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John Sheppard serra le petit écran dans sa main droite. Le détecteur de signe de vie indiquait la présence de deux personnes tout au bout de la jetée sud.
Il savait très bien de qui il s'agissait. McKay et Beckett mais il ressentit le besoin de s'en assurer. Il devait savoir.
Le militaire emprunta les couloirs silencieux. A cette heure ci tout le monde dormait sauf les gardes en service et les amoureux.
Les amoureux…Les deux hommes là-bas, sur la jetée. Il serra les dents. Merde ! Il avait vraiment du mal à mettre un nom sur ce type de relation. Déjà que l'amour ce n'était pas facile entre un homme et une femme, il était bien placé pour le savoir vu le fiasco de son mariage, Rodney aussi en savait quelque chose de ce coté là, mais entre deux personnes du même sexe cela lui semblait ahurissant. Comment était-ce possible ?
Bon, il était loin d'être né de la dernière pluie et des gens comme Beckett il en avait côtoyé bien sûr et il avait même plusieurs fois reçu des propositions dont à deux reprises au moins de militaires ayant un grade supérieur au sien. Il en avait été plutôt choqué mais s'en était sorti avec tact, arguant qu'il n'était pas coutumier de ces choses là. Ils n'avaient pas insisté, heureusement.
Le colonel Sheppard venait d'arriver devant la baie vitrée. Les deux silhouettes se tenaient près de l'eau. Il avait de bons yeux et malgré l'obscurité il pouvait les apercevoir assises sur un petit muret face à l'océan. Il distingua même le bras de Carson Beckett autour des épaules de Rodney.
John serra les dents tandis qu'une sourde douleur montait de son estomac à sa poitrine. Il posa son front sur la vitre fraîche et tenta de contrôler ses émotions. Il était un militaire, formé à ça et s'il n'avait pas plus de maîtrise sur lui-même et bien il pouvait présenter sa démission et trouver un coin sur Terre où planter ses salades en attendant la fin.
Il se força à respirer plus régulièrement.
-OK, John, ça va aller.
Il avait parlé tout haut et le son de sa propre voix le surprit. Il avisa une banquette au bout du corridor et s'assit. Mais que lui arrivait-il merde !
Bon, il fallait qu'il revienne là-dessus. Il n'allait pas se mentir à lui-même, il venait d'en prendre un coup. Mais pourquoi ?
-Je m'en fiche, murmura t-il au mur en face de lui, je m'en fous complètement, il fait ce qu'il veut.
-Tu t'en fiches vraiment ? répondit une petite voix sournoise dans sa tête, mais alors que fais-tu là à les espionner ?
-Je ne les espionne pas, se défendit John, je voulais seulement savoir, je devais m'en assurer.
-Pourquoi ?
-Rodney. Rodney est là dehors, avec Beckett et il a la tête sur son épaule et…
-Et il a l'air bien comme ça, tu ne trouves pas ? Et puis il n'a pas l'air de se débattre. Dis, tu ne serais pas un peu jaloux ? insinua la voix.
-Comment ça jaloux ! Je n'en suis pas moi, je ne suis pas comme ça, seulement McKay, il fait partie de mon équipe et puis il est avec moi depuis le début, nous avons vécu des moments difficiles et je ne sais pas comment l'exprimer mais il y a un lien entre nous. J'ai besoin de lui et il a besoin de moi. Je l'ai eu avant Beckett, enfin, ce n'est pas ce que je veux dire mais Carson arrive et voilà qu'il brise tout ça parce qu'il a décidé de jeter son dévolu sur Rodney.
-On dirait que tu parles d'un objet, tu t'es entendu ? On dirait un gosse : « Il est à moi m'sieur, je l'ai trouvé le premier ». Et puis tu es sacrément de mauvaise foi et injuste envers le docteur Beckett. Au fond de toi tu sais qu'il est sincère, que c'est un homme bien, sûrement meilleur que toi et si tu étais un peu plus courageux tu admettrais que tu en pinces pour…
-Colonel Sheppard, vous parlez tout seul ?
