POUR LANA 51 !

Comme lefandeharry me l'a demandé (et je ne peux rien lui refuser !), je commence par une annonce en solidarité avec LANA51, une « auteure » dont la fic va être supprimée sous prétexte qu'elle n'aurait pas respecté un détail du règlement - exprimé exclusivement en anglais, donc dans un jargon incompréhensible et gravement indigeste pour nous autres malheureux petits français monoglottes (ça existe, ce mot là, à votre avis ?) .De plus, elle a été dénoncée par un de nos compatriotes extrêmement zélé qui n'a rien d'autre à faire que de traquer les pauvres auteurs coupables de commettre une infraction au règlement du site. Un vrai petit Rusard en herbe, ce jeune homme ! Je présume que ces fameuses transgressions ne devaient pas être bien graves (je suis allée voir la fic en question et je n'ai rien vu de choquant, mais je ne m'appelle pas Ombrage). Je soutiens donc énergiquement LANA 51 dans son combat pour sa survie sur ce site !

Et maintenant, bonjour à tous ! J'espère que vous avez passé de bonnes vacances,( pour ceux qui ont eu la chance d'en avoir). Voici la suite de « Maîtres Chanteurs », dont vous semblez vous lasser sérieusement car vous n'avez pas été bien nombreux à me laisser des reviews. Je remercie de tout cœur les trois (en fait, quatre depuis lundi) lecteurs qui l'ont fait -contre vents et marées-, m'évitant ainsi de sombrer dans la déprime et surtout, me donnant le courage de continuer à écrire cette histoire (à propos, précision inutile: les RAR sont en fin de chapitre).

J'envisage d'écrire une suite à cette fic (qui va compter encore quelques chapitres, rassurez vous, hum hum…!), si par vos reviews, vous vous montrez un tant soit peu intéressés. A vrai dire, de vos demandes ou suggestions peut dépendre la manière dont je vais conclure -ou ne pas conclure- cette histoire…Et même, pour vous mettre encore plus sur la piste, j'hésite à faire -ou non- mourir un personnage (Ah, les auteurs sont tout puissants !)…Lequel ? Héhé…Les paris sont ouverts. En tout cas, son sort devrait décider de beaucoup de choses. Je compte donc sérieusement sur vos actives contributions !

CHAPITRE VINGT QUATRE

DERNIER RECOURS

-Mets toi à genoux devant ton Maître !

Malmené et secoué par les gardes qui l'encadraient, Harry sembla vouloir résister un instant, puis fléchit une jambe et tomba sur les genoux.

-Es tu décidé maintenant à te soumettre à ma volonté ? Martela le Mage Noir, la voix vibrant d'une colère difficilement contenue.

Le garçon opina légèrement de la tête.

-Réponds distinctement !

-Oui.

-OUI, MAITRE !

-Oui, Maître.

-Bien ! Nous pouvons commencer. Dit Voldemort plus calmement.

Le Mage Noir était assis dans un fauteuil de la bibliothèque, entouré de Snape et Malefoy, debout de part et d'autre de son siège. Ils se trouvaient déjà dans la pièce quand on avait amené le prisonnier. Malgré ses efforts pour rester neutre, Lucius avait tressailli en le voyant entrer, les mains liées derrière le dos, tenu par deux gardes masqués.

Le garçon semblait amaigri, son visage était pâle et ses yeux, cernés d'ombres grises, paraissaient plus grands, comme dilatés par l'angoisse. Il n'en était pas enlaidi pour autant, bien au contraire. Mais il ne restait rien des traits de l'enfance qui avaient subsisté jusque là sur son visage, comme si ces quelques jours l'avaient brutalement mûri. La ligne de sa mâchoire s'était durcie et plus aucune rondeur ne venait adoucir ses joues blêmes.

Son regard hanté avait balayé la pièce, puis s'était rapidement abaissé. Cherchait-il à éviter celui du Maître, de peur que ce dernier s'infiltre dans ses pensées ? Ou était-il brisé au point d'être devenu incapable de soutenir le regard écarlate ?

-Harry Potter, tu es au courant que ton Maître va dès demain prendre le pouvoir, pour se trouver à la tête du monde sorcier en tant que nouveau Ministre de la Magie.

A ces mots, Harry releva brusquement la tête et regarda Voldemort avec une expression de stupeur horrifiée.

-Tu as l'air surpris. Il semblerait que les informations soient mal passées…

Etait-ce un reproche que le Maître adressait indirectement à ses lieutenants ? Pour le coup, Lucius ne se sentit aucunement concerné. Il n'était plus sensé rencontrer Harry depuis plusieurs jours.

La bouche du garçon s'entrouvrit, comme s'il s'apprêtait à parler. Mais aucun son ne franchit ses lèvres.

-Mon projet était de te présenter demain au monde sorcier, debout à mes côtés, au moment de la Prise de Pouvoir. Toute la communauté magique est prévenue et nous attend avec impatience. Le ministre Scrimgeour a officiellement accepté - via la presse- de se soumettre à mes exigences, il aura donc laissé la place, et tous les regards seront braqués sur nous… Mais après réflexion, j'ai pensé qu'il serait plus facile pour toi de rester ici, et que nous fassions voir ton double à la communauté magique…

Le garçon n'avait pas l'air de comprendre. Ses yeux élargis fixaient toujours le Maître sans ciller.

-Tu ne saisis pas, Potter ? Snape serait-il dans le vrai quand il parle de toi comme d'un jeune imbécile ? Je vais donc essayer d'éclairer ta lanterne. Nous allons faire boire à un des nôtres du Polynectar, et le monde sorcier aura ainsi le privilège insigne de retrouver enfin le grand Harry Potter, son héros de toujours, se tenant fièrement aux côtés du Maître !

Harry avala sa salive, et Lucius, qui le regardait avec une attention soutenue, sentit son rythme cardiaque accélérer brutalement. Le garçon avait plongé ses yeux dans les siens, et s'y accrochait désespérément. C'était clairement un appel au secours. Les mains moites, Lucius serra les dents et détourna précipitamment le regard.

-Qu'en penses-tu, Potter ? Es-tu satisfait de savoir que tes amis vont bientôt pouvoir contempler ton image dans la presse, souriant et répondant aux ovations de la foule, heureux de me seconder ?

