Sora les rejoignit en route, alors qu'ils arrivaient dans le couloir principal, celui qui conduisait au hangar où les attendait un vaisseau spécialement fabriqué par Cid pour l'équipe, qui servait aussi bien de vaisseau spatial que de véhicule amphibie. Très pratique lors de certains départs précipités.
« Kairi, tu n'aurais pas du sortir de l'infirmerie, ce n'est pas très prudent, dit Sora en étouffant un bâillement. »
« Et toi, tu n'aurais pas du sortir de ton lit, lui répliqua-t-elle sèchement mais en le gratifiant d'un grand sourire. »
« Kairi 1, Sora 0, commenta sobrement Riku. »
« De toute façon, le capitaine Strife ne te laissera jamais sortir ! »
« Je lui dirais qu'à mon avis, elle est plus apte à sortir que toi, lui répondit Riku, et je pense qu'il m'écoutera plus que toi… »
Sora soupira.
« C'est juste que je me fais du souci voilà tout…Si tu sors, Kairi, ton état risque de s'aggraver voire de devenir irréversible… »
Kairi et Riku échangèrent un regard. Aucun d'entre eux n'arrivait à trouver les mots pour dire à Sora de lâcher l'affaire puisque de toute façon, c'était trop tard pour leur amie.
Ils rejoignirent tous les autres dans la salle d'armes. Ils attrapèrent chacun un pistolet mitrailleur, Sora prit aussi sa Keyblade, et Riku son Ame-nivore. Avec ça, ils étaient à peu près parés à n'importe quelle éventualité. Chacun prenait son arme blanche de prédilection, et naturellement une arme à feu, car mieux valait combattre ces saletés de zombies de loin voire de très loin. C'était en s'approchant trop d'un de ceux qu'elle croyait avoir mis hors d'état de nuire que Kairi s'était fait mordre. Tous la regardaient avec un air désolé sur le visage, priant pour ne aps avoir à la tuer eux-mêmes. C'était toujours désagréable d'avoir le sang de quelqu'un qu'on aimait bien sur les mains.
Le seul qui n'avait pas cette inquiétude, c'était tout naturellement Sora, qui était à cent mille lieues d'imaginer que Kairi, sa Kairi était sur le point de mourir. C'est vrai qu'elle n'avait rien d'une mourante, avec son grand sourire et son énergie débordante. Riku soupira et passa sa main dans ses cheveux.
« Ca va, lui demanda Tidus. »
Riku lui répondit en souriant du mieux qu'il pouvait depuis la promesse fatale qu'il avait faite à Kairi.
« Oui, ça va, juste un peu tendu, mais pas plus que d'habitude, mentit-il. »
Tidus le dévisagea d'un œil inquisiteur.
« Tu ne t'es jamais inquiété pour une remontée avant, au contraire, d'habitude, ça te faisait plutôt plaisir… »
« Avec ce qui est arrivé à Kairi, je me suis rendu compte que c'était plus dangereux que ce que je pensais, dit-il avec un sourire triste. »
« Ouais, c'est sûr, je comprends…Et il le prend comment Sora ? »
«Il ne s'en rend pas compte, je crois. Ou alors, il fait très bien semblant… »
« Et toi, tu tiens le coup ? »
« Comment tu veux que je tienne, hurla Riku. »
Tous se retournèrent.
« Pardon, dit-il en baisant la tête, je suis désolé, j'ai perdu mon calme, je sais que c'est une erreur. »
« Mieux vaut que tu le perdes ici que là-haut, trancha Cloud. On y va ! »
Le commando qui devait repousser les zombies pour les empêcher de rentrer dans Traverse était composé de Cloud, Léon, Riku, Tidus, Sora, Larxène et Kairi. Ca sera largement suffisant, pensa Riku. Après tout, les zombies n'étaient pas capables de s'organiser donc ce ne serait pas l'invasion d'une grande armée….Et puis un commando, ça passait quand même beaucoup plus discrètement que si tout le monde était monté !
