L'insupportable ironie du sort 3
Je vous prie d'excuser le retard mais j'étais à l'étranger ces derniers jours. J'ai aussi quelques difficultés à avancer cette fic car comme souvent plein d'idées viennent se greffer et la fic prend de l'ampleur...
Merci à Luciusmaximus, Héléna, Xeugma, Stormtrooper2, Claire Rogue, keila, Kisis, Ecnerrolf et Minerve pour vos reviews, je suis très heureuse de vous retrouver pour cette nouvelle aventure.
Merci à tous les autres aussi !
Pour Zeugma : l'action se déroule durant la sixième année, Dumbledore a demandé à Harry de soutirer à Slughorn son véritable souvenir de Voldemort. En cela je suis la trame originale car sinon l'histoire n'aurait plus de sens.
Les personnages ne m'appartiennent pas, je ne gagne pas un sou.
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Une mois et une semaine viennent de s'écouler. Il neige tellement que j'ai du interrompre la séance d'entraînement. Mon genoux droit me fait mal, je dois avoir une engelure. J'ai la flemme de passer par l'infirmerie. Mes vêtements sont trempés et je suis gelé. Je prends le chemin familier du donjon. Severus est en train de corriger des copies bien au chaud, un plaid jeté sur ses genoux. Il me regarde et détecte aussitôt ma blessure.
(Snape) – Après la douche, je vous administrerai une pommade pour votre genou.
Je le remercie sincèrement car cela me fait très mal. Je me douche avec délice et j'enfile un bon gros pull en laine et un caleçon. Il m'attend et m'ausculte. Après un courte réflexion, il murmure un sort et me passe de la crème. La douleur disparaît aussitôt et la plaie se referme.
(Harry) – Vous auriez fait un excellent médecin. Ne l'avez vous pas envisagé?
Je le pense très sincèrement. Je sais que Mme Pomfresh le sollicite souvent et fait une confiance aveugle dans ses diagnostics. Je ne l'ai jamais vu refuser ni compter son temps, de jour comme de nuit. Il fait cela si naturellement, sans effort et j'en suis sur, avec une grande satisfaction personnelle.
Il semble hésiter à me répondre. Il ne me regarde pas dans les yeux. Je sais à présent que cela signifie qu'il est gêné.
(Snape) – merci. Mais certaines décisions prises dans ma jeunesse m'ont interdit par la suite d'exercer comme médecin.
Il est médecin, j'en étais sûr. Et puis je fais le lien dans mon esprit. Un ancien mangemort, même repenti ne peut exercer la médecine. Il faut certainement toute l'influence de Dumbledore pour qu'il puisse enseigner à Poudlard. Je mesure un peu plus tout le gâchis qu'a été la vie de Severus. Je préfère changer de sujet.
(Harry) Je vais aller à Pré-au-lard cette après-midi.
(Snape) Soyez prudent. Slughorn m'a dit qu'il vous avait convié à sa soirée.
(Harry) – oui.
(Snape) – J'y serai également.
C'est dur de l'admettre mais j'aime savoir que quelqu'un songe à moi, prend soin de savoir ce qu'il m'arrive. J'en connais les raisons, des obligations pour lui essentiellement. Mais cela me réconforte. Je fais des efforts pour ne pas le déranger...et ce n'est pas si difficile. Snape m'a fait de la place, à sa manière à lui, sans effusion, avec discrétion. Je sais qu'il est attaché à ses affaires, qu'il en prend soin, mais il n'a pas hésité à les partager avec moi. Il me traite avec plus de respect et de dignité que ne l'a fait ma propre famille. Il ne se plaint jamais hormis quand il corrige les copies...et pourtant, quand parfois je peine sur un devoir, il se penche par dessus mon épaule et me guide, non sans réflexions sarcastiques...Je suis tombé sur un article de lui dans le mensuel des potions. Il est considéré par ses pairs comme un génie, le plus jeune maître des potions...Il va avoir trente sept ans. J'ai longtemps pensé qu'il était comme les autres professeurs, presque aussi vieux.
