Voici un chapitre qui vous décevra peut-être par son côté plus statique, moins trépidant que les précédents. Mais il est indispensable pour le déroulement de l'histoire qui s'achemine progressivement et inexorablement vers son dénouement. Merci à tous ceux qui continuent à lire, et merci surtout à ceux et celles qui font l'effort de me laisser leur avis. Les réponses aux reviews anonymes sont en bas de page, pour respecter une coutume vieille déjà de quelques semaines…
Très bonne lecture !!
CHAPITRE VINGT TROIS
INCERTITUDES
-Buvez ça, Potter, et arrêtez de faire des simagrées !
Snape lui tendait un verre empli d'un liquide épais et bleuâtre, sa bouche mince étirée dans une grimace de mépris. Harry le saisit de ses mains menottées et en avala lentement le contenu. Il songea qu'il n'avait fait aucune « simagrée », il avait simplement hésité un instant avant de prendre la potion que lui présentait le Mangemort. Etait-ce étonnant si sa confiance en lui était plus que limitée ?
-Laissez moi vous examiner !
Sans crier gare, Snape tira brutalement le drap et regarda dans quel état se trouvaient le torse et les membres du jeune homme, lui ordonnant sèchement de se tourner afin qu'il puisse voir l'état de son dos. Il grogna quelque chose d'incompréhensible. Harry supposait qu'il le soignait contraint et forcé par le Maître. Les morceaux de verre avaient disparu grâce à un simple sort d'attraction, et la douleur s'était peu à peu atténuée au fil des heures pour disparaître presque totalement, sous l'effet de cette potion reconstituante au goût abominable que l'homme lui faisait avaler. Harry aurait parié que Snape ajoutait délibérément à sa préparation une composante qui avait pour seule fonction de donner au remède ce goût particulièrement écœurant.
-Vous n'aurez même pas une cicatrice ! Après ce que vous avez fait, à la place du Maître, je vous…
-Vous m'auriez laissé crever, je sais. Interrompit Harry, exaspéré.
Les yeux du Mangemort flamboyèrent.
-Méfiez vous, Potter ! Je vous ferai regretter votre insolence !
Harry grimaça un sourire.
-Donnez moi une retenue, comme dans le bon vieux temps !
Tout en sachant qu'il risquait gros, il ne pouvait s'empêcher de faire enrager l'odieux personnage.
En guise de réponse, une bonne vieille gifle tout ce qu'il y a de plus moldue vint s'abattre sur la joue peu charnue du jeune homme, joue qui devint aussitôt écarlate. Dans un grand mouvement rageur de ses robes noires, Snape tourna les talons et sortit de la pièce.
De son ex-professeur, Harry savait qu'il n'avait pas à redouter des regards concupiscents ou des gestes un peu trop caressants. Il craignait plutôt sa brutalité, la haine qui transpirait par toutes les pores de sa peau, et qui allumait dans ses yeux noirs une lueur dangereuse. Harry avait le sentiment que seule la peur de déplaire au Maître retenait Snape de lui jeter des doloris ou de le frapper plus souvent et plus violemment …
L'homme paraissait encore plus maussade que d'habitude. Fallait-il mettre ça sur le compte du fait qu'il soit obligé de s'occuper de Harry, ou y avait-il une autre raison à cette mauvaise humeur ? Le garçon avait entendu quelques heures auparavant des éclats de voix provenant de l'appartement de Snape, attenant à l'infirmerie. Il avait cru distinguer un timbre féminin haut perché s'opposant à celui, beaucoup plus grave, de l'ex-professeur. L'entente parfaite qui avait régné entre Narcissa et lui semblait quelque peu mise à mal…
Depuis qu'il était à l'infirmerie, Harry avait un peu dormi et surtout beaucoup réfléchi. Il s'étonnait de ne pas voir arriver Lucius. S'il était plus que soulagé de ne plus sentir sur lui son regard brûlant, il regrettait aussi vaguement cette sorte de complicité qui s'était établie entre eux. De plus, Lucius était le dernier dans cette Cité de la part de qui il aurait pu espérer une aide quelconque…Mais le Mangemort, après l'avoir torturé comme tous les autres, ne s'était plus montré, ni dans le cachot, ni à l'infirmerie. Avait-il été puni par le Maître ? Haïssait-il désormais son protégé qui avait outrageusement abusé de sa confiance ? Ou n'avait-il tout simplement plus le doit de le rencontrer ?
