Author's note: Pffffiou ! Mea Culpa pour le délai que m'a pris ce chapitre... surtout qu'il n'est pas si long que cela, mais disons que j'ai buté dessus pendant pas mal de temps, puis je me suis retrouvée submergée par mon boulot et les cours, bref ! Ça commençait à me hanter, et je ne savais plus quand j'allais enfin trouver le temps, le calme et l'inspiration pour continuer.
Sinon, merci mille fois pour vos reviews, elles me font très plaisir et ce n'est vraiment qu'en les lisant que j'ai trouvé l'envie de continuer, car là, j'étais plutôt bloquée ! Donc merci, et si ça vous plaît, continuez, vous êtes après tout ceux pour qui j'écris :-) Je vais vous répondre très vite.
Bon, que dire d'autre... ah oui, si vous ne voulez pas apprendre à dépecer un lapin, ne lisez pas la deuxième partie du chapitre ^^. Toute fois, cela peut toujours vous servir, si un jour le scénario de 'the Walking Dead' devient réalité ;-P
VIII
Maurina ne savait pas combien de temps s'était écoulé entre le moment où ils avaient franchi les murs de Port Réal, et celui où elle s'était arrêtée de pleurer. Le paysage avait défilé sans qu'elle y prête vraiment attention, rythmé par le cheval au gallo. A présent cela faisait déjà un moment qu'ils avaient ralenti, et qu'ils avançaient à un trot régulier sur la route.
La jeune femme se demanda alors comment Bronn avait pu la laisser faire pendant tout ce temps, sans lâcher le moindre commentaire désobligeant. Le connaissant, il aurait même pu lui intimer de se taire. Alors pourquoi n'avoir rien dit ?
Peut-être connait-il lui aussi le chagrin et le deuil ?
Cela était cependant difficile à imaginer. L'ancien soudard tuait comme il respirait s'il avait connu ces sentiments-là, ils avaient dû disparaître depuis bien longtemps, englouti par les missions meurtrières et les guerres auxquelles il avait dû participer. Dans un sens, rien ne semblait vraiment l'atteindre, rien ne semblait avoir de prise sur lui. Rien ne semblait l'influencer, à part ses propres désirs.
Non vraiment, il était plus facile d'imaginer que le bruit des sabots du cheval au trot avait couvert son moment de faiblesse.
C'est alors qu'elle se rendit compte que son bras était toujours enroulé autour d'elle et qu'elle était plaquée étroitement contre lui. Maintenant qu'elle y pensait, elle pouvait d'ailleurs le sentir pressé contre sa région postérieure. Une brique sembla lui tomber dans l'estomac, puis une irrésistible envie de se détacher de lui l'envahit. Rouge de honte, elle essaya de se pencher en avant, mais le chevalier raffermit sa prise.
« _C'est pas la peine d'essayer, » se contenta-t-il de dire derrière elle.
« _Vous pouvez enlever votre bras, Bronn, » insista-t-elle.
Bronn se pencha alors à son oreille et lui souffla :
« _Je trouve mon bras parfaitement bien là où il se trouve. Quand on y pense, cela vous permet de pleurer tant que vous voulez sans tomber de cheval, et moi je profite de la vue. »
Après avoir marqué un temps, la jeune femme réalisa enfin le sous-entendu de ses dernières paroles. Indignée, elle tourna la tête pour répliquer quelque chose, et se rendit compte que la taille de Bronn lui permettait de voir par-dessus le lien de la cape et ainsi d'avoir un aperçu du haut de son décolleté.
Avec un mouvement rageur, elle resserra les pans du vêtement afin de couvrir du mieux qu'elle pouvait ce qui était exposé.
Bronn poussa un grognement déçu derrière elle.
« _Où allons-nous d'ailleurs ? »
« _Loin. » Il laissa passer un temps. Puis, il ajouta, comme s'il lui faisait une concession, « Vers un endroit plus sûr. »
La jeune femme arqua un sourcil peu impressionné et pouffa afin de montrer son mécontentement :
« _...et c'est tout ? »
Maurina se demandait si l'ancien soudard se fichait d'elle.
« _C'est tout ce que vous avez besoin de savoir pour le moment. »
La jeune femme se mit à voir rouge. Les nerfs, sans aucun doute.
« _Oh, vraiment. Et moi je voudrais savoir où nous allons exactement, Bronn ! »
Ce dernier poussa un soupir exaspéré.
