Avant tout, merci pour vos reviews. Je n'ai normalement pas le droit d'y répondre en ouverture de ce chapitre, ce qui m'ennuie pour ceux qui ne sont pas inscrits et à qui je n'ai pas pu envoyer de message perso. Un signe donc à Nepheria, Enyo, love-de-hp, Liv, BPHoradus (j'adore tes reviews, tu écris si bien et rien ne t'échappe !) et le-fan-de-harry, à qui je dis ceci, bravant tous les interdits : J'irai volontiers voir ton blog et y ajouter mon grain de sel si tu m'écris l'adresse complète, bien clairement, dans ta prochaine review (je ne suis pas très dégourdie...).

Voici donc la suite de Maîtres Chanteurs . Nos pauvres héros ne sont pas au bout de leur peines. Mais apparemment, vous avez l'air d'aimer çà. Plus je les fais souffrir, plus vous en redemandez. C'est pas bien joli, çà, hein ! Ah oui, juste un petit truc : plusieurs d'entre vous se sont plaints que j'utilise le nom de Snape à la place de Rogue. Je reconnais que c'est une incohérence de ma part…En français, c'est Rogue, un point c'est tout. Mais j'ai commencé comme çà (peut-être parce que j'ai lu le tome six en anglais…) et après, çà fait bizarre de changer. Toutes mes excuses donc pour mon manque de rigueur à ceux qui aiment qu'on suive une ligne et qu'on s'y tienne.

Allez, bonne lecture !

CHAPITRE 10

INTUITIONS ET NOUVELLES EPREUVES

Harry suivait Ken dans les couloirs de la Cité. Le jeune esclave s'orientait sans difficulté dans ce dédale souterrain. Tout en marchant, il donnait à Harry des indications précieuses sur la structure du QG.

En gros, les cachots et cellules se trouvaient dans la zone la plus profondément enterrée. C'était là qu'on pratiquait les interrogatoires et que l'environnement sonore était le plus insupportable. Cris, gémissements, appels à l'aide, insultes…Quant au quartier dit « de haute sécurité », celui où devait être enfermée Ginny, il était inaccessible. Ken n'y avait jamais mis les pieds.

Au-dessus étaient installées les cuisines dans lesquelles s'affairaient des elfes de maison. Les laboratoires où se fabriquaient les potions et où diverses expériences étaient menées se trouvaient dans le même secteur, ainsi que les salles d'entraînement.

Les deux niveaux supérieurs étaient occupés par les logements des Mangemorts. Plus on était bien vu par le Seigneur des Ténèbres, plus on avait de chance de se rapprocher de la surface. Une salle à manger commune était aménagée pour la vulgaire soldatesque, mais les favoris prenaient leurs repas dans leurs appartements personnels.

Un quartier à part servait à accueillir les « invités », Mangemorts ne vivant pas dans la Cité, créatures alliées à Voldemort comme les loups-garous ou les détraqueurs, partenaires venant de l'étranger.

Quant à Voldemort lui-même, on ne pouvait accéder à ses apartements que sur une invitation spéciale et bien entendu, il fallait montrer patte blanche…

Harry écoutait attentivement les explications du jeune homme qui était visiblement content de parler à quelqu'un. Il devait avoir une vingtaine d'années. Plutôt de petite taille (Harry était nettement plus grand que lui) et assez rond, il se déplaçait avec souplesse et vivacité. Blond, le visage agréable et ouvert, il révélait en présence de Harry une nature joyeuse qui ne demandait qu'à s'exprimer. Il portait la tenue des esclaves de la Cité, une sorte de tunique courte à la romaine, taillée grossièrement dans une toile de couleur grise, qui laissait voir ses jambes aux muscles massifs.

Harry n'avait pas encore eu l'occasion de lui demander dans quelles circonstances il s'était retrouvé enfermé dans cette Cité, transformé en esclave dépourvu de droits, corvéable à merci. Il aurait fallu pour cela avoir du temps devant soi et être à l'abri des oreilles indiscrètes.

-Comment fait-on pour entrer et sortir de la Cité, Ken ? J'imagine qu'il y a des lieux réservés au transplanage ? Demanda Harry sur un ton désinvolte.

Ken secoua la tête, embarrassé.

-Je n'ai pas le droit de parler de çà avec vous…Mr Malefoy m'a fait jurer… De toute façon, ma langue resterait collée à mon palais !

