Titre : Eclats de vie
Base : Naruto
Genre : Hurt / Confort
Disclamer : Les personnages et l'univers du manga "Naruto" ne m'appartiennent pas.
Eclats de vie 3 : Le prix du sommeil (Gaara)
La porte de la chambre se referme, la rumeur du palais des Kazekage s'attenue. Le soleil se couche une fois encore derrière la ceinture de pierre qui protège le village du sable. Le ciel prend les couleurs d'une gigantesque explosion à l'Est alors qu'à l'exact opposé, l'ombre bleutée des nuages de haute altitude annonce la nuit. Assis sur le bord de son lit, Gaara observe le spectacle avec patience. Depuis toujours, il ne peut s'empêcher d'assimiler les teintes orangées, rouges et violette à des images de champs de bataille. Un peu comme si le soleil livrait un dernier combat avant de céder sa place à la Lune et aux étoiles, le temps d'une nuit.
Il a déjà vu ce rituel à maintes reprises. Une fois la nuit installée sur le village, les lumières éteintes et les habitants endormis, commence alors pour lui une longue veille qui se répète encore et encore, nuit après nuit. Certes il se repose, à sa manière. Son corps inerte récupère un peu alors qu'il fixe le plafond de sa chambre ou les étoiles au travers de la fenêtre. Pourtant la plus part du temps, il ne passe guère ses nuits allongé sur son lit. Depuis qu'il est devenu le cinquième Kazekage en lieu et place de son propre père, il passe le plus clair de son temps dans son bureau. Au part avant, il avait une préférence très marquée pour la terrasse la plus élevée du palais depuis laquelle il pouvait contempler la ville en toute quiétude tout au long de la nuit.
Son prédécesseur a laissé derrière lui une tâche monumentale. Le pays du Vent ne s'est jamais vraiment remis des dernières guerres ninja. Orochimaru l'avait bien compris. Si le village est prospère, il en est tout autre chose pour les régions éloignées du désert ou des tribus de nomades vivent encore. La population, lassée de survivre dans une précarité toujours plus grande et ne se sentant plus soutenue par son leader, a lentement mais inexorablement déserté les petits villages ruraux pour gager celui du sable dans le meilleur des cas ou pour s'exiler sous des latitudes plus clémentes dans des pays voisins dans le pire des scénarios. Gaara n'aurait pu nier ne pas connaître cet état de fait lors ce qu'il s'est présenté devant le conseil pour argumenter sa candidature. En effet, qui mieux que lui, le démon du désert, celui dont aucune équipe ne voulait tant il inspirait la crainte, pouvait mieux connaître la réalité de l'arrière pays. Il y avait mené tant de mission, la plus part du temps seul avec une petite escorte d'ANBU pour s'assurer qu'il ne causerait pas de dégâts plus que pour le protéger.
Pourtant ce soir, le jeune homme aux cheveux pourpres et aux yeux turquoise ne passera pas la nuit derrière sa table de travail. D'un geste de la main lent et fatigué, il caresse le duvet que son frère a replié avant de l'aider à s'assoir. Il a du faire un effort conséquent pour glisser ses jambes sous la couette avant de se laisser lourdement tomber en arrière sur l'oreiller. A l'extérieur, le soleil a disparu et plus aucuns bruits ne proviennent de l'intérieur. Le silence est apaisant mais il ne peut s'empêcher d'être sur ses gardes. Au fond de lui, il sent que les habitudes resteront tenaces.
Cela fait exactement cinq jours qu'il est revenu à la vie, cinq jours ou malgré un état physique oscillant sur l'étroite frontière entre la perte de conscience et l'effondrement physique il a mené toutes les tâches qui lui incombent sans la moindre anicroche. Allongé dans son lit, il ne peut s'empêcher de se remémorer les premières heures de sa vie. Oui, parce que grâce au sacrifice de la vieille Chiyo, il a eu droit à une nouvelle vie. Le transfère de chakra terminé, il s'est tout à coup redresser en position assise, sorti d'un rêve étrange pour se retrouver avec l'un des protagonistes, Naruto en chaire et en os. Pendant de longues secondes, il a n'a pas réussi à sortir complètement de sa léthargie, les yeux fixé sur tous ces visages qui le sondent soucieusement ajoutant encore une note de malaise au chaos régnant dans son esprit. L'incompréhension est la plus totale. Il y a sa sœur et son frère, Naruto, Sakura qui tient contre elle le corps inanimé de la vieille Chiyo. L'espace d'une seconde il a peur, une sourde terreur lui souffle que c'est encore de sa faute. Il n'a pas tenu. Shukaku le démon à une queue est enfin arrivé à ses fins.
Puis une suite de souvenirs informes et désordonnés attire son attention. L'oiseau blanc, Deidara attaquant le village avec ses explosions, la bombe, les protéger tous, à n'importe quel prix et cet oiseau blanc qui lui effleure le visage alors qu'il vient d'utiliser une telle débauche de chakra pour protéger son peuple. Une douleur vive irradie tout son corps juste avant qu'il ne perde conscience.
