Bonjour et une très bonne année à tous!! Je remercie avec chaleur ceux qui ont laissé une review. Il y a un mot pour vous en fin de chapitre, du moins pour ceux à qui je ne peux répondre directement par l'intermédiaire du site.
J'ai enfin pu corriger le chapitre précédent, dans lequel une phrase était effectivement tronquée (c'était pour tester votre vigilance, héhé…Meuh non, je plaisante !). Désolée, je n'avais pas d'ordi à disposition la semaine passée .A défaut, j'ai eu de la neige… Pour me faire pardonner, et comme je ne me suis pas cassé le poignet, je poste un chapitre très long…J'espère qu'il n'est pas trop soporifique.
Comme certains ont voulu en savoir plus sur la référence que je faisais à Thomas Mann et Card, je précise un peu.( Ceux que ça ennuie peuvent sauter le paragraphe). Dans « La montagne magique » ( livre passionnant mais quelque peu indigeste -je vous recommande d'autres romans de Mann pour commencer si vous ne connaissez pas, comme par exemple « Tonio Kröger », « Les Buddenbrok » ou « La mort à Venise »), le héros tombe amoureux d'une femme qui a les pommettes hautes et les yeux obliques, et qui lui rappelle un camarade d'école dont il s'était épris dans son enfance et qui avait les mêmes traits un peu slaves. Voilà, j'ai pensé à eux en imaginant Ludmila.
Pour ce qui est d'Orson Scott Card, je fais allusion, toujours en ce qui concerne Ludmila, aux « flammes de vie » que sait voir à distance la prophétesse Peggy/Margaret, dans « Les chroniques d'Alvin le faiseur », bouquin que j'adore et que je vous recommande vivement.
Voilà… Bon, la suite maintenant, et que ça saute ! N'oubliez pas de laisser une review (oh non, désolée, je n'ai rien dit, vous avez mal lu… ! )
CHAPITRE QUINZE
REGLEMENT DE COMPTE ET BOULEVERSEMENTS
-Comment qualifierais-tu ton comportement de cette nuit, Harry ?
L'homme se tenait debout devant lui, calme en apparence, mais sa colère était palpable. Sans échanger un mot, ils avaient rapidement rejoint l'appartement de Lucius après que Voldemort, qui les avait tous accueillis à leur retour dans la grande salle, eût désiré ne garder que Severus et Bella à ses côtés pour entendre leur rapport, tandis que d'autres Mangemorts se chargeaient de mettre Longneck en lieu sûr.
En entendant la question de Malefoy, Harry se raidit.
-Je n'ai rien à vous dire.
Lucius fit un effort visible pour se maîtriser.
-Es-tu conscient de ce qui se serait produit si je n'avais pas été là pour intervenir et effacer les traces de tes stupides agissements ?
-Les choses se seraient déroulées autrement, c'est sûr ! Je serais peut-être libre à l'heure actuelle.
-Ah oui ? Et ta petite amie ? Cracha Lucius avec hargne.
Harry hésita. Il savait qu'il ne servait à rien de discuter avec l'homme. Pourtant, il ne pouvait plus se contenter de subir et de se taire.
-Je ne vous reconnais pas le droit de me dicter ce que j'ai à faire ! Dit-il avec froideur. Vous pensez sincèrement que j'allais laisser un des vôtres torturer un gamin sans intervenir ?
-Tu n'avais pas à quitter ton poste !
L'envie de rire envahit le garçon mais il se retint.
-Sur ce plan là… L'obéissance aveugle n'est pas mon fort, c'est vrai.
-Il ne s'agit pas de ça. Tu le sais très bien !
-Et vous, vous ne m'avez pas répondu quand j'ai voulu en savoir plus sur le sort réservé aux aurors ! S'énerva Harry. Certains d'entre eux sont mes amis ! Quant à votre Longneck, je ne le connais ni d'Eve, ni d'Adam. Pourquoi devrais-je lui en vouloir au point d'aller l'agresser chez lui ? Il y a des manières plus honnêtes et aussi efficaces de faire cesser les abus commis par quelqu'un, il me semble !
Le Mangemort marcha vers lui. Ils se trouvaient dans le salon encombré de meubles, et l'espace était réduit. Harry ne bougea pas.
-Tu dois choisir ton camp, Harry. Cette Marque que tu portes signifie quelque chose, tu l'oublies trop facilement. Avant tout, elle est symbole de solidarité avec tes confrères Mangemorts. Or tu as trouvé bon de t'attaquer à eux ce soir, et de mettre en péril la mission que le Maître nous avait confiée.
-Vous savez très bien ce que je pense de cette mission. Répondit Harry d'un ton amer. Sous prétexte de s'en prendre à un gros richard corrompu, il ne s'agissait en fait que de brigandage et de crime.
Excédé, Lucius sortit sa baguette.
-Tu n'es qu'un petit insolent, un ingrat qui ne mérite pas l'attention qu'on lui porte. Je commence à comprendre ce que Severus se tue à me répéter. Le Maître se fourvoie en plaçant son espoir en toi.
Mâchoires serrées, le garçon soutenait le regard ardent de Lucius. Il en avait assez. Il se sentait épuisé, démoralisé, et voilà que cet homme qui avait passé la soirée à l'espionner -caché sous une cape qu'il lui avait volée- venait maintenant lui faire la morale.
-Pensez de moi ce que vous voulez. Défoulez vous en m'envoyant un doloris si ça peut vous calmer. Ca m'est parfaitement égal. Je ne supporte plus ce chantage permanent.
Après une hésitation, Lucius rangea sa baguette, saisit dans un élan les deux bras que Harry avait croisés en une attitude de défi, et attira le garçon vers lui. Harry essaya de résister, mais l'homme était plus fort et, déséquilibré, le garçon se trouva soudain à deux centimètres du Mangemort.
-Pourquoi ne veux-tu pas comprendre ? Dit Lucius plus doucement avec une sorte d'urgence dans la voix. Je ne désire que ton bien. Je sais que cette fille est importante pour toi. Alors pourquoi agis-tu ainsi ?
Harry sentait son souffle brûlant sur son visage.
-Si vous vouliez mon bien, vous nous auriez déjà permis de nous enfuir, Ginny et moi ! Répliqua-t'il du tac au tac.
-Idiot ! Murmura Lucius d'un ton soudain affectueux en passant une main derrière la tête de Harry. Ce dernier se figea. L'homme le poussait vers le mur. Harry se débattit. Non, ce soir, il n'en pouvait plus, et il ne comprenait absolument rien à ce que voulait le Mangemort. Cet état de soumission lui était devenu intolérable.
