Bonjour à tous et merci mille fois aux reviewers…Impressionnant, comme çà stimule pour continuer ! Trouver un mot de vous dans ma boîte, c'est quelque chose de vraiment merveilleux, je vous assure.( Je ne sais pas si c'est moi qui suis bizarre, ou si c'est comme çà pour tous ceux qui écrivent une fic)…Merci donc à Cucarracha, Mika et BPHoradus pour vos encouragements et vos intelligentes remarques, et à Erzulie pour sa review du chapitre 3
Vous êtes des lecteurs exigeants, à moi d'être à la hauteur…(s'essuie le front …)
Justement, l'écriture de ce chapitre m'a coûté de douloureux efforts… Rester cohérente, ne pas tomber dans le complaisant ou le sordide, décrire précisément sans en dire trop … Pfff…Epuisant. J'espère que le résultat se tient à peu près. (J.K Rowling ne nous révèle pas grand chose sur les rituels des partisans de Voldemort. Je suis donc allée glaner dans ce que je connaissais, à savoir principalement les rituels religieux et sectaires, puis… j'ai laissé divaguer mon imagination…)
Bonne lecture !
CHAPITRE HUIT
LA MARQUE DES TENEBRES
Quand Lucius vint le chercher dans son cachot ce matin là, Harry attendait, assis sur sa couchette, vêtu de la robe de sorcier noire toute simple qu'il devait porter pour la cérémonie.
Il se demanda s'il parviendrait à tenir debout, tellement il se sentait épuisé et déprimé.
L'homme portait sur son bras la robe rouge que Harry devrait enfiler après l'immersion.
Le garçon n'avait pas dormi de la nuit. Durant les longues heures où il s'était forcé à rester allongé, il avait repassé toute sa vie en pensée, les moments les plus durs comme les plus heureux.
A présent, il allait recevoir la Marque des Ténèbres. Il se sentait l'état d'âme d'un condamné à mort peu avant son exécution .
Il savait qu'après cette sinistre épreuve, il ne serait plus jamais le même. Il avait déjà traversé de nombreux moments plus que difficiles, mais jamais il n'avait eu à se rabaisser, à s'humilier ni surtout, à trahir -au moins en apparence- ceux qui croyaient en lui.
Les visages tristes de Sirius et Dumbledore le hantaient, et derrière eux ceux de ses parents, de ses amis…
La seule chose qui tempérait légèrement sa détresse était la perspective de revoir Ginny d'ici peu. Mais dans quel état allait-il la trouver, en supposant qu'il la verrait effectivement comme on le lui avait promis ?
Il n'avait pas rencontré Voldemort depuis que celui-ci était venu le torturer. Ni lui, ni aucun autre Mangemort, à part Lucius Malefoy.
Malefoy qui s'occupait de lui avec sollicitude, et qui paraissait si bien disposé envers lui.
Pourtant, Harry n'était pas à l'aise en sa présence. Il ne pouvait oublier le passé de l'homme, et la manière cruelle dont il l'avait torturé au début de sa captivité. Même si Azkaban avait pu faire évoluer quelque chose en lui, Harry savait que Lucius le traitait désormais avec douceur pour obtenir de lui sa reddition, et non par pure humanité.
Le garçon ne croyait guère en ces prétendus changements qui se seraient opérés dans l'idéologie de Voldemort, et la nouvelle prophétie ne lui était apparue que comme une invention grossière pour le soumettre.
Par moments cependant, Harry était sur le point de se laisser persuader par l'apparente sincérité de Lucius Malefoy. A d'autres, il était à nouveau convaincu que le père de Drago n'était qu'un fidèle et sournois serviteur du Maître, en bref, un excellent maître-chanteur.
Et il y avait ce regard que Lucius posait sur lui. Harry sentait dans ce regard quelque chose qui l'inquiétait. C'était un regard de prédateur, chargé de désir.
Harry n'était pas aussi naïf qu'il le laissait paraître. Il avait compris ce qui agitait Lucius, et il ne savait comment faire pour éteindre le feu qui couvait dans les yeux pâles de son Tuteur.
Cependant, ce n'était pas la première préoccupation du jeune homme. Toute son énergie était tendue vers un objectif principal qui en incluait un deuxième non moins important : accomplir sa mission en détruisant les Horcruxes et en tuant Voldemort. Et bien-sûr, sauver Ginny.
Il devait se servir des moyens mis à sa disposition. Si Lucius était un de ces moyens, il ne devait pas l'ignorer.
Il réfléchissait constamment à une stratégie qui lui permettrait de récupérer sa baguette. S'il fallait pour cela se servir de Lucius… Un frisson de dégoût le parcourait à la simple évocation de ce que cela impliquait.