-Non… Dit doucement Harry, mortellement pâle, en baissant à nouveau les yeux.

-Endoloris !

Lucius sentait la sueur dégouliner sur son front et le long de son dos tandis que le garçon se contorsionnait sur le sol, gémissant de douleur entre ses dents serrées.

Voldemort mit fin au maléfice et ordonna d'un signe de tête aux gardes de remettre le prisonnier sur pied.

-Le jour où tu accepteras clairement de tourner le dos au passé et de profiter de la chance qui t'est offerte, tu sortiras de l'ombre et tu prendras ta place à mes côtés. Nous n'aurons plus à recourir à un artifice. Mais au moindre faux pas, ceux qui te sont chers disparaîtront. A commencer par Radulescu. As-tu bien compris ce que j'attends de toi ?

Haletant, Harry releva la tête. Ses yeux, derrière les mèches de cheveux noirs qui lui tombaient sur le front, étaient brillants de larmes.

-Oui, Maître. Réussit-il à articuler, le souffle court. Il renifla.

-C'est ça, bravo, mon garçon. Dès que tu t'estimeras prêt à te joindre à moi de ton plein gré, tu me le feras savoir et je te donnerai la place qui te revient. Est-ce clair ?

-Oui, Maître. Dit encore Harry dans un murmure.

-Maintenant, viens ici baiser ma main. Ordonna Voldemort.

Lucius se tourna vers lui, surpris. Pourquoi le Maître exigeait-il cela du gamin ? Etait-ce pour l'humilier davantage ?

Les gardes poussèrent Harry en avant et le forcèrent à s'agenouiller devant le Maître. Ce dernier tendit le dos de sa main osseuse et un des gardes appuya sur la tête du garçon jusqu'à ce que sa bouche effleure la peau blanche de Voldemort. Le Mage Noir se mit à rire et de son autre main, saisit la chevelure rebelle de Harry qu'il entreprit de tirer et de secouer dans un geste à la fois affectueux et cruel. Puis, ostensiblement, il arracha un cheveu noir et le tendit à Severus qui le saisit, l'air satisfait, et le glissa aussitôt dans une boîte allongée en forme de plumier qu'il avait sortie de sa poche.

Dès qu'il le put, le garçon se rejeta en arrière comme s'il avait atrocement manqué d'air et son regard affolé chercha à nouveau celui de Lucius.

Très mal à l'aise, Malefoy sentit son cœur se déchirer et détourna une fois de plus les yeux. Il était au supplice. Voldemort avait attrapé Harry par le menton et tirait son visage vers lui.

-Il n'est pas trop tard, mon garçon. Dit à mi-voix le Mage Noir. Si ton comportement est irréprochable, j'aurai peut-être de l'indulgence à ton égard et malgré la gravité des actes que tu as commis, je te laisserai une nouvelle chance.

Il écarta la mèche qui cachait la cicatrice et appuya le bout de son index sur l'éclair rougi. Harry ne put retenir une grimace de douleur qui n'échappa pas à Lucius. Voldemort rit à nouveau et lâcha le menton du garçon.

-Je vois que tu as retrouvé une santé parfaite, tu n'as donc plus de raison de rester à l'infirmerie. Severus, je te félicite pour l'efficacité de tes soins. Demain, le monde magique va retrouver son jeune héros, et nul ne sera capable de faire la différence entre la copie et l'original. Gardes, vous amènerez Potter à son cachot, dont il ne bougera plus jusqu'à ce qu'il soit disposé à tenir son rôle dans notre grande et noble tâche de reconstruction du Monde Magique.


-Oh Ginny, il faut que tu manges, ma chérie ! S'écria Molly Weasley en remplissant à nouveau l'assiette de sa fille de pancakes dégoulinants de beurre.

-Maman, je n'en peux plus, voyons ! Je suis incapable d'avaler une bouchée de plus. Si tu continues à me gaver comme ça, je vais vomir !

-Mais c'est que tu as tellement maigri, ma pauvre petite !

Depuis que Ginny était rentrée deux jours plus tôt, déposée en pyjama-éponge au petit matin par le Magicobus non loin du domicile familial, aussi secouée et malade que si elle avait passé la nuit dans une centrifugeuse, sa mère tentait par tous les moyens de la suralimenter et bien qu'elle fût touchée de toutes les attentions de son entourage, elle n'en pouvait plus.

Elle avait beaucoup parlé, beaucoup pleuré, beaucoup dormi. Et accessoirement, beaucoup trop mangé.

Rapidement alertés, les membres de l'Ordre du Phénix s'étaient tous réunis au Terrier quelques heures après le retour de la jeune fille. Il lui avait été demandé de faire un compte rendu rapide et précis de sa période de captivité, en n'omettant si possible aucun détail significatif. Impressionnée par la présence, entre autres, du professeur Mc Gonagall, Ginny avait tout d'abord bafouillé et hésité avant de trouver une élocution plus claire et posée. Assise dans un fauteuil du salon, le visage pâle et grave, elle avait décrit à peu près tout ce qu'elle avait vécu et dévoilé tout ce qu'elle savait, sans évoquer cependant le comportement de Drago à son égard, ainsi que ce qu'elle croyait savoir de celui de Lucius vis à vis de Harry.

L'Ordre avait décidé de garder secrète l'évasion de la jeune fille, afin que les Mangemorts ne se lancent pas aussitôt à sa poursuite. Les employés du Magicobus étaient tenus par un devoir de réserve et ne diraient rien dans l'immédiat, du moins fallait-il l'espérer. Quant aux chasseurs moldus, on pouvait supposer qu'ils renonceraient à faire connaître publiquement leur opération de sauvetage avortée…

Quand Ginny avait parlé de Ludmila devant l'Ordre, Charlie, qui venait de rentrer de Roumanie, avait pris la parole à son tour, le visage empourpré, expliquant que la devineresse était son amie depuis plusieurs années et que tous les deux avaient risqué ce plan fou d'inventer une nouvelle prophétie pour détourner Voldemort de son obsession meurtrière à l'égard de Harry. Le grand frère de Ginny se réjouissait de savoir que ce plan avait à demi réussi, mais il se montra extrêmement inquiet en apprenant que sa petite sœur avait quitté Harry et Ludmila au moment où ils s'apprêtaient à aller détruire des Horcruxes.