-Ecoute moi ! Continua Lucius, le souffle court. Tu m'as toi même demandé d'organiser une nouvelle entrevue entre toi et la petite Weasley. Je me suis engagé à le faire, de même que j'ai fait en sorte que ni mon fils, ni Lestrange ne puissent plus la voir. Mais toi, es-tu bien sûr de tenir tes engagements ? Ce soir, tu as bien failli provoquer une catastrophe, et maintenant, tu me pousses à bout !
Harry cessa de gesticuler. S'il y avait bien une chose qu'il détestait, c'était qu'on lui reproche de ne pas être fidèle à sa parole. Une rougeur indésirable envahit ses joues. Si au moins il avait pu cacher son trouble ! Il comprenait brusquement que le moment était venu de lâcher du lest. S'il s'opposait encore à Lucius, il mettait Ginny en péril, et avec elle, l'avenir de sa mission.
L'homme, voyant que Harry avait renoncé à lutter, lui saisit à nouveau la nuque, glissant ses doigts dans ses cheveux.
-Tu me hais, n'est-ce pas ? Murmura-t'il, plongeant son regard dans celui du garçon.
-Je…Non…
-Je te dégoûte.
Harry chercha quelque chose à répondre, mais ne trouva rien. Sur ce point, il ne pouvait contredire Lucius. Jamais il n'avait su mentir. L'homme le lâcha et s'éloigna, lui tournant le dos, les épaules légèrement voûtées.
-Très bien. Je vais aller faire dès maintenant mon rapport au Maître. Marmonna- t-il d'une voix éteinte.
Soudain paniqué à l'idée que s'il ne disait pas tout de suite quelque chose, la situation risquait de basculer définitivement au détriment de Ginny, Harry chercha désespérément une porte de sortie.
-Attendez ! Vous devez comprendre… Je suis conscient de tout ce que vous avez fait pour cacher ce que je…j'ai...Tenta-t'il maladroitement.
Malefoy lui fit à nouveau face. Son expression était fermée.
-Je ne veux pas de ta contrition, Harry. Tu ne t'en sortiras plus de cette manière.
La voix était dure, froide.
-Qu'attendez vous de moi ? Interrogea le garçon avec lassitude.
Lucius resta silencieux, tout en sortant sa baguette. Un sourire indéfinissable étirait ses lèvres. Il ne quittait pas Harry du regard, et lentement, il approcha. Crispé, le garçon se contraignit à ne pas bouger. L'homme finit par dire doucement:
-Ne sais-tu pas ce que j'attends de toi? Tu as promis de faire tout ce que je voudrais...A ton avis, qu'est-ce qui pourrait suffire à me faire oublier tes écarts de conduite de ce soir?
Harry sentit à nouveau la moutarde lui monter au nez.
-Je n'en sais rien. Et je crois que vous vous trompez radicalement sur mon compte.
Le sourire de Lucius disparut. Il agita sa baguette. Harry sentit ses jambes fondre soudain sous lui. Plus aucun de ses muscles ne répondait, et il s'effondra sur le plancher comme un pantin désarticulé.
Le sommeil fuyait Hermione. Elle guettait les bruits de la maison, se tournant et se retournant dans son lit.
Tonks n'était pas encore rentrée. Remus devait veiller, fou d'inquiétude.
Pour se distraire, la jeune fille pensait au programme du lendemain. Elle devait se lancer dans la traduction du « petit livre noir » (NDA : les runes, c'est du chinois, non ?). Remus avait promis qu'il irait avec Mondingus sur le Chemin de Traverse, du côté de l'Allée des embrumes, chez l'antiquaire-recéleur à qui le vieil ivrogne avait vendu le médaillon. Il fallait espérer que personne ne s'y était intéressé depuis… Le loup-garou devait ensuite se rendre au Ministère pour rencontrer un expert en Magie Noire. Il voulait s'en occuper avant la pleine lune, qu'on attendait pour le surlendemain.
N'y tenant plus, Hermione se leva dans l'idée d'aller aux toilettes. Pieds nus, elle ouvrit sa porte et fit quelques pas dans le couloir. Elle avançait silencieusement, pâle silhouette en chemise de nuit blanche, quand elle sursauta violemment en retenant un cri. Deux mains venaient d'agripper ses bras par derrière. Elle n'avait même pas pris sa baguette ! Elle se retourna vivement.
-Espèce d'idiot ! Lança-t'elle soulagée en reconnaissant Ron dans l'obscurité.
-Tu ne m'as pas vu ! Dit-il à mi-voix, hilare. Je venais de sortir de la chambre et j'étais là contre le mur quand tu es passée comme une somnambule.
-Qu'est-ce que tu fais debout ?
-Je n'arrive pas à dormir.
-Moi non plus. Si on descendait boire cette fameuse tisane de verveine ?
-Bonne idée ! Dit-il en lui prenant la main.
Ils trouvèrent Remus entrain de lire dans la cuisine. Il ne fut guère surpris de les voir entrer.
-J'ai promis à vos parents que vous passeriez des nuits d'au moins huit heures, les jeunes. Qu'est-ce que vous faites debout ?
-Impossible de fermer l'œil avec les ronflements des jumeaux. Expliqua Ron en ouvrant les mains dans un geste d'impuissance.
-Pour une fois que c'est toi qui souffres des ronflements des autres ! Glissa sournoisement son amie.
-Vous ne savez pas jeter un sort de silence ? Grave lacune ! Il faut que je vous apprenne...
-Si si, on sait. Mais c'est parce qu'on veut entendre les bruits de la maison ! Se justifia Ron, gêné.
Ils firent une tisane et la sirotèrent tranquillement, baillant à tour de rôle et échangeant quelques rares mono-syllabes. Leurs pensées étaient toutes tournées dans la même direction. Quant à Remus, il semblait plutôt content d'avoir de la compagnie, même peu bavarde.
Soudain, ils entendirent la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer. Ils se levèrent tous trois brutalement et remontèrent en courant vers le hall.
Tonks se tenait devant eux, haletante, les cheveux jaune vif.
-Je l'ai vu ! S'écria-t'elle en se jetant sur Remus. J'ai vu Harry !!
