Bonjour à tous et merci à ceux (peu nombreux, hélas) qui ont pris le temps de laisser une review. Steph et Nepheria, votre fidélité me donne des ailes.
BPHoradus, il y a un clin d'œil qui t'est spécialement adressé dans ce chapitre, on va voir si tu le trouves.
Et puis toi, Liv, je tiens encore à te remercier pour tes remarques intéressantes et tes sympathiques encouragements. Oui, tu as raison, Lucius (le sauveur( !) ) est entrain de tisser sa toile autour de Harry et comme tu le dis si bien, Ginny a du souci à se faire. A part çà, j'espère que tu ne seras pas trop déçue par le projet d'expédition de Voldemort…Pour ce qui est des entraînements, il faut patienter encore un peu.
O chers lecteurs, je vous aime…(çà, c'est pour vous amadouer),mais n'oubliez pas que les reviews, c'est le carburant qui fait avancer la machine. Quand il y en a peu, (ou pire, pas du tout), l'auteur (-se) ne trouve plus ni inspiration, ni temps, ni ressort pour écrire… Je peux aussi me lasser au point de tout envoyer balader ( d'accord, d'accord, vous vous en remettrez !). Mais vous vous rendez compte, vous avez la possibilité d'influer sur l'écriture de l'histoire en me faisant part de vos attentes !…C'est pas génial, çà ? Parce que même si j'ai plusieurs chapitres écrits d'avance et le plan bien défini dans ma tête, je peux ajuster le tir en fonction de vos souhaits. Alors ? Que demander de plus ?
Très bonne lecture malgré ces pénibles engueulades dignes d'une Molly Weasley franchement irritée !
CHAPITRE DOUZE
REMISSION ET NOUVEAUX DANGERS
Harry ouvrit les yeux, puis les referma. Il était dans le noir complet, environné d'un profond silence. Où pouvait-il bien se trouver ? Dans la tombe, sans doute. Pourtant, il n'avait pas imaginé la mort aussi…platement monochrome.
Il s'aperçut qu'il était entortillé dans un drap humide de sueur, et qu'il n'était vêtu que de son boxer. Peut-être était-il vivant, après tout. Oui, la preuve en était qu'il se sentait fatigué, fiévreux. Cependant, il ne ressentait aucune douleur précise.
Puis tout lui revint brutalement en mémoire. La Marque des Ténèbres, sa rencontre avec Ginny, la jeune fille torturée à ses pieds, la confrontation avec Drago Malefoy, son passage à tabac, Greyback…Puis, plus rien. Il avait perdu connaissance peu de temps après que le loup-garou eût commencé à arracher son vêtement et lécher son sang. A cette pensée, il eut un haut-le cœur et se redressa dans le lit, épouvanté. Que s'était-il passé ensuite ? Avait-il été mordu ?
Il eut alors le souvenir du visage de Lucius Malefoy penché au dessus de lui. De son regard inquiet. De ses mains douces et expertes le soignant, et du réconfort qu'il en avait retiré malgré la souffrance.
Harry se leva dans le noir. Comme un aveugle sans sa canne, il tendit les mains et avança, vacillant sur ses jambes, cherchant à rencontrer un mur, une porte. Il aurait pu appeler, mais il préférait découvrir par lui-même dans quel lieu il se trouvait. Il heurta ce qui devait être une chaise, perdit l'équilibre et faillit s'étaler de tout son long. En cherchant à se rattraper, il trouva le mur et se mit à le suivre.
Avant qu'il fût parvenu à une issue, il entendit des pas et une porte s'ouvrit non loin de l'endroit où il se tenait.
-Maître, il est réveillé ! Cria une voix.
C'était Ken, dont la silhouette trapue se découpait dans l'encadrement de la porte. La pièce voisine paraissait au contraire très lumineuse, et Harry ébloui battait des cils. Sans ses lunettes, il ne distinguait pas nettement ce qui l'entourait.
Des torches s'allumèrent alors autour de lui. Il reconnut Lucius Malefoy qui venait de rejoindre Ken à l'entrée de la pièce, et qui faisait signe à son esclave de quitter les lieux. Harry s'immobilisa, soudain gêné d'être ainsi l'objet de toutes les attentions, dans cette tenue légère de surcroît.
-Comment te sens-tu, Harry ? Demanda Lucius d'un ton affable en marchant vers lui, ses lunettes réparées à la main. L'homme avait l'air fatigué. Lui qui était toujours tiré à quatre épingles avait ce matin l'allure négligée de celui qui a passé la nuit ailleurs que dans son lit.
-Mais…Bien…Je…Merci ! La voix de Harry refusait de fonctionner normalement. Tout en mettant ses lunettes, il constata que ses dents claquaient légèrement.