« _J'aurais dû me douter que je prendrais des risques en acceptant de vous emmener. J'aurais dû demander à Tyrion plus d'argent !... »
Maurina voulut lui répondre, plus offusquée que jamais, mais Bronn reprit :
« _Pour le moment, nous nous arrêtons ici pour la nuit. Ensuite, on n'en reparlera. »
La jeune femme prit alors garde au paysage alentour. Elle remarqua qu'ils arrivaient au bord d'une clairière, dans un bosquet dense, à la végétation intriquée. La route traversait le bosquet sur quelques kilomètres, avant de continuer sur une plaine dégagée.
Bronn mena la monture au cœur du bosquet, le plus loin possible de la route, semblait-il.
Quand ils s'arrêtèrent enfin, l'ancien soudard démonta, puis tendit les bras vers la jeune femme. Par tous les moyens possibles, Maurina aurait voulu éviter qu'il ne la touche, car dans l'état dans lequel elle se trouvait, elle ne pouvait répondre de son propre comportement.
Mais elle devait le reconnaître, elle était épuisée par tout ce qui venait de se passer, et elle n'avait pas vraiment le choix. De mauvaise grâce, elle se laissa glisser de selle contre lui, sentant que ses dernières forces l'abandonnaient. Une fois à terre, Bronn ne la relâcha pas aussitôt. Au contraire, il baissa sur elle des yeux intenses, impénétrables. Maurina posa alors ses mains contre son torse, comme pour être prête à se détacher de lui à tout moment. Elle fronça les sourcils en voyant qu'il ne détournait pas le regard. Une infime partie d'elle se souvint de la façon dont elle l'avait embrassé avant la bataille, mais la jeune femme ferma aussitôt son esprit à cette évocation.
Puis, comme d'un commun accord, ils se séparèrent. Bronn attacha le cheval à une branche basse, et déclara :
« On va s'installer là pour la nuit. Je vais aller nous tuer quelque chose. Pendant ce temps, allez donc trouver du petit bois. Mais ne vous éloignez pas trop du canasson. »
Maurina ne put que hocher la tête faiblement, le voyant déjà s'éloigner dans la forêt.
Pour la première fois de sa vie, la jeune femme se sentit complètement seule. C'était pourtant une sensation qui ne lui était pas complètement étrangère après tout elle s'était sentie seule à maintes reprises, même en étant chez son père. Mais à présent, elle se sentait totalement abandonnée. La soi-disant famille qu'elle avait était morte ou aux quatre coins du royaume, et il ne lui restait que Cinna et son demi-frère à Port-Réale. Un sentiment de frustration la submergea.
Et même pour eux elle n'avait pu faire grand chose…
En ramassant le bois, Maurina sentit à nouveau des larmes monter, et un mépris contre elle-même lui serra vicieusement la poitrine. Depuis quand était-elle devenue si faible ? Elle le savait, il fallait qu'elle se reprenne. Mais la tâche lui paraissait tout simplement insurmontable pour le moment. Une fois qu'elle eut ramassé assez de bois, la jeune femme retourna attendre près du cheval. Le jour commençait à tomber, et la température descendait lentement mais sûrement. On avait beau se trouver dans ce qui paraissait être la fin d'un long, très long été, les soirées fraichissaient à vue d'œil, et ce plus particulièrement en campagne. Maurina n'aurait pas été étonnée qu'ils soient en train de remonter la route vers le nord. Elle portait une robe, le châle d'Auriane et une cape, et pourtant un frisson la parcourait déjà.
Maurina baissa alors un regard dédaigneux sur le tas de branches qu'elle venait de poser par terre. Merveilleux. Et en plus elle ne savait pas faire de feu en forêt.
Quand Bronn revint, il tenait deux lapins dans la main, une expression très fière sur le visage. L'ancien soudard trouva la jeune femme assise par terre en train de serrer sa cape autour d'elle comme si sa vie en dépendait.
« _Bah alors, on ne sait même pas allumer un feu ? » lança-t-il d'un air fanfaron.
Maurina lui décocha un regard meurtrier. L'autre leva les yeux au ciel en marmonnant un 'je n'ai rien dit'. Il vint s'accroupir à côté d'elle et lui tendit les lapins, sortant un couteau de sa ceinture.
« _Bon, très bien. Je vais m'occuper du feu. Dans ce cas, voilà mon couteau, vous pouvez commencer à préparer les lapins. »
La jeune femme regarda les bêtes fraichement tuées et la lame avec une expression interdite. Bronn eut un mouvement d'impatience.