Lucius l'avait fait léviter jusqu'au canapé et s'était assis à côté de lui. Attentionné, il avait placé la tête de Harry sur un coussin. Seuls les muscles oculaires répondaient à la sollicitation du garçon. Il pouvait orienter son regard, mais il lui semblait que le reste de son corps ne lui appartenait plus. Sa bouche était entrouverte, et il était incapable de la refermer. "Je dois avoir l'air intelligent!" pensa-t'il, résigné. La situation était si lamentable qu'il valait mieux en rire.
-Vois-tu, Harry, tu as quelque peu tendance à oublier qui commande ici...Dit Lucius d'un ton à la fois doucereux et menaçant. Ce soir, tu m'as mis dans une situation telle que j'ai bien failli être obligé de transgresser les ordres du Maître en tuant cette petite auror, ton amie, parce qu'elle t'avait reconnu. Ce genre de choses ne doit en aucun cas se reproduire.
Une main posée sur l'épaule de Harry tandis qu'il gardait sa baguette dans l'autre, il taquinait du pouce la base du cou du jeune homme. Ce geste tendre semblait en contradiction avec ses propos.
-Comme tu peux le constater, je peux faire de toi ce que je veux. Continua-t'il ironiquement. Et j'ai bien envie d'en profiter…
La main remonta jusqu'au visage de Harry, caressa longuement la joue, le front, les lèvres.
-Tu vas me reprocher de ne pas t'avoir enseigné ce sort… qui permet de soumettre un adversaire sans le transformer en bâton de chaise. C'est vrai qu'il a bien des avantages…Mais j'avoue que je te préfère plus actif...Plus réactif...
L'homme ne jugea cependant pas le moment venu de libérer le garçon et laissa sa main redescendre paresseusement pour se glisser sous le T-shirt.
Jamais Harry n'avait connu situation aussi humiliante. Bizarrement, son corps n'était nullement insensibilisé et il ressentait tout presque plus vivement que dans son état normal. Il aurait mille fois préféré une dose intensive de doloris à ce supplice d'un nouveau genre, ces caresses insidieuses qui se faisaient de plus en plus précises sans qu'il pût rien faire pour y mettre fin. Même froncer les sourcils pour exprimer sa colère lui était impossible.
-Non, décidément, ce sort ne me convient pas...Dit finalement Lucius avec une moue, en levant le sortilège d'un mouvement de baguette.
Aussitôt, Harry libéré se redressa et tenta de se lever. Lucius le retint, serrant son bras dans une main de fer.
-Eh là! Pas si vite!
-Laissez moi! Rugit Harry, rouge comme une pivoine, bouillant de fureur.
-Ne m'oblige pas à recommencer! Menaça l'homme en le maintenant de force assis à ses côtés. Je n'ai pas fini. Tu veux voir ton amie, et tu penses que cela sera possible si je raconte la vérité au Maître?
Tremblant de colère, Harry chercha les mots qui exprimeraient le mieux son indignation. Il n'en eut pas le temps. L'homme se jeta sur lui et embrassa sa bouche avec une effarante voracité. Le garçon se débattit tout en se demandant dans un éclair de lucidité s'il ne devrait pas profiter de l'état de Lucius pour s'emparer de sa baguette. Mais le dégoût prit le dessus et il repoussa violemment le Mangemort, échappant à sa prise, haletant. Il ne se gêna pas pour s'essuyer ensuite ostensiblement les lèvres du revers de la main.
-Sais-tu ce qui vous attend, toi et ta petite amie, si je révèle au Maître ce que tu as fait ? Insista Lucius, revenant à la charge en lui soufflant au visage.
Harry hésita. Il fallait radoucir Lucius, sinon les choses risquaient de mal tourner.
-De toute façon, dit-il en regardant l'homme avec franchise, vous m'avez dit vous même que Voldemort est un excellent legilimens. Il saura tout, quoique vous lui disiez.
-Tu te trompes. Sans me vanter, je peux dire que je suis un excellent occlumens. Il ne verra que ce que je choisirai de lui montrer.
Harry baissa les yeux.
-Je ne suis pas capable de vous donner ce que vous attendez. Dit-il à mi-voix.
L'homme lui sourit avec une expression attendrie. Etrangement, il semblait plutôt satisfait. Il posa un bras protecteur sur les épaules du jeune homme.
-Mais si, voyons...Ne t'inquiète pas. J'en attends beaucoup plus de ta part, mais c'est un bon début. Je te promets de rester le plus évasif possible dans mon compte rendu. Maintenant, va te coucher. Tu es épuisé.
-Oh là, les gars, vous en faites une de ces têtes !!
Millicent Bulstrode, au lieu de dormir bien tranquillement sur ses deux oreilles, avait stoïquement attendu les héros de la soirée en buvant bière sur bière. Trouvant le temps long, elle essayait (en vain) de mettre en application sur elle-même un sort d'amincissement dont elle avait découvert la formule dans :"Magijolie: Sachez rester jeune et séduisante en dix leçons", ouvrage écrit par Eve Antaï (célèbre magisthéticienne, partenaire de Gilderoy Lockart) et charitablement prêté par Pansy Parkinson. Quand elle avait vu arriver ses quatre compagnons de chambrée, elle s'était précipitée à leur rencontre, mais leur mine sombre avait douché son enthousiasme. Comme Drago, le visage crispé, se dirigeait droit vers sa chambre, elle le retint par le bras.
-Dis, tu vas pas aller te coucher sans m'avoir raconté?
-Qu'est-ce que tu veux savoir? Demanda Malefoy, excédé.
-Ben...Tout ! C'était votre première expédition, non ? Et il y avait Potter, en plus !
Drago ne disant rien, Flint eut un ricanement et alla se servir un verre avant de se laisser tomber sur le canapé.
-Comme première expé, c'était plutôt...décevant. Expliqua-t'il lui même à la forte fille. Trop soft, si tu vois ce que je veux dire. On n'avait ni le droit de torturer, ni de tuer ...Interdiction de faire des prisonniers. Pas moyen de s'amuser un peu !
-Mais çà, vous le saviez avant, non ? C'était pour ménager Potter, histoire qu'il ne fasse pas un esclandre !
-Ouais...Mais entre le savoir d'avance et le vivre réellement, il y a une différence.
-En plus, on a...Commença Nott.
-Ta gueule! L'interrompit Drago avec brusquerie.
-Quoi ? Vous avez quoi? Insista Millicent, très intéressée.
-Rien. Ecoute, Milli, on est tous lessivés. Si tu permets, on va aller au pieu. On en parlera plus tard.
