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-Voilà, là, ça y est, maintenez votre assiette, vous voyez bien que vous pouvez y arriver McKay.
Le scientifique tendu à l'extrême tenta de se concentrer sur les instructions du colonel Sheppard mais c'était plutôt difficile alors que ce dernier placé derrière lui l'encerclait de ses bras et le guidait en posant ses deux mains sur les siennes.
-C'est bien là, souffla Sheppard à son oreille, vous ne slalomez presque plus, regardez, la trajectoire du jumper est presque rectiligne, continua t-il en désignant l'écran, vous faites des progrès Rodney.
-Vous…vous croyez colonel ?
-Je vous l'assure.
Rodney McKay sentait le souffle brûlant du colonel Sheppard sur sa joue. Il se sentait mal à l'aise mais n'osait pas demander à ce dernier de s'écarter un peu. Il était pratiquement certain que le militaire n'était pas animé d'attentions douteuses mais il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir quelques soupçons. A part cela tout allait bien et Rodney ne voulait pas être la cause d'un nouveau conflit entre eux, surtout si la conduite de Sheppard n'avait rien d'ambiguë.
Il devait se faire des idées.
N'empêche qu'il aurait juré que la respiration de l'autre homme s'était légèrement précipitée et que ses lèvres s'étaient encore approchées de son oreille.
Il pouvait même en sentir la chaleur.
-Allez, tout droit bébé…
Sheppard s'adressait-il au jumper ou à lui ? le scientifique était partagé par le doute. Le ton était doux, tendre, comme celui d'un amoureux. Il tenta de se raisonner. Le militaire était passionné par le vol, l'espace. C'était ce qui lui avait fait choisir son métier, Rodney le savait. Dés qu'il était aux commandes d'un engin volant Sheppard était dans son élément, comme un poisson dans l'eau.
Le canadien sentait la chaleur de l'autre homme l'entourer comme un cocon où plutôt comme un étau vivant. Il se retrouva d'un coup tétanisé, comme privé de volonté. Les lèvres du militaire effleuraient maintenant ses joues alors que ses mains glissaient semblables à des caresses sur les siennes. Il ferma les yeux, goûtant le moment.
-Rodney…
L'appel de son nom prononcé d'une voix des plus sensuelle... Cette fois-ci le doute était exclu. Le canadien sortit brusquement de sa torpeur. Il bondit de son siège et l'arrière de sa tête heurta le front du militaire. Il entendit un cri de douleur alors que le vaisseau faisait une embardée.
Le colonel n'avait pas pour autant perdu ses réflexes. Son premier geste fut de prendre la place de son compagnon et de redresser le jumper. Sur l'écran la trajectoire passa instantanément de courbes folles à un trait rectiligne.
Il porta la main à son front douloureux. Une bosse commençait à se former. Il se retourna furibond.
-Mais qu'est-ce qu'il vous a pris McKay ? Vous en avez assez de la vie ou quoi ? s'écria t-il.
Le scientifique le dévisagea l'air incrédule. Et bien le colonel ne manquait pas de culot. Son sang ne fit qu'un tour.
-Comment osez-vous me demander cela ? explosa t-il. Vous…vous avez une attitude des plus trouble envers moi et vous essayez de me rejeter la faute. Mais il ne faut pas vous gêner, allez-y, continuez tant que vous y êtes !
-Cessez de crier comme un hystérique McKay, je ne vois pas à quoi vous faites allusion. Je vous donnais une simple leçon de vol et vous vous êtes énervé comme ça, pour rien. Bon, asseyez-vous et attachez-vous, nous ferions mieux de rentrer décréta froidement le militaire.
Mais Rodney, ulcéré par tant de mauvaise foi sentit la colère l'envahir. Il attrapa l'autre homme par le col et l'obligea à lui faire face.
-Maintenant ça suffit Sheppard, grinça t-il. Je ne vais pas jouer à ce petit jeu avec vous alors voilà ce que nous allons faire, vous allez immobiliser le jumper et nous allons avoir une petite explication, là, tous les deux une bonne fois pour toute.
