Would you love me… ?

Nouveau chapitre ici avant Cursum Perficio. Disons que je voulais pas lâcher une idée relativement nette dans ma tête (j'en avais une autre, mais je suis assez versatile x3) pour gratter avec du retard le chapitre 5 de Cursum. Moins inspirée. Je sais ce qu'il va se passer, mais flemme x3 ça va viendre hun, vous en faites pas.
Note : j'utilise ici UNE image (SPOILER) du passé de Fye que l'on voit dans un chapitre après le 130 – mais je ne dis pas laquelle, et vu qu'après je fais ce que je veux, si vous n'aimez pas les spoilers vous ne risquez rien
RàR à la fin, merci de me lire et de me laisser vos avis, c'est toujours très apprécié :3

XxX …When I'm a monster… XxX

Signe du Destin, ou simple usure du crayon, la mine se brisa. Fye la regarda rouler un court instant sur la feuille de papier avant de tomber au sol. Mais il ne bougea pas. Les pensées s'accumulaient trop dans sa tête pour qu'il puisse regarder la chute d'un air moins absent – et les pensées se faisaient aussi sombres que la pièce.

Il n'avait pourtant pas soupiré ailleurs que dans sa tête, quand le ninja initialement assis sur le rebord de la fenêtre voilée par un rideau opaque se leva brusquement. Sa seule expression suffisait pour comprendre son irritation, mais il envoya tout de même balader une chaise d'un violent coup de pied au passage.

- Ras le bol de cet endroit bordel, grogna-t-il. C'est pas comme ça qu'on va avancer !

Fye ne dit rien, et ne bougea pas de sa chaise. Il se contenta d'observer le ninja se diriger vers la porte sans autre expression qu'une étrange fatigue, et s'appliqua à comprendre les mots de son compagnon. Il avait beau se faire peu à peu au japonais de Kurogané, l'absence de Mokona était tout de même un puissant barrage à toute grande discussion que le magicien affectait particulièrement par leur aptitude à l'empêcher de se plonger dans de sombres pensées. Mais la communication simple et basique passait, c'était déjà ça…

Comme le brun ouvrait la porte dans un mouvement rageur, il parut brusquement se réveiller.

- Où vas-tu ? articula-t-il dans un japonais hésitant.
- Faire un tour, j'en ai marre, répondit Kurogané sans se retourner.

Le temps que Fye forme dans sa tête une réponse linguistiquement correcte, il était déjà parti, fermant la porte à clé derrière lui.

- Attends je… Voudrais venir… termina vaguement le blond, resté seul.

Il soupira enfin et reporta son regard azur vers la mine de crayon gisant au sol. Ce n'était pas bien grave si Kurogané ne l'avait pas entendu après tout. Sa demande était si… Stupide, sachant qu'il ne devait pas sortir. Le ninja avait même fermé la porte, des fois qu'il reprendrait au magicien de sortir quand même.

Mais ce n'était tout de même pas sa faute si les habitants de ce petit village isolé le haïssaient – le craignaient peut-être. Ce n'était pas non plus sa faute si ces gens étaient tous bruns et n'avaient jamais vu de blond. Et c'était encore moins sa faute si sa blondeur irréfutable était venue heurter la superstition des villageois en même temps que son aptitude à créer des « potions magiques ». Sans doute aurait il dû s'en tenir à sa blondeur. Sa présence aurait peut-être été plus ou moins acceptée. Mais il soigna une fillette malade au village. Et seule sa connaissance des soins magiques avait pu la sauver, ce moyen « magique » ayant suffit à effacer toute reconnaissance chez les villageois, pour le ranger au rang des « sorciers ».

Ça c'était vrai, mais tout de même…

Il n'allait pas laisser mourir une enfant juste pour être plus ou moins bien vu des autres… Si ? Le jeune magicien haussa les épaules d'un air abattu. De toute évidence, une mort tragique et douloureuse mais naturelle aurait mieux valu qu'une guérison inespérée et surnaturelle. Fye ne s'était pas attendu à des effusions de gratitude, mais il ne s'était pas non plus attendu à l'effet inverse, naïf qu'il était encore. Si Kurogané n'avait pas été assez proche pour intervenir à temps la dernière fois que le blond était sorti de la petite chambre qu'ils avaient louée, ce dernier aurait aperçu une dernière fois la lueur du jour depuis un bûcher.

La lueur du jour…

Toujours recroquevillé sur sa chaise, Fye tourna le regard vers la seule fenêtre de la chambre. Sa bouche sans sourire esquissa un appel à l'aide, mais aucun son ne troubla le silence aussi opaque que les rideaux qui lui cachaient la lueur du jour depuis la veille. Il était enfermé. Presque captif, dans une cage cachée dont tous connaissaient l'existence.