Lucius avança encore et leva une main pour la poser sur son front .
-Tu es encore fiévreux. Tu devrais te recoucher. Il hésita, examinant Harry de la tête aux pieds avec une expression satisfaite. A part çà, tu m'as l'air parfaitement rétabli. Qui pourrait imaginer que tu étais quasiment mort il y a quelques heures à peine ?
L'esprit confus et la tête bourdonnante, Harry tentait de remettre ses idées en place.
-Où sommes nous ?
-Ah, tu te le demandes, n'est-ce pas ! Comment trouves-tu cette pièce ?
Le garçon regarda autour de lui tout en revenant vers le lit sur lequel il s'assit. Il prit le drap souillé et s'enveloppa maladroitement dedans avant de répondre de sa voix bizarrement voilée.
-C'est beau, ici. On dirait une chambre, pas un cachot !
En effet, la pièce, bien que petite, était chaleureuse, meublée avec goût d'une armoire, un bureau simple et élégant, une commode et des tapisseries anciennes qui dissimulaient les murs de pierre. Un plancher rendait agréable le contact des pieds nus sur le sol.
-Si tu es d'accord, Harry, je te propose de séjourner ici quelques temps. Tu seras en sécurité et c'est avec plaisir que je t'accueille dans cet appartement.
Que répondre à cela ? Harry se sentait trop épuisé pour discuter et il était touché malgré lui par la bienveillance du Mangemort. Il l'avait sauvé des griffes de Greyback. Il l'avait soigné avec un acharnement extraordinaire. Comment refuser cette proposition ?
-Je vous remercie…Dit-il à mi-voix en baissant la tête.
-Tu es ici chez toi. Dès que tu iras un peu mieux, je te ferai visiter les lieux. Mais viens voir tout de suite où se trouve la salle de bains.
Harry se releva et suivit Lucius dans le séjour. Emerveillé, il découvrit alors la fenêtre. Une vraie fenêtre, qui avait même l'air de pouvoir s'ouvrir. Le soleil, déjà haut dans le ciel, entrait à flot dans la pièce. Harry se figea . Il n'avait pas vu la lumière du jour depuis une éternité. Comme hypnotisé, il s'approcha lentement de la croisée. Amusé, Lucius le rejoignit et posa affectueusement une main sur son épaule.
Le paysage était magnifique. Ils se trouvaient à flanc de colline, et une longue vallée boisée s'étendait à leurs pieds. Dans le ciel moutonnaient des cumulus, et tout ce bleu et ce vert respirait la vie, la nature, l'espoir.
-Cette fenêtre est invisible de l'extérieur. Elle est protégée par un puissant sortilège de désillusion. Murmura Lucius tout près de l'oreille de Harry.
Soudain, le garçon s'arracha à la contemplation du paysage. Toute sa colère était remontée à la surface. Il se dégagea et planta son regard fiévreux dans celui de l'homme.
-Ce qui est arrivé hier soir… C'est parce que je suis allé voir votre fils. J'ai été imprudent, c'est vrai, mais il faut absolument qu'il cesse de voir Ginny.
Lucius s'éloigna de quelques pas et regarda ses mains élégantes aux ongles parfaits.
-Je t'avais mis en garde, Harry. Ces jeunes gens ne te considèrent pas encore comme un des leurs.
-Je m'en moque, je ne cherche pas à me faire accepter dans leur bande. Ce qui m'importe, c'est que Drago harcèle Ginny. Il m'a même affirmé qu'il…enfin…qu'il abuse d'elle, et çà, je ne peux pas le tolérer.
Le visage de Lucius prit l'expression de quelqu'un qui feint l'étonnement, mais qui n'en pense pas moins.
-Et tu l'as cru ?
-Elle m'avait laissé entendre la même chose quand nous nous sommes vus hier.
-Je pense qu'ils exagèrent l'un et l'autre. Elle, pour se faire plaindre, et lui, pour se faire valoir et te mettre en rage. Je doute que les choses soient allées aussi loin.
-Ce n'est pas le genre de Ginny de chercher à se faire plaindre. Se récria Harry qui tremblait, les pommettes de plus en plus rouges. A ce que je sache, elle a été torturée devant vous et moi, alors qu'on m'avait affirmé qu'elle était bien traitée !
-Tu ne dois pas te mettre dans cet état, çà fait monter la fièvre ! Viens te recoucher ! Dit Malefoy en lui prenant le bras. Mais Harry refusa de bouger.
-Je VEUX que vous fassiez quelque chose pour que…Que vous interdisiez à Drago l'accès au cachot de Ginny ! D'autre part, il est inadmissible qu'une folle comme Bellatrix Lestrange ait l'autorisation de s'approcher d'elle. Vous m'aviez assuré qu'elle était respectée ! J'ai pu constater de mes yeux que tout cela n'était que des histoires destinées à endormir ma méfiance !