Harry ne savait toujours pas si Ginny avait échappé à ses poursuivants. Quelque chose lui disait que si la jeune fille avait été rattrapée, Snape, dans sa grande sollicitude, n'aurait pas manqué de le lui faire aussitôt connaître et se serait délecté de son désespoir. Il y avait donc de sérieuses chances de succès de ce côté là et cette pensée le réconfortait, l'aidant à supporter les suites désagréables de son séjour en salle de torture.
Il s'inquiétait pour Ludmila, dont il n'avait aucune nouvelle. Qu'était devenue la jeune femme ? On pouvait supposer que la colère du Maître contre elle devait être à la hauteur de la confiance quasi illimitée qu'il lui avait accordée auparavant. A cette pensée, Harry sentait ses entrailles se nouer …
Dans son lit, il avait les mains menottées devant lui et les pieds attachés au montants de fer, ce qui l'obligeait à rester allongé sur le dos, position qu'il détestait. S'il désirait aller aux toilettes, il fallait qu'il appelle, et Snape, même quand il était dans son appartement directement attenant à l'infirmerie, faisait souvent la sourde oreille, à croire qu'il passait son temps à batifoler avec Narcissa -quand il ne lui hurlait pas dessus…. Un elfe de maison nommé Maniak, aussi grognon et rétif que Kreattur, apparaissait parfois au pied de son lit quand Snape ne se décidait pas à montrer le bout de son nez crochu. C'était une situation humiliante, mais Harry en avait vu bien d'autres…
Quand il était levé, on l'autorisait à faire quelques pas. Au début, il avait eu un mal fou à tenir debout et s'était retenu de justesse aux montants du lit, mais d'heure en heure, il retrouvait plus de force et d'équilibre.
Pour manger, on ne lui détachait pas les mains et il devait se débrouiller comme il pouvait avec sa maigre pitance, assis dans le lit. Harry se félicitait cependant de ses nouvelles conditions de vie. Il avait à boire, à manger, et on ne le torturait plus.
Par contre, il se demandait avec angoisse quels étaient les nouveaux projets de Voldemort le concernant. Il se doutait que si l'homme à face de serpent le maintenait en vie, c'était que dans son programme, le garçon pouvait encore lui être utile. Et malgré l'espoir que cette pensée faisait naître en lui, Harry savait que cela ne présageait rien de bon pour les jours à venir…
Une chose le préoccupait tout particulièrement. S'il se souvenait n'avoir pas révélé trop de choses sous veritaserum, grâce à la formulation maladroite des questions, il s'en voulait terriblement d'avoir avoué que Hermione et Ron étaient au courant de l'existence des Horcruxes. Ses deux amis étaient donc potentiellement dangereux pour Voldemort. Et Harry ne doutait pas un instant que dès lors, le Mage Noir veuille s'en prendre à eux.
-Allez, ma p'tite demoiselle, reprenez un muffin. Vous êtes si maigrichonne !
Ginny ne se fit pas prier. Tout en mangeant, elle observait avec curiosité la cuisine moldue dans laquelle elle se trouvait. Il y avait des machines bizarres qui devaient toutes marcher à « l'életrikcité », de même que la lampe en forme de tube qui éclairait la pièce, fixée au plafond (c'était d'ailleurs plutôt laid). La femme qui venait de lui parler se tenait debout à côté d'elle, la regardant avec attendrissement, ses cheveux roulés autour d'innombrables bigoudis, son large corps enveloppé dans une robe de chambre mauve élimée.
-Ah ça, c't' un drôle de gibier, qu'y z'ont ram'né, mon mari et l'Robert. S'exclama-t'elle pour la énième fois en remplissant à nouveau le bol de Ginny de chocolat chaud. Faut dire qu'avec leur manie d'sortir chasser la nuit ! On n'a pas l'droit, normalement, d'coincer l'gibier avec un projecteur ! Mais ici, y a personne qui s'en préoccupe ! C'est l'bout du monde ! L'garde-chasse, il est saoul en permanence, alors qu'est-c'que vous voulez faire !
En posant quelques questions, l'air de rien, la jeune fille avait appris qu'elle se trouvait dans un village de l'extrême nord du pays, éloigné de tout et oublié de la société.
Ses sauveteurs n'avaient pour l'instant fait aucune allusion à la Cité souterraine, dont ils semblaient ignorer l'existence alors qu'elle devait se trouver à moins de dix kilomètres du village.
