Note de la traductrice : Heum, je vous avoue que je ne sais pas quoi vous dire pour excuser mon retard. Des problèmes IRL puis des problèmes avec le chapitre lui-même et on se retrouve déjà en juillet... Alors pardon pour cette longue attente, merci à ceux qui sont toujours là et si ça peut vous rassurer le chapitre suivant est déjà traduit ! Si jamais une longue attente comme ça se reproduit, je vous conseille de passer sur mon Tumblr, il y aura sûrement une explication.

Et un grand merci à Erika Nathaniella grâce à qui vous pouvez lire ce chapitre sans vous arracher les yeux.


Chapitre 2

...

« Bienvenue à Scotland Yard, Jim. »

Par habitude, John était entré par la porte arrière. Jim avait regardé l'allée sale sans être le moins du monde impressionné. Sherlock était parti à l'aube. Se rendre au travail sans Sherlock lui avait laissé une drôle d'impression. Mais à la place il avait Jim, une présence silencieuse mais vive à ses côtés.

« Allons t'installer quelque part d'abord », dit John, plus pour lui-même qu'autre chose.

Ils se dirigèrent vers le sous-sol du bâtiment. Plus ils s'approchaient de la morgue, plus les couloirs grouillaient d'officiers en uniforme courant à travers les portes avec des dossiers et des sacs de preuves. Quand ils arrivèrent à l'entrée de la morgue une jeune femme troublée les accueilli, les cheveux en désordre alors qu'elle se disputait avec un membre de la police scientifique.

« Vous ne pouvez pas prendre ça maintenant, ça n'a pas encore été fiché », plaida-t-elle.

« Écoutez, on doit emmener ça au labo. » Le technicien croisa les bras sur sa poitrine. « Où est Clemens ? Il me le donnera.

- Ou il vous enverra promener pour ne pas respecter la procédure », interrompit John avec un faux sourire. « Docteur Watson, au rapport.

- Oh, bonjour. » La jeune femme se tourna, un timide sourire sur son visage qui s'effaça instantanément quand elle le reconnu. « C'est vous !

- Pardon ? » John fouilla dans sa mémoire, essayant de se souvenir de ce visage.

« C'est Molly. Molly Hooper ? souffla-t-elle. Vous m'avez interrogé il y a quelques temps dans un café.

- Oh… Oh ! » John déglutit difficilement. « Bien sûr. Je suis désolé pour tout ça. On ne savait pas vraiment ce qu'on faisait, Sherlock et moi.

- Vous sembliez plutôt très bien savoir ce que vous faisiez », corrigea-t-elle, puis rougit. « C'est… sympa de vous revoir.

- Je regrette d'interrompre ces retrouvailles magiques, mais peut-on en revenir à mes preuves ? » dit le technicien d'un ton cassant.

« Vous les aurez quand elles seront prêtes à être déchargées. » John jeta un coup d'œil au badge de sécurité du technicien. « Écoutez, Anderson, c'est ça ? Vous avez mieux à faire que de venir trainer ici à faire des demandes. Ça pourrait mettre en danger toute l'enquête si on vous les donnait sans que la paperasse soit remplie.

- Et vous êtes John Watson, le petit chien du taré. » Le technicien sourit méchamment.

« J'espère vraiment que vous n'êtes pas en train de parler de mon partenaire. » John prit une profonde inspiration. « Parce que si c'est le cas, je vais devoir faire quelque chose qui va entrainer notre suspension à tous les deux dans un futur proche.

- Vous menacez un collègue ? » Anderson secoua la tête. « Tss, tss, Docteur.

- Vous portez le parfum de deux femmes », dit une petite voix fluette. Fronçant les sourcils, John baissa les yeux sur Jim qui regardait Anderson avec sérénité.

« C'est un enfant ? » Anderson fixait Jim. « Pourquoi diable amenez-vous un enfant ici ?

- Exactement ma question. » La silhouette rondouillette du Docteur Clemens émergea finalement de son bureau.

« J'allais frapper à votre porte. » John posa une main sur l'épaule de Jim. « Nous nous occupons de lui pour quelques jours, avec Sherlock. Ça vous dérangerait s'il restait dans votre bureau ?

- Il peut prendre le mien ! » coupa Molly, attirant quatre paires d'yeux sur elle. « Je veux dire, je n'ai pas encore vraiment emménagé. Il peut s'étaler sur le bureau. C'est plus près de la morgue s'il a besoin de vous.

C'est très gentil, Docteur Hooper. » Clemens secoua la tête. « Essayez de vous souvenir que ce n'est pas une garderie, Docteur Watson. Anderson, dégagez de là. Je vous ai dit que nous vous enverrons ce que nous avons quand ce serait prêt. Je ne pense pas que votre patron serait content de savoir que vous harcelez encore mon département.

- Oui, monsieur. » Anderson sortit en faisant la moue.

« Par ici ! » intervint Molly en se dirigeant plus loin dans la morgue vers son bureau.

« Bien joué », chuchota John à Jim, ébouriffant les cheveux du garçon. « Mais ça aurait pu être un peu plus subtile. »

Jim le regarda avec méfiance mais ne s'éloigna pas de lui. Le bureau de Molly était aussi vide qu'elle l'avait laissé entendre. Seulement un carton fermé trainait dans un coin. John lui donna quelques livres qu'il avait choisi dans la bibliothèque de Sherlock, un carnet à dessin et quelques feutres de couleur. Il montra à Jim comment utiliser le téléphone et lui promit de venir le voir aussi souvent que possible. Dès qu'il s'éloigna, Jim ouvrit un des plus gros livres et sembla complètement oublier la présence de John.

« Intelligent », observa Molly quand ils retournèrent dans la sale d'autopsie. « Un neveu ?

- Pas vraiment ». John mit des gants en latex. « Écoutez, je suis désolé pour tout. Ça a dû être une après-midi compliquée.

- Ne vous inquiétez pas. » Elle mit ses propres gants, baissant la tête. « Je me suis toujours demandée, vous savez. Si vous aviez trouvé votre homme après tout.

- Nah. » John se souvenait encore de tous les détails du visage de Moran. « On était juste des enfants jouant au détective. Mais ça a aidé à tourner la page sur certaines choses. Alors merci pour ça.

- De rien. Vous voulez commencer par le plus récent ou faire ça dans l'autre sens ?

- On devrait commencer avec les originaux, je crois. Je peux vous dire ce que je sais. Je ne suis toujours pas convaincu qu'ils soient tous liés.

Au moment où ils firent une pause pour déjeuner, John était convaincu. Molly et lui travaillaient bien ensemble, trouvant méthodiquement leur chemin dans cette énorme quantité de corps et d'informations. Ils découvrirent que les blessures à la tête étaient toutes les mêmes, causées par le même objet émoussé et de forme irrégulière. Les os du Mayfair avaient certainement été déposés par le même tueur ou du moins par quelqu'un qui utilisait la même méthode. Ce qui veut dire qu'ils avaient à faire à une piste de corps qui s'étalait sur plusieurs décennies.

« Ce compte pourrait dépasser le record détenu par Holmes », dit Molly d'un ton presque joyeux alors qu'elle enlevait ses gants. « Je ne pensais pas que ça pourrait être possible.

- Ouais, moi non plus." John déglutit difficilement. Ce n'était de loin pas la première fois qu'il était content que Sherlock ait changé de nom de famille. La dernière chose dont il avait besoin c'était que quelqu'un fouille de ce côté-là. « Bien qu'il ait agit dans le même laps de temps.

- Vous ne pensez pas que ça peut aussi être lui, si ? Peut-être un autre site où il cachait ses victimes ?

- Le mode opératoire est totalement différent », dit John sans réel soulagement. « Il faisait ça pour le show. Ce gars cache tout. Il enterre les preuves.

- Hmm. J'imagine. Vous avez amené quelque chose pour le déjeuner ?

- Non, je pensais emmener le pauvre garçon manger un morceau dehors. Ça ne doit pas être joyeux d'être enfermé ici toute la journée. » Il s'arrêta puis haussa les épaules ; autant faire les choses jusqu'au bout. « Vous voulez venir ? »

Et c'est comme ça que John se retrouva avec Molly Hooper dans un café pour la seconde fois. Ils étaient tous les deux de meilleure humeur cette fois-ci et la conversation resta légère en raison de la présence de Jim.

« Comment vous êtes-vous retrouvé dans la médecine légale, d'ailleurs ? » demanda John quand ils eurent épuisé leurs sujets de bavardage.

« Oh, j'ai toujours préféré la présence des morts à celle des vivants. » Elle rit avec un air de désapprobation. « Ils se plaignent beaucoup moins. Et vous ?

- Je suis tombé dedans, en quelque sorte. » Il haussa les épaules, brisant les restes de son sandwich en petit morceau. Jim les regardait tous les deux avec un regard intense qui aurait pu être troublant s'il n'était pas aussi familier. « J'aime avoir des patients vivant, mais ils ne sont pas entourés par les mêmes mystères, n'est-ce pas ?