Un sourire vaguement moqueur étira les lèvres de Lucius.
-Tu veux que j'interdise…Penses-tu vraiment être en situation de donner des ordres, Harry ?
Le cœur du garçon battait à tout rompre. Il serrait le drap qui l'enveloppait de ses deux poings.
-Dois-je vous rappeler quels étaient les termes de notre contrat ? J'acceptais de prendre la Marque et vous me garantissiez que Ginny était bien traitée. Martela-t'il avec effort.
-Non. Je te garantissais que tu pourrais la rencontrer…
-Vous jouez sur les mots.
-Absolument pas. Et ton amie n'est pas maltraitée.
-Comment pouvez vous affirmer une chose pareille, alors qu'à l'évidence…Harry se troubla. Je ne comprends plus. Je pensais que…Que vous étiez d'accord pour m'aider…Murmura –t'il, le front plissé.
-Pour t'aider toi, oui, certes. Mais pourquoi devrais-je me préoccuper du sort de la petite Weasley ?
Les yeux de Harry lancèrent des éclairs.
-Ainsi donc c'est vrai ! Drago n'a pas menti. C'est bien vous et Voldemort qui l'avez incité à abuser de Ginny. Cria-t'il de sa voix qui refusait de sonner normalement. D'ailleurs, çà ne m'étonne pas. C'est bien vous qui lui avez fait cadeau du journal intime de Jedusor qui a failli nous tuer à Poudlard, elle et moi, il y a cinq ans. Finit-il haineusement, sans pouvoir empêcher ses dents de claquer.
Nullement impressionné, Lucius se dirigea d'un air las vers une petite table sur laquelle reposait un plateau chargé d'une cafetière et de deux tasses. Il s'en servit une.
-Je n'ai jamais incité mon fils à abuser de ton amie, Harry. Le Maître comptait simplement sur lui pour expliquer à la petite le rôle qu'il espère lui voir jouer dans notre combat. Il voudrait l'élever à tes côtés, et il faut d'abord la persuader que nous défendons une cause noble. Un café ?
-Non merci. Dit sèchement Harry. Je ne sais pas si vous mentez, mais en tout cas une chose est sûre, c'est que Drago n'a pas compris sa mission de cette manière là. Il a profité honteusement de la situation, et vous vous devez d'intervenir.
-Tu sais parfaitement que je n'ai aucune affinité particulière avec la famille Weasley, Harry. Je comprends ta colère, mais je ne vois pas ce qui peut me convaincre de me mêler de cette affaire.
Bouillant de rage, le garçon fit trois pas mais il se prit les pieds dans le drap et manqua de s'étaler.
-Si vous ne faites rien, je… Il s'interrompit, regardant désespérément autour de lui, à la recherche d'arguments qui fassent pencher la balance en sa faveur. Je quitte ce lieu, je retourne dans ma cellule et j'en appellerai au…
Il se tut à temps, avant d'avoir laissé échapper une monstruosité. Aller supplier Voldemort ? Jamais ! Ses menaces lui parurent dérisoires, ridiculement puériles. Il ne pouvait rien faire, Malefoy était tout puissant. L'homme souriait avec une indulgence plus blessante encore que s'il s'était mis en colère. Il ne prit même pas la peine de répondre. Harry reprit, trébuchant sur les mots :
-Si vous acceptez …Si vous intervenez pour qu'on interdise à Drago et à Bellatrix Lestrange l'accès du quartier de haute sécurité, je…vous pourrez faire de moi ce que vous… Non, vraiment, je n'ai rien à vous offrir en échange … Acheva– t'il d'une voix incertaine.
L'œil de Malefoy s'alluma. Il regarda Harry avec intérêt, tout en reposant lentement sa tasse de café.
-Rien ? Vraiment rien, crois-tu ? Dit-il d'une voix douce.
Harry rougit encore si c'était possible, mais resta muet. Lucius s'approcha de lui, caressa légèrement sa joue brûlante, puis passa un bras sur ses épaules.
-Moi, je crois au contraire que tu pourrais offrir beaucoup, qu'en penses-tu ?
Le garçon hocha imperceptiblement la tête.
-Parfait. Si tu es si bien disposé, je vais faire ce qu'il faut pour que mon fils ne voie plus ton amie. Et si tu le désires, tu pourras la rencontrer à nouveau, elle te confirmera qu'il ne la tourmente plus. Il serra plus fort l'épaule du garçon. Quant à Bella, je mettrai en oeuvre tout ce qui est en mon pouvoir pour l'éloigner de la petite. Mais sache que sur ce plan là, je ne peux rien te promettre.
