Note de l'auteur : Je suis exténuée. Littéralement ! D'une part parce que je passe ma vie à courir dans tous les sens comme Speedy Gonsalez, et puis parce que je vous en ai mis une sacrée tartine ici... du coup je n'ai pas vraiment eu la force de relire la fin. Bon. Who cares ! Si je vois qu'il y a vraiment des grosses coquilles, je les enlèverai après :-P

Donc, comme d'hab', rien ne m'appartient sauf mes personnages, naturellement...

Merci à tous pour les super reviews que vous m'avez laissée. Je pense que je vais vous remercier personnellement dans le prochain chapitre :-)

Et bonne lecture !


VI

Maurina déglutit avec difficulté. Sentir Bronn si près avait déjà sur elle un effet assez déroutant, alors imaginer ce qu'il avait en tête mettait ses sens en éveil.

« _Ah. Et... c'est quelque chose de très compromettant ? » demanda-t-elle dans un souffle, surveillant que Greyce ne les voyait pas.

Bronn recula d'un pas, visiblement très à l'aise avec le tour que prenait la conversation. Maurina quant à elle commençait à se demander si elle voulait vraiment savoir finalement...

« _Selon mes critères, je trouve que non. »

Comme cela est rassurant ! pensa-t-elle en lui lançant un regard noir. Il secoua la tête, visiblement distrait par son comportement.

« _Quand vous me regardez de cette façon, ça me donne une sacrée envie de vous renverser sur mes genoux et de mater votre fichu caractère de mégère, » souffla-t-il à nouveau à son oreille. Son ton était un savant mélange d'humour et de menace.

Maurina sentit son sang bouillir d'autant plus dans ses veines. Elle le regarda avec défi, ce qui arracha un rire amusé quoi que cruel à Bronn.

« _Ce jour-là n'est pas encore arrivé, » siffla-t-elle.

« _C'est ce qu'on verra, » rétorqua-t-il en la reluquant. Après une rapide étude, il demanda : « C'est moi, ou vous avez fait un effort en vous habillant ? Ne me dites pas que c'est pour moi, quand même ! »

En le voyant rire à gorge déployée, la jeune femme se sentir rougir de honte.

« _N'allez pas vous raconter de telles histoires, » rétorqua-t-elle avec chaleur, « vous êtes bien la dernière personne à laquelle je voudrais plaire ! »

Le soudard la toisa, mâchoire serrée, mais l'air devenu beaucoup plus fier.

« _N'en soyez pas si certaine, Maurina. Depuis hier j'ai été nommé commandant du guet par Tyrion Lannister ! »

La jeune femme lui lança un regard dubitatif.

« _Oh, vraiment. Dans ce cas pourquoi vous ne portez pas le fameux manteau doré ? Vous êtes sensé être le commandant, quand même. »

Bronn leva les yeux au ciel en poussant un soupir de frustration.

« _Parce que je brillerais comme un fichu miroir sous le soleil de midi, voilà pourquoi ! »

Maurina crut l'entendre grommeler dans sa barbe quelque chose comme quoi le Lutin et elle avaient aussi peu de sens pratique l'un que l'autre.

« _Bon. Et je suis sensée vous croire sur parole peut-être ? »

Le soudard lui lança un regard faussement peiné.

« _Comment, vous ne me faites pas confiance, ma dame ? » demanda-t-il en posant une main sur son torse.

« _Jamais de la vie. Vous m'avez peut-être sauvé la vie deux fois, Bronn, mais ce n'est pas pour autant que je vais croire que votre parole vaut quelque chose. »

Ce dernier allait répliquer, quand un garde à manteau doré vint les accoster.

« _Commandant, la Main du Roi vous demande au palais immédiatement. »

« _Je viens, » répondit ce dernier.

Il se tourna alors vers Maurina avec un sourire extrêmement satisfait de lui-même.

« _Alors ? »

La jeune femme pinça les lèvres pour s'empêcher de sourire aussi. Ce genre d'expression chez lui avait quelque chose d'irrésistible.

