus forte que tout. Et après les jours qu'elle avait passé enfermée chez elle, la jeune femme finissait par croire que les murs allaient l'étouffer. De plus, elle n'était pas sortie non plus depuis la venue du Lutin.
« _Vous êtes sûre que vous faites bien de m'accompagner, maîtresse ? » demanda la servante d'un air un peu soupçonneux.
Maurina lui lança un regard qui la fit taire.
« _Je suis parfaitement capable de prendre mes décisions toute seule, Greyce. De toute façon, mon père parle déjà de prendre un nouvel apprenti, à l'allure où vont les choses. Je suis persuadée que personne ne se sera rendu compte de mon absence jusqu'à ce que je revienne. »
Du moins je l'espère.
Elles s'arrêtèrent devant l'étal de fruits. Elles se mirent à inspecter la qualité des pêches.
« _Et puis vois donc le bon côté de la chose, » reprit Maurina. « Quand je viens au marché, il y a toujours une chance que cela enrichisse ma famille ! » termina-t-elle avec un rire.
Malheureusement, Greyce semblait immunisée contre la moindre forme d'humour, et était d'ailleurs la dernière à en faire. Les seules fois où elle l'entendait rire étaient pour se moquer de quelqu'un ou en écoutant un commérage. Aussi la jeune femme décida de l'ignorer et acheta les pêches.
C'était une chaude journée qui s'annonçait. On était encore le matin, mais déjà le fond de l'air était tiède, et sans aucune brise marine. Sur le chemin pour acheter des légumes, Maurina n'y résista plus et prit une pêche dans le panier. Avant même que Greyce n'ait le temps de protester, elle avait déjà planté ses dents dedans et mangé un morceau.
C'est alors qu'une main à la propreté douteuse et masculine surgit par derrière et lui arracha le fruit des mains. Trop surprise pour crier, la jeune femme se tourna pour trouver Bronn, larcin en main, un grand sourire aux lèvres. Il avait vraiment une allure de loup, pensa-t-elle.
« _Belle journée mes petites dames, » lança-t-il en parodiant un salut de chevalier.
« _Elle l'était jusqu'à ce que vous me voliez ma pêche, » rétorqua-t-elle en continuant à marcher, ce qui l'obligea à la suivre. « Est-ce dans votre habitude de voler les femmes au marché ? »
Bronn retint un rire peu relevé en mordant dans la pêche à pleines dents. La jeune femme le regarda du coin de l'œil essuyer l'excès de jus d'un revers de main.
« _Ha ! Il m'arrive de voler les femmes. Mais généralement il ne s'agit pas de fruit, et ça ne se passe pas au marché ! »
Greyce, qui avait trouvé bon de feindre la surdité vis à vis de leur conversation, poussa une exclamation outrée tandis que Maurina devenait rouge pivoine. Elle lui lança un regard lourd de reproches, qui se voulait plus sévère qu'embarrassé.
« _Qu'est-ce que vous faites ici, Bronn ? » lâcha-t-elle entre ses dents.
Ils s'arrêtèrent devant le marchand de légumes. Maurina croisa les bras et tâcha de ne pas se montrer impressionnée par ce grand soudard qui la toisait de sa haute taille, par-dessus son nez cassé. Greyce, dans un sursaut d'intelligence, avait comprit qu'il était de son intérêt d'effectuer seule les achats pour le moment.
« _Oh, vous n'êtes pas fâchée au moins ? » demanda-t-il alors, faussement inquiet. « Si vous voulez, je vous la rend, elle vraiment goûteuse. »
Il lui tendit le fruit dont il ne restait qu'un morceau à manger.
La jeune femme remarqua alors que les lèvres du soudard étaient luisantes de jus et que quelques gouttes avaient coulé sur sa barbe de trois jours, au niveau du menton. Elle fronça le nez, sa respiration devenant plus irrégulière, partagée entre une certaine répulsion et l'ombre d'une incompréhensible… attirance. Quand elle leva ses yeux vers les siens, elle remarqua l'intensité de son regard bleu moqueur.
Elle réalisa alors qu'il lui lançait un défi et qu'il s'attendait certainement à la voir refuser avec un gloussement mal contenu ou à s'enfuir à toutes jambes. Malgré sa répugnance en voyant ses doigts plantés dans la chair mûre (lui seul savait où ils avaient traîné), Maurina se força à lui prendre le fruit, et sans le quitter des yeux prit la dernière bouchée et jeta le noyau par terre. Pendant un bref instant, elle crut voir une expression plutôt impressionnée traverser son visage. Pour se donner une contenance, il posa une main sur le pommeau de son épée et l'autre sur sa hanche. Face à cette démonstration d'assurance virile, Maurina se sentait frémissante, fière, ridicule, mais il était hors de question qu'elle le laisse entrevoir cela.
« _Hé bien, Bronn ? Je répète ma question, qu'est-ce que vous faites ici ? » demanda-t-elle en essayant de prendre un air aussi dégagé.
Greyce venait de finir, aussi ils se mirent à la suivre, en direction du coupeur de viande.
« _Tyrion Lannister vous l'a bien dit, non ? J'ai été envoyé pour l'assurer de votre bonne santé. »
Maurina lui lança un regard intrigué. A bien l'observer, il ne semblait guère convaincu de l'importance d'une telle mission. A son grand dam, la jeune femme devait bien reconnaître qu'elle le comprenait un peu.
« _Votre employeur est plein de considération. Mais comme vous pouvez le voir, je me porte à merveille. Votre mission aura été de courte durée, et remplie avec succès. »
« _Vraiment ?... à dire vrai, je vous trouve un peu pâlotte. Vous avez un galant pour vous sortir de chez vous ? »
Cette fois-ci la jeune femme poussa une exclamation indignée, se sentant rougir légèrement.
