BONNE FOI d'Amethyst Jackson
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CHAPITRE VINGT-HUIT
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Une fois la première semaine passée avec le plâtre les choses ont recommencé à avoir un semblant de normalité. Alice et Jasper nous invitèrent à leur nouvel appartement déjà impeccablement décoré. Bella souriait et riait plus quand elle était hors de l'appartement alors j'étais plus qu'heureux d'accepter les invitations d'Alice pour "dîner " ou "jouer" - les essais d'Alice pour paraitre humaine avec Bella. C'était un véritable challenge de trouver des jeux pour lesquels Alice ne pouvait pas prévoir immédiatement les vainqueurs. Pas les jeux de cartes en tous cas. Le Monopoly se passait mieux.
Quelquefois Jasper était obligé de nous quitter quand l'odeur de Bella le submergeait. C'est seulement en voyant la puissance de ses réactions envers elle que je compris l'importance de ce que j'avais accompli. Jasper s'était abstenu de sang humain depuis un demi-siècle mais le plus léger mouvement de Bella pouvait déclencher sa soif. Même Alice avait des moments d'extrême inconfort. Et pourtant j'avais réussi à laisser tomber le sang humain, en quelque sorte, quand j'avais rencontré Bella, sans faiblir une seule fois, même si celui-ci continuait à m'appeler et à chanter comme une sirène pour moi.
J'avais reconnu que Bella m'avait irrémédiablement changé mais à présent je commençai à voir que ce changement était extraordinaire, au-delà de l'extraordinaire, frôlant les limites de l'impossible.
Parfois je me devais de me demander si une puissance supérieure travaillait pour Bella et moi. J'avais renoncé à Dieu au moment où je m'étais réveillé avec des milliers de pensées hurlant dans ma tête mais l'impact de Bella sur ma vie devait être l'idée du destin. Comment Bella aurait-elle pu avoir un tel pouvoir sur mes instincts les plus bas si elle n'avait pas été faite pour moi?
Je savais cependant qu'il serait erroné de donner un tel crédit au destin. Bella avait choisi de placer sa foi en moi et maintenant j'avais la preuve qu'un seul choix apparemment futile pourrait avoir des conséquences bien réelles.
Malheureusement les conséquences pourraient aller aux extrêmes limites. Bonnes ou mauvaises. Intentionnelles ou ... totalement involontaires. Le choix d Bella d'être ici avec moi l'avait conduite tout droit sur le chemin de James et de Victoria. Intellectuellement je savais que sa jambe cassée et sa sécurité incertaine n'étaient pas de ma faute - pas entièrement au moins. Instinctivement cependant, je ressentais le besoin d'élimer les menaces qui pesaient sur elle, le besoin de me racheter et de réaffirmer la valeur qu'elle avait pour moi.
Eliminer ces menaces semblait plus facile à dire qu'à faire. James avait disparu mais Victoria était clairement une formidable adversaire. Depuis qu'elle avait quitté Forks, Alice dans ses visions, n'avait pu la repérer que deux fois, une fois dans une zone boisée qu'elle n'avait pas vu assez distinctement pour que nous puissions l'identifier et une autre fois à Seattle où elle la vit s'alimenter sur un homme. De toute évidence elle restait dans le coin mais tout cela ne faisait rien pour nous aider à déterminer ses intentions.
Nous n'avions pas trouvé la moindre trace d'elle que ce soit sur le campus ou en ville mais j'eus le sentiment que c'était seulement parce que la pluie avait lavé toute trace de son passage. Quand je repensais à la nuit où James avait attaqué, j'étais plus que convaincu que lui ou Victoria nous avaient espionnés avant notre dernière visite à Forks. J'aurais parié que Victoria était une experte en espionnage. James était son complice et un manipulateur mais je doute qu'il ait autant de subtilité qu'elle et son talent pour l'évasion.
Je partageai le minimum d'informations avec Bella pour faire en sorte qu'elle ne m'attaque plus avec ses béquilles. Le spectre de Victoria lui faisait peur - et pour les mauvaises raisons - je le savais. Bella, comme elle le faisait toujours, n'avait pas peur pour elle-même mais pour moi et elle se rongeait les sangs.