« _Incroyable, » fit-elle simplement.

Il lui fit un clin d'œil coquin puis disparut dans la foule du marché. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle remarqua la présence de Greyce. De toute évidence, elle avait suivi la fin de l'échange.

« _C'est à peine pensable qu'ils aient nommé un ladre pareil commandant de la garde au palais, » maugréa-t-elle.

Pourtant Maurina crut reconnaître dans ses yeux une once d'admiration au milieu de toute cette consternation. En rentrant, la jeune femme se rendit alors compte qu'elle n'était pas plus avancée sur ce fameux payement en nature qu'il désirait.


Les jours suivants, les rumeurs d'un siège et de l'attaque imminente de Stannis Baratheon étaient à toutes les lèvres. Une sorte de psychose s'étaient emparée de la population, et était palpable, où que l'on aille dans Port Réal. En quelques heures, les marchés avaient été dévalisés, et l'on observait le soir que plus personne n'osait sortir de chez lui. L'inquiétude et la tension se faisaient sentir dans chaque famille, dans chaque maison. Maurina le voyait bien chez elle. L'humeur de son père était exécrable car par des temps semblables, rares étaient les clients qui lui achetaient du drap —alors que la question commençait à porter sur ce que l'on mangerait à la fin de la semaine. Magda avait, semblait-il, laissé son tempérament hystérique la gouverner et piquait des crises de nerfs, terrée au fond de son lit dès qu'il y avait du vacarme dans la rue.

Aussi Maurina essayait de rester le plus loin d'elle possible et tâchait de rassurer sa petite sœur de son mieux, mais elle était elle-même inquiète de savoir la suite des prochains jours. Qu'allaient-ils devenir si l'armée ennemie pénétrait dans l'enceinte de la cité ? Une tuerie en masse, des pillages, des viols et toutes sortes d'horreurs que la guerre apportait dans son sillage ; Magda avait jugé bon de les informer de la chose à l'avance. Sa belle-fille lui en voulait plus encore —si cela était possible, d'avoir de ce fait donné des cauchemars à Cinna ; elle-même se réveillait dans la nuit, aux prises avec des angoisses soudaines. Elle pensait à sa sœur, au bébé de Celyane... Pour se rassurer, elle pensait à Bronn. Lui, si efficace avec une lame, si mortel. Pour la première fois, son côté dur, sans pitié ni manières, brutal et violent semblait devenir autant de qualités qui le (et les) garderait en vie le moment venu. Elle espérait de toutes ses forces que le reste des hommes du palais lui ressemblaient. La jeune femme essayait de l'imaginer entrain de s'entraîner, d'aiguiser son épée, de se préparer au combat.

Aussi fut elle toute étonnée quand il vint frapper à la porte de sa maison par un après-midi de très grande agitation. Le chaos semblait régner dans les rues, les gens semblaient avoir perdu l'esprit.

« _Bronn ! Mais qu'est-ce que vous venez faire ici par un jour pareil ? »

De manière assez inhabituelle, le soudard semblait sérieux. Dans ses yeux brûlait quelque chose qui ressemblait à de la détermination.

« _Maurina, je suis venu vous mettre en garde de ne pas sortir dans la rue, sous aucun prétexte, et de barricader votre maison. La flotte de Baratheon doit arriver dans la nuit. On se battra ce soir, » expliqua-t-il en la regardant fixement.

La jeune femme hocha pensivement la tête, mais cacha mal sa crainte en apprenant la nouvelle.

« _N'ayez pas peur, » reprit-il d'un ton qu'il voulait dégagé. Il se pencha sur elle pour ajouter sur le ton de la confidence :

« _Tyrion a mis au point un plan. Et c'est moi qui vais l'exécuter. »

Maurina cligna des yeux. Et il avait l'air enjoué par cette nouvelle par-dessus le marché !

« _Et cela est sensé me rassurer de savoir que vous allez risquer de vous faire tuer ? » s'offusqua-t-elle.

Tout en parlant, elle sortit alors sur le palier et repoussa la porte pour que personne à l'intérieur ne les entende.

