Bonjour à tous ! Et merci à ceux qui ont laissé des reviews, ils trouveront comme toujours mes réponses en bas de page.
J'ai commis une grave erreur en écrivant la dernière fois que ce nouveau chapitre serait décisif…Du coup, vous vous attendez certainement à ce que l'histoire se dénoue enfin, que tout se termine en apothéose, et bien évidemment en Happy End ! J'ai bien peur de vous décevoir. Les choses avancent, mais on est encore loin du but. Il est vrai cependant que ce chapitre marque un nouveau tournant dans l'histoire, en cela au moins je ne vous ai pas menti (bon, vous avez le droit de m'insulter, mais pas de me frapper) !
Vous êtes finalement peu nombreux à avoir fait des pronostics quant à la mort éventuelle d'un des personnages de l'histoire. D'après deux d'entre vous, c'est l'avenir de Lucius qui paraît le plus compromis…Hm hm…On verra si les prochains chapitres vous donnent raison !
Quant à mes projets de suite, ils prennent forme. Je vous tiendrai bien sûr au courant, pour ceux que ça intéresse !
Bonne lecture !
CHAPITRE VINGT CINQ
PRISE DE POUVOIR et POLYNECTAR
-A toi, Ron ! Cria Molly.
Le rouquin aux yeux bouffis de sommeil jeta hâtivement une poignée de poudre de cheminette dans le feu et aboya :
-Chez Joe Osborne à Brighton !
Il disparut dans un tourbillon de flammes vertes. Ginny et Hermione étaient déjà parties avec leurs valises. Seuls restaient encore dans la cuisine du Terrier, toute en chantier après le petit-déjeuner, les deux parents Weasley, leur baluchon sous le bras.
-Vas-y, ma chérie ! Lança Arthur en jetant un coup d'œil anxieux par la fenêtre. Il lui avait semblé entendre un bruit suspect.
Au moment où son épouse disparaissait à son tour dans les flammes, Arthur vit avec horreur qu'une dizaine de silhouettes sombres et encapuchonnées avaient pris pied dans le jardin et avançaient vers la maison. Son sang se glaça. Sachant que toute la famille allait partir le matin même, Arthur avait négligé de réactiver les protections anti-transplanage du jardin, alors que leur fiabilité n'était plus garantie. A présent, il était trop tard. Plusieurs assaillants étaient déjà à la porte.
Rendu maladroit par la précipitation, Arthur saisit une poignée de poudre de sa main libre, mais au même instant, la porte de la cuisine vola en éclats. Impossible désormais de prononcer le nom du cousin Osborne. Les Mangemorts qui entraient dans la pièce l'auraient entendu. Le temps qu'il réalise qu'il pouvait s'échapper en transplanant, puisque les protections étaient visiblement levées, un sort l'atteignit, le projetant au sol sur le carrelage noir et blanc.
Sa tête heurta violemment la marche de la cheminée, et il perdit connaissance.
……………………………………
Vers dix heures ce matin là, les habitants de Loutry Sainte Chaspoule aperçurent avec un étonnement mêlé de frayeur, à quelques centaines de mètres de leur paisible village, en direction de la forêt, une épaisse fumée noire monter vers le ciel chargé de nuages gris. Suspendue au cœur de cette fumée d'incendie tremblait une immense tête de mort d'un vert fluorescent, et de sa bouche béante sortait un étrange et monstrueux serpent.
Enchaîné au fond de son cachot sale et humide, Harry Potter se morfondait tristement, se contraignant cependant régulièrement à piétiner le sol ou à sauter sur place pour se réchauffer et remettre en route sa circulation sanguine.
Aggravant son sentiment d'abandon, la faim le tenaillait en permanence. Les quignons de pain et la soupe aqueuse que Maniak lui servait ne suffisaient nullement à combler son appétit d'adolescent.
Un calme inhabituel était tombé depuis quelques heures sur la Cité souterraine. Une bonne partie des Mangemorts l'avaient quittée, accompagnant leur Maître pour sa glorieuse « prise de pouvoir ».
Harry savait que l'un d'eux avait avalé du Polynectar pour prendre son apparence. Et le monde sorcier voyait en ce moment même -avec horreur ou ravissement, selon les cas- Lord Voldemort s'installer au poste de Ministre de la Magie comme chef suprême de la communauté sorcière d'Angleterre, entouré de ses fidèles, et assisté par Harry Potter en personne, le gamin à la cicatrice qui avait survécu seize ans auparavant pour mieux trahir et ramper aux pieds du meurtrier de ses parents aujourd'hui.
Les journalistes seraient présents et tous les amis de Harry pourraient lire le jour même ou le lendemain matin dans la presse sorcière une interview de lui. Ils verraient sa photo aux côtés du Mage Noir. Et inévitablement, ils pleureraient, le maudiraient et perdraient tout espoir dans l'avenir. Certains se suicideraient, d'autres chercheraient à quitter le pays au plus vite.
