- Arthur, appela Charles Bass en appuyant sur le bouton qui commandait la descente de la vitre teintée qui séparait le chauffeur des occupants de la limousine.

- Je l'ai vue, Monsieur, répondit ce dernier en relevant le pied et en se plaçant sur le bas côté, de manière à pouvoir rouler au pas, à sa hauteur.

- Blair, cria cette fois le jeune homme en ouvrant la vitre électrique teintée qui le protégeait de l'extérieur.

Sa femme ne daigna même pas reconnaître la présence du long véhicule noir, qui pourtant, ne pouvait pas passer inaperçu dans les rues enneigées de Manhattan.

Elle cligna des paupières pour empêcher une larme de rouler sur sa joue et redressa les épaules, s'accrochant à son sac Prada - qui vibrait désespérément de l'intérieur au son de son i-phone - pour éviter de glisser sur la poudreuse qui revêtait l'asphalte ce matin.

Elle aurait souhaité accélérer l'allure mais elle n'avait aucune intention de gratifier les passants du spectacle de Blair Waldorf Bass se vautrant sur le macadam. Elle était déjà assez humiliée comme ça, elle tenait à ce qui lui restait de fierté.

- Blair, répéta encore une fois son mari, avant d'étouffer un soupire.

Elle n'allait pas lui faciliter la tâche !

Quand l'avait-elle jamais fait ?

- Arthur, arrêtez-vous, ordonna-t-il à l'homme en livrée qui opina de la casquette en signe d'obéissance.

La limousine se gara le long de la chaussée et Chuck en sortit pour rejoindre sa femme en quatre enjambées.

Forcément, il ne pouvait que gagner, rumina-t-elle, du haut des talons de huit centimètres de ses bottines Valentino.

- Blair, l'admonesta-t-il encore, l'agrippant par le coude pour l'obliger à se stopper ... au moins à ralentir.

- Quoi ? hurla-t-elle, s'arrêtant net pour lui faire face.

C'est lui qui faillit bien glisser et se retrouver les quatre fers en l'air.

- Tu vas monter dans cette voiture, indiqua-t-il en pointant le véhicule de l'index.

- Non, s'entêta-t-elle, croisant les bras sur sa poitrine, le défiant de l'y faire entrer de force.

- Blair, plaida-t-il d'un ton plus doux.

Il ignorait qu'elle mouche l'avait piquée exactement chez Bendel mais il imaginait que ça devait avoir attrait à la petite poule qui avait laissé le rideau de la cabine d'essayage entre-ouvert, à dessin, pendant qu'elle enfilait une robe noire moulante.

Qu'aurait-il pu faire d'autre que de jeter un œil ? Il était Chuck Bass !

- Blair, s'il te plaît, tenta-t-il encore en déboutonnant son loden bleu foncé Yves Saint Laurent.

Il le posa sur les épaules de son épouse, par dessus son manteau Dior.

- Il fait à peine six degrés. Tu vas attraper froid, pense au bébé.

Il prit ses mains glacées et les frictionna doucement pour les réchauffer dans les siennes.

Elle roula les yeux au ciel devant son attitude protectrice, même si elle devait admettre intérieurement que la sensation de sa peau sur la sienne lui faisait du bien. Elle n'avait même pas pris le temps de remettre ses gants. Elle était sortie du magasin comme une furie, trop embarrassée et furieuse à la fois par ce qu'elle venait de constater de visu pour la énième fois depuis ces dernières semaines.

Elle accepta finalement de grimper dans le véhicule après plusieurs minutes – pendant lesquelles ils étaient restés plantés là, chacun d'eux refusant de s'avouer vaincu - quand elle vit sa lèvre inférieure tremblée de froid.

- Ok, concéda-t-elle finalement.

- Bien, souffla-t-il de soulagement, l'entraînant déjà vers la portière qu'Arthur se tenait prêt à ouvrir, grelottant dans son uniforme lui aussi.

Non pas qu'aucun de ses employeurs n'y accorde la moindre attention !

Lorsqu'elle pénétra dans l'habitacle, elle fut accueillie par la chaleur de la ventilation qui l'enveloppa immédiatement.

Elle s'engonça dans le siège en cuir à l'extrémité de la banquette et tourna délibérément son regard vers la chaussée, dégagée, mais toujours saupoudrée d'un fin duvet blanc ou patinait quelque peu le trafic new-yorkais.

- Écoute, je suis désolé pour ce qui s'est passé, entama-t-il en s'approchant du plus près qu'il le pouvait, tout en évaluant les risques qu'il prenait à s'aventurer de son côté.

Elle releva son visage vers lui l'espace d'une seconde et écarquilla les yeux de surprise et de honte.

C'était encore pire que ce qu'elle croyait, il avait été témoin de toute la scène !

Bien entendu ! Elle aurait dû s'en douter ! Il ne pouvait résister à la tentation de lorgner dans les cabines d'essayage !

Elle détourna à nouveau précipitamment la tête, refusant obstinément de lui faire face.

Le smartphone de Chuck tintinnabula et il décrocha à contre cœur, estimant que ça lui octroierait un peu de répit avant que la foudre ne s'abatte sur lui.