Voilà qui explique qu'il ne sache pas où ils se trouvent en ce moment. Tout se passe ensuite très vite. On lui demande comment il va. Il ne sait pas mais il hoche doucement de la tête pour ne pas alarmer ses fidèles combattant qui l'entourent. Ils sont tous venu pour le retrouver, cela lui parait presque inimaginable mais pourtant ils sont là. Des paroles fusent, il perçoit la voix toujours animée de son élève, Mayuri. Naruto parle, Kankuro répond plus gravement et le silence se fait tout à coup pesant. D'un mouvement lent, il se retourne pour mieux fixer le sujet de toute cette attention. Les yeux de Sakura sont devenus vert émeraude. Elle pleure doucement en serrant entre ses bras meurtris le corps à présent sans vie de la vieille femme. Alors il comprend, il saisi tout ce qu'il lui doit par la portée de l'acte qu'elle a réalisé. Se relever ne lui a jamais paru si difficile. Mayuri se précipite pour l'aider, il la repousse dans un souffle. Elle est bien gentille mais Gaara est un grand shinobi qui n'a pas pour habitude de se laisser aider par qui que ce soit. Il y est presque mais ses jambes cèdent subitement, le faisant basculer la tête la première. Une main ferme l'accroche par le bras droit et l'aide à se redresser. Ses yeux bleus expriment durant une fraction de seconde une reconnaissance totale. Naruto. Doucement, le blond lui fait passer un bras autour des épaules pour l'aider à avancer. Pour la première fois depuis qu'il a repris conscience, il parle fort et distinctement afin d'être entendu de tous malgré sa voix éraillée.
Après le recueillement, toute la troupe se met lentement en marche en direction du village du sable. Gaara est reconnaissant à son frère de s'être saisi rapidement de son autre bras. Sa vue se floute dangereusement par instant quand ce n'est pas son sens de l'équilibre qui lui joue des tours. Depuis son éveil, il réalise entièrement l'absence de l'aura démoniaque du Yuma du Tanuki. Le silence complet qui règne à présent dans son esprit lui donne l'impression de ne plus être lui-même. Au fond, il s'attend toujours à percevoir le rire sadique de cette effroyable chose. Son état de faiblesse serait une aubaine pour lui. Malgré sa longue période d'inactivité, il sent que son corps a été poussé à l'extrême de ses capacités. Les effets secondaires de l'insomnie sont encore présent, une barre de plomb s'installe en travers de son front alors que des frissons le secouent par intermittence. Kankuro connait bien ces signes et ne peut s'empêcher d'accrocher sa sœur d'un regard insistant jusqu'à ce qu'elle les rejoigne. Ses conclusions sont aussi rapides que celles de son cadet. Sans avoir besoin de parler au plus jeune, elle a observé la fine pellicule de transpiration qui se met à briller sur le front marqué du kanji rouge sang.
- Gaara ? demande-t-elle d'une voix anormalement douce.
- Temari… bredouille-t-il après de longues secondes sans aucunes réactions.
- J'aimerais bien que tu te fasses examiner le plus rapidement possible par des médic-nin une fois que nous serons arrivés au village.
Elle croise inconsciemment les doigts dans son dos. Ce n'est pas le genre de chose qu'elle aurait pu se permettre de dire au plus jeune de ses frères, du moins pas avant qu'il ne devienne Kasekage. Comprenant que son état alarme son entourage, ce dernier tante d'un peu mieux dissimuler ces faiblesses mais pour la rassurer il lui répond par un signe de tête affirmatif. Le sourire qui éclaire le visage de la blonde lui réchauffe le cœur. Ce genre de réactions à son égard est relativement récent. Il se surprend encore à sentir son cœur se serrer ostensiblement quand elle agit de cette manière à son égard.
Le chemin du retour est un étrange mélange de bonheur et de souffrance. Même si depuis quelques années Gaara a su gagné, petit à petit, un peu de considération à défaut d'une confiance totale de la part de son peuple, il ne peu s'empêcher de redouter l'instant ou il passera les portes du village. Pourtant, si il se fie aux marques d'affection que lui ont témoigné ses ninjas, cela lui renvoi quelque chose de positif. Il ne peu toute fois ce résoudre à laisser aller son esprit vers une décontraction qui lui ferrait pourtant tellement de bien.
Sa tête carillonne toujours avec violence, même marcher en étant soutenu par Naruto et son frère lui soutire une énergie importante. A plusieurs reprises, son élève se permet de lui porter à la bouche le goulot de sa gourde en peau de dromadaire. L'eau est un faible remède contre son état, il le sait bien mais c'est toujours ça. Pour tout dire, les premiers instant de panique suivit par la prise de conscience que le Shukaku a bel et bien disparu ont laissé s'étioler un doux sentiment de paix dans son cœur. A présent, une montagne de questions se trouve devant lui. La première étant de savoir comment il va gérer cette incroyable carence en sommeil qui lui a été imposée depuis sa naissance. Au part avant, le démon s'arrangeait toujours pour que physiquement il soit toujours capable de l'abriter même si certaines situations se présentaient comme de véritables aubaines que l'esprit maudit ne laissait jamais filer, prenant le dessus sur son porteur éreinté, usé par une fatigue devenue maladive et handicapante. Ce contre coup ne serait-il pas uniquement du aux mauvais traitements que lui a fait subir Deidara et l'Akatsuki ?
Même si la vieille Chyo lui a redonné vie, il doute qu'elle ait pu faire disparaître ces séquelles là. En tout les cas, les maux qui l'empêchent à ce moment là d'avancer seul, il les connait bien. A ce stade, il sait qu'il a encore de la marge avant d'atteindre le seuil limite que Shukaku l'empêchait de franchir pour sa survie. Une crainte perdure toute fois et dans un certains sens, il est persuadé que sa sœur et son frère l'éprouvent eux aussi. Sera-t-il capable d'identifier les gardes fous à ne pas franchir ? Saura-t-il écouter ces signaux vitaux qu'il n'a jamais vraiment eu l'occasion d'entendre ?
Gaara est tiré de ses questionnements intérieurs par les exclamations de ses hommes. Le village apparait au loin, il n'a rien vu passer. D'un mouvement sec de la tête, il essaye de remettre ses idées en place et de reprendre un peu de contenance alors que ses deux appuis resserrent leurs prises sur ses bras.