Marquant une pause, il entraîna Harry avec une ferme douceur vers la chambre.
-Et ce que je voudrais pour l'instant, c'est que tu te recouches. Va t'allonger, je vais te faire apporter un petit-déjeuner et tu vas reprendre une dose de potion fortifiante. Cette fièvre qui dure ne me plaît absolument pas.
Hermione était plongée dans la lecture d'un vieux grimoire quand Ron surgit dans la pièce.
-Oh, il y avait des livres dans la chambre de Sirius ?
-Oui, comme tu peux voir. J'ai trouvé un dictionnaire de runes, çà m'arrange bien. Mais je ne trouve pas ce que je cherche. On dirait qu'il a voulu à tout prix effacer les traces de sa famille.
-Cà peut se comprendre…
-En effet. Mais çà complique singulièrement mes affaires.
-Je ne comprends pas ce que tu fabriques.
-Je cherche…Les actes de naissance, ou un livret de famille, sur lequel seraient inscrits tous les prénoms des fils Black.
-Et sur l'arbre généalogique…tu sais, la tapisserie du séjour ?
-La moitié a été brûlée. On ne distingue plus grand chose. Mais je devrai m'en contenter si je ne trouve pas mieux. As-tu déniché l'armoire ?
-Ouais. Je venais justement te chercher, comme un bon toutou bien dressé.
Elle se leva en riant, courut vers lui et l'embrassa.
-Tu te moques de moi, idiot ! Cà ne fait rien, allons voir çà tout de suite…Dit-elle en glissant sa main dans la sienne.
Ron l'arrêta dans son élan et la prit par la taille. Ses grandes mains en faisaient presque le tour. Il se pencha, cherchant à l'embrasser.
-Viens, ce n'est pas le moment. Il y a du pain sur la planche ! Murmura-t'elle en se dégageant. Il soupira et la suivit dans l'escalier qui descendait au premier.
Elle passa devant lui pour entrer dans le séjour. L'armoire en question s'y trouvait, comme on aurait pu s'y attendre. Elle était fermée et il n'y avait plus de clef. Un alohomora eut raison de la vieille serrure.
Toutes sortes d'objets improbables y étaient entassés. Hermione se mit à fouiller fébrilement.
-Tu te rappelles, Ron, il y avait un médaillon doré que personne n'arrivait à ouvrir.
-C'est çà que tu cherches ?
-Oui, et tu vas chercher avec moi.
-Bien chef ! A vos ordres, mon cap…
-Chut ! Tais toi ! chuchota Hermione vivement en agrippant le bras de Ron, l'oreille tendue.
Elle venait d'entendre des bruits étranges. Un léger cri émis par une voix masculine, puis une cavalcade et les échos d'une lutte étouffée, apparemment dans l'escalier. Hermione se redressa lentement, les yeux dilatés, la baguette prête à entrer en action.
-Ron, je crois que nous avons des visiteurs indésirables…
Le cœur battant, Drago dévalait les interminables couloirs qui menaient au quartier de haute sécurité.
Il venait à peine de finir son petit-déjeuner, mais il avait éprouvé soudain un désir impérieux d'aller voir Ginny. Etait-ce parce qu'il n'avait pu lui rendre visite la veille ? Il n'aurait su le dire. Après s'être rapidement lavé et peigné, il s'était éclipsé discrètement, préférant éviter les questions et les recommandations de ses compagnons.
Il pressentait confusément que tôt ou tard, il aurait à payer la facture. Les mauvais traitements qu'il avait faits subir à Potter avaient certainement été signalés. Aussi filait-il avant que quelqu'un vienne le chercher pour lui demander de rendre des comptes.
Il entra dans le cachot puis s'arrêta, essoufflé. La jeune fille était allongée sur le lit défait. C'était la première fois qu'il la trouvait ainsi. Intrigué, il s'approcha.
Elle ne le regardait pas. Ses yeux étaient grand ouverts et fixaient le plafond sans ciller. Il se sentit mal à l'aise.
-Weasley ! Appela-t'il faiblement après s'être éclairci la gorge.
Elle ne réagit pas. Il avança jusqu'au lit et s'arrêta au-dessus d'elle. Ses longs cheveux étaient dénoués et auréolaient son visage fin d'un halo de lumière. Comme il ne bougeait plus, les yeux de la jeune fille s'animèrent enfin et elle tourna lentement le regard dans sa direction.
- Ginny ! C'était la première fois qu'il osait l'appeler par son prénom. Tu es malade ? Demanda-t'il, ne pouvant gommer l'attention inquiète qui perçait dans sa voix.
-Non…répondit-elle. Elle se releva sur un coude tout en le regardant.
-Tu as mangé ? Tu ne manques de rien ?