Un immense gâchis pour une décision qu'il a prise à mon âge...J'en ai le vertige.
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Romilda a été très insistante pour être ma cavalière au bal d'Halloween. J'ai fermement refusé mais elle ne semble pas vouloir entendre. D'autres ont lâché prise plus rapidement.
Alors que le cours sur les sorts avancés venait de se terminer je me rendais comme souvent dans nos appartements pour trouver un peu de calme et faire mes devoirs avant le souper. J'ai du mal à supporter Ron et Lavande et surtout la tristesse d'Hermione. Je ne sais pas quoi lui dire. Je ne sais pas grand chose des peines de cœur ni même de ses joies !
Romilda me tombe soudainement dessus. Cela m'énerve au plus haut point car elle m'a suivi et sait donc que je me rends dans les donjons. De plus elle m'a fait peur, j'ai failli lui jeter un spectrum sempra !
(Romilda) – Harry, pour le bal, qu'est que ce tu veux que je porte ? Qu'est ce qui te ferait plaisir !
(Harry) – Je te l'ai déjà dit Romilda. Trouve toi un autre cavalier, je n'irai pas avec toi.
Elle m'agace grave.
(Romilda) – tu y vas avec qui?
(Harry) – en quoi cela te regarde?
(Romilda) – C'est Granger c'est ça. Elle ne peut pas avoir Weasley alors elle s'est jetée sur toi!
(Harry) –N'importe quoi!
(Romilda) – Avec moi tu ne seras pas un second choix!
(Harry) –Maintenant tu me lâches. Je n'irais avec personne, avec personne tu m'entends! Je préfère être seul que d'être avec toi!
(Romilda) – Pourquoi tu es comme ça, nous pourrions être si heureux ensemble.
J'ai la tête qui va exploser.
(Harry) –Laisse moi tranquille, tu me saoules ok ?
Elle se mets à pleurer de rage. Je sens que je ne vais pas m'en sortir facilement alors je lâche la seule chose qui peut la faire lâcher elle.
(Harry) – Je suis avec quelqu'un. Engagé. Après la guerre, nous pourrons vivre ensemble. Tu perds ton temps.
(Romilda) – Mais...
(Snape) – Melle Vane. Il me semble que M. Potter a été suffisamment clair. Monsieur Potter veuillez me suivre s'il vous plait.
Romilda sous le choc de l'intervention de Severus s'enfuit dans les couloirs.
(Snape) – Vous ne devriez pas en parler.
(Harry) – Pourrions nous poursuivre cette conversation dans un endroit moins exposé?
Il obtempère car il sait que j'ai raison mais je vois à sa mine que tout cela l'énerve.
Dès la porte de nos appartements refermée, il attaque.
(Snape) – Vous devez garder cela secret.
(Harry) – je ne crois pas qu'elle se doute d'un centième de la réalité ! Si toutefois elle me croit.
(Snape) – Quand à vivre ensemble après la guerre vous n'êtes pas sérieux!
Un pli ironique se forme au coin de ma bouche, je sais également jouer à ce jeu là.
(Harry) – Mon cher, je suis persuadé du contraire, nous partagerons un doux coin de cimetière, calme et serein comme nous les affectionnons.
Il reste abasourdit. Il ne s'attendait pas à celle-là.
Il préfère ne pas relever.
(Snape) – Il serait plus prudent d'y aller accompagné.
(Harry) – Non. Et ce sera définitif. Au vue de notre situation et de la guerre qui se prépare je n'ai pas la tête à ce genre de chose.
Romilda a écopé d'une sévère punition quelques jours plus tard pour avoir essayé de m'embrasser.
Severus a voulu en reparler ce soir là. Nous en avons discuté au lit car il est rentré tard d'une réunion avec Voldemort. Nous ne parlons pas souvent au lit, pour ainsi dire jamais.
(Snape) – Notre union étant ce qu'elle est, vous êtes libre d'avoir des relations amoureuses avec personnes de votre choix.
Les derniers mots ont sans doute un goût amer dans sa bouche.
(Harry) – Je le sais. Mais pour moi cela n'est pas envisageable.