Les autres membres de l'Ordre, et tout particulièrement Maugrey Fol-œil, avaient accusé Charlie de légèreté. Un plan de cette importance ne pouvait se concevoir et être mis en œuvre sans l'accord de tous les membres. Embarrassé, le jeune homme avait reconnu avoir agi sur un coup de tête mais il avait également décrit pour sa défense l'urgence de la situation et l'éloignement dans lequel ils se trouvaient, Ludmila et lui, au moment de prendre cette décision, alors que le Mage Noir était présent en Roumanie et demandait à rencontrer la jeune femme.

Durant les heures qui avaient suivi, quand les membres de l'Ordre s'étaient dispersés, Ginny s'était confiée beaucoup plus librement à Hermione, et la jeune fille, horrifiée par son récit, l'avait serrée dans ses bras sans rien dire, les yeux pleins de larmes.

La nuit venue, elles avaient longuement discuté, allongées dans le noir, de ce que Ginny ne pouvait dire devant Ron. Le garçon n'aurait pas compris, se serait étouffé d'indignation et aurait juré d'étrangler les deux Malefoy en plus de Skeeter, d'Ombrage et de tous les autres. Ca faisait trop pour un seul homme…

Ce matin là, tandis que Molly battaillait pour nourrir sa fille de force, Hermione, assise à table à côté de Ginny et observant la scène avec un demi sourire, finit par passer un bras protecteur sur les épaules de la jeune fille.

-Viens, si tu n'as plus faim. On va monter là-haut, il fait trop moche dehors.

-Oui, allez vous habiller, les filles, ça vaudra mieux ! Grogna Molly en reprenant ses crêpes pour les garder au chaud. Ginny, tu es vraiment trop têtue. Je me demande de qui tu tiens ça. Et Ron qui dort encore ! Comme s'il n'avait rien de mieux à faire !

-Laisse le donc récupérer, maman ! Il a tellement crié haut et fort qu'il jurait d'assassiner Snape, de tordre le coup de Skeeter, de casser la gueule à Scrimgeour et d'arracher les ongles d'Ombrage qu'il a fini par tomber dans un sommeil de plomb, pour oublier tous les malheurs du monde.

-Cette Ombrage, je vous assure ! S'écria Molly, les poings sur les hanches. Quand je pense qu'elle a appelé tous les sorciers de sang pur à venir accueillir le nouveau Maître, demain, pour son avènement ! Vous vous rendez compte ! Quelle honte ! Elle a l'air de se satisfaire pleinement du nouvel ordre des choses, et elle n'est pas la seule. L'avenir est bien sombre, mes enfants. Oh, ma chérie, ajouta-t'elle en retenant Ginny par le bras, viens que je t'embrasse encore une fois avant que tu montes là-haut ! C'est si beau, que tu sois revenue parmi …

Soudain, la porte donnant sur le jardin s'ouvrit en coup de vent et Arthur Weasley entra vivement. Il était essoufflé et avait l'air épuisé.

-Mes enfants, s'écria-t'il avec une expression d'urgence dans la voix et sur le visage, il faut faire rapidement vos bagages. Il n'y a pas une minute à perdre.

-Quoi, Arthur ? Mais qu'est-ce qui se passe ?

-Nous ne sommes plus en sécurité ici. Ni vous, ni moi.

-Mais…Où pouvons nous partir, mon chéri ?

-Chez mon cousin Joe Osborne, à Brighton. Il nous attend. Je n'ai jamais parlé de lui devant Snape, j'en suis certain. Il nous cachera et sera notre gardien du secret.

-Oh ! Mais que s'est-il passé ?

-Je ne peux plus remettre les pieds au travail. Tout sorcier qui refuse de se soumettre à Tu-sais-qui est devenu indésirable et se trouve potentiellement en danger. L'ordre des aurors est dissous, le Magenmagot également, et ils ont commencé à organiser des rafles pour enfermer les opposants…

-Mon Dieu ! Avant même la date fatidique…Il faut prévenir Charlie, et Bill…Les jumeaux sont-ils au courant ?

-Oui. J'ai vu tout le monde au QG avant de venir ici.

-Et Fred et George ? Que vont-ils faire ? Ils ne risquent rien ? Demanda Ginny d'une petite voix tremblante.

-Bien sûr que si.

-Il faut qu'ils se cachent avec nous !

-C'est ce que je leur ai dit, mais je ne sais pas s'ils vont accepter d'abandonner leur boutique.

-Et Percy ?

-Il est derrière Scrimgeour, il approuve donc la reddition et ne nous soutiendra pas.

-Quelle honte…mon propre fils…quelle infamie ! Mais que fait l'Ordre, voyons ! Cria Molly, surexcitée.

-Nous ne pouvons rien tenter pour l'instant, tu le sais bien. Harry est encore entre les mains de Vous-savez-qui, ainsi que l'amie de Charlie et deux de nos collègues aurors. Avant tout, nous devons nous protéger, et entrer en résistance.

Les filles se regardaient, hébétées. Molly claqua dans ses mains et se précipita dans l'escalier, hurlant à Ron qu'il devait se lever dare-dare.

-Rendez vous dans dix minutes avec vos valises, dans la cuisine. Nous voyagerons par cheminée ! S'écria Arthur à l'adresse des filles qui avaient suivi Molly dans l'escalier.


Enfin libéré de la réunion qu'avait tenue le Maître pour fixer les dernières modalités de la journée du lendemain, Lucius put enfin se retirer dans ses appartements. Narcissa était allée rejoindre sa sœur pour la soirée, et l'homme espérait pouvoir disposer de quelques minutes de tranquillité. Il s'assit avec un verre dans un fauteuil, regardant rêveusement le ciel encore clair et songeant que Harry avait aimé contempler la vue magnifique qu'offrait cette fenêtre…

Lucius se sentait désorienté. Il avait réussi à montrer un visage dur et insensible en présence du garçon, de ce côté là, il était rassuré, le Maître n'aurait rien à lui reprocher. Mais à présent, il était étrangement malheureux, et s'en voulait de ce sentiment ambivalent.