C'était un magnifique cadeau d'anniversaire. Il allait avoir dix-sept ans dans quelques heures, et à cette occasion, on le forcerait certainement à admirer sa propre trombine en première page de la Gazette et du Chicaneur (sans même parler de Sorcière-hebdo qui sortirait sûrement une édition spéciale), se pavanant et faisant des sourires à ses nouveaux amis, tandis que les anciens, les Longdubat, Lovegood et autres s'enfuiraient ou se cacheraient pour échapper aux rafles du Seigneur des ténèbres.
Car Harry ne doutait pas un instant que Voldemort allait pourchasser férocement tous ses opposants et réduire rapidement en esclavage tous ceux qui refuseraient de filer doux ou qui n'auraient pas le bon pedigree.
Quant à lui, Harry, le vrai, pas celui qui promenait son sourire triomphant sous les flash des photographes, il était hors jeu, humilié et vaincu une fois de plus. Réduit à l'impuissance, enchaîné, condamné à attendre qu'on vienne le tuer ou à aller supplier qu'on le laisse lécher les bottes du Maître et s'exhiber à ses côtés.
Il avait eu quelques minutes la naïveté de croire en la parole d'un Mangemort qui lui avait proposé de lui apporter une baguette, mais lui avait fait promettre en échange de devenir quelque chose comme son esclave. A croire que son destin était de ramper éternellement aux pieds des sorciers les plus maléfiques et dominateurs de son temps.
L'homme était venu lui rendre visite dans la nuit pour lui proposer son étrange marché. Et il l'avait si bien mis face à sa propre impuissance que Harry s'était trouvé contraint d'accepter son aide et n'avait même pas eu la force de le repousser quand l'autre, par son comportement, avait montré qu'il le considérait déjà comme sien…
De toute façon, il était plus que probable que Lucius ne réussirait pas à lui fournir une baguette. Et quand bien même il y parviendrait, il ne servirait à rien de tenter d'assassiner le Maître, puisqu'il subsistait deux Horcruxes intacts et inaccessibles.
Mais si, par miracle, Harry survivait, en imaginant -mais fallait-il l'espérer- que Voldemort renonçait à le tuer, ou n'y parvenait pas, il serait moralement contraint de se soumettre docilement à toutes les exigences de Malefoy, pour s'acquitter de sa dette.
Comme fête d'anniversaire, on aurait pu rêver mieux.
Harry savait qu'il ne tiendrait pas un jour de plus enchaîné dans ce cachot. Mais la seule alternative qui s'offrait à lui était d'accepter les conditions de Voldemort et de se rendre avec lui au Ministère.
Désespéré, le garçon se laissa tomber sur le sol crasseux et enfouit sa tête dans ses genoux remontés contre lui. Sa vie entière n'avait été qu'un fiasco, et se terminait dans un labyrinthe dont la seule issue conduisait à la mort…
Drago Malefoy commençait à se sentir fatigué. L'après midi était bien avancée, et la salle dans laquelle il se trouvait ne désemplissait pas. On continuait à lui sourire, à le prendre en photo, à lui adresser plus ou moins familièrement des signes de la tête ou de la main.
Tout s'était bien passé jusqu'à présent. Pour accéder au réseau des cheminées, le Maître et les nombreux Mangemorts qui l'accompagnaient s'étaient d'abord rendus vers onze heures du matin par transplanage chez Longneck, d'où ils avaient gagné les cheminées du Ministère.
Après avoir envoyé en éclaireurs dix de ses lieutenants les plus expérimentés, qui n'avaient rencontré aucune résistance, Lord Voldemort était apparu dans le hall du Ministère, rayonnant et resplendissant magnifiquement. Drago le suivait de très près, encadré de son père et de son Tuteur.
Les Mangemorts réunis autour de leur Maître avaient retiré leurs masques dans un bel ensemble parfaitement orchestré. Tous les sorciers présents étaient tombés à genoux ou s'étaient inclinés si bas que leur front touchait le beau dallage de pierre. Il y avait eu des discours, Scrimgeour, puis surtout Ombrage, cette chère Ombrage que Drago avait été si ému de revoir en ces lieux, avaient accueilli le Maître en l'acclamant sur un ton vibrant.
Après un généreux cocktail de bienvenue offert par l'ancienne équipe de responsables, on avait investi le bâtiment. Les Mangemorts s'étaient installés un peu partout, les précédents occupants leur faisant visiter les lieux et essayant par tous les moyens de se faire bien voir. Lucius, son père, avait été particulièrement courtisé et adulé, tous ses anciens confrères et amis l'avaient ovationné et s'étaient rappelés à son bon souvenir, dans l'espoir bien sûr d'obtenir ses faveurs.
