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Rodney McKay quitta le mess contrarié. Il avait oublié cette fichue réunion pourtant programmée depuis une bonne semaine. Il allait être obligé de reporter son rendez-vous avec Carson. D'un autre coté peut-être cela lui donnerait un peu plus de temps pour réfléchir et déterminer quels étaient ses sentiments envers le médecin.
Il se rendit à l'infirmerie mais elle était quasiment déserte. Un infirmier vint à sa rencontre.
-Docteur McKay, est-ce que je peux vous aider ?
-Je dois parler au docteur Beckett expliqua Rodney, il n'est pas là ?
-Le docteur ne peut pas être dérangé actuellement, je suis désolé mais il est en chambre stérile. Je peux lui passer un message quand il sortira si vous voulez.
Rodney afficha une mine contrariée. Mince, il ne pouvait pas dire à cet homme qu'il avait un rendez-vous avec le médecin, il tenait à rester discret et n'avait certainement pas envie qu'on se mette à jaser sur leur compte, à Carson et lui.
-Euh..dites-lui que je suis passé et que pour ce soir c'est annulé, il comprendra.
-Je transmettrai, répondit l'infirmier, dites, docteur, vous allez bien ? Vous avez besoin de quelque chose parce que dans ce cas là je peux vous chercher un autre médecin si vous le désirez ?
-Pourquoi ? Je n'ai pas l'air bien ? Questionna le scientifique subitement alarmé.
-Non, rassurez-vous, le rassura l'infirmier qui sourit intérieurement. Le docteur McKay était réputé pour être un peu angoissé dès qu'il s'agissait de sa propre santé. On ne le taxait pas d'hypocondriaque mais parfois ce n'était pas loin. Vous avez l'air en pleine forme, je voulais seulement savoir si vous aviez un problème médical.
-Non, non, ça ira, assura le scientifique en battant en retraite, tout va bien, transmettez seulement mon message.
-OK, pas de problème, docteur.
Rodney prit la direction du bureau d'Elisabeth, tout en espérant qu'une mission ne serait pas programmée pour le lendemain, il avait du travail dans son laboratoire mais d'autre part peut-être que le rendez-vous avec Carson pourrait-être reporté au lendemain soir ?
Il en était là dans ses pensées quand une main s'abattit avec force sur son épaule.
-Ronon ! sursauta t-il, vous m'avez fait peur ! Mais c'est pas vrai ça, vous êtes pire que Conan vous !
Le satedien éclata de rire, il avait adoré Conan le Barbare qu'il avait vu avec Sheppard, McKay et Teyla .
-McKay, vous étiez ailleurs ! Vous allez bien ?
-Oui, pourquoi ? Je n'ai pas l'air d'aller bien ? s'agaça le scientifique. Cela faisait deux fois qu'on lui demandait la même chose en cinq minutes.
-Si, si, c'est seulement que vous sortiez de l'infirmerie, répliqua Ronon.
-Ce n'est rien, répondit évasivement le scientifique. Nous ferions mieux de nous dépêcher sans quoi Elisabeth va nous remonter les bretelles.
-J'ai pas de bretelles, fit remarquer le satédien avec sérieux.
Rodney soupira et entreprit d'expliquer à Ronon le sens de cette expression.
oooooooooooooooooooooooo
Carson Beckett contempla pensivement le mot déposé par un infirmier sur son bureau. Merde ! Qu'est-ce que cela voulait dire ? Rodney avait lui-même proposé ce rendez-vous au mess et maintenant voilà qu'il changeait d'avis. Que lui avait raconté Sheppard ?
Il caressa un moment l'idée de se rendre dans les quartiers du scientifique afin de tirer cela au clair puis se ravisa. Cela ne servait à rien, si Rodney voulait le voir la balle était dans son camp. D'ailleurs peut-être avait-il eut un empêchement ?
Mais pourquoi avait-il ainsi craqué sur le site Alpha ! S'il n'avait pas eu ce moment de faiblesse, il n'en serait pas là, malade d'angoisse devant ce foutu message.
Bien sûr il serait toujours amoureux mais l'intéressé n'en saurait rien. Il aurait continué ainsi, côtoyant son ami presque chaque jour, l'aimant en silence sans réponse et sans certitude .
Carson redoutait que sa démarche sur le site ait finalement pour conséquence d'éloigner Rodney de lui.
Il soupira, c'était si difficile. Il adorait son travail, ses recherches mais il se demanda une fois de plus s'il ne devrait pas partir et oublier. Il n'était pas aussi attaché à la cité que Rodney où même Sheppard.
Mais s'il avait une relation amoureuse avec le scientifique, il resterait. Il savait que Rodney ne partirait pas et d'ailleurs jamais il ne l'obligerait à faire un choix pareil.