- Ça dépend, je suppose. » Molly sirota son thé, les sourcils froncés. « Mais je ne changerais pour rien au monde. Le Docteur Clemens va bientôt prendre sa retraite. Ils m'ont embauché pour éventuellement le remplacer.

- Félicitations alors. » Il leva sa tasse. « C'est une grande réussite.

- N'est-ce pas ? » Elle sourit. « Et bien, peut-être que vous pourriez venir travailler pour moi. »

L'idée fit son chemin en lui après les dernières vingt-quatre heures. John remua, gêné.

« Ça serait pas mal. »

L'idée lui resta en tête pendant toute l'après-midi quand ils reprirent les autopsies. Il abandonna plusieurs fois l'odeur d'antiseptique et de mort pour aller vérifier ce que faisait Jim. Le garçon ne semblait pas s'ennuyer, faisant des croquis brut de composés chimiques copiés des livres de Sherlock. Il levait la tête quand John entrait et la tension disparaissait de son visage. Puis il retournait vers ses croquis comme si John ne l'avait jamais interrompu.

« C'est le dernier pour aujourd'hui », déclara Molly à dix-huit heures. « Même heure demain matin ?

- Je serai là », acquiesça John puis chercha Jim pour rentrer à la maison. Sur un coup de tête il appela sur la ligne de Sherlock avec le téléphone du bureau de Molly. Il tomba sur le répondeur. Typique.

Sur le chemin du retour ils passèrent devant le restaurant indien préféré de John. Il prit un Korma pour lui, un Carry pour Sherlock si jamais il rentrait à la maison et un assortiment pour Jim qui regardait le menu avec désintérêt, le tout à emporter. L'appartement était silencieux quand ils arrivèrent. John distribua la nourriture que Jim mangea avec une passion grandissante. Il finit par dévorer le curry de Sherlock, à la grande surprise de John.

« Alors, la nourriture épicée, c'est un oui ? » demanda-t-il en regardant le front du garçon éclatant de sueur. Jim acquiesça avec ferveur. « Huh. Je n'aurais pas pu toucher ça à ton âge. Harry non plus d'ailleurs. »

Ils regardèrent la télé ensemble après avoir fait la vaisselle. Plus la soirée avançait, plus Jim s'appuyait contre John jusqu'à ce qu'il s'endorme. John le regarda pendant un long moment, ignorant le babillage du présentateur télé. Il essaya de voir ce que Sherlock avait remarqué, un symbole mystérieux qui faisait de ce garçon le leur. Il n'y avait rien. Seuls de longs cils sombres contre une peau claire et la confiance absolue d'un enfant qui avait toutes les raisons du monde de ne plus jamais faire confiance.

Un coup léger sortit John de sa rêverie. Il se dégagea doucement de Jim et le recouvrit d'une couverture avant de se diriger sans bruit vers la porte. On toqua à nouveau, un bruit de plastique contre du bois, sans aucun doute. Et plus précisément la poignée d'un parapluie tapant contre la porte.

« Il est tard Mycroft », se plaignit John en ouvrant la porte. « Et Sherlock n'est pas là.

- Heureusement, tu es celui que je suis venu voir. Je suppose que l'enfant dort.

- Ouais, entre. Ne fais pas de bruit.

- Bien sûr. » Mycroft entra dans l'appartement, se dirigeant vers la cuisine.

« Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? », demanda John dès que Mycroft s'assit dans une chaise. « Peu importe ce que Sherlock t'as promis en échange de Jim, je ne veux rien avoir à faire avec ça.

- Il ne m'a rien promis. » Mycroft se passa une main sur le visage. « Mais il avait quelques arguments convaincants. Dont un que je ne pense pas qu'il dira à haute voix, mais que d'après moi tu devrais connaître.

- Oh mon Dieu. On va parler de vos enfances, n'est-ce pas ? grogna John. Laisse-moi au moins prendre un verre d'abord. Tu en veux un ? »

Mycroft hésita un instant puis hocha légèrement la tête. John servit une dose généreuse de whisky. Ce qui tuait vraiment John au sujet de ces brefs aperçus des premières années de Sherlock était de voir à quel point, contrairement à ce que beaucoup croyait, Sherlock avait bien tourné. N'importe qui d'autre se serait depuis longtemps dirigé vers la drogue ou les meurtres ou les deux.

« Il pourrait y avoir un argument allant fermement vers l'opposition entre l'inné et l'acquis si tu nous considères, Sherlock et moi. » Mycroft prit une petite gorgée de son verre, comme s'il ne venait pas juste de faire une démonstration de ses capacités proches de la télépathie. « Mais ça a ses limites. Nous sommes quand même un produit de nos parents, comme n'importe qui. J'ai géré ça en prenant le contrôle, même si je pense que Sherlock voit ça d'un autre œil. Il a, lui, trouvé une solution unique.

- Oh ? » demanda John seulement parce qu'il savait que Mycroft aimait être encouragé dans ses conversations.

« Quand notre mère est devenue trop malade et est partie, il a trouvé quelqu'un d'autre pour l'élever. » Mycroft fixa son verre. « Je ne sais pas s'il l'a fait consciemment ou pas, mais il t'a choisi toi.

- Je n'aime vraiment pas ce que ça implique.

- Ne sois pas idiot, réprimanda Mycroft. Je veux dire qu'il a trouvé quelqu'un pour le faire se comporter correctement et pour se soucier de ses besoins. Je suis sûr qu'il ne te voit pas comme une sorte de remplacement d'une figure paternelle. Seulement que tu remplis certains aspects du rôle où notre propre père… et bien disons que échouer est un mot bien léger

- A complètement merdé, suggéra John.

- Effectivement." Les lèvres de Mycroft se soulevèrent pour former l'ombre d'un sourire. « On pourrait discuter du choix de Sherlock. Avec toi il est capable de laisser derrière lui quelques éléments les plus désagréables de nos traits communs. Il peut accepter l'affection, la retourne même dans une certaine limite. Ce qui est plus que je ne peux le faire moi-même.

- Ce n'est pas…

- S'il te plait, je ne suis pas venu pour ta pitié. » Mycroft fit tourbillonner la glace de son verre doucement. « J'ai conscience de mes lacunes.

- Je pense que Greg ne serait pas d'accord.

- Tu peux penser ce que tu veux. Ce n'est pas la question.

- C'est quoi alors ?

- Le fait est que Sherlock, ayant trouvé une âme tout aussi endommagée que la sienne, commence peut-être à exprimer de l'empathie. » Mycroft fronça les sourcils comme si ses propres pensées lui faisaient offense. « En sentant la douleur de quelqu'un d'autre qui lui ressemble, il aimerait lui appliquer le même traitement qui avait déjà fonctionné la première fois. »

John fixa la liqueur dans son verre et souhaita qu'il contienne quelque chose de beaucoup, beaucoup plus fort pour qu'il puisse avoir une excuse pour ne pas comprendre ce que Mycroft essayait de lui dire.

« Jim n'est pas à nous alors. » Il déglutit difficilement. « Sherlock voulait qu'il soit le mien. Pour que je puisse… quoi ? Que je m'assure qu'il grandisse sans devenir un tueur psychopathe ?

- Simpliste, mais en gros, oui.

- Je ne suis pas un psychiatre. Merde, je ne suis même pas vraiment stable moi-même. J'avais besoin de Sherlock tout autant qu'il avait besoin de moi. Probablement plus. Avant de la rencontre, j'étais en train de couler.

- Et bien nous sommes tous les deux au courant de ça, mais pas Sherlock. Je pense qu'entre vous deux… Il a de pires parents. » Maintenant Mycroft souriait d'une manière horriblement ironique. « Et je peux vous aider à ma manière quand vous en aurez besoin. Je pense que ça pourrait être bénéfique pour tout le monde si tu étais d'accord.

- Je ne suis pas prêt à être père. Il avala le reste de son whisky. J'ai abandonné mon enfance pour élever Harry.

- Et ton adolescence pour t'occuper de Sherlock.

- On prenait soin l'un de l'autre. C'était différent, coupa John.

- Vraiment ?

- Oui », et s'il fut surpris de la fermeté de sa réponse, il espéra que ça ne se voyait pas sur son visage. « Les amants ne sont pas des parents.

- Je ne suis pas sûr que la séparation soit aussi nette que tu le voudrais.

- Je ne peux pas vivre dans des nuances de gris tout le temps. C'est pour ça que j'ai Sherlock.

- Ce n'est pas juste, John », dit Sherlock d'une voix trainante venant de la porte d'entrée. « Je suis connu pour avoir des idées nettes ci et là. Oui, tu ne m'as pas entendu rentrer, non je n'ai pas encore utilisé le passage sur le toit. Tu as juste trop bu trop vite.

- Jim a mangé ton Carry. » John se leva pour fouiller dans les placards. « Je vais te faire un sandwich.