-Oh…Bien sûr, je comprends. Pardonne moi, j'aurais dû m'en douter.

Déçu mais pas vraiment surpris, Harry pensa en frissonnant aux horribles traitements dont Ken avait dû être la victime depuis le début de sa captivité.

-On arrive dans les quartiers des jeunes novices et nouveaux initiés, monsieur, le quartier B. Je n'ai pas le droit d'aller au delà de cette porte.

-Ne m'appelle plus « monsieur », s'il te plaît. J'ai un prénom qui n'est pas si dur à prononcer !

Ken rougit et frotta de sa main ses cheveux coupés en brosse.

-Excusez moi, je n'ai pas encore l'habitude.

-OK, çà viendra, et le tutoiement aussi j'espère. Je continue tout droit après la porte, c'est çà ?

-Je crois, oui. Je n'y suis jamais allé. Ils n'aiment pas les esclaves, ils nous traitent d'incapables et de mouchards.

- Je vois. Eh bien merci, Ken. Je vais me débrouiller.

-Faites… Fais attention à toi, Harry ! Ce sont des brutes.

Il avait fini dans un chuchotement inquiet. Harry ne répondit pas et s'approcha de la lourde porte qui les séparait du quartier des jeunes Mangemorts.

Le garde sortit du renfoncement dans lequel il était assis à somnoler et le dévisagea d'un air méfiant, son regard s'attardant sur la cicatrice .

-Qu'est ce que tu veux ?

-Je viens voir Drago Malefoy.

-Tu as une autorisation spéciale ?

Agacé, Harry exhiba sa Marque et répondit :

-Jusqu'à nouvel ordre, j'ai l'autorisation d'aller où je veux dans cette Cité.

L'homme le regarda encore une fois des pieds à la tête avec une expression de mépris, mais n'ayant aucune raison valable pour s'opposer à l'adolescent, il condescendit à déverrouiller la porte magiquement. Harry fit un petit signe à Ken et passa de l'autre côté avant que les lourds battants se referment derrière lui .


-Si nous avons décidé de vous mettre au courant, pour les horcruxes, c'est que j'ai de bonnes raisons de penser que nous sommes en présence de l'un d'eux, ici même.

Remus et Tonks se regardèrent, interloqués. Ils étaient en train de boire le café qu'ils avaient préparé sur un feu magique, et ils assimilaient lentement cette abominable histoire de morceaux d'âme enfermés dans des objets ayant appartenu aux Fondateurs…Hermione perdait-elle la tête en supposant qu'ils étaient sur le point d'en découvrir un ?

-J'hésite entre la figurine de lion et la colonne de pierre jaune. Ce qui est presque certain, c'est que ces deux objets sont liés et nous viennent de Godric Gryffondor, et que Voldemort a très bien pu y enfermer un morceau de son âme juste après avoir assassiné Lily et James.

-Mais non, Hermione, c'est impossible ! Protesta Ron. Harry l'avait quasiment tué. Il n'était plus que l'ombre de lui-même après qu'il ait jeté l'Avada kedavra sur Harryet il a disparu aussitôt !

-Oui, tu as raison. Je me suis mal exprimée. Voldemort a tué James d'abord. Il a eu le temps, avant de s'attaquer à Lily et Harry, de fabriquer son dernier Horcruxe. Peu de temps, certes, mais suffisamment de temps. C'est du moins comme çà que je vois les choses.

Le silence suivit les paroles d'Hermione. Les oiseaux chantaient, la forêt resplendissait de lumière et de vie, et pourtant, la présence diffuse de la mort les enveloppait comme un voile glacial.

-Comment le savoir ? Dit finalement Ron d'une toute petite voix.

-Il faut faire venir un expert du Ministère. Répondit fermement Lupin. Si cette colonne est un Horcruxe, il faut la détruire, et si j'ai bien compris, il s'agit de quelque chose d'extrêmement dangereux. Cela ne peut être fait que par un spécialiste.

-Et si c'était la figurine ? Suggéra Tonks en rattrapant de justesse la cafetière qu'elle avait manqué de renverser, ses cheveux roses tout dressés sur sa tête.

-Je ne le pense pas. Elle provient peut-être effectivement de Gryffondor lui-même, mais elle n'émet pas d'onde magique.

-Il vaut mieux la faire expertiser quand-même, non ?