-Cà va.
-Pourquoi tu es couchée ?
-Je fais la grasse matinée. Tu sais, depuis que je suis ici, mon emploi du temps n'est pas très chargé…
Elle souriait, mais il y avait quelque chose de désespéré dans son sourire. Il s'assit sur le lit, tout près d'elle. Bizarrement, pour la première fois, il ne lisait pas d'hostilité dans son regard triste. Elle avait vu Potter la veille. Peut-être s'était-elle aperçue qu'elle ne l'aimait plus ? Un espoir fou envahit le cœur de Drago.
Il avança une main et toucha sa joue lisse. Elle ne chercha pas à l'éviter. Elle semblait ailleurs.
-Tu n'as plus rien à lire ?
-Non, et je n'ai pas envie de lire.
-Tu t'ennuies à ce point ? De quoi as-tu besoin ? Je ne peux pas t'emmener dehors, çà c'est sûr, mais si je peux faire quelque chose…
Il ne pouvait plus cacher ses sentiments pour elle. Peu importait qu'elle s'en rendît compte. Elle hocha lentement la tête en signe de dénégation. Puis soudain, elle le fixa intensément.
-Est-ce que tu habites avec ton père ? Demanda-t'elle à brûle- pourpoint.
Surpris, il hésita.
-Tu veux dire, ici, dans cette Cité ?
Ses beaux yeux bruns toujours accrochés aux siens, elle secoua la tête affirmativement.
-Non. Chacun de son côté, c'est beaucoup mieux comme çà. Pourquoi tu me le demandes ?
-Oh…Pour savoir. Tu ne t'entends pas bien avec lui ?
-Tu sais, on n'a jamais été très proches. Je crois que je ne l'intéresse pas.
-Et… qu'est-ce qui l'intéresse ?
-Oh…Je ne sais pas…Le combat aux côtés du Maître…Le pouvoir…La Magie Noire… Et les belles choses, les beaux objets…L'art…Les bouquins…
-Et ta mère ? Continua-t'elle sur un ton d'urgence.
-Tu veux savoir si elle s'intéresse à moi ?
-Non ! Est-ce que ton père s'intéresse à ta mère ?
-Oh…Il hésita, embarrassé et déçu. Pourquoi tu veux savoir çà ?
-Comme çà. Je me pose plein de questions sur le couple en ce moment…Dit-elle en détournant le regard et en faisant une moue désabusée qu'il trouva charmante.
-Mes parents… Ils ne s'aiment pas, je crois. Ou en tout cas, ils ne s'aiment plus. Je n'ai pas de souvenir du temps où ils s'aimaient.
Il y eut un silence.
-Tu crois que ton père…Elle rougit légèrement, le scrutant à nouveau, cherchant ses mots sans les trouver.
-Tu veux dire, s'il a une maîtresse ? Je ne sais pas. Dit Drago en haussant les épaules. C'est sa vie privée, çà ne me regarde pas. Tout ce que je souhaite, c'est qu'il ne fasse pas plein de petits bâtards au sang-mêlé avec qui il faudra ensuite partager l'héritage…
Elle le fixa un moment encore, elle avait visiblement envie de réagir ou de demander autre chose, puis elle parut renoncer, et se laissa retomber sur le lit. Drago se mit à nouveau à caresser sa joue et ses cheveux. Le regard de la jeune fille était redevenu absent. Il s'enhardit et se pencha vers elle jusqu'à toucher ses lèvres de sa propre bouche. Elle tressaillit légèrement, mais ne détourna pas la tête.
C'était donc çà ! Elle n'aimait plus Potter ! Et vu comme il était défiguré à présent, elle ne risquait plus de le trouver à son goût quand elle le reverrait.
Drago avait gagné ! Elle s'intéressait enfin à lui, au point de vouloir mieux le connaître, en savoir plus sur ses relations familiales…
Un élan de joie reconnaissante le fit frémir. Il prit la tête de la jeune fille entre ses mains et approfondit son baiser. Elle entrouvrit les lèvres et ferma ses yeux qui s'étaient remplis de larmes. L'émotion, sans doute.
Il s'allongea à ses côtés sans interrompre le baiser, caressant ses cheveux, puis il passa son autre main sous la chemise étroite dont les boutons s'ouvraient au fur et à mesure qu'il remontait vers ses seins. Elle ne se débattait pas, mais il ne la sentait guère plus réceptive que lorsqu'il recourait au sort de mollicorpus . Son visage était humide de larmes.
Eperdu de bonheur, il s'enflammait de plus en plus, et il se mit à défaire fébrilement les derniers boutons de la jeune fille avant de grimper sur elle, l'embrassant fiévreusement et glissant une main sous ses fesses pour la presser contre lui. Ils étaient faits l'un pour l'autre. Leurs corps se correspondaient merveilleusement, et la bouche de la jeune fille était un fruit pulpeux, un véritable cadeau des dieux… Rien à voir avec cette greluche de Parkinson avec qui il sortait à Poudlard.