(Snape) – C'est votre cœur de Griffondor qui parle. Vous devriez y réfléchir cependant, vous pourriez le regretter plus tard.
(Harry) – Il n'y aura pas de plus tard vous le savez bien.
(Snape) – Raison de plus.
(Harry) – est ce votre suggestion professeur? Puis-je me permettre de vous retourner le conseil? Profitez bien de nos derniers instants de paix. En l'état actuel de notre union, la fidélité n'est pas de mise. Et pourquoi pas ne pas aller courir le jupon ensemble?
(Snape) – Vous ne pouvez comprendre.
(Harry) – Vous non plus. Bonne nuit professeur. Merci de m'avoir aidé tout à l'heure.
J'aurais voulu moi aussi rencontrer quelqu'un que j'aurais pu aimer, peut-être fonder un foyer dans quelques années. Mais toutes les personnes que j'ai aimées sont mortes. Je ne peux envisager de relations stables. Je ne veux pas m'investir émotionnellement. Et puis les choses que l'on ne connait pas, on ne peut pas les regretter non ? Je n'ai pas besoin qu'on me rappelle ce que devrait faire un adolescent normal. Je n'en suis pas un.
Il ne dort pas encore, je l'entend à sa respiration. A quoi pense-t-il? Il ne me trompera jamais j'en suis sur. Il vit comme un moine guerrier, se sacrifiant sans relâche pour la cause, expiant des fautes passées. Lui comme moi n'avons que ce petit cocon de réconfort que nous sommes arrivés à construire.
Cet Halloween là je n'ai pas dansé. J'ai passé une partie de ma soirée à soutenir Hermione. Ron est un idiot, il ne voit rien, peut-être a-t-il peur de ses sentiments? J'ai envie de lui dire, de le secouer mais je n'en ai pas le droit.
Il n'était pas minuit quand je suis allé me coucher. Sèverus est venu me rejoindre guère après. A sa mine je sais déjà qu'il est convoqué par le seigneur des ténèbres. Il est appelé de plus en plus souvent. Il est inquiet. Je l'ai attendu la dernière fois. Je sais qu'il en a été touché. Il m'a dit que Voldemort devenait de plus en plus instable et paranoïaque.
Il prend sa cape et son masque.
Je l'accompagne à la porte.
(Harry) – Faites attention à vous.
(Snape) – Merci Harry
Il est parti. J'ai un mauvais pressentiment, je ne vais pas dormir jusqu'à son retour.
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Ce que j'ai ressenti la première fois où je l'ai vu rentrer après avoir été torturé pendant des heures par Voldemort, il n'a pas de mots pour le décrire hormis que j'ai senti le souffle de l'enfer. J'ai compris pour la première fois ce qu'était le courage de cet homme qui avait conscience de ce qui l'attendait. Il tremblait de tout son corps, les traits de son visage trahissaient la douleur intense qu'il subissait. Deux fioles attendaient sur la table de nuit pour les cas comme celui-ci. Je les lui ai fait boire puis je l'ai couché. J'ai desserré sa chemise. D'autres cicatrices que je n'avais jamais vu, certaines très anciennes couvraient son torse et ses bras. Elles dessinent la cartographie d'une vie de souffrance. Je lui retire ses bottes et le couvre d'un couverture jusqu'au menton. Je remplis une bouteille d'eau, j'enfile une robe de chambre et je m'assoie à ses côtés. Je lui prends la main, il la serre pour s'assurer qu'il est bien rentré, que tout est fini. Je l'ai veillé jusqu'à l'aube. Les spasmes qui l'agitent ont déclinés peu à peu, le laissant épuisé. J'ai demandé qu'un petit déjeuner soit apporté dont son thé favori. Il se réveille vers 10 heure. Je l'aide à manger. Je ne lui pose aucune question, il n'a pas le droit de me répondre. Je ramène le plateau dans le bureau. D'un coup de baguette je le change, il est désormais dans son pyjama favori. Je plonge une serviette dans l'eau et j'entreprends de le débarbouiller un peu.