L'homme se tenait devant lui. Il émit un petit sifflement approbateur .
-Vous êtes on ne peut plus présentable dans cette tenue, Harry. Bien reposé ?
-Pas vraiment. Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit.
Lucius sourit, compréhensif.
-L'émotion, le trac, sans doute ! Vous avez déjeuné ?
-Ken m'a apporté à manger.
Ken était l'esclave de Lucius. L'homme sembla surpris d'entendre Harry prononcer avec naturel le prénom de ce garçon qui, pour lui, n'était qu'une chose. Effectivement, le malheureux cracmol semblait s'être attaché à Harry et avait proposé lui même à Lucius de le servir, après avoir secondé son maître pour installer la nouvelle cellule. Peut-être Lucius allait-il interdire à Ken de trop fréquenter Harry ?
-Dans ce cas, venez. Il est temps d'y aller.
Le jeune homme se leva , titubant légèrement. Lucius tendit une main pour le soutenir, mais Harry l'évita et affermit tout seul son équilibre. Il devait absolument être fort.
-Passez devant, Harry.
Pour la première fois depuis qu'il était enfermé dans la Cité souterraine, Harry marchait dans les couloirs sans être entravé. Il songea un instant qu'il pourrait sauter sur Malefoy, lui arracher sa baguette, le stupéfixier et tenter de s'enfuir. Mais il était trop affaibli pour avoir la moindre chance de venir à bout d'un homme aussi vigoureux que Malefoy. Quant aux représailles… Non, Harry ne pouvait rien risquer tant que Ginny ne serait pas libre.
La marche lui parut longue. La pente à monter était assez forte dans cette atmosphère confinée, et il fut vite essoufflé. Il avait chaud, la sueur dégoulinait le long de son dos nu, sous la robe qu'il portait à même la peau. Malefoy marchait à ses côtés, et tous deux se taisaient.
A chaque nouveau sas, un gardien leur ouvrait la lourde porte de protection. Cela permettait à Harry de reprendre sa respiration. Il y eut ainsi cinq barrières avant qu'ils parviennent au niveau de la grande Salle, là où devait avoir lieu le Rituel d'Initiation.
Au moment où ils arrivaient devant l'entrée, ils furent rejoints par un groupe de quatre personnes, composé de deux futurs initiés et de leurs Tuteurs portant eux aussi les robes rouges sur l'avant-bras.
Harry savait que Drago et Théodore devaient recevoir la Marque en même temps que lui. Il s'était d'ailleurs étonné que Crabbe, Goyle et Parkinson ne la reçoivent pas eux aussi à cette occasion. Lucius lui avait expliqué qu'ils n'avaient pas encore « fait leurs preuves ». Ce que cela signifiait était resté dans le flou, l'homme ayant éludé les questions de Harry à ce sujet.
Le jeune homme ne put réprimer un tressaillement quand son regard rencontra celui de Drago, froid et méprisant. Un sourire insolent traînait sur les lèvres de l'apprenti Mangemort.
Nott semblait par contre très inquiet et nerveux. Il regarda à peine Harry, tout occupé à tirer sur sa robe de sorcier noire qui faisait un faux pli et paraissait trop courte. Harry se demanda quelle sinistre tâche il avait dû exécuter pour avoir déjà été jugé digne d'être marqué…
Les Tuteurs se saluèrent d'un signe de tête. C'était Snape qui accompagnait Drago, comme l'aurait parié Harry. Nott était conduit par un homme qu'il ne connaissait pas, portant moustache, de taille moyenne, le visage mou, l'expression fuyante.
Snape s'adressa aux trois novices :
-En entrant dans la Salle, vous retirerez vos chaussures et vous viendrez vous placer au centre, à l'emplacement que je vous indiquerai.
Les portes massives s'ouvrirent devant eux, et Harry entra aux côtés de Lucius. De nombreuses torches étaient allumées, et Harry reconnut la Salle à colonnes dans laquelle il avait atterri avec le portoloin.
Une sorte de grand trône de pierre noire ouvragée se dressait contre le mur du fond. Tout autour de la salle, des sièges en bois ressemblant à des stalles de moines longeaient les colonnes, côté intérieur. Et au milieu de l'espace, il vit un grand et profond bassin rectangulaire bordé d'un muret de pierre. Des marches y descendaient sur les deux côtés opposés. Harry savait qu'il aurait à entrer dans ce bassin et à s'immerger complètement avant d'en ressortir par l'autre côté. Il frissonna.
Comme les deux autres, il enleva chaussures et chaussettes et un esclave les emporta. Puis les Tuteurs les conduisirent à quatre mètres environ du bassin. Là, Snape fit apparaître six sièges sur lesquels ils prirent place.
