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Carson Beckett, essoufflé, arriva en vue de l'espèce de construction en dur qui lui servait de laboratoire. Il ralentit le pas et tenta de contrôler sa respiration. Il n'était pas question que Rodney le voit dans cet état. Bon, le scientifique n'allait certainement pas se poser des questions parce que son ami débarquait dans son propre labo avec l'air de quelqu'un qui vient de courir un marathon mais Carson ne voulait pas que le canadien s'imagine qu'il était si pressé de le revoir. Où plutôt si, il l'aurait voulu, en fait il ne savait pas trop bien. Ce dont il était sur, c'était qu'il n'avait pas envie de faire fuir Rodney en lui laissant deviner ses sentiments.

Merde, il était heureux que le scientifique soit là mais en même temps cela voulait dire qu'il devrait continuer à jouer le rôle de l'ami. Et faire attention, s'appliquer à ne pas le toucher, à ne pas laisser échapper quelque parole qui le trahirait.

Carson s'immobilisa, tentant de se composer une attitude. Ah, bravo pour le manque de naturel ! Mais quelle idée il avait eu de s'amouracher du canadien ! Rodney avec son mauvais caractère, son orgueil démesuré, son intelligence particulière, à la fois si tendre, si drôle et si exaspérant…

Mais tellement attachant.

Carson porta malgré lui les doigts à ses lèvres. Cela faisait longtemps maintenant. Est-ce que Rodney avait oublié ce baiser ? Parfois il se plaisait à penser que c'était le scientifique lui-même qui l'avait embrassé et non Laura Cadman mais il finissait toujours par retomber sur terre. De toute façon, il n'avait jamais osé poser la question à Laura.

N'empêche que c'était lors de ce fameux baiser qu'il était irrémédiablement tombé amoureux du scientifique. Il avait toujours été attiré par les hommes et les femmes et jusqu'à maintenant cela ne lui avait jamais posé de problème. Il avait vécu de nombreuses aventures et comme tout le monde il avait eu sa part de déceptions, de chagrins d'amour et de merveilleux moments aussi. Tout cela faisait partie de la vie.

Dans l'ensemble il avait eu de la chance, il en était conscient aussi.

Jusqu'à maintenant.

Depuis de longs mois il cachait ses sentiments à l'intéressé, et aux autres aussi, il l'espérait. Il gardait assez de maîtrise de lui-même pour ne pas laisser échapper de geste ou de parole qui pourraient prêter à confusion mais il commençait à être fatigué de faire semblant.

Peut-être devrait-il demander son transfert sur la Terre et tenter d'oublier ? Il ne s'en sentait guère capable.

En attendant il était aussi proche que possible du scientifique, l'aidant, le soutenant, pansant ses bobos et prêtant une oreille attentive et compatissante à ses plaintes et confidences. Il l'avait réconforté après son échec cuisant sur Doranda et s'était intéressé aux récits de Rodney concernant ses missions sans oublier de compatir aux plaintes de ce dernier quand Sheppard y était allé un peu trop fort dans ses remarques.

Il fallait dire que de ce coté là Carson n'était pas impartial. Il détestait quand le militaire traitait Rodney de haut ce qui arrivait assez souvent. Le médecin se demandait si le militaire ne faisait pas payer au scientifique sa supériorité intellectuelle. Etait-il possible que Sheppard ne se sente pas à la hauteur vis à vis de la formidable intelligence du canadien et en fasse un complexe d'infériorité ? Cela pourrait expliquer son comportement.

Carson soupira. Oui, la situation devenait trop difficile pour lui. Il en avait assez de jouer la comédie, de se contrôler sans arrêt.

Il rêvait de Rodney. Dans ses songes il posait ses mains sur ce corps qu'il n'avait jamais touché qu'avec des gestes professionnels, il caressait la peau pale et douce, la large poitrine aux mamelons qui semblaient si sensibles, les courbes des épaules, le galbe des fesses pleines. Et le plaisir affluait. Il se réveillait généralement en sueur et bien sûr il avait une érection alors il continuait son rêve éveillé, faisant l'amour à Rodney, prenant possession de l'autre corps luisant de transpiration. Carson accompagnait ses désirs par les caresses qu'il se prodiguait, il se masturbait d'abord lentement, imaginant le corps doux qui répondait si bien à ses envies puis finalement dans de derniers coups de reins rapides et brutaux il jouissait en gémissant, murmurant le nom de celui qu'il aimait.

Puis c'était la douche froide. Il se retrouvait seul, le cœur battant, la main gluante de sperme et un sentiment de solitude plus fort que jamais.

Mais ce n'était pas le moment de penser à cela. Qu'est-ce que Rodney était venu faire sur le site Alpha ? Ce n'était pas son genre de quitter son laboratoire hors des missions. Il était déjà surchargé de travail alors il se doutait bien que ce n'était pas pour le plaisir de convoyer du matériel que le scientifique avait débarqué.

Il respira un bon coup et entra.

-Hey, Rodney, quel bon vent vous amène ici ? S'exclama t-il. Je croyais que vous deviez rester sur Atlantis.

-Bonjour Carson, dites donc, je pensais que vous seriez plus heureux de me voir. Je me donne la peine de superviser l'acheminement de tout votre précieux matériel et c'est comme ça que vous m'accueillez, répondit le scientifique d'un air boudeur. Quand je pense que j'ai été obligé de voyager coincé entre deux caisses avec mes problèmes de dos. Je crois que je me suis déplacé quelque chose, c'est certainement grave. Je suis sûr que demain je vais souffrir toute la journée, gémit-il.