Il se mordit les lèvres comme les souvenirs morts mais vivants dans sa tête passaient devant ses yeux. Captif. Une prison sombre sans lumière. Il frissonna en se remémorant le froid mordant de cette ancienne prison. Ce temps là était il vraiment mort ? Etait il sorti de cette prison de Céles, à laquelle il avait été voué pour être… Doué de magie ?

Comme la vie se répétait, parfois… Comme les mots brûlants dans le froid revenaient encore, ceux qui l'excluaient, lui arrachaient son humanité avec mépris, pour en faire sans réelle raison un… Monstre. Enfant ou adulte, il serait toujours un monstre, craint et enfermé.

Fye se leva lentement. Sa captivité, même si elle ne visait actuellement qu'à le protéger, lui faisait ressentir une telle torpeur, étrangement mêlée à l'angoisse des souvenirs, qu'il aurait pu mourir sans s'en rendre compte. Et sans Kurogané à ses côtés, il lui arrivait de se demander si ce n'était pas déjà arrivé.

Il s'approcha de la fenêtre, et écarta timidement d'à peine quelques centimètres les rideaux de tissus épais. Le fin rayon de lumière suffit à l'éblouir. Il laissa finalement retomber le tissu après avoir aperçu quelques villageois guettant sa fenêtre. Kurogané avait pris soin de demander une chambre à l'étage, mais visiblement, ce n'était pas encore parfaitement suffisant.

Un réflexe angoissé le fit s'agripper au rideau. Le blond serrait les dents, mais les souvenirs indésirables se pressaient malgré tout devant ses yeux, et il se revit dans une autre cage, si similaire à l'actuelle par ses ténèbres.

Dehors, personne – rien que le vent indifférent. Tout était comme si même la lumière le fuyait, et quand il tendait la main en rêvant à une autre pour l'aider à se relever, il n'attrapait qu'un barreau. Le vide répondait à ses prières. Plus de larmes, trop avaient déjà coulé.

Je veux mourir… Je veux mourir…

Mais avant…

Je veux… être aimé par quelqu'un… Avant… De mourir

Ses propres mots résonnant dans sa tête le firent brutalement revenir à la réalité, et les barreaux redevinrent des rideaux – épais, mais de simples rideaux. Etre aimé…

Les yeux écarquillés, il ne voyait pourtant pas devant lui. Pourquoi… Pourquoi aucun de ses vœux ne pouvait s'exaucer ? Il ne pouvait plus être aimé… S'il ne voulait faire souffrir personne.

Ses pensées acceptèrent le fait qu'elles étaient braquées sur Kurogané comme une larme, une seule, lui échappait.

Maman, c'est qui le garçon blond? Pourquoi il est tout seul ?

Il était au moins débarrassé de cet espoir. Ce sale espoir.

Ne t'approche pas de lui mon chéri ! Il est dangereux !

Mais en était il aussi sûr ? Pourquoi continuait il à espérer et apprécier la présence du ninja ? Chérir ses mots, ses grognements même…

C'est comme… C'est comme un monstre !

Espérer encore. Pour rien. Espérer de lui… Quoi ?

Monstre…

Noyé de mots et d'incohérence, il se détourna en soupirant. Quelques minutes plus tard, il avait trouvé un nouveau crayon à défaut de taille crayon, et après avoir gribouillé un peu sans y penser, il alla se réfugier sur la seule chose qui différenciait cette prison de l'autre : le lit.

Le sommeil qui l'emporta fut profond.

--

Quand Kurogané revint, ce fut silencieusement chargé de remords et d'une assiette dans chaque main – initialement une entre les dents pour tourner la clé dans la serrure.

Malgré sa fierté de ninja indépendant, il se demandait comment le magicien allait l'accueillir, après la manière dont il l'avait abandonné seul avec lui-même. Il soupira presque avec exaspération en ouvrant doucement la porte. Après tout, ils étaient coincés dans un village d'abrutis pyromanes prêts à enfumer quiconque leur déplaisait, sans aucune nouvelle des gosses et de la peluche depuis qu'ils avaient débarqué dans ce nouveau monde. Il y avait bien de quoi avoir les nerfs à fleur de peau non ?

Non. Kurogané se frappa mentalement. Fye était dans la même situation que lui, voire même pire puisqu'il ne pouvait même pas se montrer. Il n'avait par conséquent pas à subir les coups d'humeur du brun quand il subissait déjà la haine des villageois et l'isolement. Aussi Kurogané, maintenant calmé, s'en voulait énormément, et à sa grande gêne, cherchait ses mots pour pouvoir… S'excuser auprès du magicien.