La Salle commençait à se remplir. Des Mangemorts masqués entraient, seuls ou par petits groupes et venaient s'installer dans les stalles. Ils discutaient à voix plus ou moins forte. Parfois, un rire étouffé s'échappait de sous un capuchon.
Les Tuteurs avaient couvert eux aussi leurs visages.
Une bonne demie heure se passa ainsi à attendre. Drago parlait à voix basse à Snape et à Théo. Harry n'entendait pas ce qu'ils se disaient. Assis tout près de lui et également silencieux, Lucius jouait négligemment, faisant tourner sa baguette dans ses mains soignées et élégantes.
Quand Voldemort fit son entrée, le silence se fit et tous les Mangemorts se levèrent. Il était accompagné de deux personnes, sans doute Queudver et Bellatrix, et Nagini glissait à ses côtés. Le Maître était le seul à ne pas porter de masque.
Il traversa la pièce jusqu'au trône et se tint debout , promenant son regard rouge sur l'assemblée, tandis que ceux qui l'accompagnaient se plaçaient de part et d'autre du trône. Le serpent s'enroula à ses pieds.
La flamme des torches sembla vaciller et diminuer d'intensité, plongeant la salle dans une demie obscurité. Puis ce même faisceau de lumière qui avait ébloui Harry lors de son arrivée dans la cité souterraine tomba sur le Mage Noir, renforçant encore l'étrangeté de son faciès à peine humain.
Les novices étaient tombés à genoux dès que le Maître était apparu. Cela faisait partie du rituel imposé. A présent, ils devaient écouter humblement le discours de Voldemort.
Harry ressentait une sourde douleur au niveau de sa cicatrice. De plus, il avait l'impression que les yeux du Mage Noir étaient fixés sur lui. Il devait maintenir la tête baissée en signe de soumission, mais il jetait autour de lui des coups d'œil à la dérobée. Ginny était elle présente ? Il espérait que non. Rien n'aurait pu être plus horrible pour elle que de le voir participer à cette sinistre mascarade.
-Mes amis, commença finalement le Maître de sa voix coupante comme une lame d'épée, nous voici réunis aujourd'hui pour une cérémonie de la première importance. Trois jeunes hommes vont rejoindre les rangs de nos fidèles. Ils ont demandé à être initiés, et ils ont prouvé par leurs actions et leur engagement qu'ils en étaient dignes.
Voldemort marqua une pause. On aurait pu entendre voler une mouche si ce genre d'insecte avait apprécié une quelconque forme de vie souterraine.
-Ils vont donc à présent avancer à tour de rôle, quand je les appellerai, et descendre dans ce bassin pour s'immerger totalement dans l'eau pure. Par ce geste, ils signifieront qu'ils meurent à leur vie ancienne pour entrer dans une vie nouvelle. Une vie entièrement consacrée à notre Cause. J'appelle Drago Malefoy !
Le jeune homme se dressa aussitôt et avança jusqu'au bord du bassin. Snape le suivait, un pas en arrière. Le faisceau lumineux s'était réorienté sur Drago et l'accompagnait, comme un acteur sur la scène d'un théatre.
-Chantons pour lui notre Hymne de l'Eau ! Lança Voldemort, et les voix des Mangemorts, presque exclusivement masculines, s'élevèrent sous les voûtes en une mélopée étrange aux accents archaïques :
-Que cette eau purifie ce corps, purifie, purifie, purifie. Que ce corps meure à son ancienne vie, meure , meure, meure, et renaisse à une vie nouvelle.
-A présent, Drago, tu vas te dépouiller de tes vêtements en signe d'abandon de ton ancienne vie, et tu vas descendre dans ce bassin et le traverser en t'immergeant complètement. Continua Voldemort quand les derniers échos du chant se furent tus.
Tremblant de tous ses membres, Drago fit passer la robe noire qu'il portait par dessus sa tête, la laissa tomber au sol puis retira son sous-vêtement qui alla rejoindre la robe. Il se tint ensuite entièrement nu devant les marches. Snape se mit à contourner lentement le bassin, tandis que Drago descendait dans l'eau, son corps pâle, d'un blanc livide sous le projecteur, disparaissant peu à peu aux yeux des spectateurs.
La traversée parut interminable, et lorsque Drago surgit de l'autre côté une sorte de long soupir de ce qui devait être du soulagement s'échappa de toutes les poitrines. Il remonta lentement, l'eau dégoulinant de son corps et de ses cheveux sur le sol, et Snape s'approcha de lui.
Drago leva les bras, et son Tuteur lui enfila prestement la robe rouge comme on le fait à un enfant. Le tissu soyeux , glissant le long de son corps, luisait des reflets des innombrables torches qui éclairaient la scène.
A nouveau, un chant s'éleva, tout aussi guttural que le premier.