Le vaisseau dans lequel ils étaient tous montés décolla, et ils eurent le droit au briefing et aux encouragements traditionnels de la part du capitaine Strife.
« N'oubliez pas : une blessure et c'est la mort. Soyez impitoyables et intouchables. »
Ce furent les seuls mots prononcés pendant toute la durée du voyage.
« L'ambiance n'est pas lugubre, mais presque, souffla Tidus à l'oreille de Riku. »
« Tu as déjà vu une remontée guillerette, toi ? »
« En tous cas, c'est déjà plus gai quand c'est le capitaine Axel qui dirige… »
« Oui, mais en ce moment, il est occupé ! En plus, les missions de ce genre, c'est toujours Cloud qui s'en occupe. »
« Tu crois que tu vas m'apprendre ça ! Je ne suis volontaire pour cette mission que pour soutenir Kairi dans sa première remontée depuis… »
Tidus se tus l'air sombre. Il reprit à voix encore plus basse.
« Tu crois qu'elle pourra redescendre avec nous ? »
« Je ne sais pas…Tout dépend d'elle, je pense… »
« Si seulement on avait pu… »
« On ne pouvait rien faire, siffla Riku entre ses dents serrées. »
Cette idée du et si cheminait depuis longtemps dans son esprit et la culpabilité lui minait le moral depuis trop longtemps.Mais il y aurait eu tant de choses à faire.Pourquoi fallait-il toujours que la moindre erreur soit sanctionnée aussi implacablement ? Et pourquoi Kairi ? Elle n'avait rien fait, tout le monde aurait cru ce zombie mort à sa place…En plus c'était entièrement la faute de Riku si Sora avait laissé son binôme toute seule et qu'elle avait été blessée. Il regarda en direction de Kairi qui était apparemment en grande discussion avec Sora. Elle adressa un grand sourire à l'argenté. Il lui répondit d'un petit signe de la main. C'était sûrement çà le plus dur dans sa situation : elle ne lui en voulait même pas…C'aurait été plus facile de devoir supporter ses reproches au lieu de ceux de sa conscience !
Ils arrivèrent enfin à Traverse. Les habitants de la ville, bien qu'ayant toute confiance dans les communiqués des différentes administrations sanitaires et politiques, avaient préféré rester cloitrés dans leur maison.
« Au moins, on aura pas de civils qui viendront nous déranger en plein combat, grommela Tidus. »
« J'adore la façon avec laquelle tu arrives toujours à trouver des bons côtés aux situations, lui répondit Riku en haussant les épaules et en chargeant son pistolet. »
Les premiers zombies sortirent d'un coin de rue. Il ne pouvait y avoir aucun doute sur leur nature, autant à cause de leur regard vide que des lambeaux de chair clairement humaine qui leur restait entre les dents.
« Ces salauds sentent vraiment la mort, constata Léon en mettant son fusil à l'épaule et en en descendant un d'une balle en pleine tête. »
La foudre s'abattit sur la bande de cadavres ambulants, les laissant tous grillés sur place, des morceaux de chair calcinée se détachant de leurs squelettes pour tomber lourdement au sol, laissant les os de leurs visages à nu.
« Joli coup, Larxène, dit Kairi lui souriant. »
« C'était pour rappeler aux hommes ici présents qu'il ne faudrait pas nous oublier non plus. »
Cette remarque lui attira des regards plein de reproches de tous les hommes présents, sauf du capitaine Cloud. Tout cela semblait lui passer bien au-dessus.
