Désolée pour mon retard. Je vous avais prévenus ! Quand on a des enfants, les vacances des uns n'allègent pas forcément l'emploi du temps des autres (pour tout vous dire, les vacances scolaires, c'est le cauchemar des mères !)…
Merci à Nepheria666 NakuBP Horadus et Cucarracha pour leurs reviews. Vos avis m'intéressent, vous m'obligez à être cohérente, et çà n'est pas facile (tout le plaisir est là !).
Vous êtes plusieurs à vous étonner de la nouvelle prophétie et à vouloir en savoir plus sur la devineresse des Carpathes que Voldemort semble croire sur parole…Patience. L'avenir dira si cette voyante des Balkans peut rivaliser avec notre chère Sybille…
D'autres ont l'air de s'inquiéter de la tournure que prennent les événements pour nos héros. Harry joue avec le feu, c'est vrai, mais ça n'est pas la première fois, il me semble. Et puis, a-t'il réellement le choix ? Ginny n'est pas dans une situation plus enviable. Quant aux Malefoy , ils s'aventurent sur des terres glissantes, inconnues d'eux jusqu'à présent…et cela les fragilise l'un et l'autre.
Bonne lecture, et n'oubliez pas de mettre un mot, même très bref !
CHAPITRE SEPT
UN PARCOURS DIFFICILE
La tête appuyée sur son sweat-shirt roulé en boule, Harry avait réussi à dormir plusieurs heures d'affilée. A présent, il était accoutumé à la dureté du sol et son épuisement avait eu raison de son état de tension.
Le froid le réveilla, et il se mit debout, tout frissonnant, décidé à marcher sur place et à faire des pompes pour se réchauffer.
Il secoua son sweat puis l'enfila après avoir bu avec délectation quelques longues gorgées d'eau. La cruche avait été remplie, et le pot de chambre enfin vidé, tout cela pendant son sommeil.
Il se sentait reposé, mais la faim le tenaillait. Depuis le quignon de pain apporté par Lucius Malefoy, il n'avait rien avalé.
Tout en piétinant le sol, ignorant le frottement désagréable de l'anneau métallique contre sa cheville, il rêvait de crêpes, de céréales arrosées de lait chaud, de toasts couverts de beurre et de miel. Ah, les petit-déjeuners au Terrier ou à Poudlard !
Sa montre marquait sept heures. Au dehors, le soleil était sans doute déjà haut dans le ciel, les oiseaux chantaient, il devait faire frais encore. C'était la plus belle heure, en été, celle du début de matinée, celle où les ombres sont encore longues et où la nature humide est toute frissonnante de la nuit…
Une fois de plus, le bruit des serrures le fit sursauter et il s'interrompit dans sa marche et ses rêveries. L'espoir de recevoir à manger l'envahit aussitôt.
Et en effet, Lucius Malefoy, le tortionnaire subitement reconverti en père nourricier, entrait chargé d'un plateau sur lequel fumait un bol de chocolat. A côté, sur une assiette, Harry put voir plusieurs crêpes et un pot de confiture. Il y avait même une cuiller.
Le garçon se sentit redevenu un être humain.
L'homme souriait en le regardant. Harry resta les bras ballants, la bouche ouverte, réprimant l'envie de se jeter sur le plateau malgré la chaîne qui le retenait.
-Asseyez-vous, Potter.
Harry ne se fit pas prier et s'installa en tailleur. Le dos au mur, il leva les bras pour saisir le plateau, mais Malefoy prit soin de se baisser pour qu'il n'eût pas à soutenir une charge trop lourde.
-Faîtes attention, le chocolat est très chaud.
La voix était douce, attentionnée… Paternelle.
Harry fit un petit mouvement de tête , et commença par enduire une crêpe de confiture. Lorsqu'il la porta à sa bouche et mordit dedans, il réalisa qu'il faisait exactement ce qu'il venait de rêver, et il se sentit envahi d'un plaisir inouï. Mais aussitôt, il en eut honte. Il s'interrompit et leva les yeux vers Malefoy.
Le Mangemort le regardait en souriant avec indulgence.
-Ne vous gênez pas, Harry. Mangez, vous devez être affamé. J'ai tout mon temps.
Le garçon tressaillit en s'entendant appeler par son prénom. Il décida de s'interroger plus tard sur cette nouvelle étrangeté, et se mit à manger de bon appétit. Tout était délicieux, et s'il n'avait pas été vaguement gêné par le regard insistant que l'homme posait sur lui, Harry se serait presque senti satisfait.