Le militaire se leva d'un bond, vaguement gêné. Laura Cadman avançait vers lui accompagné d'une jeune femme qu'il n'avait jamais vu. Elle était grande, mince et avait des longs cheveux bruns. Ses yeux pétillaient.
-Vous êtes le colonel John Sheppard ? Questionna t-elle avec curiosité, Laura m'a parlé de vous.
-En bien ou en mal ? S'enquit le militaire qui avait repris ses esprits. Le mécanisme de son cerveau, celui dont les rouages commençaient à fonctionner dès qu'il voyait une jolie femme s'était mis en route. Il détailla rapidement la jolie silhouette qui se tenait devant lui et apprécia ce qu'il voyait. Ouf ! Tout à l'heure pendant un instant il avait failli admettre qu'il était amoureux de McKay. Il s'était trompé. Il se sentit soulagé, il ressentait une vive affection pour le scientifique, une forte amitié, voilà et il ne l'avait jamais reconnu. C'était pourquoi il s'était posé toutes ces questions, ce n'était pas plus compliqué que ça. Il se sentit d'un coup plus léger et afficha son sourire capitaine Kirk, comme dirait Rodney.
-En bien, évidemment, répondit vivement le lieutenant Cadman. Colonel Sheppard, je vous présente Charlotte Smith. Elle est arrivée ce matin par le Dédale mais je crois que le docteur Weir vous a parlé de sa venue.
-Mais bien sûr ! S'exclama John Sheppard, Elisabeth m'a mise au courant. Comment trouvez-vous Atlantis, miss Smith ?
John Sheppard écouta à peine la réponse formulée par les jolies lèvres. Effectivement le comité international avait décidé d'envoyer un reporter sur Atlantis. C'était une première. Il ne s'agissait pas de diffuser sur Terre le reportage que la jeune femme effectuerait mais le comité tenait à être prêt au cas où l'existence d'Atlantis serait dévoilée. On ne savait jamais. Il y avait déjà eu quelques fuites. Et puis le film pourrait aider à convaincre de nouvelles nations à participer financièrement au projet. Il n'avait pas été chaud à l'idée qu'une personne inconnue se promène dans toute la cité avec une caméra à la main et mette son nez partout mais Elisabeth l'avait convaincu de coopérer. De toute façon il n'avait pas le choix
-…et puis je trouve la cité fantastique et encore, aux dire de Laura, ajouta t-elle en souriant, je n'ai encore rien vu. J'espère que je pourrais compter sur votre aide colonel Sheppard ?
-Avec plaisir, miss smith, mais puisque vous appelez déjà le lieutenant Cadman par son prénom, je pense que vous pouvez m'appeler John, reprit-il avec un sourire éblouissant.
-A condition que vous m'appeliez Charlie, rétorqua la jeune cinéaste.
Laura Cadman soupira. C'était reparti pour un tour ! Capitaine Kirk remettait ça. Elle y était habituée. N'empêche que…elle scruta plus attentivement son supérieur. Il y avait quelque chose qui n'allait pas. Elle le connaissait bien maintenant et elle aurait juré qu'il s'obligeait à jouer un rôle. Elle chercha à déceler un indice sur le visage aux traits réguliers et il lui sembla entrevoir une ombre de tristesse dans les yeux. Laura secoua la tête, elle devait se tromper, la fatigue sans doute. Toute la journée elle avait servi de guide à Charlotte Smith mais elle ne le regrettait pas. La jeune femme était intelligente, agréable et avait le sens de l'humour. De plus elle était dotée d'une énergie incroyable et était curieuse de tout. Mais maintenant Laura Cadman pensait qu'elle méritait bien un peu de repos.
-Peut-être pourrions-nous aller nous coucher ? Suggéra t-elle avec tact à la journaliste.
-C'est dommage, j'aurais bien voulu poser quelques questions au colonel, enfin, je veux dire à John, répondit la jeune femme. Je suis là pour une semaine et cela va passer vite, il y a tant de chose à voir ici.