- J'ai mangé.

- Menteur », siffla John alors qu'il sortit une miche de pain.

« Pourquoi es-tu là, Mycroft ? » Sherlock regarda son frère à travers des yeux plissés.

« Je suis venu parler à mon beau-frère. Il avait mal compris certaines choses.

- Et tu l'as remis dans le droit chemin, c'est ça ?

- Je lui ai donné des informations et mon opinion. C'est à lui de voir ce qu'il en fera.

- Pourquoi faut-il toujours que tu interfères ? » Sherlock semblait éteint, sa voix douce dans ses intonations.

« Parce que je n'aurai jamais fini d'être ton grand frère. » Mycroft se leva, laissant son verre presque plein derrière lui. « Et pour satisfaire ton insupportable ego, tu ne te donnes pas assez de crédit quand il le faut.

- Sors », dit Sherlock sans véhémence.

« Comme tu veux. Bonne nuit, John.

- Bonne nuit, Mycroft. »

John attendit jusqu'à ce qu'il entende le doux clic que la porte d'entrée se refermant avant d'enlacer Sherlock. Il fut pris de court quand il s'effondra contre lui, enfouissant son visage dans le cou de John. Perdu, John lui frotta le dos.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Rien, s'étrangla Sherlock. Seulement les mots stupides d'un vieil homme pathétique.

- Mon Dieu, Sherlock, à qui as-tu parlé ?

- J'ai regardé d'où venait l'argent, qui était l'instigateur. J'ai posé des questions au Professeur, respecté la procédure pour faire plaisir à Lestrade. » Les doigts de Sherlock s'accrochèrent à John comme si le tenir plus fermement allait tout résoudre. « Et tout cela m'a mené… Je ne crois pas que j'ai envie de te le dire, en fait.

- Sherlock, tu me fais peur.

- Tu fais bien d'avoir peur. » Sherlock secoua la tête, ses boucles noires chatouillant le nez de John. « J'avais comme idée de t'emmener pour nous enfuir là, tout de suite, ce qui est tellement stupide que je n'arrive même pas à le supporter.

- Je vais te secouer si tu n'expliques pas, avertit John. Crache le morceau.

- C'était mon père ! » Sherlock s'éloigna et ses yeux étaient sauvages. « Donnel a pris un boulot en freelance, il a fait quelque chose qui n'avait rien à voir avec son mode opératoire habituel. Pourquoi ferait-il ça ? Pour l'argent, évidement, mais d'où ? De qui ? Le Professeur est un Monsieur tout-le-monde qui a la folie des grandeurs. Il n'aurait pas pu planifier le meurtre des Westin, il n'avait pas les moyens pour ça.

- Le désespoir fait faire des choses bizarres aux gens.

- Ne t'embête pas à trouver un mensonge pour m'apaiser, John. J'ai déjà vérifié deux fois. Mon père a tout arrangé. Il connaissait le Professeur depuis longtemps, avant même d'avoir rencontré ma mère. Il tirait sur les ficelles pour passer le temps, pour s'amuser. Pour façonner cet enfant comme il le voulait. Un autre plan venu de son esprit parfaitement psychotique. Et il a accompli tout ça de sa cellule. » Sherlock regarda par-dessus l'épaule de John, plongea son regard dans cet autre monde où John ne pouvait jamais pénétrer. « J'y suis allé aujourd'hui. J'ai parlé aux gardiens, au directeur, ils ont tous juré qu'il n'y a aucun moyen pour qu'il ait pu faire ça. Je leur ai montré les preuves, des lettres que le Professeur a gardé comme un incompétent complet. Ils ont été déconcertés, bien sûr. Tous des idiots sans cervelles. Alors je suis remonté à la source.

- Tu lui a parlé, réalisa John. Oh merde Sherlock pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi tu ne m'as pas demandé de venir au moins ?

- Je devais savoir. Tout de suite, pas quand ça serait le bon moment émotionnellement parlant. » Sherlock ne le regardait pas. « Il s'est moqué de moi. Il… ligoté, enchainé, enfermé plutôt deux fois qu'une. Et il m'a ri au nez. Il m'a nargué. Comme s'il en avait le droit.

- Peu importe ce qu'il t'a dit, tu dois savoir que ce n'est pas vrai. Tu as gagné, Sherlock. Tu l'as battu il y a longtemps. C'est un dingue pourrissant en prison. » Il essaya de ne pas penser à Jim, endormi dans la pièce d'à côté, une victime de ce monstre soi-disant neutralisé. « Ils vont le surveiller d'encore plus près maintenant.

- Je le veux mort. Il devrait l'être… c'est un crime pour lui d'encore respirer. » Le regard de Sherlock s'éloigna finalement de son autre monde et atterrit sur le visage de John. « Tu sais que j'ai raison.

- Tu ne peux rien faire. Tu n'es pas un meurtrier.

- Je pourrais l'être.

- Mais ce n'est pas le cas, dit John fermement. Tu n'es rien de ce qu'il voulait que tu sois et je n'arrive pas à imaginer une plus belle victoire que celle-là. »

Ils s'appuyèrent l'un sur l'autre, respirant difficilement comme s'ils avaient couru un marathon ensemble.

« Au lit », dit finalement Sherlock.

Ils abandonnèrent le pain sur le plan de travail. John s'arrêta près du canapé pour resserrer la couverture autour de Jim. Il semblait profondément endormi, pas le moins du monde dérangé par les révélations de la soirée.

Sherlock se pelotonna contre John dès qu'ils se couchèrent. Il s'accrocha comme il ne l'avait pas fait depuis des années et John se cramponna à lui en retour. Le boulot recommençait dans quelques heures, mais John n'arrivait pas à y penser. Tout son agacement à l'égard de Sherlock s'envola brièvement et il voulait seulement rester à la maison pour panser leurs plaies.

« Je vais rester avec Jim », murmura Sherlock dans la légère lumière qui précédait l'aube. « L'affaire est bouclée. Lestrade a insisté pour que je prenne un jour de repos.

- Je savais que je l'aimais bien. » John posa un baiser sur le front de Sherlock. « Passe pour le déjeuner si tu veux. Tu ne devineras jamais avec qui je travaille.

- Molly Hooper, déclara Sherlock. J'ai vu son nom dans les choix pour le poste. Elle se souvient de toi ?

- De nous deux. On a fait grande impression à l'époque.

- C'était maladroit. Je ferais mieux aujourd'hui.

- C'est le cas pour tous les deux, soupira John. Moran serait en prison au lieu d'être mort.

- Ce n'est pas la meilleure solution. » Les doigts de Sherlock se resserrèrent autour des bras de John. « Réfléchis, John. Donnel était le moins bon des deux. Moran… Il était cruel juste pour le plaisir. Mon père a essayé de faire de Jim son successeur. S'il avait eu Moran au lieu de Donnel, peut-être qu'il aurait réussi. »

John essaya d'imaginer le genre de personne que Mycroft Holmes Senior aurait voulu créer. Il essaya d'imaginer cet homme être guidé et surveillé par Sebastian Moran. Il donna à cet homme la grande intelligence que possédait déjà Jim, attendant d'être utilisée. Soudain, beaucoup de choix récents de Sherlock commençaient à avoir un sens.

« Jim est le roi », dit-il, regardant le visage de Sherlock se tordre de confusion pendant un moment dans la légère lumière du matin. « Je parle d'échecs. Mycroft a dit que c'était toujours un jeu d'échecs avec votre père.

- Je n'ai aucune idée de quoi tu parles. » Sherlock embrassa l'épaule de John, passa un bras par-dessus lui pour le rapprocher encore un peu plus de lui tout en étant couché. « Je n'ai jamais pris la peine de m'intéresser au jeu. »

La morgue était franchement apaisante ce matin-là. Molly de l'autre côté de la table en métal, quelques instruments précis et la routine du travail semblait complètement sensé.

« Je vais chercher une tasse de café », annonça-t-elle vers onze heures. « Vous voulez quelque chose ?

- Non merci, sourit-il. Ça vous dérange si j'utilise le téléphone de votre bureau pour passer un appel ? »

La porte du bureau de Molly se referma doucement derrière lui. Il composa le numéro qu'il connaissait par cœur, comptant les sonneries.

« Allo ? » Sa voix s'était fragilisée au fils des années, se brisant parfois, mais John la trouvait toujours énormément réconfortante.

« C'est John. Comme ça va Amélia ?

- Je suis misérable, grogna-t-elle. L'infirmière est une mégère condescendante.

- Ça ne peut pas être aussi terrible. » Il étouffa un rire. « Et je croyais que vous aimiez bien celle-là. Pas d'absurdité vous aviez dit.

- Elle est allée trop loin. Elle a commencé à mixer tous mes aliments en purée, grogna Amélia. J'ai encore toutes mes dents, merci bien.

- Peut-être que vous pourriez la mordre ?