De leur côté, ils avaient essayé d'en apprendre plus sur Ginny, mais elle avait esquivé tant bien que mal les questions compromettantes. Visiblement persuadés sans oser le dire qu'elle avait fugué du domicile familial, ils semblaient décidés à prévenir la police le lendemain pour la faire rapatrier. Heureusement, le premier commissariat se trouvait à trente bons kilomètres au moins, et ils avaient renoncé à l'amener immédiatement chez les représentants de la loi, se laissant le temps par la même occasion de trouver une justification à leur présence en pleine nuit dans la forêt. Peut-être espéraient-ils qu'on parlerait d'eux à la « télévision » moldue (une caisse noire bizarre qui présentait des images animées et bruyantes), pour les citer en exemple en qualité de sauveteurs d'une pauvre petite fille sans défense activement recherchée par ses parents éplorés…?
Ils lui avaient donc proposé de l'héberger pour le reste de la nuit, et Ginny n'avait pas eu d'autre choix que d'accepter.
Quand elle fut bien gavée de chocolat et de muffins, elle s'appuya au dossier de sa chaise et bailla ostensiblement.
-Oh, ma pauv' chérie, vous êtes fatiguée, j'vais vous montrer vot' chambre ! Suivez moi !
Elles montèrent un étage et la femme conduisit Ginny dans une petite pièce chaleureuse. Un gros édredon à carreaux trônait sur le lit.
-Oh, vous avez rapporté un morceau d' bois d' la forêt ? Interrogea la brave femme en apercevant la baguette magique que Ginny venait de poser sur la table de nuit avant d'essayer timidement d'actionner l'interrupteur de la lampe de chevet.
-Oui…Ca me sert de… porte-bonheur ! Mentit la jeune fille en souriant.
-Ben alors, c'est qu'ça doit être efficace, vot' grigri, dites ! Heureusement qu'mon mari et l'Robert, y passaient par là cte nuit, hein ? C'est p'tête votre amulette qui les a fait v'nir ? C'est un bois spécial qu' vous utilisez ?
-Oh non, n'importe quel bois peut faire l'affaire !
-Vous l'avez ramassé dans not' forêt ?
-Oui, et vous voyez, ça m'a sauvé la vie !
-Ben j'crois qu'j'vais faire de même, j'irai chercher une p'tite branche de merisier pour m'faire un porte-bonheur. Des fois qu'ça soignerait mon arthrose…Tenez, mettez c'te pyjama, vot' robe, elle est bien trop sale, et déchirée en plus !
La femme lui tendait un vêtement en tissu éponge qu'elle avait sorti d'une commode. Ginny le prit en remerciant, et sa bienfaitrice quitta la pièce en lui souhaitant une bonne nuit.
La jeune fille soupira et s'assit un instant sur le lit pour réfléchir, soulagée d'être enfin seule. Tout était allé si vite qu'elle n'avait pas eu le temps de faire le point sur sa situation.
Elle pensa à Harry, et son cœur se serra. Etait-il encore vivant ? Elle n'avait qu'une vague idée de la mission qu'il s'était fixée, de cette histoire bizarre et effrayante de Horcruxes. Avait-il essayé de tuer Voldemort ? Elle cacha son visage dans ses mains. Il ne fallait pas y penser, et surtout, continuer à espérer. Peut-être que la présence de Ludmila avait permis d'éviter le pire…
Dans un sursaut de volonté, Ginny se leva, se dirigea vers la fenêtre et l'ouvrit. Elle se pencha pour évaluer la hauteur qui la séparait du jardin. Non, c'était impossible, inutile de tenter le grand saut. Elle était donc condamnée à chercher une autre issue… à moins qu'elle réussisse à rapprocher d'un sort d'attraction l'échelle qui était appuyée aux branches d'un arbre fruitier, visible au clair de lune un peu plus loin dans le verger. Le problème serait de ne pas ameuter toute la maisonnée en faisant un raffut du diable…
Ginny n'avait aucune envie d'être conduite au commissariat moldu le lendemain matin. Dès lors, il n'y avait plus qu'une seule possibilité : s'enfuir au plus vite de cette sympathique maison et tenter d'appeler le Magicobus.
-Si je tenais cette Skeeter entre mes mains, je te jure que je la…
-Allons Ron, ne dis pas de bêtise. Elle fait son travail, c'est tout. Elle est odieuse, c'est certain, mais elle n'a rien dit qui n'ait été prévisible, vu les circonstances.
-Pourquoi ne vas-tu pas la dénoncer une bonne fois pour toute comme animagus non déclaré ?
Hermione fronça les sourcils.
-Si elle dépasse les bornes dans ses prochains articles, je lui enverrai un hibou pour me rappeler à son bon souvenir !