Malgré mes inquiétudes et mes réflexions philosophiques notre vie avançait avec une facilité surprenante. Nous allions en cours, Bella mangeait trois fois par jour, je chassai régulièrement avec Jasper et Alice continuait de venir aussi souvent qu'il le fallait.
Le mercredi Bella fit de son mieux pour défier la nature et me faire avoir une crise cardiaque. Nous étions rentrés un peu plus tôt du campus et Bella s'était dirigée vers la salle de bain. Elle m'avait appris à la laisser tranquille et je restai dans le salon à me distraire au piano. Je l'entendis revenir avec ses béquilles, je levai les yeux pour la voir franchir la porte avec son sac dans les mains.
J'allai vers elle pour l'empêcher de passer, un peu trop zélé à cause de mon inquiétude. J'aurais pu facilement la dépasser à un rythme humain après tout. Mais elle avait ce regard, celui qu'elle a quand elle est déterminée à faire quelque chose qui est mauvais, très mauvais pour elle ce qui avait déclenché ma réaction.
Elle s'arrêta juste face à moi, posant une de ses béquilles sur mon pied, exprès j'en étais sûr. Je regardai le petit bout de caoutchouc noir appuyer sur ma chaussure et tournai mes yeux vers Bella incrédule.
"Pourquoi je ne peux pas te faire mal comme à une personne normale?" gémit-elle en changeant sa béquille de position pour avoir un meilleur appui.
"Désolé que mon invulnérabilité soit un problème pour toi," grognai-je. "Serais-tu aussi violente avec un petit-ami humain?"
"S'il m'énervait autant que toi, oui," rétorqua-t-elle.
Je secouai la tête en voyant qu'elle allait être pénible. "Allais-tu quelque part?"
"Oui." Elle pinça les lèvres ne donnant aucune autre information.
"Où as-tu exactement l'intention d'aller?" lui demandai-je en croisant mes bras sur ma poitrine. Elle fit un signe de tête pour me le montrer.
"Il ne me semblait pas que j'étais obligée de te consulter pour mes allées et venues. Etre un vampire ne te donne pas le droit de me surveiller tout le temps," souffla-t-elle.
J'étouffai un éclat de rire. "Non je ne pense pas que tu sois tenue de me dire où tu vas mais évidemment ça me rend méfiant lorsque tu ne veux pas me le dire. Cependant peu importe. Comme membre de cette communauté je ne peux pas t'autoriser à passer cette porte, à monter dans ton camion avec une jambe cassée - je suis arrivé à cette conclusion puisque avec tes béquilles et maladroite comme tu es, tu ne peux quasiment aller nulle part. C'est juste une question de sécurité publique."
"Je suis tout à fait capable de conduire avec le plâtre," murmura-t-elle.
"Bella," lui dis-je sérieusement. "Ce n'est pas tant que tu puisses le faire. Même une petite pression sur l'os va avoir des conséquences. Veux-tu vraiment prendre ce risque?"
Elle ferma les yeux de frustration. "Oui, je suis tout à fait d'accord avec cette prise de risque. Veux-tu s'il te plait me laisser passer?"
Le ton de sa voix et le rythme de son cœur m'indiquaient qu'elle me suppliait sincèrement de la laisser aller - sans connaître sa destination. Où pouvait-elle bien vouloir aller si urgemment, et plus important encore pourquoi avait-elle envie de garder ça secret pour moi?
"Bella? Qu'est-ce que tu ne me dis pas?" lui demandai-je doucement en m'approchant jusqu'à sentir la chaleur de son corps. "Je m'inquiète là. Tu ne peux pas aller bien loin juste avec un sac à main ... mais où diable pourrais-tu aller pour que ça te rende aussi mal à l'aise de m'en parler?"
Elle soupira et me lança un autre regard suppliant. "C'est un endroit qui n'est pas dangereux je te le promets. Ce n'est rien. Juste quelque part en ville. Je veux juste y aller toute seule. Est-ce trop te demander?"
"Ça ne le serait pas si tu n'avais pas une jambe cassée," lui expliquai-je patiemment. "Et si ma créatrice dérangée n'était pas à l'affût dans la région pour nous tuer tous les deux."
