Note de l'auteur: Bonjour à tous ! Voici donc le chapitre 4. Il est moins long que le précédent, cette fois-ci j'ai gardé le découpage originel car d'une part je trouvais que ça se terminait mieux comme ça, et puis comme de chapitre en chapitre j'ai beaucoup de views et peu de commentaires... et bah ça va vous faire un peu les pieds. *sourire démoniaque*
Désolée d'avance pour le peu d'entre vous qui m'écrivent pour chaque chapitre :-) Mais sachez que vous tenez une place particulière dans mon esprit quand j'écris.
Disclaimer's alert: Sous vous dévoiler la teneur de ce chapitre, la fin de ce dernier contient de la violence et une tentative...heu... d'agression. Si cela vous dérange, arrêtez-vous dès que Maurina sort de chez son amie. Je ne suis pas non plus partie dans les gros détails non plus, mais juste pour être sûre, et que vous ne soyez pas surpris(es).
Sinon, et bien, comme d'habitue,
Bonne lecture !
IV
Maurina ne revit pas le reître au marché les jours suivants. Elle ne le revit pas non plus quand elle alla rendre visite à ses amies dans le quartier. Deux semaines passèrent pendant lesquelles elle se surprit à le chercher du regard parmi la foule. Cela était pourtant stupide et ridicule. Pourquoi chercherait-elle à rencontrer à nouveau ce mufle ? Il était insupportable, insouciant des civilités et des codes d'honneur... devait-elle chercher plus de raisons encore de le détester ? Pourquoi donc rechercher sa compagnie quand elle ne pouvait le souffrir plus de quelques minutes ?
Mais sans relâche, elle revoyait alors sa silhouette athlétique, ses épaules larges, son allure féline et son sourire de loup ; ses yeux délavés qui la déshabillaient sans la moindre honte, sa barbe mal rasée, son front haut et ses cheveux noirs rejetés en arrière, et ses traits patinés par le temps qui laissaient deviner qu'il avait connu une vie très rude et dangereuse, jeté aux quatre vents.
Le pire moment était la nuit, où il hantait occasionnellement ses rêves. Plusieurs fois la jeune femme s'était réveillée dans le noir, en nage, haletante, sa chemise lui collant au corps, arrachant un grognement indigné de l'autre côté du lit.
Pourtant, et contre toute attente, penser à Bronn semblait avoir allégé ses tâches quotidiennes. Les sempiternelles sorties de Magda contre elle ne la touchaient plus comme avant et les journées à la boutique paraissaient moins dures. Elle terminait d'ailleurs l'une de ces journées-là, quand un jeune garçon entra en trombe en l'appelant par son prénom.
« _Qu'est-ce que c'est que ce bougre qui braille ton nom ? » s'emporta Roderick, mécontent d'être dérangé devant sa clientèle.
Sa fille s'interposa entre eux.
« _C'est Ross, le serviteur de Celyane, » expliqua-t-elle. Elle se tourna alors vers le garçonnet. « Que se passe-t-il, mon garçon ? »
Il était à bout de souffle à force d'avoir couru.
« _C'est mon maître qui m'envoie vous chercher. Il vous fait dire que la naissance se présente mal et que la sage-femme tarde à venir. »
Alarmée, Maurina défit aussitôt le tablier qu'elle portait à la taille. En le voyant faire, son père l'arrêta, furieux.
« _Pour qui se prennent-ils de t'envoyer chercher comme si tu n'étais qu'une domestique ? Ils n'ont qu'à attendre la sage-femme. Tu entends ? Je t'interdis de quitter ton travail !»
Mais la jeune femme ne semblait pas l'écouter. Elle disparut un instant, puis revint les épaules et la tête ceintes d'une étole couleur sable et se dirigea vers la porte.
« _Je ne laisserai pas mon amie risquer de mourir en couches simplement pour vous avoir obéi mon père, » déclara-t-elle d'une voix décidée et la plus calme possible.
Maître Roderick était désormais écarlate de colère, voyant son autorité remise en cause dans sa propre boutique, et devant ses clients.
« _Si tu sors d'ici, prépare-toi à recevoir une sacrée correction à ton retour ! » éructa-t-il en brandissant sa main pour illustrer son propos.