Néanmoins, le grand ninja se sentit assez soulagé de trouver ce dernier endormi sur le grand lit de la chambre. Au moins ça lui laissait le temps de chercher comment s'expliquer. Ou s'excuser. Même si, en voyant la chambre fermée, il était aisé de deviner que sortir Fye de là suffirait à gagner sa gratitude éternelle…

Ne sachant pas très bien quoi faire de ses assiettes dans l'immédiat, il finit tout de même par les poser sur la table, pour s'affaler ensuite sur une chaise et allumer une bougie – le tout sans bruit. Il se frotta les tempes un instant, reconsidérant la journée qui venait de s'écouler. Sortir n'avait pas plus fait avancer les choses, et le brun n'avait toujours pas la moindre idée de ce qu'il conviendrait de faire.

Lui et Fye ne possédaient pas beaucoup d'argent, et vu la suspicion des villageois, n'avaient pas vraiment la possibilité d'en gagner. De ce fait, quitter ce maudit village pour partir à l'aveuglette à la recherche des gamins et du manjuu – puisse-t-il ne rien leur être arrivé à ces trois là – ne paraissait pas être la meilleure chose à faire.

Il émit un grognement frustré dans ses réflexions. Rester sur place était pour l'instant le plus prudent, mais pas le plus efficace ; voilà deux jours qu'ils étaient là, et il n'avait rien appris de nouveau sur la possibilité qu'une petite princesse, un jeune garçon et une peluche aux oreilles de lapin blanche traîneraient dans les parages. C'était à s'arracher les cheveux devant les habitants de cette région déprimante.

Son regard s'attarda sur la silhouette du magicien. Il dormait toujours, son visage enfoui dans l'oreiller comme il en avait l'habitude. Kurogané avait toujours associé cette position à celle de quelqu'un qui s'effondre sur son lit pour éclater en sanglots, aussi ne réprimait il jamais une réaction de panique, vite réprimée cependant, en apercevant Fye dormir ainsi. A vrai dire, de son sommeil, tout profond qu'il était, n'émanait jamais cette sensation de paix habituelle.

Perdu dans de nouvelles réflexions en fixant le blond, il s'interrogea sur cette panique qui le prenait sans raison. Qu'est ce qu'il pouvait bien craindre ainsi ? Voir Fye en train de pleurer ?

Fye pleurer…

Le ninja n'avait jamais assisté à une telle scène, bien qu'il se doutât que le magicien ravalait fermement ses pleurs, une trop grande tristesse se lisant toujours dans ses yeux et par-dessus son sourire. Mais Kurogané haussa les sourcils. Il venait de se rendre compte qu'il n'était pas très certain de ce qu'il ferait ou serait capable de faire si un jour il voyait Fye… Pleurer.

Alors soudain, la vue de ce dernier face cachée contre l'oreiller lui parut étrangement insoutenable, et, ne trouvant pas de meilleur prétexte, il se leva dans l'intention de le réveiller avant que ce qu'il avait monté ne refroidisse.

Et marcha sur des feuilles éparpillées par terre.

Surpris, il se baissa pour en ramasser quelques unes, en se demandant pourquoi Fye avait jeté par terre les dessins qu'il avait faits. Après tout, il avait passé son temps à ça… Dessiner, gardé silencieux par le problème d'une communication laborieuse entre eux deux.

Il en profita alors pour jeter un œil curieux sur ce qui avait occupé le blond pendant tout ce temps, et ne tarda pas à reconnaître en effet le trait fin et habile de son compagnon. Tandis qu'il observait un simple croquis de la chambre, il sourit légèrement. Fye était réellement doué. Le réalisme à la fois simple et élaboré de ses traits donnait l'impression de tenir un monde entre ses mains… Prenant alors une dimension presque gênante pour le spectateur.

Le ninja prit une autre feuille, et cette fois resta en arrêt.

Celle-ci était recouverte d'inscriptions fébriles, d'un alphabet que Kurogané ne connaissait pas mais reconnut comme étant celui de Fye. Mais ce n'était pas vraiment ce qui avait le plus retenu son attention ; au centre de la feuille, une espèce de haute fenêtre était représentée, presque semblable à celle de la chambre à ceci près qu'elle n'avait pas de rideaux, mais… Des barreaux. Le dessin était sombre, comme si la pièce représentée était quasi-plongée dans l'ombre.

Intrigué, le brun regarda les autres feuilles, mais il les survola en voyant qu'il n'y avait plus que de simples croquis et portraits souvent inachevés. Quand la dernière retint à nouveau son attention.

Un enfant était dessiné cette fois, recroquevillé sur lui-même, ses longs cheveux clairs lui recouvrant le visage que Fye avait violemment raturé, de sorte qu'il était impossible de le reconnaître. Mais ce qui avait surtout étonné le ninja, c'était les kanjis tracés avec l'extrême application d'un désespoir qui ne dure que trop, juste à côté.

Monstre.

Un mot que Fye avait dû apprendre comme d'autres.