"Ça ne me prendre que dix voir quinze minutes, Edward," dit-elle mais sa voix était faible et je savais que j'étais tout près de percer le mur de son entêtement irrationnel.
"Pourquoi ne veux-tu pas que je t'emmène? Je t'attends dans la voiture si tu veux. Je me sentirai beaucoup mieux de pouvoir te rejoindre rapidement."
Elle regarda ses chaussures de tennis usées et soupira comme si elle réfléchissait à ma proposition. En fait elle était en train d'abandonner.
"Oublie ça," dit-elle finalement en se détournant. Je l'attrapai par le bras pour la faire rester.
"Attends une minute! Ecoute Bella où veux-tu aller? Je suis sûr que je peux comprendre. Pourquoi est-ce si mauvais?"
Elle essaya de se soustraire à ma prise mais sans grand effet. Enfin elle renonça et en me regardant elle me dit. "J'allais aller à Java Break pour qu'ils me remettent sur le planning," admit-elle.
"Bella!" Je ne pus empêcher la désapprobation d'apparaitre dans ma voix. Je fermai les yeux et pris une profonde inspiration essayant de me calmer. De toutes les choses stupides et illogiques ... pourquoi diable envisageait-elle de travailler sachant que son travail exigeait l'utilisation optimale de ses bras et de ses jambes alors qu'elle était encore avec ses béquilles? Je gémis et secouai la tête ne sachant même pas par où commencer.
"Tu vois, c'est pour cela que je ne voulais pas te dire où j'allais," se plaignit-elle. "Maintenant tu es en colère contre moi pour toutes sortes de raisons irrationnelles."
Je la fixai. "Irrationnelles? Bella je ne mentionne même pas le fait parce que tu vas m'attaquer avec tes béquilles, qu'il serait absurde pour toi d'essayer de servir des cafés chauds alors que tu as besoin de tes mains pour tenir tes béquilles?"
"Je voudrai gérer ça," grogna-t-elle en pivotant et en se dirigeant vers le canapé. "Là n'est pas la question de toute façon," dit-elle en s'affaissant sur le cuir.
"Oh?" je marchai vers elle. "Où est-elle alors?"
Elle prit une profonde inspiration et me regarda avec une lueur de détermination dans les yeux. "Le fait est que tu ne peux pas prendre toutes ces décisions pour moi, Edward! Il faut bien que je fasse quelque chose et il faut que je travaille si je veux continuer ici au prochain semestre. Tu ne t'inquiètes pas au sujet de l'argent mais moi si!"
"Tu n'as pas à te soucier d'argent si tu le veux," dis-je doucement. "Je peux prendre soin de toi."
Elle ferma les yeux et soupira. "Je ne veux pas être une charge pour toi, Edward. Les gens s'occupent des bébés et des animaux et je préfère ne pas entrer dans cette catégorie."
Je fronçai les sourcils. "Je ne suis pas un expert en humanité mais je suis sûr que les gens prennent soin des gens et des choses qu'ils aiment, Bella."
"Je t'aime Edward mais je ne prends pas soin de toi. Tu n'as pas à le faire pour moi. Je veux que nous soyons égaux sur ce plan," dit-elle.
Je hochai la tête comprenant sa déclaration. Je pourrai faire valoir qu'elle prenait soin de moi sur d'autres plans mais je doute que ça aurait un impact. Elle était trop sûre d'elle.
"Allons-nous avoir cette même dispute pour l'éternité? " demandai-je en la regardant.
"L'éternité?" répéta-t-elle, sa voix monta d'un cran. "As-tu ... décidé de me transformer, Edward?"
Je penchai la tête. "Je pensai t'avoir dit que je le ferais si c'était ce que tu voulais vraiment. C'est quelque chose que tu veux toujours?"
Je retins mon souffle en attendant sa réponse. Bella inspira l'air que je n'utilisais pas. "Oui je le voudrai. Oui. Quand vas-tu le faire?"
J'avalai le venin qui jaillissait rien qu'à la pensée de la mordre. "Lorsque tu seras prête. Nous pouvons attendre aussi longtemps que tu le souhaites. Tu auras besoin de temps pour mettre les choses en ordre et tout prévoir."
Elle se mordit la lèvre. "Tout prévoir?"