-Ah parce que là, pour toi, elle ne dépasse pas les bornes ? Ce torchon là ne te suffit pas ? Tu as vu les horreurs qu'elle raconte sur Harry ?
Hermione soupira. La porte s'ouvrit à la volée et Tonks entra, suivie de George. Elle alla trouver Ron et Hermione qui s'étaient levés et les serra dans ses bras.
-Mission accomplie, mes chéris. Dit-elle en souriant.
-Quoi ? Vous avez …pour la colonne ?
-Oui. Et Maugrey s'est occupé avec succès du médaillon.
Ron saisit George par les épaules et ils se mirent tous deux à exécuter une danse de la victoire, sans doute d'origine amazonienne à en juger par sa chorégraphie particulièrement trépidante et saccadée.
-Attendez, je n'ai pas fini ! Calmez vous, les gars.
Les deux rouquins cessèrent de se déhancher et revinrent entourer la jeune auror aux cheveux roses.
-La colonne…Nous l'avons détruite intégralement. Mais elle s'est reconstituée.
-Quoi ?
-Oui, vous avez bien entendu ! Elle a repoussé presque instantanément, et cette fois, débarrassée des cochonneries qui se cachaient à l'intérieur.
-Repoussé ? Ca alors ! Mais c'est…S'écria Hermione, l'expression inquiète mais les yeux brillants.
-Comme un bananier tropical de Chourave ! Oui, Hermione, c'est de la Magie ! Se moqua George. Godric Gryffondor devait avoir certains talents, d'ailleurs sinon, on ne parlerait plus de lui depuis belle lurette!
-Mais on est sûr que…que le Horcr…Bégaya Ron.
-Puisque Tonks te le dit, abruti !
-Donc, ça veut dire qu'on pourra peut-être quand même s'en servir pour aller narguer Rusard ?
-Ca, ça reste à voir…L'emplacement de la figurine existe-t'il toujours ? Demanda Hermione.
-Impossible de le vérifier. Il nous a semblé que ça n'était pas le plus important. Mais ce qui est intéressant, c'est que si Vous-savez-qui vient vérifier que son Horcruxe est toujours en place, il risque de n'y voir que du feu.
-Tu crois qu'il ne testera pas la colonne ?
-Pour détruire un Horcruxe, il faut l'anéantir intégralement. Personne n'aurait pu imaginer, même pas Tu-sais-qui, que cette colonne, une fois détruite, renaîtrait de ses propres débris. S'il la voit sur pied, il pensera qu'elle est intacte, il ne lui viendra même pas à l'idée de la tester. Enfin, espérons le ! Vous savez, elle est vraiment identique, avec les mêmes marques, la même usure…
-Mais…Comment faire savoir tout ça à Harry…Gémit Hermione en se laissant tomber lourdement dans un fauteuil.
-Allons, Hermione ! On trouvera une réponse à cette question là aussi. Dit Ron en se baissant pour l'enlacer avec tendresse, tandis que George retournait dans son magasin après leur avoir jeté un regard narquois et que Tonks étreignait Molly qui venait d'entrer à son tour, toute essoufflée et échevelée.
-J'ai reçu une lettre de Charlie, mes enfants ! Claironna-t'elle. Il arrive incessamment sous peu ! Avec tout ce qui se passe, je suis bien contente de le voir abandonner quelques temps ses dragons pour venir nous soutenir ! Quant à Bill, il est à la maison. Et bien heureusement, il a laissé sa petite femme en France, inutile de la mettre en danger, surtout si … ! Oh, pardon, je n'ai rien dit, c'est beaucoup trop tôt pour en parler !!
Voldemort faisait les cent pas dans son salon, extrêmement agité. Il venait de rentrer après une absence d'une petite heure, durant laquelle il avait voulu s'assurer que le médaillon de Serpentard était toujours à sa place, dans la grotte. Pour cette expédition, il s'était fait accompagner de Pettigrew, Snape et Mc Nair, mais n'avait désiré garder avec lui à son retour que le seul Peter. Ce dernier frétillait, flatté de cette distinction.
-Je suis inquiet, Queudver, très inquiet. La disparition du médaillon est une catastrophe. Dire que je l'avais si bien protégé, au fond de cette grotte ! Tu as vu à quel point c'était ingénieux, n'est-ce pas ? Mais qui sait, le médaillon est peut-être détruit à l'heure qu'il est ! Je suis persuadé que c'est Dumbledore qui a fait le coup, comme je suis certain qu'il est allé en personne se saisir de la bague familiale bien avant que je me décide à aller la récupérer dans les ruines de la maison de mon grand père. Seul un sorcier de son envergure pouvait avoir l'intelligence et la puissance nécessaires ! Et dans un cas comme dans l'autre, il m'a pris de vitesse, et tout ça avant de mourir. Puisse-t'il rôtir éternellement dans les flammes de l'enfer !