Son regard se détourna de la feuille pour aller se poser sur Fye lui-même, qui se réveillait doucement…

--

Fye ouvrit lentement les yeux, prenant peu à peu conscience qu'il n'était plus seul dans la chambre. Certain d'avance qu'il s'agissait de Kurogané, il prit le temps de se relever et de préparer son sourire, avant d'ouvrir les yeux pour faire face au ninja.

Mais son sourire se défit à l'instant où il aperçut ce même ninja, des feuilles de papier dans les mains, et regard ardent braqué sur lui.

LES feuilles.

Il ne fallut que quelques secondes à Fye pour réagir, par pur instinct, et Kurogané ne fit aucun mouvement lorsqu'il lui arracha les feuilles des mains. Et quand ensuite il se tint, gêné, devant lui, sans plus savoir quoi faire ni comment expliquer son geste avec des mots japonais, esquissant tant bien que mal un sourire de sauvegarde, le brun se contenta de garder posés sur lui ses yeux de feux encore un court instant qu'il brisa en se détournant vers la table.

Alors seulement le jeune magicien remarqua les deux assiettes sur ladite table, à laquelle Kurogané s'était assis, suggérant à son compagnon de faire de même. Ce qu'il fit, mais non sans plier les feuilles et les poser discrètement dans un coin auparavant, tout en perfectionnant son sourire.

En se retrouvant face à son assiette, Fye se rendit compte qu'il était affamé, et l'odeur qui s'en dégageait n'était pas pour déplaire. Mais lorsqu'il tendit la main pour attraper des couverts, il découvrit avec horreur… Que c'était des baguettes…

Evidemment, il fallait s'en douter. Face à ces deux stupides bâtons qu'il ne savait absolument pas maîtriser, Fye sentit ce qu'il lui restait de moral vaciller. Jetant un coup d'œil furtif au ninja pour s'assurer que celui-ci n'avait pas remarqué son embarras d'ordre pratique, il revint à son assiette et ses baguettes et serra ses dernières dans sa main d'un air décidé – mais surtout affamé.

Malheureusement, la faim ne faisait pas faire de miracle… Et sa première tentative pour attraper un de ces beignets fut un échec complet, qui fit tomber plusieurs grains de riz de l'assiette sous le regard sûrement atterré du ninja – mangeant par ailleurs sans problème. Mais le blond ne releva pas la tête, et essaya de rire. A voir l'état de son assiette, on croirait qu'il ne savait pas manger !

Enfin, il fallait voir le bon côté des choses : cette opération alimentation aux baguettes l'obligeait à se concentrer sur son assiette, et à oublier l'étouffement qu'il ressentait dans ce silence et cette pénombre malgré la bougie. En souriant à s'en faire mal, il s'amusait tant bien que mal à se répéter que l'on pouvait guérir de tout. Même de la claustrophobie. Mais oui. On pouvait même manger avec des baguettes. Kurogané y parvenait impeccablement après tout, donc c'était possible.

- Fye.

L'interpellé releva la tête de son assiette, surpris que ledit ninja brise le silence.

- Oui ?

Mais en voyant que les deux yeux rouges le fixaient intensément, il fut pris de malaise en se rappelant des dessins. Voulait il lui parler de ça ? Lui demander des explications ? Que pourrait il bien lui dire, sur ces gribouillis réalisés dans un moment d'incarcération à rendre fou… Après tout son japonais était encore laborieux, il pouvait prétendre ne pas trouver ses mots…

- Je suis désolé.
- Quoi ?

Fye oublia un instant ses baguettes devant le sérieux du ninja.

- Je suis désolé, répéta ce dernier avec insistance. Pour tout à l'heure. Je n'aurais pas dû partir comme ça.

Cette fois, après les quelques secondes nécessaires à la compréhension des mots étrangers de Kurogané, le blond revint à peu près de sa surprise – mais pas complètement. Kurogané, s'excuser ? Ce n'était vraiment, vraiment pas son genre. Fye le dévisagea dubitativement, pas réellement convaincu. Il n'avait même pas imaginé une seule seconde des excuses… Généralement, le ninja ne s'attardait pas vraiment sur ce genre de considérations. Alors, pourquoi maintenant ?

- Qu'est ce que t'as ? grommela le brun, gêné par le silence observateur du magicien. T'as compris ce que j'ai dit non ?

Fye hocha doucement la tête, et essaya de sourire légèrement. Mais l'idée que ce soit la pitié qui ait pu pousser Kurogané à s'excuser pour un comportement agressif envers lui germait peu à peu dans son esprit… Et cela lui serra le cœur. La pitié... Mais oui, bien sûr, il avait pitié de cette pauvre petite chose pitoyable qu'il était… Kurogané… Pas lui… Pas le moindre sentiment envers lui, ni négatif ni positif, rien, juste de l'indifférence… Si cela pouvait être possible… Ce serait tellement moins douloureux.