"La famille, les amis," dis-je en regardant ailleurs. "Tout ce que tu veux faire en étant encore humaine."
"La famille, les amis... serai-je encore capable de leur parler après?" demanda Bella. Elle se serra contre moi. Cette conversation l'attristait.
"Peut-être au téléphone," lui dis-je en lui caressant les cheveux. "Tu ne seras pas en mesure de les approcher, les premières années des jeunes vampires sont très difficiles... Je ne pouvais pas être avec les gens sans les attaquer pendant plusieurs années. Et ça ne m'a pas aidé que j'aie du mal à contrôler mon don... Tu pourras peut-être reprendre le contrôle plus rapidement. Mais une fois que ce sera possible peut-être que ce ne sera pas une bonne idée de les voir. Les gens qui t'aiment sont ceux qui sont le plus susceptibles de voir que tu as changé. Comment expliquer à tes parents que ta peau est froide ou pourquoi tu ne sors pas quand il fait soleil. Après une dizaine d'années il sera évident que tu ne vieillis plus. Si tu restes en contact il se poseront des questions, Bella, ils voudront savoir pourquoi tu ne leur rends plus visite. La meilleure façon d'éviter les soupçons et de garder les Volturi loin de toi c'est d'organiser ta propre mort..."
Bella expira. "Je pourrai... disparaitre? Mes parents seraient anéantis... surtout Charlie. Il n'a personne d'autre..."
"Cela pourrait être pire, Bella. Les gens n'aiment pas les questions sans réponse. Elles les empêche de passer à autre chose. Et Bella penses-tu que ton père laisserait ta disparition non résolue? Tu serais portée disparue. Il pourrait sans doute diffuser une photo dans tout le pays, quelqu'un pourrait te reconnaitre et puis ce serait un risque pour nous aussi Bella, ce n'est pas une existence facile. Les premières décennies sont un défi ."
Bella déglutit et appuya sa tête contre mon torse. "Tu dis donc, en résumé qu'une fois que je serais transformée il sera préférable de couper tous les liens?"
"Nous pourrions essayer de trouver autre chose mais oui, ce serait mieux Bella... tu n'as pas à le faire si tu ne le veux pas et rester humaine aussi longtemps que tu le souhaites, je n'irai nulle part," lui promis-je sachant que c'était vrai. J'appartenais à cette femme à mes côtés, à rien d'autre, où irai-je?
"Tu veux dire jusqu'à ce que je meure," murmura-t-elle. "Je pourrai rester humaine jusqu'à ma mort. Nous passerions alors peut-être soixante ans ensemble et je serai vieille et ridée et alors..."
Je soupirai. "Je ne préfère pas y penser."
"De toute évidence tu as pensé à tout le reste. C'est important aussi. Tu resteras là pendant des centaines d'années après que je sois partie."
Je fis la grimace. "J'en doute. Mon monde sera probablement détruit après ça."
"Sois sérieux Edward," souffla-t-elle. "Qu'est-ce qui va arriver quand je serai partie? Tu seras seul? Trouveras-tu quelqu'un d'autre?"
"Je ne sais pas Bella. Je vais certainement être seul, oui. Et dévasté. Et je doute que je trouverai quelqu'un d'autre parce que je ne veux pas de quelqu'un d'autre. Tu m'as changé de façon permanente. Je ne peux pas imaginer que quelqu'un puisse avoir le même impact que celui que tu as sur moi."
"Je ne veux pas mourir, Edward, ni devenir vieille ou te laisser après moi. Je pense que ... tu devrais me transformer après Noël."
Je clignai des yeux et regardai son visage anxieux. "Si tôt? Bella rien ne presse. Tu peux finir ta première année à l'université et avoir un peu plus de temps avec tes parents."
Elle se mordit la lèvre. "C'est bientôt et c'est sans doute ce que Victoria va penser aussi n'est-ce pas? Si elle vient à toi... Je veux pouvoir te protéger. Me battre pour toi."
"Nous traverserons tout ça," je te l'ai déjà dit. "Tu ne dois pas le faire pour ces raisons."
"D'accord alors juste parce que je le veux," fit-elle valoir.
Je secouai la tête. "Puis-je te proposer une autre option?"
"Très bien," dit-elle en me regardant avec scepticisme.