Les deux pupilles turquoise ont beaucoup de peine à rester fixées nettement sur les grands gradins de pierre. Il cligne des yeux, le mur est noir de monde. Entre les deux parois vertigineuses du chemin d'accès au village s'avance une importante délégation. Il devine plus qu'il ne reconnait la haute taille de Baki, son ancien professeur, le frère conseiller de la vieille femme qui repose sur le brancard qui a pris place en tête de la procession et puis quelques visages qui à mesure qu'il avance devant eux lui rappel des souvenirs.
L'effort est immense, un faible gémissement lui échappe alors qu'il s'appuie plus lourdement contre son frère. Il ne souhaite pas que Naruto se rende trop vite compte de son état. Un rapide coup d'œil à gauche lui apprend que le blond ne se doute de rien. Il sourit au villageois de toutes ces dents. Son aîné a, par contre, très bien saisi. Il hèle Baki et dans un murmure que le rouquin ne parvient pas à saisir, lui explique rapidement la nécessité de regagner le palais des kazekage. L'homme fixe quelques secondes le plus jeune. Les traits sont inexpressifs, comme d'habitude mais la manière dont Gaara contracte sa lèvre inférieur le fait toute de suite comprendre l'urgence d'emmener le rescapé au calme. En d'autre temps, ce symptôme aurait annoncé une crise et probablement une perte de contrôle du porteur. Aujourd'hui, personne n'est capable de deviner comment cela va se terminer, pas même l'ancien porteur qui appréhende ces prémices de crise.
Assis sur la table d'osculation de l'infirmerie, le jeune leader du village de Suna ne peut réprimer un frisson alors que le médecin chef Madarame se détourne pour saisir son calepin sur le bureau. D'un mouvement souple et rapide, il enfile le T-shirt noir et passe un bras dans la manche de sa veste bordeaux. Ses pieds une fois encrés au sol, il se relève afin de terminer de se rhabiller. L'enchainement des mouvements c'est bien passé, peut-être que le malaise ressenti tout au long du voyage de retour n'est en fait que le contre coup de ce transfert de chakra et le réveil après une épreuve qui a mis à mal son organisme.
- Doucement Kazekage-sama ! s'exclame le soignant alors qu'il aperçoit le rouquin entrain de s'avancer vers la chaise faisant face à sa table de travail.
Gaara ne comprend pas tout de suite ce qui alarme son vis-à-vis. Ce n'est qu'une fois qu'il sent la poigne ferme de ce dernier qui lui agrippe le bras droit qu'il comprend que ces jambes sont entrain de céder sous son propre poids. Il l'aide à s'assoir sur le siège le plus proche et l'observe une nouvelle fois. La dilatation des pupilles, quelques menus exercices d'équilibre et de réflexe, le jeune homme n'est pas vraiment un habitué de l'infirmerie, il n'en a jamais eu besoin pour ce genre de chose au part avant. Les seuls fois ou il a eu affaire avec les équipes médicales c'était pour trouver des solutions à ses crises ou des médicaments atténuant la violence des effets secondaires du à son insomnie constante. En sommes, il n'a eu affaire qu'au laboratoire de recherche,
- Que se passe-t-il ? Interroge-t-il le médecin alors que ce dernier note à nouveau quelques mots dans une écriture parfaitement illisible sur son cahier.
- Je ne suis pas certains de pouvoir poser un diagnostique aussi rapidement Kazekage-sama, il me faut d'abord les résultats des analyses. Toute fois, je pense qu'un repos complet et immédiat de plusieurs semaines est nécessaire. Votre organisme le réclame à corps et à cris.
- C'est impossible… murmure-t-il, pantois.
- Pardon ?
- Je dis, c'est impossible. Mon absence n'a été que trop longue et le pays a besoin que je reprenne au plus vite ses rennes. Vous n'ignorez pas les rumeurs de frondes au sein du parlement ainsi que la menace grandissante de l'Akatsuki. Je… Je ne peux décemment pas disparaître à nouveau durant plusieurs semaines, c'est inconcevable.
L'homme en blouse blanche se redresse et plonge ses mains dans les poches latérales du vêtement, une ride renfrognée lui barrant le front.
- Je ne peux pas m'opposer à votre propre volonté, Kazekage-sama. Tout comme je ne peux décemment pas vous attacher à votre lit pour vous obliger à vous reposer et à récupérer. Si vous me promettez de prendre beaucoup de précaution et de vous tenir à certaines règles que je vais vous donner, cela devrait suffire à vous aider à reprendre des forces tout en concevant une certaines activité professionnelle. Qu'il soit cependant bien clair que si vous ne respectez pas ce que je vais vous dire, c'est votre propre vie que vous mettrez en danger.
- C'est très clair. Répond le plus jeune avec gravité.
Le médecin hoche doucement de la tête et prend place de l'autre coté du bureau. Il fixe un instant le jeune homme et inspire avant de commencer ses explications.
Gaara quitte l'infirmerie, une liste de médicament et de conseils entre les mains. Après une première injection pour l'aider à tenir au moins ce jour, il parvient à se déplacer par ses propres moyens jusqu'à son bureau. L'assistant ne peut cacher sa surprise en le voyant entrer dans l'antichambre menant à la pièce de travail.
- Bonjour Kazuo. Faites venir les gens de Konoha, je vous prie. Oh ! Et demandez donc aussi à Baki de me rejoindre. Je souhaite que le conseil prenne part activement à la cérémonie d'enterrement de la vieille Chyo.
- Bien Kazekage-sama ! Je… Enfin… Vous êtes certains de ne pas avoir besoin de repos ? Après tout ce que l'on vous a fait subir, ce serait compréhensible que vous preniez quelques jours.