Sa fille posa sa main sur la poignée, son cœur battant la chamade. Elle regardait son père avec de grands yeux fixes. Elle réfléchissait à toute vitesse. Elle n'avait jamais défié aussi ouvertement son père, et cela la terrifiait. Mais elle repensa aussitôt à Celyane, l'imagina en proie aux pires douleurs dans son lit, et se dit que les places auraient très bien pu être inversées. Elle aurait pu être celle qui se marie la première et vivre un calvaire en ce moment même.
« _Priez pour que je rentre dans ce cas, » fit-elle dans un souffle, avant de disparaître dans la rue, le jeune Ross sur les talons.
On était en fin d'après-midi, remarqua Maurina en remontant la rue avec Ross. La chaleur commençait à peine à être plus supportable et des effluves de crasse et d'urine parvenait à ses narines par moment. Les rues étaient encore pleines de passants, mais elle soupçonnait que cela n'allait pas durer longtemps. En levant les yeux la jeune femme pouvait voir de gros nuages sombres se profiler dans le ciel. Elle se mit alors à bombarder le jeune garçon de questions sur l'état de son amie.
« _Elle semblait avoir mal... mais je ne savais pas vraiment pourquoi. Elle criait beaucoup. Ça nous faisait drôlement peur, au maître et moi, » avoua-t-il.
La jeune femme essaya d'imaginer Cedrik apeuré, mais trouva cela difficile. Cedrik, si sûr de lui, si calme et avenant. Sans doute une rareté d'homme parmi les gardes du palais. S'il avait laissé paraître sa crainte aux domestiques de sa maison alors la situation devait être vraiment grave. Cela ne rassura pas la jeune femme. Elle devait faire face à quelque chose dont elle ne connaissait rien, et ce en ressentant une boule d'angoisse dans le ventre. Elle ne pouvait reculer, et pourtant regarder la difficulté dans les yeux ne rendait pas la tâche plus facile. Lors d'un accouchement difficile, elle savait quels étaient les risques. Aussi elle força son esprit à ne pas y penser.
Une fois arrivés, Maurina monta l'escalier quatre à quatre et fut accueillie par le mari de Celyane au deuxième palier. Ce dernier était pale, les yeux hagards.
« _Je suis désolé qu'on vous ai dérangée, Maurina, mais Celyane vous réclamait dans son délire et je voulais trouver un moyen de la calmer. Je ne sais plus quoi faire. »
La jeune femme défit son voile improvisé et prit le chemin de la chambre.
« _Vous avez pensé à envoyer chercher la servante d'Ariane ? Je crois bien qu'elle a déjà fait ce genre de choses. Et des nouvelles de la sage-femme ? »
L'homme secoua la tête, ses boucles brunes dansant sur son front plissé par la préoccupation.
« _Celle du quartier est malade, alors la cuisinière est partie dans l'autre quartier en trouver une. »
Maurina trouva Celyane alitée et plongée dans la pénombre, trempée de sueur, en proie à des douleurs terribles. On avait ouvert les fenêtres et fermé les volets à moitié, puis on avait pendu des linges mouillés devant chaque ouverture pour diminuer la chaleur le plus possible. Il régnait de ce fait une atmosphère moite qui ne plu guère à Maurina, mais elle ne dit rien. Elle préférait encore souffrir d'une chaleur sèche que d'avoir le sentiment de dormir à côté d'un marais bien humide.
Elle vint aussitôt s'asseoir à son chevet et serra la main qu'elle lui tendait.
« _Maurina. Tu es venue, » dit-elle d'une voix éreintée. »
« _Qu'est-ce que tu ressens, Celyane ? Comment sont tes contractions ? »
« _Espacées...mais très fréquentes depuis peu. Ça a commencé depuis une heure. »
Les yeux de la future mère étaient vagues et la jeune femme remarqua qu'elle brûlait de fièvre. C'était sans doute cela qui la faisait délirer. Elle leva alors la tête vers Cedrik. Ce dernier était resté dans l'encadrement de la porte, tel un fantôme, complètement dépassé par la situation semblait-il.
« _Celyane a de la fièvre. Il lui faudrait des linges trempés dans de l'eau froide, » dit-elle simplement pour que la détresse dans sa voix ne la fasse pas sonner comme une commande.