-Allons Rodney, répliqua Carson, montrez-moi ça, ce n'est sûrement pas très grave.

Le scientifique souleva son pull en gémissant et se retourna. Le médecin fit courir ses doigts sur le large dos, cherchant le point douloureux.

-Aaah, c'est là ! s'écria Rodney, vous voyez quelque chose ?

-Non Rodney, il n'y a rien là, déclara le médecin en massant doucement la zone douloureuse tout en tentant de refouler des pensées qui n'avaient rien à voir avec le domaine médical. La peau était si douce sous ses doigts. Mmum ! Contrôle toi Carson, se réprimanda t-il, pense à autre chose. Dites, Rodney, est ce que vous savez que Michael s'est enfui ? Il a emmené Teyla avec lui.

-Oui, c'est un soldat que me l'a dit tout à l'heure. Un type susceptible comme c'est pas permis. Il s'est montré vexé parce que j'ai confondu son grade avec un autre. Ah, ces militaires, comme si j'avais le temps de retenir tous les grades de l'armée. Je travaille moi ! S'emballa Rodney.

-Oui, je crois que je l'ai rencontré , il m'avait l'air d'être un bon garçon, vous devriez être plus patient Rodney. Ca va mieux là ? S'enquérit-il en massant un peu plus fort. Il hésita un instant et reprit :

-Dites, Rodney, qu'est-ce que vous en pensez franchement de tout cela ? Vous croyez que nous avons eu tort de vouloir changer la nature du wraith ? Je me demande parfois si je n'ai pas commis une terrible erreur avec ce rétrovirus, souffla t-il.

Le scientifique en oublia son dos et se retourna d'un coup. Il dévisagea son ami. Carson doutait, alors là, il n'en revenait pas. Le médecin avait l'air fatigué. Rodney remarqua des cernes qui entouraient ses yeux d'ordinaire si expressifs. Aujourd'hui il y voyait une lassitude et un abattement qui n'était pas habituels et puis quelque chose qui ressemblait fort à des larmes scintillait au bord des paupières, même si Carson essayait de le cacher.

L'homme semblait découragé. Pour une fois il sembla à Rodney que les rôles étaient inversés, le médecin avait besoin d'encouragements, de quelqu'un qui lui remonte le moral. Cela lui faisait une peine immense de voir quelqu'un comme Carson souffrir.

-Carson, je pense que vous avez agi pour le mieux et dans les meilleures intentions qui soient. Dans votre spécialité, vous êtes le meilleur et vous êtes aussi quelqu'un d'extrêmement intelligent. Bon, peut-être pas autant que moi mais vraiment très intelligent tout de même. Vous avez eu raison de tenter cela puisque vous y croyiez. Cela n'a pas fonctionné parfaitement cette fois ci mais vous allez comprendre ce qui n'a pas marché et recommencer, il le faut. Je suis sûr que vous allez y arriver. Qui sait, peut-être qu'un jour votre invention nous sauvera la vie ? Et puis..Rodney se dandina, visiblement embarrassé, vous êtes quelqu'un de bien, Carson, un véritable ami. Sans vous, je ne sais pas ce que j'aurai fait, souffla t-il, rouge comme une tomate.

Le médecin le regarda bouche bée. Et bien, le scientifique n'avait pas fini de le surprendre. Il sourit, rasséréné.

-Merci Rodney.

Le canadien sortit un mouchoir en papier de sa poche et le tendit maladroitement au médecin. Leurs doigts se touchèrent et Carson, avant même d'avoir eu le temps de réaliser retint la main de Rodney dans la sienne et la caressa du bout de l'index. Le scientifique, étonné ne se dégagea pas. Il regarda fixement les deux mains réunies puis finit par relever la tête. Ses yeux rencontrèrent ceux de son ami et Carson comprit qu'il cherchait une explication. Le médecin se demanda ce qui pouvait bien se passer dans la tête de Rodney à ce moment là. Celui-ci, immobile, semblait attendre. La main du médecin remonta le long du bras. Il ne quittait pas Rodney du regard. Celui-ci semblait calme et attentif mais Carson sentit comme un léger tremblement.

Le temps semblait s'être arrêté. Carson approcha doucement son visage de celui de l'autre homme. Sa main remonta lentement sur l'épaule et passa derrière la nuque, faisant se dresser les petits épis clairs.

Rodney était figé, comme hypnotisé. Il vit les lèvres de Carson s'approcher des siennes et se demanda vaguement s'il était vraiment en train de vivre ceci. Il ressentit une petite crainte mais pas assez pour résister. Les yeux qui ne le quittaient pas étaient si beaux, et leur expression si pleine de passion.

Il attendit.

La porte s'ouvrit brusquement, les faisant sursauter tandis qu' un courant d'air froid entrait dans l'habitacle. John Sheppard abasourdi les fixait, la bouche grande ouverte et les yeux comme des soucoupes. A un autre moment Carson aurait trouvé cela plutôt drôle mais là, il n'y avait pas de quoi rire parce qu'aussitôt la stupéfaction passée, l 'expression du militaire n'était pas des plus aimable. C'était le moins qu'on puisse dire.

A suivre