"Attends jusqu'à la fin de l'année scolaire. Finis ton semestre et pour l'amour de tout ce qui est saint je t'en prie, laisse-moi payer pour toi. Je ne veux pas perdre le moindre instant avec toi alors que tu seras en train de trimer au fond d'un café. Nous pourrons aller voir ta mère et tu pourras faire des choses qui ne seront plus pareilles quand tu seras un vampire."
"Comme quoi?" demanda-t-elle curieuse, "Je mange et je dors à volonté."
"Comme... je ne sais pas, du saut à l'élastique," suggérai-je et puis j'aurais dû y réfléchir à deux fois. Je n'étais pas sûr que Bella voudrait tenter sa chance avec un élastique.
Elle me fit face. "Dans quel univers pourrais-je faire du saut à l'élastique, Edward?"
"Désolé c'était un exemple stupide. Mais je suis sûr que tu pourrais trouver des choses. Tu peux imaginer, n'est-ce pas, combien les choses seront différentes une fois que tu auras été transformée? Les choses seront différentes, les sons, les odeurs également. Tes perceptions de vitesse, de temps et de force changeront. Ton corps sera devenu inaltérable..."
"Je pourrais me faire faire ce tatouage de Daffy Duck alors hein?" demanda-t-elle en souriant et je supposai qu'elle plaisantait.
"Oui si c'est quelque chose que tu veux sur ton corps pour l'éternité, oui."
Elle roula des yeux et se réinstalla dans le canapé réfléchissant intensivement à la conversation que nous venions d'avoir. "Quand est-ce que nous reviendrons au Java Break?"
Je lui lançai un regard.
"D'accord, d'accord, je ne travaillera plus," soupira-t-elle.
OOO
J'avais pensé que les choses seraient tranquilles et faciles après ça mais la tranquillité ne dura que jusqu'à la fin de notre cours de sociologie le vendredi.
J'avais passé l'heure à écouter le professeur et à étudier la main inoccupée de Bella. Lorsque sa tête se releva et que son pouls accéléra je levai ma tête pour écouter.
"... la cérémonie aura lieu dimanche et tout le monde est convié. Je vous encourage personnellement à venir et à montrer votre soutien aux amis et aux familles des victimes de ce tueur en série."
Quelques étudiants avaient mis en place un service commémoratif pour les victimes du tueur du campus - mes victimes. Je figeai mon visage dans une expression calme et regardai Bella. Ses yeux étaient écarquillés et horrifiés et j'aurais donné n'importe quoi pour savoir ce qu'elle pensait.
Le professeur libéra la classe et je poussai Bella avec mon bras. Elle sursauta et me regarda.
"Ça va?" demandai-je doucement.
Elle ouvrit et ferma la bouche deux fois. A la troisième tentative elle dit. "Je ne sais pas. Je veux dire c'est de toi qu'il s'agit."
"Je sais," dis-je, mal à l'aise. "Et tu le sais aussi."
Elle hocha la tête. "Je sais , c'est juste... ça ne me semblait pas réel jusqu'à présent."
Le professeur nous regardait bizarrement, nous étions les derniers dans la salle.
"Sortons," pressai-je Bella. "Nous pourrons parler de ça dans un endroit où nous serons seuls."
"D'accord," accepta-t-elle en rangeant ses livres dans son sac. Je restai tout près d'elle tandis que nous partions mais je ne la touchais pas. Il fallait que je considère la possibilité que Bella ait changé d'avis sur moi. Peut-être que la réalité était trop difficile pour elle.
Alice nous attendait dehors, paraissant contrite. Je ne l'ai pas vu, je suis désolée. J'étais tellement concentrée sur toi et Bella, Victoria et la famille...
"Ne t'inquiète pas pour ça Alice," dis-je tranquillement mais fermement. "Il fallait que ça arrive."
"Je suis tellement désolée. Bella est-ce que ça va?" lui demanda Alice en posant sa main sur son épaule.
"Je vais bien, dit-elle rapidement. "Ça m'a surprise. Il faut que nous y allions Alice sinon nous allons être en retard."