-Mais je suis à votre disposition, rétorqua galamment le militaire. Allez lieutenant, je raccompagnerais Charlie à sa porte, ne vous faites pas de souci.
Laura Cadman hésita quelques secondes puis disparut tout en souhaitant le bonsoir au colonel et à sa nouvelle amie.
La jeune femme aperçut la vitre légèrement entrouverte qui menait à la jetée sud.
-Et si nous allions discuter dehors ? suggéra t-elle en se dirigeant vers l'ouverture, Ce serait plus agréable.
-Non ! Le ton brusque la surprit. Le colonel Sheppard venait de la saisir par la manche et la tirait en arrière.
-Mais..qu'est-ce que cela veut dire ? Demanda t-elle surprise.
-Euh, excusez-moi, nous serons mieux au mess, il n'y a personne à cette heure-ci affirma le militaire sur un ton péremptoire en l'entraînant au bout du couloir.
Charlie surprise se laissa faire. Mais elle était assez perspicace pour deviner qu'il avait une bonne raison pour l'entraîner au loin et cette lueur de souffrance qui avait traversé un instant les yeux du colonel, elle était sure de ne pas l'avoir imaginée.
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Carson Beckett caressa doucement la nuque de Rodney tout en l'embrassant une nouvelle fois. Il sourit en s'apercevant que le scientifique fermait les yeux pour mieux savourer le baiser. Rodney était adorable. Ses baisers étaient un peu maladroits mais il prenait de l'assurance. Carson comprenait très bien, il était déjà passé par là, pas facile pour un homme d'embrasser pour la première fois un autre homme.
Mais ça venait, tout doucement, tendrement, comme il l'avait espéré.
Rien ne pressait. Pour l'instant, il profitait pleinement de son bonheur et n'en demandait pas plus. Il était si amoureux, depuis si longtemps.
Il huma l'odeur de son compagnon. Rodney sentait bon, incroyablement bon. Il se sentit d'un coup trop serré dans son pantalon. Depuis un moment déjà il avait une érection et se demanda ce qu'en penserait Rodney. Bon, c'était idiot comme réflexion, le scientifique devait bien se douter que ses baisers avaient une répercussion sur une certaine partie de son anatomie et il se pouvait bien que lui aussi soit dur. A ce moment là, Rodney laissa tomber sa main sur son bas ventre et la retira aussitôt.
-Oh ! chuchota t-il en cassant le baiser.
-Oui, tu me fais de l'effet, sourit le médecin, beaucoup d'effet même. Et toi, tu ne ressens rien ?
-Si, avoua le scientifique en rougissant mais…écoute Carson, je ne sais pas si je pourrais, tout de suite, comme ça. C'est vrai que jusqu'à présent j'avais rapidement envie de passer à l'étape suivante mais là, je crois que j'ai besoin d'un peu de temps.
-Je comprends Rodney, le rassura son ami. Ce n'est pas un problème et nous avancerons à ton rythme. Surtout je ne voudrais pas que tu te sentes obligé de faire ce que tu ne veux pas. Je te l'ai déjà dit : Nous avons tout le temps. Je t'aime, j'attendrais, ajouta t-il.
-Merci Carson, répondit simplement le scientifique. C'est tellement nouveau pour moi, j'espère que tu n'es pas trop déçu quand même.
-Rodney, écoute-moi bien, répliqua le médecin fermement. Il saisit son ami dans ses bras et le regarda droit dans les yeux. Depuis que je te connais, tu ne m'as jamais déçu. Tu m'as étonné, c'est vrai, surpris, intrigué, exaspéré et parfois même mis en colère mais tu ne m'as jamais déçu, mets toi ça dans la tête, d'accord ? Ajouta t-il plus tendrement en déposant un baiser sur les lèvres fines.
Rodney sourit et se blotti contre lui.
-OK Carson, répondit-il en se lovant contre la large poitrine. Je me sens bien là, continua t-il en fermant les yeux, si bien.
Carson Beckett sourit et porta son regard sur la masse sombre de l'océan. Oui, ils étaient bien.
Je prends quelques jours de vacances alors la suite la semaine prochaine...