La fille eut une moue déçue mais se tut, restant plantée là les bras ballants. Drago gagna sa chambre, ainsi que Nott et Mc Nair. Seul Marcus paressait dans son canapé, finissant de vider son verre.
-Tu veux savoir ce qui le rend si furax? Demanda-t' il tout bas avec un sourire narquois quand les trois autres eurent refermé leurs portes.
Elle approuva de la tête. Il lui fit signe de venir le rejoindre sur le canapé et passa un bras sur les épaules massives de la jeune fille..
-Il voulait régler son compte à Potter, mais il a raté son coup.
-Nooon! Chuchota-t'elle en écarquillant ses petits yeux.
-Surtout, ne lui en parle pas. Ca doit rester secret. Le Maître ne doit pas l'apprendre.
-Quel imbécile, ce Drago! Mais qu'est-ce qu'il a donc encore contre Potter? Il a rejoint notre camp, non ?
Flint haussa les épaules en buvant la dernière goutte."Ca, permets moi d'en douter ! Glissa-t'il en faisant tourner son verre vide entre ses doigts. Drago, ce qu'il a contre Potter…De la jalousie, c'est tout. Il ne peut pas admettre que Potter soit meilleur que lui."
-Tu le penses vraiment, toi, qu'il est meilleur?
-En tout cas, je peux te dire qu'il sait se défendre quand il a une baguette en main ! Pour le reste, j'en sais rien.
-Vous vous y êtes encore mis à quatre pour le démolir? Quel courage !
Marcus fit une grimace en se levant.
-Même à quatre, on faisait pas le poids. Il faudra réfléchir à une méthode plus...radicale, et qui nous mette moins en danger. Si Potter parle, on est cuits!
Le petit-déjeuner se passait dans le silence. Le temps était pluvieux et une lumière terne tombait de la fenêtre sur la table chargée de victuailles. Lucius regardait discrètement un Harry plutôt sombre qui ne desserrait les dents que pour mordre dans ses toasts. Le garçon venait de sortir de la douche, ses cheveux encore humides dressés sur son front dans un beau désordre. Il portait cette chemise à manche courte beige qui lui allait si bien, et son éternel jean usé jusqu'à la corde.
Le Mangemort admirait les mains du jeune homme, brunes, fines et bien proportionnées comme tout le reste de sa personne. Il essaya une fois de plus d'engager la conversation.
-Tu te sens reposé, Harry ?
Le garçon se laissa aller contre le dossier de sa chaise et le regarda directement pour la première fois de la matinée. Comme chaque fois, Lucius se sentit troublé par ces yeux qui semblaient capter toute la lumière du jour.
-Non. Mais peu importe. Je voudrais voir Ginny dès que possible.
Son visage mince était résolu, et son regard soutenait maintenant celui de Lucius.
-Je crains que ça ne soit pas possible dans l'immédiat, Harry. Je t'ai expliqué que j'ai un rapport à faire au Maître. Si tout se passe bien, s'il n'est pas trop contrarié par ce que je vais lui dire, j'évoquerai avec lui ce rendez-vous que tu demandes. Je pense qu'il ne s'y opposera pas.
L'expression de Harry s'était renfrognée à l'évocation du rapport. Lucius retint difficilement un sourire.
-Alors, que vais-je lui raconter ?
-Ce que vous voulez…A propos, vous pouvez lui dire que votre fils, Nott, Flint et McNair junior ont essayé de me tuer.
Lucius se demanda s'il avait bien entendu.
-Quoi ? Qu'est-ce que tu me chantes ?
-La stricte vérité. Avant que vous redescendiez avec Longneck, ils se sont précipités sur moi et m'ont attaqué tous les quatre. J'étais contre le mur, près du portail. Et comme j'étais dans l'enceinte du domaine, il m'était impossible de transplaner pour leur échapper!
Bon sang ! Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire de fous ! Et il était évident que le gamin n'inventait rien. Lucius se leva et fit trois pas avant de se retourner vers Harry.
-Ca se serait passé pendant que je donnais un coup de main à Bellatrix ? Elle n'arrivait soi-disant pas à se débarrasser de deux aurors plutôt coriaces... Elle a envoyé Théodore me chercher quand j'en ai eu fini avec mes sorts d'oubliette...Mais pourquoi ne m'en as-tu pas parlé plus tôt ?
Harry haussa les épaules.
-On ne peut pas dire que vous étiez très disponible, hier soir…
-Désires-tu que nous en parlions au Maître ?
-Non ! Bien sûr que non ! Répondit laconiquement le garçon, l'air absent. Il regardait le ciel par la fenêtre.
Lucius revint vers lui et, par derrière, posa les deux mains sur ses épaules. Harry se raidit, mais ne chercha pas à le repousser.
-A ta guise. Murmura Malefoy, jouant avec le col de la chemise. Il leva une main mais au moment où il s'apprêtait à caresser les cheveux du garçon, il sentit sa Marque le brûler légèrement. Harry avait tressailli.
-« Il » m'appelle. Fit Lucius. Je dois y aller.
-On dirait qu'il m'appelle moi aussi… Maugréa Harry en se frottant le bras avec une grimace.
-Viens vite. Il ne faut pas le faire attendre.
…………………………...
Comme la première fois, Harry prit pied dans le salon de Voldemort aux côtés de Lucius qui avait saisi son bras le temps de transplaner. Apparemment, on ne pouvait pénétrer dans les quartiers du mage Noir que par ce moyen. Il fallait donc que la Marque soit activée. Harry songea avec un serrement de cœur que sans sa baguette et sans avoir été convoqué par le Maître, il aurait bien du mal à s'introduire dans ces lieux pour accomplir sa mission…
Voldemort se tenait devant eux, souriant. Un feu crépitait dans la grande cheminée. Harry réalisa qu'il n'y avait pas de fenêtre dans cette pièce, sans doute par mesure de sécurité. Rapidement, il s'assura d'un coup d'œil que le coffret qu'il avait repéré dans la vitrine deux jours avant était toujours à sa place.
-Asseyez vous, mes amis. Proposa aimablement Voldemort.
Il y eut un bruit d'étoffe froissée et Harry s'aperçut qu'il y avait une quatrième personne dans la pièce. La femme de la veille, la devineresse roumaine, avançait dans la lumière et s'asseyait dans un fauteuil, le sourire aux lèvres.
-Alors, Lucius, raconte moi comment s'est passée cette expédition, de ton point de vue. Je tiens à préciser que je suis très satisfait du déroulement des opérations. Longneck est en lieu sûr et nos stocks se sont considérablement renfloués. Il n'y a pas eu de morts gratuites. Les quelques personnes qui sont décédées ont été victimes d'accidents. L'incendie n'a pas été allumé par les nôtres. On ne peut nous reprocher aucun acte de violence inutile.