Il avait l'impression d'avoir trahi Harry. Plusieurs fois, le garçon avait tenté de communiquer avec lui. Lucius avait été profondément remué par cet appel informulé. Jamais jusque là Harry ne l'avait regardé ainsi. Le garçon attendait quelque chose de lui. Mieux, il lui faisait encore confiance. Peut-être pensait-il à lui en ce moment même, peut-être l'appelait-il désespérément dans la solitude de son cachot ?

Eh bien, qu'il se débrouille ! Il n'avait eu que ce qu'il méritait ! Lucius avait suffisamment donné, et aurait très bien pu subir des foudres beaucoup plus ravageuses que les simples réprimandes auxquelles il avait eu droit de la part du Maître. Certes, il se savait être le préféré de Voldemort, le favori de toujours, le confident, et du reste, sa fortune n'était pas pour rien dans le fait que le Maître fût ainsi attaché à lui. Mais il avait frôlé la disgrâce, et un nouvel écart de conduite risquait de le mener à la catastrophe…

De toute façon, Lucius n'avait aucun moyen de venir en aide à Harry. Quand bien même il l'eût voulu, il n'avait rien, absolument rien à lui proposer. Le garçon n'aurait qu'à filer doux, et il s'en sortirait.

Momentanément. Car le Maître avait la ferme intention de le tuer. Il ne croyait plus dans la prophétie de Radulescu, et celle de Trelawney était revenue au goût du jour sous sa forme première, celle que le garçon avait entendue de la bouche de Dumbledore.

Lucius était un fidèle Mangemort. Il ne pouvait aller contre les projets du Maître.

Il pouvait toujours plaider la cause de Harry auprès du Maître, mais il ne croyait guère pouvoir influencer sa décision. Et toute prise de position en faveur du garçon semblerait suspecte, et le mettrait en danger.

Tout en caressant distraitement la Marque qu'il portait sur l'avant bras, Lucius revit le regard désespéré de Harry s'accrochant au sien. Et soudain, il sut qu'il ne supporterait pas que le garçon meure. Il fallait qu'il trouve un moyen de le sauver, même si pour cela, il devait compromettre son engagement aux côtés du Maître.

C'était fou, c'était insensé. Il jouait avec sa vie. Mais il ne pouvait accepter que Harry soit ainsi sacrifié sans autre forme de procès.

S'il avait pu, il serait tout de suite descendu au cachot de Potter. Mais c'était impossible, il n'avait pas de cape d'invisibilité, le Maître avait gardé celle de Harry. Quant à celle de Nott, elle était revenue entre les mains de son propriétaire… Il avait bien chez lui un coupon de cette merveilleuse étoffe magique dans laquelle on taillait ces capes, coupon qu'il avait acheté à prix d'or sur un marché sorcier, à Ispahan…Mais il n'était pas question de se rendre au manoir pour l'instant.

Il allait devoir attendre la prise de pouvoir. Quand les Mangemorts s'installeraient dans leurs nouvelles fonctions et leurs nouveaux quartiers, il trouverait bien l'occasion de retourner chez lui, puis de se rapprocher du garçon. Le Maître serait apaisé, satisfait, et aurait d'autres préoccupations que de contrôler le moindre fait et geste de Lucius.

Mais peut-être serait-il trop tard. Il y avait de fortes chances que le Maître se débarrasse aussi tôt que possible du garçon, une fois le monde sorcier sous sa botte. Il le ferait rapidement et discrètement, Lucius ne l'apprendrait qu'après coup. Le Maître déguiserait le meurtre en accident.

L'homme se leva brusquement, les jambes tremblantes. Il devait agir. Tout de suite.

Tout d'abord, aller voir Harry. L'idée que le garçon avait perdu sa foi en lui était insupportable. Il attendrait une heure avancée de la nuit, se ferait ouvrir les portes, userait d'un impérium ou d'hypnose si nécessaire, puis au retour, jetterait des sorts d'oubliettes aux gardes. Lucius avait une longue expérience en la matière. Il n'y avait pas lieu d'avoir peur, il suffisait d'être déterminé !


La tête dans les mains, Ludmila pleurait silencieusement au fond de son cachot. Elle avait fait tout son possible pour mentir à Voldemort. Elle avait feint de ne plus être capable de faire venir à la surface du Miroir les images de ce qui se passait hors de la Cité. Elle l'avait supplié, puis, malgré son dégoût, elle s'était risquée à le caresser, ce qu'elle n'avait jamais eu à faire auparavant pour obtenir de lui ce qu'elle voulait. Insensible à ses gestes maladroits et tendres, il l'avait repoussée sans ménagement et l'avait menacée de tuer immédiatement Harry sous ses yeux si elle n'accédait pas à sa demande.

Ainsi, elle s'était résolue à souffler sur la surface noire de l'eau dont elle avait au préalable rempli sa Vasque de pierre. Avec un frisson, elle avait murmuré le nom de Ginny. Le Mage Noir se tenait au dessus d'elle et regardait comme elle les rides disparaître lentement, tandis qu'une image lumineuse et animée apparaissait progressivement. Ils avaient vu avec une netteté incroyable la petite Weasley riant et pleurant tout à la fois, entourée des siens. Deux jeunes gens, un garçon aussi roux qu'elle et une jeune fille aux cheveux bruns ébouriffés, lui tenaient chacun une main et parlaient vivement avec elle. Ils se trouvaient dans une pièce pleine de soleil, un drôle de salon aux murs tout de travers. Ludmila avait même discerné Charlie serrant sa petite sœur dans ses bras, et son cœur avait fait un bond. Puis l'image s'était brouillée et la surface de l'eau était redevenue sombre et opaque.

Après s'être montré furieux que la jeune fille fût bien vivante, mais satisfait d'avoir pu localiser ceux qu'il supposait être les amis de Harry, Ron et Hermione, le Maître avait encore exigé d'elle qu'elle cherchât une trace du médaillon de Serpentard. Elle avait eu beau lui dire que c'était impossible, qu'elle pouvait capter les seuls êtres vivants et que cet objet n'apparaîtrait jamais dans le Miroir, il avait insisté, la menaçant à nouveau de s'en prendre à Harry. Confirmant ce qu'elle avait affirmé, le médaillon en or ne s'était pas montré, et Voldemort était reparti très en colère.