A l'évidence, comme tout un chacun, il était soumis à la loi du ventre.
Quand il eut reposé son bol vide sur le plateau et essuyé sa bouche chocolatée du revers de la main, il appuya sa tête contre le mur et laissa échapper un soupir de contentement.
-Rassasié ?
-Oui, pour l'instant. Répondit-il en souriant légèrement, bien malgré lui cependant. Sa voix avait retrouvé un peu de sa clarté naturelle.
-Bien. Nous allons donc pouvoir discuter dans de bonnes conditions. Pouvez vous vous lever ?
Harry acquiesça et se remit sur pieds, à peine étonné de la formulation polie.
-Je préfère, pour vous parler, que nous soyons à hauteur égale. Se justifia Lucius. Avez vous réfléchi à la proposition que je vous ai faite hier soir ?
-Oui… Murmura Harry en rougissant de manière inexplicable, mais sans baisser les yeux.
-Acceptez vous cette proposition ? J'en rappelle les termes : vous recevez la Marque des Ténèbres et nous organisons une rencontre entre vous et miss Weasley.
Harry fronça les sourcils.
-Vous voulez dire que… Je ne verrai Ginny qu'après avoir…
-Voyons, Harry… Ne jouez pas au naïf ! Vous vous doutez bien que nous devons d'abord nous assurer de votre bonne volonté !
-Ce n'est pas ainsi que vous m'aviez présenté les choses.
-Je vais être franc avec vous. Certains parmi nous doutent que vous soyez un homme de parole.
-Je vois… Murmura Harry.
-Je n'en fais pas partie, soyez en sûr.
L'homme plongea le regard de ses yeux gris transparents dans celui de l'adolescent. Mal à l'aise, ce dernier inclina légèrement la tête et s'éclaircit la gorge.
-Avant tout, j'ai besoin de savoir… ce qu'est exactement cette Marque, et à quoi elle m'expose, articula Harry, avec un effort pour paraître déterminé.
-C'est tout à fait naturel, et je vous donne volontiers des explications. La Marque est un signe extérieur de votre attachement à la Cause défendue par le Seigneur des Ténèbres ainsi qu'à sa personne. Elle crée un lien magique entre lui et vous.
-En quoi consiste ce lien ? Souffla Harry.
-Eh bien, notre Lord peut vous appeler à lui grâce à elle. Sans savoir où il se trouve, vous pouvez transplaner à ses côtés s'il vous demande de le rejoindre. Et à travers elle, vous pouvez sentir ses… « états d'âme », ou ses humeurs si vous préférez, dans la mesure où il veut vous les faire connaître.
« Bref, une sorte de cicatrice bis… Pas grand chose de nouveau , tout compte fait », songea Harry.
-Mais lui, peut-il sentir ce que je ressens, à travers ce lien ?
-En aucun cas. Soyez en assuré. D'ailleurs, il est un excellent légilimens et n'a nul besoin de la Marque pour connaître vos pensées.
-Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Dit brusquement Harry en fixant Lucius avec sérieux. L'homme l'encouragea à parler d'un sourire. « Voldemort m'a toujours haï. Il s'est servi de mon sang, le sang de l'ennemi, pour retrouver un corps. Pourquoi veut-il tout à coup que je prenne la Marque, alors qu'il voulait me tuer il y a quelques heures encore ? Et pourquoi a-t-il besoin de mon consentement ? »
Que lui prenait-il de faire part ainsi à Lucius de ses interrogations ? Comment pouvait-il espérer une quelconque honnêteté de la part de ce Mangemort ? Pourtant, il se sentait en confiance avec lui. Comme une impression que l'homme lui voulait du bien.
-Je comprends votre étonnement, Harry. Je vais essayer de répondre honnêtement à vos deux questions. Commença calmement Malefoy.
"La première : sachez que rien n'est coulé dans le marbre et que tout homme peut évoluer. Je sais que cela peut paraître étrange, mais notre Maître vous a pris récemment en affection et a pour vous de grands projets. Il reconnaît votre valeur et veut vous élever à ses côtés."
"La deuxième : pour que la Marque soit effective et fonctionne correctement, il faut que le futur initié en fasse une demande explicite, il s'agit donc d'une démarche volontaire qui doit être guidée par un Tuteur. Vous devez être présenté au Maître par ce Tuteur, faire votre demande d'allégeance, et à ce moment seulement, au cours d'un rituel bien établi que je vous décrirai et qui exige de vous un serment de fidélité, vous recevrez la Marque, et vous entrerez dans le cercle des fidèles en tant qu'initié."