Bronn se mit à rire, mais il aurait pu montrer plus de conviction.

« _Attention, on croirait que vous vous inquiétez pour moi. »

Maurina haussa les épaules avec une moue, détournant le regard pour feindre d'observer la rue. Hors de question de lui montrer qu'il avait touché juste.

« _Ce n'est pas parce que je vous trouve insupportable que je veux votre mort, » fit-elle d'une voix plus basse.

Bronn avança alors vers elle d'un pas. Prise au dépourvu, elle recula à peine, le dos déjà collé contre la porte, prise au piège. Elle leva des yeux gris intimidés vers lui. Ce dernier avait retrouvé son sourire goguenard typique, son regard bleu parcourant ses formes.

« _Dans ce cas, je vous demande ma rétribution : un baiser d'adieu. Vous me devez bien ça, et comme ça je partirai me battre avec un bon souvenir de vous, toute mégère que vous êtes. »

La jeune femme poussa une exclamation offusquée.

« _Comment ça, je vous le dois bien ? Les filles de joie ne vous suffiraient p... »

Bronn plaqua une main sur le bois de la porte brutalement, à côté de la tête de Maurina et se pencha plus encore sur elle.

« _Je n'ai plus beaucoup de temps. Alors pour une fois, arrêtez de pinailler. J'aurais toujours l'occasion de courir la gueuse à la garnison après. »

Oh, le soudard était bien trop près d'elle pour qu'elle puisse réfléchir correctement. Elle n'était pas très surprise par ses mots ; étant reître avec le Lutin pour maître, elle s'était doutée qu'il devait fréquenter les filles de temps à autres. Alors l'embrasser, et puis quoi encore ? Il ne voulait pas non plus qu'elle soulève ses jupes pour lui pendant qu'il y était ? Ha !

Une idée lui vint.

Prenant son courage à deux mains, elle leva sa main droite et la posa sur sa nuque. Par les Sept, même penché, pourquoi devait-il être aussi grand ? A ce stade elle aurait pensé qu'il se aurait déjà profité de la situation. Bien au contraire, il l'observait, hilare, ses yeux bleus délavés semblant dire 'débrouille-toi, j'adore te voir te battre avec ta conscience à la noix'. Elle était persuadée à présent que si Bronn lui demandait une chose pareille, ce n'était pas par romantisme, mais simplement pour rire un peu. Avec un élan de détermination, elle posa sa main sur sa joue mal rasée puis l'attira à elle…

…et lui planta un baiser sur l'autre joue, avant de le repousser rapidement.

Il poussa un juron, sourcils légèrement froncés.

Aussitôt il s'avança sur elle et la plaqua à nouveau, cette fois-ci en posant ses mains sur sa taille et en la serrant contre lui. Il ne l'écrasait pas tout à fait, mais elle pouvait sentir sa poitrine pressée contre son torse, et plus bas, la situation devenait…tendue.

« _Vous... n'aviez pas précisé, » rétorqua-t-elle faiblement. Son cœur allait probablement exploser dans sa poitrine. « Lâchez-moi. »

Il la regardait d'un air mécontent et assez agité qui ne la rassurait guère.

« _Vous aimez vraiment me prendre pour un foutu crétin, hein, Maurina ? »

De toute évidence cette situation te fait bien de l'effet, rustre.

De manière incompréhensible, son ton de menace venait de la mettre au comble de l'excitation. Sa façon dont ses mains fortes la tenaient étroitement serrée contre lui, son odeur familière de cuir, d'écurie et de métal, tout semblait lui crier qu'il était un homme et elle une femme, attirés l'un par l'autre. Et à présent il allait l'embrasser, ou lui arracher un baiser. Elle en était persuadée. En effet, il se pencha jusqu'à ce que leurs fronts se touchent presque, leurs souffles se mêlant, et resta ainsi quelques instants.

Mais il finit par se détacha d'elle brutalement, et recula d'un pas.

Maurina le fixa, interloquée. En un éclair, Bronn semblait avoir retrouvé ses esprits. Le rustre.