Quant à lui, Drago alias Harry, il était resté dans l'ombre du Maître. A maintes reprises, le grand homme avait passé un bras sur ses épaules et l'avait serré contre lui affectueusement, lui enjoignant discrètement de sourire pour les photographes, et Drago ne s'était pas fait prier, oubliant fugitivement qu'il n'avait pas son apparence habituelle et frémissant du bonheur d'être ainsi présenté comme le favori du Maître.
Les heures avaient filé comme dans un rêve, Lord Voldemort avait exposé son programme et ses projets devant la presse, puis les anciens responsables des divers départements magiques avaient défilé devant lui, distingués ou au contraire éconduits par le Maître.
Ce dernier n'avait malheureusement pas paru très emballé par Dolorès Ombrage, lorsque cette dernière s'était présentée comme candidate au poste de Grande Inquisitrice chargée de superviser les contrôles en matière de bonnes mœurs et de pratiques magiques agréés, fonction qu'elle avait déjà occupée dans le passé, affirmait-elle. Seule l'intervention appuyée de Longneck en sa faveur avait évité à la pauvre femme d'être renvoyée sans autre forme de procès par le Maître impatient. Il avait finalement réservé sa réponse, mais ne semblait guère séduit par l'ex-professeur de DCFM…
Pour Drago, le seul vrai désagrément avait été l'obligation de boire toutes les heures un peu du Polynectar qu'il conservait dans un flacon glissé dans une poche intérieure de sa cape. Il avait essayé de le faire discrètement, lorsqu'il était dissimulé derrière d'autres Mangemorts, en se baissant pour refaire son lacet, en allant aux toilettes…Heureusement, Severus Snape s'était arrangé pour que la potion ait un goût plutôt agréable, et Drago évitait de se regarder dans les miroirs (malheureusement fort nombreux) du Ministère. Une fois lui avait amplement suffi. Se voir au petit matin avec la figure et le corps du balafré l'avait dégoûté à tel point qu'il avait failli en vomir. Il préférait oublier cet aspect humiliant des choses.
Une cohorte de Mangemorts se dressaient en permanence autour d'eux, formant une barrière de sécurité, et fouillaient toute personne désirant approcher le Maître. Les otages, deux aurors, faits prisonniers lors de l'attaque sur le village de N., étaient présentés dans une grande cage de fer à la foule. Pour tous les sorciers présents, il était clair que la mort attendait les deux hommes à la moindre tentative de quiconque pour attenter à la vie du Maître ou de l'un de ses fidèles.
Drago soupira. Il était assis non loin du Mage Noir, au milieu du splendide bureau du Ministre, et il commençait à avoir des crampes à force de sourire et de faire des saluts aux photographes. Quand Rita Skeeter s'approcha de lui, il eut d'abord un mouvement de recul, puis se ressaisit et lui rendit son sourire mielleux. Bon sang, il ne devait pas oublier qui il était sensé être. Il pensa avec colère que toutes ces amabilités auxquelles il avait droit étaient en réalité destinées à Harry Potter, et son envie de faire du tort à son ennemi monta encore d'un cran.
-Puis-je vous importuner quelques petites minutes, mon cher Harry ? Minauda Skeeter en sortant une plume à papote qu'elle posa sur son calepin.
-Mais très volontiers ! Répondit Drago sur le même ton.
La femme eut une très légère expression de surprise, à croire qu'elle s'attendait à un refus ou en tout cas, à moins de complaisance, mais elle se reprit très vite et attaqua aussitôt.
-Racontez moi comment vous en êtes arrivé à vous rapprocher aussi intimement de Lord Voldemort, Harry ? Nul ne peut ignorer que vous étiez de terribles ennemis il n'y a pas si longtemps, n'est-ce pas ?
Bien heureusement, Drago savait quoi répondre à cette question prévisible. Son père lui avait mâché tout le travail lors de leur entretien matinal.
-Eh bien…Vous savez que ma petite amie de l'époque avait disparu, aussi suis-je allé de moi-même à la rencontre de Lord Voldemort, pensant la trouver captive dans ses cachots. Et là, j'avoue que j'ai été séduit par les idées du Lord, que je ne connaissais pas réellement jusqu'alors. J'ai compris qu'on m'avait toujours menti à son sujet. Il m'a traité avec indulgence et compréhension, et a pris le temps de m'exposer ses projets pour le monde sorcier. J'ai pris conscience qu'il incarnait le seul renouveau possible, et qu'il valait mieux tourner le dos au passé pour repartir sur des bases nouvelles et prometteuses.
-Très intéressant…Et votre petite amie…La jeune Ginny Weasley…Qu'est-elle devenue ?