Harry ne pouvait dissimuler le sentiment d'horreur qu'il éprouvait, de plus en plus intense au fur et à mesure que Malefoy parlait. Quand l'homme se tut, il s'écria :
-Jamais je ne pourrai faire une chose pareille. Demander l'allégeance, faire un serment de fidélité à Voldemort… ! C'est impossible, impossible. Plutôt crever. Acheva-t-il amèrement.
-Pensiez-vous que la Marque n'était qu'une jolie décoration à exhiber devant vos petits camarades, Harry ?
-Je pensais qu'on pouvait la recevoir sans la demander expressément ! Je ne pourrai jamais renier ainsi tout ce en quoi je crois !
-Vous condamnez donc votre petite amie ? Dit doucement Lucius, l'air chagrin.
Le cœur de Harry, de rage, manqua plusieurs battements.
-Ecoutez, tatouez moi si ça vous chante, mais n'exigez pas de moi que je fasse un quelconque serment d'allégeance au meurtrier de mes parents ! Haleta-t-il, les yeux flamboyants, s'attendant à recevoir un Doloris.
Mais au lieu de s'énerver, Malefoy s'écarta de quelques pas et dit sans le regarder :
-Vous m'avez mal compris, Harry. Notre Lord a changé sa manière de voir. Il est las de la guerre et veut faire de vous son associé pour construire un Monde Nouveau qui ne soit plus celui de l'Ombre et du chaos. Il croit en vos capacités, en votre générosité. La nouvelle Prophétie…
Il laissa sa phrase en suspens et se tourna à nouveau vers Harry qui n'avait pas vraiment écouté et bouillait d'indignation.
-Je n'en crois rien. Ses idées sont fondées sur le racisme, la domination par la race soi-disant pure, l'asservissement des moldus. Il veut se servir de moi pour instaurer un ordre infâme . Je ne suis pas si stupide! Répliqua –t-il, le souffle court.
Lucius retint un sourire indulgent. Il s'approcha de Harry et, avant que le garçon ait pu réagir, posa avec douceur les deux mains sur ses épaules, les massant légèrement dans un geste apaisant.
-Ca, Harry, c'était peut-être en partie vrai il y a vingt ans, et l'intelligence de votre analyse vous fait honneur. Mais beaucoup de choses ont changé. Le Lord a évolué, réfléchi.
-Vous gardez vos méthodes ignobles de torture et de chantage.
-Nous sommes pourchassés, haïs, incompris. Si nous ne nous battions pas, nous serions écrasés, détruits par ces incapables du Ministère qui tiennent la communauté magique entre leurs mains depuis si longtemps.
Lucius se mit à masser plus fort. Harry ne le lâchait pas des yeux, comme hypnotisé. Son cerveau était au bord de l'explosion.
-Vous savez, Harry, nous n'exigerons jamais de vous ce qu'on exigeait autrefois des jeunes initiés. Ils devaient torturer, puis tuer un moldu devant tous pour pouvoir recevoir la Marque. Ces temps sont révolus. Certes, nous usons encore de violence, mais parce que nous n'avons pas le choix.
Abattu, Harry laissa tomber sa tête.
-Rejoindre volontairement le camp de Snape, l'assassin de Dumbledore…
Lucius interrompit ses mouvements et saisit d'une main le menton du garçon, relevant son visage vers lui.
-Dumbledore vous manipulait. Il vous a menti au sujet de la prophétie…
-Que voulez vous dire ? Demanda Harry sans chercher à se dégager, les yeux soudain humides.
-Nous parlerons de cela une prochaine fois. Vous allez vous reposer, réfléchir. Vous devez reprendre des forces. Quand je reviendrai vous voir, vous me direz clairement ce que vous comptez faire.
Après un silence, Lucius lâcha comme à regret le menton de Harry et s'éloigna.
-Je vais ordonner qu'on vous change de cellule. Vous aurez un lit, de quoi manger, vous laver et vous changer. Oh, rien d'extraordinaire. Mais sachez, Harry, que nous ne sommes pas des monstres.
Quand Malefoy fut sorti, Harry s'effondra, bouleversé. Il se sentait acculé. Rien ne pourrait lui épargner la honte de ramper devant Face de Serpent, sous le regard moqueur de Snape.
Il savait qu'il devrait en passer par là.