Elle était consternée. Par sa faute, les Mangemorts allaient certainement attaquer le domicile des Weasley. Et elle ne pouvait rien faire pour mettre en garde ses amis. Ginny savait trop de choses, Voldemort ne lui laisserait aucune chance de rester en vie. Et ceux qui l'entouraient n'étaient hélas pas plus en sécurité.


-Rufus, tu t'es bien assuré que tout est prêt pour demain ? Demanda Dolores Ombrage en entrant dans le bureau de Scrimgeour vêtue d'un tailleur rose vif et portant un nœud de la même couleur dans les cheveux.

-Mais bien-sûr, ma chère Dolorès. Nous serons tous là pour accueillir le nouveau Ministre, du moins tous ceux qui restent, ceux qui n'ont pas fui peureusement. Et c'est la majorité… L'ordre des aurors est dissous pour le moment, le nouveau pouvoir va créer une police épurée de ses éléments subversifs, dans laquelle seront recyclés tous ceux qui le souhaitent et qui prêteront allégeance au nouveau Maître. Toi comme moi, nous serons placés à des fonctions prenant en compte notre expérience et notre dévouement. Longneck a témoigné en notre faveur, tu sais qu'il est le futur ministre délégué à l'industrie magique.

-Tout cela était expliqué dans le dernier courrier que tu as reçu ?

-Exactement. J'ai informé la presse, les journalistes seront présents demain. Il y a juste le petit problème des baguettes…

-Tu veux dire…

-Heu…Tu-sais-qui a fait savoir qu'il exige qu'aucun sorcier présent au Ministère demain pour l'accueillir ne soit porteur d'une baguette. Elles devront toutes être remises aux gardes qui l'entoureront et toute personne qui voudra l'approcher sera d'abord fouillée.

-Ce sont des mesures de sécurité tout à fait compréhensibles, Rufus. Pourquoi sembles-tu gêné ?

-Je pense simplement à la difficulté qu'il y aura à mettre en pratique cette mesure, Dolorès. L'ordre des aurors étant dissous, qui va s'occuper de cette collecte de baguettes et du contrôle nécessaire ? Et comment empêcher des forcenés de s'introduire dans les locaux, si ceux qui sont chargés d'exécuter les ordres ne sont pas armés ?

-Eh bien il faut installer avant l'arrivée de Tu-sais-qui un sas à la sortie des cheminées, gardé par plusieurs personnes qualifiées qui disposeront de leur baguette et ramasseront celles de tous les entrants puis les fouilleront. Des anciens aurors comme Defoe et Robinson s'en chargeront volontiers. Il faut les équiper d'un capteur de dissimulation ! Demande leur tout de suite de s'organiser en ce sens, de créer une milice dans ce but, triée sur le volet ! Fais leur valoir le fait qu'ils seront récompensés par le Maître pour leur dévouement ! Et il suffira ensuite de solliciter des fidèles de Tu-sais-qui pour prendre le relais ! De toute façon, les cheminées seront condamnées dès que le nouveau Ministre et ses fidèles seront présents, et les barrières anti-transplanage sont déjà mises en place, n'est-ce pas ?

-Certes, mais que se passera-t'il quand Tu-sais-qui et ses partisans arriveront ? Ne risque-t'il pas d'y avoir un moment de confusion totale, et…

-Et bien, il n'y aura qu'à les laisser entrer, et demander à son service d'ordre de prendre le contrôle de la situation ! La milice déposera les armes à ce moment là !

Scrimgeour avait l'air préoccupé malgré l'assurance d'Ombrage. La femme paraissait euphorique et frottait ses mains boudinées l'une contre l'autre. Elle s'approcha du bureau et dit d'une voix exaltée, ses yeux de crapaud plus exorbités que jamais :

-Ecoute moi, Rufus. Je pense que notre heure est arrivée. Notre société a toujours été gangrenée par l'influence néfaste de sorciers comme Dumbledore, à la botte des moldus…En tant que Ministre, tu n'avais aucun pouvoir, les aurors te riaient au nez et le premier venu avait tous les droits devant le Magenmagot. A présent qu'il est dissous, des gens compétents, issus de grandes familles sorcières, vont reprendre les choses en main. Et nous pourrons tirer notre épingle du jeu sans être éclaboussés par les scandales qui risquaient de paraître au grand jour dans la presse !

-Tu as sans doute raison…Soupira Scrimgeour en avalant d'une traite le fond d'un verre qui traînait sur son bureau. Mais je ne peux m'empêcher d'être anxieux. Je redoute une explosion de violence, un bain de sang, dont je porterais la responsabilité !

-Allons, Rufus. Si aucun de nous ne bronche, pourquoi y aurait-il violence ? Nous avons clairement dit que toute personne hostile à la passation de pouvoir était indésirable. Réjouis-toi au contraire. Demain sera un grand jour !


-Harry !

Le garçon, qui visiblement ne dormait pas quand Lucius était entré dans le cachot, se mit vivement debout en le reconnaissant.

-Vous…Vous êtes venu, finalement…Dit-il d'une voix hésitante.

Un de ses pieds nus était retenu au mur par une chaîne, mais ses mains n'étaient plus menottées. Il fixait Lucius avec de grands yeux pleins d'espoir. Ou était-ce de la joie ? L'homme sentit une onde d'allégresse parcourir tout son corps. Dès qu'il eut jeté les sorts de silence et de confusion qui devaient brouiller les perceptions du gardien, au cas où ce dernier soit relevé avant que Lucius ait eu le temps de lui nettoyer la mémoire, il s'avança et dans un élan, posa les mains sur les épaules de Harry.

-Content de te voir, mon garçon…Dit-il avec émotion.

-Avez vous des nouvelles de Ginny ? Interrogea aussitôt le jeune homme.

Agacé, Lucius faillit répondre sèchement qu'il n'en avait aucune, mais il se dit que s'il voulait garder la confiance de Harry, il allait devoir jouer plus fin et faire quelques concessions.

-Il semblerait d'après les toutes dernières nouvelles que la petite ait réussi à rejoindre sa famille.