- Merci de vous inquiéter Kazuo mais ça va aller. Lui répond le rouquin sur un ton rassurant.
La nuit est à présent tombée sur Suna. C'est avec une pointe de regret que Gaara a appris le souhait de ses amis du pays du feu de rentrer rapidement à Konoha. Il ne peut pourtant par leur en vouloir car il aurait probablement procéder de la même manière si il s'était trouver dans leur situation. Un sensei dans un état critique et une situation internationale aussi peu stable, le retour au village aurait été sa priorité. Seul accoudé à son bureau, il regarde les différents ordres de mission et autres rapports à lire et signer. Un léger soupire provenant de la porte d'entrée le fait sursauter.
- Allons Gaara, c'en est déjà beaucoup trop pour aujourd'hui. Va te reposer, s'il te plait. le presse Temari en s'avançant vers son cadet.
Il sait au fond de lui qu'elle a plus que raison. Sans aucune parole, il se lève et elle l'escorte jusqu'à sa chambre. Immobile sur le pas de la porte, le jeune homme comprend qu'elle voudrait lui dire quelque chose mais qu'elle ignore comment s'y prendre, il soupire. La vie sera-t-elle toujours aussi compliquée entre eux ? Pourtant il a déjà fait de grand progrès envers ses proches et inversement mais là, ils sont tous les deux muets et se regardent sans trop savoir quoi dire.
- Bonne nuit… finit-elle par murmurer avant de se mettre sur la pointe des pieds et de déposer un baiser sur sa joue.
- Bonne… nuit… balbutie le rouquin, encore sous la surprise de ce geste.
Il reste ainsi debout devant la porte de sa chambre encore bien après que sa sœur ait bifurqué au coin du couloir. Il fini tout de même par entrer. D'un œil las, il darde le lit. Après s'être laissé lourdement tomber dessus, il s'allonge tout habillé et fixe le plafond dans l'attente.
Dans l'attente de quoi ? C'est vrai qu'il n'a aucune idée de comment faire pour s'endormir mais étant donné la simplicité avec la quelle ces semblables y parviennent, il espère que son corps trouvera d'instinct comment procéder. Il se tourne sur le coté et ferme lentement les yeux.
Au petit matin, lors ce qu'il rentre dans la cuisine. Il sait immédiatement que Kankuro d'un simple regard fixe a deviné. Son frère aîné lui tant une tasse de café et va s'assoir face à lui.
- Pas terrible cette première nuit… lâche-t-il en regardant sa tartine avec désintérêt.
Gaara contemple le breuvage en se demandant si au stade ou il en est cela aura encore le moindre effet.
- Non… pas terrible…
Il porte une main légèrement tremblante à son front qui l'élance douloureusement. Son aîné grimace, il se doutait bien que cela ne se passerait pas forcément bien du premier coup.
- Tu as pu dormir un peu ?
A l'autre bout de la table, le jeune homme hoche négativement de la tête et fini par déposer la tasse pour saisir sa tête des deux mains. La migraine est entrain de le broyer et au vue de la violence, cela ne disparaîtra pas de la journée même avec les puissants médicaments que son père lui avait fait développer pour pallier aux nombreux inconvénients de l'insomnie perpétuelle.
- Combien ? demande Kankuro en se levant.
- Une dose complète. murmure le plus jeune avant que son frère n'ait quitté la pièce.
Le marionnettiste ouvre la pharmacie de la salle de bain des deux garçons et attrape un pot en verre rempli de gélules bleu. Il reste de longues secondes en contemplation devant le récipient. Trop de mauvais souvenir se rapporte à ces choses. Il revoit son petit frère âgé d'à peine sept ans que son père force à avaler l'une des puissantes bille azure. L'enfant pleure, gémi mais malgré son jeune âge il sait que s'il ne prend pas ça, le démon le débordera encore comme le soir précédent. Alors avec une résignation qui ébranle son grand frère, il avale. La suite, il la connait que trop bien. Il y a les spasmes, les plaintes, très souvent accompagnées par d'horribles brûlures d'estomac qui empêchent le petit de se nourrir correctement durant plusieurs jours. Le remède concocter par les chimistes du Kazekage n'a qu'un seul but. Empêcher le porteur de faillir et donc le maintenir en forme par des apports de compléments qu'un enfant ne devrait jamais avoir à prendre.
Certes, Gaara est un homme aujourd'hui et il y a bien longtemps qu'il n'a pas eu besoin de prendre ces gélules mais il redoute l'effet sur la santé déjà chancelante de son cadet. Alors c'est en lâchant un juron bien senti qu'il sort de la salle de bain et regagne la cuisine. Par chance, Temari n'est toujours pas levée. Ce petit manège a toujours été une sorte de contrat tacite entre les deux frères. Kankuro va chercher ce qu'il faut en échange Gaara tient le coup du mieux qu'il peut. Ce fut pendant longtemps la seule manière que l'aîné connaissait pour témoigner un tout petit peu d'attention à son cadet.
Ce dernier est entrain de se lever de sa chaise avec une difficulté qui n'est pas feinte. Doucement il se rapproche de l'évier et sort un verre du placard.
- Tiens.
- Merci… bredouille le rouquin.
Kankuro reste tout proche de son frère, le regardant avaler le liquide et le médicament. Il surveille alors la moindre réaction, le moindre signe. Quelques secondes passent avant que ne commence le processus. Gaara se met à transpirer tout en refermant ses bras autour de son ventre. Un rictus lui tord la bouche bientôt rejoint par un faible gémissement alors qu'il se plie en deux sous la douleur. L'aîné se précipite pour soutenir le plus jeune, prêt à s'effondrer.