« _Je ne te forcerai pas à me le donner contre ta volonté, petite, » déclara-t-il en retrouvant sa superbe.

Il tourna alors les talons comme s'il allait partir.

Oh. Oh. Mais c'est qu'il s'en allait le sale...le sale gredin. Maurina sentit son monde vaciller. C'était comme si elle venait de recevoir une gifle. Et s'il ne revenait pas, ce soudard mal élevé ? Pourrait-elle vivre avec ce genre de regrets-là ?

Sans perdre une autre minute en réflexions, la jeune femme se précipita de le rattraper et le retint vivement par le bras. Surpris, le mercenaire haussa les sourcils, mais Maurina ne lui laissa pas le temps de parler. Sans ménagement, elle le tira à elle pour qu'il se baisse légèrement puis se jeta à son cou et pressa ses lèvres contre les siennes. Aussitôt, Bronn se redressa en la ceinturant de ses deux bras contre lui et la jeune femme sentit ses pieds quitter le sol.

Ainsi soutenue, elle plongea ses doigts dans ses cheveux avec hâte. Ses lèvres étaient fines, mais fermes et implacables. Elles savaient être à la fois sensuelles et autoritaires. Bronn prit alors contrôle du baiser et passa une langue résolue sur ses lèvres. Toutes pensées envolées et tout instinct éveillé, la jeune femme entrouvrit sa bouche et laissa le reître à son affaire, ne sachant plus qui donnait et qui recevait.

Trop tôt il la reposa sur le sol, arborant un air légèrement éberlué. Puis lentement, un sourire extrêmement fier de lui apparut à ses lèvres. Mais avant qu'il ne dise quoi que ce soit de peu relevé, Maurina dressa un index devant sa bouche, la main sur la hanche.

« _Ce soir, tu peux boire les litres de vin que tu veux, courir le nombre de catains qu'il te plaira, mais dans tous les cas tu as sacrément intérêt à revenir en vie, » dit-elle, surprise de trouver la force de le menacer, même si cela était d'une voix mal assurée.

Puis, sans en dire davantage, elle courut s'enfermer chez elle. Une fois la porte fermée à double tour, Maurina s'adossa contre la paroi. Par les Sept, que venait-elle de faire ?


Rapidement, la nouvelle de l'approche de la flotte de Stannis Baratheon se répandit comme une traînée de poudre. Avec un sursaut, Roderick crut bon de fermer son commerce et de renvoyer son apprenti chez lui. Il barricada portes et fenêtres, puis monta dans la chambre où l'attendaient déjà Magda, la nourrice et le bébé. Cinna était rapidement descendue pour voir pourquoi sa sœur n'était pas montée avec eux.

Elle la trouva assise sur leur lit, genoux repliés sous le menton, la tête dans la main, les yeux fermés.

« _Maurina ? Qu'est-ce qui t'arrive ? » demanda-t-elle alarmée en se précipitant sur elle.

La jeune femme redressa la tête, si vivement sortie de ses pensées, que sa sœur en recula aussitôt. C'est alors qu'elle vit ses yeux rougis et ses joues humides.

« _Pourquoi pleures-tu ? C'est à cause de la guerre ? »

Voir Maurina dans cet état la déstabilisait profondément, et cette dernière parut finir par s'en rendre compte. D'un revers de main, elle s'essuya les joues à la va-vite, mais elle n'arriva pas à afficher un sourire.

« _Ce n'est rien, Cinna. Ce n'est rien. Viens, » proposa-t-elle en tendant le bras. La fillette vint s'asseoir en face d'elle sur le lit, sans perdre son regard scrutateur.

« _J'ai peur, » dit la jeune femme simplement.

Cinna ouvrit de grands yeux.

« _Toi ? Ce n'est pas possible. Tu n'as jamais peur. Et tu ne pleures jamais. »

« _Vraiment ? Alors regarde-moi bien. Il faut une première fois à tout. »

Au fond d'elle, Maurina était troublée que sa sœur puisse imaginer un tel personnage d'elle. Avait-elle l'air si forte ou si dure ? Cela était difficile à croire. Il y avait pourtant eu d'innombrables fois où elle avait eut peur. Quand sa mère était tombée malade, quand elle était entrain de mourir. Elle s'était alors cachée pour pleurer.