Ayant assisté à l'assassinat d'un homme devant les hangars, et sachant pertinemment que d'autres actes de ce type avaient été commis, Harry avait la pénible impression que ce discours lénifiant et fallacieux lui était destiné. Lucius s'éclaircit la gorge et commença, après avoir jeté un coup d'œil à Harry.
-Tout s'est déroulé comme prévu, Maître. Les nôtres se sont conduits avec efficacité et modération. Longneck a résisté, il avait prévenu les aurors par cheminée dès notre arrivée, mais par bonheur, nous n'avons eu aucun mal à en venir à bout. A vrai dire, ils étaient peu nombreux, et les neutraliser a été un jeu d'enfant.
-Cela confirme ce que Severus et Bella m'ont rapporté. Et toi, Harry, comment as-tu vécu cette première expédition ?
Le garçon sentit ses entrailles se nouer. Sa cicatrice picotait depuis son entrée dans les appartements du Mage noir, et il sentait la douleur augmenter. Il devait absolument bloquer son esprit, ou au pire, le brouiller.
-Je…Je pense avoir fait ce que vous attendiez de moi.
-Tu as donné l'alerte. Par contre, j'ai appris par O'Connor que tu avais quitté ton poste ?
Les yeux rouges de Voldemort le fixaient, mais ne paraissaient pas menaçants. O'Connor devait être le Mangemort auquel Harry s'était adressé dans l'escalier. Le garçon choisit de dire une part de la vérité.
-Quand l'incendie a commencé dans les entrepôts, j'ai pensé qu'il fallait prévenir Mr Malefoy. Je suis parti à sa recherche, car aucun des signaux que j'avais appris ne correspondait à ce cas de figure.
-Flint était-il resté près du portail ?
Pris au piège, Harry baissa les yeux. Il n'était pas question de charger Flint, tout odieux qu'il fût.
-Tu vois, Ludmila. Tu as là un exemple du comportement de Potter. Jamais il n'accusera quiconque. Même si le coupable est son pire ennemi.
A l'évidence, le Mage Noir en savait beaucoup plus sur le déroulement de l'expédition qu'il le laissait deviner. Harry sentait la sueur perler en grosses gouttes sur son front.
- Tu as donc laissé l'entrée du domaine sans surveillance. As-tu trouvé Lucius ? Reprit Voldemort, très calme.
-Euh… Non. Aussi suis-je redescendu au portail aussi vite que possible.
Voldemort se leva et fit quelques pas. Il s'arrêta devant une vitrine et, contemplant rêveusement son contenu, il dit sans se tourner vers eux :
-Je sais que vous ne me dites pas tout, ni l'un ni l'autre. Peu importe. L'essentiel est que vous soyez revenus vivants et que la mission soit accomplie. Sa voix se fit soudain plus dure. « Plus jamais, Harry, tu ne dois quitter un poste auquel tu as été affecté. M'as-tu bien compris ? » Dit-il en revenant vivement vers le garçon.
-Oui.
-Oui, Maître.
Harry hésita. Puis il répéta très bas : « Oui, Maître »
Apparemment satisfait, Voldemort revint s'asseoir.
-Que puis-je vous proposer à boire à cette heure matinale ? Du thé ?
Comme ils acquiesçaient, le Mage Noir fit apparaître d'un mouvement de baguette un plateau chargé de tasses et d'une théière.
-Vous êtes arrivée ici dans la journée d'hier, n'est-ce pas ? Demanda aimablement Lucius à Ludmila. Elle lui sourit.
-Oui, hier matin. J'ai découvert cette Cité avec étonnement. C'est un chef d'œuvre d'architecture souterraine !
-N'est-ce pas ? Approuva Jedusor, visiblement content de lui.
Harry se taisait pendant que les autres échangeaient des mondanités. Il regardait la femme à la dérobée. Elle portait une robe près du corps, dont le décolleté révélait des formes généreuses. Il songea que ses yeux étaient à la fois doux et malicieux, et que son agréable personne n'était pas à sa place dans cet antre peuplé de loups.
Quand elle lui proposa une partie d'échecs, il sursauta. C'était bien à lui qu'elle s'adressait, il la regarda donc stupidement, indécis.
-Je ne suis pas très doué aux échecs…Bredouilla-t'il en rougissant et en jetant un coup d'œil à Voldemort, qui souriait avec indulgence, puis à Lucius. Ce dernier avait l'air légèrement contrarié.
-Allons, vous êtes trop modeste. Je suis moi-même loin d'être une championne. Mes dons de devineresse ne m'aident absolument pas dans ce type de jeu, malheureusement.
Ils rirent de bon cœur et s'installèrent face à face devant une petite table sur laquelle était disposé un beau jeu d'échecs sorciers, aux pièces taillées dans de l'ébène et de l'ivoire. Nagini, enroulé sur lui-même devant la cheminée, ne bronchait pas. Surpris, Harry vit Voldemort quitter la pièce accompagné de Lucius. Il fallait que le Mage Noir eût vraiment confiance en cette femme pour la laisser ainsi seule maîtresse à bord, en présence de Harry.
Tandis qu'ils jouaient, Ludmila parlait tranquillement, posant des questions anodines, avec un naturel qui mit Harry à l'aise. Bien qu'il fût troublé par le charme physique de la jeune femme, et gêné de ne pas en savoir plus à son sujet, il commençait à se sentir en confiance avec elle.
-Je suis allée voir votre amie hier, Harry.
Le garçon reposa le cavalier qu'il allait déplacer, et la figurine jura avec grossièreté.
-Vous voulez parler de Ginny ? Demanda-t'il, troublé.
-Oui. Elle est très déprimée . Il serait bon que vous la voyiez prochainement.
Le cœur de Harry se serra.
-J'en ai fait la demande à Mr Malefoy, mais…j'ai l'impression qu'il fait la sourde oreille. Avoua–t'il, le cœur battant.
-Bien. Je vais essayer de vous organiser cela.
Harry la regarda avec gratitude. Etrange, cette bienveillance qu'elle semblait lui témoigner. Ils continuèrent à jouer en silence. Par moments, leurs regards se croisaient et une sorte de contact muet s'établissait entre eux, fait de complicité et d'estime mutuelle. Harry avait l' impression que par ses regards, elle essayait de lui faire comprendre quelque chose. Il eût voulu pouvoir lire dans ses pensées, comme par un sort de legilimens lancé sans baguette. Il en était hélas incapable...
