L'insupportable ironie du sort 4

Merci pour vos reviews qui m'encouragent à continuer. Cette fic est d'une tonalité plus sombre que les autres mais elle met l'accent sur le courage et la persévérance de nos héros. J'ai pris quelques libertés avec la trame originale.

Je suis désolée pour le retard mais j'ai changé la direction de cette fic en cours et cela a demandé du temps. C'est sans doute un des chapitres que j'ai eu le plus de mal à écrire. J'espère que je suis arrivée à vous transmettre les sentiments qui animent mes personnages.

Bonne lecture !

Les personnages ne m'appartiennent pas, je ne gagne pas d'argent.

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La confrontation peut prendre plusieurs aspects. J'ai appris que ses silences sont plus durs que ses colères noires. Je regrette même ses remarques acerbes, elles m'auraient permis de lui répondre. Le silence s'est installé comme une brume froide et humide et notre foyer est devenu gris. Les quelques vestiges de ma vie sont devenus flous, leurs contours incertains dans cette réalité vacillante qui s'éloigne un peu plus chaque jour alors que les semaines s'égrènent inexorablement.

Et pourtant, malgré cette nouvelle épreuve, l'unitas anima telle une lumière qui me guide dans les profondeurs de l'abîme brille chaque jour plus intensément comme si rien ne peut l'atteindre, la ternir, la faire mourir.

Alors l'espoir demeure, désespéré mais vivant.

Je sais qu'il le partage. Je le sens au plus profond de moi. Pourquoi nous impose-t-il cette situation ? Nous n'avons plus que quelques jours, quelques mois tout au plus pour vivre un semblant de vie normale.

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Il s'est disputé avec Dumbledore ce soir. Il est très agité et comme toujours il ne veut rien me dire. J'espère qu'il ne sera pas convoqué par l'autre cette nuit. Je pose ma main sur son épaule. Il ne me repousse pas.

(Snape) Harry je ne mérite aucune compassion. Il est temps d'en finir avec tout ça et enfin les comptes seront clos.

(Harry) Personne ne mérite un tel châtiment. Tu te fais du mal.

(Snape) Je suis le seul responsable de mes erreurs et de mes choix. Je veux juste que tu saches que quoique qu'il se passe à l'avenir je n'ai jamais voulu te faire du mal.

(Harry)Je le sais.

(Snape) Tu auras toutes les raisons d'en douter, de me détester. Je ne t'en voudrai pas. Repose toi maintenant. Merlin sait à quel point nous aurons besoin de nos forces dans les semaines à venir.

Alors que nous avons une conversation somme toute banale, je sens une bouffée de douceur et de tendresse à travers le lien de l'unitas anima. . Je presse ma main qui est restée sur son épaule pour lui signifier que je comprends, que je suis à ses côtés malgré tout. Il lève ses yeux insondables vers moi mais j'ai beau m'y noyer son regard demeure indéchiffrable.

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Severus a été torturé pendant plusieurs jours. Je l'ai veillé toutes les nuits jusqu'à son réveil car, pour ne pas éveiller les soupçons il ne peut aller dans l'infirmerie. Je prends conscience de ce qu'il a souffert seul dans les donjons pendant des jours ignoré de nous tous.

Je tiens grâce à des potions mais j'arrive au bout de mes limites. Dumbledore n'est venu qu'une fois pour savoir s'il survivrait. J'ai parfois l'impression que nous ne sommes à ses yeux que des pions dans sa lutte contre Voldemort. Au fond de moi j'ai la certitude qu'il me sait condamner, qu'il n'envisage pas les choses autrement, qu'il ne prendre pas de risque pour qu'il en soit autrement.

Il pleure parfois dans son sommeil, il murmure des mots sans cohérence. J'ai le cœur qui saigne.

Les potions qu'on lui administre sont chaque fois plus fortes, plus dangereuses aussi. Ses traites se figent dans un masque impassible, c'est l'un des effets secondaires. Il a le contours des yeux bouffis et violacés, son teint devient vitreux. Madame Pomfresh ne veut pas m'en dire davantage mais je devine au regard qu'elle a parfois, qu'il y a autre chose. Que ce n'est peut-être pas que son corps qui est abimé.