-Mais il reste la colonne, Maître !
-Certes…Apparemment, elle a échappé à la perspicacité diabolique du vieux fou. C'est le dernier rempart, et je redoute une attaque contre elle. La relève est-elle bien organisée ?
-Oui, Maître. Quinze hommes se relaient pour garder la colonne nuit et jour, par groupes de cinq.
-Bien. Dès que je serai en place au Ministère, je m'occuperai de reconstituer cette forteresse qui me protégeait. Et je commencerai par…ce cher Potter. Continua Voldemort, sa voix se réduisant à un murmure. En le tuant, je pourrai réaliser un nouveau Horcruxe. Il me faut simplement trouver un objet réceptacle. Cela ne devrait pas être trop difficile…Pour Potter, il faut bien évidemment l'épée de Gryffondor, qui est toujours à Poudlard… Je dois absolument trouver le moyen de me la procurer. Maintenant que le vieux n'est plus là…Severus saura me conseiller, il doit connaître tous les passages secrets…
Le Maître se parlait à lui-même, ayant oublié la présence discrète de son fidèle serviteur. Etrangement essoufflé, il se tenait la poitrine comme s'il souffrait d'une vague douleur cardiaque. Il monta soudain à nouveau le ton pour s'adresser à Pettigrew.
-Il n'y a toujours eu aucune alerte, Queudver ? Si elle a survécu, la gamine a pourtant dû signaler l'existence de la Cité, et je suppose que des recherches doivent être déjà menées pour nous localiser ! Quand je pense à la stupidité, à l'incompétence d'Amycus ! Un séjour au cachot ne suffira pas à lui faire payer son échec ! Mis en déroute par deux chasseurs moldus ! Tu te rends compte, Queudver ? Il a beau dire que la gamine était morte, il n'en n'a aucune preuve, il a filé avant de s'en être assuré ! En ce moment, mes Mangemorts rivalisent d'incompétence et de négligence ! Nous sommes tombés bien bas, à force d'immobilité dans ces souterrains. Il est grand temps que nous en sortions !
-Les moldus étaient armés jusqu'aux dents, Maître, si j'ai bien compris.
-Allons, Queudver, même armés, deux moldus ne devaient pas être bien difficiles à éliminer. Et la petite s'enfuyant fera bien plus de dégâts en donnant l'alerte que ne l'aurait fait la mort de deux braconniers dans la forêt ! Personne n'en n'aurait parlé, ni chez les moldus, ni chez les sorciers !!
-Pour l'instant, les guetteurs n'ont rien remarqué d'inhabituel. Peut-être est-il encore trop tôt. Ou alors, la jeune fille n'a pas survécu ! Selon Amycus, en supposant qu'elle était vivante après l'attaque du loup-garou, les moldus qui l'ont recueillie ont sans doute profité d'elle pour s'en débarrasser ensuite…A l'en croire, elle était très…dénudée dans sa tenue en loques.
-Espérons que tu aies raison, Queudver. Dit Voldemort en ricanant. Si ces moldus l'ont violée, ils n'iront pas le crier sur les toits et nous serons tranquilles. Je vais quand même aller trouver Ludmila. Elle verra la petite dans son Miroir si elle est encore en vie. Tant qu'on y est, je vais lui faire chercher le médaillon, et localiser les deux gamins, les amis de Potter, dont il va falloir nous occuper très rapidement.
Drago Malefoy broyait du noir. Depuis qu'il était revenu au bercail, au milieu de la nuit, il tournait en rond dans sa chambre comme un lion en cage. S'il avait pu rugir de colère, il ne se serait pas privé de le faire, au risque de réveiller ses camarades.
Il revoyait encore la scène affreuse où Ginny, sa silhouette fragile illuminée par les projecteurs, s'était affalée dans la boue et où un loup-garou surexcité s'était jeté sur elle, l'écume aux lèvres. La bête avait-elle eu le temps de mordre la jeune fille ? Drago était incapable de le dire. Il s'apprêtait à jeter un sort sur l'immonde créature quand le moldu s'était servi de son arme étrange pour tuer la bête.