Godric's Hollow était un lieu dit qui n'était signalé que sur quelques rares cartes sorcières. Hermione, Ron, Lupin et Tonks avaient transplané à proximité de L, le village le plus proche, un paisible hameau qui semblait dormir sous le soleil de juillet.
A part les aboiements de quelques chiens, rien n'avait troublé le silence de ces maisons d'allure coquette quand ils s'étaient approchés des habitations pour les contourner et suivre la petite route en direction de Godric's Hollow.
Cependant, une voiture les avait rattrapés et le conducteur avait ouvert sa fenêtre automatiquement, sous le regard fasciné de Ron, pour leur demander où ils allaient et s'il pouvait les renseigner. Comme ils portaient des sacs à dos, il les avait pris pour de simples randonneurs à l'aspect un peu original.
La voiture était repartie quand Hermione avait confirmé aimablement qu'ils se promenaient et n'avaient besoin de rien.
-Je n'en reviens toujours pas que maman nous ait laissés partir ! Dit Ron à Hermione en serrant sa main fine dans la sienne, beaucoup plus large.
-C'est la dixième fois que tu me dis çà, Ron…Cà prouve simplement qu'elle a une grande confiance en Remus et Tonks. Et nous ne devons pas les amener à trahir cette confiance…
-Je pense sincèrement que nous ne risquons rien. A part de nous prendre une fiente d'oiseau sur le coin de la tête…
Hermione eut un petit rire et par réflexe, leva les yeux au ciel.
-Je le pense aussi. Mais… Prudence…
La route se mit à descendre, et entra dans une forêt de feuillus très dense.
-Nous devons prendre le premier chemin sur la droite. Indiqua Hermione qui avait déplié sa carte sorcière. Le trajet luisait faiblement en rouge, conduisant de L à ce qui semblait être un bâtiment isolé au milieu du bois, tout au fond d'une combe, d'après les courbes de niveau.
-Dis donc, cette forêt ressemble à celle qui entoure le Terrier. Aussi ancienne, avec des arbres gigantesques, tout couverts de mousse… murmura Ron, impressionné.
Malgré eux, ils parlaient à voix basse, tant le lieu était empreint de solennité.
Tonks avait mis sa main dans celle de Remus. Ils trouvèrent bientôt le sentier, mais il était très embroussaillé, et si la carte magique n'avait pas confirmé en clignotant qu'ils étaient sur la bonne piste, ils auraient fait demi tour pour reprendre la route.
Ron pestait contre les ronces et lançait des sorts pour écarter les branches. En sueur, Hermione marchait maintenant derrière lui en chassant les insectes. Remus suivait, laissant les jeunes se débrouiller. C'était leur idée, ils devaient se donner les moyens de la mettre en œuvre.
Au bout d'une bonne heure de crapahutage dans le sous bois, ils parvinrent au plus profond de la dépression… Ils découvrirent une assez vaste clairière. Un ruisseau la traversait.
« Le creux de Godric »Pensait Hermione…La combe était devant eux. Quel était le lien avec Godric ? S'agissait-il de Griffondor ? Il serait toujours temps de le découvrir. Elle regrettait de ne pas avoir la bibliothèque de Poudlard sous la main pour ses recherches.
Les ruines de ce qui semblait avoir été une petite maison de bûcheron et ses dépendances attristaient ce lieu paradisiaque. Les murs étaient écroulés, les pierres grises avaient roulé un peu partout. Seule une des cloisons se dressait encore, à peu près entière.
Les poutres de la toiture gisaient entremêlées au sol, pointant par endroit comme la carcasse d'un vieux bateau. La végétation avait envahi les lieux, orties, ronces, liseron et épilobes pourpres rendant l'accès impraticable.
Les quatre sorciers s'étaient arrêtés, émus .
-C'est donc ici que s'étaient cachés Lily et James ? Chuchota Tonks à l'adresse de Remus.
-Il semblerait… Je ne suis jamais venu, l'endroit était tenu secret, et après leur mort, mis à part Sirius et Hagrid, seuls Dumbledore et quelques aurors ont visité les lieux. Ce sont eux qui se sont occupés de l'enterrement. Je crois qu'ils craignaient que tout le monde sorcier vienne se bousculer ici pour rendre hommage aux martyrs.
-Et pourquoi le redoutaient-ils ? Demanda Ron en se rapprochant des ruines. C'eût été bien normal, non ?
-Je ne sais pas… Peut-être pour protéger Harry…Viens, Tonks ! Faisons un peu de ménage !