Il y avait eu le départ de Rick, son frère aîné, puis de sa sœur, Laurelei après son mariage. Elle se revoyait encore supplier sa sœur de ne pas les laisser seules avec leur père, et encore moins avec Magda. Là aussi des larmes avaient coulé. Non, vraiment, elle n'était pas aussi forte que cela.

L'attaque de Stannis Baratheon provoquait comme un vent de folie dans la maisonnée, en perturbant le rythme. Magda se fit servir son repas dans son lit, à cause de ses nerfs, tandis que les uns et les autres se débrouillaient de leur propre sort. Maurina alla en cuisine avec sa sœur, puis remontèrent dans leur chambre. Cinna voulut que la jeune femme lui lise un peu de son livre, afin de penser à autre chose qu'à devoir dormir quand le reste de la nuit semblait si incertain. Maurina s'était exécutée avec empressement elle non plus ne voulait penser à la bataille qui allait bientôt gronder.

Elle n'eut cependant qu'à lire quelques dix minutes avant Cinna ne s'endorme.

La jeune femme referma le livre avec un léger sourire. Les pouvoirs soporifiques de ce livre étaient décidément bien grands !... elle s'amusa à le tourner, le retourner, feuilletant tout le volume en égrainant les pages du bout du pouce. Ce livre devait vraiment être ancien, car sa couverture était extraordinairement épaisse et lourde. Sans doute était-ce la façon de relier les livres à une époque reculée ? Elle ouvrit à nouveau le volume à la dernière page, et examina le dos de la couverture.

Maurina remarqua alors un détail qui lui avait échappé. Un détail trop subtil pour pouvoir être vu à l'œil nu. Il semblait qu'un feuillet avait été dissimulé sous la feuille de papier qui recouvrait le dos de carton de la couverture. Doucement, la jeune femme caressa la légèrement ligne de démarcation du bout du doigt, afin de sentir la différence d'épaisseur entre l'avant et l'arrière du livre. Elle était flagrante, une fois que l'on s'y prenait garde.

Une excitation irrésistible s'empara d'elle.

Tyrion Lannister avait donc bel et bien fait ce cadeau à dessein. Il lui avait donné ce livre pour mettre ce qu'il contenait en lieu sûr, cela faisait sens à présent. Mais quelle était la teneur de ce message ?

L'enjeu devait être de taille pour qu'on prenne le soin de le cacher de la sorte mais surtout cela pouvait vouloir dire que garder un tel papier au palais était impossible. Un sentiment de danger, l'étreignit. Qu'est-ce qui avait bien pu motiver Tyrion Lannister à remettre quelque chose d'aussi potentiellement mystérieux et dangereux à une fille du commun comme elle ? Quel risque à prendre.

Maurina resta un temps indéfini à simplement réfléchir, ses yeux fixés sur le livre posé sur ses genoux, n'osant plus le toucher. Tout semblait si clair désormais. Le cadeau, les honneurs pour sa famille, les apparitions de Bronn et ses allusions au livre… le Lutin voulait s'assurer que son secret était en bonne garde. Et elle qui pensait que le soudard prolongeait ses conversations avec elle pour le plaisir de sa compagnie. Non qu'elle l'ait cru vraiment, enfin…

Mais quelle idiote.

Elle en avait oublié que Bronn n'était pas de caractère altruiste. Bien sûr qu'il venait la voir car le Lannister le payait pour le faire.

Maurina se réveilla en sursaut quand la cloche des remparts se mit à sonner. Un son grave et solennel qui donna un caractère assez funèbre aux circonstances. La jeune femme cligna des yeux dans la pénombre de la pièce. La flamme de la bougie était presque éteinte, aussi elle la remplaça par une nouvelle, se fichant des soucis d'économie. S'il y avait bien une nuit pendant laquelle elle pouvait veiller, c'était celle-ci. Et entendre la cloche à pareille heure n'était pas bon signe.

