Tidus tomba à terre, Séphiroth le surplombant de toute sa hauteur, une lueur mauvaise éclairant son regard. Pourtant il ne put s'empêcher d'admirer à quel point la décomposition épargnait certaines personnes. Alors que les E perdaient leur chair par lambeaux qui restaient accrochés à leurs squelettes pourrissants jusqu'à ce qu'un autre zombie ne vienne leur arracher à coup de dents, les A étaient parfaitement conservés, à l'image de ce qu'ils étaient au moment de leur mort. Naturellement, il avait déjà entendu parler de Séphiroth par le Capitaine Strife : un guerrier impitoyable. Super, il allait mourir de la main d'une légende ! Quel honneur ! Il gloussa. Il fallait toujours accueillir la mort avec le sourire : au moins, ça laissait une bonne image de vous à ceux qui ramasseraient votre cadavre : c'est ce qu'on leur avait appris le jour de leur engagement. Il vit Squall se relevait tant bien que mal, raffermir sa prise sur sa Gunblade et se lancer à l'assaut. Il voulut lui crier d'arrêter, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Avant qu'il n'ait eu le temps de reprendre son souffle, Masamune avait repris sa danse mortelle et une pluie de sang détrempa le sol. Une blessure béait dans l'abdomen du pauvre Squall, laissant apparaître ce qui n'aurait pas du être visible. Séphiroth plongea la main dans les entrailles du Sergent Léonheart, lui causant une douleur si intense qu'il ne pouvait même plus hurler.

« Que vais-je bien pouvoir faire de toi ? Impudent, pensant me prendre par surprise, tu t'es condamné toi-même à mourir ! Et si avec tes tripes, j'étranglais ton camarade : ce serait presque comme si tu l'avais tué toi-même ! Ne trouves-tu pas cette idée excellente ? »

« Séphiroth, lâche-le ! C'est entre toi et moi à présent, dit Cloud en arrivant. »

« Cloud ! Ça alors…Moi qui pensais que tu n'aurais jamais le courage de te montrer devant moi ! Je suis surpris ! »

« Tu n'es plus que l'ombre de toi-même…Alors ne pense pas que je te craigne encore. »

« Tu oublies un minuscule petit détail…Je suis immortel maintenant ! »

« Vraiment ? Il faut vérifier alors ? »

Cloud chargea, lame en avant. Il fut renvoyé 5 mètres plus loin par la violence du choc. Son épée tomba en 2 morceaux, tranchée nette par Masamune. S'en était fini de la fidèle Epée Broyante…

« Je suis curieux de voir comment tu vas t'en tirer à présent…Seul et sans armes… »

« T'inquiète, je suis encore capable d'improviser ! »

Cloud commença à faire des moulinets avec ce qui lui restait d'épée. Fixer son regard sur la traînée que laissait le mouvement de l'arme, c'était l'un des meilleurs moyens qu'il connaissait pour se concentrer…Surtout avec un zombie surpuissant qui vous faisait face.

« Brasier », cria-t-il, et une boule de feu fila à toute allure vers le bel argenté, qui la renvoya vers Cloud d'un simple coup d'épée. Le blond fut obligé de rouler à terre pour ne pas se faire brûler par son propre sort (ce qui aurait été une mort assez déshonorante en réalité). Je suis mal barré, pensa-t-il alors que Masamune s'abattait là où il se trouvait à peine 5 secondes plus tôt. S'il se faisait touché, c'en était fini de lui… Le poison de Masamune terminerait ce que la lame elle-même avait déjà commencé plus tôt. Il en avait vraiment assez de se rouler par terre, mais Séphiroth ne lui laissait pas le temps de se relever entre deux assauts. Alors il ferait mieux de s'habituer à patauger dans la fange de toute une ville… C'était en partie pour ça qu'il détestait les zombies : ils avaient toujours le chic pour s'installer dans les endroits les plus sordides que l'on puisse imaginer, peut-être pour que leur propre décomposition leur paraisse moins insupportable. Il eut un petit rire triste. Ce n'était pas le moment pour faire de la psychanalyse de zombie. Après tout, si le combat continuait comme ça, il saurait bien vite ce qu'ils pouvaient ressentir, et ses propres hommes devraient le tuer. Il ne leur autoriserait pas la moindre hésitation : c'était leur mission après tout, et ils savaient tous à quel point ils risquaient leur vie à chaque instant.