Drago avala sa salive. Il se sentait blêmir. Que devait-il répondre à cela ? Il avait beau chercher, il ne se souvenait plus de la version officielle.
-Oh…Je crois qu'elle a quitté le quartier général de mon Maître il y a quelques temps. Dit-il précipitamment. De toute façon, je m'étais éloigné d'elle. J'ai tourné cette page là aussi, vous savez…Mes nouvelles perspectives d'avenir me permettent d'envisager une union beaucoup plus avantageuse !
Et toc ! Se réjouit Drago, en espérant que Ginny lirait le journal le jour même. Skeeter eut l'air passablement choquée par sa réponse. Elle déglutit péniblement et lui posa une dernière question, la voix mal assurée.
-Si vous aviez quelque chose à dire à vos amis, Harry, à tous ceux qui croient en vous, qu'est-ce que cela serait ?
-Je leur dirais sans hésitation : rejoignez nous, venez prendre votre place dans la grande colonne qui s'est mise en marche pour instaurer un Ordre Nouveau. Et dépêchez vous, car quand le mouvement sera lancé, il sera trop tard pour le prendre en route, et ceux qui auront tourné le dos ou simplement hésité resteront en arrière ou pire, seront rejetés et écrasés !
La journée avait filé à une vitesse incroyable pour Lucius Malefoy. Il se sentait à la fois satisfait et extrêmement fourbu.
Il avait retrouvé la place d'honneur qui lui revenait. Devant lui s'étaient inclinés d'anciens amis, d'anciens ennemis, ceux qui s'étaient réjouis de son emprisonnement comme ceux qui l'avaient plus ou moins soutenu dans l'adversité. Il avait écouté les requêtes et noté les candidatures, puis avait répondu froidement à tous les solliciteurs qu'il avait besoin d'un temps de réflexion avant de prendre des décisions.
Il avait été nommé ministre délégué aux finances et au budget, et il ne doutait pas que ce fût le poste-clé du gouvernement, le premier juste après celui du Maître. Snape, avec son affectation à la tête des services de la police et des renseignements, ne pouvait se vanter d'avoir été aussi gâté. Mais l'homme paraissait satisfait. Sa nature d'espion frétillait d'être ainsi récompensée…
Le soir venu, Narcissa avait émis le souhait de regagner le manoir Malefoy, mais Lucius avait jugé plus prudent de se rendre pour la nuit une fois encore à la Cité secrète, comme le faisait le Maître et bon nombre de Mangemorts. Certes, les aurors ne campaient plus chez les Malefoy, mais le manoir devait d'abord être sécurisé contre les tentatives d'attentat et d'agressions en tout genre.
Une autre raison poussait Lucius à vouloir passer la nuit dans la Cité souterraine.
Il n'avait pas eu une seule minute pour songer à la façon dont il pourrait tenir son engagement vis à vis de Harry. Mais il comptait bien essayer de convaincre le Maître de faire sortir le garçon dès le lendemain. Pour cela, il avait un argument de taille, et il espérait que Voldemort se rangerait à son avis.
En bon père soucieux du bien être de son fils, il allait prétexter que Drago ne pouvait continuer à absorber ainsi du Polynectar toutes les heures : il finirait par se rendre malade et surtout, quelqu'un finirait par remarquer la supercherie.
Pourvu que Voldemort n'ait pas l'idée de faire prendre du polynectar à un autre Mangemort…
Quand Harry se trouverait dans les locaux du ministère, il serait certainement plus aisé pour Lucius de l'approcher et de lui remettre discrètement sa baguette entortillée dans un morceau d'étoffe d'invisibilité. Il lui suffirait d'ordonner à son elfe de maison de découper une bande de ce tissu et de la coudre en forme d'étui à baguette. Lucius était décidé à faire dès le lendemain matin un saut chez lui pour se charger de cette petite « formalité », et il en profiterait pour emporter le coupon entier dont il se servirait ensuite pour aller et venir librement où bon lui semblerait. Que la cape n'ait pas été taillée sur mesure et que ses bords s'effilochent quelque peu ne lui importait guère.
Il se refusait à penser que Harry risquait d'utiliser sa baguette de manière offensive. Que pouvait tenter le garçon dans sa situation ?
Lucius s'efforçait de voir les choses positivement : Harry recevait la baguette de sa main, mais n'avait pas à s'en servir car le Maître renonçait à le tuer et revenait à son idée première de l'élever à ses côtés. Le garçon, bien traité et considéré, acceptait avec soulagement sa nouvelle condition et évoluait librement dans la nouvelle société en tant que favori du Maître. Il pouvait disposer de sa baguette au grand jour…et surtout, s'acquittait avec application et enthousiasme de sa dette à l'égard de son Tuteur …
Lucius appela Ken et le chargea d'aller prévenir les gardes qu'il sollicitait un entretien avec le Maître dès que possible.