De bonheur, le garçon ferma un instant les yeux. Le rose était monté à ses joues quand il demanda :

-Et…la devineresse. Savez vous ce qu'elle est devenue ?

-Je n'ai aucune nouvelle d'elle. Grogna Lucius avec mauvaise humeur. Autant il admettait que Harry s'inquiétât pour sa petite amie, autant son intérêt pour la roumaine lui paraissait déplacé.

Le garçon le regarda un moment avec gravité, comme s'il voulait le sonder et s'assurer de sa sincérité.

-Vous avez eu à subir…de graves représailles ? Demanda-t'il finalement en baissant les yeux.

-Oui…Mentit l'homme, en relevant le menton du garçon. Mais ne t'inquiète pas pour moi. Comme tu peux voir, j'ai survécu.

Après tout, le gamin n'avait nul besoin de savoir que la fatigue qu'il pouvait lire sur les traits de son Tuteur était due à tout autre chose qu'aux mauvais traitements infligés par le Maître.

Harry eut un pâle sourire et le regarda avec une soudaine expression de défi dans ses yeux verts .

-Tout-à l'heure, vous allez pouvoir retrouver une place conforme à votre rang, aux côtés du Maître.

-Mais oui, Harry ! La seule chose que je regrette, c'est que tu sois contraint de rester dans ce cachot pendant que nous monterons les marches de la gloire.

Harry eut une grimace de dégoût.

-Oh, je vous laisse volontiers les gravir sans moi…Et qui sera chargé de jouer le rôle du Survivant-qui-aurait-mieux-fait-de-ne-pas-survivre ?

Lucius tressaillit, choqué par la profondeur du désespoir qui se devinait dans les paroles et dans l'expression du gamin.

-Sincèrement, je n'en sais rien pour le moment.

Il y eut un silence, durant lequel Lucius lâcha le menton du garçon et repoussa les cheveux de son front dans un geste plein de douceur.

-Il va me tuer, n'est-ce pas ? Murmura Harry entre ses dents, semblant ne pas prêter attention aux mains de son Tuteur qui reposaient à nouveau sur ses épaules.

-Non, Harry. Je ne le pense pas. Malgré ce que tu as fait, il tient à toi…Mentit encore une fois Lucius avec un aplomb qui cachait brillamment son malaise.

-Vous ne dites pas la vérité. Répliqua le garçon d'un ton ferme. Il a beau me promettre monts et merveilles, je sais qu'il a l'intention de me tuer. Et je suis conscient d'être entièrement à sa merci.

Autant de lucidité forçait l'admiration. Troublé, Lucius laissa tomber ses mains et fit quelques pas nerveux dans le cachot.

-Je suis prêt à t'aider, Harry. Dit-il très bas.

-Et de quelle manière pourriez vous m'aider ? Répondit le garçon sur le même ton, après un silence pesant.

-A vrai dire, je n'en ai pas la moindre idée.

-Eh bien moi, j'en ai, une idée. Glissa Harry.

-A savoir ?

-C'est très simple : il me faut une baguette. Ma baguette. Qu'au moins, je puisse me défendre si qui que ce soit cherche à m'attaquer.

-Allons, Harry, c'est impossible ! La dernière fois que je t'ai laissé une baguette, tu en as profité pour tout ravager autour de toi. Et moi, j'en ai payé durement les conséquences !

-Mais là, il s'agit de tout autre chose ! Je n'attaquerais personne. Je ne m'en servirais qu'en cas d'urgence, en situation de légitime défense ! Si je déclare vouloir collaborer, et que je sors d'ici pour apparaître réellement dans le monde sorcier, ne pensez vous pas que bien des personnes voudront ma mort, après la trahison que j'aurai commise à leurs yeux ? Et moi, personne ne sera là pour me protéger.

Embarrassé, Lucius regardait le garçon en songeant qu'il n'avait pas tort. Nul plus que lui ne risquerait d'être la cible d'un attentat. Sans même évoquer les intentions meurtrières du Maître à son égard, et celles guère plus avouables de ses lieutenants.

-Après ce que tu as fait, comment veux-tu que je te fasse confiance, Harry ?

-Vous avez ma parole que j'userais de cette baguette uniquement pour me défendre.

Le regard du jeune homme était d'une franchise absolue. Lucius frissonna.

-Bien. En admettant que je te fournisse une baguette par je ne sais quel tour de passe-passe, que me donneras-tu en échange ? Dit-il en se rapprochant du garçon.

Ce dernier parut surpris. Apparemment, il s'était attendu, en bon gryffondor, à ce que Lucius lui propose une aide entièrement désintéressée. Après un séjour de plus de deux semaines dans un nid de serpentards tous plus ambitieux et rusés les uns que les autres, il n'avait toujours pas compris que dans ce bas monde, tout service doit se monnayer. Une telle preuve de candeur était à la fois affligeante et attendrissante.

Son hésitation ne dura guère cependant. Il se reprit et dit avec fermeté :

-Oh, j'ai de quoi vous payer…Le jour où je sortirai d'ici, j'irai à la banque et…

-Non, Harry. Tu sais très bien que je n'ai pas besoin de ton argent. L'interrompit sèchement Lucius.

La bouche du jeune homme s'ouvrit, puis se referma. Il rougit.

-Que vous faut-il, alors ? Murmura-t'il.

-Ce qu'il me faut…

Lucius se rapprocha encore, jusqu'à sentir sur son cou le souffle de Harry.

-…C'est la promesse que tu te montreras bien disposé envers moi quand je ferai appel à toi, une fois la situation pacifiée. Acheva-t'il avec un sourire en coin.

Le garçon fronça les sourcils mais ne cilla pas.

-« La situation sera pacifiée » ? Qu'entendez vous par là ?

Lucius hésita un instant. Il n'avait pas lui-même pensé sérieusement à ce que cette notion impliquait. Etait-ce compatible avec un Harry Potter vivant ? Ou cela sous-entendait-il forcément un monde sans Voldemort ? Et lui-même à Azkaban ?

-Quand tu ne seras plus confiné dans un cachot …Le jour où tu jouiras à nouveau de ta liberté. Répondit-il évasivement, refusant de se représenter l'avenir de manière précise.

Harry eut un rictus désabusé. Visiblement, il était quant à lui persuadé que ce jour n'arriverait jamais.

