Pour Bayas et ses yeux mouillés.

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Le colonel Sheppard entra dans un dépôt de matériel et s'assit sur une caisse. Il posa son P.90 en soupirant.

-Ecoutez Rodney, je n'irai pas par quatre chemins, éloignez-vous du docteur Beckett, il ne peut vous apporter que des problèmes.

Le scientifique interloqué par cette entrée en matière plutôt brutale dévisagea le militaire avec étonnement.

-Colonel, je ne comprends pas de quoi vous parlez, Carson est un ami.

-Rodney, reprit le militaire avec patience, c'est mon devoir de vous mettre en garde, en tant que leader de notre équipe et également en tant qu'ami.

Rodney fronça les sourcils. Sheppard se prévalait d'une amitié qu'il ne montrait guère habituellement. Rodney avait plutôt l'habitude d'être en but à ses sarcasmes et railleries.

-Rodney, reprit le colonel semblant lire dans ses pensées, c'est vrai que je ne vous ménage pas et que je vous charrie beaucoup mais cela n'empêche pas que je vous apprécie d'une manière amicale, virile, qui ne laisse pas de place au doute, vous comprenez ?

-Au doute ? Questionna le scientifique un peu perdu, au doute ? Vous voulez dire que vous m'agacez à longueur de mission parce que vous avez peur de passer pour un…

-Ca suffit McKay, vous m'avez très bien compris, l'interrompit le colonel qui sentait la discussion lui échapper. Vous savez très bien faire la différence entre des hommes comme moi et des types comme Carson Beckett je pense ?

-Carson est quelqu'un de très bien, colonel Sheppard et c'est un véritable ami, se défendit Rodney.

-Qu'attend t-il de vous, McKay , vous ne vous posez pas la question ?

- Ce qu'il attend de moi ? Mais colonel, vous êtes à coté de la plaque, c'est moi qui le recherche quand j'ai besoin de quelqu'un à qui parler, il est toujours là si j'ai des problèmes et il ne demande rien en retour.

-Je n'en serais pas si sûr à votre place Rodney. D'après ce que j'ai vu tout à l'heure, on dirait bien que je suis arrivé à temps.

-Vous cherchez à protéger ma vertu Colonel ? Demanda le scientifique d'un ton railleur.

-Non, Rodney, je cherche à vous protéger de vous même, vous êtes peut-être le plus grand génie des deux galaxies mais vous êtes aussi quelqu'un de naïf. Je suis désolé de vous dire cela mais je vous connais Rodney, vous êtes extrêmement vulnérable et une proie facile pour des gens qui seraient tentés de profiter de vous.

-Comme Carson par exemple ? Demanda le canadien d'un ton ironique.

-Rodney, c'est pour vous que je dis ça, rétorqua le militaire avec impatience. Comme Carson, oui. Le docteur Beckett est un homme brillant, c'est le plus grand généticien de la Terre sûrement et croyez moi, je l'admire, oui Rodney, reprit-il devant la moue dubitative du canadien, j'ai la plus grande admiration pour lui mais il a une vie privée que je qualifierais de plutôt particulière.

-C'est sa vie privée, vous venez de le dire justement colonel Sheppard et je trouve cette discussion déplacée. D'autre part je vous remercie de votre intérêt à mon égard mais voyez-vous je suis un grand garçon et je crois être capable de mener ma vie comme je l'entends, ne vous en déplaise.

-Rodney, vous ne direz pas que je ne vous aurais pas prévenu, le menaça le militaire, vous ne viendrez pas pleurez dans mes bras ensuite si vous avez des problèmes.

-Pleurer dans vos bras, colonel Sheppard ? Je n'ai pas le souvenir de vous avoir jamais importuné avec mes problèmes ni avoir jamais pleuré contre votre épaule !

John Sheppard haussa les sourcils, mais quelle tête de mule ce canadien, il le faisait exprès ou quoi ?

-Rodney, je ne devrais pas vous en parler, c'est confidentiel mais vous avez bien compris que Beckett est homosexuel ? Enfin, je veux dire bisexuel pour être précis.

-Colonel, malgré ce que vous semblez penser, je crois que je l'ai compris mais dites-moi, vous ne seriez pas un peu homophobe par hasard ?

-McKay, mais comment est-ce que vous pouvez penser ça ? S'écria le militaire outré, j'ai l'esprit ouvert moi et d'ailleurs je connais beaucoup d'homosexuels et j'ai même souvent travaillé avec eux et…

-Alors pourquoi ? Demanda le scientifique coupant net les justifications maladroites du militaire.

-Pourquoi quoi McKay ?

-Pourquoi si vous n'avez rien contre les homosexuels me mettez-vous en garde contre Carson ?

-Mais Rodney, vous faites partie de mon équipe, bafouilla le militaire, je..je voudrais pas que..

-Bon, je récapitule, déclara impatiemment le scientifique, vous n'avez rien contre les homosexuels mais vous me mettez en garde parce que vous ne voudriez pas en avoir un dans votre équipe. C'est ça colonel ? Questionna le canadien ironique.

-Vous mélangez tout McKay ! S'écria le militaire vexé, bon, faites ce que vous voulez, je ne pas de temps à perdre avec une tête de mule comme vous, je vous aurais prévenu, c'est tout.

Le colonel John Sheppard saisit son arme d'un geste brusque et sortit du dépôt. Rodney l'entendit s'éloigner et bientôt la voix du militaire lui parvint dans le silence de la nuit. Il donnait des ordres pour le rapatriement des hommes et du matériel le lendemain à l'aube.

Il s'assit, troublé. La soirée avait été plutôt agitée. Quand il avait débarqué sur le site Alpha il ne s'était pas attendu à tout cela.

Bon, à quelque part, Sheppard n'avait pas tort, Carson allait l'embrasser tout à l'heure, pas de doute mais où le militaire se trompait c'était quand il insinuait que l'écossais voulait l'utiliser, lui, Rodney. Carson était quelqu'un de bien et jamais il ne lui ferait de mal ni jouerait avec ses sentiments. Il avait confiance en Beckett et Sheppard pouvait penser ou dire tout ce qu'il voulait cela ne changerait rien.

Il s'assit sur la caisse occupée plus tôt par le militaire, se remémorant l'instant où ce dernier les avait surpris. La main de Carson sur sa nuque, ses lèvres proches et lui qui attendait.

Rodney réalisa avec certitude qu'il aurait voulu que John Sheppard ne soit jamais intervenu à ce moment là.

A suivre…