-Oui, Hermione, tu as raison. C'est plus prudent. Aquiesça Remus. Il soupira. "Je vais ressembler à ta mère, Ron, mais c'est vrai que si Albus était encore parmi nous, il aurait pu nous conseiller efficacement… Il devait connaître l'existence de cette statuette et de cette colonne. Comme tu dis, Hermione, il y a certainement un lien entre elles, et ce lien conduit à James…"

-Et à Harry…

Hermione se servit à nouveau une tasse de café.

-Le livre que nous avons trouvé nous aidera peut-être à y voir plus clair, quand je l'aurai traduit. Pour cela, j'ai besoin de mes bouquins, ou d'une bibliothèque.

-Si je comprends bien, tu veux rentrer tout de suite ? Demanda Ron. Oh, çà ne me dérange pas. Finalement, je n'aime pas être ici loin de tout, sans aucune nouvelle.

Tonks mordit dans son pain avant de lui rappeler :

-Après avoir fait des pieds et des mains pour partir, tu veux déjà rentrer ? Tu oublies que nous pouvons recevoir des hiboux ici aussi ! De toute façon, je dois être joignable à toute heure du jour et de la nuit.

Ron admit qu'elle n'avait pas tort, et Hermione s'éclaircit la gorge pour attirer à nouveau l'attention.

-Je voulais encore vous dire quelque chose qui m'est venu à l'esprit pendant que j'écoutais les ronflements de Ron.

Le jeune Weasley protesta mais les deux autres invitèrent en souriant Hermione à continuer.

-Une question d'abord. Professeur, savez vous quel était le deuxième prénom de Régulus Black, le frère de Sirius ?

Lupin fronça les sourcils.

-Aucune idée. Mais tu peux m'appeler Remus, il me semble te l'avoir déjà dit !

-C'est vrai, excusez moi…Vous ne savez pas ? Dans ce cas…Enfin voilà, j'aimerais aller passer un certain temps square Grimmaurd.

-Quoi ? Dans l'affreuse maison des Black ? Se récria Ron en grimaçant.

-Oui. J'ai besoin de…vérifier quelque chose.

Gênée, Hermione remit une mèche brune derrière son oreille en scrutant anxieusement le visage préoccupé de Lupin.

-C'est -à dire que…Dumbledore était le gardien du secret…Je ne sais pas si le Q.G de l'Ordre est toujours accessible, Hermione.

-Et c'est Harry qui en est le propriétaire, maintenant ! Fit remarquer Tonks

-C'est pour Harry…et Ginny, que j'ai besoin de faire ces recherches. Je crois que c'est vraiment important.

-Mais qu'est-ce que tu as en tête ! Si tu nous mets au courant, on sera plus faciles à convaincre, tu ne crois pas ?

-Oh Ron, sache simplement qu'une idée…intéressante m'est venue cette nuit pendant que j'essayais d'enfoncer du coton dans mes oreilles. Il valait mieux que je m'occupe en réfléchissant plutôt qu'en te tapant sur la tête avec mon coussin, tu ne crois pas ? Franchement, je préfère ne pas en dire plus pour ne pas vous décevoir au cas où je me tromperais complètement.

-Mais Remus t'explique que le QG n'est plus fonctionnel !

-N'oublions pas que Snape en connaît l'existence et que cela représente un risque supplémentaire ! Ajouta Lupin, soucieux.

-Je…Je crois que çà vaut la peine de courir ce risque.

Le regard de la jeune fille était si intense que Remus se sentit fondre.

-Bien, Hermione. Nous allons essayer de nous rendre chez Sirius…Je veux dire, chez Harry . Mais je ne te promets rien.


La troupe d'ex-serpentards revenait en chahutant de son entraînement au duel. Drago était satisfait. Son avant-bras ne le faisait plus souffrir. Snape l'avait félicité pour ses belles performances et ses camarades avaient réussi à le convaincre qu'il était beaucoup trop scrupuleux, et qu'il n'avait qu'à user de la force avec la fille Weasley, comme tout Mangemort digne de ce nom.

Malgré la cérémonie éprouvante du matin, Snape avait insisté pour que tous, Drago et Théodore compris, participent à l'entraînement.

Quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent, appuyé au chambranle de la porte de leur salle commune, un Harry Potter tout de rouge vêtu, l'air fortement contrarié et visiblement très impatient. Les serpentards se turent instantanément et ce fut Drago qui interpella à distance le jeune gryffondor.

-Qu'est-ce que tu fous là, Potter ? Tu n'as pas à traîner par ici ! Cà fait désordre !