-Je vois. Et que signifie : « être bien disposé envers vous quand vous ferez appel à moi » ?

Lucius laissa échapper un petit rire nonchalant.

-Fais donc marcher un peu ton imagination ! Je trouverai mille manières de te donner l'occasion de me remercier. Je te demanderai de me rejoindre…quelque part…chez moi ou ailleurs, et tu me donneras un peu de ton temps et de ta personne. Par exemple, j'adore qu'on me fasse la lecture, ou…j'aurai peut-être besoin que tu m'accompagnes dans un voyage…

-Vous n'y pensez pas sérieusement. Dit Harry, ouvrant de grands yeux incrédules.

-Bien sûr que si.

-Avec cette Marque sur le bras, je suis déjà à la botte de Voldemort, s'énerva soudain le garçon, et vous voudriez que je réponde également à vos appels à vous, comme un bon toutou dévoué à son maître ? Et si vous exigez ma présence en même temps que Voldemort, à qui dois-je donner la priorité ? Faudra-t'il que je me coupe en deux ? Allez vous me mettre un tatouage sur l'autre bras, avec les armes de la maison Malefoy ?

Le ton du garçon était amer, voire agressif. Lucius s'était attendu à cette réaction. Mais il était déterminé à obtenir au moins une ébauche d'engagement, sans quoi il rejoignait définitivement son Maître et tirait un trait sur Harry Potter en s'interdisant d'avoir des regrets.

Il s'écarta d'un pas et dit froidement :

-Il ne s'agit pas de faire concurrence au Maître, Harry, tu le sais très bien. Mais si tu le prends de cette manière, ne compte plus sur moi pour te venir en aide. Je ne peux pas risquer ma vie et ma carrière pour un jeune ingrat égoïste et sans cœur.

-Et moi, dois-je perdre ma liberté et ma dignité une deuxième fois pour sauver ma vie ?

-Je ne te demande pas de devenir mon esclave, Harry, mais de me consacrer un peu de ton temps et de ta si précieuse petite personne.

Lucius avait fait mouche. Se faire traiter d'égoïste était apparemment plus que ce que le garçon ne pouvait supporter. Il resta interdit avant de reprendre d'une voix mal assurée :

-Je vous avoue que j'ai du mal à penser à un avenir au-delà de ce cachot. Je suis incapable de me représenter ma vie future et je n'ai aucune idée de ce que je voudrais en faire.

-Je ne te demande rien de précis, Harry. Il s'agit simplement que tu sois conscient d'une chose : pour te donner les moyens de te défendre, je vais devoir courir des risques extrêmes et cela mérite d'être pris en compte.

-Je ne vous oblige pas à faire ça pour moi. Dit le garçon en baissant les yeux.

-Qui, à part moi, peut te venir en aide ? Murmura Lucius tout près de l'oreille de Harry.

-Personne.

-Bien. Nous n'allons pas marchander et discutailler comme de vulgaires maquignons. Il se trouve que j'ai confiance en ta parole, et je crois fermement que si je te sauve la vie, tu sauras plus tard me témoigner ta reconnaissance. Je me trompe ?

-Non.

Le garçon avait à nouveau rougi. A demi satisfait, Lucius sentit qu'il était inutile de le pousser à s'engager plus avant.

-Il n'est donc pas nécessaire de nous enchaîner par un quelconque serment magique qui nous mettrait l'un et l'autre en danger. Le Maître saurait en trouver la trace dans nos esprits.

Harry secoua silencieusement la tête comme s'il voulait chasser une pensée désagréable, puis il soupira et haussa vaguement les épaules. Il paraissait soudain accablé de fatigue. Son corps s'affaissa et il appuya son dos au mur de pierre.

-Ne tardez pas. Dit-il d'une voix à peine audible.

-Non, Harry. Je ferai aussi vite que possible.

-Et les gardes ? Ils vous ont vu entrer, ils nous ont peut-être espionnés…

Lucius sourit.

-Ne t'inquiète pas pour ça. J'ai certains talents que tu ne soupçonnes même pas. A présent, je dois partir.

Il s'approcha à nouveau du garçon, saisissant son visage en coupe entre ses paumes.

-Au cas où l'un de nous deux ne survivrait pas…Dit-il doucement.

Et, le souffle suspendu, il rapprocha ses lèvres de celles de Harry.


-Drago, je t'ai fait venir pour te transmettre les instructions du Maître, sur sa demande bien-sûr. C'est toi qui, aujourd'hui, va jouer le rôle de Harry Potter.

-Quoi ? Il est bien mort, alors ! Mais si on est enfin débarrassé de lui, pourquoi ne le crie-t'on pas sur les toits ? J'en connais plus d'un pour qui ce serait une excellente nouvelle !

Lucius soupira. Il eût mille fois préféré que ce soit Snape qui se charge d'informer son fils, en qualité de Tuteur. Epuisé par sa nuit blanche et troublé comme il l'était, il ne se sentait pas d'humeur à affronter au petit matin les crises de colère de son rejeton. Mais Voldemort avait insisté pour que le garçon reçoive les consignes de son père, et il eût été malséant de s'opposer à sa décision.

-Non, Drago. Il est toujours vivant. Le Maître a promis au monde sorcier de se présenter aujourd'hui au Ministère avec Potter à ses côtés.

-Et bien dans ce cas, qu'ai-je à faire dans cette histoire ?

-Tu vas prendre du Polynectar, prendre l'apparence de Potter et nous accompagner au Ministère. Dit-il d'un ton patient, en détachant bien les mots.

-Mais…Pourquoi moi ? Pourquoi Potter n'y va-t'il pas lui-même, d'abord ?

-Il me semble que c'est évident, Drago. Grommela Lucius. Potter n'y va pas parce qu'il risque encore de faire n'importe quoi et de semer la confusion. Et pourquoi toi ? Parce que nul ne s'étonnera de ne pas te voir parmi les Mangemorts présents, étant donné qu'aucun jeune de ton âge, à part Potter, ne participera à cette Prise de pouvoir.