L'ennemi devait être à leurs portes.

Son regard tomba à nouveau sur le livre. Ce satané livre. Y avait-il vraiment un document à l'intérieur ? Elle l'ouvrit à nouveau et s'assura à nouveau qu'elle n'avait pas rêvé l'épaisseur dans la couverture. Si quelque chose y était caché, cela devait faire deux, ou trois feuillets.

Dans quelques heures, ils seraient tous avertis de leurs sorts. Et en attendant, son cœur brûlait d'envie d'ouvrir l'arrière de la couverture avec un couteau. Mais la crainte seule retint sa main.

Une fois la cachette ouverte, il serait impossible de la camoufler à nouveau. Or elle n'avait nul intérêt de lire ce qu'il y avait dans ce livre. Les affaires de Tyrion Lannister n'étaient pas les siennes, et elle se doutait que posséder un tel objet chez elle pouvait déjà attirer des ennuis sur sa maison. Or si des ennemis du Lutin venaient à le savoir…

Oui, mais si vous mourrez dans la nuit ou dans les jours suivants, tu t'en voudras d'avoir laissé passer une telle occasion.

Cette voix de la curiosité de laissait pas sa pensée en paix.

Cela est vrai. Toutefois, si on ne meurt pas cette nuit, ni les jours suivants, pourquoi faire quelque chose qui mettrait nos vies en danger dans un futur proche ?

Décidée, elle referma le livre, l'enroula dans le vieux linge et le glissa sous le lit. Mais après quelques secondes, elle descendit du lit et alla le ranger dans sa cachette personnelle. Elle leva deux lattes du plancher sous la fenêtre, et remisa le livre avec son petit miroir et ses rubans, puis referma le tout avant de remonter sur le lit.

Non, elle ne céderait pas. C'était une question de survie.

La nouvelle que Tywin Lannister était arrivé avec son armée dans la ville fut criée par quelqu'un dans leur rue à la fin de la nuit. Tywin Lannister ? Le père de la reine régente et du Lutin, se souvint-elle. Son renfort avait donc dû remporter la victoire ? Des clameurs ne furent pas longues à fuser, et la seconde nouvelle que Port Réal était sauve se répandit à toute vitesse, de quartier en quartier des gens criaient les nouvelles dans les rues, soulagés et excités.

Maurina se leva et alla ouvrir sa porte alors que son père descendait.

« _Je vais voir ce qui se passe, » dit-il simplement.

Il semblait soulagé, les yeux cernés. On aurait dit qu'il souriait presque. Ils se regardèrent un instant. Elle aurait voulu faire un pas vers lui, mais n'y arriva pas. Il sembla hésiter, eut un vague mouvement de la main gauche sa mine devint embarrassée, puis se renfrogna.

« _Ne sortez pas d'ici tant que je ne suis pas rentré, » ordonna-t-il depuis la porte d'entrée, après l'avoir dégagée et déverrouillée.

Quand il revint, on se rassembla tous pour manger à la cuisine. Tous les membres de la maisonnée avaient des traits tirés, mais les expressions montraient surtout du soulagement. On était heureux, même l'on n'arrivait guère à le montrer. Le père expliqua qu'apparemment le Lutin avait eut l'idée géniale d'envoyer un bateau rempli d'une substance combustible au milieu de la flotte de Baratheon. Une flèche enflammée avait alors fait le plus gros des dégâts. On s'était quand même battu, mais l'arrivée du vieux lion Lannister avec rapidement mis un terme à l'affrontement.

Cinna demanda ce qu'il y avait dans le bateau pour enflammer tout les autres, mais personne ne fut en mesure de lui répondre.


Les jours qui suivirent furent un savant mélange de désordre et de fêtes. Les gens étaient heureux, dansaient et buvaient et chantaient toute la nuit. Maurina avait envoyé un message à Celyane et Ariane pour prendre de leurs nouvelles. Des réponses positives lui étaient revenues.