Le pilote hésita. McKay était pale et tremblait de rage.
-Calmez-vous Rodney, répondit-il d'un ton conciliant. Nous allons rentrer et nous discuterons de tout cela à tête reposée, quand vous irez mieux.
Il se dégagea et se rassit au poste de contrôle.
Le scientifique ferma les yeux une seconde et respira un bon coup. Il n'était pas question de céder. Sitôt sur Atlantis Sheppard se défilerait et rien ne serait résolu. Il fallait crever l'abcès maintenant, même si ça faisait mal parce qu'aucun d'eux ne pourrait continuer ainsi.
-Non colonel reprit-il s'exhortant au calme. Nous allons parler ici et maintenant à moins que vous n'ayez peur de la vérité ?
Rodney comprit qu'il avait touché juste. Le militaire stabilisa le vaisseau et l'immobilisa. Il se se leva de son siège et lui fit face.
-Et bien, puisque vous voulez parler, parlons, railla t-il un rictus méprisant aux lèvres, vous avez des problèmes McKay ?
Le scientifique ne tomba pas dans le piége. Il garda son calme et renvoya la question.
-Il me semble que c'est vous qui avez des problèmes colonel.
-Ah oui, et quel genre problème monsieur je sais tout ?
-Vous le savez très bien, je parle de ce qui vient de se passer, continua le scientifique en désignant le siège du pilote, et de votre attitude envers Carson Beckett et moi.
-Ah oui, rétorqua dédaigneusement le militaire. Au fait, vous couchez avec lui ?
-Ca ne vous regarde pas, déclara Rodney en maudissant une fois de plus cette aptitude qu'il avait à rougir dès qu'il se sentait mal à l'aise.
-Bon, je vois que non, ricana l'américain en le scrutant. Vous n'en êtes pas encore là hein ? C'est pas facile pour vous n'est-ce pas ? Lui il a de l'expérience dans ce domaine, et même une grande expérience si j'en crois son dossier. Au fait vous savez qu'il est un fervent adepte des parties à plusieurs ? Je dois reconnaître que c'est un homme particulièrement brillant parce que suivre les études qu'il a faite tout en ayant une vie sexuelle aussi agitée, ce n'est pas donné à tout le monde.
-Sheppard, je vous répète que ce ne sont pas vos affaires, répéta le scientifique troublé malgré lui. Mais pourquoi faites-vous cela ? Demanda t-il d'une voix plus douce.
-Pourquoi je fais quoi ?
Rodney s'avança et le regarda dans les yeux. Il vit le regard noisette vaciller.
-Vous nous harcelez, Carson et moi. Vous saisissez n'importe quel prétexte pour m'éloigner de lui. Vous me détestez colonel ?
Pour la première fois depuis le début de la confrontation le militaire baissa les yeux.
-Vous savez bien que non McKay, avoua t-il.
-Tout à l'heure…commença le scientifique, vous m'avez touché d'une façon que…
-Je ne veux pas en parler McKay, répliqua vivement le militaire sur un ton boudeur.
-Mais il le faut bien, rétorqua le scientifique. Colonel ? Le militaire ne répondit pas. Sheppard ? Insista t-il. Toujours rien. John ?
John Sheppard sentit la douleur familière qui lui contractait l'estomac remonter à la surface. Ses lèvres se mirent à trembler et il réprima les larmes qui menaçaient d'apparaître. Il n'allait pas se mettre à pleurer là, comme un gosse. Non, pas maintenant, quand il serait seul OK mais il devait se retenir.
-John ?
Rodney McKay ne l'avait jamais, au grand jamais appelé par son prénom et l'entendre le prononcer ainsi, doucement, cela lui brisait le cœur.
Il regarda le scientifique dans les yeux et celui-ci comprit sans doute aucun la nature du tourment qui rongeait le militaire.
-Rodney…
-John, je suis navré, j'aime Carson, vous comprenez ? plaida le scientifique.