Avec un léger sursaut, l'homme se redressa, puis hocha la tête sans un mot avant de disparaître.
« _As-tu... déjà fait accoucher une femme auparavant ? » demanda son amie entre deux gémissements de douleur.
Maurina secoua gentiment la tête. Elle se voulait rassurante pour ne pas l'inquiéter et ajouter à ses tourments, mais au fond d'elle la jeune femme avait une peur bleue que Celyane lui file entre les doigts comme sa propre mère. Elle avait été jeune alors, mais le sentiment d'impuissance lui était toujours resté en travers de la gorge. Aujourd'hui elle était plus âgée, et elle pouvait désormais prendre le taureau par les cornes.
« _Tu es la première. » Elle commença à soulever le drap. « Tu permets ? Pour voir comment ça se présente. »
Son amie n'eut pas la force de lui dire non. Puis dans l'urgence, la gêne aurait été superflue. Maurina déglutit, prenant son courage à deux mains, puis regarda. Bon. Visiblement la voie naturelle se préparait à laisser passer l'enfant... mais elle ne savait pas quoi faire à partir de là.
« _Tu as déjà essayé de pousser, Celyane ? Je crois que c'est tout ce qu'il te reste à faire... »
La jeune femme secoua énergiquement la tête.
« _Trop... douloureux... »
C'est alors que la porte s'ouvrit en grand, laissant passer une femme aussi grande que large, Cedrik sur ses talons. Maurina recouvrit aussitôt les jambes de son amie et alla prendre le bol d'eau froide et les linges que ce dernier lui tendait.
« _Vous pouvez sortir, messire, » dit la femme en s'installant au chevet de la souffrante. « C'est affaire de femmes désormais. »
Farah s'avérait être en fait la femme d'un boulanger dans la rue des orfèvres. Elle était un peu brusque et guère avenante, comme certaines femmes du bas peuples pouvaient l'être, mais elle savait de toute évidence ce qu'elle faisait et cela rassura Maurina quelque peu. Dès son arrivée, elle avait donné ses instructions en cuisine pour infuser un mélange d'herbes qui devait atténuer les douleurs. Elle expliqua que l'enfant était déjà de grande taille, ce qui devait expliquer les difficultés éprouvées par Celyane pour le faire sortir. La jeune femme avait hésité à intervenir quand la sage-femme s'était mise à haranguer la future mère afin de l'inciter à trouver ses forces pour pousser à nouveau, mais après une seconde de réflexion, elle en était arrivée à la conclusion que c'était sans doute la meilleure approche. Conforter Celyane dans l'inaction ne lui aurait été d'aucun secours. Après un temps qui lui parut interminable, les cris du nouveau-né finirent enfin par retentirent dans la chambre.
« _Dites au père que c'est un bon gros garçonnet, » fit la Farah en le nettoyant.
Maurina s'exécuta sans relever le ton autoritaire de la femme, en partie heureuse de pouvoir sortir de l'espace confiné de la chambre et de récupérer sa main endolorie ; elle avait eu l'impression pendant l'accouchement que Celyane lui avait broyé les doigts. Quand elle annonça la nouvelle à Cedrik devant ses gens, tout le monde sembla retrouver des couleurs. Le nouveau père affichait un sourire béat, visiblement sous l'effet du contrecoup des évènements. Après être allé voir sa femme et son fils, Cedrik paya généreusement la femme Farah et ouvrit sa bouteille de vin de Braavos la plus coûteuse. Mais après deux verres, Maurina se rendit compte que le jour commençait à tomber. Elle se souvint alors de la promesse de son père. Une chape de plomb lui tomba dans l'estomac, sur le vin délicieux qu'elle venait de boire. Elle devait rentrer au plus vite le confronter et subir sa colère, pour en être débarrassée —jusqu'à la prochaine fois.
La jeune femme félicita à nouveau le père, monta embrasser son amie et le bébé, puis noua son étole. Dans la liesse générale, personne ne s'inquiéta de la voir partir seule, et cela ne la dérangea guère. Il était si bon de voir une maison dans laquelle on riait. Elle ne voulait pas les inquiéter inutilement.