« J'adore prendre mon temps avant d'achever mes victimes…Histoire qu'elles se rendent bien compte de tout ce qu'elles perdent. Où en es-tu de tes regrets, cher Cloud ? »

« Je n'en ai aucun…J'aurais eu le plaisir de te voir crever au moins une fois ! »

Les yeux de Séphiroth se rétrécirent sous l'effet de la colère. Sa voix se fit plus sifflante.

« Tu vas mourir, ici, seul, dans la fange la plus immonde qui soit, abandonné de tous…Et tout ça parce que tu auras osé me défier une fois de trop, Cloud. »

« C'est moi, ou tu prends du plaisir à prononcer mon prénom ? »

Avec un rugissement sauvage, Séphiroth abattit Masamune. Cloud ferma les yeux, attendant la morsure de la lame dans sa chair. Mais rien… Lorsqu'il rouvrit les yeux, le sabre géant avait été arrêté par deux épées qu'il connaissait bien : Keyblade et Dévoreuse d'âmes.

« Vous allez bien, Capitaine Strife, demanda Larxène en l'aidant à se relever. »

« Occupez-vous plutôt des autres, dit-il sèchement. »

Les remerciements devraient un petit peu attendre, au moins le temps qu'il soit en sécurité, c'est-à-dire hors de portée de Séphiroth et de sa lame.

« Capitaine, Larxène, occupez-vous de Tidus et de Squall, nous, on va le retenir, leur lança Riku. Du moins, si tu te sens de le faire, Sora ? »

« Pour qui tu me prends, le grisonnant ? »

« C'est parti, alors ! »

Larxène sourit. Il leur suffisait d'un ennemi commun pour se réconcilier…Enfin, tout du moins en apparence.

« Venez, Capitaine, dit-elle en l'entraînant vers leurs deux blessés. »

« Je vous interdis d'être en retard tous les deux. Je vous veux dans le vaisseau dans un quart d'heure, lança-t-il à ses deux hommes. »

« À vos ordres, capitaine, répondirent-ils, simultanément. »

Cloud prit Squall sur ses épaules, pendant que Larxène portait Tidus. Il partit l'esprit tranquille. Sora et Riku savaient ce qu'ils avaient à faire.

La pression de Masamune sur leurs épées se faisait de plus en plus forte.

« Sora, je ne vais pas tenir encore très longtemps, le prévint Riku alors que sa lame commençait à baisser dangereusement. »

« Pas de problème ! À toi de jouer, alors ! »

« Merci de ton soutien…Non, vraiment j'apprécie ! »

Sora recula de quelques pas, et lança un glacier sur le zombie. Celui-ci du le parer avec son épée, libérant Riku qui put l'attaquer directement. C'était toujours comme ça que ce faisait la répartition des tâches : Sora en soutien, Riku au front. Mais cette fois-ci, Riku ne pouvait s'empêcher de douter de la loyauté de son ami. S'il lui en voulait vraiment (ce dont il ne doutait pas), il le laisserait mourir sans la moindre hésitation…

« Riku, attention, lui cria Sora. »

L'argenté leva la tête et sauta sur le côté, évitant de justesse le sabre du A.

« Bordel, mais à quoi tu penses, lui demanda le brun qui se retrouva à le rejoindre en première ligne. »

« Je suis désolé, je ne suis pas à mon maximum… »

« Tu crois vraiment que c'est le moment d'avoir des doutes pareils ! Tant que cette épée est sortie, il n'y a rien d'autre qui compte ! Rentre ça toi dans le crâne ! »

« Sora… »

« J'ai déjà perdu Kairi aujourd'hui…Je n'ai pas envie de te rajouter à la liste, c'est clair ? »

Riku ne put répondre que par un petit hochement de tête. Il était rassuré…Il n'avait plus le moindre doute à présent. Dans le regard de Sora, il avait revu cette amitié qu'il pensait avoir perdu à jamais. Bien sûr, il ne lui avait pas pardonné, pas encore, peut-être même jamais d'ailleurs…Mais il était toujours son ami. Il soupira de soulagement.