Après avoir déposé leurs sacs sur le sol, les deux sorciers plus âgés entreprirent alors de dégager à coups de sorts l'accès à l'enceinte de la maison. On voyait nettement le plan se dessiner. Deux pièces, une petite cuisine, une salle de bain…Les tuyauteries étaient encore là, rongées par la rouille.
De nombreux débris plus ou moins ensevelis jonchaient le sol. Morceaux de vaisselle, vieux chiffons, restes de meubles cassés, anciens carrelages…
Accroupis, les quatre sorciers fouillaient, ramassaient puis rejetaient, s'appelaient pour se montrer leurs trouvailles. Au bout d'une heure, Hermione avait collecté un bracelet tout simple en argent oxydé et une fine bague de la même matière qui avaient dû appartenir à Lily, ainsi que le reste d'un petit hochet de bois dont la peinture s'écaillait. Ses yeux étaient pleins de larmes quand elle présenta ces objets à Ron qui n'avait trouvé, lui, qu'un vieux canif rouillé.
Remus usait d'un sort détecteur d'objets magiques. Un halo de lumière se dessina ainsi autour d'une pierre sous laquelle on découvrit un livre mince à la couverture de cuir, en relativement bon état. Mais les caractères étaient runiques et ne pouvaient être déchiffrés instantanément.
Quant à Tonks, elle avait mis la main sur une petite figurine en forme de lion, taillée dans une pierre jaune, lisse et dure. Elle ne semblait pas émettre d'onde magique, mais était fort bien dessinée et dans un parfait état de conservation. A voir son aspect, il ne faisait pas de doute qu'elle était très ancienne.
Quand elle la montra à Remus, il la reconnut et son expression devint rêveuse.
-Elle appartenait à James. Un souvenir de famille. Il ne s'en séparait que rarement. Je ne connais pas son origine exacte. C'est une belle trouvaille, Dora.
Fatigués et assombris, ils décidèrent de faire une pause pour manger.
Ils s'installèrent dans le pré, au bord du ruisseau. Il n'était que 19h, mais la lumière baissait du fait de la situation de la clairière, véritablement au fond d'un trou.
-Je ne sais pas si nous aurons un jour l'occasion de donner tous ces souvenirs à Harry… Murmura tristement Hermione en déballant son sandwich.
Sa remarque tomba dans le silence. Ils mâchaient sans enthousiasme, les yeux dans le vague. Ron finit par dire :
-L'hiver, çà devait être horriblement humide dans ce trou, non ?
-Humide et glacial. C'est étrange, qu'ils soient venus s'installer ici… dit rêveusement Remus. Il observait le petit lion tout en mangeant. Il finit par le glisser dans sa poche.
-La maison n'avait pas de cave, apparemment…
-Tu as raison, Dora. C'est que çà devait être plus un abri de bûcheron qu'une véritable construction digne de ce nom. Ou alors, nous n'avons peut-être pas bien cherché…Peut-être faudra-t-il fouiller plus méticuleusement…
-Ils devaient vraiment être acculés pour être venus se terrer ici… Fit Hermione en frissonnant.
-Mais où se trouve la tombe ? Demanda Ron, la bouche pleine.
Hermione tendit la main vers la maison.
-Je pense qu'elle est derrière le reste de mur, à la lisière de la forêt. Il m'a semblé apercevoir une colonne dressée, pas très haute. Peut-être que c'est une pierre tombale ? Nous pourrons aller voir dès que…
Remus avait froncé les sourcils. Sans doute impatient de voir la tombe, il posa son sandwich, se leva et prit la direction que la jeune fille avait indiquée. Il disparut derrière le pan de mur qui subsistait encore et qui devait faire à son maximum une hauteur de 2m .
Quelques minutes s'écoulèrent. Soudain, ils entendirent le bruit d'une sorte de déflagration suivi d'un cri étranglé. Les trois sorciers se levèrent comme un seul homme.
-Remus ! Appela Tonks, inquiète.
Pas de réponse. Lâchant leurs casse-croûte, ils se précipitèrent, baguettes en avant, pour contourner à leur tour le mur à demi écroulé.
Devant eux se trouvait un petit tertre herbu, à la tête duquel se dressait une pierre plate en granit, gravée d'inscriptions.
Un peu en arrière de la tombe s'élevait une colonne de pierre jaune, très lisse, de 2 m50 de haut environ , toute simple et sans ornement ni inscriptions détectables à première vue.