Que le vêtement rouge, couleur de sang, sang, sang, habille le corps purifié en signe de sacrifice, sacrifice, sacrifice.
-En témoignage du don que tu fais de toi même, Drago, tu vas maintenant t'allonger sur le sol, face contre terre ! Déclama Snape d'une voix amplifiée par un sonorus.
Le jeune homme obéit et s'étendit de tout son long aux pieds de Voldemort.
-J'appelle maintenant le deuxième novice ! Théodore Nott !
Le rituel se répéta pour le deuxième garçon, accompagné des mêmes paroles, des mêmes gestes et des mêmes chants. Nott sortit plus tôt de l'eau, visiblement à bout de souffle. Quand son Tuteur lui passa le vêtement rouge, il s'entortilla dedans et certains Mangemort rirent sans discrétion à la vue du pauvre garçon qui tentait en vain de décoller l'étoffe de son corps trempé. Il finit tout de même par s'étendre au sol à côté de Drago, les bras en croix.
L'appréhension nouait l'estomac de Harry. Voldemort , avant de l'appeler, jugea bon de faire une courte harangue en sa faveur, histoire de faire accepter aux Mangemorts présents son engagement contre nature.
-Certains ont dû être surpris de découvrir l'identité de notre troisième novice de ce jour. Eh oui, c'est bien Harry Potter que j'appelle à présent, car il a choisi de mettre ses exceptionnelles qualités magiques au service de notre Grande Cause.
Une rumeur sourde monta des rangs des Mangemorts. Voldemort la laissa retomber avant de continuer.
-Harry a bien compris que nous ne pouvons pour l'instant lui donner notre entière confiance. Ce qui explique qu'il est dépourvu de baguette et le restera encore durant la période que nous jugerons nécessaire. A partir de l'instant où il aura reçu la Marque, il sera libre de ses mouvements à l'intérieur de ce Quartier Général, à l'exception du quartier de haute sécurité, bien évidemment. Mais il devra, pour pouvoir retrouver le droit d'user de Magie, nous prouver par son comportement qu'il en est effectivement digne. En attendant, il se trouve sous ma protection et j'interdis à quiconque de toucher à un seul de ses cheveux !
La menace, lancée avec force comme une invective, tomba dans le silence. Harry frémit. De quelle manière aurait-il à prouver qu'il méritait de récupérer sa baguette ?
Voldemort attendit quelques instants.
-Approche maintenant, Harry !
Relevant la tête, le garçon se mit sur pieds. Lucius l'avait discrètement soutenu en lui saisissant le coude, et Harry lui en fut reconnaissant. Comme l'avaient fait les autres, il s'avança devant le bassin et se déshabilla puis tendit ses lunettes à Lucius qui les prit.
Le chant s'éleva, et Harry se tint immobile, nu et vulnérable devant tous ces êtres qui, sur un simple signal de leur chef, n'hésiteraient pas un instant à l'assassiner.
Quand le silence fut revenu, Harry se mit à descendre les marches. L'eau lui sembla glacée, mais il continua sa progression jusqu'à ce qu'il atteigne le fond. Il avait à peine pied et, prenant sa respiration, il plongea franchement, nageant sous l'eau en expirant doucement jusqu'au bout du bassin qui devait mesurer environ 12m. de long. Il savait qu'il devait éviter de remonter avant d'être parvenu au bout, et il eut un instant l'impression de revivre la deuxième tâche du tournoi des trois sorciers, quand l'effet de la branchiflore s'estompait et qu'il suffoquait en essayant de remonter à la surface du lac.
Enfin, il reprit pied sans difficulté sur les marches et les gravit, légèrement haletant.
Lucius le rejoignit, et Harry leva les bras. Jamais il ne s'était senti aussi exposé que lorsque l'homme glissa la robe rouge sur son corps trempé. Lucius prenait son temps, soulevant lui même avec douceur ses cheveux pour passer l'encolure, et caressant au passage avec complaisance son dos et ses hanches tandis qu'il s'agenouillait à demi pour ajuster le vêtement.
Pendant que les Mangemorts chantaient, Harry se demanda si quelqu'un avait remarqué le soin particulier avec lequel Malefoy l'avait habillé. Rien à voir avec la froide efficacité dont avait fait preuve Snape ou la maladresse désinvolte du Tuteur de Nott. A cette pensée, ses joues s'empourprèrent.
-En signe du don que tu fais de toi même, Harry, tu vas maintenant t'allonger sur le sol, face contre terre ! Dit à son tour Malefoy, sa voix bien timbrée résonnant dans la grande salle.
Comme l'avaient fait Drago et Théodore, Harry s'étendit, le front contre les dalles froides, bras ouverts. Malgré lui, il plaignait Drago qui était dans cette position inconfortable depuis longtemps à présent.