Quand j'ai fini je reviens à ses côtés, je réarrange la couverture et m'assoie. Il me prend la main.
(Snape) – merci Harry.
Je n'ai plus jamais dormi quand il a été convoqué par Voldemort. Quand à ce que j'ai vu, seule ma détermination à le tuer peut me permettre de le rendre soutenable jour après jour, nuit après nuit.
Quand je le soigne, car il m'a montré et expliqué comment procéder, je ne vois qu'un corps, qu'une chair souffrante. Nous n'avons plus que des fonctions utilitaires et le désir de nous soutenir mutuellement jusqu'à la bataille finale. C'est déjà une petite mort.
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Après de gros stress, je rêve que je suis à nouveau dans le placard sous l'escalier. Je suis petit, vulnérable et j'ai si peur. Un monstre rôde tout prés. J'ai beau appeler mais ils ne viendront pas à mon aide. J'ai cinq ans et je ne comprends pas pourquoi ma maman ne vient pas me chercher et me prendre dans ses bras. Tout le monde a une maman sauf moi. Tante Pétunia dit que c'est une punition car je suis méchant. Elle ment. Ma maman viendra me chercher.
J'ai si peur, je me tiens en boule, les jambes bien serrées contre mon cœur dans le coin le plus éloigné de la porte. Les larmes coulent, elle mouille le haut de mon pyjama trop grand. J'ai peur dans le noir et j'ai froid. Je suis seul, tout seul.
Pour la première fois quelqu'un entre. Ce n'est pas le monstre! C'est Severus ! Il s'assoie au bord du lit. Il caresse mes cheveux.
(Snape) – Ne pleure pas Harry, n'est pas peur...
Sa voix est si réconfortante. Je fais la chose que j'ai le plus désiré au monde. Je me jète dans ses bras. Il ne me rejette pas, au contraire, il me serre fort, il me berce. Il me chuchote des mots sans suite que je ne comprends pas. Je n'ai plus froid, je suis bien là.
(petit Harry) – ne me laisse pas, j'ai peur. Je ne veux pas être tout seul. Je veux ma maman !
(Snape)- ne pleure pas mon tout petit, ne pleure pas...
Lorsque je me réveille dans notre lit, la peur est partie. Il est à mes côtés, sa main tient la mienne. Je sais ce qu'il a fait. Je le regarde, il est si triste. Une trace de larme sur sa joue.
Il sait.
Ces rêves se sont espacés et à chaque fois, Severus y est entré pour mettre fin au cauchemar.
Il ne veut pas en parler. Il montre juste qu'il est là autant que possible, qu'il fait ce qu'il peut. Sa présence est devenue réconfort, chaleur. Je n'ai jamais eu de foyer à moi, est ce que c'est cela un foyer ? Je serre sa main à mon tour, je veux qu'il sache que je serai là moi aussi pour lui. Peut-être est-ce tout ce que nous avons à offrir? De la compréhension, une oreille attentive dans les épreuves. Je sais qu'il y a bien plus mais le temps nous ai compté, je ne pourrais sans doute jamais découvrir tout ce qu'il est et c'est déjà un regret.
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Nous sommes à dix jours de Noël, pendant le cours sur les sorts avancés j'ai senti l'apport de pouvoirs supplémentaire, l'intense réconfort, la preuve indéniable que l'unitas anima est à l'oeuvre.
Je connais mes capacités, je n'aurais pas dû pouvoir réussir ce sortilège complexe du premier coup, même Hermione n'y est pas arrivée.
Ce n'est pas possible. L'équilibre que nous avions instauré bascule à nouveau.
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Dumbledore me demande de le voir après mes cours. Cela m'ennuie car je voulais parler avec Severus. Il veut certainement savoir si j'ai avancé ma mission avec Slughorn. Pas du tout mais samedi soir prochain a lieu la petite fête qu'il a organisé pour ses élèves préférés... Severus a absolument voulu que j'y aille accompagné. J'ai pensé à Hermione mais elle m'a dit qu'elle l'avait proposé à Mclaggen, la poisse continue. Je vais demander à Luna, elle est sympa et elle comprendra.