- Merde ! Gaara est-ce que ça va ? s'emporte-t-il en retenant son frère par les épaules.
Un râle douloureux lui répond. Il passe une main soucieuse sur le front du malade, il est en nage. Le soutenant comme il le peut, il l'emmène au salon et l'allonge sur le canapé. Le rouquin tousse à présent tout en se contractant sous les douleurs d'estomac. Son cœur s'accélère et lui donne la nausée. Ce sont les compléments qui pénètrent son organisme. Les doses sont développées pour contrer des pertes de maîtrises du porteur du démon du à l'épuisement ou aux effets de l'insomnie, d'où la rapidité nécessaire pour se dissoudre mais à quel prix. Oui, à quel prix ?
Kankuro sert à présent les épaules de sont cadet qui tremble contre lui, agrippé à son T-shirt avec un désespoir que l'aîné n'a que trop vu.
- Courage, c'est bientôt fini. Tente-t-il de rassurer le plus jeune en passant une main maladroite dans ces cheveux rouges sang.
Un faible râle et les mains de ce dernier qui se referme encore plus fortement sur son haut sont les seules réponses qu'il obtient. Maintenant il faut attendre que la dose fasse son effet et cela peut durer un bon quart d'heure. Les secondes s'écoulent avec une lenteur parfaitement scandaleuse, ponctuées par des gémissements que le Kazekage contient du mieux qu'il le peut. Son aîné le veille, sondant les pupilles turquoise quand il les voit apparaître entre les paupières cernées de noir. Le vide, un néant profond causé par l'épuisement se reflète dans ce regard froid. Il comprend très vite que son petit frère mobilise toutes ses forces dans un effort démesuré pour supporter les contre coups du médicament. L'espace d'un instant, il éprouve presque de la honte devant ce spectacle. Les pires blessures de guerre qu'il pourrait endurer ne seront jamais que des égratignures en comparaison de ce que Gaara a subit durant toute sa vie. Le visage tendu, se contractant par instant, reflète une résignation totale. Il sait parfaitement que l'attente est son pire ennemi mais qu'une fois la dose absorbée, tout ira mieux.
Le quart d'heure est largement passé quand Kankuro sent enfin les mains de son cadet se desserrer, toutes raidies par la crispation. La respiration se calme, le visage se détend ostensiblement mais l'épuisement est toujours palpable. Le plus grand dépose avec précaution la tête du malade sur le canapé et se relève pour aller lui chercher une serviette qu'il revient déposer sur son front. Gaara a un soupire de bien être et rouvre péniblement les paupières.
- Merci… articule-t-il d'une voix grave et vacillante.
Kankuro lui sourit faiblement, d'un pincement de lèvre. Ils se regardent, se sondent. Ils n'ont jamais trouvé comment communiquer tout les deux mais avec le changement d'attitude du plus jeune, le marionnettiste commence à lui aussi trouver de nouvelle base pour se rapprocher. Les pupilles bleus reprennent doucement vie, les compléments sont entrés en action.
Quand Temari se lève une heure plus tard, il n'y parait plus rien. Gaara est déjà attablé derrière son bureau et il lui adresse même un sourire quand elle passe la tête dans l'embrasure de la porte pour s'assurer qu'il va bien. Le jeune homme préfère qu'elle ignore se qu'il a du prendre ce matin. Certes il apprécie sa sœur mais il préfère éviter les remontrances de cette dernière. Lors ce qu'elle s'emporte, même lui frémit parfois sous ses coups de colère.
Cela fait maintenant cinq jours qu'il a repris vie, cinq jours où il a essayé de parer au plus pressant pour le bien de son pays. Une fois le conseil convoqué et le parlement du village rassuré sur sa santé, sa première tâche a été de passer en revue le système de défense du village. Une intrusion comme celle qui a précédée son enlèvement est un bon exemple des lacunes aux quelles il veut remédier.
Allongé sur son lit, il continue de sonder le plafond de sa chambre comme au temps ou le Shukaku l'habitait encore. Après sa première tentative de dormir le premier soir, il n'a pas reconduit l'expérience. Kankuro n'a rien dit les trois premières nuits mais le matin précédent, il a clairement fait comprendre à son cadet qu'il n'irait pas lui chercher une seconde gélule. N'étant pas né de la dernière pluie, Gaara a eu la sagesse de ne pas tenter de prendre seul le médicament. Les risques étant trop grand en cas de réel malaise, il sait que maintenant il n'y a plus de force démoniaque pour l'empêcher de s'éteindre.
Il est trois heure du matin quand Temari se réveil en sursaut. Immédiatement, elle se redresse en position assise au milieu de ses draps. Au aguets, elle est persuadée d'avoir entendu quelque chose qui l'a tiré de son rêve dont elle ne se souvient déjà plus. Une lente inspiration soulève ses épaules, peut-être que cela venait de son rêve après tout. En désespoir de cause, elle s'allonge à nouveau mais sa tête effleure à peine l'oreiller qu'un cri glaçant raisonne à nouveau.
Elle saute de son lit et s'engouffre dans le couloir, le cri c'est transformé en une longue plainte qui provient de la dernière porte, à l'autre bout du passage. D'un mouvement brusque, elle ouvre la porte de la chambre du Kazekage.
- Gaara ! s'exclame-t-elle en se précipitant vers le lit ou c'est recroquevillé son cadet en position fœtal.