Drago s'était senti désorienté. Affolés par la présence de ces hommes bien armés à l'aspect insolite et par la mort du loup-garou, ses confrères cherchaient à fuir. S'il était effectivement difficile de s'attaquer à ces barbus à l'allure préhistorique qui se protégeaient derrière les portières de leur grosse machine et semblaient experts dans le maniement de leurs armes, Drago aurait voulu à tout prix le tenter, surtout pour pouvoir reprendre Ginny, l'empêcher de filer avec ces hommes qui, en plus, risquaient d'abuser d'elle. Mais Amycus l'avait saisi par le bras, lui affirmant que la jeune fille écrasée sous le loup-garou était morte, et l'avait entraîné avec lui malgré ses efforts pour se dégager, transplanant juste à l'entrée de la Cité, où les guetteurs leur avaient ouvert les portes.
On les avait délivrés du sortilège repousse-loup-garou, qui les avait jusque là désagréablement imprégnés d'une odeur aigre de pipi de chat. Et dire que durant toute la poursuite, Amycus, qui était le meneur de l'expédition, avait obligé Drago à rester en retrait, expliquant que le sort n'était pas forcément très efficace et qu'il ne fallait pas s'approcher des loups-garous !
Puis Amycus et ses confrères étaient partis faire leur rapport au Maître, visiblement inquiets de sa réaction, tandis que lui, Drago, rejoignait ses quartiers, furieux et désespéré.
Un véritable naufrage, cette expédition ! La vie sans Ginny lui semblait soudain si terne, si peu digne d'être vécue qu'il se serait bien endormi cette nuit profondément pour ne plus se réveiller. Il retourna se servir un verre et se laissa tomber sur son lit en gémissant.
Allons, il ne devait pas se décourager. C'était indigne d'un Malefoy. Bientôt, lui et tous les disciples du Maître règneraient sur le monde sorcier. Il serait tout puissant, et s'emparer de la petite Weasley n'aurait rien de bien compliqué. Toute leur famille serait coffrée, et il disposerait du droit de vie et de mort sur la demoiselle.
Car il ne pouvait croire qu'elle fût morte. Il lui avait semblé la voir bouger les jambes alors que le monstre la couvrait de son corps…
Oui, d'ici quelques jours, plus personne ne viendrait s'interposer entre la jeune fille et lui.
Car Potter allait mourir. A cette pensée, il se sentait reprendre courage. Le Maître ne tolèrerait pas que ce sale traître, ce sang-mêlé, cet usurpateur promène encore sa morgue et son arrogance dans les couloirs de cette Cité. Pendant que Drago rêvassait sur son lit, Potter devait être entrain de crier et de supplier qu'on le laisse mourir, brisé, déchiqueté, défiguré, désossé, dé…détruit.
Oui, Drago pourrait vivre heureux le jour où Potter serait mort, définitivement disparu, balayé. Et ce jour était proche.
Lucius Malefoy souleva la bouteille de whisky et s'aperçut qu'il en avait vidé plus de la moitié en une heure. Il s'en servit néanmoins un nouveau verre, bien qu'il sût pertinemment qu'il était sur une mauvaise pente.
Il y avait maintenant trois jours qu'il n'avait pas revu Harry, et il tentait de s'étourdir par tous les moyens pour éviter de penser au jeune captif.
Narcissa passait la nuit avec lui et redoublait d'inventivité et d'audace pour le satisfaire. Du coup, il s'effondrait après leurs ébats et dormait comme une souche jusqu'au petit matin.
Dans la journée, quand il ne s'entraînait pas jusqu'à l'épuisement face à ses confrères, il venait jouer à des jeux de hasard chez les Lestrange, où il passait son temps à fumer de ces cigarettes aux effets merveilleusement hallucinogènes que Nott se procurait on ne savait où et qu'il monnayait fort cher…
Lucius avait tout essayé, évitant à tout prix de se trouver seul et désœuvré. Il tentait de se persuader qu'il était guéri de sa coupable obsession, rigolant et se moquant comme les autres du jeune Potter qui croupissait dans un cachot insalubre, réduit à l'état de déchet.
Quand on avait transporté le garçon à l'infirmerie, Snape, qui lui battait pourtant de plus en plus froid, sans doute à cause du comportement de Narcissa, lui avait bizarrement proposé de venir le seconder dans les soins à apporter au gamin. Que cherchait l'ex-espion en l'invitant ainsi à l'accompagner ? A tester son détachement face au jeune captif ? Ou à le mettre en porte-à-faux vis à vis du Maître ? Affreusement tenté d'accepter, Lucius avait eu la force de refuser, le cœur secrètement déchiré. Il ne voulait surtout pas voir Harry, de peur de rechuter, et il avait clamé haut et fort que Potter pouvait crever à l'infirmerie comme ailleurs et que son sort lui était totalement indifférent.