- Et devoir écouter Mycroft me réprimander ? Il devient tellement désabusé quand je ne me comporte pas comme mon âge le veut. Comment va Sherlock ?

- Il… ne va pas bien. C'est pour ça que j'appelle, en fait. » Il fixa le calendrier qu'avait accroché Molly, illustré d'images de chats jouant dans les fleurs. « Je suis un peu perdu en ce moment.

- Raconte-moi tout, dit-elle immédiatement. J'écoute. »

Avec beaucoup de gratitude, il raconta tout. Amélia n'était jamais chaleureuse ou affective, mais elle écoutait toujours quand John avait un problème. Ses conseils étaient toujours pratiques et elle n'hésitait pas à lui dire quand il se comportait comme un idiot. Il y avait un vide béant en John, là où sa mère aurait dû être, et peut-être qu'Amélia ne le remplissait pas, peut-être qu'elle n'essayait même pas de le faire, mais elle adoucissait un peu la douleur.

« Je veux rencontrer le garçon », dit-elle une fois qu'il eut fini. « Et je veux que tu te calmes.

- Je suis calme. » Il se recula dans la chaise. « Ou aussi calme que je peux l'être.

- Bien. Parce que c'est tout ce que tu peux faire pour l'instant. Sois calme pour eux. Mycroft ne le sait peut-être pas, mais Sherlock n'est pas le seul qui s'appuie sur toi pour un peu plus de… réalité, disons. Lui, Sherlock et Jim ont besoin que tu sois John. Tu peux faire ça ?

- Je ne crois pas que je puisse être quelque chose d'autre.

- Alors ça devrait être facile. »

Et aussi bizarre que ça puisse paraitre, ça l'était. Il passa le reste de la semaine à faire l'inventaire des corps avec Jim occupé dans le bureau de Molly une fois que Sherlock reprit le travail. Dimmock passa les voir pour les remercier de leur dévouement et pour les tenir au courant de l'avancement des choses. Il n'y avait toujours pas de piste en raison du trop grand nombre de preuves et du peu de personnels pour les examiner.

Le soir, ils partageaient des repas pendant que Sherlock parlait de sa dernière enquête avec sa ferveur habituelle et John aimait l'écouter avec un enthousiasme nouveau depuis qu'ils ne travaillaient plus ensemble. Au début il se fit du souci pour Jim qui entendait ce genre de conversation, mais elles semblaient susciter quelque chose chez le garçon qui le rendait encore plus animé. C'était difficile de ne pas voir ça comme une bonne chose.

« Je suis censé passer chez ma mère ce soir », réalisa-t-il vendredi matin.

« Est-ce que tu veux que je lui dise que tu es mort ? » demanda Sherlock, regardant John par-dessus le rebord de la tasse de thé que John s'était faite pour lui-même au départ.

« Seulement trente pour cent de mon cerveau en a envie. Quarante autres pour cent aimeraient s'enfuir en Amérique. On pourrait prendre de nouveaux noms, démarrer une nouvelle vie, ça serait fun, hein ?

- Et les trente derniers pour cent ? »

John enfuit sa tête dans ses mains. Sherlock passa ses bras autour de ses épaules, le serrant contre lui. Ils restèrent assis en silence pendant que John se faisait des scénarios dans sa tête et que Sherlock restait calme. C'était la version sherlockienne du soutien émotionnel. Ça marchait sur John et parfois, encore plus intéressant, sur Lestrade

« Tu vas devoir surveiller Jim, alors.

- On pourrait tous venir, proposa Sherlock avec un ton funèbre.

- Vaut mieux pas. Ca risque de ne pas être joli. »

Donc après avoir passé une journée à travailler les mains enfouies dans différents corps, John prit une douche et enfila une belle chemise puis se mit en route vers l'appartement d'Emma Watson. Elle avait déménagé il y a six ans et c'est la première fois qu'il se rendait sur place. La rue était assez calme et propre. Une jardinière remplie de pétunias se tenait sur le rebord de fenêtre qui était probablement le sien. Il s'attarda sur le trottoir, tenté de faire demi-tour.

« Oh Dieu merci tu es déjà là. » Harry arriva derrière lui, passant son bras sous le sien et le serrant fortement. « Je ne veux pas entrer là-dedans toute seule.

- Quel brave soldat », il serra son bras en retour et ils entrèrent ensemble. L'ascenseur les fit monter sans un bruit et les amena dans un couloir recouvert de moquette et qui puait l'ail.

« Elle cuisine, grogna Harry.

- Oh, joie. » John prit une profonde inspiration avant de toquer.

« C'est ouvert ! »

John poussa timidement la porte et fut immédiatement assailli par la nostalgie. L'appartement était peut-être différent, mais les meubles et les babioles étaient les mêmes. La même table en linoleum rayée, où Harry et lui partageaient des repas bruyants, le même canapé horrible avec des motifs à fleurs où Sherlock et lui avaient eu leur premier baiser clandestin et les mêmes photos encadrées de lui et Harry à seize et neuf ans. Sur ces photos ils semblaient perdus, fanés, ils ne souriaient pas. Toutes les photos d'eux plus jeunes avaient été perdues dans l'incendie, et les autres plus vielles ne contenaient plus John.

« Qu'est-ce que tu fais ? » Harry entra dans la cuisine et, à contrecœur, John suivit.

Sa mère leva les yeux du poêle, un faible sourire apparu sur son visage.

« C'est du riz pilaf. Cindy m'a donné la recette, elle ne jure que par ça. » Elle serra Harry contre elle avec un bras. « Bonjour Johnny.

- Salut maman. » Il s'avança pour recevoir un léger baiser sur la joue. « Comment ça va ?

- Oh tu sais. Comme d'habitude. »

Ils s'installèrent autour de la table, remuant le riz gluant et les légumes blancs avec leur fourchette. Un silence inconfortable recouvrait la table, faisant ressortir le bruit des couverts contre la céramique. John désira soudain la présence de Sherlock. Il aurait brisé le silence et leur aurait dit tout ce que les autres pensaient. Les Watson avaient besoin de ce genre d'aide. Livrés à eux-mêmes, trop de choses restaient non dites.

« Écoute. » Il posa sa fourchette quand il ne put supporter l'atmosphère plus longtemps. « Harry est une adulte. Si elle veut rejoindre l'armée, alors je la soutiens.

- Je suis d'accord, dit doucement sa mère.

- Quoi ? Après tout le plaidoyer que tu m'as fait ! glapit Harry. Et quand est-il de toutes ces conneries du genre 'pas ma fille' ?

- J'ai eu le temps d'y réfléchir et j'en ai parlé à ma thérapeute. » Emma ne croisa pas leurs regards. « Et je ne suis pas fière de ma réaction. Tu es une fille intelligente et je suis sûre que tu fais les meilleurs choix pour ton futur. Tu m'as dit dès le début que la fac n'était pas faite pour toi.

- Et c'est le cas », dit Harry fermement, lançant un regard confus à John.

- C'est super. » Il attrapa son verre d'eau pour ôter le goût du riz dans sa bouche.

« Je suis une thérapie depuis quelques mois, continua-t-elle. Et il y a beaucoup de choses que j'aimerais… qui je pense doivent être dites. »

John se figea et de l'autre côté de la table Harry prit une profonde inspiration.

« Votre père était un homme difficile, déjà avant qu'il perde son travail. » Elle prononça chaque mot doucement, comme si elle marchait à travers un terrain miné. « J'ai fait face à ça en travaillant de longues heures. Une fois qu'il fut parti, ça semblait être la meilleure chose que je puisse faire pour vous deux. Continuer à nous maintenir à flot financièrement sans regarder en arrière. Mais ce n'était pas… n'est pas le mieux que je puisse faire.

- Tu as fait de ton mieux », ne put s'empêcher d'ajouter John en se souvenant des cernes sous ses yeux et les comptes qu'ils gardaient soigneusement. « On a toujours su que tu faisais de ton mieux.

- Johnny. » Elle posa sa main sur la sienne. J'ai mis trop de pression sur toi. « Comment aurais-tu pu devenir normal ? Je t'ai perturbé.

- Oh, je ne sais pas. » Il s'éloigna. « Je crois que je m'en suis sorti.

- Bien. Ce fut un diner ensemble. » Harry se leva, son assiette en main. « Ne refaisons plus jamais ça.

- Harry, s'il te plait. » Emma tendit la main vers elle et Harry l'éluda soigneusement. « J'essaye de…

- De quoi ? » Harry jeta son assiette encore remplie dans l'évier. « Qu'est-ce que tu vas faire ? T'excuser sincèrement pour avoir foutu John à la porte ? Pour l'avoir tenu à distance pendant des années pour ce qu'il est ?

- Harry, arrête. » John se frotta les yeux.

- Non ! Je ne vais plus me taire sur ce sujet. » Elle ouvrit grand les bras. « Devine quoi, maman. T'as dû merder deux fois parce que je suis lesbienne ! Et je ne suis pas aussi sage que John sur le sujet. Je suis une vraie salope.