« _Ce ne sont vraiment pas vos affaires, Bronn ! Et puis comme vous le voyez, je n'ai pas besoin d'un homme pour me sortir de chez moi. »
Le soudard parti d'un rire franc et moqueur que Maurina observa, interdite.
« _Ah, ah, Maurina. Maurina. Vous pouvez faire la fière tant que vous voulez, mais vous savez comme moi qu'il vous manque cruellement quelque chose. »
La jeune femme haussa les épaules en essayant de l'ignorer. Il se pencha alors sur elle et lui susurra à l'oreille:
« _Un homme entre ces belles cuisses que je devine sous votre robe. »
Maurina tourna la tête si vivement vers lui qu'elle failli le cogner front à front. Mais le reître possédait d'excellents réflexes et une habileté de mouvement déconcertante, aussi il recula à temps pour éviter la main qui avait volé dans sa direction et l'attrapa au vol.
Bronn étouffa un rire en l'attirant à lui.
« _Je savais que tu pouvais être fougueuse comme une ribaude. J'aime ça. »
« _Je me fiche bien que ça te plaises ou non », cracha-t-elle en essayant de se libérer de sa prise de fer. « Tu es probablement l'homme le plus...le plus...vulgaire que je connaisse. » Elle releva la tête en se reprenant. « Gardez vos plaisanteries de soldat pour vos semblables et fichez-moi la paix. »
Greyce était en train de commander la viande. Elle avait entendu leurs éclats de voix, mais heureusement ils s'étaient tenus assez à l'écart pour qu'elle n'entende pas le détail. Le mercenaire se pencha sur Maurina en arquant un sourcil, son visage à quelques centimètres du sien, comptant sur le fait qu'elle allait être trop fière pour broncher. En effet, tremblante de colère, la petite jeune femme le regardait avec de grands yeux gris qui montraient clairement sa lutte pour ne pas céder à l'intimidation. Elle pouvait sentir son souffle chaud sur son front, et son odeur —un mélange de cuir, d'écurie, de métal et de quelque chose d'autre qui lui était propre.
« _Oh, vous pensez m'être supérieure, c'est ça ? » dit-il dans un murmure qui se voulait d'un ton faussement plaisant.
A vrai dire, une part de lui semblait vraiment rire de la situation. Pourtant ses yeux bleus étaient devenus plus durs, comme sa prise sur son poignet. Elle ne tira plus dessus, sachant que cela n'y ferait rien. Maurina sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine.
« _Je ne le pense pas, c'est un fait. La… la fille d'un commerçant réputé est d'un rang plus élevé qu'un simple soudard, » parvint-elle à articuler, non sans peine.
Bronn hocha pensivement la tête, puis leva sa main libre pour toucher une boucle de cheveux qui s'était échappée de sa tresse. Elle réprima un sursaut, pensant par réflexe qu'il allait la frapper ; mais l'étrange délicatesse de son geste la troubla plus encore.
Il finit par relâcher son poignet avec un soupir un peu exaspéré, songeur.
« _Hum. Toujours ce fichu rang. Pourtant vous étiez bon aise quand ce simple soudard était là pour sauver vos petites miches au marché. Vous avez déjà pensé à ce qui vous serait arrivé ? Qui aurait empêché l'un d'eux de vous entraîner dans une allée déserte… ? »
Maurina vit du coin de l'œil que Greyce revenait vers eux. Elle se détourna aussitôt de Bronn, qui recula d'un pas.
« _Nous devons rentrer. Et je crois que vous devez faire de même, » dit-elle d'une voix neutre.
Le mercenaire l'observa un temps, des pieds à la tête, puis finit par acquiescer, retrouvant un sourire au coin des lèvres, l'air de dire qu'il reconnaissait quand une bataille devait être reportée au lendemain.
« _Nous nous reverrons, ma dame. » Ce mot était toujours un sarcasme dans sa bouche. Et de fait, elle n'en était pas une. « Bientôt. » Il tourna les talons.
Greyce était déjà partie à quelques mètres devant elle quand Bronn ajouta à voix bien haute :
« _J'espère que ce que je vous ai dit vous tiendra chaud la nuit ! »
Crois-y, espèce de rustre.
Sur le chemin de retour, Maurina fit promettre à la servante de ne parler de cette rencontre avec personne.
« _Il est simplement venu s'assurer de ma santé pour son maître après tout, » avança-t-elle.
La servante lui lança un regard dubitatif.
« _Vous êtes sûre que c'est tout ce qu'il était venu faire, maîtresse ? Il avait une bien drôle manière de s'acquitter de sa tâche alors. »
La jeune femme raffermit sa poigne sur le deuxième panier de courses.
« _Défends-toi bien d'aller imaginer autre chose, Greyce. Et ne va pas inventer des problèmes là où il n'y en a pas. »
Elle crut l'entendre grommeler 'pas encore' mais préféra croire qu'elle n'avait rien compris. La discussion fut close, mais la jeune femme ne put empêcher ses pensées de tournoyer dans sa tête. Des pensées qui finissaient toujours par se diriger vers Bronn.
Bon ! J'espère que vous avez apprécié. Pour ma part, j'avoue avoir tellement lu et relu ce chapitre que je ne sais plus si je dois l'aimer ou non, mais ça, je crois que c'est normal :-)
Sinon, n'oubliez pas le petit encadré en bas de cette page, un petit commentaire, ça fait toujours plaisir, même quand c'est court !
Je ne sais pas quand je vais publier le prochain chapitre. Il est déjà écrit, mais doit être retravaillé... et puis je ne vous le cache pas, ça dépend de vous aussi ^^.
A bientôt !
