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Charlotte Smith ouvrit les yeux et s'étira. Elle avait dû s'endormir un moment. Elle se retourna, s'appuyant sur un coude et observa John Sheppard. Ce dernier avait les yeux ouverts et contemplait pensivement le plafond. Elle retint l'indétronable « à quoi tu penses ? » qui lui montait aux lèvres et se contenta de bailler.

Elle repartait le lendemain. Son séjour sur Atlantis avait été passionnant. Dommage que son reportage ne puisse être rendu public. C'aurait été la gloire assurée, peut-être même aurait-elle décrochée le prix Pulitzer. Elle aurait été célèbre dans le monde entier. Mais bien entendu elle avait signé une clause de confidentialité et n'entendait pas la violer. Elle n'avait pas envie de passer le reste de sa vie à tourner en rond dans la cour d' une prison américaine. Au mieux.

Et puis elle avait maintenant des appuis importants. Les gens qui avaient commandité son reportage étaient puissants et des portes s'ouvriraient désormais en grand devant elle. Des portes qu'elle aurait mis des années à pousser sinon. Elle était ambitieuse et intelligente.

Elle venait d'effectuer le reportage le plus stupéfiant de toute l'histoire du journalisme mais il resterait secret. Pour l'instant. Mais qui sait, peut-être qu'un jour…

Elle détailla le profil de l'homme allongé prés d'elle. Il était beau, c'était indiscutable. Des traits réguliers, un nez droit, des lèvres pleines. Il avait été gâté par la nature.

Mais Charlie Smith pouvait affirmer sans se tromper qu'il n'était pas un homme heureux. Il semblait tourmenté, ailleurs. Il le cachait, évidemment mais quand il croyait qu'on ne le regardait pas, son front se plissait, il avait l'air troublé et amer. Puis dès qu'il se sentait observé son visage s'éclairait d'un grand sourire.

Mais pour l'instant il semblait passionné par le plafond. Elle se leva.

-Tu pars déjà ? Questionna le militaire sortant de sa méditation.

-J'ai rendez-vous avec Teyla Emmagan et Ronon Dex. Je compte les inclure dans mon reportage bien sûr. J'espère qu'ils accepteront de me parler de leur vie avant Atlantis.

-Pour Teyla, tu n'auras pas de problème, Ronon lui n'est pas très bavard.

-J'ai l'habitude, rétorqua brièvement la jeune femme. Je prends une douche et j'y vais. On se voit à midi si tu veux.

-OK, midi au mess. C'était bien ? Questionna t-il en changeant abruptement de conversation.

-Bien quoi ? Demanda Charlie perplexe.

-Nous deux, enfin, je veux dire cette nuit. La journaliste le fixait toujours intriguée, il se lança, bon, je veux dire tu as joui ?

-Mais..tu étais là, non ? Tu le sais bien, répondit t-elle stupéfaite.

Il hésita, un peu rouge et confus puis se décida.

-Combien de fois ? Tu as eu un orgasme ? C'était bon ?

Merde ! Elle n'aurait jamais pensé que John Sheppard faisait partie de ces hommes qui avaient besoin d'être rassurés sur leurs performances après l'amour. Est-ce qu'il manquait de confiance en lui à ce point là ? Pourtant il n'en avait pas l'air. Elle avait entendu dire qu'il était un vrai coureur de jupon et elle était persuadée que c'était vrai alors que se passait-il ?

Et puis s'il y avait quelque chose qu'elle détestait c'était bien le débat après le film, si elle pouvait utiliser cette image. Ca gâchait tout.

Cela devait être un passage et sûrement avoir un rapport avec ce qui rongeait le militaire. Il avait besoin d'être conforté et rassuré dans son image de séducteur auprès des femmes.

-C'était génial, tu es un amant formidable, décréta t-elle en disparaissant dans la salle de bain, je te l'assure.

ooooooooooooooooooooooo

Le mess était bondé. Le colonel Sheppard saisit son plateau et chercha Charlotte des yeux . Il se sentait gêné par ce qui s'était passé le matin. Mais quel besoin avait-il eu de questionner la jeune femme ! Il avait subitement ressenti l'envie d'être rassuré sur sa virilité, c'était stupide. Heureusement elle partait bientôt, il était bien assez embarrassé comme ça.

-John ! Charlie agitait la main et lui faisait signe du fond du mess.

Il avança et pinça les lèvres. Elle était attablée en compagnie de McKay, Carson, Teyla et Ronon. Des rires fusaient, la conversation semblait bruyante et animée.

Elle se poussa, lui laissant une place. Il se retrouva en face de Rodney.

Le scientifique était avec Beckett, cette fois-ci pas de doute. Ce qu'il avait vu sur la jetée l'autre soir l'avait édifié. Il se revit à ce moment là, son désarroi, sa souffrance et ses doutes sur ses propres sentiments puis Cadman était arrivé avec Charlie Smith et il avait pensé s'être fourvoyé. Il était bien un homme à femmes et il s'en était persuadé en couchant avec la journaliste mais la douleur était revenue.

Cela n'empêchait pas qu'il ne reconnaîtrait jamais avoir des sentiments amoureux pour McKay, c'était impossible. Pas lui. OK, il était exclusif et il considérait Beckett comme une menace mais c'était parce qu'il ne voulait pas que ce dernier brise le lien d'amitié qui l'unissait au scientifique. C'était vrai aussi qu'il n'avait jamais épargné Rodney et était particulièrement exigeant avec lui sur les missions et sur la base mais c'était justement parce qu'il le considérait comme un ami n'est-ce pas ? D'ailleurs c'était son père qui disait qu'un vrai homme ne montre jamais ses sentiments.