Carson avait le sentiment qu'il existait comme un lien entre la cité et le scientifique et aussi, il l'admettait à contrecœur avec Sheppard. Certains d'entre eux semblaient faire corps avec Atlantis. Ils en étaient peut-être inconscients mais Carson était persuadé qu'il existait une symbiose entre eux.
Il sourit, ce n'était pas une réflexion très scientifique mais depuis qu'il vivait ici, il avait dû comme les autres laisser derrière lui des préjugés et des idées préconçues. C'était un autre univers, tout y était nouveau et il fallait l'aborder avec un regard neuf.
Bon, en attendant, autant qu'il occupe son temps utilement. Il se rendit dans son laboratoire et se pencha de nouveau sur le rétrovirus.
Deux heures plus tard il émergea la tête lourde et la nuque douloureuse. Il songea qu'il ferait mieux d'aller se coucher s'il voulait être en forme le lendemain mais il s'aperçut qu'il n'avait pas vraiment sommeil. Il se demanda ce que faisait le scientifique à cette heure avancée. Dormait-il ou bien travaillait-il dans son laboratoire ?
Rodney était capable de passer des nuits blanches à travailler quand il était sur un projet où une découverte. Combien de fois avait-il demandé des stimulants à Carson ? Ce dernier les lui avait fourni de mauvaise grâce mais incapable de résister au regard brillant d'excitation du scientifique.
Le médecin s'étira. Ce qu'il avait besoin à l'heure actuelle c'était de respirer.
Il songea au grand balcon. C'était l'endroit idéal à cette heure ci de la nuit. Il faisait face à l'océan sans aucune structure pour boucher partiellement la vue sur les cotés comme à l'infirmerie.
Il emprunta les couloirs silencieux et entrebâilla la grande baie vitrée. Il s'y faufila et se retrouva dehors.
La nuit était tiède et il offrit son visage au vent. C'était si agréable. Il s'appuya à cette même rambarde où Kolya avait menacé Rodney l'année dernière pendant la tempête. A cette pensée son cœur fit une embardée. Rodney avait failli être tué, d'ailleurs ils avaient tous manqué y passer ce jour là. Heureusement ils s'en étaient bien sortis et ils étaient encore en vie. Enfin pas tous, depuis un an il y avait eu des morts et des disparus. Lors de cette fameuse tempête il avait eu de petites dissensions avec Ford, pas grand chose. Le jeune homme était impétueux et prenait son rôle très au sérieux.
Qu'était-il devenu ? Il n'avait pas pu le sauver et cet échec lui pesait encore.
-Vous faites de l'insomnie docteur ?
La voix du colonel Sheppard le fit sursauter. L'homme s'était approché de lui en silence. Il tenait un objet entre ses mains et Carson reconnut un détecteur de signe de vie.
-Vous vous assurez que tout le monde est couché colonel ? Demanda le medecin désignant le petit écran.
-Non, pas spécialement, j'aime bien me promener dans la cité la nuit, je me sens particulièrement proche d'elle comme si ...
Il se tut subitement se demandant si le médecin n'allait pas le prendre pour un dingue.
-Je comprends, répliqua Beckett songeant à la réflexion qu'il se faisait précédemment sur les liens qui unissaient Atlantis à certains.
Le militaire le dévisagea pensivement.
-Vous êtes un type bien docteur Beckett, si, je le pense sincèrement, ajouta t-il devant le regard sceptique du médecin.
-Ce n'est pas l'impression que j' ai eu sur le site Alpha.
-Vous savez très bien pourquoi.
-Il s'agit de Rodney, bien sûr. Vous ne pouvez pas supporter l'idée qu'il y ait quoique ce soit entre lui et moi, asséna le médecin.
-McKay n'est pas comme vous Beckett, laissez-le tranquille.
-Ca veut dire quoi colonel « pas comme vous », il s'agit de sentiments malgré ce que vous semblez penser et je ne veux pas l'utiliser ni profiter de lui et puisque cela semble vous intéresser, sachez que je suis amoureux de Rodney McKay, ça vous en bouche un coin n'est-ce pas ?
Il vit le beau visage devant lui où le dégoût se mêlait à la fureur.
-Mais comment pouvez-vous dire cela ! explosa le militaire, vous voulez le..le pervertir !
Le médecin resta un moment stupéfait puis éclata de rire.
-Le pervertir ? Mais où allez vous chercher ces mots colonel ? Le pervertir ! Elle est bien bonne celle là. Vous voulez que je fasse la liste de toutes les femmes que vous avez perverti sur cette cité et parmi les autres peuples ? Comment Rodney vous appelle t-il déjà ? Ah oui, capitaine Kirk. Allons, ajouta t-il plus sérieusement, vous ne croyez pas que vous allez un peu loin, là, John ?