-Remus, tu as des nouvelles, n'est-ce pas ? murmura Molly en se jetant sur Lupin qui venait d'entrer dans le salon des Osborne.
-Hélas, Molly…La voix du loup garou s'était brisée, mais il se ressaisit et fit face à la pauvre femme qui le regardait fixement. « Arthur a disparu, Molly. Ils l'ont certainement capturé. Et ils ont mis le feu au Terrier. Il n'en reste plus rien. »
Le cri déchirant qu'on entendit alors ne venait pas de Molly mais de Mme Osborne, une femme d'âge mûr aux cheveux blancs qui se tenait debout à côté de Mme Weasley. Cette dernière ne laissa pas échapper le moindre son. Elle recula de trois pas, épouvantée, puis tomba dans un fauteuil et cacha son visage dans ses mains. Mme Osborne, le visage baigné de larmes, passa un bras sur ses épaules.
Plus haut dans les étages de la maison, Ron, Hermione, Ginny et Charlie tenaient conseil. Les jumeaux et Bill n'avaient pas encore rejoint le refuge de Brighton.
Les quatre jeunes gens présents étaient extrêmement inquiets pour Arthur qui n'avait pas suivi lors de la fuite en cheminée, et dont on n'avait aucune nouvelle depuis plusieurs heures.
Décidés à chasser leur angoisse en parlant de l'avenir, ils discutaient vivement dans la chambre des filles.
-Moi, je vous dis que c'est le seul moyen d'approcher Harry pour le prévenir ! Insistait Hermione, l'air résolu. Et je veux bien le faire moi-même.
-Il vaut mieux que ce soit un garçon, Hermione. Répondit Ron. Tu as dit toi-même que le polynectar ne tolère que difficilement un changement de sexe.
-Ok, mais qui s'en chargerait ?
-Je me porte volontaire ! Proposa Charlie. Il est hors de question que Ron y aille, Bill va être père de famille, il faut le préserver, quant aux jumeaux…eh bien, ils ne sont pas là pour l'instant.
Hermione le regarda avec reconnaissance.
-Bien. Merci, Charlie, c'est…c'est vraiment courageux de ta part. Je suis consciente que c'est un plan dangereux, mais nous n'avons pas le choix. Il reste un problème. Pour fabriquer du polynectar, il faut plusieurs semaines. Comment faire ?
-Oh, je suis sûr que les jumeaux ont tout ce qu'il faut dans leur laboratoire, polynectar et veritasérum. Ne t'inquiète pas pour ça, Hermione.
-Tu crois ? Bon, tu me rassures un peu… Maintenant, il faudrait s'occuper de la lettre. Ginny, à toi de jouer. Tu as de quoi écrire ?
La jeune fille, assise sur son lit, secoua la tête en rougissant. Elle tenait un parchemin et une plume.
-Parfait. Qu'est-ce que tu écrirais à Drago pour le faire venir à un rendez-vous ? Demanda Charlie en lui faisant un sourire encourageant.
Ron fronça les sourcils.
-Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Pourquoi ma sœur devrait-elle proposer à Malefoy un rendez-vous ?
-Oh, Ron, tu n'as rien compris, décidément ! S'énerva son grand frère. Ou tu n'es pas au courant ? Ah, pardon, je pensais que vous lui aviez dit, les filles…
-Que vous m'aviez dit quoi ? Insista Ron en fixant Hermione, puis Ginny d'un œil inquisiteur.
-Eh bien…Commença Hermione après s'être éclairci la voix. Drago est amoureux de Ginny.
-Quoi ? Hurla Ron, les yeux exorbités.
-Je n'y peux rien, moi…Fit Ginny d'une petite voix.
-C'est ce qui va nous permettre de le coincer en le faisant venir incognito dans un lieu où on pourra lui sauter dessus. Continua patiemment Hermione. Comment veux-tu faire du Polynectar de Malefoy si on n'a pas un de ses cheveux ou de ses ongles ?
-Malefoy amoureux de toi ? Insista Ron en fusillant Ginny du regard, comme s'il n'avait pas entendu ce qu'avait dit Hermione. Ca veut dire qu'il t'a fait du gringue quand tu étais …là-bas ?
-Ben…Oui, en quelque sorte. Reconnut sa petite sœur en rougissant. Mais pourquoi ça t'étonne à ce point ? A ce que je sache, ce n'est pas le premier garçon qui craque pour moi ! Ajouta-t'elle sur un ton de défi.
-Oh, d'accord, mais lui, c'est Malefoy ! Il a toujours méprisé notre famille ! Brailla Ron. J'espère bien que tu ne l'as pas encouragé ! Ajouta-t'il perfidement.
-Ron, s'il te plaît! Intervint Hermione.