-Je traîne là où j'en ai envie, Malefoy. Rétorqua calmement Harry quand ils furent parvenus tout près de lui. J'ai à te parler. Tu as cinq minutes ?

-Tu as à me parler ? Voyez vous çà ? Et pour me dire quoi ?

-Tu veux qu'on discute dans ce couloir ?

Drago réfléchit un instant.

-Non. Si tu y tiens, entrons avec les autres.

Harry le suivit dans la salle commune. Millicent Bulstrode, à peine entrée, alla s'affaler sur le canapé, lui rappelant Dudley avachi devant sa télé. Comme il la regardait, elle lui fit un clin d'œil coquin et il en fut si ébahi qu'il oublia d'en rougir. Drago se laissa tomber dans un fauteuil mais ne proposa pas à Harry de s'asseoir.

-Vas-y, vide ton sac, Potter… Grogna –t'il d'un air ennuyé.

-J'aurais préféré… Tu n'as pas une chambre ?

Les autres pouffèrent de rire.

-Eh, Drago, il veut aller avec toi dans ta chambre…Ricana Flint. A ta place, je m'inquièterais !

-Je t'emmène dans la mienne, Potter, si tu veux de l'intimité ! proposa Millicent, en se tortillant lascivement.

Harry commençait à s'énerver.

-Malefoy, ce que j'ai à te dire ne concerne que toi et moi. Je n'ai pas besoin de tes copains ! Je ne vais pas te bouffer, tu ne risques rien, je n'ai même pas de baguette !

Sans répondre, Drago se leva et alla tranquillement se servir une bière. Il s'appuya à la commode qu'il venait de refermer et défia Harry du regard. Il avait les mêmes yeux pâles et froids que son père.

-Tu dis ce que tu as à me dire ici, dans cette pièce, ou alors tu fous le camp. J'ai pas peur de toi, mais j'ai pas envie de te faire entrer chez moi.

Serrant les poings, Harry se força au calme. Il aurait dû prévoir cette réaction. Une fois de plus, il avait agi sur un coup de tête. Il était trop tard pour reculer.

-Très bien. Merci pour ta courtoisie. Je n'en attendais pas moins de toi. Voici donc ce que j'ai à te dire, çà tient en peu de mots : je t'interdis de t'approcher de Ginny.

Après un silence stupéfait, Drago éclata de rire, et tous les autres derrière lui.

-Tu m'interdis ? Tu as le culot de venir chez moi m'interdire quelque chose, Potter ? Mais tu te prends pour qui ? Tu es qui pour venir me donner des ordres ?

-Tu sais très bien qui je suis et quelle est ma place ici. Si tu fais l'idiot, tu t'en repentiras.

-Ah oui ? Et comment vas-tu m'empêcher de faire ce que je veux avec cette petite traînée ?

La rage envahit Harry qui se précipita vers Drago. Les autres avaient tous sorti leurs baguettes et Harry s'arrêta juste à temps pour ne pas être stupéfixié.

-Je ne suis peut-être pas armé, mais j'ai des soutiens. Si tu fais l'imbécile, tu en payeras les conséquences.

Drago siffla en levant un sourcil.

-Des soutiens…Tiens, tiens, tiens…Tu vas aller te plaindre auprès du Maître que je couche avec ta petite amie ?

-Par exemple. Et ne parle pas comme çà de Ginny !

-Mais pauvre imbécile naïf, c'est le Maître lui même, et mon propre père, qui m'ont incité à m'occuper de ta belette !

-Sale menteur !

Incapable de se contenir plus longtemps, Harry bondit en avant. Drago fut plus rapide et le stupéfixia aussitôt. Harry s'effondra au sol. Tous les autres s'attroupèrent autour de lui.

-On en fait quoi ? Demanda Nott qui était encore secoué de l'épreuve matinale et avait l'air laminé.

-Je m'en occupe…Petit, petit, petit… Minauda Bulstrode en se penchant en avant vers Harry. Drago la retint brutalement par le bras.

-Sors d'ici, Milli. On va lui donner une bonne leçon, et j'ai bien peur que ton âme sensible de femelle ne supporte pas çà.

-Oh, ne me l'abîmez pas trop ! glapit la forte fille en quittant la pièce, apparemment impressionnée par la détermination de Drago.