Ludmila gagnait, Harry n'était pas concentré et fit plusieurs erreurs impardonnables. Le retour de Voldemort et Lucius dans la pièce acheva de le déstabiliser.
-Vous n'avez pas la tête à votre jeu, Harry. C'est compréhensible. Puis-je espérer que nous aurons d'autres occasions de disputer des parties d'échec ? J'adore gagner. Et avec vous, je vois que j'ai toutes mes chances.
Son sourire légèrement narquois fit rougir Harry .
-Je tâcherai d'être plus performant la prochaine fois…Là, je crois que je n'arriverai plus à redresser la situation.
Tandis que le Mage Noir et son disciple vidaient un nouveau verre, la partie avançait rapidement, et quand Ludmila lança « échec et mat » avec un sourire radieux, Harry se sentit honteux de s'être fait battre si lamentablement. Au même instant, il ne put s'empêcher de se réjouir à l'idée de revoir bientôt cette séduisante jeune femme, sentiment qui lui apparut comme une petite trahison à l'égard de Ginny... Ginny dont il savait qu'elle était désespérée, ce qui n'avait en soi rien de surprenant.
Plus nombreuses et naturelles seraient pour lui les occasions de revenir dans cette pièce, plus il aurait de possibilités d'accomplir sa mission. En effet, c'était dans ces lieux qu'il avait le plus de chances de pouvoir éliminer Nagini. D'autre part, il avait vu dans la vitrine de Voldemort, exposé aux regards des invités du Maître, un objet dont il avait la ferme intention de s'emparer pour en détruire le contenu : le coffret de cuir contenant la coupe de Helga Poufsouffle .
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Quand Voldemort lui avait fait signe de le suivre dans la pièce voisine, Lucius avait été plus que surpris. Comment le Maître pouvait-il laisser Harry seul avec cette femme ? Avait-il à ce point confiance en la loyauté de la roumaine ? Non seulement Lucius la trouvait suspecte, mais encore il n'avait pu s'empêcher de noter l'intensité des regards répétés que Harry avait posés sur elle. Furieux, le Mangemort avait perçu la fascination que la devineresse ne manquerait pas d'exercer très vite sur le jeune homme. Comme si la petite Weasley ne suffisait pas à polluer son esprit, il fallait maintenant qu'une femme beaucoup plus redoutable vienne l'attraper dans ses filets…
Ils entrèrent dans une sorte de bureau que Lucius ne connaissait pas. Là aussi, des sièges confortables faisaient face à une cheminée dans laquelle flambaient des bûches. Le Maître fit signe à Lucius de s'asseoir.
-Si je puis me permettre…Vous laissez sans crainte Harry Potter seul avec cette femme, Maître ?
Voldemort eut un petit rire et croisa les mains devant lui.
-Oh, Lucius, tu n'as rien à redouter de Ludmila. C'est la femme la plus extraordinaire que j'aie eu à rencontrer de toute ma déjà longue vie…
Comme Malefoy levait un sourcil, le mage Noir continua :
-J'ai bien connu sa mère. C'était une prophétesse exceptionnelle, une fort belle femme elle aussi d'ailleurs. Figure toi qu'elle m'avait annoncé l'anéantissement que j'ai subi en 81…A l'époque, je n'avais pas tenu compte de ses prédictions. Elle avait une liaison avec un grand sorcier russe, et de cette liaison est née Ludmila. Une fille extrêmement douée. J'ai tenu à la rencontrer au début du mois, chez elle dans la grande forêt des Carpathes. J'ai passé à ses côtés trois jours exceptionnels.
Son ton devint rêveur.
-Lucius, je crois pouvoir dire que cette femme a bouleversé quelque chose en moi. En me faisant voir le rôle que Harry Potter jouerait à mes côtés, elle m'a ouvert les yeux sur… de nouvelles perspectives…Oh, qui n'ont rien à voir avec les théories dégoulinantes de bons sentiments d'un Dumbledore, ne t'inquiète pas! Il s'agit bien de dominer le monde, mais en faisant preuve d'intelligence et non de simple brutalité.
Il y eut un silence. Malefoy ne disait rien, attendant la suite.
- Elle m'a fait comprendre que je devais changer de méthode. Sinon, j'allais droit dans le mur.
-Vous n'êtes pourtant pas loin du but, Maître.
-Certes, mais la manière de procéder conditionnera l'avenir, et je désire à présent une reconnaissance qui m'était indifférente autrefois.
Voldemort se tut un moment, l'œil fixé sur les flammes. Il leva soudain le regard et le plongea dans les yeux gris de Lucius.
-Allons, mon ami, dis moi tout maintenant à propos de cette expédition. Notre test n'a pas été très convaincant, n'est-ce pas ?
Impuissant, le Mangemort sentait le Maître fouiller son esprit, et il sut que l'homme était déjà au courant de beaucoup de choses. Lucius avait bien-sûr menti sans vergogne à Harry quand il s'était présenté comme un excellent occlumens. Jamais il n'avait réussi à fermer son esprit au Maître. Inutile dès lors de chercher à bluffer.
-Non, en effet…Soupira-t'il.
-Tu l'as bien suivi tout au long de la soirée ?
-Oui. Sauf sur la fin, où je l'ai renvoyé à son poste pour m'occuper de …d'effacer les traces…
-Mais qu'est-ce qui a provoqué son dérapage ?
-Il a vu le fils Longneck subir un doloris.
Voldemort se leva avec brusquerie.
-Qui est l'abruti qui… ?
-Gordon, Maître. Et il était soutenu par Goyle.
-Les imbéciles! Ils vont entendre parler de moi…J'avais pourtant formellement interdit tout comportement de ce genre…Quoique…Si tu as effacé leur mémoire, il vaut mieux ne pas revenir sur l'incident.
Lucius inclina la tête. Voldemort se mit à marcher de long en large, furieux.
-Quand je pense que j'avais même interdit qu'on prenne d'autres prisonniers que Longneck...Quel gâchis ! Il réfléchit quelques instants. Et quand tu te trouvais près de lui tandis qu'il faisait le guet, as-tu observé son comportement ?
-Il a été irréprochable. C'est de lui-même qu'il a lancé l'alerte à l'arrivée des aurors, et il n'a quitté son poste que tardivement. Bien après Marcus Flint.