Soudain, le bruit des verrous claqua dans le cachot comme un coup de tonnerre. Drago sentit son cœur manquer un battement. Il se redressa, mais trop tard pour pouvoir se recomposer un visage neutre.
-Drago ! Tu es ici ! Mais où as-tu la tête ?
Son père, debout à l'entrée du cachot, le dévisageait de son regard glacial. Le garçon descendit prestement du lit, le visage rouge et les vêtements en désordre. Ginny refermait mollement sa chemise tout en regardant le Mangemort avec une expression indéfinissable.
-Père !
-Suis moi ! Ordonna l'homme d'un ton sans réplique, jetant à Ginny un coup d'œil plein de mépris. Soudain, la jeune fille sauta sur ses pieds et se dirigea vers le Mangemort, le regard halluciné.
-Vous ! Cria-t'elle en pointant l'index . Attendez ! J'ai à vous parler !
Agacé, Malefoy senior leva sa baguette et fit taire Ginny d'un sort de mutisme.
La tête basse, Drago passa devant son père et, sans se retourner vers la jeune fille, ils quittèrent précipitamment le cachot.
De longues heures s'étaient écoulées, peuplées de cauchemars, de suées et de tremblements convulsifs. Sous l'effet des potions que Ken lui avait administrées, Harry avait senti sa fièvre tomber presque complètement et il avait quitté son lit. Il s'était douché puis avait enfilé le jean et le T-shirt que Ken lui avait apportés.
Maintenant qu'il avait les idées claires, il regrettait ce qu'il avait dit le matin à Lucius, la promesse qu'il avait faite plus ou moins implicitement. Il ne se souvenait même plus précisément des termes qu'il avait employés. Comment Malefoy avait-il compris ses paroles ? Il chassait tant bien que mal cette pensée désagréable. Il n'aurait qu'à jouer au naïf, une fois de plus.
D'ailleurs, cela n'était pas si grave. La pauvre Ginny devait subir des assauts mille fois plus désagréables encore. Il n'était plus un enfant et saurait se défendre contre un Malefoy trop entreprenant.
Debout devant la fenêtre ouverte, il laissait le vent jouer dans ses cheveux lavés en humant l'air pur avec délice, contemplant le paysage. Il était seul, n'ayant pas revu Lucius depuis que ce dernier l'avait quitté ce matin, sans doute pour régler le problème de Drago et Bellatrix, du moins Harry l'espérait-il.
Avant de rêvasser devant la fenêtre, il avait entrepris de fouiller la pièce dans l'espoir de trouver sa baguette ou sa cape d'invisibilité, profitant que Ken soit lui aussi sorti. Il ne voulait pas mettre le jeune esclave dans une situation ambiguë vis à vis de son maître. Harry savait que des sorts puissants pouvaient lier la parole d'un esclave, lui infligeant les pires souffrances au cas où il oserait mentir ou travestir la vérité devant son maître.
Mais Harry n'avait rien trouvé dans la commode, ni derrière les livres. Explorer le contenu du coffre ou du buffet s'était révélé tout aussi infructueux. Rien d'étonnant à cela. Lucius n'était pas stupide. Il n'allait pas laisser à la portée de Harry ces objets dangereux, en supposant que ce soit bien lui qui les détienne et non Voldemort ou Snape. Et sa chambre était bien-sûr inaccessible.
Lassé de ses recherches stériles, il s'était installé face à la vue, suivant du regard la course des nuages ou le vol des oiseaux. Depuis quand existait cette Cité à demi enterrée ? Voldemort en était-il le constructeur, ou avait-il simplement investi une cité ancienne, datant de l'époque des invasions ?
Harry en était là de ses pensées quand la Marque sur son bras se mit à brûler .
Un frisson lui parcourut l'échine. Que devait-il faire maintenant qu'il sentait l'appel de Voldemort ? Attendait-on de lui qu'il transplane auprès du « Maître » ? Il décida là aussi de faire le naïf et d'attendre tranquillement. Mais la tension devenait insupportable, et les picotements sur son bras assez désagréables. Après avoir refermé la fenêtre, il se mit à faire les cent pas dans l'élégant séjour, guettant les bruits qui parvenaient amortis du couloir.
Lucius entra enfin dans la pièce. Il semblait pressé et se planta devant Harry.
-As tu senti quelque chose ?
-Oui. La Marque. Elle me…
-Bien. C'est le signe que tout fonctionne normalement .