Mais une fois dans les rues qui se vidaient petit à petit, Maurina regretta rapidement de ne pas être accompagnée. La luminosité diminuait rapidement, en partie à cause de l'orage qui se préparait.
Elle n'avait pas marché dix minutes qu'elle tomba nez à nez avec un groupe d'hommes qui sortaient d'une taverne voisine.
« _Hé », dit l'un, « mais ça ne s'rait pas cette traînée qui a aidé ce salopard de Lutin l'autre jour ? »
La jeune femme sentit un mauvais frisson la parcourir et lui serrer le ventre.
« _Mais ouais, » reprit un autre. « Alors comme ça on est amie avec la Main du Roi ? » lança-t-il.
Maurina aurait voulu pouvoir fuir, mais ils étaient déjà autour d'elle, à la serrer contre la paroi d'une maison.
« _Tu sais, on est doués de nos mains, nous aussi. »
« _Et pas qu'avec nos mains. J'pense bien qu'on est aussi durs que lui ! »
« _Tiens, on va t'en faire une démonstration ! »
Avec des rires gras et d'autres insultes, ils se mirent à essayer de la toucher, mais comme elle se débattait l'un deux perdit patience et finit par se jeter sur elle pour la tenir en place. Les premières gouttes de pluie se mirent à tomber, mais elles passèrent totalement inaperçues. Maurina se mit à hurler, ce qui lui valut une gifle bien sentie. Le goût du sang se répandit aussitôt dans sa bouche meurtrie. Mais une lèvre fendillée était le cadet de ses soucis. Une peur indescriptible s'empara d'elle quand l'un des hommes lui arracha son étole, puis le haut de sa robe pour aller lui pincer un sein. Des larmes brûlantes de honte se mêlèrent à la pluie qui ruisselait à présent sur son visage. Elle les suppliait, mais elle ne savait même plus ce qu'elle disait. Tout ce qu'elle voyait, c'était l'homme qui venait de se poster devant elle et qui était en train de défaire ses hauts de chausse. Aussi Marina ne vit rien venir quand un bruit de lame qui tranche la chair se fit entendre par-dessus l'averse, aussitôt suivi par un cri de douleur. La jeune femme entrevit une silhouette sombre et de haute taille qui tenait une épée à la main. Pris au dépourvu, l'homme qui la tenait prisonnière la lâcha et la poussa sur le côté pour dégainer un poignard. Maurina se laissa glisser par terre dans la rue trempée, à bout de nerfs. Elle regarda la scène avec des yeux embués et ahuris.
Dans la pénombre, elle vit son sauveur transpercer un autre soulard de part en part, puis en égorger un autre, avec une rapidité et une brutalité remarquable. Celui qui opposa une résistance plus marquée fut celui qui était armé du poignard, car il semblait savoir s'en servir et devait être moins ivre que les autres. Le combat ne dura cependant pas très longtemps. En quelques parades, l'autre perça sa garde et l'embrocha par devant dans l'abdomen, puis, non content de son coup il l'acheva en lui plantant sa propre lame dans la gorge.
Il tomba mort, parmi les cadavres qui jonchaient déjà la rue.
L'homme rengaina son épée et vint aider la pauvre jeune femme à se relever.
« _Enfin, Maurina, qu'est-ce que vous foutez dans un endroit pareil à cette heure-ci ? »
Elle reconnut aussitôt la voix de Bronn et fondit en sanglots. L'homme, par contre, était loin de se douter qu'il s'agissait de larmes de joie.
Tint tin tin tiiiiiiin.
Mwahahahahah. Bon ok, je m'amuse un peu toute seule, là.
Alors venez vous amuser avec moi ^^ !
Allez, pour me faire pardonner, est-ce que vous saviez que Jerome Flynn joue dans une super série anglaise en ce moment qui s'appelle Ripper Street ? Je la regarde en streaming, et franchement, c'est du plaisir pour les yeux... si vous voyez ce que je veux dire. Déjà que y'a Matthew Macfayden (Pride and Prejudice 2005), et Jerome Flynn... mais que demande le peuple ? Comme ça passe le dimanche soir, on peut se le regarder tous les lundi matin :-) Bonheur !
Allez, j'attends vos commentaires avec impatience.
Bises à toutes et à tous !