« Qu'est-ce qui t'arrive, demanda Sora. »

« Je me dis juste qu'on n'a pas de chance d'avoir à combattre un minable pareil… »

« Je suis entièrement d'accord avec toi. »

« Ça ne sert à rien d'essayer de me mettre en colère de la sorte, jeunes imprudents. »

« Tiens, apparemment, il peut comprendre notre langue ! Je suis étonné, là, s'exclama l'argenté. »

« Moi aussi, surenchérit Sora. »

« Bon, il nous reste combien de temps avant que le Capitaine Strife nous laisse mourir ici ? »

« 5 minutes, je dirais… »

« Bon, désolé, le décomposé, mais on dirait qu'on va devoir te finir vite fait ! »

Séphiroth éclata de rire.

« J'ai hâte de voir ça ! Vous m'avez l'air quand mêle bien surs de vous ! »

« Normal, on est les meilleurs après tout ! »

5 minutes, pensa Riku. Ce serait suffisant…Tout du moins s'ils parvenaient à trouver assez vite son point faible. Ils ne se faisaient pas d'illusions quant au fait qu'ils ne parviendraient jamais à vaincre un A en si peu de temps, mais il suffisait juste de lui échapper, de le mettre en difficulté de manière à ce qu'il ne puisse pas les poursuivre dans les galeries. Tout ça en espérant qu'il n'y aurait pas trop de ces créatures de cauchemar sur leur chemin, sinon ils risquaient d'être en retard, et connaissant le capitaine Strife, ils les considéreraient comme morts. Le bon côté, c'est qu'ils auraient droit à des funérailles militaires du plus bel effet, et l'inscription tombés au combat sur leur tombe. Et le mauvais…Et bien, le mauvais était assez évident quand on voyait la lueur meurtrière qui n'avait plus quitté le regard de Séphiroth depuis ses dernières paroles. Finalement, ça avait sûrement été une erreur tactique de vouloir l'énerver. Chez la plupart des gens, la colère leur faisait perdre tous leurs moyens. Mais hélas, chez d'autres au contraire, elle les décuplait. Il n'y avait plus qu'à espérer que Séphiroth serait déconcentré ! Sinon…Et bien, il allait falloir encaisser ! Riku esquiva encore un coup de katana du mieux qu'il put. Vu la longueur, il ne pouvait pas compter l'esquiver en se reculant… Heureusement qu'il était entraîné à parer des gros coups de brutasse…À force de combattre contre le capitaine Strife et le sergent Léonheart… Mais Sora par contre n'avait pas exactement la même endurance, et il ne pouvait pas s'empêcher de se faire du souci pour lui. S'il lui disait, son ami risquait de très mal le prendre, et ferait preuve d'imprudence pour lui montrer qu'il n'avait pas de quoi s'inquiéter…Il fallait en finir vite, et bien !

« Riku, si tu pouvais trouver une solution, ça m'arrangerait, lui lança Sora. On a plus beaucoup de temps ! »

« Pourquoi c'est toujours à moi de trouver les solutions ! »

« C'est pas toi qui arrête pas de te vanter d'être le meilleur de nous deux ! »

« Tu extrapoles…J'ai juste dit que j'étais le meilleur guerrier des deux…Pas le meilleur stratège ! »

« C'est la même chose ! »

« Tu m'énerves ! Tu crois que ça m'aide de me mettre la pression comme ça ! »

« Tu veux dire que tu perds tes moyens quand tu stresses ? »

« J'ai jamais dit ça, c'est clair ? C'est juste qu'une fois encore, il ne te restera que les miettes de la gloire ! »

« Si tu arrivais à nous sortir de là, promis, je t'en voudrais pas ! »