Harry se demanda où était la normalité dans tout cela. Sa situation, en général et en particulier, était en fin de compte tout sauf normale. Enervé, il s'écria avant que l'homme puisse continuer :
-Avant tout, dites moi si Ginny est enfin en sécurité !
Malefoy eut un geste d'impatience.
-Mais bien sûr ! C'est la première chose dont je me suis occupé ce matin. Maintenant, écoute ! Le Maître veut te parler. Il nous attend dans ses appartements. C'est un immense honneur qu'il te fait, Harry.
-Ah oui ? Susurra le garçon avec un demi-sourire narquois.
Contrairement à l'habitude, Malefoy s'énerva.
-Ce n'est pas le moment de faire de l'ironie. Il faut que tu fasses bonne impression et que tu montres de l'humilité, du respect. En es-tu capable ?
-A priori non, mais je le ferai pour vous faire plaisir ! répondit Harry sans quitter son sourire en coin.
Impeccable ! Malefoy ne pourrait pas dire qu'il refusait d'offrir le meilleur de lui-même !
L'expression de Lucius passait de l'amusement à l'agacement.
-Ce n'est pas un jeu, Harry. Je t'ai remis sur pieds la nuit dernière, je n'ai aucune envie de recommencer la nuit prochaine à recoller les morceaux. Le Maître n'est pas de nature patiente et déteste les petits insolents.
-Je le redis, je suis à votre disposition ! Emmenez moi où vous voulez, je serai sage comme un agneau. Dit Harry d'un air sérieux. Que vous faut-il de plus ?
Malefoy ne put retenir un sourire et Harry effrayé crut qu'il allait lui sauter au cou et l'embrasser. Mais l'homme se contenta de poser la paume de sa main sur son front.
-Tu n'as plus de fièvre ?… Hmmm. Ce n'est pas encore parfait. Mais on va s'en satisfaire. Allons-y.
…………………………………………………………………………….
Le Mage Noir était debout au milieu de son salon quand Harry et Malefoy atterrirent devant lui. Lucius avait pris le bras de Harry avant de transplaner.
Légèrement étourdi, le garçon jeta un rapide coup d'œil autour de lui, impressionné par les vitrines pleines d'objets d'art et les meubles chargés de dorures. Harry n'avait pas imaginé que Voldemort pût aimer à ce point le luxe et le confort. Toutes ces richesses étaient-elles le fruit de pillages ? Ou la magie entrait-elle pour une part dans cette accumulation ?
Nagini n'était pas là et Harry en fut soulagé. Il n'avait aucune envie d'entamer une conversation avec le serpent. Il avait bien assez à faire avec son maître.
Comme Voldemort les invitait à s'asseoir, ils prirent place dans des fauteuils de cuir, devant une cheminée illuminée d'un grand feu. Le Mage Noir observait Harry avec contentement. Il lui proposa un verre de champagne, apparemment sa boisson préférée, et Harry accepta de peur de le contrarier dès le début de l'entretien.
-Je constate que tu ne portes heureusement aucune séquelle de ta mésaventure…J'avais craint que tu ne sois plus gravement atteint, d'après ce qu'on m'avait rapporté. Fit remarquer Voldemort en le sondant de son regard rouge.
Harry lança à Lucius un muet appel au secours. Mais l'homme paraissait indécis et ne dit rien pour lui venir en aide.
-Oh, vous voulez parler de…j'ai été…bien soigné. Bredouilla maladroitement Harry. Il devina plus qu'il ne vit le sourire en coin de Lucius réagissant à ses paroles.
-Dis moi maintenant qui t'avait mis dans cet état. J'avais interdit à quiconque de toucher à un seul de tes cheveux.
-Oh, tout est de ma faute. Je me suis comporté stupidement. Je préfère qu'on n'en parle plus. Dit le garçon avec fermeté, regardant franchement Voldemort.
-Toujours cette loyauté si typique d'un gryffondor ! S'amusa le Mage Noir en adressant un clin d'œil peu discret à Lucius. Bon, puisque tu y tiens, je n'évoquerai plus cet épisode fâcheux. Sais-tu pourquoi je t'ai fait venir ?
-Non monsieur.
-Comme Lucius a dû t'en parler, nous allons très prochainement lancer une expédition à laquelle j'aimerais que tu prennes part.
-Je ne crois pas avoir trouvé l'occasion d'en parler avec lui, Maître ! Risqua Lucius avec une pointe d'inquiétude dans la voix, tandis que Harry sentait son estomac se contracter dangeureusement.
Voldemort parut contrarié.
-Ah bon ? Dommage. Eh bien, je vais donc devoir tout expliquer. Il but une gorgée de champagne et invita Harry à en faire autant. Connais-tu un certain Julius Longneck, mon cher Harry ?
-Non monsieur.