- Bon, soupira le ninja, coupant court aux réflexions fatiguées et égarées du magicien, c'est pas grave, mange.

Ces quelques mots rappelèrent sa faim au blond, qui força avec application ses pensées sur ses baguettes. Juste les baguettes. Rien que les baguettes – quelque chose de dur, de vrai, de concret. Un rappel à la réalité, quelle qu'elle soit.

Renonçant pour ce soir à essayer de se servir normalement de ces dernières, il reprit sa bonne vieille méthode, et piqua un beignet avec les deux morceaux de bois, à la manière d'un couteau. Satisfait, il porta sa récolte à la bouche. Comme quoi, on pouvait faire de tout avec n'importe…

- Hé ? Fye ?

- Quoi, le gamin blond là ? On l'a sorti de prison ?
- Oui, il est probable qu'il devienne le nouveau Mage Royal !
- Hé ! Comme quoi, on peut faire de tout avec n'importe quoi !

Fye se secoua brusquement. Qu'est ce qu'il lui arrivait ? C'était l'isolement qui le rendait aussi… Brouillon dans sa tête ? Son regard azur croisa deux yeux feu fortement interrogateurs, et il remarqua qu'il avait perdu son beignet. Décidemment…

Il essaya de reprendre la manœuvre, mais il se rendit compte que sa main tremblait légèrement. Il devenait fou. Ce n'était plus possible. S'il restait encore enfermé ainsi, il allait craquer. Son masque… Son abri… Tout allait se briser… Et devant Kurogané.

Non.

Il ne fallait pas. Il devait… Juste tenir. Il inspira le plus calmement possible comme pour effacer les images et les paroles qui venaient encore se brouiller dans sa tête.

Je ne sais pas si on peut lui faire confiance… Il n'a pas l'air de savoir se maîtriser.

- Fye ! Tu m'écoutes ?

Il sursauta violemment.

- K… Kuro-chan ? bredouilla-t-il en reportant son attention sur celui-ci.
- Qu'est ce qui t'arrive ? T'es plus blanc que jamais.
- Oh r… Rien, je suis encore fatigué. Je pense que…
- Tu devrais manger.

Fye posa son regard sur les baguettes. Ce n'était peut-être pas la peine d'insister pour ce soir, son assiette semblait déjà avoir été rasée par un raz-de-marée.

- Non, je n'ai pas faim, répondit il alors. Je vais me coucher. Bonne nuit Kuro-pon.

Et il se leva sans attendre pour se diriger vers le lit, reprendre la place qu'il avait quittée semble-t-il à tort quelques minutes auparavant.

Il venait à peine de s'y asseoir que le bruit d'une chaise que l'on repousse lui fit à nouveau reporter son attention vers la table, et sans qu'il comprenne d'où et pourquoi, Kurogané était déjà assis à côté de lui, son assiette à la main.

- T'as rien mangé de la journée, idiot, grogna-t-il.

Et sous l'air ébahi de Fye, il prit habilement un beignet entre ses baguettes pour l'amener à la bouche de celui-ci.

--

Le silence n'avait été qu'à peine troublé, mais cela suffit pour faire s'ouvrir deux yeux rouges vigilants dans l'obscurité de la chambre.

Kurogané tendit tout d'abord l'oreille, sans bouger encore. C'était bien ça. Un gémissement étouffé l'avait réveillé. Son sang se glaça presque dans ses veines. Fye. Le magicien à qui il tournait le dos dans le grand lit qu'ils avaient été obligés de partager s'agitait légèrement entre les draps, emportant même les couvertures avec lui, mais le ninja n'y faisait plus attention.

Lentement, celui-ci se redressa pour jeter un œil vers le blond. Il était toujours couché sur le ventre, mais sa tête posée de côté sur l'oreiller laissait pour une fois entrevoir une partie de son visage. Quelques mèches blondes y retombaient, et pourtant Kurogané pouvait certifier à sa respiration et à ses yeux fermés que Fye dormait.

Pas réellement en paix cependant. Ses mains serraient l'oreiller, et en se penchant dans l'obscurité, Kurogané se rendit compte que son visage était crispé, et qu'il transpirait légèrement.

- A… Ar bith…

Le brun écarquilla les yeux en entendant le bredouillement de son compagnon, toujours endormi. Visiblement, il faisait un cauchemar… Mais Kurogané ne pouvait pas comprendre ses mots. Il ne pouvait qu'en saisir l'émotion et l'angoisse qui en émanaient, et cela lui suffit pour se demander s'il valait mieux qu'il réveille ou non le blond.