Dumbledore a l'air fatigué ces derniers temps. Il me demande ce que j'ai prévu pour Noël? Hormis le soir où je suis invité chez les Weasley rien, comme chaque année depuis que je suis arrivé à Poudlard.
(Dumbledore) – Je pensais que tu irais cette année passer les vacances de Noël avec Severus.
(Harry) – Nous n'en avons pas encore parlé.
Ce qui est vrai. Je me tiens sur mes gardes. Je sais bien que mes projets de vacances ne sont pas la principale préoccupation du directeur.
(Dumbledore) – Et l'unitas anima?
(Harry) – Rien pour l'instant. Est-ce vraiment étonnant?
Ce n'est pas la première fois que je lui mens.
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Je n'ai pas pu voir Severus avant le repas du soir. J'espère de tout mon coeur qu'il ne sera pas convoqué par Voldemort cette nuit.
La dernière bouché de mon dessert avalé je file vers le donjon.
Il est là également, l'air calme, mais chez lui cela ne veut rien dire du tout. Je l'ai vu avec cet air là des lendemains de nuits d'horreur. Aucun élève ne s'est jamais douté ce qu'il avait enduré quelques heures auparavant.
(Harry) – Severus! (depuis quelques jours nous sommes passé naturellement à l'usage de nos prénoms quand nous sommes seuls) L'avez vous ressenti?
(Snape ) Ressentit quoi ?
(Harry) – Ne faites pas semblant ! Je l'ai ressenti aujourd'hui, l'afflux d'énergie, la votre, le lien, comment est-ce possible ?
(Snape) – Je ne sais pas...
(Harry) – Il faut arrêter !
(Snape) – Comment? Il est trop tard certainement...
(Harry) – Non, vous n'auriez pas dû !
(Snape) – dû quoi Potter? Je n'ai pas eu le choix, vous saviez que cela pouvait arriver !
(Harry) – Vous ne comprenez pas ! Vous ne comprenez jamais rien!
Il me prend par les épaules pour m'obliger à me calmer.
(Snape) – Que vous arrive-t-il?
(Harry) – Vous le savez, Dumbledore vous l'a dit...
(Snape) – dit quoi Potter?
(Harry) – Je vais mourir !
Une barrière se brise en moi, toute ma tristesse, ma souffrance, mon amertume se déversent enfin, tout mon corps tremble...
(Harry) – La prophétie...
(Snape) – Calmez vous. De toute manière, les risques sont les mêmes, je n'avais que peu d'espoir quand à mes chances de survie...
(Harry)- et désormais vous en avez la certitude.
(Snape) – depuis quand le savez vous...
( Harry)- plus d'un an, peut-être plus, je le pressentais.
Snape est abasourdi par ce qu'il entend. L'image qu'il s'était plu à forger s'effrite un peu plus. Où est l'élu prétentieux dans cette adolescent qui marche au bort du néant?
(Harry) – Quoi que vous pensiez, je n'ai jamais souhaité que vous soyez blessé par ma faute...
La sincérité de l'aveu le frappe et le laisse dans le plus grand désarrois. Un tel désintéressement...
Le lien qui les unit se tend et à travers lui un flux d'énergie intense les touche, enveloppant leurs cœurs, sillonnent leurs veines d'une chaleur bienfaisante. Severus sent que cette énergie née d'un sentiment si pur répare patiemment les fractures de son âme...
(Snape) – Il est trop tard Harry. Sachez que pour ma part je n'ai pas de regrets.
Nous nous installons prés du feu perdus en nous mêmes devant ce nouveau coup du sort. Comment des sensations aussi délicieuses peuvent-elles naître entre eux.
Quand nous nous sommes couchés, Severus a tenu à me dire ce qu'il ressentait, cela m'a profondément touché.
(Snape) – Harry, tu as comme ta mère des qualités de cœur et un courage qui font honneur à ta maison mais aussi à notre communauté. Elle serait fière de toi.
(Harry) – Merci.
Nos mains se sont liées et nous nous sommes endormis avec la certitude de n'être plus seul.