Voldemort reprit la parole :
-Drago Malefoy, voici venu le moment pour toi de recevoir la Marque. Lève toi et approche !
Harry ne pouvait voir, mais il entendit le garçon dire d'une voix faible mais amplifiée par un sort la formule rituelle qu'il avait dû apprendre. Voldemort répondit simplement :
-Reçois donc par ce sort la Marque des Ténèbres qui constituera désormais le lien entre toi et moi et le signe de ta fidélité. Morsmordre !
Drago émit un cri étranglé. Le sort devait être douloureux, car après ce cri, Harry entendit le jeune homme s'effondrer, haletant. Drago avait toujours été une petite nature à Poudlard, mais on pouvait supposer que les épreuves qu'il avait traversées ces derniers temps l'avaient endurci.
Et en effet, Drago avait dû faire des progrès, car en comparaison de Théodore, il avait été bien discret. Le deuxième novice poussa un hurlement à glacer le sang et tomba en sanglotant, se tordant de douleur. Voldemort attendit que les gémissements de Nott se fussent calmés pour s'adresser à Harry.
-Harry Potter, voici venu le moment pour toi de recevoir la Marque des Ténèbres. Lève toi et approche !
Harry obéit et avança comme un robot. Il n'avait pas remis ses lunettes, et il voyait flou. Voldemort se tenait debout, l'invitant à approcher avec une sorte de sourire grinçant posé sur son visage décharné. Harry s'agenouilla, comme Lucius le lui avait enseigné, et articula péniblement la formule consacrée :
-Je jure, en recevant cette Marque, de donner ma vie au Seigneur des Ténèbres, de lui consacrer mon temps, mon énergie, ma force jusqu'à mon dernier souffle.
A l'instant où il prononçait la formule, sa voix hésitante elle aussi amplifiée par un sonorus , il sentit que quelqu'un tentait de s'immiscer dans son esprit. La panique s'empara de lui. Qu'il s'agît de Voldemort , de Snape ou des deux à la fois, il ne fallait en aucun cas qu'ils vissent à quel point il faisait à voix haute un serment qu'il se promettait au même instant de ne surtout jamais tenir.
Il essaya de fermer son esprit, mais ne sut pas s'il avait réussi ou non. Voldemort avait saisi son avant bras gauche, que Lucius soutenait après lui avoir remonté sa manche, et prononçait la sentence consacrée. Il posa ensuite la pointe de sa baguette contre sa peau et articula la formule avec une sorte de froide détermination dans la voix.
Une douleur intense envahit alors tout le bras, puis le corps de Harry tandis que sa cicatrice se mettait à brûler atrocement. Un spasme le secoua et il vit malgré l'absence de lunettes une tête de mort, de la bouche de laquelle sortait un serpent, apparaître sur son avant bras, rouge comme la braise.
Il ne cria pas et ne s'effondra pas. Haletant, la tête baissée, il attendit que la souffrance s'atténue et que l'empreinte de la Marque ternisse peu à peu. Nagini avait glissé vers lui et dressait sa tête pour le regarder.
-Es-tu vraiment devenu des nôtres ? siffla la bête à son adresse.
Sachant que Voldemort comprenait cet échange et n'en perdait pas une miette, Harry répondit en fourchelangue, les dents serrées :
-Oui, comme tu peux le voir. Je suis maintenant ton ami.
Une rumeur s'éleva à nouveau dans la salle comme une vague, puis retomba.
-Il est temps à présent que nous mêlions notre sang , échange qui doit sceller définitivement notre Amitié ! Drago, à toi ! S'écria le Mage Noir sur un ton enjoué.
Drago s'était ressaisi et se leva pour dire à pleine voix :
-Maître, que nos âmes, par cet échange, ne fassent plus qu'une, entière et indivisible !
Quand Lucius lui avait parlé de cette partie du rituel et enseigné la formule, Harry avait senti que l'homme éprouvait une certaine répugnance à décrire ce passage obligé. De toute façon, Harry ne s'intéressait à aucune des épreuves du rituel. Il le considérait comme grotesque, puéril et malsain, et ne voyait pas l'intérêt d'approfondir la question en cherchant le sens des gestes qu'il aurait à accomplir.
Il observa avec répugnance la manière dont les mains sanguinolentes du Maître et de Drago se joignaient, paume contre paume, tandis que Voldemort faisait apparaître un fin serpent qui s'enroulait autour de leurs avant-bras, les unissant ainsi pendant plusieurs secondes. Un nouveau chant retentit, entonné avec plus de puissance que les précédents :
Que le sang du Maître et celui de l'Initié se mêlent, mêlent, mêlent, en signe de fidélité, fidélité, fidélité.