Ce dernier ne semble pas l'entendre, gémissent misérablement, les sourcils froncés en une grimasse douloureuse. Un instant, elle marque un temps d'hésitation. Il ne serait peut-être pas indiqué de le réveillé. Pourtant, le nouveau gémissement qu'il émet la convainc qu'il ne peut pas rester ainsi. De sa main droite, elle attrape l'épaule gauche de son cadet qui immédiatement commence à se débattre. D'un revers de main désespérer, il la repousse avec violence. Temari heurte le mur de son dos, ce qui lui coupe la respiration et la laisse KO durant quelques secondes. Ce n'est que du coin des yeux qu'elle aperçoit Kankuro qui se précipite vers le rouquin et le ceinture en le prenant par derrière, bloquant ses bras et ses jambes à l'aide de ses propres membres. Le jeune homme continue pourtant de se débattre et il ne manque pas de donner un coup de tête à son frère qui émet un juron, le nez en sang.
Temari se redresse, chancelante, avant de monter à son tour sur le lit.
- Giffle-le ! ordonne Kankuro tout en continuant de se battre avec les mouvements désordonnés du plus jeune.
Elle prend son élan et frappe de toutes ses forces. Gaara hurle mais cette fois, il a les yeux ouverts. Il tente à nouveau de se libérer, se débattant si fort que Kankuro est obligé de céder si il ne veut pas encaisser un nouveau coup. Sa sœur essaye à son tour de retenir le rouquin tout en l'appelant par son prénom pour qu'il reprenne ses esprits. Toute fois, elle comprend très vite que son petit frère est en pleine crise de panique. C'est à ce moment là qu'il parvient à se libérer complètement, repoussant une nouvelle fois sa sœur mais pas aussi violement que la première fois. Sautant du lit, il se réfugie dans l'angle de la pièce le plus éloigné du lit. Accroupi dans une position de repli complet sur lui-même, il passe machinalement sa main droite sur son tatouage, encore et encore, sa voix grave marmonnant des paroles incompréhensible.
Les secondes passent, Kankuro et Temari n'osent pas bouger. Puis, doucement, la raison semble revenir dans les yeux couleur lagon du jeune Kazekage. Sa lèvre inférieur se met à trembler imperceptiblement alors qu'une expression emprunte d'effroi vient se dessiner sur son visage marqué par l'épuisement. Son frère et sa sœur continuent de l'observer. Il les voit. Il les voit et il comprend. A nouveau, tout est de sa faute. Il n'essaye même pas de les cacher, ses larmes qui coulent de plus en plus rapidement sur ses joues trop pâles. Sa main gauche vient rejoindre la droite devant son visage alors qu'un sanglot franchi la barrière de ses lèvres.
Temari fait fit de toute mesure de sécurité et s'élance vers son cadet. Kankuro la suit, sa main droite enroulée dans son T-shirt pour essayer de stopper le sang qui coule encore de son nez. Elle prend le jeune homme dans ses bras, il pleure plus fort. Et quand il sent la main apaisante de son grand frère se poser sur ses épaules, il ne peut retenir plus longtemps cette plainte rauque de résonner dans la pièce.
- Je suis désolé. Ne cesse-t-il de répéter alors que les deux autres lui murmurent que ce n'est rien.
Le jour se lève quand Gaara est enfin calmé. Sa sœur comprend très vite que le sommeil de son frère est devenu un nouvel ennemi. Intérieurement, elle bout de colère. Ne le laissera-t-on jamais en paix ? N'a-t-il pas suffisamment donné ? Après cette nuit, elle comprend que la tâche sera immense et lors ce que Kankuro lui avoue que ces cinq derniers jours il a tenu le coup en prenant une dose de survie conçue par le labo de médecine du village, elle ne peu pas vraiment lui en vouloir.
- Nous allons trouver une solution, Gaara. Je te le promets. Murmure-t-elle en caressant doucement sa chevelure rouge.
- Madarame n'est pas qualifié pour le soigner. Fait remarquer Kankuro. Il ne pourra jamais rien faire d'autre que lui prescrire ces fichues pilules.
- C'est vrai. Nous ferrons appel à quelqu'un d'autres alors.
- Qui ? s'enquiert le brun.
- Peut-être que Konoha pourrait nous conseiller. Tsunade elle-même pourrait nous aider ou tout du moins nous recommander un médic-nin excellant dans un domaine qui soit utile pour Gaara.
- Je vais de ce pas envoyer un message à l'Hokage. Déclare-t-il en se relevant avant de quitter la pièce d'un pas rapide.
Temari reste là, seule, son petit frère lové contre elle. Les yeux bleu turquoise ne sont plus que deux fentes qui ne veulent définitivement plus se fermer, trop marquées par l'horrible expérience de ce premier sommeil. Le cœur de la jeune femme se sert en le voyant se battre pour rester éveillé, secouant parfois légèrement la tête pour tenter de se remettre les idées en place. Elle n'ose pas le lui avouer mais elle craint qu'il ne parvienne pas à résister très longtemps dans l'état ou il est. Tous ses espoirs vont vers Tsunade et les médecins de Konoha. Si il y a bien une personne qui puisse aider son frère, la blonde sannin la connaîtra c'est certain.
La chambre d'hôpital, prévue initialement pour quatre patients, résonne au rythme des signaux sonores du moniteur. Des témoins lumineux s'animent par moment, faisant danser des hombres vertes, rouges ou encore jaunes sur les murs blancs. Gaara entre-ouvre les yeux un instant, regarde le goutte à goutte qui est rattaché à son bras gauche. Puis il referme lentement les paupières en essayant de se remémoré comment il a fini dans ce lit.