-Je pense à Harry, MOI ! Protesta le garçon sur un ton agressif.
-Nous aussi. Justement, en parlant de ça, je te rappelle qu'on est entrain d'essayer de mettre au point un moyen d'entrer en contact avec Harry ! Dit Charlie en prenant son frère par le bras. Alors cesse de t'énerver et réfléchis plutôt avec nous .
-Bon, qu'est-ce que j'écris ? Reprit Ginny, la plume en l'air.
La porte s'ouvrit doucement. Ils tournèrent tous la tête. Lupin venait d'entrer. Son visage était encore plus gris et creusé que d'habitude, et il s'appuya au mur d'une main pour dire dans un souffle :
-Mes enfants…J'ai quelque chose de très dur à vous annoncer.
Hermione étouffa un cri avec sa main. Les trois Weasley se raidirent.
-Votre père…Continua Rémus d'une voix éteinte… Il n'y a aucune trace de lui, mais il a très probablement été capturé par les Mangemorts. Ils ont attaqué le Terrier avant qu'il ait eu le temps de fuir. Et votre maison a intégralement brûlé.
-Tu désirais me parler, Lucius ?
Le Maître était assis devant sa cheminée, un verre à la main. Lucius avança et prit le fauteuil que Voldemort lui désignait en souriant.
-Oui, Maître.
-Une chose avant tout, Lucius. Es-tu satisfait ?
-Oh oui, extrêmement satisfait, Maître, et j'en profite pour vous remercier encore chaleureusement de l'honneur que vous m'avez fait en me nommant à…
-C'est bon, c'est bon, Lucius. Ainsi, toi aussi, tu es heureux ce soir ? Enfin l'aboutissement de toute une vie de combats, de lutte dans l'obscurité, dans la douleur…
-Maître, je ne sais comment exprimer mon bonheur...
-Tu vois, il suffisait d'éliminer le vieux Dumbledore, et la voie était libre ! Il y a cependant quelques ombres au tableau, dont nous reparlerons. En particulier ce Scrimgeour, qui ne m'inspire aucune confiance. Je suis persuadé qu'il n'est pas réellement de notre côté. Il faudra l'avoir sérieusement à l'œil. Mais ça, c'est le boulot de Severus, il aura vite fait d'organiser une filature et de coincer le gaillard. A propos, j'ai envoyé ce matin quelques Mangemorts attaquer la maison de la famille Weasley…
-Ah ?…Et…
-Il s'agissait de s'emparer des jeunes amis de Potter qui en savent beaucoup trop à mon goût…
-Ont-ils réussi ?
-Les nôtres sont arrivés trop tard, les jeunes avaient déjà filé pour une destination inconnue. Nous aurions dû agir dans la nuit, mais il eût peut-être été plus difficile de s'introduire chez eux. Toujours est il qu'ils ont capturé le père et l'ont jeté dans un cachot. C'est un homme précieux, il pourra nous révéler ce que nous cherchons à savoir. Maintenant, Lucius, dis moi ce qui t'amène ici.
Lucius n'éprouvait que mépris pour Arthur Weasley, aussi la nouvelle de sa capture ne l'avait-elle nullement affecté. Il répondit avec fermeté.
-Plusieurs choses, à vrai dire. Tout d'abord, je voudrais attirer votre attention sur le fait que mon fils Drago ne pourra pas continuer longtemps à absorber toutes les heures du Polynectar… Sa santé, physique et mentale…
-Oh, ne t'inquiète pas à ce sujet, Lucius. Dès demain, Harry Potter lui-même nous accompagnera au Ministère.
Lucius tressaillit.
-Il a accepté de se comporter raisonnablement ?
-Oui, mon ami. Figure-toi que je suis passé lui rendre visite dans son cachot dès notre retour. Je lui ai donné à voir un exemplaire des journaux qui paraîtront demain matin. Bien sûr, il n'en a pas été ravi, mais il a répondu favorablement quand je lui ai demandé s'il était prêt à sortir de son trou.
-Et pensez vous que…
-Qu'il se comportera intelligemment ? Oui, Lucius. Nous emmènerons Radulescu ainsi que les deux otages qui nous ont déjà servi aujourd'hui. Il sera bien surveillé. Il n'y a aucun risque. Et demain, nous écarterons la presse. Inutile qu'il donne des interviews, les journaux en sont déjà pleins.
Lucius soupira d'aise. Un aspect des choses était ainsi réglé. Il prit son courage à deux mains pour continuer.
-Maître, avez vous toujours l'intention de tuer Potter ?
-Pourquoi cette question, Lucius ?
-Je m'interroge sur l'utilité de l'éliminer. Répondit Lucius d'un ton qu'il essaya de rendre neutre. Ses talents magiques peuvent nous être utiles…
-Certes, c'est un garçon doué, et incontestablement très populaire. Il me ressemble d'ailleurs sur bien des points...