Et Bronn ? Avait-il survécu ?

Elle l'espérait, tout en sachant qu'elle n'avait rien à attendre de lui. Elle ne l'avait toujours pas revu depuis le combat qu'on surnommait à présent la 'Bataille de la Néra'… Mais elle l'avait embrassée tout de même, et elle voulait le revoir. Il ne pouvait quand même par l'avoir oubliée si rapidement. Du moins, l'espérait-elle. Elle l'avait embrassé. Plus Maurina essayai de repasser la scène dans son esprit, plus avait de mal à ce souvenir des détails. Certains jours il lui semblait que la sensation de ses lèvres sur les siennes n'était qu'un rêve. Pourtant il lui arrivait encore de se réveiller la nuit en ayant l'impression d'être en feu, sa bouche frémissant comme s'il venait de l'embrasser furieusement pendant des heures.

Bronn allait-il revenir comme il le faisait toujours ? Ou allait-il disparaître en mission sans crier gare ?

C'est alors qu'un événement imprévu survint, qui allait changer le reste de son existence.

Maurina avait décidé d'aller rendre visite chez Ariane. Sa sœur l'avait tellement tannée pour qu'elle l'emmène avec elle que la jeune femme avait finit par céder. Son amie habitait à l'extrémité de leur quartier, et non loin du palais. Ariane vivait chez une riche et vieille tante et son fils, qui était un bon tisserand dans la cité. Une chose en entrainant une autre, la jeune fille avait épousé son cousin, plus par convenance que par choix. Son amie ne semblait pas s'en porter plus mal, comme avait pu le constater Maurina. La jeune fille avait un caractère propre à diriger, et son mari à suivre ses instructions avec un certain soulagement.

Ils étaient mariés depuis trois ans désormais, mais n'avaient toujours pas d'enfants.

« _Quand je pense que ta belle-mère en a déjà un, » dit Ariane avec un ton un peu amer.

« _Oh, si tu le veux, je te le donne de bon cœur ! » répondit Maurina avec chaleur.

Cinna regarda alors sa sœur avec un air outré.

« _Mais… le bébé n'a rien fait. »

Maurina leva les yeux au ciel.

« _C'est une façon de parler, Cinna. Bien sûr que le bébé n'a rien fait. Encore. Je suis sûre qu'il serait mieux élevé par Ariane que par cette mégère. »

La conversation s'était poursuivie tranquillement, quand la bonne dû les interrompre.

« _Hé bien, qu'y a-t-il ? » s'exclama Ariane.

On avait alors expliqué qu'un message avait été laissé à la porte, adressée à Maurina.

Sans savoir pourquoi, la jeune femme sentit un mauvais frisson la parcourir. Son père ? Celyane ? Elle s'excusa, puis quitta la terrasse pour lire le message à l'intérieur de la maison.

A se faire des amis comme Tyrion Lannister, on n'y gagne rien. Rendez-nous ce qu'il vous a confié.

La jeune femme crut qu'elle allait se sentir mal, et se retint au premier meuble qui se trouvait là pour ne pas s'effondrer. Ses pensées fusèrent. Sa maison. Bronn. Il fallait qu'elle agisse vite.


Alooooooors. Qu'en pensez-vous ? Quoi ? Encore un cliffhanger, comme on dit ? N'y faites pas attention, je n'y peux rien... :-)

Bon, sinon, toujours est-il que, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais je me suis cassé... heu, les fesses à faire suivre l'histoire de la série en parallèle pour qu'il y ait une cohérence dans le fil des évènements.

Toute fois, je ne dis pas que je vais toujours respecter cette progression, car j'aimerais bien ajouter des moments Bronn/Maurina qu'il faudra squizzer avant qu'il n'accepte d'épouser la grosse dondon... hmm vous voyez de qui je veux parler ?

Allez, j'espère que ça vous aura plu, en tout cas. Merci à tous de me lire, et surtout, n'oubliez pas l'encadré en bas, même pour 3 lignes ;-)

Bises à tous, et bonne suite de WE !