- Le… Le do thoil… Aonarach…

Fye commença alors à s'agiter. Les couvertures s'empêtrèrent entre ses jambes comme il se retournait sans cesser de gémir, prier, appeler dans un langage que Kurogané ne pouvait comprendre. Ce dernier tenta de le calmer, sans le réveiller brusquement, et posa une main sur son épaule, l'empêchant ainsi de trop s'agiter sans le bloquer.

- ça va, Fye, murmura-t-il sur le ton le plus rassurant qu'il puisse émettre. Ça va aller.
- Gn… Arracht…

Ce dernier mot frappa Kurogané.

Arracht…

- Ne, Kuro-chan, comment on les appelle ?
- De quoi, ces monstres ? Tu crois que c'est le moment de faire un cours de langue quand on est encerclés par une dizaine de bestioles qui veulent nous bouffer ?
- Nani ? Monstres ? Ce sont des « monstres » Kuro-pon ?
- Raah, mais oui ! Des monstres, des créatures qui ne sont pas humaines, qui font peur en général ! Ça va là, tu comprends ?
- Monstre… Oui Kuro-chan, merci !
- Bon, tu vas peut-être penser à te défendre alors. Que… ATTENTION A DROITE IDIOT !
- Tu parles trop vite Kuro-pipi !
- C'EST PAS LE MOMENT DE DISCUTER ! T'AS FAILLI CREVER ABRUTI !
- Mh… Tu sais, Kuro-rin, si j'ai bien compris ce que ça veut dire, « monstre » chez moi, on dit « Arracht ».

Arracht…

Instantanément, Kurogané repensa aux dessins que Fye ne souhaitait visiblement pas qu'il voie. Monstre. Pourquoi ce mot hantait-il le magicien ? Est-ce que ça avait un rapport avec les insultes que lui avaient gracieusement offert les villageois en s'apercevant qu'en plus d'être blond il était magicien ? Le ninja resta perplexe, et écarta pensivement quelques mèches blondes du beau visage étrangement crispé de Fye.

A dire vrai, ce dernier ne s'était pas montré particulièrement en forme depuis, même son faux sourire habituellement sans faille vacillait. Bon, il était normal de ne pas avoir le moral au beau fixe en étant obligé de s'enfermer et de se cacher de la lumière du jour, mais ce n'était pas réellement la première fois qu'ils devaient rester cachés quelques temps dans un endroit peu agréable… Quoique…

Kurogané regarda tour à tour les rideaux fermés et le visage du magicien qui, après s'être vaguement calmé, s'agitait à nouveau. Fye devait vraiment péter un plomb là dedans. Le ninja était resté les trois quarts du temps à ses côtés, mais cela ne suffisait vraisemblablement pas ; Fye se refusait à parler de ses problèmes, quitte à s'étouffer avec.

Et c'était sûrement ce qui allait arriver s'il ne pouvait pas sortir à l'air libre et prendre à nouveau un peu de distance.

- Fye… appela-t-il doucement.

Il considéra, songeur, le visage plus que troublé du blond, et le frôla très légèrement de sa main… A peine, juste pour sentir le contact de sa peau, sentir qu'il était bien là et qu'il était le seul à rêver. Mais Kurogané avait du mal à comprendre. Du mal à interpréter les sentiments qui naissaient en lui suite à ces réflexions ; colère, doute, peine… Et douleur.

Et quand Fye se mit à crier dans son sommeil, il comprit qu'il était déjà plus que lié au magicien, jusqu'à ne pas supporter la douleur de l'autre, et il l'appela plus fort en le secouant pour le réveiller. N'importe quoi, mais qu'il se réveille et voie qu'il ne risquait rien… Avec lui.

--

- Fye ! FYE !

Il entendait son nom résonner dans sa tête, dans son esprit, et même dans son corps. Il était perdu, entre des milliers de voix et de visages qui l'encerclaient. Il ne pouvait pas se cacher, nulle part, il n'y avait plus d'abri, et les accusations le rendaient fou.

- FYE !

Le trou noir dans lequel il se trouvait lui parut brusquement moins immense en reconnaissant la voix.

- Kurogané ?

Il se tourna et se retourna, mais il ne voyait toujours que du noir, tandis que les autres voix semblaient s'éloigner. Kurogané… Où était il, pourquoi ? S'il devait mourir, s'il devait partir un jour, même si son vœu n'était pas exaucé et s'il ne l'aimait pas, lui l'aimerait… Parce qu'il ne pouvait rien contre ça.

Quel que soit le monde, quels que soient les risques, il prendrait tout sur lui parce que le simple fait de l'entendre, l'appeler, l'imaginer, le voir… Lui donnait une raison d'avoir été là. Vivant.

Mais humain signifie digne d'amour.

Soudain, il eut l'impression de tomber, tomber vers les voix – celles qui répétaient sur tous les tons ces reproches et ces insultes si horriblement indéniables.