« Nos informateurs nous ont signalé que le nid se trouvait dans les égouts de la ville, leur dit le Capitaine. La mission est simple : il faut éradiquer ce foyer de peuplement. »
Ils se dirigèrent en silence vers chez Merlin, car c'était l'endroit depuis lequel on avait l'accès le plus facile vers les sous-sols de Traverse. Même si la maison avait vraiment perdu de son trépas depuis que son propriétaire était passé de l'autre côté. D'ailleurs, il était assez inquiétant de penser qu'ils avaient à présent un zombie-mage sur les bras à l'intérieur-même de la ville sans vraiment savoir où il pouvait se trouver. Le Sergent Léonheart actionna le mécanisme qui faisait descendre la passerelle pour permettre à Riku, Sora et Kairi de descendre. Ils étaient toujours chargés des missions de reconnaissance dans les lieux trop étroits ou trop sombres pour permettre une utilisation optimale des armes à feu grâce à leur habileté à l'arme blanche (ou au combat rapproché, dans le cas de Kairi) qui leur permettait de faire face aux zombies de classe E, D ou C en toutes circonstances (et même dans le pire des cas, ils étaient capables de tenir tête à un A le temps que les renforts arrivent). Certes, il faut maintenant spécifier les détails de cette classification. Dans les grandes lignes, ce système était plutôt simple : de E à C, on avait affaire à de simples cadavres ambulants plus ou moins résistants et plus ou moins intelligents. Dans le cas des A et des B, les capacités que la personne pouvait posséder de son vivant étaient conservées et même amplifiées par le phénomène de transformation.
« On vous donne une heure, leur lança-t-il pendant leur descente. »
A peine arrivé en bas, Riku soupira.
« Qu'est-ce qu'il se passe, demanda Sora. »
« Bah comme d'habitude dans les souterrains, le couloir se sépare en deux, et on est pas assez nombreux pour faire 2 vrais groupes ! »
«On n'a qu'à rester groupés, dit Kairi. Ca prendra certes plus de temps pour tout explorer, mais on minimisera les risques et c'est bien ça notre priorité, non ? »
« Bon, d'accord, on fait le ménage jusqu'à l'embranchement, puis après on fait descendre les autres. »
Ils se mirent en marche le plus silencieusement possible pour ne pas trahir leur présence à ces mangeurs de chair humaine (qui de plus préféraient l'arracher à leur victime quand elle était encore vivante) et en massacrant tous ceux qu'ils pouvaient croiser en route.
« Dis donc, il est où ton embranchement, Riku, lui chuchota Sora alors qu'ils marchaient depuis presque une demi-heure. »
« En fait, c'était plus une supposition qu'autre chose…Mais on peut raisonnablement supposer qu'il puisse y avoir des embranchements dans un tel réseau de galeries… »
Riku évita de justesse le coup de poing qui lui était destiné.
« Voyons, il n'y a pas de quoi s'énerver ! »
« Il a raison, Sora, dit Kairi en lui prenant le bras pour l'empêcher d'essayer de broyer la tête de son meilleur ami. »
Sora respira profondément à trois reprises.
« Bon, d'accord, admettons…Il n'y a plus qu'à continuer… »
« Précisément, dit Riku en prenant la tête du groupe. »
« C'est pas la peine de me narguer, grogna Sora. »
« Bon, ça suffit tous les deux, les réprimanda Kairi de sa voix la plus sévère. »
Les deux garçons éclatèrent de rire.
« Oui, Maman, chuchota Sora à l'oreille de Riku et leur fou rire repartit de plus belle. »
« C'est ça, allez-y, moquez-vous ! Rira bien qui rira le dernier ! »
« Mais on se moque pas de toi, parvint à dire Riku entre deux éclats de rire. »
Ils avaient déjà bien progressés dans le dédale souterrain (tout du moins suffisamment pour ne plus pouvoir revenir à l'entrée dans les temps) quand ils entendirent les grognements caractéristiques des zombies de basse classe. Comme de bien entendu, ils étaient à un tournant, et l'angle des murs les empêchaient de les voir, bien que les bruits leur semblent très proches. Ils ne pouvaient pas utiliser leurs armes à feu. Riku fit un signe de la tête à Sora alors que celui-ci empoignait sa Keyblade. L'argenté prit Ame-nivore en main, et ils se ruèrent sur le ennemis. A grands coups de lame, ils se frayaient un chemin parmi les zombies, tranchant quelques têtes sur leur passage. Bientôt, le sol et leurs épées furent recouverts d'un épais sang noir dont l'odeur pestilentielle de décomposition donnait la nausée à nos guerriers. Tout à coup, une boule de feu balaya le passage grillant tout sur son passage.