-Bien, bien…Tout n'est pas négatif, en fin de compte. Qu'en penses-tu ?
-Non, certes. Il a tenu son rôle aussi longtemps qu'il l'a pu, mais sa fidélité a été soumise à rude épreuve devant le spectacle d'un gamin torturé.
-Et a-t'il montré d'une manière ou d'une autre qu'il avait reconnu un auror ?
-Pas que je sache. Il n'a pas cherché à entrer en contact avec eux.
-Lucius, Lucius...tu me caches quelque chose…Murmura Voldemort.
Le visage du Mangemort s'empourpra comme celui d'un gamin pris en faute.
-Effectivement, Maître, j'ai passé sous silence le fait qu'il a pris la défense d'une auror qui était en difficulté face à deux des nôtres.
-Pour la défendre, il s'est donc attaqué à nos hommes ?
-Oui, Maître…Avoua piteusement Lucius.
-Nous avons donc échoué ! S'exclama Voldemort d'un ton peiné. C'était prévisible, mais malgré tout, je suis déçu. Ah Lucius, je dois avouer que je ne sais pas comment réagir ! Faut-il punir le garçon en s'en prenant à sa petite amie ? Nous ne pouvons pas laisser passer ce désastre sans marquer le coup. Qu'en penses-tu ?
Lucius avait l'impression d'avancer sur des sables mouvants.
-N'est-il pas plus prudent de lui laisser croire que vous ne savez rien ?
-Non. Rétorqua Voldemort , catégorique. Je veux qu'il soit conscient de l'étendue de mon pouvoir. Il va finir par croire que je suis un bon gars naïf qu'on peut berner facilement.
-Maître, je vous demande simplement de ne pas lui laisser penser que c'est moi qui vous ai dévoilé la vérité. Il va perdre toute confiance en moi…
Le visage de Voldemort se déforma en un sourire ironique.
-Tu tiens à ce qu'il garde une bonne image de toi, à ce que je vois.
-Je travaille lentement à modifier sa manière de voir nos engagements, notre mouvement. Pour l'instant, il semble attacher un certain crédit à mes propos. S'il pense que je l'ai dénoncé, il va rejeter définitivement tout ce que je tenterai de lui inculquer.
-Bien. Je vais donc tout mettre au crédit de mes dons exceptionnels de legilimens. As-tu une idée de sanction appropriée ?
-Oh…Lui interdire de voir sa petite amie…Je lui avais promis, si vous étiez d'accord, une nouvelle rencontre avec elle.
-Est-ce suffisant ?
-Je pense qu'il en sera extrêmement affecté.
-Bien. Je te remercie, Lucius. Allons rejoindre nos deux joueurs…
La partie d'échecs semblait déjà bien avancée, et Harry en nette difficulté. Lucius prit un fauteuil qui lui permettait d'observer le jeune homme sans trop en avoir l'air, tandis que Voldemort semblait se perdre dans la contemplation de la roumaine.
Indéniablement, l'adolescent était troublé par son adversaire. Mais comment ne pas l'être face à un décolleté aussi profond ? Lucius sentait la rage monter en lui, et il fut grandement soulagé quand la partie prit fin sur une victoire écrasante de la jeune femme.
Les douleurs commencèrent en début de matinée. Après avoir achevé une nouvelle lettre pour Harry, elle était entrain de tourner en rond dans sa cellule quand elle crut qu'une épée lui transperçait le foie. Pliée en deux par la souffrance, elle poussa un cri. Au bout d'un moment, l'impression d'être déchirée s'atténua, puis disparut. Elle se remit à marcher lentement, le front en sueur, mais après une minute de répit, une nouvelle douleur, plus intense que la première, la fit tomber à genoux.
Secouée de spasmes, elle sentit qu'elle allait vomir. Elle parvint à se relever et à courir jusqu'à la bassine, derrière le paravent. Là, elle eut l'impression que son estomac se vidait intégralement en un seul jet d'une extrême violence.
En gémissant, les jambes tremblantes, elle se dirigea vers la porte, et cria aussi fort que lui permettait son état. Puis elle s'affala sur le sol. On l'avait empoisonnée. Elle qui avait voulu mourir, elle se rendait compte brusquement combien elle tenait à la vie.
-Qu'est-ce qui arrive à Mademoiselle ? Couina une petite voix à son oreille.
C'était l'elfe Daisy qui était apparue à sa manière furtive tout près d'elle, ses immenses yeux globuleux pleins d'inquiétude.
-Oh…J'ai mal…Mon ventre…
La main levée, la petite elfe fit léviter Ginny jusqu'à son lit. Puis elle disparut aussi vivement qu'elle était apparue.
Dix minutes après, la porte du cachot s'ouvrit et Snape entra comme une grande chauve-souris, équipé d'un brancard qu'il faisait voler devant lui. Il s'approcha du lit sur lequel était étendue une Ginny pâle comme un linge, les yeux clos. D'un mouvement de baguette, il installa la jeune fille sur le brancard puis entraîna le tout hors du cachot.
-Vois-tu, Harry, les femmes sont par nature infidèles. As-tu lu "Mme Bovary", de Gustave Flaubert, un écrivain français du 19ème ?
-Non…répondit le garçon en recrachant un noyau de cerise.
-Tu devrais. C'est un roman magnifique, et très instructif. Vois-tu, toute femme aura tendance à vouloir se prouver à elle-même qu'elle est capable de plaire, d'éveiller du désir dans le regard de l'homme…
-On dirait que vous parlez des vélanes! Est-ce que vous n'exagérez pas un…
-Non, Harry. Même celle que tu crois parfaitement fidèle, un jour ou l'autre, te trahira.
-Pourquoi me dites vous cela ? Demanda le garçon, soudain soupçonneux.
-Oh…Je pense qu'il est plus sain de ne pas trop s'attacher à une femme. On devient vulnérable. Tu vois, l'autre jour, j'ai surpris ton amie…
Lucius s'interrompit, comme s'il en avait trop dit. Apparemment indifférent, Harry ne réagit pas et mit vivement deux cerises dans sa bouche. Lucius se servit à son tour, et resta muet lui aussi. Il avait très certainement réussi à inquiéter Harry. C'était ce qu'il recherchait. Le gamin n'allait pas tarder à chercher à en savoir plus.
Soudain, un hibou frappa au carreau. Lucius ouvrit la fenêtre et attrapa le message attaché à la patte du rapace.
-Vous êtes le seul ici à pouvoir recevoir des hiboux?