Ce dernier se pencha à son tour en avant et articula tout près de l'oreille de Harry :

-Potter, je pensais que tu avais compris la leçon du train, l'année dernière. Mais comme tu es encore plus bouché que ce que j'imaginais, il va falloir recommencer à zéro.

Et joignant le geste à la parole, Drago envoya un violent coup de pied dans le nez de son ennemi. Les autres n'attendaient que ce signal pour commencer à leur tour à se défouler sur le gryffondor, façon moldue. Flint trouvait là l'occasion de se venger de tous les matchs de quidditch perdus à Poudlard. Nott et Mc Nair, en bons adulateurs de Drago, se réjouissaient de pouvoir ainsi lui prouver à bon compte leur dévouement inconditionnel.

Les coups de pied, les claques, les coups de poing, les crachats se mirent à pleuvoir sur le jeune Potter toujours incapable d'exécuter le moindre mouvement. Drago , se souvenant de sa confrontation avec Harry dans les toilettes de Mimi Geignarde, ajouta par dessus un sort de sectum sempra et la robe rouge se tacha aussitôt de longues traînées plus sombres. L'enseignement du professeur Snape se révélait une fois encore utile.

Quand Harry fut réduit à l'état de loque sanglante, Drago recula.

-Arrêtez, les gars. Cà suffit. Je pense qu'il a compris. Quoique…

Et il cracha une dernière fois au visage de Harry.

-Et maintenant ? S'inquiéta Mc Nair, qui pensait un peu tard aux conséquences de ce déchaînement de violence.

-Il faut le sortir d'ici. Théo, tu m'as dit que ton père a une cape d'invisibilité ?

Nott acquiesça d'un signe de tête.

-File la chercher. Et sois discret !

-Cà va être compliqué ! Je ne…

-Dis, tu as tué un homme et tu as la trouille d'aller prendre la cape de ton père ? C'est quoi c'te mauviette ?

Pas très rassuré, le jeune homme partit sans oser discuter les ordres de son chef.

L'attente leur parut longue. Ils s'étaient assis et buvaient bière sur bière. Bulstrode revint dans la pièce et se montra furieuse devant l'état de Harry.

-Bande d'idiots ! Vous l'avez défiguré ! Vous êtes sûrs qu'il est pas mort ?

-Arrête tes conneries, y a que le Maître qui peut le tuer, paraît-il. Et vice-versa.

-Mais non, c'est dépassé, cette histoire là. C'était une prophétie bidon de la vieille Trelawney !

-Mais il est pas mort ! Il respire, tu vois pas ?

-Encore heureux ! C'est le chouchou du Maître et de ton père, et tu l'aurais flingué ?

Drago s'assombrit et ne répondit pas. Il commençait lui aussi à évaluer les conséquences de ses actes. Certain que Potter n'irait pas les accuser ni se plaindre à Voldemort, il regrettait cependant de ne pas avoir appris à jeter un sort d'amnésie. Il était à prévoir que ceux qui retrouveraient le garçon dans cet état chercheraient à trouver et punir les coupables. Il fallait absolument éloigner le corps de leur quartier. Potter, lui, ne parlerait pas. Mais le garde l'avait forcément vu entrer. Il allait falloir acheter son silence d'une manière ou d'une autre…

Nott revint enfin, portant la cape roulée sous sa robe rouge. Il avait l'air éreinté.

-Heureusement, mon père n'était pas dans son appart', mais j'ai bien cru que je la trouverais jamais. Et j'avais la trouille qu'il me surpr…

-D'accord, d'accord. Donne moi çà !

Drago enroula hâtivement Harry dans la cape après lui avoir remis ses lunettes cassées sur le nez. En se redressant, il s'adressa à Flint.

-Marcus, tu viens avec moi. On va le faire léviter jusqu'au quartier des « invités ». Tu sais, chez les loups-garou et les détraqueurs.

Flint eut un frisson.

-Tu es sûr qu'il faut aller jusque là ? Et si quelqu'un nous surprend ?

-Mouais, t'as raison… On tient pas à trois sous cette cape ?

-Mais il est dégueulasse. J'ai pas envie de m'en mettre partout !

-Oh arrête ! On se lavera dès qu'on en sera débarrassés. Allez, aidez moi à le soulever. On l'amène à l'hôtellerie. Il n'aura qu'à se débrouiller avec Greyback, il paraît qu'il loge là-haut en ce moment.

Drago sortit Harry de sous la cape, puis changea le sort de stupéfixion, le remplaçant par celui qu'il lançait régulièrement sur Ginny.