-Pourtant tout à l'heure, j'ai senti qu'il se passait quelque chose entre nous, vous ne pouvez pas le nier, argumenta le militaire d'une voix sourde.
Rodney McKay se mordit les lèvres.En effet il ne pouvait pas le nier, Sheppard n'avait pas tort. Il s'était senti tout d'abord mal à l'aise mais il y avait eu entre eux, l'espace de quelques secondes un contact, quelque chose d'indéfini, de sensuel avant qu'il ne reprenne ses esprits.
-Vous avez raison, avoua t-il, je le reconnais mais j'aime Carson et lui aussi m'aime. Je vous en prie, comprenez-le.
Ils échangèrent un long regard, les yeux noisette plongeant dans les yeux bleus. Rodney caressa brièvement la joue du militaire qui frémit au contact et déposa un léger baiser sur ses lèvres.
-Ne vous inquiétez pas Rodney, je n'irai pas plus loin. Le colonel reprenait contenance et le scientifique voyait de nouveau émerger l'ancien militaire mais sans la hargne et la colère au fond du regard. Ecoutez, j'ai réagi comme un égoïste, j'avais peur de vous perdre, que rien ne soit plus comme avant, tout ce que nous avons vécu ensemble, ce que nous avons construit, j'avais peur que Carson ne le détruise en vous éloignant de moi.
Je ne vous ennuierais plus, je vous le promets. Nous ne reparlerons plus de tout ça. Je n'irai pas jusqu'à dire que je vous souhaite tout le bonheur du monde, je ne le pourrais pas, vous comprenez pourquoi mais vous méritez d'être heureux. N'empêche…le visage du militaire se fendit d'un grand sourire un peu triste, je serais toujours là, vous le savez.
Rodney opina, la gorge serrée. Il n'avait jamais entrevu la fragilité qui existait chez John Sheppard. Cet homme à la fois dur, narquois, amusant, exaspérant, cet homme qui prenait un malin plaisir à l'agacer, qui pouvait se montrer odieux, déplaisant au possible ou bien charmeur à l'extrême était un homme qui doutait, un homme qui cachait sa peur et sa vulnérabilité au fond de lui, un homme qui aimait, comme lui.
Mais là il ne pouvait rien y faire.
-Colonel, il n'y a rien de changé, assura t-il. Mes sentiments pour Carson n'interféreront pas sur nos missions ni sur mon travail. Vous n'avez rien à craindre de ce coté là.
-Je sais McKay, je n'en doute pas un instant, assura le militaire qui avait de nouveau repris sa belle assurance. Alors, toujours prêt pour cette leçon de vol ?
-Avec plaisir colonel Sheppard, rétorqua le scientifique avec enthousiasme en s'asseyant au poste de contrôle. Allez bébé, on rentre à la maison, ordonna t-il au jumper.
John Sheppard soupira. Et bien ce n'était pas gagné. La trajectoire qui s'affichait sur l'écran rappelait celle d'un slalom géant. Rodney devait beaucoup, beaucoup aimer skier.
-Non, non, McKay, tentez de visualiser la ligne médiane dans votre cerveau. Vous êtes un génie non ? Vous devriez pouvoir y arriver !
Mais Rodney McKay écoutait à moitié. Il se sentait bien. Mieux qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Finalement la confrontation qu'il redoutait avait eu des conséquences positives, même s'il se sentait désolé pour John. Malgré cet instant un peu trouble qu'ils avaient partagé tous les deux et qu'il attribuait à l'attraction que le militaire exerçait sur lui, après tout c'était un homme très séduisant qui dégageait un certain magnétisme, il aimait Caron, sans doute aucun.
Bien sûr tout ne serait pas parfait entre le colonel et lui et il ne faudrait pas longtemps avant que ce dernier ne recommence avec ses vannes à quelques cents mais ils avaient avancé et John avait fait un grand pas puisqu'il avait admis, même si cela lui faisait mal, même sans vouloir le reconnaître de vive voix qu'il existait une relation amoureuse entre Carson et lui et qu'il la respecterait en tant que telle.
A suivre... pour le dernier chapitre.