Quand vint son tour, Harry se mit debout devant Voldemort, mais il ne put se souvenir de la formule qu'il devait prononcer. Il venait pourtant d'entendre Drago, puis Théo la dire clairement, mais son esprit se refusait étrangement à commander à ses lèvres. Le Mage Noir attendait , prêt à jeter le sort qui devait entailler les paumes de leurs deux mains, ses yeux rouges plongés dans les siens.
Lucius lui toucha le coude, puis, comprenant ce qui se passait, chuchota les premiers mots à son oreille. Harry fut parcouru d'un frisson glacé et réussit à murmurer les paroles qu'il jugeait obscènes, aussitôt amplifiées par Lucius .
Il entendit clairement la rumeur qui s'élevait des rangs des Mangemorts. Il sentait sans les voir leurs multiples regards posés sur lui. Comme lui, ils avaient dû tous vivre ce moment dérangeant, mais eux, ils avaient certainement désiré mêler ainsi leur sang à celui de cet homme qu'ils avaient choisi de suivre.
Voldemort leva sa baguette et prononça la formule. Le sang jaillit de la paume de Harry, et le garçon leva docilement la main pour la plaquer contre celle de son ennemi. Quand le contact se fit, Harry eut l'impression que sa main était aspirée par celle de Voldemort et perdait sa vie propre. Le fin serpent vint s'enrouler autour de leurs bras et se mit à serrer. Cela n'était pas douloureux, mais la sensation d'avoir un membre tranché s'accentua chez Harry tandis que la douleur dans sa cicatrice devenait insoutenable.
Soudain, Voldemort passa son autre main derrière la tête encore mouillée du garçon et attira irrésistiblement son visage vers le sien. Quand la bouche sans lèvres de l'homme se posa goulûment sur son front, à l'emplacement précis de la cicatrice, Harry se sentit pris d'une violente envie de vomir.
La main exerçait une forte pression, l'obligeant à prolonger le contact. Pour ne pas voir le visage du Mage Noir, tout près de sien, Harry ferma les yeux, le bras toujours emprisonné dans l'étreinte du serpent.
Cet instant lui parut atroce. Voldemort n'avait pas embrassé les deux autres initiés, et la rumeur enflait dans la salle. Cela dura une éternité, et le sang de Harry coulait sans retenue à grosses gouttes sur le sol. A l'évidence, Voldemort profitait de cet échange intime pour fouiller son esprit et son âme, et Harry était incapable de résister à cette intrusion.
Enfin, Voldemort le lâcha et annula le sort qui retenait leurs mains unies. Harry recula de deux pas, titubant. Son envie de vomir ne passait pas, et il sentait déjà un goût acide envahir sa gorge. Il eut un haut-le-cœur et Lucius, qui l'observait derrière son masque, le soutint tout en fermant d'une formule l'entaille dans la paume de sa main.
-Courage, Harry. C'est presque terminé. Chuchota-t'il si près de son oreille que Harry sentit son souffle chaud glisser sur sa joue.
Voldemort, après avoir passé avec volupté sa langue sur ses lèvres exsangues, parut se ressaisir.
-Chantons, mes chers amis, pour féliciter ces trois jeunes gens et les accueillir parmi les Initiés !
Pendant que les Mangemorts entonnaient une nouvelle fois un Hymne au Lord Sombre et à ses fidèles, les Tuteurs se placèrent en compagnie des jeunes initiés de part et d'autre de Voldemort, Pettigrew et Lestrange s'étant écartés pour faire de la place. Harry se retrouva entre Lucius et Jedusor, accablé de tristesse. Son envie de vomir s'atténuait peu à peu, mais une impression de dégoût profond subsistait en lui.
Tous les Mangemorts devaient ensuite défiler devant leurs nouveaux confrères et leur serrer la main en s'inclinant. Ce fut un supplice pour Harry. Nombreux furent ceux qui marquèrent par des signes plus ou moins perceptibles la haine qu'il leur inspirait et leur refus de l'accepter parmi eux. Certains lui broyaient la main dans une poigne de fer, d'autres s'inclinaient à peine ou même pas du tout, comme ce grand homme à qui Voldemort furieux abaissa la tête de force devant Harry, au grand désarroi de ce dernier.
Une fois cet interminable défilé achevé, Voldemort jugea enfin bon de lever la séance, et il passa affectueusement un bras sur les épaules de Drago et l'autre sur celles de Harry.
-Mes amis, je serais heureux de vous accueillir avec vos Tuteurs à la bibliothèque autour d'une petite collation. Vous devez avoir besoin de réconfort, et nous y serons entre nous pour discuter calmement.