- Bass, grogna-t-il dans le combiné sans même vérifier l'identifiant.

- Monsieur Bass, entendit-il bafouiller une voix fluette et effrayée à l'autre bout de la ligne.

Il fronça les sourcils.

- Ici, Wendy, l'assistante vendeuse du rayon femme chez Bendel. Je .. J'ai essayé de joindre votre femme, mais elle ne décroche pas. Non pas qu'elle soit obliger de répondre bien évidement, ajouta rapidement la jeune fille qui priait pour ne pas perdre son emploi. Je ... Je tenais à m'excuser ... pour l'incident. Je ... je peux vous garantir que ça ne se reproduira plus. Madame Bass a raison ... la robe est certainement mal étiquetée ... et je vais la renvoyer à l'atelier pour la faire ajuster à la bonne taille. Si ... si elle veut bien repasser la semaine prochaine ... pour venir la réessayer ...

- Oui, faites donc ça ! répondit Chuck avant de raccrocher sans plus de cérémonie.

Un poids venait de s'envoler de sa poitrine. Il n'était donc pas responsable de l'état dans lequel se trouvait Blair.

Il glissa cette fois tout contre elle le long de la banquette.

- Tu es magnifique, murmura-t-il à son oreille.

Elle se raidit à la sensation de son souffle dans son cou et enfonça rageusement ses ongles dans le haut de sa cuisse.

Il grimaça. Trop près !

- Cesse de mentir, cracha-t-elle en se dégageant de son étreinte naissante.

Il avait sous estimé sa réaction à son encontre même s'il n'était pour rien dans la tragédie qui avait eu lieu au salon d'essayage.

- Taille quatre ! éructa-t-elle, au bord des larmes à nouveau. Taille quatre ! Comment est-ce seulement possible en à peine trois mois ?

Elle ne voulait même pas penser aux chiffres qu'affichait sa balance !

Elle avait tenté de les ignorer de son mieux au fil des dernières semaines, même lorsque la fermeture éclaire de la robe avait refuser de se fermer.

Elle avait continué à nier, prétextant que l'étiquette qui portait un 4 était certainement erronée. Elle ne portait que du 2. Elle était même descendue au 1 pendant sa période d'anorexie.

Elle avait traité la vendeuse d'incompétente et avait menacé de la faire renvoyer si elle ne parvenait pas à remonter cette maudite tirette.

Mais rien n'avait pu y faire et elle avait été bien obligée de faire face à la dure réalité.

Elle s'était alors ruée hors de la cabine et de l'enseigne en à peine quelques minutes, laissant Chuck, totalement perplexe, régler les achats qu'il avait choisi pour lui-même.

- Blair ... tu es enceinte, soupira-t-il.

- Et à qui la faute, hein ? vociféra-t-elle à son encontre.

Il la regarda, bouche bée, interloqué par sa vindicative.

Il se rappelait parfaitement d'un soir, dans cette même limo. « Fais-moi un bébé » avait-elle susurré.

Elle se mordit la langue en voyant toute couleur quitter son visage.

- Blâme-moi, si tu veux, répondit-il, carrant la mâchoire.

- Je suis vraiment horrible, conclut-elle en posant sa main sur la sienne, toute anxiété concernant son physique oubliée en cet instant.

- Non, tu es la plus belle femme que la terre aie jamais portée, énonça-t-il comme un simple fait. Et tu portes mon fils ! Crois-tu qu'un Bass se contente jamais de passer inaperçu ?

- De toutes évidences, non, répondit-elle avec un début de sourire, soulagée qu'il ne lui tienne pas rigueur de sa mauvaise foi et qu'il apprécie toujours ses formes, plus généreuses sans aucun conteste.

Plusieurs secondes passèrent dans le silence, chacun absorbé dans ses propres pensées.

Elle pouvait assumer quelques kilos en plus si c'était pour le bien-être de leur bébé. Tant pis pour sa ligne. Elle développerait une gamme de vêtements pour femmes enceintes au sein de Waldorf Design, qui siérait à ravir à son nouveau profil.

- Est-ce que ... tu regrettes ? questionna-t-il finalement, les yeux fixés sur son alliance et la bague Harry Winston, qui avait mis tant de temps avant d'être enfin à son annulaire.

Blair sentit son cœur se fendiller.

- Quoi ? Non, bien sûr que non ! se récria-t-elle.

Elle se pencha vers lui pour l'embrasser sur la joue.

- Je vous aime et je ne voudrais pas ma vie autrement, affirma-t-elle tout en caressant sa pommette, ses prunelles moka rivées au siennes.

Elle vit l'inquiétude se dissiper dans son regard et sa bouche trouva ses lèvres cette fois.

- Moi aussi, je vous aime, déclara-t-il avec force. Et je n'enlèverait pas un seul cailloux du chemin qu'il m'a fallu parcourir pour arriver jusqu'à vous si ça devait remettre en cause ce que nous avons aujourd'hui.

Il l'attira plus près, tout contre lui, et elle posa sa tête dans le creux de son cou, fermant les yeux et se délectant de la proximité de son corps pendant le reste du voyage qui les ramenait à leur demeure.