Après cette nuit mouvementée où il a tiré de leurs lits son frère et sa sœur, il a perdu connaissance durant de longues minutes. Temari a du se résoudre à le faire hospitaliser et le médecin chef Madarame n'a pu que la féliciter pour cette initiative. Le jeune homme est dans un état catastrophique et si il continue à s'entêter à ne pas dormir, il va subir des lésions irréversibles tant au niveau de son cerveau que de son organisme. Même si le docteur a admis être dépassé par la situation, ses connaissances lui ont quand même permis d'aboutir à la conclusion que le fragile équilibre maintenu par le Bijuus est entrain de s'effriter, de se fissurer. Il n'y a plus de force invisible pour consolider les défenses du roux, ne reste que son métabolisme entrain d'encaisser le contre coup de trop longues années d'exploitation dans les limites de ses capacités.
Pour la première fois, Kankuro ne peut repousser l'effroyable idée que son petit frère, enfin libéré de tant d'années d'emprisonnement sous la domination du Shukaku, soit en danger de mort. Il a vu le regard préoccupé de Madarame et n'a pas osé en parler à sa sœur, donnant son accord pour que l'on injecte un puissant somnifère à son cadet, seul moyen trouvé de lui assurer un semblant de repos.
Gaara se sent vaseux, broyé, engourdi, il n'a jamais ressenti autant de faiblesse, même après son retour à la vie. Son propre corps semble le trahir en ne répondant pas à ses sollicitations. C'est en vain qu'il tante de tourner la tête pour faire le tour de la pièce. Il ne peut que mouvoir ses pupilles, tout le reste semble déconnecter de son cerveau.
Une porte s'ouvre dans le lointain, des pats rapides s'approchent de lui. Il soupire imperceptiblement, au moins il entend toujours. On s'affaire autour de lui mais impossible de voir de qui il s'agit, probablement du personnel soignant. Puis, apparaissant enfin dans son champ de vision, il voit un visage concentré semblant l'observer sous toutes ses coutures. Il éprouve de l'apaisement en reconnaissant la chevelure rose et les pupilles émeraude, Sakura Haruno. Puis, une pointe de crainte refait surface. Elle est rentrée à Konoha avec ses équipiers il y a de ça plusieurs jours. Pourquoi est-elle à son chevet ?
- Bonjour Kazekage-sama. lance-t-elle en souriant gentiment.
Tiré de sa réflexion, il pose un regard empli de surprise sur la jeune femme avant d'essayer de lui répondre.
- B.. Bonjour…
Il est lui-même choqué par la faiblesse de sa voix tout comme par l'effort que cela semble lui soutirer. Il essaye de se redresser mais rapidement elle pose une main ferme sur sa poitrine pour le retenir.
- Il est trop tôt, Kazekage-sama. Vous sortez d'un sommeil forcé de près de deux semaines. Comment vous sentez-vous ?
- Faible… rouillé… murmure-t-il en se laissant retomber sur les oreillers.
- C'est normal, prenez cette situation comme un rétablissement après une blessure sérieuse ayant nécessité une immobilisation de longue durée.
Le jeune homme saisi le sérieux de la situation mais ne peut s'empêcher de laisser faiblement s'étirer ses lèvres dans un semblant de sourire. Il n'a aucune idée de ce qu'elle veut dire car il n'a jamais connu ce genre de blessure, ni de pareil désagrément pour se remettre de quoique ce soit.
Pendant qu'il cogite, elle lui prend la température, note quelques informations concernant sa pression et son état général dans son dossier. Gaara reconnait la couverture jaune marquée d'un saut rouge « Top secret ». Il se tend imperceptiblement, le faible espoir qu'elle n'ait pas lu tout ce qui se trouve là dedans s'envolant avec le souvenir de ses premières paroles. En deux, semaines elle a largement eu le temps de parcourir et relire les traitements, les posologies ainsi que les rapports d'expériences à son sujet. Il frémit.
- Vous avez froid ? s'enquit-elle.
- N… Non, au contraire. balbutie-t-il en détournant le regard d'elle.
- Le personnel de veille étant occupé, je vais me charger de votre toilette. Je doute que vous dormiez à nouveau d'ici à l'aube.
Gaara n'est pas certain d'avoir comprit de quoi elle veut parler et ne pense qu'à lui demander l'heure exact en lieu et place de ce qu'elle entend par « faire sa toilette ». Pourtant, au fond de lui-même, il a bien saisi et commence à se tétaniser à l'idée qu'elle puisse… le laver. L'ancien Jinchuuriki essaye de se mouvoir un peu, ses bras commencent de répondre mais toujours impossible d'obtenir quoique ce soit de ses fichues jambes.
Sakura, remarque du coin de l'œil l'agitation qui s'empare du roux, la goutte de sueur qui perle sur son front alors qu'il essaye de se mouvoir. Elle fronce les sourcils, une mimique réprobatrice sur le visage. Décidément ses ninjas de haut niveau sont tous les mêmes…
- Kazekage-sama, si vous ne cessez pas immédiatement de remuer dans tous les sens, je vous immobilise avec mon chakra médical.
- Ne me touchez pas ! s'exclame-t-il en tentant de la repousser.
La médic-nin comprend immédiatement que le problème est ailleurs et que le leader du village du sable n'essaye pas de se lever mais de fuir quelque chose. Elle se radouci un peu et s'asseye sur le bord du lit. La poitrine du jeune homme se soulève de manière un peu erratique, il souffle fort. Son instinct de médic-nin lui dicte d'apaiser la situation. Elle sait parfaitement qu'elle ne soigne pas n'importe qui mais à l'inverse de l'autre porteur de démon qu'elle est habituée à côtoyer et à guérir, celui qui est allongé devant elle a un passé profondément tourmenté. Les secondes passent, deviennent des minutes alors que Gaara tente de se calmer.