J'aimerais savoir à quoi il ressemblerait sans toute cette souffrance qui le défigure chaque jour un peu plus.

Quand il a repris définitivement conscience et qu'il a eu la force de parler, il m'a remercié sans effusion, mais dans mon cœur j'ai ressenti via l'unitas anima une bouffée de tendresse. Je me suis senti enlacé par sa chaleur.

Il veut assurer ses cours demain et rien ne peut le faire changer d'avis. J'en veux à Dumbledore de ne pas insister, de ne pas le protéger davantage.

Dans la classe j'entends les moqueries des collègues, les méchants commentaires sur l'air de déterré de notre professeur de défense contre les forces du mal. Cela ne me fait plus rire à présent que je sais. Je voudrais les faire taire mais je ne peux rien dire. J'enrage de ne pouvoir jamais le défendre, le protéger comme il le fait pour moi, pour nous tous.

Je l'observe alors qu'il se penche sur un chaudron pour surveiller une potion. J'espère que ses côtes ne lui font pas passer le martyr. Je me concentre pour lui envoyer de l'énergie, je ne sais pas si cela fonctionne vraiment jusqu'à ce qu'il ai ce geste bien familier : sa main se pose discrètement sur son cœur.

J'aimerais tant qu'il souffre moins. Au moment même où j'ai cette pensée il me regarde intensément mais ne dit rien. Nous sommes en classe.

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Dumbledore me harcèle pour que je trouve le secret de Slughorn. L'idée m'est venue de prendre la Felix Felicis...J'espère que cela me donnera un peu de répit.

Severus est de plus en plus agité. Il lance parfois des regards meurtriers au Directeur et il passe beaucoup de temps à surveiller Malfoy. Cette petite vipère doit agir pour le compte de l'autre. J'ai essayé de lui dire mais il m'a repoussé sans ménagement, ce qui m'a profondément blessé. J'en veux à Malfoy de se dresser entre Severus et moi. Je suis jaloux du temps qu'il nous vole. J'ai du mal à admettre ce que représente Severus pour moi.

Cela n'aurait pas dû arriver.

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Ce soir Severus m'a montré un coffre secret dissimulé dans notre chambre. Il m'a fait juré de ne pas l'ouvrir avant d'avoir son autorisation.

Son regard est empli de désespoir et de tendresse. Sa main caresse maladroitement mes cheveux, je suis bouleversé par ce geste unique, le seul qu'il s'autorise.

Nous sommes donc arrivés au point de non retour.

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J'ai découvert le souvenir de Slughorn, je cours en parler au directeur. Je suis excité à l'idée d'avoir enfin une arme contre Voldemort. Les couloirs sont déserts à cette heure de la nuit. Mes pas résonnent dans le silence. Au fond de moi j'avoue que je suis aussi inquiet à l'idée que cela risque de nous séparer.

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Dumbledore m'a dit que nous partirons en mission le lendemain. J'ai bien compris que cela serait dangereux, risqué.

Ce soir j'ai besoin de le sentir tout contre moi, de sentir sa chaleur. Je me colle dans son dos et pose ma main sur sa taille. Il ne me repousse pas. Je sais le danger qui m'attend, j'aimerais tant qu'il me serre dans ses bras une dernière fois comme il le fait dans mes rêves.

Il l'a compris grâce à notre lien qui est désormais très fort.

(Harry)- S'il te plait...

Il se tourne sur le dos et me serre contre son flanc. Je pose ma tête sur sa poitrine. Je suis si bien, apaisé, je voudrais ne jamais quitter ses bras. Il caresse mes cheveux, il sait que je ne dors pas. J'aime cette proximité, son odeur, sa douceur. Il me donne envie de plus. Je veux savoir ce que c'est d'être serré dans des bras avec amour. Je veux être touché comme cela. Je me redresse et dépose un baiser sur sa joue, je veux savoir ce que cela fait d'embrasser vraiment, d'être aimé, même si je sais qu'au fond ce n'est qu'une illusion. Il détourne le visage :

(Snape)- Non Harry

(Harry)- Je veux savoir, montre moi...