- Pourquoi dis-tu ça ? demanda Emma. Qu'est-ce qui te prend ?

- Oh, voyons… Jane, Tanya, Mélissa et oh cette magnifique rousse du bar dont je ne me souviens plus du nom…

- Très bien. Bon. C'était sympa. » John était debout, prêt à sortir.

« Harry, s'il te plait »… Emma les regarda tour à tour.

« Je ne suis pas parfaite, maman. Je ne l'ai jamais été. » Harry attrapa la main de John. « Et maintenant tu nous as perdu tous les deux. Alors retourne chez ta thérapeute et pleure à propos de tout ça.

- Nous ne sommes pas perdu », corrigea John en essayant d'éviter de regarder le visage tordu de sa mère ou les larmes qui commençaient à s'accumuler au coin de ses yeux. « Je n'ai jamais été perdu. On sera là quand tu seras prête à nous accepter comme on est.

- Je vous aime, dit Emma d'une voix étouffée. Mais Dieu sait que je ne vous comprends pas.

- Je sais. » Il soupira et se pencha pour déposer un baiser sur son front, comme il le ferait pour un enfant. « Je ressens la même chose à propos de toi. »

Puis ils sortirent et se retrouvèrent dans la rue. Harry se mit à pleurer à chaudes larmes. John la tint serré contre lui, caressant son dos et lui murmurant des mots réconfortants.

« Allez », dit-il quand ses larmes commencèrent à sécher, « allons chercher quelque chose de comestible à manger. »

Ils mangèrent des hamburgers achetés dans un fastfood sur le chemin de son dortoir. Ils ne parlèrent pas beaucoup, chacun perdu dans ses propres pensées. La lune se leva, grosse et luisante, suivant leurs pas.

« C'est ma faute. » Elle jeta les derniers emballages dans une poubelle. « Johnny, je suis désolée. Je n'aurai pas dû t'obliger à venir avec moi.

- Et passer à côté de la Coming Out party de l'année ? plaisanta-t-il. C'était un spectacle impressionnant de solidarité arc-en-ciel.

- Je le pense vraiment. » Elle fronça les sourcils, donnant un léger coup de pied dans la chaussure de John. « Tout ce que j'ai dit.

- On est des adultes décents, tous les deux. Je n'ai plus vraiment envie d'être l'enfant dont elle rêvait. Toi si ?

- Nah. Elle lui sourit.

- Va dormir, ordre du docteur.

- Oh ! Ça me fait penser. » Elle fouilla dans son sac et lui tendit une carte chiffonnée. « J'ai rencontré cette femme géniale à la bibliothèque l'autre jour. C'est une ancienne élève ou quelque chose comme ça. Peu importe, je flirtais avec elle, ce qui s'est avéré être une impasse totale mais elle avait l'air très intéressé quand j'ai dit que j'avais un frère médecin. Elle essaye d'ouvrir un nouveau cabinet ou quelque chose comme ça.

- Bien. » Il regarda la carte rapidement, notant le nom 'Sarah Sawyer' avant de l'enfoncer dans sa poche. « Tu me mentionnes souvent à tes potentiels coups d'un soir ?

- Oui, dit-elle impassible. Mon frère, changeant les femmes en lesbiennes depuis 1986.

- Oh tais toi. »

Ils se séparèrent en riant, mais quand il arriva chez lui le poids des évènements de la soirée avait à nouveau assommé John. Il était presque dix heures et tout ce qu'il voulait était se trainer jusqu'à son lit et s'y effondrer.

Jim et Sherlock était assis sur le sol, les entrailles d'une pauvre machine étalées devant eux. Sherlock s'arrêta au milieu de son explication quand John entra, ses doigts se figèrent au milieu de son geste.

« Tu as survécu. » Sherlock se leva pour débarrasser John de son manteau et l'accrocher soigneusement à côté du sien.

« Ouais, bah… Qu'est-ce que vous disséquez ?

- Le vieil ordinateur d'Alistair. Il en a fait don à la science.

- Tu dois arrêter de le menacer pour qu'il te donne des trucs. » John s'installa à côté de Jim sur le sol. Il n'avait jamais vu à quoi ressemblait un ordinateur à l'intérieur et il ne fut pas surpris de trouver ça tout aussi confus que la fois où Sherlock avait démonté le mécanisme du réfrigérateur. « Incroyable tout ce que ces morceaux et ces pièces peuvent faire.

- Je peux en construire un mieux. » Sherlock s'accroupit, soulevant une plaquette verte couverte de circuits. « Un bon projet pour ce weekend pour Jim et moi.

- Tu veux construire un ordinateur ? demanda John au garçon.

- Ouais, dit Jim avec une voix aussi fine qu'un murmure. Ça va être génial. »

John fit un grand sourire et jeta un coup d'œil à Sherlock qui leva seulement un sourcil avant d'attraper une autre pièce curieusement courbée.

« On va avoir besoin de livres et de pièces.

- Et de sommeil, coupa John. Il est tard. Vous aurez tout le temps demain. Viens Jim, allons te préparer pour dormir. »

Pour la première fois en quatre ans, ni John ni Sherlock ne se rendit à Scotland Yard pendant le weekend. Le téléphone sonna plusieurs fois, Molly avec une découverte intéressante qui au final ne valait rien et Jennifer avec une piste pour la nouvelle affaire de Sherlock que celui-ci avait démonté sans même élever la voix. La plupart du temps ils restèrent à l'appartement. Sherlock et Jim se plongèrent dans leur projet d'ordinateur et sortirent le dimanche pour se rendre dans un magasin où des connaissances particulières sont requises rien que pour le trouver. Ils revinrent avec des boites remplies de petites pièces. La voix nouvellement retrouvée de Jim ne fit que quelques apparitions, mais à chaque fois elle était un peu plus forte et plus ferme. John n'essaya pas de les aider, mais les observait du canapé avec un livre ouvert sur ses genoux et son esprit remplis.

« Tu te débrouilles bien avec lui », dit John à Sherlock le dimanche soir, regardant le front de Jim se plisser alors qu'il examinait un diagramme.

« Je me débrouille toujours bien », corrigea Sherlock, mais un sourire heureux illumina on visage.

« Oh, je peux me souvenir de quelques occasions pendant lesquelles tu t'es particulièrement bien débrouillé. » John sourit et l'attira dans une étreinte chaleureuse, déposant un baiser dans son cou.

Le weekend fut si tranquille que John était sûr que ça allait être un enfer de retourner travailler. Ce n'était pas le cas. Molly avait bien progressé avec les corps et avait également ramené un labyrinthe en bois pour Jim

« Je l'ai trouvé sous mon lit », elle ria, posant le jouet en bois sur son bureau avec une tape amicale. « J'ai dû l'emmener avec moi quand j'ai déménagé il y a plusieurs années et oublier qu'il était là.

- Merci », dit Jim doucement, regardant le jouet d'un air dubitatif.

« Oh ! » Molly s'illumina comme un sapin de Noël. « De rien ! »

Sherlock ne rentra pas pour le diner. John fit la cuisine et apprit à Jim à jouer aux cartes, ce qui permit au garçon d'inventer des signes créatifs pour éviter de parler. Arrivés en fin de soirée, ils avaient un langage de signes rudimentaires qui leur serait très utile dans un jeu de poker illicite. Jim alla se coucher avec difficulté, regardant avec espoir la porte tout le temps. Une légère anxiété submergea John et il décrocha le téléphone dès que Jim fut couché.

« Lestrade. » Cet accueil tranchant avait quelque chose de réconfortant.

« C'est John. Est-ce que Sherlock est avec toi ?

- Et d'une humeur pas possible. On surveille les alentours d'un magasin de comics. Ça fait des heures. Lestrade soupira. Monsieur a essayé d'arrêter deux passants parce qu'ils 'avaient l'air coupable'. »

Il entendit une protestation en arrière-plan et John sourit avec soulagement.

« Tu me le passes une seconde ?

- Je ne suis pas ta foutue secrétaire », protesta Lestrade, mais il y eut une brève pause puis Sherlock dit,

« Tu étais inquiet ? avec un ton railleur.

- Tu es censé m'appeler quand tu ne peux pas rentrer à la maison, lui reprocha John. Je ne peux pas déduire ce genre de chose comme toi. Et Jim s'attendait à ce que tu rentres.

- Vraiment ? » On pouvait déceler une petite note de préoccupation. « J'appellerai la prochaine fois.

- Tu le feras vraiment ? sourit John. Les miracles existent. Je t'aime.

- Mhm.

- Bonne nuit, Sherlock.

- John ?

- Oui ?

- Je te promets.

- Ouais », John frotta le dos de sa main sur sa poitrine. « Moi aussi.