Monstre.

Il cria, et même s'il ne s'entendit pas, il su qu'il appelait Kurogané.

- Fye !

Brusquement, il prit conscience que ses yeux étaient fermés, qu'il était dans un lit et que des mains le tenaient fermement par les épaules.

- Fye !

Il les ouvrit, et il aperçut celui qu'il cherchait.

- K… Kuro-chan… murmura-t-il.

Le ninja l'observait, un profond soulagement se lisant clairement sur son visage. Il était assis à ses côtés, et ses mains ne quittèrent pas ses épaules tandis qu'il ouvrait la bouche pour dire quelques mots.

Mots que le magicien ne comprit pas. Son propre soulagement laissant soudain place à de la stupeur, il se rappela que lui et Kurogané n'avaient pas la même langue, et que le Japonais lui était encore difficile. L'incompréhension totale dans laquelle il se trouvait dans la pénombre, la barrière qui s'était marquée entre lui et le brun lui sautèrent aux yeux.

Et ce fut de trop.

Des larmes humidifièrent ses yeux écarquillés, et il les sentit inconsciemment couler sur ses joues, avant d'éclater en sanglot et de s'accrocher avec détresse au ninja.

Il ne savait plus ce qu'il faisait, tout s'effondrait et il ne pouvait pas retenir le moindre sanglot, s'agrippant autant que possible à Kurogané, et se mordant les lèvres à en saigner. Plus, il n'en pouvait plus.

Il avait craqué. Et bien qu'il ne puisse rien y faire, il le regrettait amèrement.

Quand deux bras forts répondirent à son étreinte. Le brun, étant resté de marbre, comme pétrifié, jusque là, prit Fye dans ses bras pour le serrer sans compter contre lui. Ce geste surprit tellement ce dernier que pendant un bref instant, ses larmes coulèrent moins nombreuses et en silence.

- Kuro… Chan… articula-t-il d'une voix étranglée.
- ça va, j'suis là, répondit le ninja d'une voix bourrue, témoignant de son embarras. Laisse toi aller, si tu en as besoin.

Mais Fye se redressa légèrement, pour l'observer à travers ses yeux humides. Il resta silencieux en lisant l'inquiétude visible sur le visage pourtant – presque – comme d'habitude de son compagnon, même lorsqu'une large main vint se poser délicatement sur son visage, essuyant quelques larmes au passage.

Kurogané soupira.

- Tu disais que pleurer quand on en a besoin pouvait être une force, dit il. C'est sûrement vrai… Mais te voir pleurer m'affaiblit moi, tout de même.

Ces mots firent sourire le blond à travers ses larmes qui ne coulaient plus.

- Tu ne devrais pas… T'affaiblir pour les larmes d'une créature qui fait peur, articula-t-il péniblement.
- Monstre, hein ? Quelle connerie…
- Tu ne sais pas ce que je peux faire, Kuro-chan...

Fye baissa les yeux, alors que Kurogané reprenait, la colère grondant sous sa voix :

- Non Fye, je ne sais pas tout ce que tu peux faire, mais je sais ce que JE peux faire. Je ne connais pas non plus ta langue, mais je l'apprendrai, et tu perfectionneras ton japonais, ce qui te connaissant devrait aller vite. – Il passa sa main sous le menton du magicien pour le forcer à soutenir son regard. – Alors ne t'imagines pas que je laisserai quoique ce soit nous séparer. Pas même les mots des autres !

Puis sans attendre de réponse, il se leva, et sous l'air stupéfié, presque horrifié de Fye, il écarta brusquement les rideaux. Le matin se levait à peine au-dehors, et pourtant la légère lueur suffit à éblouir le blond, qui s'en protégea de ses bras.

Mais cette surprise ne dura pas. Kurogané le saisit par le bras et l'entraîna vers la porte.

- Ku… Kuro-chan, où va-t-on ?
- Dehors.
- Mais… Les villageois… !
- Au diable les villageois, ils vont définitivement entendre ma façon de penser.

Et comme le ninja l'entraînait vers les escaliers, Fye se prit à sourire… Légèrement… Puis de plus en plus. Une dernière larme perlait encore au coin de son œil gauche. Et quand il dégagea brusquement son bras, Kurogané se retourna vers lui… Suffisamment pour que Fye lui saute dans les bras, l'étreignant comme il n'avait jamais étreint personne.

- Ben… ça a l'air d'aller mieux, marmonna le brun, sa gêne marquant de rouge ses joues tandis qu'il passait ses bras autour de la taille de Fye.
- Kuro-pon… fit ce dernier sans répondre, sa tête posée sur l'épaule du ninja. T'as peut-être raison… Si j'étais un monstre, je ne pourrais pas t'aimer.

Humain signifie digne d'aimer.