(Snape)- Non, tu le regretterais. Tu rencontreras la bonne personne.

(Harry)- tu sais bien qu'il n'y aura pas d'après.

(Snape)- tu vivras et tu auras le choix de ta vie, de tes rencontres. Ne fais pas les mêmes erreurs que moi.

Il ne le montre pas mais je ressens sa souffrance, ses regrets, sa tristesse. Je caresse son visage pour le forcer à me regarder. Je lui souris.

(Harry) - qui aurait cru que la seule personne qui ne m'ait pas condamné ce soit toi.

Je ne peux lui dire qu'il est la seule personne qui m'ait témoigné de la tendresse. Je dépose un dernier baiser sur sa joue, j'y mets toute la tendresse que j'ai pour lui.

(Snape) - Harry l'amour est un sentiment merveilleux, précieux. Il peut faire souffrir aussi et conduire au désespoir. Il faudra être courageux, se battre jusqu'au bout car au final il n'y a que cela qui compte.

Je comprends soudain.

(Harry) - tu l'as connu n'est-ce pas?

Il détourne le regard, c'est un aveux incontestablement.

(Harry) - tu l'aimes toujours ?

(Snape) - à jamais.

Il ne me regarde pas, fixant au loin un souvenir. Je devine la souffrance et le désespoir. Je comprends aussi son rejet.

(Harry) - Je suis désolé.

Et c'est vrai. Je m'écarte, je ne veux pas m'imposer, je n'ai pas de place dans ses bras et cela me fait mal. Mal d'être si seul, d'avoir l'intime conviction qu'être aimé par lui ainsi doit être fabuleux. Comme avant.

Comment lui dire la douleur du rejet le plus noble, celui contre lequel on ne peut rien, celui du silence du cœur? Je ne peux jamais l'aider, lui donner du réconfort. J'ai compris au plus profond de mon cœur que je l'aime, qu'il est important pour moi, que je donnerais tout pour le voir heureux. Mais à l'évidence la vie n'est pas si simple et l'amour n'est pas toujours suffisant. Je n'ai pas le pouvoir de le faire sourire, de rendre chaque moment ensemble plus précieux que tout.

(Snape)- tu n'as pas à l'être.

(Harry) - de t'avoir causé de l'embarras...

Lui aussi ne voulait pas de moi. Je n'arrive pas à retenir une larme. Au fond que m'importe aujourd'hui de mourir. Je retrouverai enfin mes parents.

Il me prend dans ses bras comme on berce un enfant.

(Snape)- - non, je ne veux pas que tu crois que tu as été un poids. Mais je suis vieux, je ne peux rien t'apporter, tu as toute la vie devant toi car tu vivras, nous ferons tout pour cela. Un monde où tu seras libre.

Je souris malgré moi mais je ne peux pas parler. Je n'ai pas de mots pour décrire ce que je ressens hormis « effondrement ».

(Snape) - Essaie de dormir car demain nous avons rendez vous avec le destin.

Je garde au fond de mon cœur ces souvenirs de tendresse, les seuls que j'aurais jamais probablement. J'essaie de retenir la sensation fugace de ses bras protecteurs autour de moi, écartant le danger et les regrets.

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(pensée de Snape)

Je vois sa forme recroquevillée sous les couvertures. Harry...j'ai mis tant de temps à te connaître. J'ai voulu croire que tu n'étais qu'une pale copie de James... Tu lui ressembles physiquement mais cela s'arrête là. Tu as les yeux de ta mère mais je ne vois pas Lily en toi non plus. Tu n'as pas leur assurance, leurs certitudes. Tu ressembles davantage ...à moi, à l'enfant qui cherchait la moindre miette d'amour...