« _Allez, Maurina. Vous n'allez pas me dire que vous ne savez pas faire la cuisine, non plus ? »
« _Je sais faire de la cuisine, » répliqua-t-elle avec véhémence. « Seulement c'est Greyce qui faisait le gros de la… préparation, » acheva-t-elle d'un ton peu fier.
Maurina sentit ses joues brûler de honte. Voilà qu'à présent, elle se sentait tout à faire inutile. L'ancien soudard lâcha un rire peu réconfortant.
«_Ah, les filles des villes. Plein de jolies manières, et aucun sens pratique. »
Combien même la fierté de Maurina lui aurait dicté de rétorquer quelque chose, elle se ravisa. Aussi humiliant que cela puisse être, il avait raison. Une fois le feu bien amorcé, Bronn se posta à côté d'elle, et prit l'un des lapins.
« _Bon, faut savoir que la peau d'un lapin est plutôt du genre coriace. Vous ne pouvez certainement pas l'enlever comme ça avec un couteau. »
Il se leva, alla chercher une cordelette dans la sacoche du cheval, puis se posta devant l'arbre le plus proche. Il fixa le lien autour d'une branche à sa hauteur qui semblait bien solide, puis y noua les pattes arrière du lapin afin qu'il se retrouve le ventre face à lui.
« _A présent, c'est très simple. On fait une entaille au niveau des pattes, le long des cuisses, on l'ouvre en deux… et on tire la peau de haut en bas comme si on lui enlevait sa chemise. »
Maurina le regarda faire sans rien dire, en se contentant de lutter contre le froid et l'écœurement. Il y avait plusieurs heures qu'elle avait vu sa maison entièrement retournée et couverte de sang, son père, gisant mort à ses pieds. Elle n'en goutait guère la vue à présent.
Mais le sang est partout dans ce monde, lui souffla une voix à l'oreille. Celui qui ne le comprend pas assez tôt ne mérite pas d'y vivre très longtemps.
Maurina questionna cette pensée qui venait de la traverser.
« _Très bien, je vais déjà faire cuire celui-là. Occupez-vous de l'autre. »
La jeune femme se leva, et lui prit la lame des mains avec une grimace. Cela fit sourire Bronn, qui alla s'accroupir pour lancer le feu.
Elle noua son lapin à l'arbre du mieux qu'elle pouvait, puis regarda sa dépouille quelques secondes.
Si tu ne fais pas cela, si tu n'apprends pas vite, tu meurs.
Maurina remercia les Sept de leur avoir donné cette nourriture, puis essaya de reproduire les gestes de l'ancien soudard. Mais au moment de le dépecer, elle se rendit compte que simplement tirer dessus ne suffisait pas. De toute évidence, elle n'était pas assez forte. Et cela ne la surprit guère.
Le rire de son compagnon retentit.
« _Besoin d'aide, Maurina ? »
« _A votre avis ? » répondit-elle avec une moue.
Il vint terminer son travail, avec un air dégagé.
« _Ha, comme cela me manquerait si vous n'aviez plus votre côté mégère, » dit-il en tirant sur la peau d'un coup. Il lui tendit le lapin dépecé, avant de revenir vers le feu. « Cela me donne toujours cette irrésistible envie de vous donnez une leçon ou deux. »
Maurina vit qu'il voulait la chercher un peu, mais elle secoua la tête avec un sourire qui ressemblait presque à une grimace.
« _Je ne suis pas vraiment d'humeur pour recevoir d'autres leçons de vous ce soir, Bronn. »
L'ancien soudard arqua un sourcil en embrochant les deux lapins sur une grand branche de noisetier coupé.
« _Ah ? Et vous seriez d'humeur à faire quoi, alors ? »
Maurina regarda le lit de braises qui se consumaient avec un crépitement agréable.
« _Prier. Faire mon deuil. »
Bronn leva les yeux au ciel, puis installa la broche de lapins au-dessus du feu.
«_Faites donc votre deuil, Maurina. Plus vite vous l'aurez fait, plus grandes seront vos chances de survie. Pour ce qui est de prier, faites ce que vous voulez, du moment que cela ne vous affaibli pas l'esprit. »
Ils mangèrent en silence, la jeune femme goutant particulièrement la chaleur du feu et la viande grillée dont elle pouvait se repaître. Elle se jeta sur la nourriture comme si elle n'avait pas mangé depuis des jours, et il fallait dire que les épreuves l'avaient plutôt affaiblie. Elle se sentait reprendre des forces, et elle se fichait bien de manger n'importe comment. Maurina remarqua alors la lueur amusée dans le regard de Bronn. Elle commençait à connaître cette expression chez lui.