C'était le soir, Narcissa n'était pas encore là, et Lucius soupira. Il appela Ken et lui ordonna d'apporter le repas. Il n'avait pas faim, mais il avait trop bu et il savait que s'il mangeait, ses pensées retrouveraient un peu de cohérence. Tandis que l'esclave s'affairait, il lui demanda négligemment :
-As-tu des nouvelles de Harry Potter ?
Le jeune homme se tourna vers lui, surpris et visiblement content que son maître lui posât cette question.
-Je sais qu'il est à l'infirmerie, et qu'il va beaucoup mieux, monsieur. Il paraît qu'il peut se lever et qu'il marche, quand quelqu'un est là pour le détacher de son lit. Monsieur n'est pas encore allé lui rendre visite ?
Lucius eut un geste d'agacement.
-Pourquoi irais-je le voir ? Bougonna-t'il hargneusement, tandis qu'il se représentait avec un très agréable frisson Harry Potter attaché à son lit.
Que Ken en sût autant au sujet de Harry n'avait rien de surprenant. Les rumeurs circulaient vite parmi les elfes et les esclaves.
-Et qui s'occupe de lui ? Interrogea-t'il encore en regardant ses ongles.
-Monsieur Snape, et aussi Maniak, un elfe pas très commode. C'est par lui qu'on a quelques nouvelles. Il déteste Harry et se plaint à chaque fois qu'il revient de l'infirmerie de toutes les corvées qu'il doit y exécuter.
Lucius mangea peu et vite. Il s'apprêtait à gagner son lit pour y attendre Narcissa quand sa Marque se mit à le brûler.
Sans attendre, il transplana et se trouva dans le salon du Maître. L'absence du serpent et accessoirement, celle de la devineresse, parut étrange à Lucius qui s'était habitué à les voir dans la pièce, le serpent enroulé près du feu. Du coup, le Maître, dans sa grande cape noire, semblait cruellement seul.
-Lucius, je voudrais que tu te joignes à moi demain matin. Dit le Maître sur un ton impérieux. J'ai l'intention d'expliquer à Potter le rôle qu'il devra jouer dans notre Prise de pouvoir.
-Maître, je préfèrerais m'en abstenir, si vous n'y voyez…Dit Lucius avec précipitation, mais Voldemort ne le laissa pas terminer.
-Non, Lucius. J'ai besoin de toi. Dans deux jours, nous serons à la tête du monde sorcier, et nous devons absolument faire corps dans ce moment crucial. Je comprends fort bien que tu ne tiennes pas à te trouver face à Potter, mais il est important que chacun de nous se montre inflexible, fort et déterminé. Je veux me présenter à lui en compagnie de mes plus fidèles amis, dont tu fais partie. Il ne doit percevoir aucune faille, aucune dissension entre nous. Nous devons former un front uni. Comprends-tu ?
Lucius hésita avant de répondre.
-Cette réunion aura-t'elle lieu dans l'infirmerie, Maître ?
-Non, Lucius, dans la bibliothèque. Je l'y ferai amener. Et là, je lui présenterai le déroulement des opérations. Il doit savoir qu'il aura à montrer un visage et un corps impassibles et paraître absolument convaincu d'œuvrer à nos côtés pour la bonne cause. Au moindre faux pas de sa part, c'est Radulescu qui sera éliminée. Les choses doivent être bien claires dans son esprit.
-N'est-ce pas trop risqué, Maître ? Pensez-vous que Potter sera capable de jouer ce rôle, dans l'état où il se trouve ? Il n'en est plus à un acte désespéré prêt…
Voldemort allait répondre vivement, mais il hésita soudain, comme si les paroles de Lucius venaient d'entrer en résonance avec ses propres pensées.
- Oh, Lucius…Je me sens fatigué depuis quelques temps…Vraiment épuisé. Quand tout cela sera fini, je prendrai quelques jours d'un repos bien mérité. Au fond, tu as raison...c'est assez risqué, d'emmener le garçon avec nous demain, même s'il est de toute façon hors de question de lui donner une baguette. S'il est surveillé de trop près, cela paraîtra suspect … Alors…serais-tu en train de suggérer que nous utilisions du Polynectar, et que nous présentions un faux Potter au monde sorcier ?
-Je n'y avais pas pensé, Maître, mais cela pourrait être une solution, en effet.
Voldemort fit quelques pas, réfléchissant. Puis il se tourna à nouveau vers Lucius.