Voldemort laissa sa phrase en suspens et se leva pour arpenter la pièce. Lucius le regardait avec espoir, essayant de dissimuler son anxiété.
- Mais il est trop dangereux. Reprit le Maître d'un ton radical. Il restera toujours l'homme de Dumbledore. Et j'ai besoin de le tuer pour…une affaire personnelle, en quelque sorte.
-La prophétie ?
-Oui…et non, pas uniquement…Les Horcruxes, Lucius…Je dois reconstituer mes Horcruxes. Severus est parti à Poudlard en ce moment même, avec Nott et quelques autres, pour s'emparer de l'épée de Gryffondor.
-Oh…Je vois.
Lucius se tut, et chercha à contraindre son esprit à dériver sur d'autres pensées. Il ne fallait pas que le Maître lise en lui son profond sentiment de consternation.
-A propos, Lucius ? Ne serait-ce pas toi qui détiens la baguette de Harry Potter ?
-Ah…si…si, Maître, en effet ! Bredouilla Lucius embarrassé.
-Pourrais-tu me la remettre ? Je voudrais la soumettre à quelques petites expériences. Cette baguette m'intrigue, il semblerait qu'elle soit la jumelle de la mienne, ce qui expliquerait les phénomènes bizarres qui se sont produits il y a deux ans...
-La voici.
Lucius l'avait gardée sur lui, au cas où une occasion se serait présentée de la faire passer à Harry. Il était inutile de chercher à la cacher au Maître.
-Merci, Lucius. Quand penses-tu retourner vivre au Manoir ?
-Eh bien…Prochainement. Je voudrais m'assurer que tout y est en ordre et sécurisé. Je pensais m'y rendre tôt demain matin.
-Tu as raison. Fais-toi accompagner de Mc Nair et Gordon. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Je te souhaite une bonne nuit, mon cher ami.
……………………………………
-Oh Lucius ! Enfin ! Où étais-tu passé ?
Narcissa l'attendait et se colla à lui dès qu'il eut fait un pas dans le salon.
-Avec le Maître. Répondit-il sèchement en se dégageant des bras de sa femme.
-Ah…Tu as l'air préoccupé… Pas d'ennui j'espère ?
-Non, non, rassure toi. Tout va bien.
-Tu as eu le poste que tu attendais, n'est-ce pas ?
-Mais oui…
-Tu as pourtant l'air contrarié, Lucius. Je vois bien que quelque chose…
-Oh, s'il te plaît, Narcissa... Ne commence pas, tu sais que ça m'agace quand tu me harcèles de questions oiseuses.
-Je suis sûre que tu es comme moi…Tu n'as pas supporté de voir ton fils avec la tête de Harry Potter ! Quant à Bella, elle en était toute chamboulée ! C'en était presque comique !
Sans répondre, il se dirigea impatiemment vers le buffet pour se servir à boire. Elle le suivit et leva une main pour caresser sa nuque.
-Dis moi, mon amour, quand allons nous enfin pouvoir rentrer chez nous ?
-Pourquoi es-tu aussi pressée ? Quand nous serons au Manoir, tu ne verras plus Severus aussi aisément…Glissa Lucius avec un sourire narquois.
-Oh, tu es jaloux ? Comme c'est mignon !
L'homme haussa les épaules avec désinvolture.
-C'est ta vie, Narcissa. Il me semblait qu'il y avait un accord entre nous depuis longtemps à ce sujet.
-Oui, en effet. Chacun fait ce qui lui plaît, n'est-ce pas ? Mais bizarrement, je me suis aperçue il y a quelques jours que l'homme de ma vie, en réalité, c'est toi.
Il ricana.
-Mieux vaut tard que jamais. Et comment réagit ce pauvre Sev ?
-Oh…Il est légèrement…déçu, devrais-je dire. Mais le poste qu'il a obtenu de la part du Maître devrait lui faire oublier sa déconvenue amoureuse.
-Bien, bien. N'es-tu pas fatiguée par cette journée harassante ?
-Si, mais…je prolongerais volontiers avec toi le sentiment d'euphorie dans lequel je baigne depuis ce matin. Tu viens ?
Elle tentait de l'entraîner vers la chambre. Il la retint par le bras.
-Non, Narcissa. Je n'ai pas la tête à batifoler, ce soir. Et je suis épuisé. Tu as vu toi-même comme j'ai été assailli toute la journée par ces hordes de courtisans…Je n'en peux plus.
Elle gémit de frustration et tenta encore de le faire changer d'avis en dénouant d'un geste ses longs cheveux blonds et en commençant à se déshabiller devant lui. Mais il la toisa avec dédain, la contourna et alla s'enfermer dans sa chambre sans autre explication. Là, il se laissa tomber d'un bloc sur le lit.