Au pied de la colonne, Remus était étendu à terre au milieu des orties, sans connaissance.
Lucius sortit satisfait de la cellule. Le garçon avait montré une évidente bonne volonté. Non seulement il avait accepté le matin même de recevoir la Marque, mais en plus, il avait répété ce soir les formules rituelles que son Tuteur devait lui enseigner.
La nouvelle cellule, très spartiate mais propre, se prêtait bien à la contrainte de ces « leçons » . En plus du lit, simple couchette fixée au mur par deux sangles, le mobilier comportait une petite table, une chaise, et une étagère à livres, tous de Magie Noire. Il y avait en outre un lavabo et un toilette derrière une petite cloison.
Assis face à face, l'un sur le lit, l'autre sur la chaise, ils avaient passé ce soir là près de deux heures à « travailler », après que Harry eût mangé à sa faim. Lucius avait parlé d'abord de la nouvelle prophétie. Harry avait ouvert de grands yeux incrédules et il avait fallu que Lucius donne des détails qu'il connaissait à peine lui-même sur Ludmila Radulescu, la devineresse des Carpathes en qui le Maître avait une telle confiance. Potter n'avait guère réagi, sauf pour dire en haussant les épaules que Trelawney et Radulescu, c'était blanc-bonnet et bonnet-blanc.
On en était venu ensuite à l'exposé des différentes étapes de « l'initiation ». Lucius expliquait, Harry écoutait attentivement. Puis il répétait sagement ce qu'il aurait à faire et à dire lors de la cérémonie.
Certes, il n'y mettait pas un enthousiasme démesuré. Il n'eût pas fallu s'attendre à ce qu'il prononçât une formule comme : « Je jure, en recevant cette Marque , de donner ma vie au Seigneur des Ténèbres , de lui consacrer mon temps, mon énergie, ma force jusqu'à mon dernier souffle !» avec des yeux brillants et un sourire exalté, comme cela avait été le cas pour les autres jeunes novices que Lucius avait formés au cours de sa vie de Mangemort!
Non, son regard était éteint et sa voix morne, atone.
Il passait de temps à autre d'un geste machinal et las une main dans ses cheveux, ce qui les dressait sur son front d'une manière seyante. Il n'en était même pas conscient.
Pouvoir tout à loisir, pendant qu'il l'écoutait répéter sa leçon, contempler la ligne de sa pommette, ses longs cils quand il baissait les yeux en cherchant ses mots, la masse sombre de ses cheveux soyeux et indisciplinés dans lesquels il mourait d'envie de passer lui aussi la main, c'était déjà une satisfaction importante, bien que non suffisante pour Lucius.
Le Mangemort désirait plus. Il savait qu'il obtiendrait plus, s'il se maîtrisait et restait patient. Il ne devait pas effaroucher le garçon. Chaque chose en son temps.
Mais Lucius avait l'habitude d'obtenir tout, tout de suite. Fallait-il mettre sur le compte de son séjour à Azkaban sa nouvelle capacité à jouir de l'attente, du plaisir anticipé en imagination, et non de sa brutale et immédiate satisfaction ?
L'objectif premier était de gagner la confiance du prisonnier. Et pour ça, il était sur la bonne voie. La preuve en était que Harry lui avait posé de nombreuses questions, en particulier sur Ginny. Dissimulant son agacement, Lucius avait répondu d'une manière évasive mais conciliante. La jeune fille était bien traitée, disait-il… Ce qui n'était pas faux, si on faisait abstraction du harcèlement dont elle était l'objet de la part de Drago, et que Lucius tolérait tout en pensant le contrôler.
S'il avait pu, comme savaient le faire Snape ou le Maître, s'infiltrer dans les pensées de Harry, il aurait sans scrupules effacé toutes les images de la petite Weasley qui encombraient inutilement ce jeune cerveau…
Avec un soupir de contentement, Lucius pénétra dans son appartement personnel, qui se trouvait au niveau le plus élevé de la Cité Secrète, donc à flanc de montagne, et bénéficiait de ce fait d'un air pur, contrairement aux salles souterraines dont l'air n'était renouvelé que par les nombreuses et profondes cheminées.
Il comportait trois pièces : un salon qui disposait, chose exceptionnelle, d'une vraie fenêtre avec vue sur la vallée, de sa chambre personnelle, et d'une deuxième chambre destinée soit à Narcissa, soit à Drago.
Le garçon n'avait pas désiré être logé avec son père, et ce dernier n'avait guère insisté. Que son fils préférât habiter avec ses camarades de Serpentard à l'étage inférieur ne le gênait nullement, bien au contraire.