-Bien. Je vais mettre au point ce nouveau projet qui me paraît très intéressant. La réunion est cependant maintenue.
-Ma présence est-elle vraiment indispensable ? risqua encore Lucius d'une voix très basse.
-J'ai déjà répondu à cette question, Lucius. Le rendez vous est à 9h. Tu peux disposer. Je te souhaite une bonne nuit.
Malefoy se leva et inclina la tête avant de disparaître en touchant sa Marque.
…………………………………………….
En revenant dans son salon, il trouva Narcissa qui l'attendait, vautrée dans le canapé. Elle fit un geste pour l'attirer vers elle. Décidément, elle semblait redécouvrir avec enthousiasme les joies de l'entente conjugale…Il la rejoignit et l'enlaça. Tandis qu'elle se mettait à se tortiller lascivement sous ses caresses distraites, il réfléchissait fébrilement.
Dès le lendemain, il allait revoir Harry. Il ne se sentait pas prêt. Pourtant, il n'avait pas le choix. Il aurait à se surveiller sévèrement. Le Maître ne devait percevoir chez lui aucune faiblesse.
Mais comment faire pour rester de pierre quand on amènerait le jeune prisonnier menotté devant lui ? Le simple fait de se représenter la scène le mettait dans un état de tension et d'excitation incontrôlables. Etrangement, il se sentait comme un homme debout au bord d'un gouffre, poussé par un vent violent, prêt à basculer d'un instant à l'autre dans l'abîme.
Il se dégagea des bras de sa femme et se leva brusquement, s'éloignant du canapé. Surprise, elle protesta vigoureusement, déçue et humiliée. Sans la regarder, il se dirigea vers la chambre et articula d'une voix si assourdie qu'elle en était à peine audible :
-Non, Narcissa, cette nuit, je voudrais dormir tranquille. Je suis épuisé. A demain matin !
Pas trop déçus, pas trop lassés de cette situation apparemment sans issue ? Faites le moi savoir en cliquant sur le bouton bleu, vous me donnerez envie d'écrire la suite qui me fait quelque peu transpirer…
Lefandeharry : Merci pour ta fidélité et ton enthousiasme…Je ne sais comment te dire à quel point ça me stimule de te savoir toujours là, et de recevoir tes encouragements ! A bientôt !
Cucarracha : Tiens, une revenante ! Aha, tu penses que Lucius est incapable de renoncer à Harry ?Difficile de te répondre sans dévoiler la suite, mais bien-sûr, tu es dans le vrai. Ce cher Lucius est soumis à des vents contraires particulièrement violents, mais il a encore un rôle très important à jouer dans cette histoire. Merci pour ta review !!
Liv : Alors comme ça, tu aimes bien quand Harry se fait torturer !! Il faut avouer que notre grande JK Rowling elle-même montre souvent un certain plaisir à lui faire subir les pires traitements, si bien qu'on se sent autorisé à en rajouter des tonnes dans les fics…De là à s'interroger sur le comment et le pourquoi de ces tendances sadiques…Hum…Ca sert sûrement de défouloir. –Oui, Harry est sensé se tenir aux côtés de Voldemort, ça va être un peu compliqué à gérer, comme situation. Tu en sauras plus en lisant ce chapitre.- Voldemort garde Ludmila en vie car il se sert encore d'elle, comme tu le verras .- Lucius ? Hum…Tu as raison, il tient beaucoup à Harry et se trouve passablement désorienté, face à l'obligation de faire un choix décisif. Que va-t'il entreprendre ? Je n'en dis pas plus, bien sûr. –Tous les horcruxes sont détruits, ouf, mais le plus dur reste à faire, et seul Harry peut s'en charger. Et il ne sait même pas que la voie est libre !! - Ginny sauvée…Tu as été surprise que deux chasseurs moldus aient pu mettre en déroute une bande aussi redoutable de mangemorts doublés de loups-garous, et tu n'es pas la seule…Oui, j'aurais dû prévoir au moins trois grosses 4/4 pleines de chasseurs armés de bazoukas, ça aurait fait plus crédible. J'essaye de récupérer le truc tant bien que mal dans ce nouveau chapitre…-Ah oui, Ron et Hermione…Harry les a balancés… espérons que Voldemort leur laissera le temps de maudire tout leur saoul cette chère Rita et sa pseudo-psychanalyse de café du Commerce ! -Merci encore pour tes reviews attentives et j'espère, j'espère à très bientôt !!
Et voilà, n'oubliez pas le pourboire !!