-Tu connais pas un sort d'allègement, Théo ? Il a beau être maigrichon…Demanda Drago qui pâlissait sous la charge. Flint et lui tenaient un Harry sanguinolent, mou comme une marionnette, chacun ayant passé un de ses bras sur son épaule.

Nott secoua la tête piteusement.

-Cà va être dur d'être discrets. On a intérêt à faire vite ! Bougonna Flint, l'expression dégoûtée.

-Théo, tu effaces les tâches de sang au fur et à mesure !

Bulstrode les couvrit de la cape en grognant. Ils disparaissaient complètement mais leur marge de manoeuvre était réduite. Ils sortirent lentement, chargés de leur fardeau. Nott les accompagnait, pour effacer les traces et faire ouvrir les portes jusqu'à l'hôtellerie, espérant passer plus ou moins inaperçu.

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Ken avait attendu avec impatience que Harry sorte du quartier des jeunes Mangemorts. Ne voyant rien venir, il commençait à s'inquiéter sérieusement. Il vit Nott sortir en courant, puis revenir un bon moment plus tard, visiblement essoufflé. Le jeune initié n'avait heureusement pas prêté attention à l'esclave de Lucius qui traînait dans le couloir.

Découragé, Ken s'apprêtait à partir pour aller prévenir Lucius quand il vit Nott sortir à nouveau. Il marchait beaucoup plus lentement que la première fois. Une marche bizarrement lente, comme s'il avait voulu retenir son allure. De plus, il tenait sa baguette devant lui et marmonnait régulièrement des sorts…

Sans comprendre, l'esclave décida de le suivre, puisque Nott prenait la direction du niveau supérieur. Il était temps de prévenir Lucius, mais Ken voulait en même temps garder Théodore à l'œil.

Arrivé à l'embranchement entre les couloirs qui menaient aux quartier des favoris et à celui des invités, Nott s'engagea dans le deuxième, à la grande surprise de Ken. Après une hésitation, le jeune esclave prit lui la direction de l'appartement de Lucius.

Il fut déçu de ne pas le trouver chez lui. Malefoy avait été convoqué chez le Maître et n'était pas encore revenu. Ken prit place dans la niche aménagée pour lui à l'entrée de l'appartement, et se remit à ronger son frein.

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Lucius se sentait las, migraineux et un peu saoul. Les projets du Maître lui paraissaient dangereux, mais il n'avait guère pu l'influencer. Faire sortir Harry si tôt et le mettre en présence de moldus, de sorciers ennemis et d'aurors était risqué, extrêmement risqué. Certes, le sort réservé à la petite Weasley était toujours un excellent moyen d'obtenir sa soumission, mais il pouvait être tenté dans le feu de l'action de se livrer à des gestes désespérés ou d'alerter les aurors.

Le Maître l'avait chargé de veiller sur Potter, de le suivre comme son ombre pour prévenir tout dérapage. La mission s'annonçait périlleuse, même si le Maître avait eu une idée excellente en ce qui concernait l'objectif de l'attaque.

Potter, avec sa nature chevaleresque, serait certainement facile à convaincre.

Par contre, il allait falloir qu'il s'entraîne, on ne pouvait pas le lâcher dans la nature avec une baguette sans qu'il ait repris l'habitude de s'en servir. Là encore, la charge de cet entraînement reviendrait à Lucius. L'idée n'était pas déplaisante. Il trouverait peut-être des occasions lors de ces séances d'avancer dans sa…démarche d'approche.

La tête lourde et la vision floue, il eut un mouvement de recul quand Ken se précipita à sa rencontre, et il le repoussa avec agacement.

-Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu perds la tête ?

Mais à l'instant où il réprimandait ainsi son esclave, il comprit qu'il avait dû arriver quelque chose à Harry. Son sang se glaça, et ses pensées s'éclaircirent brutalement.

-Monsieur… Harry Potter… Il est resté dans le quartier B.

Lucius fit taire Ken et ne l'autorisa à parler que lorsque la porte de l'appartement se fut refermée derrière eux.

-Imbécile ! S'énerva Lucius. Tu sais qu'on ne parle pas dans les couloirs. Vas-y maintenant, dis moi tout.

Ken raconta d'une voix hachée comment Harry lui avait demandé de le conduire auprès de Drago. Furieux, Lucius le traita à nouveau d'imbécile et le gifla.