Quant à Narcissa, elle n'avait pas mis les pieds pour l'instant au QG. Pourtant, sa vie au manoir Malefoy ne devait pas être de tout repos, avec le harcèlement incessant qu'elle subissait sans doute de la part des aurors .Grand bien lui fasse. Cette situation convenait parfaitement à son époux qui pouvait ainsi disposer comme il l'entendait de son appartement et de sa vie, n'ayant de compte à rendre à personne, le Maître mis à part bien évidemment.
Le Maître auprès duquel il avait retrouvé sa place de favori, et qui semblait ne plus lui en vouloir pour le fiasco du ministère et de la prophétie. Il avait du reste organisé lui-même son évasion…
Il fallait cependant prévoir que Narcissa ferait bientôt une apparition. Elle ne supportait pas d'être longtemps sans voir son fils adoré.
Dans ses moments de solitude, Lucius s'était mis à imaginer cette deuxième chambre occupée par un jeune Mangemort fraîchement initié…au front marqué d'une cicatrice en forme d'éclair.
Tandis qu'il se servait un verre de Cognac, après avoir demandé à son esclave d'ouvrir grand la fenêtre, et qu'il respirait à pleins poumons l'air de la montagne, il se plaisait à envisager ce que pourrait être la vie dans ce lieu qu'il avait meublé selon son goût, aux côtés d'un jeune Harry Potter vulnérable et reconnaissant …
Drago sortit du cachot de Ginny, les mains encore tremblantes. Il espérait que bientôt, il n'aurait plus à lui jeter un sort de mollicorpus. Il tentait de se persuader que tôt ou tard, elle reconnaîtrait ses qualités (pourtant évidentes) et viendrait d'elle même se jeter dans ses bras.
Pour l'instant, elle était encore méfiante, il sentait qu'elle voulait maintenir la distance. Aussi se contentait-il avec elle de gestes tendres, sans la forcer à des choses qu'elle n'était pas encore en état d'apprécier.
Il ne pouvait cependant se retenir de toucher ses beaux cheveux brillants, de caresser sa joue, d'embrasser avec avidité ses lèvres gonflées. Parfois, il s'enhardissait même à promener ses mains sur son buste parfait après avoir ouvert en frissonnant un ou deux de ses boutons, songeant qu'après tout, elle était sortie avec plusieurs garçons et qu'elle avait certainement plus d'expérience que lui en la matière. Mais l'absence de répondant, due au sort qu'il lui jetait, le gênait et coupait son envie d'aller plus loin.
Imaginer qu'elle avait donné beaucoup plus à Potter le contrariait, aiguisait son désir et son impatience. A vrai dire, il était démuni face à elle. Il aurait voulu lire dans ses jolis yeux de l'admiration, une attirance pour lui… Oh, simplement de la compréhension. Mais c'était toujours la haine qui enflammait le regard ombrageux de la jeune fille lorsqu'il entrait dans la cellule. Cela ne la rendait pas moins séduisante, bien au contraire.
Pourtant, il prenait soin d'elle. Il veillait à ce qu 'elle soit bien nourrie, que sa cellule soit nettoyée. Il lui avait fait apporter de la lecture. Il venait la voir, lui parlait…
Tout en regagnant son quartier, il réfléchissait. Qu'éprouvait-il exactement ? N'était-il pas sur une pente dangereuse ? Ses pensées le ramenaient constamment à la jeune fille. Etait-il tombé amoureux ?
Après tout, Ginny était une sang-pure, et bien que sa famille fût infréquentable, on ne pouvait lui reprocher sa naissance. La conquérir, ne serait-ce pas le meilleur moyen de damer le pion à ce prétentieux de Potter ?
Elle était belle, intelligente. Pourquoi n'aurait-il pas le droit de…tomber amoureux d'elle ? Ses joues s'empourprèrent à cette idée audacieuse.
Un Mangemort avait-il le droit d'avoir des sentiments ? Qui plus est, pour une personne appartenant au camp ennemi ?
Drago entra dans la petite salle commune sur laquelle donnaient les différentes chambres du quartier des jeunes novices et initiés.
On aurait pu se croire à Poudlard, chez les serpentards. Théodore Nott et Marcus Flint sirotaient un verre d'alcool, tandis que l'athlétique Bulstrode, affalée dans un fauteuil de cuir, discutait âprement avec le sombre fils McNair. Seuls Crabbe, Goyle et Parkinson manquaient au tableau. Ils rejoindraient normalement le QG en septembre. Avec Bulstrode, ils seraient initiés à l'automne.