Les convives étaient absorbés par leur repas. Charlie leva la tête et fronça les sourcils.

Le colonel John Sheppard semblait hypnotisé par le docteur McKay. Le beau regard sombre était fixé sur l'homme qui lui faisait face, absorbé par son repas et Charlie retrouva l'expression troublée et amère qu'elle avait parfois remarqué sur le visage du militaire.

Parce que même si elle était jeune elle avait roulé sa bosse, rencontré des êtres humains de toutes catégories, parce que son métier l'obligeait à garder les yeux grands ouverts, à chercher, forcer, creuser, aller toujours plus loin, parce qu'elle savait lire entre les lignes et discerner ce qui se cachait sous les non-dit, dans les regards et surtout parce qu'elle était une excellente journaliste, qui savait observer et tirer les conclusions qu'il fallait, elle eut un flash de compréhension.

Aussitôt modéré par le doute. C'était trop rapide pour tirer des conclusions. Un éclair, un soupçon mais rien de substantiel . Se pouvait-il tout de même que la faille soit le docteur McKay ?

Elle s'était renseignée sur l'homme. Il était hors norme. Une intelligence prodigieuse, un égo à la hauteur de son génie, arrogant, tyrannique, imbu de lui-même et elle avait lu les rapports qu'Elisabeth Weir lui avait permis de consulter. Il était également courageux, loyal et avait à de nombreuses reprises sauvé la cité. Elle avait appréhendé leur rencontre mais il s'était montré courtois, agréable et il ne manquait pas d'humour. Il avait une passion sans borne pour Atlantis et la connaissait mieux que personne. Quand il en parlait il s'enflammait, ses yeux bleus brillaient et ses mains se déplaçaient à toute vitesse.

Elle se rendit compte qu'un autre homme regardait McKay. Le docteur Beckett, mais lui semblait serein. Il souriait en observant le scientifique concentré sur sa nourriture. Décidément, tout ceci était étrange.

De ce qu'elle en avait conclu après sa visite de l'infirmerie et son entretien avec le médecin, c' était un homme un homme adorable, pétri d'humanité et très intelligent. Elle était tombée sous le charme de ses magnifiques yeux et de son sourire chaleureux. Il était charmant et s'était mis en quatre pour lui faciliter la tache, la guidant dans ses laboratoires et lui offrant un aperçu succinct de ses recherches. C'était un homme passionnant et elle avait terminé sa visite avec regret.

Il s'était même donné la peine de contacter son ami le docteur McKay afin qu'il la reçoive personnellement dans son laboratoire.

Seule une personne extérieure à la cité pouvait avoir assez de recul pour voir ce qui était invisible aux yeux des autres. Le déclic se fit. Comme elle était une très bonne journaliste elle avait tout de même une incertitude. Elle eut un sourire amusé. Voilà qui ne figurerait pas dans son reportage, pourtant les sentiments humains étaient passionnants aussi. Elle eut la prescience que sur cette cité plus qu'ailleurs, ils redoublaient d'intensité peut-être parce que les hommes et les femmes qui l'habitaient étaient confrontés à des dangers permanents sans compter les wraith, les genii et tous les autres. En situation de crise les sentiments s'exacerbaient, c'était bien connu.

-Comment avez-vous trouvé votre séjour parmi nous Charlie ?

La question tira la journaliste de ses pensées. Elle sourit à Teyla Emmagan.

-C'était passionnant, je regrette de partir déjà. Je vous envie un peu de vivre ici malgré les risques auxquels vous êtes sans cesse confrontés et j'ajoute également que je vous trouve tous incroyablement courageux. Vous arrivez à vivre à peu près normalement malgré la pression et les dangers, les échecs et les morts.

Un moment de silence clôtura sa déclaration, silence sur lequel planaient les ombres de Grodin, Gall, Abrams, Ford et tant d'autres. Des atlantes bien sûr et les autres. John eut une pensée pour les passagers de l'Aurora.

-Nous avons de bons moments aussi, rappela Teyla, nous avons fait des découvertes, rencontrés d'autres peuples, des êtres totalement différents parfois et d'autres fois si proches de nous. C'est souvent difficile mais toujours passionnant.

-Vous êtes les explorateurs d'aujourd'hui.

John Sheppard acquiesça, il appréciait l'expression.

-Oui, cela pourrait faire le titre de votre reportage, rétorqua t-il.

-Pourquoi pas ? On verra, répondit la journaliste en souriant. En tout cas je garderais un excellent souvenir de vous tous. C'était vraiment passionnant, répéta t-elle. L'intérêt avec mon métier c'est qu'on a jamais fini d'apprendre.

-C'est comme nous, souffla Rodney, nous découvrons tous les jours des choses dont nous ne soupçonnions même pas l'existence. Il se leva. Bon, je vais voir si personne n'a provoqué de catastrophe dans le labo pendant mon absence. Cela aussi fait partie des surprises que la vie sur Atlantis nous réserve.

Il se leva, saisit son plateau et s'en fut.

Charlie nota que John Sheppard le suivait du regard.

A suivre…