-Mais pourquoi moi ? Glapit encore Drago d'une voix geignarde. Pourquoi pas Flint, ou Nott, ou…

-N'es-tu pas honoré de cette distinction ? S'énerva son père. Le Maître t'a choisi parce qu'il te fait confiance. Il ne doute pas de ta perspicacité, et mise sur la bonne connaissance que tu as de Potter, de ses habitudes, de sa manière de se comporter.

Drago fit une grimace si épouvantable que Lucius ne put se retenir d'éclater de rire .

-Ce n'est pas comme si j'avais le choix, n'est-ce pas ? Bougonna le garçon.

-Non, en effet. Il s'agit d'un ordre, tout simplement. Et aussi d'une mise à l'épreuve, ne nous voilons pas la face. Si tu t'en sors bien, le Maître te récompensera, tu peux en être sûr. Par contre, si tu fais l'imbécile…

Drago se rengorgea et Lucius, quittant le fauteuil qu'il occupait dans son salon fit quelques pas qui l'amenèrent à la fenêtre.

-Une petite mise au point tout d'abord, Drago. Il me semble que tu n'es pas en possession de ta propre baguette ?

-Non, on ne me l'a pas rendue. J'ai toujours celle de Potter.

-Alors tiens, la voici, le Maître me l'a remise à ton intention. Faisons un échange, veux-tu ?

Lucius glissa la baguette de Harry dans une poche de sa robe et servit à son fils une tasse de café. Le garçon la prit avec empressement et leva les yeux vers son père, attendant avec impatience la suite de son exposé. L'homme regardait rêveusement le paysage que l'aurore teintait de rose et semblait avoir oublié la présence du garçon. Ce dernier finit par se racler bruyamment la gorge pour attirer son attention.

-Ne t'énerve pas, Drago. Dit Lucius en se tournant vers lui avec un demi sourire. Je pensais à la meilleure manière de te présenter ta mission. Laisse moi t'expliquer dans un premier temps comment les choses vont se dérouler aujourd'hui. Je te détaillerai ensuite ce que le Maître attend précisément de toi.


Et voilà…Le prochain chapitre sera décisif, alors soyez sympas, laissez moi une review, même très brève, vous m'aiderez à en venir à bout. Et n'oubliez pas ce que j'écrivais en tête de chapitre à propos d'une suite éventuelle… !

A présent, les RAR par ordre d'arrivée :

Liv : Tant mieux si tu ne t'es pas ennuyée, ça me réconforte quelque peu…-Oui, Harry se fait gentiment requinquer par Snape, mais malheureusement, je vais encore m'acharner sur lui. Je sais, c'est cruel de ma part, mais je ne peux pas m'en empêcher. A croire que je l'aide à se relever pour mieux pouvoir le faire retomber, et plus bas à chaque fois ! Ceci dit, je te soupçonne d'y trouver ton compte autant que moi…Quoi, je ne serais pas du genre à faire mourir mes héros ? Ma foi, c'est vrai que j'aurais du mal, enfin, ça dépend desquels… mais soyons réalistes…tous les « gentils » ne peuvent pas survivre ! D'ailleurs, que nous réserve JKR ? Si elle en a marre que s'écrivent des fanfics HP toutes plus délirantes les unes que les autres, elle risque de nous tuer notre cher petit Harry ! -Ah là là, le polynectar, ce n'est pas une bonne affaire, en effet, comme tu le verras.- Ginny est tombée sur des braconniers honnêtes (si si, ça existe), non, les bonshommes ne sont pas tous des ordures, à part les Mangemorts, bien évidemment.- Oui, Voldie commence à faiblir sérieusement, ses morceaux d'âme éparpillés à tout vent l'abandonnent. Les rhumatismes ne sont pas à l'ordre du jour, mais j'y penserai, c'est une idée intéressante…Quant à la colonne, ces braves et dévoués Mangemorts tournent par groupes de 5 pour la garder, ils font les 3/8, même si c'est interdit par le code du travail- Tu n'aimes pas beaucoup Skeeter, on dirait…Elle va encore aggraver son cas dans les prochains chapitres. Je n'ai pas encore décidé du sort que je lui réserve, mais j'attends tes suggestions avec grand intérêt. - Bon, merci encore de tout coeur pour ta fidélité et l'intelligence de tes remarques !

-lefandeharry : Je crois avoir répondu favorablement à ta première demande de service (pour LANA 51)…Pour la deuxième, tu en sauras plus en lisant ce chapitre. J'aime beaucoup Ginny et tu verras, je fais le maximum pour la tirer d'affaire avant que Voldemort devienne tout puissant. Mais elle va encore souffrir dans les prochains chapitres, je préfère te prévenir ! En tout cas, un grand merci pour ta review,(avec le mariage de ta sœur, ça a l'air assez agité chez toi…) et j'espère à très bientôt !

Esther Malefoy : Ouah, je ne m'attendais plus à trouver une review de toi, ça m'a vraiment fait plaisir ! Merci pour tes critiques, elles sont tout à fait judicieuses. Oui, les Mangemorts qui laissent fuir Ginny, effrayés par deux moldus, tu as raison, c'est pas très crédible. J'ai essayé de récupérer ma bourde, mais je suis d'accord avec toi, je me suis plantée sur ce coup là. – Le problème du temps qui ne s'écoule pas à la même vitesse pour Ginny et pour Harry : mais oui, bravo pour ta perspicacité, c'est tout à fait juste ! En fait, dans ce chapitre, Ginny va rattraper le temps perdu. Mais je me suis mal débrouillée, je le reconnais. Il eût fallu que je boucle toute l'évasion de Ginny en un chapitre pour être en phase avec le reste. Mais je n'aurais pas pu jouer sur le suspense…Alors, j'ai triché, je l'avoue ! J'espère que c'est de bonne guerre ! – La devineresse ? Ce nouveau chapitre te donnera quelques indications à son sujet, mais c'est vrai qu'elle n'a peut-être pas la part qui lui revient. - Bon, pour ce qui est de l'Ordre, tu vas les retrouver également dans ce chapitre et dans les suivants. J'ai un peu de mal à gérer tout de front, c'est vrai. Et il y a des sujets qui m'inspirent plus que d'autres…En tout cas, merci encore pour ta lecture attentive et ta fidélité!

Voili voilou, et en effet, vous avez bien vu, c'est là en dessous qu'il faut cliquer !