Il était effondré. Il n'avait même plus la baguette de Harry. Et le Maître était plus que jamais déterminé à en finir avec le jeune Potter.
Il allait falloir guetter le retour de Snape, et suivre les agissements du Maître quand il s'approcherait du garçon. Avec la cape d'invisibilité qu'il se serait confectionnée dès le lendemain, Lucius aurait plus de liberté de mouvement dans la Cité.
Mais il ne pouvait passer son temps à espionner Voldemort. Non seulement c'était extrêmement dangereux, mais c'était irréalisable. Comment dès lors éviter le pire ?
Bon, Lucius supposait que le Maître ne tenterait pas de tuer Harry au grand jour, en plein Ministère, mais qu'il attendrait pour cela d'être revenu dans son QG. Il avait ainsi au moins quelques heures de répit devant lui.
Mais si Narcissa insistait pour qu'ils regagnent le manoir dès le lendemain soir ? Lucius s'arrangerait pour que cela soit impossible. Il devait rester là, s'éloigner le moins possible de Potter.
Lucius se surprit à rêver à une toute autre solution. Il s'enfuyait avec Harry, ils partaient au bout du monde, loin de cette oppression…Epouvanté par la tournure sacrilège que prenaient ses pensées, l'homme se morigéna sévèrement. Comment pouvait-il avoir de pareilles idées ? Quitter le Maître et la vie de gloire qu'il lui offrait ? Trahir la cause pour laquelle il s'était battu depuis si longtemps ?
Lucius se leva et commença à se déshabiller machinalement. Malgré son extrême fatigue, il savait qu'il allait passer une longue nuit blanche.
Et voilà…Voldemort et ses sbires ont obtenu ce qu'ils voulaient, n'est-ce pas ?Qu'attendent-ils pour faire la fête ? Ne vous inquiétez pas, c'est prévu au programme (une beuverie de Mangemorts, je sens que ça va m'inspirer, surtout si Ombrage est de la partie) !
Allez, un dernier effort pour cliquer sur le p'tit bouton bleu…Il me faut un minimum de…voyons... dix reviews pour poster la suite (j'ai bien dit : minimum !) (je sais, je sais, c'est du chantage, mais vos commentaires, c'est tout ce que je reçois pour mon « travail » !)
Et maintenant, place aux RAR des « anonymes » :
Lefandeharry : Ne t'inquiète pas, je suis toujours enchantée de trouver tes reviews, et je ne t'ai jamais trouvé « emmerdant » ! Tu voudrais que Lucius donne à Harry une baguette le plus vite possible, et tu penses qu'il va mourir en le faisant ? Hm…Tu risques d'être déçu, je le crains, en lisant ce chapitre. Bon, d'autre part, j'espère que tu continues à écrire ta fic, ce serait dommage d'abandonner. En tout cas, merci encore pour ta fidélité, et à bientôt !
Liv : Bon, si j'ai bien compris, tu ne veux pas que Lucius meure car tu adorerais le voir partir en croisière avec Harry, c'est bien ça ? (Je te taquine, là, j'espère que tu ne m'en voudras pas). Ma foi, c'est une perspective très alléchante, je vais y penser sérieusement… ! Lucius est en effet dans une position délicate. Mais si je veux écrire une suite…Bon, je me tais, j'en ai déjà trop dit.- Oui, beaucoup de sorciers semblent finalement se réjouir de voir Voldemort accéder au pouvoir. Ce chapitre va le confirmer. Si on pense à ce qui s'est passé en 33 en Allemagne, ou en 40 en France, on se dit que ce n'est pas si irréaliste…-Les Weasley ? Aïe aïe, ils sont en première ligne. En ce qui concerne Percy, il n'ira quand même pas jusqu'à indiquer aux nouveaux maîtres le lieu où sa famille a trouvé refuge, en supposant qu'il le sache -Drago devant la glace, se voyant avec la tête de Harry…Mouahaha…Je suis sadique, je sais ! -J'espère que la suite ne va pas trop satisfaire ton appétit féroce, histoire que tu aies encore un peu faim pour les chapitres suivants ! Et merci, merci encore pour tes belles reviews !
Elise : Ca fait toujours plaisir de voir arriver quelqu'un de nouveau parmi les reviewers ! Tu trouves que ça s'accélère ? Tant mieux, j'espère qu'il n'y aura pas un affreux coup de frein qui va te dégoûter de lire la suite ! Quoiqu'il en soit, merci et à bientôt !
Nepheria : Merci d'avoir fait signe à nouveau ! Je me demandais si tu suivais toujours cette histoire !
Mika : Chouette, toi aussi, tu es encore là ? Merci d'avoir mis un mot appréciateur, ça encourage pour continuer !