« Comme tu le sens…Occupe-le quelques secondes ! »

« Ne dis pas ça comme si c'était facile ! »

« Je te fais confiance, mon Soso… »

Un grognement relativement sonore lui fit comprendre ce que Sora pensait de ce surnom. Il faudrait penser à le réutiliser dès que possible alors, et en public de préférence ! Le regard du jeune homme croisa les profonds yeux verts du zombie. C'était comme si le temps s'était arrêté : il voyait au fond d'eux une violence sourde mais aussi une tristesse infinie. Comme chez lui…Peut-être n'était-il pas qu'un monstre sanguinaire ? Peut-être y avait-il plus à savoir de lui et des autres qui lui étaient semblables ? Ou bien Riku faisait tout simplement un transfert de ses états d'âme sur son adversaire ?

« Comment s'appelait-elle, demanda Séphiroth, l'air narquois. »

« Hein ? »

« La personne dont tu as pris la vie aujourd'hui. Quel était son nom ? »

« Mais comment… ? »

« Comment je le sais ? Par ton regard, tout simplement. Tes yeux en disent tellement… »

« Riku, on a plus le temps ! »

« Mais… »

« Oh, t'aurais-je troublé ? »

La foudre s'abattit sur Séphiroth, l'obligeant à se taire. C'était Sora. Il venait de leur donner suffisamment de temps pour fuir. Il attrapa la main de son ami, et le traîna tout le long des galeries.

« Laisse-moi derrière, le supplia Riku. »

« Pour que tu te fasses tailler en pièces ? Très peu pour moi ! Je ne veux pas que tu meures aujourd'hui, je te l'ai déjà dit ! »

« Mais…Je ne suis qu'un assassin. »

Sora se retourna, le dévisagea du regard. Puis, serrant les mâchoires, il le frappa avec toute la force dont il était capable.

« Ça y est, tu as les idées en place ? c'est notre métier de tuer ! Je sais que ce n'est pas ton genre de le faire par plaisir, alors quand tu dis que Kairi se transformait, même si moi je ne le crois pas, je sais que tu en étais convaincu et que tu as fait ça pour m'aider… Ne compte pas sur mes remerciements, ni sur mon pardon, mais au moins je ne te hais pas pour ça. C'est juste que je ne comprends pas…Et je ne veux pas avoir à le comprendre non plus ! »

« Sora… »

« Laisse, il n'y a rien à dire…Quand on sera rentré au Bunker, si on me demande ce qui est arrivé à Kairi, je dirais qu'elle est morte en mission, c'est tout…J'ai encore besoin de toi, moi. »

« Merci. »

« C'est fait pour ça les amis, pour se tenir les coudes…Mais je te l'ai dit, ne compte pas sur mon pardon, je t'en veux toujours, plus qu'à personne d'autre et si jamais j'ai le moindre prétexte pour te descendre, je le ferai sans hésiter. Alors ne me remercie pas trop vite. »

Le petit brun passa devant l'argenté, qui sourit.Il ne s'attendait pas à être pardonné la journée même. D'ailleurs, il ne s'attendait pas à être pardonné un jour. Il apprendrait à vivre avec cette rancune tenace, puisqu'ils étaient encore capables de travailler ensemble et de presque bien s'entendre. Hélas, il y aurait toujours entre eux le non-dit de la rancune. Mais ce n'était pas vraiment important : ce serait leur secret, et nul ne le verrait. Riku ne put s'empêcher d'admirer son ami pour sa faculté d'adaptation et la vitesse à laquelle il avait réussi à reprendre ses esprits. Dans la même situation, Riku n'était pas du tout sur d'être capable d'en faire autant. Ils remontèrent enfin à la surface. Le vaisseau était toujours là. Ils virent Larxène leur faire de grands signes :

« Allez, montez vite les garçons ! »

Ils ne se firent pas prier, et ne purent respirer tranquillement que lorsque les portes du Bunker se refermèrent derrière eux. Et à chaque fois que leurs regards se croisaient, Sora lui souriait.