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J'ai demandé à Dumbledore si je pouvais retirer un peu d'argent à Gringott. Il faut une autorisation spéciale car je ne suis pas encore majeur. J'ai dû le justifier par le souhait d'offrir des cadeaux à la famille Weasley qui m'accueillait si chaleureusement chaque année. C'est rigoureusement vrai. Ce que je n'ai dit à personne, c'est que j'ai acheté une écharpe verte très chaude pour Severus et une boîte de chocolats pour nous. Je ne peux aller à Spinner end, sa maison car elle est surveillée en permanence par les mangemorts. Il s'arrangera pour y écourter son séjour sans éveiller les soupçons.
La soirée de Slughorn a tourné au vinaigre. Mclaggen a gerbé sur les chaussures de Severus avec des conséquences prévisibles...Malfoy s'est fait chopper à fouiner dans les parages. J'ai surpris Severus en train de parler d'un serment inviolable. Depuis je ne cesse d'y penser. Je veux savoir.
Nous sommes la veille de Noël, il va le passer seul, cette situation me déplait. Je lui donne son cadeau, il a l'air surpris. Je ressent qu'il est heureux. Je dépose la boîte de chocolat sur la table basse prés de la cheminée.
(Harry) – C'est pour notre retour.
Il me sourit, c'est une chose précieuse et rare. Je m'apprête à aller me coucher quand il m'arrête.
(Snape) – Pas si vite Monsieur Potter.
Je me retourne interrogatif.
Il tient dans ses mains un cadeau enveloppé dans du papier rouge brillant.
(Snape) – Joyeux Noël Harry.
Je lui souris à mon tour. C'est un livre d'exercices avancés pour préparer les examens d'Auror...un encouragement subtil, une note d'espoir, un geste qui lui ressemble tellement. Je m'approche et le prends dans mes bras. Il est si réconfortant d'être ainsi. Cela ne dure qu'un instant et pourtant c'est très important.
Il lance quelques sorts et un arbre apparaît ainsi que des décorations. Une touche d'humour : sur la cheminée il y a désormais deux chaussettes avec nos prénoms. Il sait à travers mes rêves comme j'ai tant de fois eu du chagrin quand il n'y avait pas de chaussette à mon nom chez les Dursley.
(Snape) – Pour notre retour.
Un murmure doux et chaud dans mon oreille.
Le lien se ramifie, je le sens. Il est si facile de le nourrir quand chaque geste que nous avons l'un pour l'autre est empreint d'empathie, de douceur. Il pose inconsciemment sa main sur son coeur, comme s'il touchait quelque chose. Je sais qu'il l'a senti aussi. C'est si déconcertant cette capacité de nous faire du bien, comme si nous avions la faculté innée de nous rendre heureux. Pourquoi lui, précisément, parmi tous les hommes et les femmes, détient la clé de mon bonheur...?
Insupportable ironie que mon seul bonheur soit mêlé à mon tourment.
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Molly nous a gâté cette année encore, c'était merveilleux et délicieux. Pourtant je n'arrête pas de penser à lui. Lorsque nous allons nous coucher, je sens les liens qui se ramifient encore et se rependent en moi. Ils se nourrissent de chaque pensée, de chaque émotion que Severus fait naître en moi. Je ne pouvais pas imaginer que cela serait si fort, si intense. Au plus le lien se renforce au plus mon désir d'être prés de lui physiquement et émotionnellement devient intense.
Pense-t-il à moi à cet instant?
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Morgane ouvre la porte de nos appartements. Il est là, confortablement installé sur le fauteuil. Il porte une tenue décontractée : pantalon et pull en laine. Mon écharpe étroitement enroulée autour de son cou. Son grand nez s'y plonge avec délice alors qu'il bouquine au coin du feu.
Il lève les yeux et...je fais une chose insensée. Je me jète dans ses bras, il n'a pas eu le temps de se lever. Je le sens sourire dans mon cou alors qu'il me serre très fort contre lui.
(Snape) – Je suis heureux de te voir aussi Harry.
Je sens ses doigts dans mes cheveux mais il me repousse rapidement.