- Bonne nuit. »

Le sommeil était fuyant, la place vide à côté de lui trop évidente. Sherlock évitait souvent de devoir se reposer, mais après quelques disputes au début, il avait choisi de trainer dans la chambre une fois que John décidait de se coucher. Le confort provenant de la chaleur et de la présence à ses côtés était souvent suffisant pour que John oublie toutes les choses bizarres que Sherlock amenait au lit avec lui.

Aux alentours de trois heures du matin, le téléphone sonna, faisant bouillonner son corps d'adrénaline.

« Allo ?

- John. Vérifie si Jim va bien, ordonna Sherlock.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » John sortit du lit.

« Alexander Moriarty a été libéré sur parole cette après-midi en attendant le procès.

- Quoi ? Pourquoi ? »

Jim était toujours replié en boule sous les couvertures, une douce respiration sifflante sortant de son nez à chaque inspiration.

« Aucune idée, je viens de l'apprendre.

- Jim va bien. Il dort profondément.

- Je rentre bientôt. Prends le cadeau d'anniversaire de Mycroft.

- Ça marche. »

John s'habilla et sortit le pistolet de son tiroir caché, le chargea et le glissa dans son étui à l'épaule. Il se déplaçait aussi silencieusement que possible, tendant l'oreille à la recherche de perturbations. Préparé, il s'assit sur le canapé-lit à côté de Jim avec son téléphone, prêt pour une longue veillée. Le garçon se retourna dans son sommeil et sa main atterrit contre la cuisse de John.

Une heure plus tard, l'inquiétude commença à refaire surface, se glissant à travers les parois de son calme glacial. Le téléphone sonna. Il décrocha rapidement, regardant attentivement Jim.

« John, ne panique pas », dit Lestrade fortement, des sirènes hurlants derrière lui. « Sherlock va bien, mais il a été effleuré par une balle, elle lui a entaillé la cuisse. Rien de vital ne semble être touché, mais il est trop shooté par les antidouleurs pour remplir les formulaires. On a besoin que tu viennes à l'hôpital.

- C'était quelqu'un du magasin de comics ? » Il se leva difficilement.

« Un inconnu, grogna Lestrade. Quelqu'un qui passait en voiture. Elle l'a heurté alors qu'il sortait de la voiture pour chercher un café.

- Merde. » John déglutit difficilement. « Très bien. J'arrive. Ne les laisse pas lui donner de la codéine sinon il va vomir.

- Pas de codéine, ça marche. » Lestrade donna un ordre à quelqu'un puis parla à nouveau dans le téléphone. « Ça va aller, John. A tout à l'heure.

- Viens Jim. » Il secoua gentiment le garçon. « Il va falloir se lever maintenant. »

Jim protesta dans son sommeil, mais il laissa John l'emmitoufler dans un manteau enfilé par-dessus son pyjama. John le souleva, répartissant son poids entre ses bras et descendit dans la rue pour appeler un taxi. Une fine bruine s'accrochant aux cils et aux cheveux de John tombait. Il n'y avait aucune voiture en vue et il était en train de se demander s'il ne ferait pas mieux de remonter pour appeler une compagnie de taxi quand quelque chose de pointu lui transperça le dos.

Il tomba durement sur le sol, sa vision partant et revenant. Des mains se tendirent vers lui, arrachant Jim de sa poigne affaiblie et le poussèrent contre le trottoir. Il prit plusieurs respirations saccadées puis poussa sur ses mains pour se relever. Un homme élégant avec une moustache à l'américaine tenait Jim près de lui. Un couteau, luisant avec le sang de John appuyait contre la gorge de l'enfant.

« Je vous conseille de rester parterre, Docteur Watson.

- Eloignez-vous de lui. » John isola la douleur, la prit en compte, puis la repoussa loin dans son esprit. Il n'avait pas le temps de s'inquiéter pour ça.

« C'est mon fils, Docteur, dit doucement le Professeur. Personne n'a plus de droit sur lui que moi.

- Les Westin ne seraient peut-être pas du même avis, cracha-t-il. Où n'avaient-ils eux non plus aucuns droits sur lui ?

- Holmes me l'a donné. » Le Professeur caressa les cheveux de Jim. John scruta le visage du garçon à la recherche de signes de peur ou de colère, mais il était devenu neutre. « Il m'a fait confiance. C'était un honneur. »

Un téléphone sonna. Le Professeur fouilla dans la poche de son manteaux avec sa main libre et en sortit un téléphone portable volumineux. Il parlait tranquillement alors que pendant ce temps la main de John trouvait la crosse de son arme. Les yeux de Jim suivirent le mouvement et John lui fit un clin d'œil en le sortant de son étui.

« Laissez-le partir. Lâchez le couteau et le téléphone portable », ordonna John, pointant le pistolet sur le Professeur.

« Pourquoi je ferai ça ? » Le Professeur regarda l'arme, une légère lueur d'inquiétude passa sur son visage. « C'est pour vous de toute façon. »

Le téléphone fut lancé vers John qui l'attrapa sans réfléchir, puis grinça des dents en réaction à la douleur venant de sa blessure. Il garda son pistolet et ses yeux fermement posés sur le Professeur et répondit,

« Qui est-ce ?

- Bonjour, Docteur Watson.

- M. Holmes. » John ôta la sécurité du pistolet, une partie sombre en lui se délecta de la peur grandissant dans les yeux du Professeur. « Je suis en peu occupé en ce moment.

- Je vous suggère de laisser mon collègue partir avec son fils. » Il avait oublié à quel point cet homme parlait comme Sherlock, utilisant cette voix de velours comme une arme. « Ça serait mieux pour tout le monde, surtout pour vous.

- Merci de vous soucier de moi, mais je pense que ça va aller.

- Vraiment ? » Son amusement suintait à travers le téléphone. « C'est ma créature, Johnny. Tout comme Mycroft. Tout comme Sherlock. Ce sont mes bombes à retardement et vous vous êtes entouré d'elles. Mais vous pouvez empêcher ça cette fois. Vous n'aurez pas à regarder cet enfant dans les yeux au moment de le mettre au lit et de voir tout le potentiel que j'ai caché en lui. Vous n'aurez pas à vous réveiller tous les matins en vous demandant quand l'homme qui dort à côté de vous ou l'enfant dans la chambre au fond du couloir vont se transformer en quelque chose d'abominable. Je suis doué pour créer des monstres, Johnny.

- Ouais ? Il ria. Eh bien il y a un problème ici mon vieux. J'ai réfléchi. Aux échecs.

- Aux échecs ?

- Oh oui. » John changea légèrement de position, regardant le Professeur déglutir difficilement. « Parce que de mon point de vue, c'est échec et mat.

- J'ai envoyé votre compagnon à l'hôpital, je tiens un enfant au bout d'un couteau et vous êtes en train de vous vider de votre sang sur le trottoir. Je pense que vous êtes difficilement en position de gagner quelque chose.

- Vous voyez, vous avez basé vos actions sur une hypothèse erronée. Vous pensez que je suis un pion. Mais je suis la reine M. Holmes. Je vais où je veux, quand j'ai besoin, et personne ne me voit venir. » Il ferma son œil gauche et prit une dernière grande inspiration, ignorant la douleur irradiant sa poitrine. « Vous n'avez jamais fait de Sherlock un tueur, monsieur. J'en suis devenu un pour lui. »

Il laissa tomber le téléphone et tira. La balle atteignit le Professeur entre les deux yeux et John bondit pour libérer Jim de sa poigne avant que le corps ne touche le sol. John serra fortement le garçon dans ses bras. Ce n'est qu'une fois qu'il eut l'oreille près de la bouche de Jim qu'il put entendre qu'il était en train d'hyperventiler sans bruit.

« Tu es en sécurité. John lui caressa le dos. Tout va bien se passer. Peu importe ce qui arrivera, Jim, peu importe qui est là dehors, je ne laisserai jamais personne te faire du mal. »

Ils étaient agenouillés ensemble sous la pluie, le corps refroidissant dans le dos de Jim jusqu'à ce que la vision de John commence à vaciller à nouveau.

« Jim, j'ai besoin que tu ailles me chercher ce téléphone. »

Jim s'éloigna à contrecœur, trottinant vers le téléphone, puis retourna se blottir dans les bras de John. Il composa le numéro de Lestrade avec des doigts tremblants.

« Lestrade.

- C'est John.

- Tu es en chemin ?

- Pas tout à fait. J'ai besoin de deux ambulances et probablement de pas mal d'agents ici. J'ai été poignardé et j'ai tiré sur mon agresseur. Jim était avec moi. Il n'est pas blessé mais je crois qu'il est en état de choc. Tu peux appeler Mycroft ? Il connait surement quelqu'un digne de confiance pour s'occuper de lui.

- Merde, John, à quel point es-tu blessé ?

- Aucune idée », mentit-il avec désinvolture. Il posa son front sur celui de Jim. « Mais si l'ambulance pouvait se dépêcher ça ne serait pas du luxe. Est-ce que Sherlock va bien ?