Le militaire se mordit les lèvres et rougit.
-Bon, OK doc, ce n'est pas ce que je voulais dire, admit-il s'appuyant à la rambarde, c'est seulement que je ne comprends pas, c'est si soudain.
-Ce n'est pas soudain pour moi, répliqua le médecin. Il observa le profil sans défaut du militaire, je voudrais vous poser une question, ne le prenez pas mal mais on dirait que vous êtes jaloux, quels sont vos sentiments pour Rodney ?
Le militaire le regarda, choqué.
-Comment ça, mes sentiments pour McKay ? Mais il s'agit d'un coéquipier, d'un ami même, mais qu'allez-vous imaginer ?
-Mais alors pourquoi avez-vous cette réaction ? Vous avez des préjugés envers les homosexuels colonel ? Vous savez, vous ne seriez ni le premier ni le dernier.
Le militaire détourna le regard, mal à l'aise.
-Je…enfin non, je crois pas, je ne sais pas en fait, avoua t-il. Ecoutez, ça me gênerait pas du tout si vous vous intéressiez à un autre...enfin, vous comprenez ?
-Alors nous en revenons encore à Rodney parce qu'il s'agit bien de lui et c'est ça qui vous dérange, exprima le médecin. Je ne comprends pas, vous prétendez ne pas avoir de sentiment amoureux à son égard, OK mais je doute que vous ayez de l'amitié pour lui également.
-Qu'est-ce qui vous fait penser cela, Carson ? demanda Sheppard en haussant les sourcils.
-Vous voulez vraiment savoir John ? Et bien, puisque c'est le moment des explications, je vais vous le dire : C'est votre attitude à son égard. Vous êtes dédaigneux quand vous vous adressez à lui, limite méprisant même, et dur. Vous le rabaissez constamment, vous ne laissez pas passer une occasion de vous moquer de lui et vous ne manquez jamais de souligner ses défauts et ses faiblesses. Et malgré le nombre de fois qu'il a sauvé nos fesses, vous ne lui avez jamais exprimé le moindre mot de gratitude, ça vous aurait arraché les lèvres, c'est sûr.
-Vous avez fini docteur Beckett ? demanda le militaire avec une moue de dédain. C'est McKay qui vous a raconté ça ? Il vient vers vous se faire consoler et se plaindre du méchant Sheppard qui lui mène la vie dure ?
Le médecin perdit son sang-froid, il attrapa Sheppard par sa veste et le plaqua contre un mur. Sur le coup de la surprise le militaire ne réagit pas. Carson était rouge de colère.
-Ca suffit maintenant John ! explosa t-il. Vous savez très bien que c'est faux, Rodney ne viendrait jamais se plaindre, il encaisse et ne dit rien, vous le savez très bien et c'est pourquoi vous en profitez. Je sais tout ça parce que j'écoute quand il me parle, je lis entre les lignes, je déchiffre ses sentiments. Et il n'y a pas que Rodney qui me raconte, les autres aussi. Vous savez, les gens éprouvent parfois l'envie de se confier, de se lâcher un peu alors parfois quand je les soigne, ils me parlent un peu leur journée, de leurs angoisses et moi je les écoute, j'essaie de les réconforter, vous pouvez comprendre cela non ?
Le militaire, toujours acculé au mur hocha la tête.
-OK, doc, lâchez-moi s'il vous plait, je ne voulais pas dire ça, je sais bien que McKay ne se plaint pas mais je ne suis pas le monstre d'égoïsme que vous avez l'air de croire, vous savez.
Le médecin lâcha le militaire, il se sentait d'un coup fatigué. Les propos de Sheppard l'avaient mis hors de lui, il tenta de se ressaisir.
-Excusez-moi, déclara t-il à contrecœur, vous m'avez poussé à bout là, c'était vraiment injuste ce que vous avez dit sur Rodney.
-Et ce que vous avez dit sur moi, Carson ?
Le médecin hésita.
-Je le pensais, John, répliqua t-il avec franchise, j'ai de l'estime pour vous mais je ne vous comprends pas et je ne comprends toujours pas quels sont vos sentiments pour Rodney. Il fixa l'homme quelques instants. Rodney n'est pas votre propriété ni la mienne, il n'appartient à personne, affirma t-il sur un ton résolu.
Il scruta le militaire. Tout dans le regard de l'autre homme lui disait que ce dernier pensait exactement le contraire. Les yeux bleus et les yeux noisette s'affrontèrent quelques secondes puis finalement le médecin capitula.
-Je vous souhaite de trouver le sommeil, colonel, dit-il en s'éclipsant.
A suivre…