(Snape) – Tu as passé un agréable Noël avec les Weasley.
(Harry) – Oui, Molly s'est surpassée cette année encore et toi?
(Snape) – Tranquillement. D'ailleurs il me tarde de goûter mes premiers chocolats.
Malgré son ton badin je sais qu'il me cache quelque chose, quelque chose qui lui fait mal, je le perçois à travers notre lien. C'est nouveau, ce sont comme des saveurs fugaces, comme si chaque sentiment avait sa saveur propre : colère, tristesse, abnégation, douleur sous le joie de me retrouver. J'ouvre la boîte et je la lui tends. Il prend son temps pour choisir. Il ressemble à un enfant qui ne veut pas se tromper car il sait qu'il n'aura qu'un seul choix.
Il se décide pour un chocolat en forme de coffre fort et croque dedans en fermant les yeux. Il savoure passionnément chaque sensation que la confiserie lui offre. Je le regarde fasciné. Tellement de choses à découvrir et si peu de temps. Lorsqu'il ouvre les yeux et me regarde, une légère rougeur sur ses joues s'installe, et il détourne le regard. Cette gêne à nouveau, pourquoi?
Je sais qu'il apprécie cette proximité, qu'il la désire comme je la désire et pourtant il lutte contre elle.
Le soir dans notre lit, je me colle dans son dos mais je ne l'enlace pas. Je sais qu'il ne veut pas. Notamment parce que je suis un élève, que je suis trop jeune. Il accepte mon geste mais il n'y répond pas. J'aimerais m'en contenter mais je sais qu'à chaque nouveau pas, le désir loin d'être rassasié ne fait que croitre et nous dévore un peu plus de l'intérieur.
Il a raison, il est bien trop tard. Comme une machine infernale, nous n'arrivons plus qu'à nous aimer alors qu'il y a si peu de temps encore nous n'arrivions qu'à nous blesser.
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Je ne me rappelle plus comment notre première dispute a éclaté. C'est la veille de son anniversaire et il semble particulièrement nerveux et irritable. Je n'aspire qu'à une chose, le soutenir et l'aider. Il me repousse avec brusquerie alors que cela lui fait mal, je le sens. Notre lien s'est considérablement renforcé depuis Noël.
Je ne peux pas baisser les bras.
(Harry) – dis moi ce qui ne va pas, je le sens...
(Snape) – tu sais bien que je ne peux pas t'en parler...
(Harry) – alors laisse moi être à tes côtés...
(Snape) – Harry, nous ne pouvons pas nous laisser aller à la faiblesse, la guerre finale est proche...
(Harry) – L'amour n'est pas une faiblesse...
(Snape) – Que sais-tu de l'amour mon jeune Harry? L'amour est la plus grande des faiblesses...
(Harry) – Il nous rend plus fort chaque jour...
(Snape) – laisse moi
(Harry) – jamais je ne te laisserai
(Snape) – un jour tu me haïras
(Harry) – Pourquoi ? Je sais à présent...
Il paraît se vouter tout à coup comme si le poids du monde pesait sur ses épaules.
(Snape) – tu me haïras comme les autres avant toi, tu ne sais rien de ce que j'ai fait par le passé. Je me hais moi-même. Je ne veux pas que tu sois enchaîné à moi.
( Harry) – Je suis enchaîné à un destin qui n'est pas le mien.
(Snape) – Il faut sauver ce qui peut l'être encore. Même S'il n'y a qu'un mince espoir que tu survives nous devons essayer.
(Harry) – je me battrai jusqu'au bout mais ne m'oblige pas à renoncer au seul foyer que j'ai jamais connu, au seul que je connaitrais jamais.
A l'idée de le perdre j'ai l'impression que le sol se dérobe sous mes pieds. J'ai le coeur au bord des lèvres.
Inexorablement l'unitas anima œuvre en moi. Sèverus met sa main sur son cœur, il le ressent aussi. Il me jette un regard désespéré avant de sortir. Je ne lui en veux pas, même lui ne peut se mesurer à l'insoutenable cruauté du sort.
