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Carson Beckett leva les yeux de l'écran d'ordinateur placé devant lui. Son rapport était terminé. Est-ce que l'affaire « Michael » était close ? Il ne le savait pas vraiment. En fait personne ne savait.

Peut-être le reverraient-ils un jour, sur cette galaxie rien ne semblait impossible. N'empêche que cela avait été un demi fiasco mais il n'avait pas dit son dernier mot. Ses doutes s'étaient envolés, Rodney avait raison, il allait de nouveau se pencher sur le retrovirus et trouver la raison de cet échec

Il envoya un exemplaire à Elisabeth qui assurerait la liaison avec ce comité, là-bas sur Terre qui attendait d'eux des miracles et des résultats, surtout des résultats mais n'avaient jamais mis les pieds dans la cité. Ils prenaient des décisions les concernant assis dans leurs fauteuils, brandissant des chiffres et des rapports, pesant chaque mot de ces derniers, évaluant leur finalité et exigeant des explications et des justifications pour tout.

Des employeurs, somme toute.

Heureusement qu'Elisabeth était là. En tant que responsable de la mission elle se chargeait de la tache ingrate de traiter avec le comité international.

Il faudrait qu'ils viennent un jour s'en rendre compte par eux-mêmes. Ce Richard Woolsey dont Carson avait souvent entendu parler, ce serait une bonne idée qu'il vienne se rendre compte par lui-même des difficultés auxquelles ils étaient confrontés tous les jours.

L'histoire s'était terminée là-bas sur le site Alpha. En fait cela n'avait pas été une bonne idée d'y envoyer Michael finalement. Elisabeth avait voulu l'éloigner d'Atlantis et Sheppard avait suggéré l'endroit..

Sheppard…Carson se leva et passa sur le balcon jouxtant son bureau. Qu'est-ce que le colonel avait raconté à Rodney ? L'autre soir il les avait aperçu s'éloigner dans la nuit et entrer dans la tente qui servait d'entrepôt. En fait il avait bien quelques idées là-dessus mais il ne pouvait pas s'en assurer.

Ils avaient quitté le site Alpha à l'aube. Le major Lorne l'avait aidé à déménager son matériel avec quelques soldats. Aucune trace de Rodney et du colonel d'ailleurs. Quand le médecin s'était enquis auprès d'eux Lorne lui avait appris qu'ils étaient retournés avec Ronon sur les lieux où Michael avait disparu. Ils reviendraient plus tard avec Jumper1.

Ils étaient rentrés et avaient bien sûr transité par l'infirmerie pour un bref examen. Carson avait noté avec agacement que Sheppard avait attendu qu'il en ait terminé avec Rodney pour repartir avec ce dernier. Il se reprit, il devait se faire des idées. En fait ça se passait souvent comme cela, il n'y avait là rien d'extraordinaire seulement que cette fois-ci il l'avait pris pour lui.

Il s'était imaginé un instant que le colonel l'avait fait exprès, qu'il surveillait Rodney.

C'était stupide.

Bon il était temps d'aller manger quelque chose. Il n'avait rien avalé depuis le matin et son estomac commençait à se rappeler à lui. Depuis les aller-retours du Dédale l'ordinaire s'était amélioré mais on ne pouvait pas non plus appeler cela de la grande cuisine. Rodney, lui, y trouvait son compte, il adorait. Carson songea avec nostalgie à la cuisine terrienne et surtout écossaise. Sa mère savait cuisiner, ça oui ! La cuisine écossaise c'était quelque chose, la meilleure du monde sans doute, n'en déplaise à certains. Les gens pensaient qu'elle se limitait au haggis, c'était une erreur, elle était bien plus variée que ça. Et le whisky ! Ah c'était autre chose que l'affreux tord-boyaux que Zelenka lui avait fourni lors de son dernier trafic avec les athosiens. Mais il fallait bien s'en contenter.

Oui, l'Ecosse lui manquait. Il avait maintenant le sentiment de n'en avoir pas assez profité quand il avait la chance d'y vivre. Ses études l'avaient contraint à partir tôt de son pays et plus il s'était avancé dans la vie plus il s'en était éloigné.

Et maintenant il avait envie de retrouver ses racines. Etait-ce le signe qu'il vieillissait ? Il y retournerait un jour, peut-être y vivrait-il une retraite paisible dans très longtemps, s'il y arrivait, si les wraith ou les genii ou il ne savait quoi encore ne l'avait pas tué d'ici là.

Il grimaça, voilà qu'il avait des idées morbides maintenant. Il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour rester en vie bien sur, il avait encore tant à faire, à voir, à découvrir. Son travail, ses recherches, ses amis, Rodney…

La soirée était déjà bien avancée et il n'y avait pas grand monde au mess. Il se saisit de son plateau et essaya d'oublier la cuisine écossaise. Il se concentra sur les pâtés emballés dans leurs petites boites hermétiques. De la nourriture aussi hygiénique qu'insipide. Il passa à la viande. Les « escalopes cordons bleus » le laissèrent rêveur. De la viande de dinde reconstituée avec à l'intérieur du fromage, pardon, de la crème de fromage et du jambon, le tout pané, c'était plus attirant ainsi. Les légumes, OK, là il fallait être juste, les athosiens et les autres peuples avec qui ils commerçaient les fournissaient en légumes et fruits frais, heureusement. Il eut un frisson en remarquant la jello bleue qui flageolait dans des soucoupes, Rodney adorait ça aussi. Il sourit.