Il était bien sûr impossible de refuser, et Harry, la mort dans l'âme, suivit les autres heureux invités à cette joyeuse sauterie. Il marchait un peu en arrière, et Lucius s'arrangea pour se trouver à ses côtés. L'homme semblait étrangement euphorique, tout le contraire du garçon.
-Je suis fier de toi, Harry. Ton comportement a été… presque irréprochable.
S'étonnant du passage au tutoiement, Harry ne répondit rien. Il remit ses lunettes que Malefoy lui tendait. Toujours pied nus, il frissonnait dans la robe humide qu'il devrait porter pendant trois jours.
-La Marque est–elle encore douloureuse ? S'enquit Lucius qui avait retiré son masque et essuyait la sueur qui avait coulé sur son visage.
-Un peu… mais ce n'est rien.
-A voir Théodore ou mon fils, çà n'a pas l'air si anodin, pourtant …Railla l'homme en désignant les deux autres garçons en rouge.
Drago se tenait l'avant bras sans arrêt et son visage exprimait la souffrance la plus terrible. Quant à Théo, il se traînait à demi plié en deux, soutenu de mauvaise grâce par son Tuteur qui était en réalité son père, comme l'avait compris Harry après coup.
-Je n'ai aucun mérite, je suis… accoutumé à la douleur… dit simplement Harry pour faire taire le Mangemort qui reprenait ses pénibles flatteries.
Ils arrivèrent à la bibliothèque, et Voldemort, grand prince, offrit des fauteuils aux trois nouveaux Mangemorts. Théodore ne se fit pas prier et s'effondra dans le plus proche. Harry déclina l'offre d'un signe de tête et s'approcha de la cheminée, dans l'espoir que le feu le réchaufferait et sècherait sa robe et ses cheveux. Il regarda autour de lui, surpris de découvrir une pièce aussi chaleureuse. A peine une douzaine de Mangemorts avaient été admis à participer à cette réception, et parmi eux, Harry reconnut avec un frisson de dégoût Bellatrix Lestrange qui se tenait près de Snape et lui jetait des regards haineux.
Pettigrew était là lui aussi, un pas derrière le Maître, se précipitant pour prévenir le moindre de ses désirs.
Après avoir échangé quelques mots avec le père de Théodore, Lucius vint rejoindre Harry devant la grande cheminée.
Très vite, des elfes et des esclaves apparurent, portant des plateaux chargés de petits fours et de verres de champagne. Harry se découvrit une faim dévorante, mais il se retint d'arrêter un elfe pour rafler tout ce qu'il présentait, et se contenta d' attraper ce qui passait à portée de sa main. Souriant complaisamment, Lucius lui tendit une coupe, plongeant son regard gris dans le sien et disant doucement :
-A l'un des plus beaux jours de ma vie !
Pris au dépourvu, Harry ne sut que répondre et plongea ses lèvres dans le liquide pétillant, délicieux. Une chaleur douce l'envahit, et très vite, il sentit que l'alcool lui montait à la tête, en raison de sa faiblesse et de sa fatigue.
-Sais-tu que la couleur rouge te va à ravir ? S'extasia Lucius, l'œil allumé par les trois coupes qu'il avait déjà vidées.
Harry, encore une fois, fut horriblement gêné. Il ne se sentait nullement à l'aise dans le rôle d'une midinette qu'on complimente sur sa beauté ou sa jolie tenue.
-Je pensais que vous détestiez le rouge ! Railla-t'il pour dire quelque chose.
-Pas quand il est si élégamment porté ! Mais le vert doit tout aussi bien te convenir, assorti à la couleur de tes yeux…
Voldemort s'était approché un verre à la main et se tenait à présent devant eux, presque mondain, un affreux rictus plaqué sur le visage. Harry espéra qu'il n'avait pas entendu les derniers mots de Lucius.
-Alors, mon cher Harry, comment te sens tu ?
La révolte reprit alors le dessus dans l'esprit du garçon. C'était le meurtrier de ses parents qui s'adressait à lui sur ce ton mielleux ! Quelle que soit la stratégie qu'il avait mise au point et sa volonté de jouer le jeu, il ne pouvait laisser piétiner ainsi son sens de l'honneur.
-Je me sentirai beaucoup mieux lorsque j'aurai vu Ginny et qu'elle aura été remise en liberté. Répondit-il sèchement après une courte hésitation, stimulé par cette nouvelle chaleur qui coulait dans ses veines.
Sa réponse jeta un froid. Le silence s'était fait, et tous les regards étaient tournés vers Voldemort et Harry. Le sourire du Mage Noir s'accentua.
-Je comprends que tu t'inquiètes du sort de ton amie. Tu vas la voir très bientôt, comme promis. Pas plus tard que cet après-midi, n'est-ce pas, Lucius ?