- Merde avec Sherlock ! Il est déjà en train de geindre et de gémir comme si rien ne s'était passé. » Il y eut une pause, probablement pendant que Lestrade demandait à quelqu'un d'appeler une ambulance. « Qui t'a poignardé ?

- Je te donnerai ma déposition une fois que quelqu'un aura recousu mon dos. » John ferma les yeux, luttant contre la nausée. « Je suis fatigué, Greg.

- Ne t'endors pas, John. Le gamin a besoin de toi alerte jusqu'à ce que les secours arrivent.

- T'as tout compris, patron. » John laissa tomber le téléphone.

L'ambulance arriva quelques minutes plus tard, mais pour John cela semblait être des heures et il s'accrocha de toutes ses forces pour rester conscient. Il y parvint en chuchotant des paroles réconfortantes à Jim. Le garçon était définitivement en état de choc, sa peau était froide et sa respiration trop rapide. Lorsque le personnel médical essaya de l'éloigner il s'accrocha encore plus fortement à John et ne voulut pas bouger.

« La blessure est dans mon dos de toute façon, dit John sèchement. Faites ce que vous pouvez sans l'éloigner. »

Ils firent ce qui leur était demandé et ce ne fut pas avant que la voiture noire de Mycroft ne s'arrête silencieusement derrière l'ambulance et que le bruit familier d'un parapluie frappant le sol ne se fasse entendre qu'il s'autorisa à sombrer dans l'inconscience.

Quand il se réveilla pour la première fois, c'était au son d'ordres aboyés au-dessus d'une civière, et il crut pendant un moment qu'il était de retour à St. Bart's pendant son internat, s'étant assoupi debout après une longue garde. Il lutta pour pouvoir s'excuser, mais quelqu'un lui plaça un masque sur le visage et il se rendormit.

Quand il se réveilla pour la seconde fois, la main de Sherlock serrait étroitement le haut de son bras, son visage était inquiet et ses yeux sombres de panique.

« Sherlock, marmonna John. Qu'est-ce qui ne va pas ?

- John. » Sherlock soupira son nom avec soulagement. « Ne refais plus jamais ça, tu m'entends ?

- Ok. » Il n'était pas vraiment sûr de ce qu'il avait fait, en fait, mais ça semblait judicieux d'acquiescer. « Fatigué.

- Rendors-toi alors. » Sherlock se pencha pour l'embrasser, écartant des tubes et des machines de son chemin pour cela.

Il alterna les phases de conscience et d'inconscience comme cela pendant quelques jours. Les informations percèrent doucement dans son cerveau sous morphine. Le couteau s'était enfoncé dans le muscle de son épaule gauche, laissant la peau en lambeau. Vingt minutes s'étaient écoulées entre la blessure initiale et le début du traitement, laissant tout le temps à son corps pour se vider d'une partie vitale de son sang. La blessure de Sherlock était beaucoup moins impressionnante, même si elle laissait derrière elle une intéressante cicatrice à travers la cuisse droite. La mort du Professeur avait été jugée comme de la légitime défense et toutes les charges retenues pour possession d'arme ont mystérieusement disparu.

La chambre était privée et les heures de visites, bien que pas très strictes, avaient leurs limites. John avait tout le loisir de réfléchir pendant ces moments calmes. Pendant sa dernière soirée à l'hôpital il se tourna vers Sherlock et dit,

« On doit parler. » Une infirmière passa devant la porte avec un chariot dont une roue grinçait. Une demi-heure plus tôt, Jim avait grimpé avec le plus grand soin sur le lit, se blottissant contre le côté valide de John et tombant dans un sommeil profond.

« A propos de quoi ? » Sherlock avait approché la chaise prévu pour les visiteurs près du lit. Il avait un livre fermé entre les genoux, prêt pour quand John s'endormirait à nouveau.

« A propos de ce que l'on est Sherlock. Comment les choses vont être à partir de maintenant. » Les mots résonnaient fortement. « Parce que ça va changer.

- Tu m'as promis. » Sherlock attrapa sa main, la serrant au point de laisser des traces.

« Je ne suis pas en train de briser ma promesse. » John amena leurs mains enlacées à ses lèvres, embrassant les articulations de Sherlock. « Je ne te quitterai jamais, Sherlock. Je ne pense pas que je puisse le faire maintenant, même si je voulais. Tu fais partie de mes organes vitaux.

- Alors de quoi doit-on parler ?

- Je ne reviens pas travailler avec toi. Du moins pendant un moment. Je veux travailler avec les vivants à nouveau, c'était ma passion à une époque.

- Tu adores la médecine légale.

- C'est vrai. » Son petit bureau va lui manquer, tout comme la cohabitation avec les morts silencieux. Les crises d'angoisse d'Alistair et la confiance tranquille de Jennifer vont lui manquer. L'excitation de la chasse à l'homme ainsi que de trouver leur coupable vont lui manquer. « Alors peut-être pas pour toujours, mais j'en ai besoin pour le moment.

- Je ne comprends pas. » Sherlock fronça les sourcils. « Si tu adores ça et que ça va te manquer, pourquoi laisser ça derrière toi ?

- Parce que j'ai besoin de comprendre qui je suis quand je ne suis pas avec toi. Je t'aime tellement… mais il y a cet homme que je suis devenu et je crois que je dois apprendre à le connaitre. » Il continua avant que Sherlock ne puisse l'interrompre. « Et si nous adoptons Jim alors un de nous va devoir avoir des heures de travail plus régulières et une occupation moins dangereuse.

- Si ? » Les yeux de Sherlock s'élargirent et John se demanda comment il avait pu ne pas comprendre plus tôt à quel point s'était important pour son partenaire.

« Il est à nous. John sourit. Tu sais, une fois que je tire sur une personne pour quelqu'un, il se retrouve coincé avec moi.

- Ton sens de l'humour semble aussi avoir été terriblement blessé », dit Sherlock sèchement, mais sa poigne sur la main de John se relâcha en quelque chose de plus affectueux et il se pencha pour l'embrasser. « Et qu'en est-il de l'enquête du Mayfair ?

- J'ai eu ma dose de tueurs en série. » Il frotta son nez contre celui de Sherlock. « Il est temps d'essayer une vie plus calme. Je laisse quelqu'un d'autre l'attraper. »

John décida de passer les prochaines semaines à l'appartement jusqu'à sa guérison. Son congé maladie fut bien utilisé. Il remplit la paperasse pour finaliser l'adoption de Jim, engagea une femme tirée à quatre épingles nommée Anthea comme tuteur et commença à parler avec le Docteur Sarah Sawyer de son idée d'ouvrir un cabinet. Il l'apprécia tout de suite et avait de grands espoirs concernant leur projet.

Quand la plaie dans son dos fut suffisamment guérie pour n'être qu'une légère nuisance au lieu d'une douleur lancinante constante, il décida qu'il était temps de passer à l'action. Un mercredi après-midi il laissa Jim et Anthea, qui étaient plongés dans des livres de chimie, et prit le chemin familier vers Scotland Yard. Il prit son temps, profitant de l'air frais et acheta un journal qu'il décida de lire en entier quand il serait rentré. Quand il grimpa les escaliers vers le département des Affaires Classées, une pointe de nostalgie le prit au dépourvu.

« John ! » cria Jennifer au moment où il franchit le seuil de la porte. « Tu as l'air d'aller bien !

- Oh arrête, je suis une épave. » Il rit et la prit dans ses bras. « Tu es allée chez le coiffeur ?

- Ouais, tu aimes ?

- Ça te va bien. Très professionnel. » Il prit soin de ne pas jeter de coup d'œil à la pile de dossiers sur son bureau.

« Tu sais que Sa Majesté n'est pas là, n'est-ce pas ? Il est sorti traquer son tireur.

- Je sais. Je voulais parler à Lestrade, en fait. Et Alistair s'il a une minute.

- Va frapper à sa porte alors, je vais chercher Alistair.

- Laisse-nous d'abord cinq minutes seuls, d'accord ? »

La porte du bureau de Lestrade était entrouverte. John frappa quand même par principe avant d'entrer.

« Es-tu censé être sur pied aussi vite ? » Lestrade plissa les yeux et John se laissa tomber sur la chaise de l'autre côté du bureau.

« Je suis en bonne santé, lui assura John.

- Tu viens remettre ta lettre de démission alors ? Je ne suis pas sûr de vouloir l'accepter.

- Non. J'ai parlé au DRH et on voit ça plutôt comme une année sabbatique. Au moins un an autre part et on verra après ça. Il semblerait que j'ai un bon dossier et qu'ils soient réticents à me laisser partir.

- Je sais que c'est aussi le cas pour nous. C'est une visite de courtoisie alors ?

- Pas exactement d'après la définition du terme, mais j'ai désespérément besoin de toi en tant qu'ami. »

John expliqua ce qu'il voulait faire. Lestrade était réticent. Alistair entra puis détala presque dès que John lui eut expliqué ce dont il avait besoin. Quand il l'eut calmé après sa crise de panique, John exprima aussi rationnellement que possible comment il était arrivé à la conclusion que ce qu'il voulait faire devait être fait. Un accord à contrecœur fut trouvé, un pacte de silence voté et le plan se mit en place.