-Carson, hé Carson !

Le scientifique l'interpellait à l'autre bout du mess. Il se trouvait avec le docteur Zelenka, pas l'ombre de Sheppard alentour. Le médecin sentit son moral remonter en flèche. Il se saisit de son plateau et s'installa en face de son ami.

-Ravi de vous voir, docteur Beckett, dit Zelenka d'un air ravi. Ce n'est pas que je m'ennuie avec McKay mais il est plutôt de mauvaise humeur aujourd'hui. Il essuya un regard noir du scientifique mais ne se démonta pas pour autant. Depuis son retour du site Alpha il passe son temps à râler et à s'énerver après tout le monde. Mais qu'est-ce que vous lui avez fait là-haut ? Il est revenu de..

Il fut coupé dans sa phrase par une quinte de toux. Rodney venait d'avaler de travers.

-Hé, ça va Rodney ? demanda le médecin inquiet.

Le canadien se ressaisit et gratifia le tchèque d'un coup d'œil furibond.

-Mais qu'est-ce que j'ai dit moi ? Demanda Radek, j'ai seulement parlé de votre humeur exécrable. Il n'y a rien d'extraordinaire à ça tout de même !

-Deux jours d'absence et je retrouve le laboratoire sans dessus-dessous, grogna Rodney à l'intention de Carson. Je me demande s'ils sont capables de faire quoi que ce soit quand je ne suis pas là.

-Il exagère doc, enfin, vous le connaissez aussi bien que moi, répliqua Radek en se levant. Bon, je vous laisse. Docteur Beckett, souffla t-il en se penchant à l'oreille du médecin, si vous voulez, je peux encore vous procurer de ce délicieux whisky athosien, un pur régal, n'est-ce pas ? Ou bien de la bière athosienne, bon, elle est loin d'égaler la bière tchèque qui est tout de même la meilleure du monde mais en ce lieu de restriction qu'est Atlantis, on fait avec ce qu'on a hein ?

-Zelenka ! s'exclama Rodney scandalisé, vous faites du trafic avec les athosiens ?

-Allons, Rodney, je suis au courant pour vos petits trafics de chocolat. Je sais que vous avez soudoyé Lindsey Novak et qu'elle travaille pour vous sur ce coup là.

Le canadien devint tout rouge, Carson Beckett s'esclaffa.

-Rodney, vous faites de la contrebande de chocolat ? S'exclama t-il entre deux hoquets de rire.

-Ben et alors, chacun son carburant hein ? Se justifia le canadien vexé.

-Et sous le nez de Caldwell encore ! dit Radek admiratif. Vous avez pas intérêt à vous faire prendre là !

-Je sais des choses, ne vous en faites pas. Vous ne me croirez jamais si je vous dit ce que Caldwell a embarqué en douce sur le Dédale. Il l'a fait passé par Novak alors vous pensez bien que je suis au courant.

-Quoi ? S'écrièrent Carson et Radek en même temps.

Rodney jeta un coup d'œil alentour avec un air de conspirateur et se mit à chuchoter.

-Disons que le commandant du Dédale est amateur d'un certain cinéma qui n'a vraiment rien de …culturel, si vous voyez ce que je veux dire.

-Aaah ! S'exclama Radek soudain intéressé. Est-ce qu'il aimerait le whisky athosien le colonel Caldwell ?

-Zelenka ! S'exclamèrent Carson et Rodney d'une même voix.

Mais le tchèque s'était déjà éloigné son plateau sur les bras.

-Rodney, commença Carson redevenant sérieux, je voulais justement vous parler. Je suppose que John Sheppard vous a fourni des informations à mon sujet. Je l'ai vu vous entraîner à l'écart sur le site et j'en ai déduit qu'il voulait vous mettre en garde contre moi.

-Carson, quoiqu'il ait dit, vous resterez toujours mon ami.

Le médecin ferma les yeux, fatigué et les ouvrit aussitôt. Il se lança.

-Rodney, vous avez compris que c'est plus que votre ami que je voudrais être.

Le canadien sourit, embarrassé.

-Je n'ai pas l'habitude Carson, je ne sais pas si je pourrais. En fait, je ne sais pas trop bien où j'en suis, je n'arrête pas d'y penser mais à chaque fois ça me donne le vertige, vous comprenez ?

-Oui, je crois que je comprends, Rodney, ne vous inquiétez pas pour ça.

-Parfois je voudrais et d'autres fois je suis terrifié, avoua le scientifique.

Le médecin lui adressa un petit sourire compatissant. Il ne pouvait que comprendre et être patient, pourtant que n'aurait-il pas donné pour serrer cet homme là contre lui, l'embrasser, le rassurer et l'assurer de son amour. Il allait poser sa main sur celle de Rodney quand un mouvement interrompit son geste, John Sheppard venait de faire irruption dans le mess, accompagné de Ronon Dex.

Rodney suivit son regard. Il sembla hésiter puis se décida.

-Donnez-moi une heure, je vous retrouve sur la jetée sud mais Carson…je ne vous promets rien alors je vous en prie, n'attendez pas trop de moi.

Le médecin acquiesça silencieusement et se leva. Il croisa les deux hommes et les salua brièvement. Il déposa son plateau et se dirigea vers la sortie.

Au moment de franchir la porte il se retourna. Sheppard venait de s'installer à sa place en face de Rodney.

A suivre