-Même pas entendu parler ? Non ? Et bien, pour résumer, disons que cet homme est un magnat de l'industrie alimentaire magique. Il détient le monopole d'un grand nombre de produits, comme par exemple la fameuse bierraubeurre tant appréciée des collégiens. Tu me suis ?
Harry fit signe que oui, sans comprendre où le Mage Noir voulait en venir.
-Or cet homme , bien que déjà richissime, n'a de cesse que d'éliminer tous ses concurrents. Il est l'ami de gens haut placés au ministère et à coup de pots de vin et de manœuvres d'intimidation, il obtient tous les marchés. Pour te donner un exemple, avec le soutien d'une dame nommée Dolorès Ombrage qu'il a fait nommer au ministère, et d'une journaliste connue du nom de Rita Skeeter, il a cassé la réputation d'un concurrent sur un marché de biscuits. Il l'a si bien mené à la faillite que la victime de cette cabale en a été réduite au suicide. Qu'en penses-tu, Harry ?
-C'est…c'est un procédé malhonnête. Dit platement le garçon qui ne voyait toujours pas où l'entrainait Voldemort, mais qui se sentait un peu plus concerné depuis que l'homme avait cité les noms abhorrés d'Ombrage et de Skeeter. Il croyait volontiers que l'action conjuguée de ces deux dames pût amener le plus confiant des hommes à se jeter à lui-même un avada kadavra.
-N'est-ce pas ? Nous avons donc l'intention de mener une opération contre ce brigand. A vrai dire, nous avons besoin de renflouer nos réserves alimentaires. Tu sais, en tant qu'opposants au régime, nous avons tous été dépossédés de nos biens. Nos comptes bancaires sont bloqués… et comme il faut bien vivre, nous préférons aller nous servir chez un nabab corrompu que chez d'honnêtes producteurs ou commerçants… De plus, figure-toi que cet homme a été des nôtres à une certaine époque, car il hait tout ce qui n'est pas de sang pur, mais qu'il nous a lâchement trahis il y a quelques années pour de l'argent et là encore, pour obtenir l'exploitation exclusive de la licence de la Bierraubeurre.
Voldemort marqua une pause. Lucius buvait en tapotant nerveusement du bout des doigts sur sa cuisse.
-Qu'attendez vous de moi ? Interrogea prudemment Harry.
-Tu seras de cette expédition Harry. C'est une occasion pour toi de prouver ton dévouement à notre cause et d'apprendre à te faire respecter des Mangemorts.
Harry se sentit pâlir. Il regarda Lucius, mais l'homme paraissait aussi mal à l'aise que lui.
-Mais comment…Je n'ai pas de baguette…
-Nous allons t'en donner une pour l'occasion. Et tu pourras ainsi montrer à tous que tu es fidèle à ton engagement.
Interloqué, Harry ne savait que dire. Voldemort continua.
-Pour préparer cette sortie, Harry, tu auras droit d'ici là à deux ou trois séances d'entraînement au duel avec Lucius et Severus. Tu as besoin de reprendre contact avec tes pouvoirs magiques. As-tu des questions à poser ?
-Oui. Quel sera mon rôle dans cette expédition ?
Voldemort éclata de son rire grinçant.
-Oh, pas grand chose, rassure toi. Je ne te demanderai pas de dévaliser les stocks de Longneck ou de les capturer, lui et ses gardes du corps. Non. Ta mission sera celle d'un jeune initié. Il te suffira de surveiller les prisonniers ou de faire le guet. Ce sont des rôles indispensables, que tout Mangemort doit avoir joué en début de carrière. Es-tu satisfait ?
Harry inclina légèrement la tête. Voldemort frotta ses longues mains l'une contre l'autre.
-Dans ce cas…Tout est dit. Je n'en attendais pas moins de toi.
L'air satisfait, Voldemort se leva et fit quelques pas. Comme Harry et Lucius faisaient mine de quitter leurs sièges à leur tour pour prendre congé, il leur fit signe de rester assis.
-Mais prenez donc le temps de vider vos verres tranquillement, mes enfants, avant de me laisser à mes réflexions.
Tandis que Harry buvait son champagne le plus vite possible en essayant de ne pas s'étrangler, il laissait son regard errer sur les élégantes vitrines qui ornaient la pièce.
Soudain, il aperçut dans l'une d'elles un objet qui retint immédiatement son attention. Dans un réflexe, il ferma son esprit. Il ne fallait surtout pas que le Maître capte ses pensées. Car ce qu'il croyait avoir identifié avait une valeur inestimable et en aucun cas Voldemort ne devait soupçonner que Harry en connaissait l'existence et le prix.
Alors une petite review… pour me donner envie de continuer et de répondre à vos attentes ?
