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Carson Beckett s'assit à l'extrémité de la jetée sud. Il était en avance mais il ne pensait pas vraiment pouvoir s'occuper jusqu'à l'heure du rendez-vous. Il se sentait anxieux.

L'enfer de Taranis était derrière eux. Finalement tout s'était bien terminé et le colonel avait à sa disposition un nouveau jouet, l'Orion.

Mais cela ne voulait pas dire que tout était résolu. Quoiqu'il en soit le militaire s'était montré courtois à son égard et prévenant envers Rodney, il l'avait noté tout au long de la journée, lors du débriefing, des discutions qu'ils avaient eu et des conclusions sur cette aventure mais il ne savait pas trop si cela lui faisait plaisir où non. Et puis il y avait le fait qu'un vaisseau ruche approchait d'Atlantis et ce n'était certainement pas bon signe, ils devaient être soudés pour faire face à cette nouvelle menace.

Et puis manifestement Rodney ne savait pas trop bien où il en était. Mais quand le canadien avait exprimé ses doutes au mess, il n'avait pas rejeté non plus l'idée d'un lien possible entre eux et c'était lui qui avait reconduit le rendez-vous.

Carson se doutait bien que ce serait difficile pour Rodney si ce dernier s'avérait avoir des sentiments pour lui. Avoir une relation amoureuse avec une personne du même sexe n'était pas toujours facile à assumer, ni psychologiquement ni physiquement. Surtout quand il s'agissait de la première fois.

Mais Rodney était quelqu'un d'exceptionnel, il était formidablement intelligent et avait la capacité de s'adapter aux situations nouvelles sans trop de heurts. C'était certainement dû à sa nature curieuse. Carson comptait beaucoup là dessus.

Son regard courut sur le sol et il s'aperçut qu'il cherchait machinalement un galet à jeter dans l'eau. Décidément les vieilles habitudes étaient ancrées en chacun.

Sur Atlantis il n'y avait pas de galet bien sûr, ni de sable, ni d'os de seiche échoué, de coquillages où de méduses. Même les goémons semblaient ne pouvoir s'accrocher à la structure lisse de la cité.

Il faisait presque sombre, c'était aussi bien, il ne sentait pas vraiment à l'aise et ne voulait pas que Rodney s'aperçoive de son trouble.

A quelque part il se sentait égoïste. Sur quel chemin voulait-il entraîner le scientifique ? Pas sur le plus facile, non. Si Rodney répondait à ses attentes ils devraient se cacher, c'était certain. Mais la dissimulation, les rencontres secrètes, les mensonges, cela correspondait si peu à la nature du scientifique.

Et s'il laissait tomber ? Mais il était amoureux de Rodney, il l'aimait plus que tout et un dénouement était proche, d'une façon où d'une autre.

Carson Beckett se fit le serment qu'il respecterait le choix de Rodney et quelque soit sa décision il resterait toujours proche du scientifique, l'aiderait et le soutiendrait comme il l'avait fait jusqu'à présent. Il pourrait toujours compter sur lui.

Il s'assit sur le bord de la jetée et observa les silhouettes des tours fuselées qui de dressaient dans le ciel sombre.

-Vous rêvez, Carson ?

Le médecin sursauta, Rodney venait de surgir à ses coté. Il s'assit à son tour et contempla lui aussi la cité.

-Je ne m'imagine plus la quitter réellement, murmura le scientifique, je me sens chez moi ici. J'y trouve tout ce dont j'ai besoin, tout ce qui est nécessaire à ma vie.

-Tout Rodney ? Questionna Carson qui se demanda son ami n'essayait pas de lui faire passer un message.

-Un travail passionnant, des défis capables de stimuler mon intellect comme il n'en existe pas sur Terre, de nouvelles découvertes, tous les jours, que pourrais-je demander de plus ?

-Des amis par exemple.

-Mais je vous ai Carson, et Zelenka, même si on se chamaille tout le temps et Elisabeth, Ronon, il ne le dira pas mais je sais bien qu'il m'apprécie, bon, en vérité c'est Teyla qui me l'a dit, avoua t-il. Justement il y a Teyla aussi et Katie et Laura même si elle m'énerve souvent et Lorne et, il hésita…le colonel Sheppard. C'est vrai, je ne sais pas s'il est vraiment un ami mais..je ne sais pas comment vous l'expliquer, nous sommes dans la même équipe et nous nous sommes sauvé la vie plusieurs fois l'un et l'autre. Cela crée des liens vous savez. Je..je peux me tromper mais je crois qu'il pense avoir une responsabilité envers moi, il cherche à me protéger en quelque sorte.

-En vous mettant en garde contre moi ?

-Je vous l'ai dit Carson, il croit devoir me protéger, il me l'a dit. Vous savez ce n'est pas facile de le comprendre.

-Vous avez essayé Rodney ?

-Parfois, mais moi aussi je sais que souvent les gens ne me comprennent pas et je ne fais rien pour aider mais c'est comme ça. Ils n'ont qu'à me prendre comme je suis.