« _Si j'avais su qu'un jour je vous verrais abandonner vos manières de dame pour manger comme cette sauvage de Chella ! »
Maurina releva tout à fait la tête vers lui en finissant son repas.
« _Chella ? Qui est-ce ? »
« Il y a un bon moment de cela, nous avons rencontré, Tyrion et moi, des sauvages des clans des montagnes de la lune, dans les Eyriés. L'un des membres du clan des Oreilles Noires s'appelait Chella. »
« _Comment, c'était une femme ? » Maurina parvint difficilement à cacher sa surprise. Elle n'aurait jamais pensé qu'une femme pouvait devenir guerrière. Quoi que. Si elle était une sauvage, cela faisait plus de sens.
Bronn haussa les épaules avec une moue.
« _Si on pouvait appeler ça une femme. Laide comme une morue, mais pas mauvaise à l'épée. Chez eux, on coupe les oreilles des vaincus pour s'en faire des colliers. »
« _Ah, c'est répugnant ! »
L'ancien soudard la regarda et retint un rire en haussant légèrement les épaules.
« _Ça... Il ne tiendrait qu'à moi, je les tuerais vite et bien. C'est plus simple, à défaut d'être plus propre. Au moins vous êtes sûr que l'adversaire ne reviendra pas essayer de récupérer son oreille en vous égorgeant dans la nuit. »
La jeune femme déglutit en frissonnant. Bronn jeta les os de son diner dans le feu, puis s'essuya les mains sur ses braies.
« _Faites de même, Maurina. Comme ça les bêtes ne seront pas tentées de s'approcher. »
Maurina obéit, puis resserra à nouveau la cape contre elle. Bronn s'installa près du feu, et fit signe à la jeune femme de venir près de lui.
« _Venez. Vous commencerez à dormir la première partie de la nuit pendant que je monterai la garde. Après, vous ferez de même. »
La jeune femme s'installa à côté de lui, en gardant cependant une petite distance.
« _Et comment je ferai cela ? Je ne sais pas me battre je vous rappelle. »
« _Si vous entendez des bruits suspects, ou que vous voyez quelque chose, réveillez-moi. C'est pas dur ! »
Maurina allait s'allonger, quand elle lança à nouveau un regard vers Bronn, suspicieuse.
« _Et ne vous avisez pas de tenter quoi que ce soit pendant mon sommeil, hein ? »
Bronn prit une mine faussement choquée en sortant son épée, afin de l'aiguiser. Il retint un rire moqueur.
« _Aucune crainte là-dessus, Maurina, bien que je sois tenté. Vous auriez été une autre fille, je ne me serais pas gêné. Mais avec vous, cela ne serait même pas drôle. Mégère que vous êtes, vous pourriez encore trouver le moyen de me gâcher mon plaisir. Non, je préfère attendre que vous vous jetiez sur moi comme avant la Bataille de la Néra. »
Maurina poussa un cri de frustration avant de se recroqueviller sous sa cape et de fermer les yeux. Elle entendit le bruit de la lame à aiguiser qui frottait contre la lame de Bronn, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle sombre dans un sommeil troublé.
Voili voilou. Bon, plus un chapitre de transition qu'autre chose, mais au moins j'ai le sentiment de m'être sorti une épine du pied ! Bonheur.
Ah, et sinon, on m'a demandé si Bronn devenait vraiment chevalier et tout le tintouin. La réponse est oui, et si vous voulez connaître un peu mieux le parcours de Bronn sans vous taper tous les livres (ce que je recommande quand même car ils sont super chouettes en anglais), vous avez deux options:
- taper 'Bronn' ou 'Bronn la Néra' ou en anglais 'Bronn of the Blackwater' et vous trouverez des sites de fans qui ont fait un joli résumé de lui. Perso je m'en sers parfois quand j'ai la flemme de relire ou tout simplement quand je ne sais pas comment certains termes en anglais sont traduits en français (exemple: je n'aurais jamais deviné que 'Blackwater' serait traduit 'Néra', franchement...)
- trouver sur youtube les vidéos que quelqu'un à mis qui s'intitule 'Bronn's story' et comme ça vous suivez que l'histoire de Bronn dans la série TV. En attendant la semaine prochaine, cela ne peut faire de mal, héhé.
J'espère que cela vous donnera les infos nécessaires ! Bises à toutes et à tous et à bientôt !
Et n'oubliez pas l'encadré en-dessous ;-)