Quand je regarde le tout jeune homme que tu es devenu, je suis émue au plus profond de moi. Tu es celui qui ne m'a pas condamné alors que je ne t'ai pas épargné, tu es celui qui a su me pardonner alors que je t'ai fait mal. Tu es celui qui a accepté celui que je suis. Je ressens toute la tendresse que tu me portes, comme des ondes caressantes qui m'accompagne à chaque instant. Je caresse tes cheveux et tu ronronnes comme un chaton. J'aime tellement de câliner, tu as réveillé des sentiments que je croyais morts depuis longtemps. Si simple si naturel, aucune fausse pudeur, juste l'acceptation.

Je ne peux supporter l'idée que tu meures, que tu soit sacrifié tel que agneau sur l'autel de notre monde qui n'est même capable de protéger ses enfants... Quoique en dise Dumbledore, quoique les autres puissent penser, j'utiliserais tout le pouvoir que je possède et celui que me donne l'unitas anima pour terrasser Voldemort et te sauver. Alors peut-être ma vie misérable aura un sens et je n'aurais plus cette honte qui me ronge depuis si longtemps. J'ai l'impression que tu me guéris l'âme chaque jour un peu plus. Mon Harry, je rêve pour toi un monde libre débarrassé de toute cette horreur. Je t'imagine rire au milieu de tes amis, me regarder avec fierté dans ton uniforme d'auror...

J'espère qu'avec le temps tu comprendras, je ne veux pas te salir, t'imposer mes chaînes, je veux que tu sois libre.

Mon Harry...j'ai toujours pensé que les prophéties n'avaient de sens que pour que l'on puisse les réfuter. A quoi sert la puissance, le pouvoir si ce n'est pour être libre ?

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Il y a certainement beaucoup de choses que j'ignore sur lui. Mais il dégage parfois tant de tendresse retenue dans ses gestes.

Je sens que le temps m'échappe. Avant de rejoindre le directeur pour la mission, j'attends la dernière minute, espérant le voir avant de partir. Il rentre tout à coup, les traits tirés, nerveux. Sans un mot je le prends dans mes bras. Je le serre fort, j'aimerais tellement que la situation soit autre...Il a toujours cette immense tristesse dans les yeux.

Je pars sans me retourner car j'ai peur de pleurer.

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J'ai la tête qui va exploser. Le retourne au château sans pouvoir fixer la moindre idée tant la situation est chaotique. Je sens juste le métal froid du médaillon de Voldemort que je serre dans ma main.

Ce n'est pas possible.

J'arrive enfin prés de la tour d'astronomie. Tous les élèves et les professeurs de Poudlard sont autour du corps. Je me frais un chemin sans difficulté jusqu'à lui.

Minerva me demande ce qu'elle sait déjà. Je n'arrive même pas à comprendre les mots qui sortent de ma bouche.

- Snape.

Un silence de plomb s'abat sur l'assemblée.

Il n'a pas pu le faire, nous trahir. Ce que j'ai ressenti tout au fond de mon cœur ces derniers mois. Ses mots me reviennent en mémoire "tu me hairas comme les autres avant toi".

Il savait.

Déjà ? Sa tristesse, sa nervosité...Un tueur, un traite ...

Je le revois penché sur moi alors qu'il écarte d'un geste rageur le livre du Prince de sang,-mêlé, alors c'était lui, j'aurais dû faire le rapprochement et la dernière image de lui me revient avec une incroyable netteté : son regard immensément triste et ses derniers mots :

- ouvre le coffre.

J'ai l'impression que je vais tomber tant je suis faible mais je rassemble mes dernières forces et je cours vers nos appartements.

J'entends Hermione et Ron derrière moi mais je ne peux pas m'arrêter, je veux savoir enfin.

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Morgane me regarde d'un air apeuré, la rumeur m'a devancé à travers les tableaux et les fantômes. Elle ouvre la porte. Je m'engouffre et ouvre le coffre. A l'intérieur se trouvent des fioles où des fibres argentées scintillent doucement. Je sais ce que c'est, des souvenirs, il veut que je les regarde. Envers et contre tout je veux lui faire confiance.