Malefoy inclina la tête en signe d'assentiment.
-Tu verras qu'elle est en parfaite santé. C'est du reste une jeune fille charmante, pleine de qualités…Continua Voldemort avec complaisance. Mais qui peut être assez bien pour toi ? Ajouta t'il plus doucement en levant une main pour caresser la joue de Harry.
Le garçon eut malgré lui un mouvement de recul et ses mâchoires se crispèrent de colère. Il ravala la réponse violente qui lui était venue à l'esprit et dit dans un souffle, soudain incapable de supporter plus longtemps l'hypocrisie sordide de la situation:
-Puis-je vous demander l'autorisation de me retirer ? Je ne me sens pas très bien…
-Mais bien sûr ! Tu dois être épuisé. Lucius, je crois que ce garçon est à bout.
-Je le raccompagne, Maître.
Et posant son verre sur un plateau, Malefoy sortit précipitamment, suivant le jeune Potter qui fuyait, courant plus qu'il ne marchait.
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Dans un coin de la bibliothèque, Snape s'entretenait discrètement avec Bella. Ils n'avaient rien perdu de la scène qui venait de se dérouler entre le Maître, Harry et Lucius.
-Quelle matinée, Sev ! Je n'aurais jamais imaginé devoir assister à une horreur pareille ! Nous sommes vraiment tombés bien bas !
-Un rituel d'initiation aseptisé, fade… plus rien d'excitant là dedans. Et tout çà pour Potter…Pour ménager sa précieuse petite personne…
-Tiens, j'aurais aimé voir ce qu'il aurait fait s'il lui avait fallu torturer un moldu, comme nous avions à le faire à l'époque…
-Il n'aurait pas pu faire semblant. C'eût été une épreuve révélatrice, contrairement à ce ridicule simulacre…
-C'est grave, Sev…Le Maître paraît sincère, et convaincu que Potter va le suivre aveuglément.
-Non, Bella. Je ne le crois pas si naïf. Pour le soumettre, il gardera la petite Weasley aussi longtemps qu'il faudra. Je sais qu'il lit en Potter comme dans un livre ouvert. Le gamin est incapable de fermer son esprit, sa révolte transparaît par tous les bouts !
-Je ne comprends toujours pas ce qui pousse le Maître à se comporter ainsi… Peut-être les mêmes motivations que celles de Lucius ?
-Pensons nous à la même chose ?
-Tu veux dire que… ?
-Allons, Bella, tu as vu comme moi à quel point Lucius s'est entiché de Potter. Il le dévore constamment des yeux, il rampe à ses pieds et rêve de le mettre dans son lit. Pathétique…
-Eh oui, justement ! Bien sûr que je l'ai remarqué ! Je ne suis pas aveugle ! Tu as vu la manière dont il lui a passé sa robe sacrificielle ? Elle eut un petit rire narquois tandis que le visage de Snape se déformait en un rictus de mépris. « Mais en ce qui concerne Lucius, son goût pour les éphèbes est bien connu et n'a rien de nouveau. Je comprends moins que le Maître… » Continua-t'elle, hésitante.
-C'est en effet incompréhensible. Je ne crois pas que cela soit du même ordre. Il est fasciné par la ressemblance qu'il voit entre Potter et lui-même jeune. C'est une attirance de type narcissique.
-Quelle finesse d'analyse, mon cher Severus ! Tu as sans doute raison, mais çà n'arrange pas nos affaires !
Snape baissa encore d'un ton.
-En effet. Ecoute, j'ai réfléchi, et j'ai une ébauche de plan. Par contre, impossible de parler de cela ici.
-Si tu veux, je serai ce soir à minuit chez toi. Rodolphus sera sûrement bourré et ne me verra pas sortir.
-J'ai besoin de te parler avant. C'est à propos de cet après-midi. La rencontre entre Potter et la fille Weasley.
-Viens manger avec moi tout-à l'heure, Rodolphus ne sera pas présent. Il ne rate jamais une occasion de faire la fête avec ses potes.
Snape hocha la tête et s'éloigna, un verre à la main, pour s'informer de l'état de son jeune protégé. Voldemort, une expression à la fois amusée et vaguement dédaigneuse sur son visage émacié, était occupé à regarder le garçon blond assis en face de lui. Flatté d'être l'objet de tant d'attention de la part du Maître, le fils de Lucius se gavait de petits fours et avalait verre sur verre, tout en pérorant une fois de plus sur la manière si astucieuse dont il avait réussi à introduire les Mangemorts dans Poudlard…
Eh oui, j'ai abandonné dans ce chapitre Ginny, Hermione, Ron et les autres… J'espère que vous ne m'en voulez pas trop ! Le récit de cette longue journée va prendre trois chapitres à lui tout seul…
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