Et en sentant Kurogané l'embrasser, Fye se dit qu'il était définitivement prêt à défendre cet amour jusqu'à la fin… Quelle qu'elle soit.

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Chansons écoutées pendant la réalisation de ce trop long OS :

. Forgiven – Within temptation
. The Cross – Within temptation
. All I need – Within temptation
. Sos - Abba

(note : j'y connais rien en kanji mais c'est pas grave x3 Et j'ai encore utilisé du gaëlique pour Fye – juste pour dire que j'ai rien inventé :3)

(note2 : il m'aura fait suer ce chapitre. Surtout pour le terminer en un temps record – sisi, je l'avais promis pour hier soir. J'espère vraiment qu'il vous plaira au moins…)

XxX RàR XxX

Martelca : et ça me fait vraiment plaisir que tu aimes! Le snow est en effet un thème choisi sans innocence x3 Et tu te doutes sûrement que je comprends parfaitement le point de vue de Kurogané ! J'ai pensé à lui et Fye souvent, chaque fois que mes fesses rencontraient inévitablement une énième plaque de verglas… Voilà au moins un One qui m'aura fait souffrir ! J'me suis cassée le cul pour çui là x3

Zoro-kun : Merci :3 Le coup de la métaphore, je n'ai aucun mérite, j'avoue. Quand on tombe toutes les 10 secondes et qu'on possède un certain cynisme naturel tout en apprenant avec des potes qui se démerdent comme Fye, on développe une certaine habileté à faire métaphores sur métaphores, vannes et comparaisons subtiles. D'ailleurs, je vous ai évité la question existentielle principale de mon séjour montagnard : a-t-on la même douleur aux fesses quand on se fait enc… ?(j'en connais qui vont me sauter dessus pour un lemon…)

Mystala : Pauvre KuroKuro, j'ai reporté ma frustration sur lui :3 Mais c'est vrai que c'est tellement délectable de le faire tomber lui aussi… /se planque dans un bunker/ Contente de voir que je ne te déçois pas ! Merci pour ta review :3 (plus qu'un /fière/ )

Sanji-kun : C'est… C'est vrai ?? Fanfikeuse préférée /en pleure/ TT Merciii tu peux pas savoir comme ça me fait plaisir (l) Tout ça grâce à Kurowanko qui se ramasse sur les fesses et Fye qui surfe comme un dieu (l) (pauvre seme x3) Encore merci :3 Je suis d'accord concernant Fye : habile comme il est, il ne peut qu'être un dieu du snowboard. (lui TT)

Maeve Fantaisie : décidemment, les fangirls sont de vraies sadiques :3 (moi la première mais bon) L'image de Kurokuro se cassant la gueule lamentablement vous délecte toutes x3 Pauvre seme, il a du soucis à se faire uhuhu. Je suis heureuse de ne toujours pas te décevoir avec mes fics mamselle :3 Et c'est bien vrai : Heureusement que Kuro-chan est là pour Fyefye :3

Irissia87 : mdr je le savais que l'image de Kuro-chan perpétuellement cul par terre vous faisait toutes fantasmer ! x3 Pour celle de Fye qui tombe dans les bras du ninja, je suis tout aussi d'accord uhu. J'aurais bien voulu avoir un Fye pour me sauter dessus moi aussi. Mais j'avais que mes potes pour me regarder d'un air inquiet du style « ça y est elle craque, elle va nous bouffer ». La planète manque de Fye. Merci pour ta nouvelle review miss, ça me fait plaisir que tu apprécies mon « travail » :3

Mylène : bien d'accord, il faut tomber de temps en temps :3 Et puis je sais plus qui disait « ce qui fait notre grandeur n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever après être tombé ». /se la pète/ M'enfin, ça dépend de la chute quand même uh.

(et puis pauvre planche, pauvre planche… Elle a que ce qu'elle mérite, la planche du diable x3) Merci à toi pour ta review !

Na Shao : vraiment heureuse de te plaire :3 Mais tout ça, c'est grâce à Kuro-wan et Fye – un couple formidable Merci beaucoup !

Gody : Bien sûr que je continue :3 Il reste encore un chapitre et la boucle est bouclée ! Merci !

Poiro : Mon style s'améliore ? Exactement l'effet désiré, enfin TT Merci beaucoup ! J'avoue que j'ai un faible aussi pour ce chapitre 8, mais ce doit être à cause du vécu. On s'attache :3
Je vois très bien ce que tu veux dire pour la profondeur, et c'est un peu ce que j'ai cherché à creuser encore dans ce 9ème chapitre. Quant à savoir si c'est réussi, euh… Qui ne tente rien n'a rien mh x3 Bref, merci encore ! (et vive le fluff qui met de bonne humeur :3 Faudra que j'essaie de faire un truc déprimant sans chialer toute seule devant mon pc un jour…)