Le médecin sourit, c'était là du pur Rodney, arrogant et intraitable au possible.

Le silence s'installa un moment et ce fut naturellement Rodney qui le rompit.

-Carson, là-bas sur le site Alpha, est-ce que vous alliez…hum, me..enfin, vous m'avez compris non ?

-Vous voulez dire : Est-ce que j'allais vous embrasser ?

-Euh oui.

-Alors la réponse est oui, Rodney, j'allais vous embrasser. Je suis amoureux de vous depuis longtemps, se lança t-il et je suis fatigué de cacher mes sentiments alors j'ai craqué. Rodney, je voudrais que vous sachiez que si vous ne répondez pas à mes sentiments je serais toujours votre ami, cela ne changera rien, je vous l'assure. Je serais toujours là pour vous.

-Merci Carson, répondit le scientifique mais je ne sais pas, je ne suis pas sûr.

-Vous ne vous êtes pas débattu quand j'allais vous embrasser, Rodney.

-C'est vrai, admit le scientifique à mi-voix. Il rougit, bénissant la semi pénombre, je me sens bien avec vous Carson, dit-il d'une voix étranglée.

-Rodney ? La main de Beckett se posa sur la sienne.

Des mouettes alien aux cris discordants passèrent au-dessus d'eux, rompant le charme du moment. Ils rirent ensemble.

-C'est drôlement romantique, vous ne trouvez pas Carson ? Une sérénade d'oiseaux de mer qui chantent faux et moi qui suis là sans savoir quoi vous dire ni faire.

Ils se regardèrent et leurs rires s'estompèrent. Le médecin distingua les yeux graves et hésitants fixés sur lui, la forme du visage, la tête légèrement inclinée.

Il avança sa main et caressa la joue. Elle était chaude et douce. Son index traça la forme du menton et remonta sur les lèvres qu'il redessina. Il sentit Rodney frémir sous la caresse puis il approcha doucement et remplaça son doigt par ses lèvres. Son baiser fut doux, tendre. Il s'aperçut que Rodney avait fermé les yeux mais ne faisait pas mine de se dégager. Carson s'enhardit, il insista un peu plus et à sa grande joie, les lèvres douces s'entrouvrirent pour lui. Il passa lentement sa langue par l'ouverture, l'obligeant à s'ouvrir plus et rencontra celle de son ami. Il la caressa sans brusquerie, y mettant tout son amour et ses sentiments.

Rodney répondait enfin. Tout d'abord timidement, il se mit à son tour à lécher celle de Carson, les entraînant dans un baiser de plus en plus passionné. Le médecin avait fini par le prendre dans ses bras et le serrait contre lui, accentuant au maximum la pression sur leurs lèvres.

Ils finirent par se séparer, poussés par le besoin élémentaire de respirer mais Carson le garda dans ses bras, ses lèvres à quelques centimètres de celles de son amoureux.

-Ca va Rodney ? Chuchota t-il. Le scientifique hocha la tête, incapable encore de prononcer une parole. Carson posa un léger baiser sur ses lèvres mais n'insista pas. Il fallait laisser à Rodney le temps d'assimiler.

Il retint les mots d'amour qu'il avait envie de prononcer. C'était peut-être encore trop tôt, il ne voulait pas l'effrayer. Rodney savait qu'il était amoureux de lui, il le lui avait fait comprendre au mess et ce n'était pas le moment de le faire paniquer avec des serments passionnés. Il n'était pas question que le scientifique se sente piégé.

Carson réagissait sans aucun cynisme mais plutôt avec la délicatesse qui lui était coutumière. Il n'était pas un novice dans ce genre de situation, même si avec Rodney tout était différent et il savait qu'il devrait lui laisser du temps, même si c'était difficile, même s'il n'avait qu'une envie, entraîner l'autre homme dans ses quartiers, découvrir son corps et lui faire l'amour avec passion.

Mais Rodney aurait besoin de sa patience, il ne le brusquerait pas. Il savait que ces choses là viendraient toutes seules, à leur rythme.

Il voulait avant tout garder la confiance de son ami.

En attendant le canadien lui renvoyait un baiser timide et rapide qui le fit sourire. Il posa la tête de son ami contre son épaule.

-Et maintenant ? Chuchota Rodney.

Carson Beckett sourit, le regard dans l'océan. C'était bien du Rodney ça, pas de doute, curieux au possible, voulant planifier, comprendre, examiner, savoir. Aller toujours plus loin.

-Maintenant ? Et bien nous sommes des amoureux répondit l'écossais en embrassant le front large et pale. Ne t'inquiète pas, nous avons le temps.

Rodney sourit. Si, il était un peu inquiet tout de même mais ce qu'il avait ressenti tout à l'heure lui avait confirmé ce qu'il pressentait et redoutait à la fois.

Carson avait raison, ils étaient amoureux.

A suivre…