Prête à rester là le temps qu'il faudra, elle reprend le dossier du Kazekage et fait semblant de le lire. Durant le sommeil de ce dernier, elle a eu le temps de le parcourir en long et en large. Ce qu'elle a découvert l'a profondément horrifié. Plus jamais elle ne portera le même jugement sur cet homme. Comme beaucoup de villageois et d'habitant du pays du vent, elle s'est rendue à l'évidence que la présence de Gaara à ce poste de Kage était finalement une évidence et ce même si ce n'était pas gagné d'avance. Après la lecture des rapports d'expérience consignant les essais et les tentatives de manipulation sur l'enfant porteur du Shukaku, elle a pleuré. Comment peut-on faire endurer de telles atrocités à son propre fils ? Comment peut-on le détruire dès sa naissance en lui implantant ce monstre dans les entrailles ?
Sakura a du faire preuve de beaucoup de maîtrise de soi pour pouvoir encore croiser Baki et le frère de la vieille Chyo sans ressentir le profond désir de les pulvériser tout les deux d'un coup de point. Durant plusieurs jours, elle n'a pas très bien dormi, les images et les mots revenant dans son sommeil. Au travers de ce dossier médical, elle a découvert une facette incroyablement bien cachée du jeune homme et au final, elle ne peut qu'éprouver un profond respect pour celui qui malgré tant de souffrance et de mauvais traitement est parvenu à se hisser à la tête de ceux là même qui le brimaient et le redoutaient tant.
- Vous ne devriez pas lire ça. laisse-t-il échapper, le regard posé sur la fenêtre lui renvoyant son reflet car il fait encore nuit à l'extérieur.
- Pourquoi ?
- C'est du passé.
- Mais le passé nous façonne, fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui. En tant que médic-nin, je dois comprendre se passé pour mieux pouvoir vous soigner. lui explique-t-elle en refermant le dossier.
Il ne répond rien. Sakura comprend que le problème vient de là et des traumatismes que cela a laissés. Elle a tout de suite saisi que ses relations sociales avaient violement pâties de cette condition de porteur de démon. Le cadre familial n'était déjà pas propice à un développement dans de bonne condition à la base. C'est en parlant avec sa sœur et surtout avec son frère qu'elle a pris conscience que Gaara n'avait pas été le seul à souffrir. Naruto lui avait déjà parlé de ce clivage causé par son statut mais elle ne pensait pas que cela pouvait pareillement dégénéré dans le cas du jeune homme allongé sur le lit d'hôpital, au point ou même son propre frère et sa propre sœur soit constamment sur le qui-vive par crainte qu'il perde à nouveau ses moyens et massacre tout autour de lui. Quelle responsabilité pour des enfants qui n'étaient de toute manière pas suffisamment puissants pour pouvoir le contenir. En lisant les rapports et en parlant avec Kankuro, elle a comprit que Gaara nourrissait une culpabilité démesurée et que même si les relations s'amélioraient notablement, un fossé demeurait.
D'un mouvement léger, elle pose sa main sur le front du Kazekage. Il brule de fièvre. Elle se redresse, prépare des compresses humides et revient s'assoir sur le rebord du lit. Lors ce qu'elle applique le premier morceau d'étoffe sur le front du malade, elle le sent se crisper. Puis, elle en pose d'autres sur ses poignets, ses chevilles et aussi sur sa nuque. Pour la première fois depuis qu'elle le connait, elle jurerait l'avoir entendu soupirer d'aise. Il ouvre à nouveau les yeux et la fixe avec quelque chose dans le regard qui ressemble à de la gratitude. Profitant de la quiétude du moment, elle va chercher le gant de toilette et une bassine. Gaara se sent trop engourdi par le contre coup des somnifères pour se débattre et puis au font, elle est médecin, c'est son travail. Il verra bien comment il s'en tire.
Les gestes de la jeune femme sont calmes et rassurants. Avec précaution, elle lui parle et lui explique tout ce qu'elle fait. Il hoche parfois de la tête quand elle lui demande son autorisation pour le mouvoir ou pour s'enquérir de son état. Le contact tiède à quelque chose d'étrange sur sa peau pâle, il le savoure en silence et se dit, finalement, que ce n'est pas si terrible et même que cela à quelque chose de plutôt intrigant. Ses yeux fiévreux la regardent faire, suivent le ballet de ses mains entre son corps et la bassine. Appliquée et concentrée, son visage ne marque aucune émotion, c'est peut-être ça qui le sécurise. Même si elle est aussi jeune que lui, c'est une professionnelle. Jamais il ne pourrait imaginer qui que ce soit entrain de l'effleurer comme elle le fait. A l'aide d'une serviette, elle sèche immédiatement chaque parcelle qu'elle a nettoyée. En son fort intérieur, il ne peut se l'avouer mais il n'a pas frissonné que de malaise quand elle s'est occupée de ses parties intimes. Il en rougit encore. Sakura de son coté ne dit rien, elle a bien compris que ce n'était pas une toilette comme les autres et que ce que le Kazekage est entrain de vivre mérite le respect de sa plus grande discrétion.
Une fois terminé, elle aide le jeune homme à passer une chemise de nuit propre et l'aide à se caller dans les coussins qu'elle a replacé dans son dos.
- Souhaitez-vous contempler le lever du soleil, Kazekage-sama ?
Il hoche doucement de la tête, alors la commande automatique du lit s'active et le fait se redresser en position assise. Ensuite, elle récupère son matériel et emporte tout ça dans la bassine qu'elle a pris soin de vider au par avant. Elle vient de poser la main sur la poignée quand elle entend raisonner la voix grave, à présent raffermie, du jeune homme ;
- Sakura, merci.
Elle se retourne et lui sourit de toutes ses dents.
Quand le soleil se lève, Gaara ne voit pas l'astre apparaître, il a encore dans les yeux une autre vision qui brille.