-Non...Severus et Bella disposent eux aussi d'une fenêtre. Les autres hiboux accèdent à la cité par la cheminée la plus courte, où ils sont réceptionnés par un garde. Ils connaissent ce passage.
-Mais vous n'avez pas peur que les aurors les suivent sur des balais? Interrogea Harry, réellement curieux.
-Impossible, ils sont toujours protégés par un sortilège de désillusion sur les premiers kilomètres. Bon maintenant, laisse moi lire mon courrier!
Lucius se rassit. A la lecture du message, son visage se crispa.
-Mauvaise nouvelle. Marmonna-t'il. Ma femme annonce qu'elle vient me rejoindre dès demain…
Harry ne put retenir un léger sourire.
-Serait-elle l'exception qui confirme la règle en matière de fidélité ?
-Oh, détrompe toi, ça n'a rien à voir avec la fidélité ! Elle fuit les aurors et la vie infernale qu'ils lui font mener, et c'est surtout sa chère sœur et son fils qu'elle a hâte de retrouver.
-Je suppose que je vais devoir libérer la place ? Susurra Harry en repoussant négligemment sa tignasse de ses yeux.
-En effet. Demain matin, il faudra que tu réintègres ta cellule. Et crois moi, ça ne me réjouit guère.
-La fenêtre va me manquer…dit doucement le garçon comme malgré lui. Et il pensa en tremblant intérieurement: « C'est cette nuit ou jamais pour récupérer ma baguette et ma cape, si elles se trouvent bien ici… »
-C'est toi qui vas me manquer…Murmura Lucius en posant une main sur la nuque de Harry et en la caressant doucement du pouce. "Ce soir ou jamais… " Se dit-il avec un frisson de plaisir anticipé.
Au même instant, le garçon saisit son avant-bras avec une grimace de douleur.
-Il t'appelle ? S'enquit Lucius qui l'avait lâché.
-Oui. A croire qu'il ne m'a pas assez vu ce matin.
-Et cette fois, tu vas devoir y aller seul. Apparemment, il ne désire pas ma présence…
Et voilà, chers lecteurs, c'est tout pour aujourd'hui. Surtout, pensez à cliquer sur le bouton bleu…(OK, je n'ai rien dit, je me tais !!)
Nepheria : Merci de me dire que tu aimes et bonne année !
Mika : Ca fait plaisir de savoir que tu suis toujours cette fic. Bonne année !
Cucaracha : Oh, tu as peur de Ludmila ? Bon, je ne te dis rien, tu découvriras le personnage au fil de l'histoire. Harry va déguster ? Moui, comme tu peux voir, Lucius n'a pas perdu son côté sadique, mais avec Harry, il est d'une indulgence suspecte. Bonne année !
le fan-de-Harry : Merci pour ta fidélité. Je ne peux pas t'écrire directement par mail, c'est trop délicat de communiquer son adresse perso. Mais bon, j'ai cru comprendre que tu es très jeune (quelle chance tu as !), et je ne sais pas s'il est bon que tu lises cette fic (je sais, je fais un peu rabat-joie sur ce coup là, genre Molly Weasley, mais je préfère être honnête avec toi !) Comme je ne peux pas empêcher les petits curieux dans ton genre de venir faire un tour pour lire, je surveille ce que j'écris, quand même. Et il y en a sûrement d'autres, plus vieux, que cette retenue agace !! Que ça ne te décourage pas de laisser des reviews ! Et aussi, surtout, une très bonne année à toi !
Liv : Merci pour ta review bien développée. Je suis contente que tu aies aimé le chapitre. Ludmila t'intrigue ? C'est normal, elle est là pour ça. Tu verras si elle mérite qu'on s'intéresse à elle. Non, Harry n'a pas perdu son courage et sa générosité, malgré les épreuves qu'il traverse. Lucius est furieux, certes, mais face à Harry, il est quelque peu désarçonné et a du mal à se montrer sévère comme devrait l'être un bon tuteur ( !). Il va plutôt essayer d'en profiter…Quant à Tonks, tu verras dans ce chapitre qu'elle ne s'en sort pas trop mal.- La bande à Drago est incorrigible. Ils ne peuvent pas accepter Harry, on les comprend, non ? -Ouais, l'Ordre du Phénix n'est pas très performant sans Dumby. Mc Go a du boulot à Poudlard, et puis ils sont assez démunis. Heureusement que notre Hermione nationale fait marcher ses neurones. Comment va-t'elle se débrouiller pour aider Harry et Ginny ? Haha…C'est vrai que c'est un problème. Car même en supposant qu'elle parvienne à détruire des horcruxes, comment le faire savoir à Harry ? -Quant à l'alcool, il est très présent dans cette fic, je sais…A croire que j'ai des tendances éthyliques …mais non, au contraire, je dénonce plutôt l'abus qu'on en fait !-Ginny…Elle rechute dans ce chapitre, malheureusement. Ah, je suis une mauvaise mère ! Je sens que tu vas m'en vouloir et que je vais me faire des ennemis…-Oh, ne lis pas tout de suite « La montagne magique » de Th. Mann, tu n'auras plus le temps de lire ma fic ! Commence plutôt par une des Nouvelles que j'ai citées en tête de page. A propos, mes explications ont-elles suffi ?--Allez, une très bonne année à toi , et encore merci!!
Esther Malfoy : Merci d'avoir pris le temps de mettre des commentaires !--Tu attends le règlement de compte ? J'espère que tu ne seras pas trop déçue. Lucius n'est pas très dur avec Harry, comme tu vas voir… Par contre, il le mangerait bien tout cru ! Je ne pense pas que ce soit un comportement caractéristique d'un professeur, ni d'ailleurs d'un père…Hm Hm. Ca reste plutôt « mangemoresque », comme style.- Tu aimerais que j'en dise plus sur les activités de Hermione et des autres ? Mouais, tu vas encore m'en vouloir dans ce chapitre. Bon, ça avance quand même de leur côté.- Tu penses que les Malfoy ne sont pas méchants, surtout Drago ? C'est un point de vue qui se défend. Je pense moi que Drago a des excuses (étant donnée l'éducation qu'il a reçue), et qu'il est capable de tomber amoureux, ce qui n'est déjà pas si mal. Quant à Lucius…A chacun de se faire une opinion. Rowling ne nous en apprend guère à son sujet. Je me permets d'en faire un personnage central qui reste tout compte fait assez peu fréquentable…Peut-être qu'à lui aussi, on peut trouver des excuses !--Merci encore et bonne année !!