A seize heures le lendemain, une perruque noire, un maquillage subtil et un dentier édenté prit dans le kit de déguisement de Sherlock rendirent John méconnaissable. Un badge trafiqué lui donnait le nom d'Inspecteur Riley et il fut enregistré dans les fichiers du Yard. Après quelques coups de fil, on l'emmena dans une salle d'interrogatoire.

Dix minutes plus tard, deux gardes costauds amenèrent Mycroft Holmes Senior et le firent s'assoir de l'autre côté de la table, attachant une chaine de ses menottes au sol. La prison n'avait pas était clémente avec M. Holmes. Ses cheveux, qui avaient été épais et sombres à une époque étaient maintenant devenus gris et fins et sa peau parfaite de porcelaine était devenue grise et grasse. Mais ses yeux n'avaient pas changé. C'étaient les mêmes que Sherlock, gris-bleus et agités. C'était ceux de Mycroft, calculateurs et gris. C'était les yeux que John voyait dans le miroir, fermes et résolus.

« Je vous appellerai si j'ai besoin de vous », dit John aux gardes et ils se retirèrent, ne cachant pas le fait qu'ils les observaient par les fenêtres.

« Inspecteur Riley, merci de me rencontrer, M. Holmes. » Il tendit la main à travers la table et serra une des mains menottées. C'était une longue poignée de mains, trop longue pour le confort de John, mais entièrement nécessaire.

« Que me vaut le plaisir ? » M. Holmes sourit avec les lèvres serrées. « Je croyais que la police en avait fini avec moi.

- Je suis sûr que c'est le cas, mais moi je n'en ai pas fini », dit John doucement. Alistair lui avait dit de parler aussi doucement que possible. Les dictaphones dans ses pièces étaient de mauvaises qualités et n'enregistreraient sûrement rien d'autre que des ondes statiques.

« Ah. » Ces yeux dangereux parcoururent le visage de John, s'illuminant en le reconnaissant. « Et pourquoi tous ces artifices alors ? Je vous pensais du genre direct.

- Je pense qu'on est d'accord sur le fait que vous avez fait plusieurs fausses suppositions à mon propos.

- Je ne vais rien vous raconter, vous devriez savoir ça. » Le sourire de Holmes disparut. « Je ne suis pas un méchant de cinéma.

- Rien de ce que vous pourriez me dire ne m'intéresse. » John ouvrit un dossier plein d'enquêtes sur des personnes disparues et commença à étaler leurs photos. Holmes avait de nombreux visiteurs comme lui, espérant qu'il identifierait plusieurs corps, qu'il permettrait de clore plusieurs affaires. Jouer le jeu rendrait bien devant les gardes et les caméras. « Il y a des choses que je veux que vous sachiez.

- Oh ? » Holmes souleva un sourcil. « Vous devez savoir que vous n'arriverez pas à m'attendrir.

- Il n'est pas question d'attendrissement, monsieur. Seulement des choses que vous devez savoir. L'adoption sera complète la semaine prochaine. Jim sera un Watson. James Westin Watson. Et je vais tout faire pour m'assurer que vous ne touchiez plus jamais à un seul cheveu de sa tête, que ça soit de façon directe ou indirecte.

- Et comment allez-vous m'arrêter ? » Holmes pencha sa tête d'un côté comme un animal curieux. « Je peux passer mon bras à travers ses murs et faire tout ce que je veux. Vous pouvez difficilement m'attaquer ici. La prison est devenue ma plus grande protection.

- Ouais, très ironique, n'est-ce pas ? » John pointa une photo au hasard, une diversion pour les yeux les regardant. « Mais je pense que ça va marcher.

- Qu'est-ce qui va marcher ? Vos petites méthodes d'intimidation ? Holmes ricana.

- Non. » John ouvrit le dossier et y rangea la pile de photo. « C'est dommage que vous n'ayez pas mieux coopéré, M. Holmes. Je dois y aller.

- C'est tout ? » Holmes plissa ses yeux. « Des commentaires cryptés ? Vous pouvez sûrement faire mieux que ça.

- C'est le cas si nous étions encore en train de jouer. Mais je vous l'ai déjà dit, M. Holmes. Vous avez perdu. Maintenant je nettoie seulement l'échiquier. »

Il se dirigea vers la porte et frappa deux fois pour qu'on le laisse sortir. Partir était plus compliqué que de rentrer, mais une demi-heure plus tard il était à nouveau en toute sécurité dans la rue. Il enleva son déguisement dans les toilettes d'un Pizza Hut, emballant attentivement la perruque dans du papier toilette humide. Il ôta ensuite la bague antique bizarre que Lestrade avait dérobé dans un sac de preuve et la jeta dans les toilettes avant de tirer la chasse. Il attendit une minute et la tira à nouveau, juste pour être sûr. Son badge falsifié disparut dans une benne remplit de nourriture en décomposition.

Au moment où il rentra à la maison, aucune trace de ce qu'il avait fait ou d'où il avait été n'était présente sur lui. Il avait même marché exprès sur un chemin boueux dans le parc près de l'appartement pour fausser les conclusions habituelles de Sherlock basées sur la terre sous ses chaussures.

Il découvrit Jim perché sur le haut du canapé, une couverture autour des épaules comme une cape. Il avait une bande dessinée ouverte sur ses genoux et il étudiait le profil de Batman avec la même attention qu'il donnait à toutes ses études. Sherlock était couché parterre sous les pieds pendant de Jim, ses mains jointes sur ses lèvres.

« J'ai l'impression d'avoir raté quelque chose. » John accrocha son manteau.

« Je veux voler », l'informa Jim, sautant soigneusement du canapé et par-dessus Sherlock pour finir dans les bras de John.

« Je n'arrive à trouver aucun moyen logique pour que cela se produise, à part grâce à des leçons de deltaplane qui ont des restrictions strictes quant à l'âge, dit Sherlock. Peut-être que quelque chose comme un trampoline serait de rigueur.

- Où est-ce qu'on mettrait un trampoline ? » John jeta Jim sur le canapé où il bondit à plusieurs reprises puis sauta sur ses pieds et ramassa sa bande dessinée.

« Aucune idée. » Sherlock lui jeta un regard. « Où étais-tu ?

- Je cherchais un nouvel appartement, répondit-il aisément.

- Pourquoi pas celui de Mme. Hudson ?

- Pas temps que son bâtard de mari est présent. Je ne comprends pas pourquoi elle ne porte pas plainte.

Sherlock semblait pensif et John décida de ne pas poser de question. Après tout l'appartement de Mme. Hudson était assez sympa et elle était une gentille dame qui ne méritait pas le mari qu'elle avait.

« Je vais faire à manger alors.

- John.

- Oui ?

- Où étais-tu vraiment ? »

John s'accroupit parterre et passa une main dans les boucles de Sherlock, puis l'embrassa légèrement.

« Je cherchais ton cadeau d'anniversaire. »

Quand le téléphone sonna plusieurs heures plus tard, les pièces du puzzle s'assemblèrent dans la tête de Sherlock. Mais il ne posa pas de questions. Même quand le rapport d'autopsie indiquait la présence de tétrodotoxine dans le système sanguin. Peut-être qu'il devina tout. L'utilisation par John de la bague pour transmettre le poison, l'aide d'Alistair pour le faire disparaitre dans le système informatique et l'action de Lestrade pour le couvrir. Les questions pour lesquelles John s'était préparé n'arrivèrent simplement jamais.

Au lieu de ça il raccrocha et serra fortement John dans ses bras et pour la première fois dans la mémoire de celui-ci, Sherlock pleura.

« Ne pleure pas. » John embrassa ses joues mouillées. « Mon Dieu Sherlock. Pas pour lui.

- Pas pour lui », lui assura Sherlock, les yeux rouges. « Jamais. C'est seulement que tout est fini entre lui et moi et je ne suis pas sûr d'avoir gagné.

- Tu es en vie. Tu m'as moi et Jim et le poids de la police britannique derrière toi. Il n'est plus qu'une tombe anonyme et une histoire effrayante pour les enfants à partir de maintenant. Je pense que tu as gagné.

- Tu crois ? » Sherlock scruta le visage de John comme s'il y cherchait quelque chose de caché, quelque chose de dangereux. « Ce n'est pas vraiment aussi simple.

- Ça l'est si on veut que ça le soit. »

Sherlock prit une inspiration et pendant un moment John crut que ça allait tourner à la dispute ou dans la direction d'une conversation qui ferait trembler les fondations qu'ils venaient de reconstruire. Mais Sherlock ne fit qu'expirer doucement puis hocha la tête.

« Seulement cette fois », annonça-t-il, avant d'essayer les dernières larmes de son visage. « Et seulement parce que je t'aime. »