« Joli coup, Sora, lui lança Riku, mais je ne suis pas sûr qu'on en ait réellement eu besoin ! »
« C'était pas moi, lui répondit le brun d'une voix blanche. »
Ils se dévisagèrent un instant, comme si la réponse à leurs interrogations pouvait se trouver sur le visage de l'autre.
Une grande silhouette bleue apparut au bout du couloir. Un vieil homme avec un chapeau pointu et une grande barbe blanche.
« Merlin, souffla Sora. »
« Dire qu'on se demandait où il pouvait bien se trouver… En plus, c'est un B apparemment ! »
« Je ne vois pas ce que ça a de rassurant ! »
« J'ai pas dit que c'était rassurant ! »
« Glacier, hurla le zombie. »
Un torrent glacé s'engouffra dans le couloir, emportant les cadavres des zombies morts ou gelant sur place ceux qui pouvaient être encore vivants.
« Ca va être très dur, constata Sora. »
« Non, tu crois ! Couvre-moi, je vais aller lui apprendre ma façon de penser ! »
« OK ! »
Sora lança trois boules de feu dans le couloir, et Riku chargea Merlin qui dressa un champ de force devant lui. Le choc fut rude et propulsa l'argenté en vol plané 10 mètres plus loin, pile là où attendait Kairi.
« Riku ! Est-ce que ça va, demanda Kairi. Où est Sora ? »
« Impec…Il est pas bien loin, par là, dit-il d'une voix faible, en indiquant la direction de la main. Vas-y, moi je vous rejoindrai dès que j'ai rassemblé tous mes morceaux… »
Elle hocha la tête et partit rejoindre son ami pour l'aider. Riku resta longtemps allongé, les bras en croix. Il avait vraiment l'impression d'avoir été broyé par un rouleau compresseur qui lui aurait au passage arraché chacun des os de sa poitrine, impression fort désagréable s'il en est. Un cri féminin l'arracha à sa souffrance et à ses rêveries. Il se releva, saisit son épée, et repartit en direction du cri. Merlin n'était plus dans le couloir.
« Il est où le vieux débris, demanda-t-il. »
« Il a battu en retraite, répondit Sora les yeux pleins de larmes. »
Riku comprit vite en voyant qu'il portait Kairi dans ses bras. Il la posa au sol avec beaucoup de précautions. Elle était d'une pâleur cadavérique.
« Elle ne me répond plus, mais elle respire toujours ! Elle a juste perdu connaissance, dit Sora avec espoir et en caressant amoureusement les cheveux de la jeune fille. »
Riku ne répondit rien. Elle est en train de se transformer, voulait-il hurler, mais connaissant Sora, il savait qu'il ne le croirait pas. Il rechargea son pistolet, ravalant ses larmes, s'apprêtant à respecter la promesse le plus cruelle qu'on lui avait fait faire. Il prit son temps pour viser et dit à Sora :
« Ecarte-toi ! »
« Pourquoi ? »
« Dépose-la et écarte-toi… »
« Mais.. »
« Fais ce que je te dis ! »
Sora obtempéra. D'une main sure, Riku visa et tira deux balles dans la tête de son amie. L'écho des coups de feu se répercuta longtemps dans un silence de mort. Il ne vit dans le regard de Sora qu'une profonde incompréhension qui risquait bien vite de muter en haine féroce. Mais qu'importe, il était en paix avec sa conscience…Du moins le pensait-il à ce moment…
« Ils sont là, entendit-il dire depuis le bout du couloir. »
Alors les larmes coulèrent le long de ses joues.