-Tu n'aurais jamais dû accepter ! Tu savais ce qu'il risquait en allant là-bas.

-Je l'ai mis en garde. Mais il a insisté… Et vous m'aviez dit…

Lucius jeta rageusement ses gants sur le sol. Quelle mouche avait donc piqué Harry ? Ce gamin serait-il toujours un stupide Gryffondor prêt à se jeter dans tous les pièges que la vie lui tendait ?

Il se retint de se défouler sur l'esclave. Il serait toujours temps de le punir. Il n'y avait pas un instant à perdre.

-Suis moi. Nous descendons chez mon fils.


Harry mordit ses lèvres tuméfiées après avoir laissé échapper un gémissement. Il ne devait surtout pas se faire remarquer. Il se trouvait dans le quartier des loups-garous et il n'avait aucune envie d'alerter une de ces créatures.

Drago Malefoy et Marcus Flint l'avaient jeté dans un renfoncement du couloir, s'étaient à nouveau hâtivement dissimulés sous la cape d'invisibilité et avaient filé derrière Nott sans demander leur reste.

Combien de temps s'était écoulé depuis qu'ils l'avaient abandonné dans ce couloir, Harry n'aurait pu le dire. Une éternité, lui semblait-il.

Il pensait avoir le nez cassé ainsi que plusieurs côtes brisées et un os du genou éclaté. Inexorablement, son sang continuait de couler, et il sentait qu'il allait bientôt perdre connaissance. Il était incapable de bouger, bien que l'effet du stupéfix lancé par Drago se fût estompé. La douleur était atroce, et il était trop affaibli.

Encore une fois, il s'était comporté comme un écervelé. Son désir de sermonner Drago l'avait conduit dans un véritable traquenard, et il n'avait eu que ce que son imprévoyance méritait.

Ce constat fait, il devait reconnaître que cette lamentable mésaventure lui avait permis d'apprendre des choses importantes.

Voldemort connaissait la prophétie en entier, et avec lui tous les Mangemorts. Comment cela était-il possible ?

Avait-il parlé sans s'en rendre compte ? Ou alors…Mais oui ! Ils lui avaient certainement fait boire du veritasérum, puis avaient tout simplement effacé sa mémoire.

Eh bien, cela n'avait pas changé grand chose puisque la deuxième prophétie semblait séduire Voldemort bien plus que celle de Trelawney.

Autre point : pour être admis dans le cercle des Initiés, Théodore Nott avait assassiné quelqu'un…. Il n'eût pas fallu s'attendre à moins. Pourtant, on n'en avait pas exigé autant de Drago à qui il avait suffi de faire pénétrer les Mangemorts dans Poudlard pour mériter sa promotion…

Et la troisième chose, la plus insoutenable : Drago couchait avec Ginny. Du moins, c'était ce que prétendait cette ordure, ce violeur, ce sale…

Un bruit étrange interrompit ses pensées douloureuses. Comme un reniflement. Quelqu'un humait l'air non loin de là. Il entendit des pas lents qui se rapprochaient, puis à nouveau le reniflement.

Un besoin irrésistible de se cacher saisit Harry. Il tenta de ramper sur le dos, mais la douleur augmenta si vivement qu'il renonça, en même temps que sa vue déjà brouillée se voilait.

-Oh…Cette odeur…Délicieuse…

Les pas se faisaient plus distincts. On percevait aussi maintenant un souffle bruyant, comme un gargouillis sifflant dans lequel se mêlaient des paroles incompréhensibles, dont émergeaient quelques mots.

-Du sang…Du jeune sang …

Cette voix…Harry la connaissait, cette voix rauque, à peine humaine.

-Mais qu'est-ce que je vois, là ? Comment se fait-il… ? Oh bonheur, une proie offerte !…De la chair à mordre, à déchiqueter…

Si quelqu'un, quelques jours plus tôt, avait dit à Harry qu'il souhaiterait un jour voir apparaître Lucius Malefoy , il aurait hurlé d'indignation. Et pourtant, en cet instant, le garçon se surprit à espérer de tout son cœur que le père de Drago, alerté par Ken, vienne le sauver des griffes de l'horrible Fenrir Greyback, qui, déjà, se penchait au dessus de lui, son œil jaune allumé d'une lueur gourmande.


Si çà vous fait cauchemarder, surtout, faites le moi savoir ! C'est que j'aurai réussi mon coup ! Allez, un petit clic sur le bouton bleu… ?