Drago soupira. Déjà, il aspirait à revoir Ginny. Il alla vivement se servir un verre de whisky, puis traversa la salle sans répondre aux questions de ses amis et alla s'enfermer dans sa chambre.
Ils échangèrent tous un regard inquiet. Dans un élan, Nott se leva et partit à la suite de Drago. Arrivé devant sa porte, il frappa prudemment.
-C'est moi, Théo. Je peux te parler ?
Il y eut un silence. Puis on entendit la voix ennuyée de Malefoy qui invitait Théo à entrer.
-Tu fais la gueule, Drago ? Pourquoi tu ne viens pas boire un coup avec nous ?
-J'ai besoin d'être seul.
-C'est cette fille, non ? Cà s'est mal passé avec elle ?
Drago haussa les épaules. Il but une gorgée avant de répondre sans regarder son ami :
-Ca ne m'intéresse plus de jouer avec un pantin désarticulé.
-T'as qu'à prendre ce que tu veux, t'as pas besoin de son autorisation !
-Ce n'est pas si simple, Théo.
-Je comprends pas tes scrupules. Cette fille, elle est sortie avec plein de mecs à Poudlard. Et avec Potter, en plus !
Drago se détourna, visiblement excédé.
-Je sais tout çà, Théo. Mais elle n'est pas n'importe qui. C'est un otage. Déjà, on me fait une faveur en me permettant de la voir.
-C'est vrai qu'elle est canon… On pourrait peut-être demander que…
Nott sourit rêveusement, sur le point d'ajouter quelque chose, puis changea apparemment d'idée.
- Eh, tu ferais mieux de venir avec nous à l'entraînement. Snape nous donne un cours de duel , dans dix minutes.
-Je suis au courant. Je viendrai… si j'en ai envie.
-Mais tu sais que le Seigneur des Ténèbres insiste pour qu'on s'entraîne tous les jours. Dès qu'on aura la Marque, ils veulent nous envoyer en expédition. Il y aura des aurors à combattre…
-Tu me saoules, Théo…Soudain, l'expression lasse de Drago s'anima. A propos, je me demande s'ils enverront Potter avec nous.
-Ce serait un bon test, non ?
-Ouais. Mais çà voudrait dire qu'on lui remet une baguette entre les mains. Dangereux, non ? Et tu vois Potter, obligé de torturer des moldus ?
-Cà promet d'être amusant, s'ils osent prendre le risque.
Drago avait retrouvé de l'énergie grâce à l'alcool et à l'évocation de leur prochaine expédition. Il suivit donc Nott dans la salle commune, le verre à la main.
-Ah, Drago ! Contente de te voir ! Lança Bulstrode en lui faisant un clin d'œil. Tu étais avec la fille Weasley ?
Drago grimaça un sourire. Flint s'écria d'une voix traînante:
-J'aimerais bien la voir. Quand j'ai quitté Poudlard, c'était encore une gamine, une sale petite rouquine. C'est vrai qu'elle est devenue… sexy ?
Ce fut Théodore qui répondit :
-Ouais, et pour tout te dire, Drago en est dingo. Faut avouer qu'elle a une belle gueule et qu'elle est sacrément bien foutue.
Ils éclatèrent d'un rire gras tandis que Drago rougissait, furieux.
- Cà me fait mal de le dire , mais avec Potter, ils vont super bien ensemble, ces deux griffons ! Lâcha Millicent, surveillant Drago du coin de l'œil.
Les garçons protestèrent vigoureusement, traitant Harry de gringalet binoclard, de cloporte bigleuse et d'autres noms d'oiseaux. Mais Bulstrode se récria courageusement, sa voix puissante couvrant toutes les autres :
-Pas du tout, il est super-sexy aussi, le petit Potter ! Moi, je me le ferais bien, il est dix fois mieux que vous tous réunis !
-Arrête, tu le changerais en carpette, tu dois faire au moins le double de son poids ! Lança méchamment Drago.
Et en continuant d'échanger d' innocentes badineries sur le même ton, la joyeuse bande d'ex-serpentards prit le chemin de la salle d'entraînement au duel, un étage au dessous…
Une petite review pour me donner votre avis ? …Pas assez d'action, trop de bla-bla? Les chapitres sont-ils trop longs, trop courts, répétitifs, etc…?