"D'accord bien sûr," obéit Alice à contrecœur, en me lançant un regard inquiet par dessus son épaule, tout en suivant une Bella boitillante. Je restai là où j'étais essayant de comprendre ce qu'il venait juste de se passer.
J'étais tenté de suivre Bella et Alice et d'espionner leur conversation mais j'allai à l'endroit habituel et décidai d'essayer de savoir ce que je ressentais. Ma première réaction avait été le ressentiment - contre les gens qui me rappelaient mon passé de manière désagréable et aussi contre ce temps que j'avais mis à réaliser qu'il y avait une autre option, et ensuite que tout ça pouvait nuire à ma relation avec Bella. Nous avions atteint une relation confortable et rassurante et à présent un autre grain de sable venait perturber la machine.
Puis il y avait le rappel de ces filles elles-mêmes. Je voyais leurs visages dans les pensées de toux ceux qui étaient dans notre cours. Ces images me forçaient à me rappeler ce que je leur avais fait - les attirer loin du campus, écouter leurs pensées, voir l'horreur sur leurs visages et dans leur tête quand je déchirais leur chair. Je pouvais entendre leurs pensées sombrer dans le néant tandis que leur cœur ralentissait puis s'arrêtait.
En repensant à ces moments qui étaient gravés dans ma mémoire à jamais, je commençai à ressentir des élancements... des regrets, des remords? Il était troublant de penser à ce que j'avais fait. Bella était le prisme à travers lequel je commençai à apprécier l'humanité et l'imaginer effrayée et se débattant contre le monstre que j'avais été était ... effroyable.
Que pouvais-je faire à présent? Rien que je puisse faire ou dire ne changerait le passé et ne ramènerait ces filles à la vie. Et je ne pouvais pas être complètement désolé parce que je ne connaissais pas d'autre moyen de survivre à l'époque.
Lorsqu'Alice et Bella réapparurent nous rentrâmes à l'appartement en silence. Alice nous déposa et nous laissa pour parler même si Bella ne semblait pas prête à vouloir dire quelque chose. Au moins elle accepta mon aide pour monter l'escalier.
Elle claudiqua jusqu'au canapé et se débarrassa de son sac avant de s'affaisser dans les coussins. Je m'approchai précautionneusement et fronçai les sourcils lorsqu'elle prit son agenda et l'ouvrit.
"Dis-moi ce que tu en penses je t'en prie," supplia-je en restant à distance.
"Je ne sais même pas ce que j'en pense," soupira-t-elle en posant son agenda sur ses genoux. "Ecoute tu as raison - je sais ce que tu es et ce que tu as fait, et comment je me sens à propos de tout ça n'a pas changé. Entendre quelque d'autre en parler cependant, m'a juste un petit peu... déstabilisée, je suppose."
"Y-a-t-il quelque chose que je puisse faire?" demandai-je en décidant de m'assoir près d'elle.
Elle mordit sa lèvre. "Il y a quelque chose que je veux te demander mais je ne suis pas sûre de comment tu le prendras."
"Quoi que ce soit je pense que nous pourrons faire quelque chose."
Elle referma son agenda et expira par le nez. "Je pense que nous devrions aller à cette célébration, Edward."
"La célébration," répétai-je, pas bien sûr de comment je me sentais à ce sujet. Je n'étais pas vraiment opposé à y aller mais je ne voyais pas pourquoi. Ce n'était pas comme si ça les ferait revenir.
"S'il te plait Edward? Je sais que ça va te mettre dans l'embarras mais... je pense que ce serait une bonne chose pour toi."
"Si tu penses que c'est important, alors oui, nous irons," acceptai-je.
"Vraiment? Tu es ... sûr?" me demanda-t-elle sceptique.
Je levai un sourcil. "Tu croyais que j'allais discuter ou être en colère? Je suis très conscient de ce que j'aie fait. Et je suppose que c'est juste que je doive y faire face."
"Bon eh bien d'accord alors," dit-elle hochant la tête presque absente. "Bien."
Elle s'agita un moment et je cherchai quelque chose à dire.
"Tu veux bien m'aider avec l'algèbre?" me demanda-t-elle tout à coup et ce fut tout, nous étions revenus à la normale.
Merci pour vos mises en alerte et en favori et un grand merci à celles qui laissent un commentaire!
A la semaine prochaine!
